IL
parlent des effets ficheux produits par l’infusum des feuilles d'arum maculatum. Nous avons administré à des chiens là racine de cette plante fraiche : ils sont morts au bout de vingt-quatre à trente-six heures, sans autre symptôme que de labattement , et le canal digestif s’est trouvé un peu enflammé.
Bulliard rapporte le fait suivant :
« Trois enfans de bucheron mangèrent les feuilles de cette plante; il leur prit des convulsions horribles. On tarda trop à leur apporter du secours; il fut impossible de rien faire avaler aux deux plus jeunes; on les saigna sans succès ; on leur donna des lavemens qui ne produisuirent aucun effet ; ils périrent, l’un au bout de douze jours, l’autre au bout de seize. L'autre enfant pouvait encore avaler, quoique avec beaucoup de peine, parce que sa langue était tellement tuméfiée qu’elle remplissait toute la capacité de sa bouche; mais la déglutition devint libre quand il fut saigné. On lui fit boire du lait, de l’eau tiède, et surtout beaucoup d’huile d'olives. Il lui survint une diarrhée qui le sauva. Il fut assez bien rétabli en peu de temps; mais il a toujours conservé une très-grande maïgreur . » ( Æistoire des Plantes vénéneuses de la France, p. 84.)
21°. Calla palustris. La racine de cette plante a une saveur brülante. |
Du Nitrate de Potasse.
860. Le nitrate de potasse, rangé par M. Fodéré dans la classe des poisons âcres, est un sel dont les propriétés vénéneuses ont fixé depuis long-temps lattention des médecins judicieux. Quelques observations rapportées dans les ouvrages de matière médicale et de médecine légale tendaient à prouver que l’ingestion de cette substance
pouvait devenir funeste : les expériences que nous avons tentées sur les animaux ne laissent aucun doute à cet égard, et il est aisé de démontrer qu’à la dose de 2 gros, ce sel détermiue dés accidens graves , suivis presque toujours de la mort, s’il n’est pas expulsé par le vomissement. Expérience 1°. On a fait avaler à un chien robuste 5 gros et demi de nitre pur et en poudre fine. Au bout de cinq minutes , il a vomi deux fois des matières alimentaires mêlées d’un liquide muqueux et filant ; le lendemain il a refusé les alimens. Le jour suivant , à huit heures du matin, il a bien mangé, et il n’éprouvait aucun Synip'ôme remarquabie. À trois heures, on a introduit dans son estomac une once et demie de nitre pur dissous dans 4 oncés et demie d’eau distillée, et on a lié l’œsophage. Deux minutes après , l'animal a fait des efforts pour vomir qui se sont renouvelés plusieurs fois dans l’espace des dix premières minutes. À trois heures et demie, il offrait des vertiges ; à quatre heures, il était couché sur le côté, et avait de légers mouvemens convulsifs dans l'extrémité antérieure droite ; ses pupilles étaient dilatées, sa respiration lente et profonde ; les battemens du cœur faibles et peu fréquens; la sensibilité et la mobilité étaient tellement diminuées, qu'il était impossible à l'animal de se soutenir un instant sur ses pattes; cet état a augmenté , et il est mort à quatre heures et demie. On l’a ouvert sur-le-champ. Le sang # contenu dans le cœur était fluide, et d’un rouge vif dans le ventricule aortique. Les poumons paraïssaient'être comme dans l’état naturel. L’estomac, livide à l'extérieur, était distendu par un fluide limpide ; la membrane muqueuse offrait dans toute son étendue une couleur rouge nojrâtre; élle était parsemée de vaisseaux fortement gorgés de sang noir ; la tunique musculeuse était d’un rouge vif; l’inflammation s’étendait jusqu’à l’iléon.
Expérience u°. À onze heures ; on a introduit dans l’es-
LR
tomac d’un petit chien robuste 2 gros de nitre pur réduit en poudre fine, et on a lié l’œsophage. Au bout de cinq minutes , LUN a commencé à faire des efforts pour vomir; qui ont duré pendant une demi-heure. A midi , ïl poussait des cris plaintifs. À une heure, il avait des vertiges. À deux heures et demie, les douleurs auxquelles il était en proie paraissaient cruelles ; il était couché sur le ventre, *ses paties postérieures Irèé éEartées : les antérieures fléchies ; il ne pouvait plus se tenir un instant debout , et lorsqu'il cherchait à changer de position, il faisait un saut et reiombait comme une masse inerte; la faiblesse des extrémités postérieures augmentait de plus en plus; il ne donnaït aucun signe de sensibilité lorsqu'on le pincait; les organes des sens jouissaient de toute leur intégrité ; les paupières et les extrémités antérieures étaient agitées de temps en temps par de légers mouvemens convulsifs ; les inspirations étaient rares et profondes. IL est mort à trois heures dix minutes. L’estomac contenait une assez grande quantité d’un fluide épais, filant; la membrane muqueuse offrait, dans toute son étendue, une couleur rouge pourpre parsemée ; dans quelques endroits, de points noirs; la tunique soujacente était d’un rouge vif; les autres portions du canal FEU et les Raman? ne paraissaient pas altérés.
Expérience xi°. On a répété cette expérience avec un gros de nitre pur : l’animal est mort au bout de vingt-neuf heures, après avoir offert des symptômes analogues à ceux des expériences précédentes. À l’ouverture du ca-
+ davre, on a trouvé que la membrane ii de l’estomac était enflammée.
Expérience 1v°. On a fait une plaie sur le dos d’un chien robuste et de moyenne taille ; on l’a saupoudrée avec 2 gros de nitre en poudre auxquels on a ajouté une once et demie d’eau chargée de ce sel; on a réuni les
DU NITRATE DE POTASSE 117 lambeaux par quelques points de suture. Au bout de trois jours, l'animal ne paraissait pas affecté. On à saupoudré une plaie faite à la partie interne de la cuisse d’un autre petit chien avec 2 gros de nitre pur dissous dans 4 gros d’eau à 40°. Au bout de cinq jours, l'animal mangeait avec beaucoup d'appétit, et n'avait éprouvé d’autre incommodité que celle qui tenait à la blessure. On a pratiqué une incision près de articulation fémoro-tibiale d’un petit chien maigre ; on a introduit dans la plaie 3 gros de nitre humectés avec un gros d’eau. Cinq'jours après , l’animal a mangé avec beaucoup d’appétit ; maïs la plaie était très- considérable; élle avait été gangrenée et s’étendait jusqu’à la région ombilicale. On à négligé de donner des soins à cet animal, et il est mort huit jours après l’opération. L’estomac n’offrait aucune altération sensible; il en était de même des autres organes (1).
OBSERVATIONS
1°. Un homme atteint d’une fièvre périodique prit par mégarde une once et demie de nitrate de potasse. Peu de temps après, les angoisses les plus fortes avec froid interne se manifestérent à l'estomac. Il survint ensuite des défaillances, des syncopes ; et en moins de dix heures Je malade expira. ( Comparetti. ) | DRE RE FRERE RENOM RE SR AR RAS 2
(1) Dans une autre expérience, l’animal est mort deux jours après l'application de 5 gros de nitre sur une plaie faite à la partie interne de la cuisse; et à l'ouverture du cadavre, on a trouvé deux petits Dlebtes dans l'estomac; plusieurs points de la membrane muqueuse étaient noirs, fau , et il. Y avait du sang extravasé dans son propre tissu ; mais nous n ’attachons pas beaucoup d'importance à ce fait, parce qu il Fi unique,
et que nous ne pouvons pas affirmer que l animal n ’ait L.pas avalé quelque autre substance vénéneuse, R
2%... I] y a six ans que feu MM. Froissard et Martin me priérent d'assister à l'ouverture du cadavre d’une domestique que l’on soupçonnait de s'être empoisonnée volontairement. Ce qui appuyait cette opinion, c’est que depuis deux où trois mois elle était devenue uiste, rèveuse, à la suite d’cbstructions dans le bas - ventre et de la suppression de ses règles. Cette fille, âgée de trentesix ans, était robuste , d’un tempérament bilieux et uèsarritable ; elle avait fait usage de diflérens remèdes populaires infusés tantôt dans du vin, tantôt dans de l’eau de-vie. . Deux jours avant sa mort, elle avait pris une once et demie d'une substance saline qu’elle ne pouvait désigner que par le nom.de sel: ce purgatif, pris en deux verres et à la distance d'une demi-heure, lui procura, par le vomissement et par les selles, des évacuations très-abondantes de bile dégénérée , et lui fit éprouver de violentes douleurs d’entrailles. Le médecin appelé pour calmer ces vives irritations, produit d’une superpurgation , ordonna des décoctions mucilagineuses en boissons et en lavemens ; il fut même obligé ,. par l'intensité des douleurs, de donner de l’opium tant en substance qu’en teinture. Ces secours furent sans effet : la malade sentait un feu dévorant qu elle rapportait à la poitrine et à l’estomac ; ses extrémités étaient froides; son pouls était présque nul; enfin elle expira soixante heures après avoir pris le sel.
» L'ouverture du cadavre fut faite deux heures après la mort.
» Le ventricule était rouge , parsemé de taches noïrâtres de la largeur d’uné lentille ; vers le bas-fond de l'estomac, une de ces taches était de la grandeur d’un lard ; dans son centre il y avait un petit trou qui percçait le viscère ; Je canal intestinal était intérieurement rougeûtre ; le foie était obstrué, et la matr'ce dans la plus parfaite vacuité.
» Nous apprimes que cette fille devant se purger , une
‘de ses amies lui avait acheté, chez un droguiste, une once et demie de sel de nitre (nitrate de potasse ) (1). »
3°. M. Laflize rapporte le fait suivant : Une dame qu’il venait de traiter d’une rougeur érysipélateuse à la jambe, prit par son ordre, pour se purger, le 27 avril 1587, à six heures duëématin, une once de nitrate de potasse tel qu'il sort de la salpèirière, -dissous dans un verre d’eau , avec addition de deux onces # sirop de pommes ( ce sel avait été vendu par un drogüiste à la place du sel de Sedlitz, sulfate de magnésie, qui avait été prescrit) : la malade éprouva, un quart d'heure après, les symptômes suivans : cardialgie, nausées, vomissemens pénibles, évacuations par le bas, ensuite convulsions qui rendajent la bouche contournée; syncope, pouls très-faible, extrémités froides, successivement pouls nul, voix éteinte, feu dévorant dans l'estomac, douleurs cruelles dans le ventre que rien ne put calmer; pressentiment d’une fin prochaine, respiration laborieuse ; mort à neuf heures du matin, trois heures aprés la fatale boisson.
A l'ouverture du cadavre on trouva ce qui suit : estomac fortement distendu par un liquide; la membrane externe de ce viscère était d’un rouge foncé; on y remarquait quelques taches brunes ; sa tunique veloutée était enflammée outre mesure, et se trouvait détachée dans plusieurs endroits ; l'humeur sanguinolente qui s'était écoulée des vaisseaux déchirés avait coloré en rouge le liquide contenu , qui équivalait à la mesure d’une pinte. Cette inflammation gangreneuse commençait à l’orifice cardiaque et finissait au pylore; le reste du corps était dans l'état naturel.
. On s’assura que la cause de la mort était entière-
(1) Journal de Medecine, de Chirurgie et de Pharmacre , tom LxxIN, ann. 1907, observation de M: Souville,
ment due à l’action bypersthénique du nitre, par l'examen de ce sel qu’on envoya chercher immédiatement cl'ez le même droguiste, et par l'analyse chimique du liquide contenu dans l'estomac, lequel produisit, par l’évaporation des cristaux de véritable nitrate de potasse.
4°. La femme d’un épicier d'Edimbotrg, enceinte de deux mois, avala, par méprise, une poignée de sel de nitre : aussilôt ni vives à l'estomac, nausées et vomissemens de quelques gorgées. qui avaient le goût du nitre. Au bout d’un demi-quart d'heure tout le corps était enflé. On adminisira, dix minutes après, de l’ipécacuanhaet une solution chargée de sel de Glauber. La femme avorta au bout d’une demi-heure, etrendit par les selles une grande quantité de sang mêlé à des débris de la membrane muqueuse des intestins; la gorge était excoriée, ce qui ne permettait pas à la malade d’avaler rien de piquant. Cinq jours après, les douleurs générales et les divers symptômes nerveux commencèrent à céder à l'emploi du lait, des mucilagineux et de l'opium. M. {lexandre , qui a rapporté celte observation, ne dit pas si la malade fut entièrement rétablie. ( Æncien Journal de Médecine, verser) (Tr).
M. Butler rapporte le fait suivant :
5°, Madame E., femme d’un quartier-maître, avala par
me
(1) M. Tourtelle, médecin à Besancon, doute que le nitre soit un poison capable de donrer la mort. Suivant lui , le nitre n’agit qu'à la manière des autres sels neutres. À forte dose il occasionne cependant quelques accidens, téls qu’une sensation douloureuse à l'estomac, des vertiges, le froid des extrémités et quelquefois de tout le corps, des défaillances, etc.
Un homme affecté d’une hydropisie ascite prenait, depuis trois semaines, des‘tisanes apéritives avec le nitre-à la dose d’un gros par pinte. Commeil s’impatientail de ne pas guérir et qu’il
DU NITRAÂTE DE POTASSE. 121 méprise, le 17 mars 1815 , deux onces de nitre pour une once de sel d'Epsom.
Le jour précédent elle avait acheté un quart de livre de nitre et deux onces de sel d'Epsom; elle plaça les deux paquets sur sa cheminée à côté l’un de l’autre, en rentrant chez elle.
: $e sentant mal disposée le lendemain matin, elle resta
au lit, et voulut que son mari mêlât la moitié d’un des paquets placés sur la cheminée dans un peu d’eau chaude, et lui donnât cette dissolution. Elle la prit en effet, croyant avaler environ une once de sel d'Epsom. Mais au lieu du paquet contenant le sel d'Epsom, le mari avait pris celui qui renfermait le nitre, et en avait fait fondre la moitié dans un verre d’eau à - peu-près, et quoiqu'il éprouvat quelque difliculté à dissoudre les cris}aux il ne concut aucun soupçon.
Bientôt après que la solution eut été avalée, les vomissemens survinrent. D'abord les matières contenues dans l’estomac furent rejetées , et ensuite les efforts n’amenèrent que du sang pur. Nous pouvons supposer que le nitre a
avait entendu préconiser le nitre dans sa maladie, il en prit un jour deux onces environ dans deux verres d'eau. À la vérité il fut un peu tourmenté de coliques de ventre ;.mais il fut totalement guéri par d’abondantes évacuations par les selles et par les urines. Ce qu’il y a de remarquable, c’est qu’il n’éprouva aucun des accidens de l’empoisonnement, quoique son estomac fût si sensible qu'il ne pouvait pas garder une cuillerée de vin scillitique le plus faible.
M. Tourtelle attribue les accidens décrits par M. Laflize aux transports de l’humeur arthritique sur l’estomac de la malade qui fait le sujet de l'autre observation de M. Zaflize. (Journal de Médecine, Chirurgie et Pharmacie, 1. rxxut, réflexions par T'ourtelle, pag. 22 et suiv.)
eu son plus entier effet, puisqu'il a été pris le matin avant déjeüner, moment où l’estomac est généralement vide, |
Le vomissement de sang ayant répandu l’alarme , je fus demandé par un voisin intelligent, et l’on n’auendit pas mon arrivée pour faire des questions sur la substance qui avait été avalée pour du sel d'Epsom.
Quand je vis la malade, le vomissement continuait depuis près d’une heure, et j’observai qu’une grande quantité de sang fluide et coagulé, d’une couleur purpurine, avait été rejetée.
Ayant acquis la certitude que la substance prise était du nitre , il devint évident pour moi que quoique la natire ait pourvu l'estomac humain d’une couche de mucus pour défendre ses parois de l’acrimonie ordinaire de nos alimens, cé mucus n’était pas assez abondant pour prévenir l’action corrosive d’une forte dose de nitre.
Je remarquai aussi que quelques cristaux non dissous avaient été avalés par la malade. |
Je fis donner sur-le-champ une grande tasse d’eau tiède, et j'ordonnai que la même quantité fût administrée après chaque vomissement pendant que je faisais préparer, dans le moins de délaï possible, une demi - pinte d’un mucilage très-épais de gomme arabique dans lèquel je fis ajouter un peu de laudanum. |
Durant mon absence, environ deux pintes d’eau tiède furent administrées à la malade, et presque toujours rejetées avec une cerlaine quantité de sang purpurin.
Je donnai la moitié de la mixture mucilagineuse (4 onces), qui resta dans l'estomac vingt minutes; mais quand on donna quelques gouttes d’eau de gruau épaisse, le tout fut vomi aussitôt, mêlé avec un peu de sang coagulé. |
Je voulus qu’elle prît une livre de gruau épais, qu’elle vomit immédiatement avec un peu plus de sang fluide. Je
donnai alors le reste de la mixture mucilagineuse, qui de mème fut expulsée. :
Une décoction épaisse de graine de lin fut rejetée, comme les boissons précédentes, en peu de minutes.
Cependant je continuai de faire prendre alternativement à la malade du gruau épais et du thé mêlé à de la graine de lin, aussi long-temps que son estomac rejeta du sang ; car, tant que ce sympiôme persista , je jugeai bien que la corrosion poürsuivait sa marche. La malade à la fin tomba presque en défaillance. |
Sou pouls devint fort et fréquent, une sueur chaude , comme visqueuse, et accompagnée de frisson, se manifesta. La malade demanda un court repos.
Je donnai une autre dose de mucilage de gomme arabi+ que avec du laudanum; les accidens se calmèrent pendant quelque temps; mais dès qu’ils reparurent, je renouvelai la potion de gruau épais et de thé mêlé à de la graine de En. |
Les vomissemens continuèrent depuis huit heures du matin jusqu’à midi, et pendant ce temps, la malade dut boire et vomir environ huit pintes de liquide. Je jugeai alors prudent d’en suspendre l'usage, car les forces s’épuisaient , et le nitre était probablement tout-à fait dissous. Depuis midi jusqu’à six heures du soir, la malade ne prit rien : mais alors elle vomit jusqu’à neuf heures du sang grumeleux, en partie fluide et en partie coagulé. Un peu de gruau lui fut donné, puis elle resta sans rien prendre jusqu’à neuf heures du matin, mais sans vomir ni dormir.
Le 18 mars au matin, la malade paraît violemment tourmentée de douleurs d'estomac, qui ne sont pas continuelles, mais spasmodiques. Deux ciystères avaient été adminitrés pendant la nuït, et un le matin : du gruau, du sel et de l'huile de ricin les composaient. Trois évacuätions avaient eu lieu , la dernière avec perte de sang. Je fis prendre alors
r9/ DES POISONS ACRES.
du thé suffisamment chaud avec du lait : cette boisson ne fut point vomie; j’ordonnai dans la journée l’administration d’une petite quantité de gruau. À sept heures du soir, le gruau et le thé n'avaient pas été vomis; les douleurs d'estomac étaient périodiques et brülantes ; il y avait eu deux selles, toutes deux mêlées de sang; la malade avait peu uriné; tout vomissement avait cessé. J’ordonnai toujours le gruau à doses petites mais répétées; la prescription suivante fut faite pour la nuit :
Teinture d’opium, 40 gouttes.
Mucilage d’acacia. k
Le 19 mars, la malade était mieux; les douleurs sont par intervalles très -intenses, et diffuses sur tout l'abdomen. Thé et gruau ad libitum. Q
Le 20, il n’y avait aucune modification remarquable.
Le 24, l'abdomen est toujours douloureux ; pendant plusieurs jours de suite, de petits caïllots de sang sont observés dans les selles; maïs , à l'exception de la faiblesse, i] n'y a pas de symptômes graves, et quoiqu’enceinte depuis deux mois, cette dame ne fit point de fausse couche.
Le 1° avril je fus de nouveau appelé pour voir madame C. ; on avait observé depuis quelques jours des tressaillemens et des mouvemens involontaires. Lorsqu'elle s’asseyait sur une chaïse, on la voyait tout-à-coup sauter brusquement ; ses muscles agissaient contre sa volonté, et elle exécutait sans cesse des mouvemens qu'elle voulait, mais qu’elle ne pouvait pas empêcher. Si des personnes de l’art l'avaient vue dans cet'état, elles l’eussent sans doute regardée comme affectée de la maladie connue sous le nom de danse de Saint-Guy : en effet, elle en avait tous les Symptômes, tels qu'ils sout décrits dans la Nosologie de Cullen.
‘Cette dernière partie de l’histoire de la maladie de ma-
dame C. me semble surtout devoir intéresser les physiologistes et les nosologistes : on peut se demander si le trouble nerveux n'était qu’un accident symptomatique de l’irritation des viscères, ou si les particules irritantes du nitre, introduites dans le sang, allaient exciter les nerfs en cireulant avec celui-ci, et produire ainsi les mouvemens involontaires des muscles. La sécrétion de l’urine ne fut jamais notablement augmentée. Dix jours environ s'étaient écoulés depuis le moment où le nitre fut pris jusqu'à l’apparition des symptômes nerveux, qui durèrent à-peu-près deux mois.
Tant que cetie affection persista, le pouls resta petit et marqua quatre-vingt-dix battemens par minute; le;bras et la jambe gauche étaient spécialement attaqués ; le caractère de la malade, naturellement doux, était devenu éminemment irascible. sonde cv)
Lorsque son estomac.était vide, son état semblait empirer, et elle ressentait alors une douleur constante dans la région. de l’épine.., ,.,, F '
Le quinquina ne fut pris qu’en doses divisées, mêlé avec du lait. Les symptômes spasmodiques atteignirent un degré effrayant ; ils se calmèrent graduellement ; mais la malade n’obtint le complet rétablissement de ses forces qu’après son accouchement. ;
Le 3 octobre 1815, je l’accouchai d’un enfant mâle : le travail de l’enfantement fut plus long qu’à l'ordinaire, sans doute à cause de la faiblesse. Le 29 octobre 1817, je l’accouchai d’un autre enfant : l’un et l’autre sont vivans et bien portans.
Remarques de M. Butler. Plusieurs raisons m'engagent à rendre public le cas que je viens de rapporter.
1°. Pour montrer la quantité de nitre que peut supporter l'estomac humain sans que la mort en soit la suite, lorsqu'on met en usage le traitement que j'ai employé,
x°6 DES POISONS ACRES.
et pour faire ressortir quelques-uns des effets de cette sub stance.
2°, Pour éclairer en quelque manitre l’histoire d'une autre affection dont la nature réelle n’est que peu connue, parce que nous sommes peu instruits dans la physiologie du système nerveux.
3°. Pour demontrer que les plus violens vomitifs ne déterminent pas constamment l'avortement.
Je ne pense pas que l’on ait encore rapporté de cas où un malade ait pris une si grande quantité de nitre , ét en soit revenu. (Vouveau Journal de Médecine, de Chirurgie et Pharmacie. Février 1818.)
86r. Ces faits nous permettent de conclure,
4°. Que le nitrate de potasse, introduit dans l'estomac des chiens et de l’homme, agit à la manière des poisons àcres ou corrosifs ; |
29, Qu'il peut déterminer la mort lorsqu'il n’est pas vomi et qu'il a été avalé à la dose de 2 ou 3 gros;
3°. Qu'il paraît agir immédiatement sur le üssu muqueux du canal digestif, et par suite sur le système nerveux et à la manière des stupéfians ; 4° Qu'il n’est pas absorbé lorsqu'on l’applique sur le üssu cellulaire, et par conséquent qu’il se borne, dans ce cas, à produire des effets locaux ;
5°. Que rious ne pouvons pas admettre l'opinion de M. Tourtelle, médecin à Besançon , qui croit que cette substance agit comme les autres sels neutres. (Voyez l& note de la page 120.) |
Histoire chimique du Nitrate de Potasse.
: 862. Le nitrate de potasse est un sel d’une couleur blanche et d’une saveur fraîche et piquante. Il cristallise en Jongs prismes à six pans, demi-transparens et terminés par