‹ Traité des poisonsChapitre 37 sur 109 · DE LA MORPHINE · texte numérisé non relu

DE LA MORPHINE

Ces résultats nous semblent prouver que l'huile neutralise beaucoup moins Îes propriétés vénéneuses de la morphine que l'acide acétique, et à plus forte raison que les acides sulfurique et hydro-chlorique.

Expériences faites avec la Morphine dissoute dans l'alcool.

La quantité de morphine que l'alcool concentré peut dissoudre, à latempérature ordinaire, est tellement petite, qu’il était facile de prévoir qu’une pareille dissolution étendue d'une très-grande quantité d’eau, ne devait presque pas conteuir de morphine. Or, il étaitindispensable | pour connaître les elteis de cetalcali sur les chiens, d’employerune dissolution alcoolique excessivement faible. En effet, les animaux dont nous parlons n'étant pas habitués à l'usage des liqueurs spiritueuses, sont tellement impressionnables, qu’ils ne tardent pas à être enivrés par l'alcool étendu même de dix fois son volume d’eau : aussi avons-nous remarqué dans nos expériences qu'une dissolution de morphine dans l’alcool concentré ou affaibli donne lieu aux mêmes symptômes, et détermine la mort dans le même espace de temps que la même quantité d'alcool au même degré de concentration et dépourvue de morphine ; ensorte que nous avons conclu qu'il est impossible d’étudier l’action qu'exerce la morphine sur les chiens lorsqu'on l’administre dans ce véhicule. Nous pourrions encore étayer cette assertion des expériences récentes de M. Ridolphi, qui dit avoir tué des chiens avec trois grains de morphine dissous dans l'alcool, et qui n’hésite pas à conclure que c’est la morphine qui a déterminé la mort; mais il est aisé de se convaincre que la conclusion tirée par M. Ridolphi n’est pas exacte : la mort a été occasionnée par l'alcool, ou du moins l'expérience prouve que la quantité de ce véhicule nécessaire pour dis-

soudre trois grains de morphine, ne tarde pas à tuer les chiens. (Lettre déjà citée).

Nous ne doutons pas cependant qu'il n’en soit différemment chez l’homme, qui peut supporter une assez grande quantité de boissons spiritueuses sans éprouver d’incommodité notable. Voici un fait à l'appui de cette assertion.

M. Sertuerner prit, dans l’espace de trois quarts d’heure, un grain et demi de morphine dissoute dans un gros d’alcool, et étendue de plusieurs onces d’eau distillée ; une rougeur générale qu'on pouvait même apercevoir dans les yeux, couvrit bientôt sa figure et principalement les joues, et les forces vitales semblaient être exaltées. Il avait une légère tendance au sommeil, des vertiges; ces symptômes devinrent plus intenses; après la dernière dose de morphine, il ressentit une vive douleur dans l'estomac , un engorgement général ; il était près de s’évanouir. IL avala 5 ou 6 onces de vinaigre assez fort; il eut des vomissemens qui furent suivis d’un calme sensible, et sa santé ne fut pas

altérée. (Dissertation inaugurale de M. Levacher de Boisville (1).

Expériences faites avec l'Extrait aqueux d'opium privé de morphine.

Expérience x1x°.18 grains d’extraitaqueux d’opiumprivé de morphine et dissous dans de l’eau acétique, ont été tourà-tour injectés dans l'estomac et dans le tissu cellulaire de la partie interne de la cuisse de plusieurs chiens petits et faibles; ces animaux n’ont éprouvé que de légers sym-

(1) Mon élève, M. Levacher de Boisville, a répété avec moi la plupart des expériences qui font le sujet de ce Mémoire, et les a consignées dans sa Dissertalion inaugurale.

DE LA MORPHINE 157 ptômes d’empoisonnement , qui n’ont pas tardé plus d’une heure à se dissiper : résultat qui prouve jusqu’à l'évidence que la morphine est le principe actif de l’extrait dont nous parlons. On concevra facilement pourquoi les animaux soumis à son influence ont éprouvé quelques sympiômes d’empoisonnement , en faisant attention que la morphine n’est jamais complètement précipitée lorsqu'on traite l'extrait aqueux d’opiuin par la magnésie ou par l'ammoniaque.

Traitement de l’empoisonnement par lu Morphine.

Plusieurs expériences, dont nous nous bornerons à énoncer les résultats, nous ont démontré que les chiens empoisonnés par la morphine doivent être traités de la même manière que ceux qui sont sous l'influence de l’opium. On doit d’abord expulser le poison à l’aide d’éméiiques et de purgatifs, et administrer ensuite des boissons acidulées, une forte infusion de café, etc. (Voy. Traitement de l'empoisonnement par les narcotiques.) La saignée à la veine jugulaire doit être comptée parmi les moyens les plus prppres à combattre les effets RENE par le poi-

son dont il s’agit.

Conclusions.

1°. La morphine seule peut être introduite dans l’esto= mac des chiens les plus faibles à la dose de douze grains, sans donner lieu à aucun phénomène sensible; tandis qu’une pareille dose d'extrait aqueux d'opium Atom un em= poisonnement violent suivi quelquefois de la mort : cette nullité d'action de la-morphine dépend de son peu de solubilité e et de la difliculté avec laquelle elle est attaquée par les sucs de l'estomac.

2°. Les sels de morphine solubles dans l’eau, tels que l’acétate, le sulfate, l’hydro-chlorate, donnent exäctement lieu aux mêmes symptômes que l'extrait aquieux d’opium,

zh 12

ce qui tend à faire croire que les effets de ce médicament. doivent être attribués à un sel de morphine, qui est probablement le méconate, dont l'existence, annoncée par M. Sertuerner,. à été confirmée par les expériences récentes de M. Robiquet. Ce résultat important conduit naturellement à rechercher la morphine dans les plantes indigènes, et à la séparer pour la transformer en sel, et pour substituer celui-ci à l'extrait aqueux.

3°. La morphine dissoute dans l'acide acétique exerce cependant sur l’économie animale une action plus intense que la même dose d'extrait aqueux d’opium , phénomène qui tient à ce que l'extrait n’est pas entièrement formé de morphine. (Woy. pag. 166.)

4°. L’extrait aqueux d’opium dont on a séparé la morphine peut être administré à forte dose, sans déterminer les symptômes de l’empoisonnement, et s’il conserve quelquefois une légère action, cela tient à ce que la séparation de la morphine n’a pas été complète.

5°, Six grains de morphine dissoute dans l'huile d'olives paraissent agir avec autant d'intensité que douze grains d'extrait aqueux d’opium, ce qui prouve que l’huile neutralise beaucoup moins les propriétés vénéneuses de la morphine que les acides. Ce fait est remarquable, en ce qu’il donne les moyens de doubler en quelque sorte les propriétés médicamenteuses de l'extrait aqueux d’opium, résultat auquel on n’était pas encore parvenu.

6°. La morphine, comme toutes les substances qui agissent après avoir été absorbées , exerce une action plus intense lorsqu’elle.est injectée dans les veines, que dans le cas où elle est appliquée sur le tissu cellulaire, ou introduite dans le canal digestif. &

7°. L'émpoisonnement déterminé par la morphine ne diffère en rien de celui que produit l’opium, et doit être waité de la même manière. On doit s'attacher d’abord à

DE LA JUSQUIAME NOIRE 179 expulser le poison par les émétiques, pour administrer ensuite les acides végétaux convenablement affaiblis, Pinfusion de café, etc. Ces moyens, aidés quelquelois de la saignée à la veine jugulaire ou au bras, réussissent presque constamment, comme nous le prouverons plus tard. |

8°. L'alcool affaibli au point de n’exercer aucune action sur les chiens, dissout une si petite quantité de morphine, qu'il a été impossible de déterminer le moindre effet en l'adninistrant aux animaux qui ont été l’objet de nos expériences. Il est cependant probable que la dissolution alcoolique de morphine pourra être employée avec succès chez l’homme, qui, étant habitué aux liqueurs spiritueuses, peut prendre une assez forte dose d’alcool faible sans éprouver la moindre incommodité. ( Extrait d'un Mémoire et d’une note sur la morphine par M. P. Orfila. Voy. Nouveau Journal de Médecine, Chirurgie et Pharmacie, janvier 1818; et Annales de Chimie et de Physique, cahier de juillet 1815.)

De la Jusquiame noire (hyosciamus niger).

897.. Cette plante appartient à la famille des solanées de J., et à la ventandrie monogynie de L.

Caractères. Calice en tube , à cinq lobes : corolle monopétale, en tube, à cinq lobes inégaux, peu ouverts, d’un jaune pâle vers ses bords, d’un pourpre noirâtre dans son milieu: cinq étamines : un style : fleurs presque sessiles , disposées sur les rameaux en longs épis: capsule oblongue, obtuse, ventrue à sa base, un peu comprimée , creusée d’un sillon sur chaque côté, et s’ouvrant horizontalement vers le sommet ; les capsules qui succédent aux fleurs sont toutes tournées du même côté sur chaque épi : embryon de la graine demi-circulaire, placé sur le bord du périsperme. Tige haute de cing décimètres, épaisse, cylindrique , rameuse et couverte d'un duvet

épais. Feuilles alternes, molles, cotonneuses, fort amples, sinuées et découpées profondément en leur bord. Cette plante croit sur le bord des chemins et a une odeur désagréable.

Action de la Jusquiame sur l’économie animale.

Expérience 1°. On a fait avaler à un petit chien 2 gros de feuilles sèches de jusquiame parfaitement pulvérisée : l'animal n’a paru éprouver aucune incommodité. Ona donné à un autre chien 3 onces de racine fraiche de jusquiame noire coupée en petites rondelles et cueillie au mois d’avril : on a lié l’œsophage. Quarante heures après, l’animal n'avait éprouvé d'autre phénomène que de l’abattement ; il en était de même trois jours après l'opération.

Expérience u°. Le même jour (22 avril), on a fait prendre à un autre chien $ onces de suc provenant de 3 livres de racine fraîche de jusquiame noire cueillie au mois d'avril, que l’on avait pilée avec 2 onces d’eau et une once de la racine contuse : on a lié l’œsophage. Trois heures après , l'animal était un peu assoupi. Au bout de deux heures, ses extrémités postérieures étaient faibles et fléchissaient facilement ; les pupilles étaient dilatées , et l’assoupissement un peu plus marqué : du reste, l’animal n'éprouvait ni vertiges ni convulsions ; il conservait le libre usage des sens et du mouvement. Le lendemain matin, ces symptômes paraissaient moindres ; mais il était légerement abattu : cet état a continué toute la journée, et ‘il ést mort dans Îa nuit.

Ouverture du cadavre le lendemain. Nulle altération dans le canal digestif, L’estomac contenait une grande portion de la racine ingérée ; les poumons offraient cà et ja des plaques livides, plus denses que dans l’état naturel, peu crépitantes, gorgées de sang fluide et d’un liquide COMME SÉTCUX:

Expérience u°. Le 22 avril, on a pilé environ 6 livres de feuilles et de tiges de jusquiame noire fraîche, et on a donné les 12 onces de suc qu’elles ont fourni à va peut chien robuste : l’œsophage a été lié. Vingt-quatre heures après, l’animal marchait librement, et ne paraissait que légèrement assoupi.

Expérience 1v°. Le 30 juin, à huit heures du matin, on a fait prendre à un petit chien robuste 2 onces de décoctum obtenu en faisant bouillir une once et demie de racine de jusquiame noire dans 3 onces d’eau : on a lié l’œsophage. Une demi-heure après, l'animal a fait des efforts pour vomir et s’est plaint. À dix heures, il était couché sur le côté dans un état de grande insensibilité: on l’a mis sur ses pattes, etil est tombé sur-le-champ comme une masse inerte ; il offrait par intervalles des mouvemens convulsifs dans les différentes parties du corps ; les organes des sens n'étaient plus impressionnables ; la respira-

‘tion était profonde et lente. Ces symptômes ont persisté,

et il est mort à dix heures et demie. On l’a ouvert sur-lechamp: le cœur se contractait et était distendu par du sang fluide , d’une couleur ronge vermeille dans les cavités aortiques , et noirâtre dans le ventricule pulmonaire. Les poumons étaient roses et comme dans l’état naturel. Le canal digestif ne paraïssait offrir aucune altération.

Æxpérience v°. On a introduit dans l’estomac d’un chien très-fort 2 gros d'extrait aqueux de jusquiame acheté chez un pharmacien : on a lié l’œsophage. L'animal est mort huit jours après, sans avoir éprouvé d'autre symptôme que l’abattement inséparable de l’opération.

Expérience vi. On a répété la mème expérience sur un petit chien avec 7 gros du même extrait, L'animal est mort cinquante heures après, sans que l’on ait observé aucun phénomène remarquable, L'ouverture du cadavre R'a fait voir aucune lésion dans les tissus.

Expérience ve. À six heures du matin, on à introduit dans l'estomac d’un petit chien 6 gros d'extrait aqueux de jusquiame acheté chez un autre pharmacien, et dissous dans 2 onces d’eau : on a lié l’œsophage. Dix minutes après, l'animal a fait des efforts pour vomir, qu’il a souvent réitérés dans l’espace d’un quart d'heure. A'six heures vingt-cinq minutes, il a poussé quelques cris plaintifs; la respiration était profonde. À six heures trois quarts, nouvelles plaintes, intégrité parfaite des sens et des mouvemens , respiration très-profonde et très-accélérée. Même état à sept heures. À huit heures et un quart on l’a trouve mort. |

Ouverture du cadavre. Le cœur ne se contractait plus et était très-chaud ; il contenait, dans le ventricule gauche, plusieurs caillots d’un rouge vif; les cavités droites renfermaient des caillots noiratres ; les poumons et le canal digesuif paraissaient sains.

Expérience vin. On a fait une plaie au dos d’un petit chien ; on a mis en contact avec le tissu cellulaire 3- gros d'extrait aqueux de jusquiame acheté chez le même pharmacien, et on a réuni les lambeaux : l’animal était mort quatre heures après. On en a fait l'ouverture au bout de cinquante minutes : le cœur était très-chaud ; il ne contevait plus de sing fluide; on voyait dans le ventricule droit quelques petits eaillots noirûtres.

Expérience ix°. A huit heures six minutes, on a appliqué sur le tissu cellulaire de la cuisse d’un chien robuste et de moyenne taille 2 gros d'extrait aqueux de jusquiame, prépare en faisant évaporer au bain-marie le suc de la racine fraiche de jusquiame noire en pleine végétation ; on à ajouié 2 gros d’eau. À neuf heures moins dix minutes , l’animal éprouvait de l'inquiétude ; il était agité et poussait des cris plaintifs; le pouls battait'cent cinquante

fois par iinute. À neuf heures, vomissoment. À ouze

heures et demie, décubitus sur le côté, plaintes continuelles. À midi, état de grande insensibilité , faiblesse des extrémités postérieures, légers mouvemens convulsifs. Mort à une heure.

Ouverture du cadavre. Les poumons étaient livides, denses et gorgés de sang; il n'y avait aucune altération dans le canal digestif ni dans le membre opéré.

Expérience x°. On a fait une plaie au dos d’un chien caniche très-fort ; on a mis en contact avec le tissu cellulaire 4 gros d’extrait résineux de jusquiame acheté chez un pharmacien: on a réuni les lambeaux par quelques poinis de suture. Deux heures après , l'animal , qui n’avait offert aucun phénomène remarquable, commençait à éprouver des vertiges. Dix minutes après, sa marche était assez chancelante pour qu'il ne püt faire deux pas sans tomber; ses extrémités postérieures étaient très-faibles, et il conservait l’usage de ses sens; il était à-peu-près dans le même état une heure après. Le lendemain matin, il paraissait rétabli; cependant il refusait les alimens. : Quatre jours après l'opération , il.se tenait couché sur le côté, avait de nouveau quelques vertiges , et ne voulait prendre aucun aliment. Il est mort dans la nuit.

Ouverture du cadavre. Les venuicules du cerveau ne contenaient aucun liquide; les vaisseaux veineux de la face externe de cet organe étaient gorgés et distendus ; les poumons , généralement d’un rouge foncé, offraient quelques taches noirâtres: ils étaient un peu moins crépitans que dans l’état ordinaire ; la plaie était peu enflammée.

Expérience x1°. On a répété cette expérience sur nn petit chien, et on n’a employé du même extrait, acheté chez un autre pharmacien, que 2 gros et un quart, que l'on a appliqués sur le tissu cellulaire de la cuisse. L'animal est mort au bout de sept jours, sans avoir offert d'autre symptôme que de l’abattement et de Pinappétence.

On n’a point trouvé de lésion à l’ouvertüre du cadavre.

Expérience xn°. À huit heures du matin, on a injecté dans la veine jugulaire d’un petit carlin fort 28 grains d'extrait aqueux de jusquiame acheté chez un pharmacien et dissous dans 4 gros d’eau. Tout-à-coup l'animal a éprouvé de légers vertiges: 1l a marché en chancelant pendant quatre ou cinq minutes, puis s’est arrêté; ses extrémités postérieures sont devenues de plus en plus faibles ; il était assoupi; cependant il conservait l'usage de ses sens. Vingt minutes après, voyant qu'il était à-peuprès dans le même état, on a injecté dans l’autre veine jugulaire 10 grains du même poison dissous dans un gros d’eau. Sur-le-champ l'animal a paru complètement endormi: ses extrémités postérieures étaient beaucoup plus faibles ; il s’est couché sur le ventre, les quatre pattes écartées , la tête un peu relevée et inclinée du côté gauche, ‘sans aucun mouvement convulsif ; on l’a secoué et remis debout ;l s’est réveillé, est resté pendant quelques secon- . des, puis a repris sa première attitude. Le lendemain, il allait assez bien, etil a mangé un peu. Le jour suivant, il a été de nouveau pris de vertiges, et il est mort dans la nuit, environ soixante -huit heures après l'injection. Les poumons étaient un peu rouges, parsemés de quelques petites taches noiratres, Le cerveau n'offrait rien de remarquable.

Æxpérience xui°. On à injecté dans la veine jugulaire d’un petit chien 48 grains du même extrait dissous dans 6 gros d’eau. L'injection était à peine terminée , que l'animal a été assoupi; 11 a eu quelques légers mouvemens convulsifs des extrémités, et il est mort. On n’a point fait l'ouverture du cadavre.

Æxpérience xiv°. On a injecté dans la veine jugulaïre d'un petit chien 18 graïns d’extrait résineux de jusquiame suspendus dans 2 gros d'eau. Au bout de dix minutes,

DE LA JUSQUIAME NOIRE. 185 l'animal a fait des efforts pour vomir et a rejeté des matières filantes mêlées de bile. Vingt minutes après l’injection, ses extrémités postérieures faiblissaient, sa tête était pesante, et il était assoupi sans éprouver aucun vertige. Un quart d’heure après , l’assoupissement était plus marqué; cependant on pouvait le réveiller facilement en faisant du bruit. Le lendemain , il allait à merveille. On a injecté dans l’autre veine jugulaire 45 grains du même extrait suspendu dans une demi-once d’eau. Sur-le-champ lPanimal a écarté et roïidi les pattes de derrière ; la tête s’est renversée sur le dos ; il y avait un tremblement marqué des muscles du tronc. Il est mort trois minutes après. On l’a ouvert sur-le-champ : le cœur ne battait plus. Le sang des deux ventricules était tout coagulé; celui que renfermait la cavité aortique était ronge vermeil. Les poumons étaient roses et peu gorgés de sang. Le canal digestif n’était le siése d'aucune altération sensible.

OBSERVATIONS

1°. Baudouin et Laudet maugèrent le 12 , à neuf heures du matin, de jeunes pousses de jusquiame noire cuites dans de lhuile d'olives. Bientôt la terre parut fuir sous leurs pas ; leur aspect devint stupide , leur langue se para- Fysa , et leurs membres s’engourdirent. M. Choquet, médecin de l'hôpital de Puerto-Royal, près de Cadix, fut appelé le mème jour à deux heures de l'après-midi, et il les trouva ayant les veux hagards, la pupille très-dilatée , Je regard fixe et hébêté. la respiration dificile, le pouls. petit et intermittent ; il y avait en outre aphonie, trismus , ris sardonique , perte de sentiment, déterminations vicieuses des fonctions de l’intellect qui, jointes à de la somnolence, rendaient ces malades typhomanes ; les exémités étaient froides, les membres abdominanx para-

Jysés, les membres thoraciques agités par des mouvemens convulsifs : à tous ces symptômes alarmans se joignait encore la carphologie.

M. Choquet, après avoir vaincu le resserrement des mâchoires, fit prendre à chacun des malades la moitié d’une solution de 10 grains de tartrate de potasse antimonié dans » livres d’eau. Laudet vomit une assez grande quantité de liquide dans lequel il fut facile de distinguer les parties d’une plante altérée par la coction. On continua l’usage de l’eau émétisée , et on administra des lavemens purgalifs , ce qui détermina, chez Zaudet, des vomissemens et d’abondantes évacuations alvines. L'état de manie avec délire, mais sans fureur, dans lequel se trouvait Baudouin le rendait peu docile ; il prit beaucoup moins de solution émétique : aussi n’eut-il que de légères évacvations. On fit succéder à ces moyens Padministration du vinaigre de vin à grande dose, des frictions sèches sur toute l'habitude du corps , et particulièrement sur le basventre. À dix heures du soir, Laudet éprouvait déjà un mieux sensible : som délire avait cessé, la difliculté de respirer était moindre, 1l était éveillé , il avait recouvré une partie de sa chaleur naturelle ; le sentiment et la parole ; les autres symptômes n'avaient éprouvé qu'un peu de diminution. La paralvsie-de Baudouin et sa somnolence avaient aussi un peu diminué; mais il semblait que les autres symptômes s'étaient exaspérés, et sa folie étant extrême , il était assez difhcile à contenir. M. Choquet fit continuer l’usage du vinaigre, les lavemens purgatfs et les frictions pendant la nuit du 12 au 13. Le 13, à sept heures du matin, Laudet se servait avec facilité de ses membres ; il avait le pouls parfaitement développé et le ventre libre; il jouissait de toutes ses facultés intellectuelles ; il ressentait seulement un peu de céphalalgie sus-orbitaire, résultat de la mauvaise disposition de ses organes digestifs :

“une diète sévère et l'usage d’une limonade végétale en triomphèrent bientôt. Baudouin, qui avait cherché à s’enfuir pendant la nuit, avait été arrêté par la garde de l’hôpital ; et comme il se le rappelait confusément, son délire portait essentiellement sur l'assassinat, la désertion, les baionnettes et Le conseil de guerre ; l'avait le pouls trèsaccéléré, mais plus régulier et moins serré que pendant la journée du 12. Il conservait le regard fixe, l'air hagard , et le ventre était extrêémément dur et tendu. Attribuant la durée de ces ‘accidèns à ce que le malade n'avait eu que de très-légères évacuations, on lui administra Go grains -de poudre purgative sous forme de bol : ce drastique, joint à la continuation des lavemens purgatifs, détermina plusieurs selles. Vers midi, le pouls s'était considérable ment élevé ; la respiration était devenue grande, et une sueur abondante, qui fut aussitôt suivie du relâchement. du ventre, vint terminer cette utile sécrétion; enfin, à quatre heures du soir, Baudouin était presque/ausst bien que son camarade ; il avait également récouvré Pusage de ses faculiés, la parole, le sentiment et le mouvement.

Deux jours de régime et l'usage d’une Himonade végétale ont sufli ensuite pour mettre ces deux militaires en état d'aller reprendre leur service (r).

29, M. le docteur Picard dit : « Un élystère ordonné à une dâme aiteinte d'un ulcère à la matrice} avec la décoctisu de jusquiame noire, produisit, en très-peu de ‘témps

‘les symptômes suivans : face extrèmement rouge, 'embarras de la langue, état d’engourdissement et perte du mouvement du bras droit, de la jambe et de’la cuisse du mème

- côté; somnolence , respiration précipitée beaucoup de-dif-

ficulté dans les fonctions de l’entendement ; enfinpresque

(1) Observation par M. Choquet, docteur’ èn médecise , Journal de Leroux et Corvisart, avril 1615, pag:539.

tous les symptômes qui caractérisent une attaque d'apoplexie, excepté Le stertor et la distorsion dela bouche. Ces symptômes furent combaitus avec l’oxicrat, et la malade fut parfaitement rétablie » (1).

3°. Wepfer rapporte que plusieurs religieux firent col- Jation avec des racines de chicorée sauvage parmi lesquelles on avait mêlé, par mégarde, deux racines de jusquiame. Quelques heures après avoir été couchés, les uns éprouvérent des vertiges, les autres une ardeur à la langue , aux lèvres et au gosier ; il y en eut qui ressentirent des douleurs vives à la région iliaque et à toutes les articulations : les facultés intetlectuelles et organe de la vue furent perverts chez quelques-uns; ils ne pouvaient plus lire correctement et sans ajouter des mots; ils se livrèrent à des actions folles, ridicules. Celui qui en avait mangé le plus, et qui anparavant voyait très-bien , ne distingua plus les objets qu à aide de lunettes. Ils furent guéris par l’eau distillée de genièvre (2).

#°. Un homme et sa femme, trompés par la douceur des racines de jusquiame noire, en mangèrent. Ils éprouvèrent d'abord de la difliculté à avaler, puis ils devinrent phrénétiques et srapides Ces symptômes se dissipèrent d'eux-mêmes. Lirdern a vu une pareille imprudence suivie de gestes extravagans, de délire, de sommeil avec ronflement , et enfin de la mort. (Vrcar., ouvrage cité, p. 200.)

b°. Bocrhaave éprouva un tremblement et de livresse

pour avoir préparé un emplâtre dans lequel entrait la jusquiame. |

ne: Potovillat dit qe neuf individus prirent du bouil-

(1) Fopér£é, Traité de médecine-légale déjà cité, tom. 1v, pag. 25 , 2€. édit.

(2) Wgerer, Cicutæ aquaticæ Historia et noxæ , p. 250,

ann. 1670.

lon dans lequel on avait fait cuire des racines de jusquiame noire en place de panais. Quelques-uns d’éntre eux perdirent la parole, et tous furent agités de mouvemens convulsifs ; ils éprouvèrent de la distorsion dans la bouche et dans les membres , le rire sardonique et une fureur horrible. Lorsqu'ils furent rétablis par les moyens appropriés , ils voyaient les objets doubles dans les premiérs mo- . mens, puis ils leur paraissaient d’une couleür'écarlate (1). Grunwald a vu le decoctum des feuilles de cette

plante, administré en lavement, donner lieu à un délire furieux (2). Plusieurs praticiens ont remarqué des symptômes d’empoisonnement après l'administration d’un lavement préparé avec l'extrait de cette plante. :

Page 1