DE LA MORPHINE
Action de la Morphine sur l’économie animale.
Expériences faites avec la Morphine.
Expérience 1°. On fit avaler à un petit chien dont l’estomac était vide, 12 grains de morphine suspendue dans demi-once d’eau : l'animal n’éprouva aucun des symptômes qui caractérisent l’empoisonnement par l’opium, et ne vomit point. La même dose d'extrait aqueux d’opium, donnée de la même manière à un chien à-peu-près d’égale force et à jeun, détermina la paralysie des extrémités postérieures au bout de vingt minutes, et peu de temps après, l’assoupissement. Le lendemain , animal allait beaucoup mieux, et tendait vers le rétablissement.
Expérience n°. On fit avaler 5 grains de morphine à un petit chien dont l’estomac contenait des alimens; il vomit dix minutes après, et n'éprouva aucun des symptômes que nous avons dit caractériser l'empoisonnement par l’opium.
Expérience ni. On appliqua sur le tissu cellulaire de la cuisse d’un chien robuste et de moyenne taille, 6 grains de morphine suspendue dans une petite quantité d’eau: l'animal vomit huit minutes après ; il semblait avoir une légère propension au sommeil ; la marche était chancelante, mais il ne paraissait que LÉRRUR incommodé : le lendemain , il était parfaitement libre.
Voyant, par ces expériences, que la morphine, à raison de son peu de solubiliteé dans l’eau, n’exerçait presqu’aueune action sur l’économie animale, on la transforma en sel, en la faisant dissoudre dans quelques acides.
Expériences faites avec les sels de Morphine.
Expérience 1v°. À onze heures troïs quarts, on intro- . duisit dans l'estomac d’un petit chien 6 grains de morphine dissoute dans un gros :d’acide acétique étendu du double de son poids d’eau : au bout de ving-cinq minutes, les extrémités postérieures paraissaient un peu faibles: à une heure et demie, la faiblesse était plus prononcée : cependant l'animal marchait avec assez de facilité ; à six heures du soir, il avait une légère tendance au sommeil et ne poussait aucun cri plainuüif; la respiration ne paraïssait pas génée. Le lendemain, la démarche était plus libre, et le rétablissement pouvait être regardé comme complet.
Expérience v°. La mème expérience, répétée sur un chien plus faible que le précédent, offrit les résultats suivans : deux heures après l’injection de l’acétate de morphine, les pattes postérieures étaient paralysées; l'animal ne pouvait plus marcher et paraissait endormi : cependant le moindre bruit l’excitait à faire de vains efforts pour se relever; il retombait et paraissait de nouveau plongé dans l’assoupissement; les pupilles étaient dilatées, le pouls lent et la respiration peu gênée. Huit heures après l'injection du poison, il poussait quelques cris plaintifs et paraissait plus agité. Le fendenuns les extrémités postérieures ne couservaient qu’un peu de faiblesse dont Pintensité fut,en diminuant, en sorte que l’animal n’était plus sous l'influence du poison le jour suivant.
Expérience vi*. Desirant comparer l'intensité d'action de lacétate de morphine à à celle de l'extrait aqueux d’opium, on fit prendre à un petit chien 6 grains de cet extrait dissous dahs demi-once d'acide acétique très-faible : animal éprouva les mêmes symptômes que celui qui fait
DE LA MORPHINE. 169 le sujet de l'expérience quatrième ; l'intensité de la maladie parut être exactement la même.
Expérience vu. À onze heures du matin, on injecta dans le üissu-cellulaire de la partie interne de la cuisse d’un petit chien 6 grains de morphine dissoute dans un gros de vinaigre : au bout de huit minutes, l’animal se coucha; sa respiration était laborieuse, et les muscles paraïssaient dans un grand état de relàchement; cinq minutes après, les extrémités postérieures commencèrent à faiblir, on entendait quelques cris plaintifs, quoique, par son attitude extérieure , l’animal semblât être profondément endormi; le moindre choc ou le plus léger bruit suffisaient pour le réveiller et l’exciter à marcher; ses mouvemens étaient chancelans comme s'il eût été ivre de vin; ses pattes postérieures étaient traînées. À une heure et demie, on observait, outre, ces symptômes, de légers tremblemens de tête, la dilatation des pupilles, la contractilité de l'iris et un ralentissement notable dans les mouvemens du cœur; il n'y avait eu ni nausées, ni vomissemens , ni selles. À sept heures, la sensibilité était tellement exaltée, que, par la simple agitation de l'air, on forçait l'animal à exécuter des mouvemens brusques et irréguliers qu’il semblait faire pour échapper au danger dont il se croyait menacé ; il faisait quelques pas en traînant les extrémités postérieures ; mais bientôt après il était obligé de s’arrêter. Le lendemain ,tous les symptômes avaient disparu, excepté la faiblesse des membres postérieurs, qui ne retrouvèrent leur énergie que deux jours après , époque à laquelle le rétablissement pouvait être regardé comme complet.
Dans une autre expérience de ce genre, les mêmes symptômes se succédèrent dans l’ordre déjà indiqué; maïs l’assoupissement et l’insensibilité furent tellement prononcés que l’animal était dans un état de mort apparente :
cependant il ne fut pas moins rétabli quarante-huit heures après l'injection du poison.
Expérience vit. On répéta la même expérience sur un petit chien très - faible , avec 12 grains de morphine dissoute dans l’acide acétique : au bout de trois minutes, vertiges, et tous les autres symptômes d'empoisonnement par l’opium. Six heures après, fortes secousses convulsives , cris plaintifs , paralysie des extrémités postérieures. Le lendemain matin , les mouvemens convulsifs étaient moins intenses, et la maladie tendait vers la guérison, qui ne fut complète que vers la fin du cinquième jour.
Expérience 1x°. 12 grains d’extrait aqueux d’opium, dissous dans de l'acide acétique très - faible, furent injectés à onze heures dans le tissu cellulaire de la partie interne de la cuisse d’un petit chien robuste : au bout d’un quart d'heure, vomissement , paralysie des extrémités postérieures; une heure après, cris plaintifs , inspirations profondes ; à trois heures , agitations, plaintes presque continuelles, légers mouvemens convulsifs. Le lendemain matin, diminution des symptômes énumérés, vertiges assez forts ; le soir tendance au rétablissement, qui fut complet vers la fin du troisième jour.
Dans une autre expérience de ce genre, faite avec Ggrains d'extrait aqueux, les pattes postérieures furent paralysées un quart d'heure après l'injection ; au bout de trois heures, l'animal était en proie à des secousses convulsives assez fortes. Le lendemain, ces symptômes avaient diminué, et finirent par disparaître complètement.
Expérience x°. Deux grains de morphine dissoute dans un gros d’eau légèrement vinaigrée, furent injectés dans la veine jugulaire d’un chien robuste et de grande taille : au bout d’üne minute, faiblesse des extrémités postérieures ; du reste, nul autre symptôme d’empoisonnement. Deux