Nous croyons pouvoir conclure de tout ce qui précède
1°, Que l’anémone pulsatille détermine une inflammation intense de parties avec lesquelles elle est en contact;
2%. Qu’elle est absorbée et portée dans le torrent de la circulation ;
3°, Qu'elle paraît agir en stupéfant le système nerveux;
4°. Qu'elle exerce probablement aussi une action irritante sur les poumons et sur l’estomac ;
5°. Que ses propriétés délétères résident dans toutes les parties de la plante fraîche;
6°. Enfin que ses effets sont beaucoup moindres, et deviennent même nuls lorsqu'elle a été desséchée.
Pare autres espèces de ce genre sont vénéneuses.
1°. Vicat a vu l'extrait d’anemone pratensis déterminer, à la dose de 2 gros, des rongemens dans l’estomac. Bergtus rapporte, dans sa Matière médicale, pag. 4go, qu’un enfant eut les paupières rouges et tuméfiées avec obscur cissement de la vue, pour avoir été exposé à la vapeur qui se dégageait lorsqu'on évaporait le suc de cette piinif no le transformer en extrait.
2°, La décoction d’anemone sylvestris, d’après Bulliard, a occasionné des convulsions horribles qui ont mis le malade dans le plus grand danger, et qui n’ont cédé qu’à une forte dissolution de miel.
3°, Les animaux qui brouttent les jeunes pousses de l’anemone nemorosa (des bois) éprouvent, de la faiblesse
68 DES POISONS ACRES dans les jambes, un tremblement, des déjections singui= nolentes; et périssent en peu de jours. Les habitans du Kamitschatka se servent de cette plante pour empoisonner leurs flèches , dont les blessures sont presque toujours mor= telles. |
4°. I est probable que les anémones palmata, narcis= siflora et ranonculoïdés sont également vénéneuses.
De l'Aconit:
859: Caractères du genre. L’aconit, rangé par Linné * dans la polyandrie polygynie, et par Jussieu dans les renonculacées , offre un calice à cinq folioles, dont la supé: rieure est concave et ressemble à un casque : les pétales sont hombreux, très - petits, en forme d’écailles : les deux supérieurs, appelés nectaires par Linné, sont allongés, ca chés sous le casque, munis d’un long onglet; coudés à l’ex- 1rémité, de sorte que leur limbe est réfléchi et à la forme d’une lèvre, et que leur extrémité est épaisse, obtuse, en forme de crosse : les capsules sont le plus souvent au nombre de trois, oblongues;, droites pointues. |
Aconiturn napellus (napel): Tige droite , simple, ferme, feuillée, haute de six décimètres, se terminant par un épi un peu dense, dont les fleurs sont d’un bleu violet, assez grandes, serrées , solitaires sur leur pédoncule : feuilles péüolées, palmées, multifides, à découpures linéaires, d’un vert noirâtre, luisantes : pédicelles pubescens : le casque des fleurs est convexe et d’une longueur double de sa hauteur : Les deux pétales cachés sous le casque ont la sommité obtuse, tendant très-légèrement à se rouler en dehors. Il croît dans les lieux couverts et humides des montagnes. Toutes les parties de l’aconit à l’état frais, mâchées, déterminent un sentiment d’ardeur et des douleurs dans la bouche et dans le gosier.
(«DE L'ACONIP. : 69 Action de l’AÆconit napel sur l’économie animale.
Expérience 1°°, À midi, on a fait avaler à un petit chien robuste 2 gros d'extrait aqueux d’aconit acheté chez un pharmacien ; un quart d'heure après , l’animal était un peu assoupi, fermait les yeux, baissait la tête, puis tout-à-coun se dressait et faisait un mouvement analogue à celui qu’exécutent les personnes qui se réveillent après s’être endormies debout .ou sur une chaise. Pendant cette secousse il était menacé d’une chute sur le derrière; les battemens du cœur étaient réguliers et un peu accélérés. Le lendemain il éprouvait quelques vertiges. Il est mort. le jour suivant. Le cerveau n’offrait aucune altération. Les poumons, denses, brunâtres, étaient gorgés de sang et moins crépitans que dans l’état naturel. Le canal digestif était sain. 4
Expérience 11°. On a introduit dans l’estomac d’un petit chien une demi-once d'extrait aqueux d’aconit acheté chez un autre pharmacien et dissous dans une once d’eau: on a lié l’œsophage. Quatre jours après, l'animal ne paraissait pas encore sous l'influence du poison. Il est mort le sixième jour sans avoir offert d'autre symptôme que l’abattement inséparable de l'opération. L'ouverture du cadavre n’a fait voir aucune altération dans les organes intérieurs.
Expérience iu°. On à appliqué sur le tissu cellulaire du dos d’un petit carlin assez fort un gros du même extrait. Le lendemain, l'animal était assoupi, marchait assez bien, mais paraissait peu porté au. mouvement; les battemens du cœur étaient accélérés ; il a refusé les alimens ; il n'avait ni verüges ni convulsions. Il a expiré dans la nuit du jour suivant, Les poumons étaient un peu gorgés de sang, moins crépitans, qu'ils ne le sont ordinairement; le gerveau et l'estomac n’offraient aucune altération.
Expérience 1W°. À midi, on a répété la même expérience
avec 2 gros du même poison que l’on a appliqué sur le üussu cellulaire de la cuisse d’un petit carlin. Une demiheure après, l’animal n'avait éprouvé aucun symptôme remarquable ; il en était de même à six heures du soir. Le lendemain, à une heure, il était dans un grand état d’insensibilité : couché sur le côté, ôn pouvait l’agiter en tous sens comme une masse inerte ; il ne pouvait plus se soutenir; les pattes antérieures étaient un peu écartées, et il les allongeait de temps en temps comme s’il eût voulu les roidir; mais ce mouvement était lent et faible; les pupilles n'étaient que peu dilatées; les organes des sens jouissaient presque de toutes leurs facultés , et l’animal ne poussait aucune plainte; la respiration et la circulation s'exerçaient avec lenteur. Il est mort dans la nuit : on Pa ouvert le jour suivant. Le membre opéré était livide à l’extérieur; en incisant la peau on voyait une inflammation très-étendue et une infiltration séroso - sanguinolente ; il y avait aussi plusieurs taches formées par du sang noir extravasé. L’estomac était sain; le rectum offrait quelques taches rougeâtres; il n’y avait point d’altération dans le reste du canal intestinal. Les poumons , d’une couleur rouge assez foncée, contenaient un peu de sang noir et étaient assez crépitans. N ( Expérience v°. On a injecté dans la veine jugulaire d’un petit chien 36 grains du même extrait dissous dans une demi-once d’eau. L'animal a uriné sur-le-champ ; il a eu de légers vertiges, et il a fait des efforts infructueux pour vomir; les vertiges ont été en augmentant, au point que, cinq minutes après l'injection, il est tombé sur les pattes postérieures, plus faibles que les antérieures. On l’a relevé; il était assoupi, et fléchissait de temps en temps ses ‘extrémités postérieures. Six minutes après il a eu une selle. Le lendemain , il a mangé et ne paraissait pas très-malade. Le jour suivant, les vertiges se sont manifestés de nou-