Il résulte de ces expériences
Le Que la sabine exerce une action locale assez énergique ;
2°. Que ses effets dépendent principalement de son absorption et de son action sur le système nerveux, sur Je rectum et sur lestomac. |
Du Rhus radicans et du Toxicodendron.
834. Le rhus radicans est une plante de la famille des iérébinthacées de Jussieu, et que Linnæus a rangée dans la pentandrie digynie.
M, Bosc, à qui nous devons de très-belles observations
DU RHUS RADICANS EF DU TOXICODENDRON. 59
sur cette plante, s’est assuré qu’elle n’est qu'une variété du rhus toxicodendron, dont elle ne diffère que par ses folioles, qui sont glabres et très-entières ; en sorte qu'on devrait les confondre sous la même dénomination de rhus toxicodendron. Voici la description que ce sayant naturaliste a donnée de cette dernière.
« Racine ligneuse, traçante , rougeâtre , à fibrilles peu nombreuses ; tige ligneuse, radicante , rameuse , souvent flexueuse. cassante : l’écorce d’un gris brun : ra-
meaux alternes , en tout semblables à la tige; les supé-
rieurs seuls radicans; les inférieurs perpendiculaires à la tige; tous allongés, minces, rarement branchus, et ne portant des feuilles et des fleurs qu’à leur extrémité, : sur la pousse de l’année. Les radicules radicantes, plus ou moins nombreuses, naissent au-dessous de la plus basse feuille, à l’extrémité des pousses de l’année précédente. Feuilles alternes, ternées , naissant ordinairement au nombre de quatre ou cinq sur la pousse de l'année : le pétiole commun renflé à sa base, presque cylindrique, plus ou moins velu, long de deux à trois pouces sur une ligne de diamètre : les folioles ovales, fancéolées, acuminées , tantôt anguleuses, tantôt entières , tantôt glabres, tantôt velues, maïs toujours plus en dedans , encore plus sur les nervures : les moyennes longues de trois pouces sur deux de largeur : les infé-
rieures presque sessiles, partagées inégalement par la
grande nervure : la supérieure longuement pétiolée : les
angles, lorsqu'il y en a, toujours en petit nombre,
toujours obtus, et ne se montrant qu’à la moitié et plus souvent aux deux tiers de sa longueur. Fructification dioïque , en épis axillaires : les épis composés à la base, simples au sommet, en même nombre que les feuilles : l'axe commun flexueux , un peu velu, long d'environ un pouce: fleurs pédoneulées, solitaires: les
6o | DES POISONS ACRES.
» pédoncules alternes , perpendiculaires à l'axe, à peine » longs d’une ligne : calice à cinq feuilles, attaché à un » réceptacle charnu : les folioles presque ovales, glabres, » caduques , d’un vert blanchâtre, à peine longues d’une » demi-ligne : corolles de cinq pétales attachés à un » réceptacle : pétales lancéolés, caducs, deux fois plus » longs que le calice, glabres , recourbés et repliés en » dehors, d’un vert blanc, quelquefois veiné de brun : » étamines au nombre de cinq, attachées au réceptacle , » moins longues que la corolle : filet aplati, plus large à » sa base, rouge : anthères jaunes, presque ovales, creu- » sées par un sillon longitudinal : pistile à germe ovale, » très-velu ; à style gros, court et glabre, à trois stig- » mates bruns, sessiles, dont l’un est toujours plus gros » que les autres : fruit à baïe sèche, presque ronde , ve- » lue, sillonnée par sept à huit fossettes longitudinales, » ne contenant qu'une seule semence. Cette plante est » dioïque. » (Actes de la Société de Médecine de Bru- » xelles.) Elle est extrèmement connue en Caroline.
Action du Rhus radicans sur l’économie animale.
Expérience 1°. On a fait avaler à un petit chien 3 gros de poudre sèche de rhus radicans: l'animal n’a rien éprouvé.
Expérience 1°. On a appliqué sur le tissu cellulaire du dos d’un petit chien 2 gros et demi d'extrait aqueux de rhus radicans. Trois jours après, l'animal n'avait offert aucun phénomène remarquable.
Expérience ru*. À sept heures du matin, une demi-once du même extrait a été appliquée sur le tissu cellulaire de la partie. interne de la’ cuisse. A.dix heures , Panimal n'avait vien éprouvé; il en était de même à six heures du soir. Le lendemain , à dix heures du matin, il commençait à être
DU RHUS RADICANS ET DU TOXICODENDRON, Gr un peu abattu. À dix heures et demie du soir, il était insensible et immobile; la respiration ne s’exerçait presque plus; il lui était impossible de se tenir debout, Un quart-d'heure après, il a fait deux ou trois inspirations profondes, et il est mort. On l’a ouvert le lendemain. Le canal digestif était vide et n’ofirait aucune lésion : la blessure était légirement enflammée , et le membre opéré préséatait une infiltration séroso-sanguinolente.
Expérience 1v°. À huit heures du matin, on a introduit dans l'estomac d’un chien de moyenne taille une demi-once d'extrait aqueux de rhus radicans, et on a lié l’œsophage. Le lendemain , à dix heures du soir, l’animal n'avait pas encore paru incommodé. Le jour suivant, à sept heures du matin , il commençait à être abattu : cepeñdant il conservait le libre usage des sens et du mouvement, et il ne poussait aucune plainte. A dix heures, il avait des vertiges trèsforts, et il tombait lorsqu'on le faisait marcher; sa tête était lourde; ses pupilles un peu dilatées ; il voyait et il entendait assez bien ; la respiration était lente et peu gênée ; ik n'y avait point de convulsions, et il ne poussait aucune plainte. À une heure, on l’a trouvé mort, et on en a fait l’ouverture. Estomac contenant une assez grande quantité d’un fluide brunâtre et visqueux ; membrane muqueuse d’un rouge vif par plaques, évidemment enflammée; nulle altération dans le canal intestinal; sang des cavités du cœur d'un rouge foncé et fluide ; ; poumons rouges , très-crépitans, contenant un ve de sang.
Expérience v°. On a injecté dans la veine jugulaire d’un chien très-fort un gros du même extrait dissous dans 3 gros d’eau. Une heure et demie après, l'animal avait vomi six fois des matières mucoso-bilieuses , et il avait eu une selle, Le lendemain, il se portait à merveille. 30 grains injectés dans la veine jugulaire d’un petit chien ont fourni des résultats analogues.
Expérience vif. On a répété la même expérienee sur uñ petit chien, avecun gros 6 grains dissous dans 2 gros et demi d’eau. L'animal a haleté beaucoup et paraissait suffoqué. On l’a mis par terre, et il était tellement insensible : qu’on l’a cru mort. Il a expiré une minute après, au milieu d'un tremblement assez marqué des muscles de tout le corps. On l’a ouvert sur-le-champ. Le sang contenu dans le cœur était fluide, et d’un rouge foncé dans le ventricule gauche ; poumons dans l’état naturel.
OBSERVATIONS
1°, Le célèbre Fontana rapporte qu'ayant touché, à trois reprises différentes et à plusieurs jours d'intervalle, des feuilles de toxicodendron , il éprouva des symptômes fàcheux : quatre ou six jours après , les paupières , les extrémités des oreilles, et en général toutes les parties du visage se tuméfièrent ct paraïssaient remplies d’un fluide aqueux. Les intervalles qui séparent les doigts de la main devinrent rouges et se couvrirent de petites vésicules pleines d'une humeur transparente ; l’épiderme tomba par petites écailles, et il éprouva une cuisson terrible pendant quinze jours, et une démangeaison insupportable pendant quinze autres jours : le pouls était très-agité. MM. Gouan et Amoureux ont constaté ces mêmes effets vésicans sur la peau.
Le lait de ces feuilles ne produisit aucun phénomène, appliqué sur le tissu cellulaire. des lapins, des cochons : d'Inde et des pigeons ; il en fut de même lorsqu'on le leur fit aie (ai
°,M. Role médecin d’ À Dates s Leila impunément du suc de a toxicodendron. (AzisEerr, Matière médicale , t. 1,p. 450, 3° édit.)
(1) Traité sur le Venin de la: Vipère, par Félix Fontana, tom. 11, p. 160. Florence, 1781.
DU KHUS RADICANS ET DU TOXICODENDTON, 63
30, M. Y'an-Mons , qui a fait un travail intéressant s cette plante, pense que ses effets malfaisans sont dus à un gaz qu'elle exhale be la nuit, à l'ombre et dans un temps couvert, plutôt qu’à son suc laiteux. Ce gaz n’est autre chose, d’après lui, que de l'hydrogène carboné, ienant en dissolution un miasme délétère hydro-carboné. Ses effets sur l’économie animale varient suivant la disposition des individus et les circonstances dans lesquelles ils sont placés : telle personne, par exemple, ne pourra pas passer à côté d’un toxicodendron sans en ressentir des effets plus ou moins désagréables ; telle autre , au contrairé, pourra le manier impunément. M. Van-Mons , après avoir recueilli une certaine quantité de ce gaz sous un cylindre couvet d’un étui de carton noir , engagea son frère, qui était trèssensible aux effluves du rhus, à y plonger la main. Dans le même instant où l'immersion eut lieu, celui-ci éprouva une cuisson brûlante, suivie d'une inflammation, de la dureté de la partie et de l’enflure. La même expérience , répétée avec le gaz recueilli en plein midi, et dans un vase exposé au soleil, fut sans effet. (Actes de la Société de Médecine de Bhedile )
835. Les divers faits que nous venons de rapporter tendent à prouver,
°. Que la partie la plus active du rhus radicans ou toxipie est celle qui se dégage à l’état de gaz lorsqu'il ne recoit pas les rayons directs du soleil; 20 : Qu'elle agit comme les poisons àcres ;
3°. Que l'extrait aqueux, administré à l’i AMP. ou appliqué sur le tissu cellulaire , détermine une irrilation locale, suivie d’une inflammation plus ou moins intense, et qu’il exerce uneaction stupéfiante sur le système nerveux après avoir été absorbé,
4°. Qu'il paraît agir de la même manière lorsqu'il a été injecté dans la veine jugulaire.
64 |! BES FOISONS ACRES.
836. Le rhus vernix produit des effets analogues à ceux qui viennent d'être exposés.
De l'Anémone pulsatille (Anemone pulsatilla, Teigne- œuf, Coquelourde , Herbe-au-vent ).
835. Cette plante appartient à la famille des renonculacées de Jussieu , et à la polyandrie polygynie de L.
Involucre caulinaire , profondément découpé en lanières velues ou étroites, placées à deux centimètres au-dessous de la fleur : corolle de cinq à neuf pétales oblongs, droits, relevés, et un peu plus velus en dehors: un grand nombre d'étamines plus courtes que la corolle : capsules nombreuses, ramassées en tête , surmontées d'une queue plumeuse : tige sans feuilles (hampe ), haute de deux pieds, cylindrique , velue, portant à son sommet une fleur violette assez grande: feuilles radicales pétiolées, allongées, bipinnées , velues et blanchâtres dans leur jeunesse, presque glabres dans un âge avancé, et à découpures fines et pointues. On la trouve sur les collines sèches et découvertes.
Action de © Anémone pulsatille sur l'économie animale.
Expérience 1°. À une heure, on a fait une plaie à la partie interne de la cuisse d’un fort chien ; on a appliqué sur le tissu cellulaire 2 gros et demi d'extrait aqueux d’anémone pulsatille, et on a réuni les lambeaux par quelques points de suture. Le lendemain, à huit heures du matin, l'animal n'avait rien éprouvé de remarquable. Le soir, il était faible , peu sensible , et se tenait couché sur le côté ; cependant il n’avait point de vertiges et il ne se plaignait pas. Il est mort le jour suivant , à cinq heures du matin. La membrane muqueuse de l'estomac était généralement rouge : elle offrait çà et là des points d’un rouge très-vif;
DE L'ANÉMONE PÜULSATILLE, 66 Îè rectum était un peu rouge; il n’y avait point d’altération sénsible dans les poumons ; le membré optré était très= enflammé.
Expérience n°. À huit heures dû matin, on a recom= mencé l'expérience avec un chién de moyenne taille, et on n'a émploÿyé qu'un gros d'extrait ; Six ue après ; l’animal ne paraissait point malade. Lé léndemaiti ; à neuf heures du matin, il a bu üve assez grande quantité d’eau qu’il a rejetée aussitôt après ; il était abattu, mais il pouvait marcher. À onze heures , il était couché sur le côté et im: mobile ; ses inspirations étaient rares et profondes. À une beuré, il continuait à faire des efforts pour vomir; ses extrémités postérieures étaient tellement faibles qu'il lui était impossible de se tenir debout. Il est mort à quatre heurés. On n’a pas pu découvrir la moindré altération cadavérique dans le canal digestif. La plaie était trés:enflammée. Expérience 11°. À huit heures du matün, on a introduit dans l’estomac d’un chien d’une grande taille 5 onces et demie de suc-de feuilles fraîches d’anémone pülsatille ( ce suc contenait 3 onces d’eau que l’on avait été obligé d’employer pour en faire l'extraction ): on a lié l’œsophage. À neuf heutes , l'animal a commencé à se plaindre; il a fait des efforts pour vomir, et il a eu une selle assez abondante. Une heure après, les efforts de vomissement et les plaintes continuaient comme auparavant. À une heure, il avait eu deux autres selles , et il était dans un état fâcheux: couché sur le côté, insensible et presque sans mouvement , il pou: vait être pincé et agité en tous sens sans donner le moindre signe de connaissance; les organes de la vision et de l’ouïé n'étaient plus impressionnables; les membres; dans un grand état de relâchement , n'étaient le siége d'aucun mou: vement convulsif; la respiration , accélérée, s’exerçait d’une manière pénible. On a essayé en vain de le relever ; il est retombé sur-le-champ comme une masse inerte, Ces syms
ptômes ont augmenté d'intensité, et l'animal est mort à deux heures, On l’a ouvert dans le même instant. Le cœur s’est contracté pendant dix minutes ; alors on l’a incisé : le sang contenu dans les ventricules était noirâtre et fluide. : Les poumons offraient plus de densité que dans l’état naturel ; ils étaient peu crépitans, et s’enfonçaient un peu dans l’eau, surtout lorsqu'on soumettait à cette épreuve les tranches les plus denses. L’estomac, distendu par une assez grande quantité d’alimens , renfermait un fluide visqueux, verdâtre ; la membrane muqueuse qui entre dans sa composition présentait une couleur rouge-cerise dans le tiers le plus voisin du pylore; dans le reste de son étendue, elle était d’un rouge plus foncé , et parsemée de plaques saïllantes, presque noires, dans lesquelles on découvrait facilement du sang veineux extravasé ; la membrane musculeuse soujacente paraissait peu altérée; le rectum, enflammé, recouvert de taches rouges, contenait des excrémens verdâtres ; le reste du canal intestinal était comme dans l’état naturel. | Expérience vi. Nous avons souvent administré à des chiens depuis 4 jusqu'à 6 gros de poudre sèche d’anémone pulsatille : ces animaux n'ont paru éprouver aucune incommodité.
OBSERVATIONS
1°. Helwing dit que le sirop de pulsatille a donné lieu à des accidens funestes.
2°, Bulliard rapporte qu’un vieillard atteint depuis longtemps d’un rhumatisme goutteux, appliqua sur son mollet la racine de cette plante broyée entre deux pierres, et se coucha après avoir bu une bonne bouteille de vin. Il fut en proie à des souffrances cruelles pendant dix à douze heures , et toute la jambe fut gangrenée. On fit des scarifications et on appliqua des compresses d’eau-de-vie camphrée:
PE L'ANÉMONE PULSATILLE. - 67
ces moyens arrétèrent les progrès du mal, et l’individu fut entièrement guéri de son rhumatisme. (/Zistoire des Plantes vénéneuses de la France, pag. 59.)
3°. M. P., pharmacien, éprouva une grande démangeaison aux yeux, des coliques et des vomissemens pour avoir pilé de l’anémone pulsatille desséchée : les délayans firent cesser tous les accidens.