‹ Traité des poisonsChapitre 36 sur 109 · DD LA MORPHINE · texte numérisé non relu

DD LA MORPHINE

heures après, Janimal pouvait marcher en traînant ses. pattes postérieures. Îl était rétabli le soir du même jour.

La même expérience, répétée sur un chien beaucoup plus petit que le précédent , avec 2 grains d'extrait aqneux d'o-

pium anciennement préparé et dissous dans la même quan-

tité d’eau vinaigrée, loin d'offrir le même résultat, fit voix

que l’animal n’était en aucune manière sous l'influence du

poison. Ce fait, paraissant propre à établir la supériorité

d'intensité de la morphine sur l'extrait aqueux , méritait

d’être vérifié.

Expérience xi°. Un grain de morphine dissoute dans 2 gros d’eau légèrement vinaigrée , fut injecté dans la veine jugulaire d’un petit chien robuste, à onzé heures du matin : immédiatement après, l'animal éprouva une contraction générale qui ne dura que quelques secondes; ses exirémités postérieures furent paralysées , et il tomba dans un grand état d’assoupissement. Un quart d'heure après les symplômes étaient plus intenses; à cinq heures, leur diminution état assez marquée pour permettre à l’animal de marcher presque librement. Le lendemain, il était parfaitement rétabli. Un chien à - peu - près de même force que le précédent, fut tué presqu’instantanément par l’injection dans la veine jugulaire de 2 grains de morphine dissoute dans de l’eau légèrement vinaigrée.

Expérience xn°. 2 grains d'extrait aqueux d’opium récemment préparé, et dissous dans 2 gros d’eau légèrement vinaigrée, furent injectés dans la veine jugulaire d’un petit chien robuste, à onze heures : aussitot après, les pattes postérieures furent paralysées, l’animal parut endormi et la respiration gènée. À une heure, les symptômes d’empoisonnement étaient tellement diminués, que le rétablissement paraissait opéré, et que la démarche était presque libre.

Ces expériences nôus conduisent à établir, 1°, que la

morphine dissoute dans l'acide acétique détermine les mêmes sÿmptômes que l’extrait aqueux d’opium, ce qui tend à faire croire que celui-ci n’agit que parce qu’il contient un sel analogue à l’acétate ; 2°.: que cependant la morphine dissoute dans le vinaigre exerce sur l’économie animale une action plus intense que la même dose d’extrait aqueux d’opium. Mais il suffit de réfléchir un instant pour être convaincu que si douze grains d'extrait aqueux d’opium ne déterminent pas un empoisonnement aussi vio= lent que douze grains de morphine dissous dans le vinaigre, c’est que dans cette dose d’éxtrait il y a, outre la morphine, deux acides, l’extractif, etc. (voy. pag. 166), ce qui porte nécessairement la quantité de morphine bien au-dessous de douze grains. Il est donc extrèmement probable que si douze grains de cet alcali étaient dissous dans les acides qui font partie de l'extrait aqueux d’opium, on obtiendrait des effets aussi intenses que ceux qui sont déterminés par la même quantité de morphine dissoute dans l'acide acétique ; il serait même possible q@e l’empoisonnement füt plus violént. Ce phénomène aurait nécessairement lieu si l'acide qui est combiné avec la morphine dans l'extrait aqueux d’opium ne neutralisait pas aussi bien ses propriétés que l'acide acétique, car il est évident que dans ce cas, la morphine étant plus libre, exercerait une action plus intense.

Expérience xru°. À midi on injecta dans le tissu .cellulaire de la partie interne de la cuisse d’un petit chien robuste, 12 grains de morphine dissoute dans de l’eau légérement acidulée par l'acide sulfurique : six minutes après, la faiblesse et la paralysie des extrémités postérieures se manifestèrent ; les pupilles étaient dilatées ; l'animal paraissait profondément endormi : cependant le plus léger bruit suffisait pour le réveiller et l’excitem à s'échapper. À six heures du soir, l’assoupissement et l’éxcitabilité étaient di-

DE LA MORPHINE. 175 minués. Le lendemain, la démarche était presque libre, et le rétablissement s’opérait d’une manière sensible.

Expérience xiv°. On répéta la même expérience en substituant l'acide hydro-chlorique (muriatique) à l'acide sulfageue > l'animal ne parut être sous l’ influence du poison qu’au bout de deux heures : alors il éprouvait des vertiges et beaucoup de faiblesse dans le train postérieur, Une heure après, la prostration des forces était complète, et l’assoupissement aussi marqué que dans l'expérience précédente. Ces symptômes diminuèrent graduellement, en sorte que le lendemain soir l'animal était parfaitement rétabli.

Ces expériences prouvent évidemment que les acides sulfurique et hydro-chlorique neutralisent avec plus d’énergie les propriétés vénéneuses de la morphine que l'acide acétique, puisque l’acétate détermine constamment des effets plus intenses que le sulfate et l’hydro-chlorate, administrés à la même dose.

M. Ridolphi nous paraît avoir été induit en erreur, lors-

qu il à avancé que les acides étaient les meilleurs antidotes dela morphine, et que l'on pouvait faire avaler i impunément à plusieurs animaux des combinaisons de morphine et d'acide acétique, nitrique ou hydro-chlorique. (Journal

de Physique de Brugnatelli, décembre 1817. Lettre de M. Ridolphi ).

Expériences fuites avec la Morphine dissoute dans l’huile d'olives.

Expérience xv°. 6 grains de morphine chauffée pendant dix minutes avec une once d'huile d’olives, furent introduits, à midi, dans l’estomac d’un chien robuste, de grande taille et à jeun : au bout d’un quart d'heure l'animal était sous l'influence du poison; il éprouvait de la faiblesse \ dans le train postérieur, une légère somnolence et quelques

vertiges. L'intensité de ces symptômes fut en augmentarit jusqu'à la fin de la journée. Le lendemain, le rétablissement était presque complet, |

Expérience xv1°. À deux heures de l'après-midi, on fit avaler à un chien jeune et de grande stature, 12 grains de morphine dissoute dans une once d'huile : six minutes après, l’auimal ne pouvait plus se tenir debout; il était couché sur le dos, et dant un état de mort apparente; sa respiration était profonde et laborieuse, ses pupilles très-dilatées. Il mourut le lendemain à six heures du matin, et il ne fut pas observé pendant la nuit.

Ouverture du cadavre. Le canal digestif n’était le siége d'aucune altération. Les cavités du cœur étaient distendues par du sang noir. Les poumons offraient cà et là quelques plaques livides, et contenaient une sérosité roussâtre. La substance du cerveau et les méninges paraïësaient dans l’état naturel; les vaisseaux veineux qui se distribuent à’ces organes étaient un peu injectés. ”

Expérience xvu*. On appliqua sur le tissu cellulaire dk, la partie interne de la cuisse d’un chien très-fort, 12 grains de morphine dissoute dans une once d'huile : quelques minutes après, l’animal était sous l'influence du poison et présentait les mêmes symptômes que le précédent ; il mourut au bout de deux heures. Il fut impossible de découvrir la moindre lésion dans les principaux organes.

Expérience xvin*. On injecta dans la veine jugulaire d'un petit chien, un grain de morphine dissoute dans un gros d'huile : au bout de cinq minutes, le train postérieur était paralysé; l'animal tomba dans un grand état d’assoupissement et mourut une heure après, sans avoir éprouvé de mouvemens convulsifs, Dans une autre expérience de ce genre, faite avec 2 grains de morphine, la mort eut lieu immédiatement après que l’injection fut faite. A l’ouverture du cadavre on ne découvrit aucune lésion notable,

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