‹ Traité des poisonsChapitre 40 sur 109 · DE L'ACIDE HYPDRO-CYANIQUE · texte numérisé non relu

DE L'ACIDE HYPDRO-CYANIQUE

Action de l Acide hydro-cyanique sur l’économie animale.

Expériences faites avec l'acide hydro À cyanique de Schéele (1).

Expérience 1°. On fit avaler à une petite chienne deux gouttes d'acide hydro-cyanique : aussitôt après , la respira« tion devint accélérée, sa marche fut chancelante, elletomba, urina abondamment, et vamit deux fois: peu de temps après, elle fut rétablie. On lui en fit prendre 8 gouttes cinq heures après, et l'animal ne tarda pas à éprouver les symptômes suivans: toux, salivation, respiration accélérée, chancelante; faiblesse des extrémités postérieures , cris plaintifs, évacuation alvine, chute, opisthotonos, dilatation de la pupille, roideur tétanique, et en moins de cinq minutes paralysie des pattes postérieures d’abord, puis des antérieures ; insensibilité générale, excepté dans la queue, qui était agitée de temps en temps; pouls accéléré, depuis soïxante-douze jusqu’à cent cinquante pulsations; grande mobilité des yeux et des paupières , enfin assoupissement. Quinze minutes après, l’animal se releva, urina, eut un opisthotonos, et fut rétabli en une demi-heure. Le lendemain, on lui fit avaler de nouveau 16 gouttes du même poison. A l'instant, respiration accélérée, cris très-foris, convulsions, opisthotonos , puis emprosthotonos ; pattes thoraciques placées sur la tête, tétanos général, pupilles dilatées , oreilles froides, urine abondante, paralysie générale, langue pendante, yeux fixes, paupières mobiles. Cinq ou six minutes après, respiration difficile, trismus, soubresauts. Au bout d'une demi-heure, il se releva et parut souffrir du bas-ventre ;

(1) Cet-acide contenait beaucoup d'eau.

il était effrayé au moindre bruit, cherchait l’obscurité et tremblait. Une heure après 1l mangea avec voracité.

Expérience n°. Lorsqu'on administre 30 ou 40 gouttes d'acide hydro-cyanique à des chiens ou à des chats, ils. poussent des cris plus ou moins forts, sont agités de mouvemens convulsifs, et périssent six, douze ou quinze minutes après l’ingestion de la mnbauiide vénéneuse. À l’ouverture des cadavres on ne trouve aucune lésion du canal digestif; le ventrieule droit du cœur se contracte encore au bout de vingt ou vingt-cinq minutes, tandis que le gauche n’exerce plus aucun mouvement ; les veines contenues dans le thorax et dans l’abdomen , le foie, les reins ; l'orcilleite et le ventricule droits du cœur sont gorgés de sang; tout le système artériel est vide; les poumons sont plus où moins tachés ; le cerveau paraît dans l’état naturel ; quelquefois il est un peu plus mou, et les vaisseaux de sa base un peu plus gorgés; les muscles sont pâles et irritables pendant quelque temps par le galvanisme.

Expérience xn°. 27 gouttes de cet acide, injectées dans l’anus d’un petit chat, occasionnèrent quelques vomissemens et desecouvulsions : ce dernier symptôme fut plus intense lorsqu'on injecta 27 gouttes du même poison dans labdomen; les vomissemens et les convulsions furent aussi déterminés par son injection dans la capsule synoviale du genou et dans le vagin.

Expérience 1v°. L'acide hydro-cyanique , mis en contact avec la dure-mère ou avec les nerfs du bras , ne développa aucun symptôme fâcheux ; il en fut de même de l’articulation tarsienne d’un chat fortement liée au-dessus du genou, et plongée pendant quelque temps dans cet acide.

Expérience v°. 20 gouttes d'acide hydro-cyanique, introduites dans Pestomac d’un lapin, le firent périr en trois minutes. Ces animaux meurent encore plus promptement lorsqu'on injecte quelques gouttes dutmème poison dans la

DE L'ACIDE HYDRO-CYANIQUE. 195 veine jugulaire. Après la mort, le cœur et les oreillettes étaient insensibles aux acides concentrés et aux piqüres ; les mustles de la poitrine tremblaient lorsqu'on les coupait; l'estomac répandait l’odeur d'acide hydro-cyanique; les intestins conservaient leur mouvement péristaltique ; le sang était fluide.

Expérience vi°. Les moineaux périssent en une, deux, quatre ou cinq minutes, et au milieu de convulsions plus ou moins fortes , lorsqu'on leur injecte une goutte de cet acide dans le bec, ou qu’on l'introduit dans l'anus. Il suffit même de tenir l'animal un moment sur le goulot de la bouteille qui contient l'acide (1). Un canard fut tué prompiement avec 15 gouttes (2).

» Expérience vu. Les grenouilles meurent une ou deux heures après avoir avalé 15, 18 ou 20 gouttes d'acide hydro-cyanique : quelque temps après l’ingestion de ce poison , elles perdent insensiblement leurs forces, ferment les yeux, baissent la tête sur le carreau. Peu de temps avant la mort, elles se gonflent, étendent et remuent leurs phalanges, contractent les extrémités postérieures et deviennent insensibles. A l’ouverture du cadavre, on trouve beaucoup de sérosité rougeätre dans l'abdomen, une assez grande quantité d'un fluide blanc, visqueux dans la bouche et dans l’estomac, un peu d'air dans les poumons ; le cœur bat encore pendant plus de deux heures, et se contracte , en le piquant, pendant plus de quatre, malgré l’application réitérée d’acide hydro-cyanique sur lui. Les con-

(1) Scuraner, Journal allemand, par MM. Fellez et Tromsdorff, deuxième exirait, xxi° vol., premier cahier, première lettre. |

(a) Courcow, D. M. P., Dissertation inaugurale sur l'acide prussique, 20 août 1808. Cette thèse renferme un très-grand nombre de faits intéressans.

tractions de cet organe cessent tout-à-fait au bout d’une demiheure, lorsqu'on le sépare du tronc et qu’on le plonge, à trois reprises différentes, dans l'acide hydro-cyanique (Coullon). Ce fait s'accorde avec les expériences du célèbre Fontana (1). dans lesquelles le cœur de plusieurs grenouilles cessa de se contracter lorsqu'on laissa tomber sur lui quelques gouttes de laurier-cerise,

Ces animaux périssent encore lorsqu'on applique l'acide hydro-cyanique sur les yeux, ou qu'on l’injecte dans l’anus ou dans l’abdomen.

Expérience vui°. On fit avaler à une carpe 24 gouttes d'acide hydro-cyanique: la sensibilité s’éteignit insensiblement, et l'animal mourut au bout d’une heure. La bouche resta ouverte : le cœur se contractait immédiatement après la mort; mais les oreillettes ne donnaient aucun signe de mouvement, Un barbeau, placédans de l’eau contenant quelques gouttes d'acide hydro-cyanique, mourut en uneheure et demic : il s'était agité beaucoup dans l’eau (Coullon).

Expérience 1x°. Les limaçons, les hélices aquatiques et les limaces périssent par leur contact avec l'acide hydrocyanique; mais la mort arrive plus tard que chez d’autres animaux. Les sangsues, les lombrics terrestres , les crabes, les écrevisses, les cloportes, les scoiopendres, les araignées , les poux, les puces, les mouches , les punaises de lit et des bois, les frelons , les abeilles, les guëpes, les fourmis, les grillons , les sauterelles, les vibrions , perdent également la vie au bout d’un teraps variable lorsqu’on les met en contact avec cette substance vénéneuse, et offrent des symptômes plus ou moins analogues à ceux dont nous avons parlé (Coullon }.

Experience x°. M. le professeur Æmmert, qui avait déjà publié en 1805 une excellente dissertation sur les ef-

teams

(1) Traité du Poison de la vipère.

! DE L'ACIDE HYDRO-CYANIQUE. 197 fets de l’acidé hydro-cyanique, dit qu’un corbeau périt quelques secondes après qu’on lui eut injecté un demi-gros de cet acide dans la trachée-artère ; il offrit tous les phénomènes de l’opisthotonos (1).

Expérience xi*. Le mêème-physiologiste injecta dans la veine jugulaire d’un cheval de l’acide hydro-cyanique tiède, eLil remarqua que, peu de minutes après, la respiration était plus fréquente ; il y avait des mouvemens convulsifs dans tous les muscles dwcorps, et la pupille se dilatait. L'animal mourut vingt-une minutes après l’injection. Le sang que l’on tira de l'animal après avoir fait l'injection se coagulait sans produire de couenne, tandis que celui que l’on avait retiré avant l’opération était couenneux ; il y avait des bulles d’air dans le cœur.

Expérience xui°. M. Robert a exposé successivement des oïseaux , des lapins, des chats et ces chiens à l’ouverture d’un matras de deux litres de capacité, contenant de Pair mêlé de gaz acide hydro-cyanique : tous ces animaux sont morts au bout de deux, quatre, six, huit ou dix secondes, en ouvrant la gueule et en rendant une grande quantité de salive. Un chien très-fort soumis à une de ces expériences offrit, après la mort , les résultats suivans : cerveau sain , exhalant l'odeur d’acide hydro-cyanique ; langue molle, bleuâtre et hors de la gueule; mucosités sanguinolentes dans les ventricules du larynx; membrane muqueuse de la trachée-artère parsemée de stries rougeâtres + son système capillaire était injecté ; poumons d’un rouge vif; cavités aortiques du cœur remplies de sang d’un rouge foncé; il en était de mème de celui que Paorte et ses principales divisions contenaïent ; le sang veineux avait l’aspect

(1) Déssertatio inauguralis medica,de venenatis acidi barussici in animalia effectibus, par C.-F. Emmert. Tubingæ, pe re] marlil 1009, pag. 12.

d’un liquide dans lequel on aurait fait dissoudre du foie; les poumons , le cœur et le sang exhalaïent l’odeur d’acide hydro-cyanique ; il en était de même du foie et de la chair musculaire : nulle altération dans les organes de l’abdomeh.

Expérience xiu°. M. Robert à fait aussi avaler à des chiens et à des chats de l'acide hydro-cyanique dissous dans l’eau et dans l'alcool, et il a obtenu des résultats ana: logues à ceux dont nous avons parlé dans les expériences précédentés (1). LL

1°. M. Coullon dit, p. 39: «J'ai avalé successivement 20, 30, 40, 50, 60, 80 et 86 gouttes d’acide prussique dans autant d’eau; je trouvai cette liqueur d’une amerfume insupportable. Je n’éprouvai rien aux premières doses; ce ne fut qu'aux dernières que j'observai ce qui suit: après les avoir prises, j’eus à l'instant, pendant quelques minutes , une sécrétion de salive plus abondante, et déux ou trois petites nausées; mon pouls, qui, avant ce temps, ne donnait que cinquante-sept à cinquantehuit pulsations par minute, en marqua très- sensiblement ) au bout de dix minutes, soixante-dix-sept et dues dix-huit; mais dans une heure et demie il revint à son premier type. Je sentis, pendant quelques minutes, une pesanteur -de tête et une légère céphalalgie qui semblait siéger sous le cuir chevelu du sinciput. Pendant plus de six heures, j'éprouvai une anxiété précordiale assez marquée , alternant avec une légère douleur pulsative dans cette partie, sans que la sé DR la rendit plus senfi: »

. Mon ami M. Fueter m'a communiqué le fait suivant, qui, depuis, a été inséré dans les Annales de Chimie

(1) Annales de Chimie du mois d'octobre 1814.

DE L'ACIDE HYDRO-CYANIQUE. 199 du mois d'octobre 1814. «M. B., professeur de chimie, oublie sur une table un flacon qui renfermait de l'alcool chargé d'acide hydro-cyanique; la domestique, séduite par l’odcur agréable du liquide, en avale un petit verre. Au bout de deux minutes ; elle tombe morte comme si elle eût été frappée d’apoplexïe. On ne fit pas l’ouverture du cadavre. » "

Expériences faites avec l'acide hydro-cyanique pur.

Cet acide, préparé pour la première fois par M. Gay- Lussac, est formé d'hydrogène et de cyanogène (1); il est de tous les poisons connus celui qui agit avec le plus d’énergie.

Expérience x'°. L’extrémité d’un petit tube de verre trempée légèrement dans un flacon contenant quelques gouttes d'acide hydro-cyanique pur, fut transportée immédiatement dans la gueule d’un chien vigoureux. À peine le tube avait-il touché la langue que l’animal fit deux ou trois grandes inspirations précipitées, et tomba roide mort. 11 fut impossible de trouver dans ses organes musculaires Jocomoteurs aucune trace d’irritebihité. (Macenvie, Annales de Chimie et de Physique, décembre 1817.)

Expérience 11°. Quelques atomes d’acide hydro-cyanique furent appliqués sur l'œil d’un chien. On observa des effets semblables et aussi meurtriers. (dem. )

Expérience imi°. On injecta dans la veine jugulaire d’un chien une goutte d’acide hydro-cyanique étendu de 4 gouttes d'alcool. L'animal mourut sur-le-champ, comme s’il eût été frappé d’un boulet ou de la foudre. { {dem.)

ss ——-

(x) Le cyanogène est un gaz composé de carbone et d’azote.

200 DES POISONS NARCQTIQUES.

Du Laurier-cerise (prunus lauro-cerasus de L., et mieux cerasus lauro-cerasus).

902. Cet arbrisseau appartient au genre cerisier de Ja famille des rosacées de Jussieu.

Calice campaniforme, caduc, à cinq lobes : corolle à cinq pétales : fruit charnu, arrondi, glabre , un peu sillonné d’un côté : étamines en nombre indéterminé : fleurs en pyramide , d’un blanc peu éclatant : écorce lisse, d’un vert-brun 4 feuilles persistantes , simples , entières , oblongues , fermes, luisantes, pétiolées , tantôt panachées de blane , tantôt panachées de jaune, munies de deux glandes sur le dos ou sur leur face inférieure. Cet arbrisseau croît spontanément près de la mer Noire, aux environs de Trébisonde ; on le cultive dans les jardins ; ses fleurs et ses feuilles ont le goût de l’amande amère.

Action de l'Eau distillée du Laurier-cerise sur l’économie animale.

L'eau distillée du laurier-cerise contient de l’acidehyÿdrocyanique. Schrader a vu (mémoire cité) qu’en la versant dans un sel ferrugineux, on obtenait un précipité de bleu de Prusse par l’addition de quelques gouttes d’un alcali et d’un acide autre que le nitrique ou l’eau régale. Bohn, Bucholz, Roloff et Gehlen ÿ ont aussi reconnu la présence de cet acide.

Madden (1), Mortimer (2), Browne - Langrish (3),

(1) Lettre dans les Transactions philosoph. , ann. 1731.

(2) Zdem.

(5) Brown-Lancriss, Expériences de médecine sur les Animaux. |

DU LAURIER=-CERISE. ao0f

Nicholls (1), Stenzélius, Héberden , Watson, Vater(2), Rattrai, Vabbé Rosier, Duhamel (3) et Fontana (4), ont fait successivement des expériences sur les propriétés délétères de ce liquide; nous en avons aussi tenté un très-grand nombre : voici les principaux résultats.

Expérience 1'°. On a fait une plaie sur le dos d’un petit chien ; on a injecté dans le tissu cellulaire environ une once et demie d’eau distillée de laurier-cerise. Au bout d’une demi-heure , l'animal a vomi une assez grande quantité de matières alimentaires. Trois minutes après, il a rejeté par la bouche des matières verdâtres , glutineuses et écumeuses. Trente-cinq minutes après l'opération, il a fait plusieurs tours circulaires dans le laboratoire; sa iète paraissait lourde ; ses extrémités ont faibli , les postérieures d’abord , puis les antérieures ; il pouvait à peine se soutenir. Cinq minutes ne s'étaient pas encore écoulées, qu’il est tombé sur le côté, a renversé la tête sur le dos, et ses pattes ont été agitées de légers mouvemens convulsifs : on pouvait le déplacer comme une masse inerte, et il lui était impossible de se tenir debout ; la respiration était gênée et accélérée; il conservait l'usage de ses sens. Dix minutes après, il a poussé des cris plaintifs très-aigus. Ces symptômes ont persisté jusqu’à la mort , qui a eu lieu une heure et demie après l’application de la substance vénéneuse. La sensibilité avait diminué par degrés dans les organes de la vue et de l’ouiïe.

Ouverture du cadavre. Les vaisseaux de la surface su périeure du cerveau étaient noirs , très-distendus et gorgés

(1) Voyez OEuvres phys. et médic. de Richard = Mead, article Opium.

(2) Dissertatio de Lauro-cerasti.

(3) Traité des Arbres et des Arbustes,

(4) Traité du Poison de la vipère.

de sang; il n’y avait point de liquide dans les ventricules de cet organe. Les poumons étaient plus rouges que dans l'état naturel, Le canal digestif n’offrait aucune altération sensible.

La même expérience, répétée sur un chien plus fort, a fourni les mêmes résultats,

Expérience n°. Fortana ouvrit la peau du bas-ventre à un gros lapin; il blessa légèrement les muscles, dans lesquels il introduisit environ deux ou trois cuillerées à café de cette eau. En moins de trois minutes , l’animal tomba en convulsions, et peu après il mourut. ( Ouvrage cité, p. 127.) |

barons ri. On à injecté dans l’estomac d’un chien très-fort 4 onces de ce liquide, et on a lié l’œsophage. Au bout de trois minutes, vertiges, marche chancelante, faiblesse des extrémités postérieures, chute sur le côté avec renversement de la tête sur le dos; libre usage des sens ; l'animal se relève subitement et ne tarde pas à retomber; un instant après, il s'efforce à se tenir sur ses paltes, reste debout pendant deux minutes, marche ensuite, chancelle et tombe de nouveau; alors la respiration devient -accélérée; la tête se penche en avant; les membres sont agités de légers mouvemens convulsifs ; l’animal ne se débat pas; il est; au contraire ; comme dans un état -d’insensibilité ; les sens n’exercent plus leurs fonctions. Quatre minutes après l'invasion de l'accès , il se couche sur de dos, écarte les pattes postérieures, qui sont très-allongées, et respire avec un peu de difficulté ; les battemens du cœur sont réguliers et peu fréquens ; la langue rose, la tête dans la position naturelle ; les mouvemens convulsifs continuent à être très-légers ; l'agitation et le choc n’occasionnent aucune roideur tétanique; la queue est tremblotante. Dix-huit minutes après l’ingestion du poison, l’animal paraissait mort; il était immobile. Il ex-

BU LAURIRR-CERISE. 203 pira dans cet état au bout de six minutes. On l'ouvrit sur-le-champ. Le sang contenu dans le ventricule gauche était rouge; il était fluide dans tous les vaisseaux et dans toutes les cavités, Les poumons, roses, crépitans , n’étaient point gorgés. Le canal digestif était sain ; on voyait quelques alimens dans l’estomac ; les ventricules du cervéau ne contenaient ni sérosité ni sang. Les vaisseaux intérieurs de cet organe étaient injectés.

Madden rapporte trois expériences dans lesquelles des chiens prirent le même poison, l’œsophage n'ayant pas été lié; et on observa les mêmes symptômes que ceux que nous venons de décrire : deux de ces animaux vomirent , et un d’entre eux fut rétabli après avoir eu des convulsions pendant dix minutes. ;

Expérience 1v°. Injecté dans l’anus à la dose d’une ou deux onces, ce liquide développe les mêmes accidens, et la mort a lieu dix, douze ou quinze minutes après. Madden a cependant observé que, dans ce cas, il y avait des convulsions violentes, surtout dans les muscles du cou et de l’épine , tétanos des extrémités, et de l’écume à la bouche. Mortimer, secrétaire de la Société royale de Londres, rapporte que, dans quélques-nunes des expériences faites avec cé poison, le rectum et le foie ont été trouvés enflammés , et le dernier de ces organes était presque livide ; les poumons , rétrécis, étaient rouges et enflammés. On a aussi trouvé quelquefois environ une cuillerée d’eau dans le péricarde.

Expérience v°. Browne-Langrish fit prendre à un cheval atteint d’une fistule , une chopine d’eau distillée de feuilles de laurier-cerise : l'animal éprouva sur-le-champ les phénomènes décrits, et l’écoulement de la fistule fut supprimé. Le lendemain, on lui fit avaler la même dose du poison mêmes accidens et sueur abondante aù commencement. On suspendit les expériences pendant trois jours, et l'écoule-

ment reparut Le cinquième jour, on lui donna de nouveau trois chopines du liquide, et il mourut en quatre-minutes et demie.

Expérience vi*. Fontana fit avaler à des anguilles de l'eau distillée de laurier - cerise : immédiatement après, ces animaux se contractèrent, puis restèrent immobiles et insensibles à tout agent mécanique; le cœur battait encore un peu, et céssa de se contracter plus tôt que quand on leur coupe la tête; enfin elles moururent en peu de secondes (1).

Expérience vu. On a injecté dans la veine jugulaire d'un fort chien 3 gros de ce liquide; l'injection était à peine terminée , que lanimal est tombé sur le côté; la tête s’est renversée sur le dos, et ses extrémités ont été agitées de légers mouvemens convulsifs; la bouche était écumeuse , la respiration gênée, accélérée ; les organes des sens insensibles. Au bout de quatre minutes, il a cherché à se relever; mais 1l est retombé : alors la tête était dans sa position naturelle : tantôt l’animal [a portait un peu en avant sur le ‘thorax, tantôt il la renversait légèrement sur le dos; les muscles de la face et des paupières offraient par intervalles des mouvemens convulsifs peu intenses. Dix minutes après, la respiration était encore accélérée et gênée , la langue rouge, la conjonctive injectée ; les organes des sens commençaient à recouvrer leur sensibilité. Au bout de cinq minutes, l’animal paraissait profondément assoupi : on l’a mis sur ses pattes; il les a fléchies en se couchant sur le ventre; sa tête tremblait considérablement ; il la portait çà et là et cherchait à la relever un peu; mais elle était pesante et tombait; l'animal se couchait alors sur le côté; il n’y avait plus de convulsions dans les mem-

bres ; les organes des sens avaient recouvré leur sensibilité.

EE. QE RER ERREUR CE EC CE EE EU CE RC à LÀ

(1) Fontana, ouvrage cilé, p. 128.

DU LAURIERrCERISE. 209 Vingt minutes après l’injection , la plupart de ces symptômes avaient diminué d'intensité; l'animal pouvait se tenir debout et marcher ; sa démarche était cependant assez chancelante ; le tremblement de tête avait disparu ; la respiration s’exerçait comme dans l’état naturel; enfin un quart d'heure après, il ne conservait qu’une légère tendance à l’assoupissement. Au bout de deux jours, il a trés - bien mangé. Le lendemain , il était parfaitement rétabli.

Expérience virie. 3 gros et demi du même liquide ont été injectés dans la veine jugulaire d’un petit chien robuste : sur-le-champ l'animal a paru tellement stupéfié, qu’on le croyait mort; les battemens du cœur étaient rares, la respiration presque suspendue. Il a expiré deux minutes après. On l'a ouvert aussitôt : le sang contenu dans le ventricule gauche était fluide et d’un rouge moïns vif que dans l'état naturel. Les poumons étaient roses et crépitans.

Ces deux expériences, dont nous pouvons garantir l’exactitude, ne sont point d'accord avec celles du célèbre Fontana, qui dit n'avoir observé aucun effet délétère en injectant dans la jugulaire de deux lapins une bonne cuillerée à café de cette substance vénéneuse. (Ouvrage cité, page 131.)

Expérience 1x°. Browne - Langrish injecta 4 onces du même liquide dans l'abdomen d’un chien : l'animal éprouva les symptômes décrits ci-dessus, et mourut vingt-deux minutes après. d.

Expérience x°. Fontana mit à découvert le nerf sciatique d’un gros lapin ; il le blessa avec une lancette et couvrit tout le trajet blessé avec du coton humecté avec 15 gouttes d’eau distillée de laurier - cerise; 1l disposa ensuite les parties de manière à ce que la substance vénéneuse ne pût se communiquer aux parties voisines ; la suture extérieure fut faite, et l’auimal ne parut aucunement incommodé,

(Foy. p. 129.)

206 DES POISONS NARGOTIQUES.

OBSERVATIONS

« 1°. Une femme, faisant provision d'eau de lauriercerise, en donna une bouteille à Marthe Boyse, sa domestique, qui la porta à Anne Boyse, sa mère, comme un bon cordial. Celle-ci en fit présent à Æ. Eaton, tenant boutique, laquelle en donna 2 onces pour régaler Marie Fhaley, qui n'en but que les deux tiers, puis s’en alla : F. Eaton but le reste. La première, entrant dans une boutique, se plaignit d’un violent mal d'estomac : on la porta chez elle, et dès ce moment elle perdit la parole, et mourut en une heure et demie, sans vomissemens , convulsions, évacuations, ni changement extérieur. 4. Boyse, avertie de cèt accident, ne voulut pas y croire; et, pour prouver que c'était un excellent cordial , elle en versa dans un verre trois cuillerées qu’elle but, et quelques minutes après en avala deux autres, tant elle était persuadée de sa vertu; mais elle mourut en très-peu de temps sans faire la moindre plainte et sans convulsions. F. Æaton, qui en avait peu pris, échappa à la mort par un émétique (1). »

2°. Donellan donna à un parent dont il devait hériter une médecine contenant de l’eau de laurier-cerise : le malheureux éprouva des convulsions, eut de l’écume à la bouche, un serrement des mâchoires et les yeux fixes. Il expira une heure après (2). |

3°. AL Fodere dit : « Tandis que je faisais mes cours à Turin, en 1784, la femme-de-chambre et un domestique d'une maison noble de cette ville dérobérent par gourmandise, à leur maître, une bouteille d’eau distillée de Jaurier-

me

(1) Transactions phiosophiques, année 1751, lettre de Madden.

(2) London- Chroniele, 17518, n°. 3795.

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