‹ Traité des poisonsChapitre 44 sur 109 · DES SOLANUM · texte numérisé non relu

DES SOLANUM

On lit dans Wicat : « La laitue vireuse enivre ceux qui en mangeñt ou qui respirent la vapeur qui s’en élève lorsqu’on la fait cuire. En un mot, on en peut retirer un opium aussi actif que celui que fournit le pavot ». (Ouvrage cité, pag. 209.) El est aisé de voir que l’assertion de cet auteur est inexacte, en comparant le peu d'activité de l'extrait de cette plante avec les propriétés énergiques de l RPirn et surtout de son extrait.

907.. Les faits que nous venons de rapporter nous por tent à croire,

1°. Que lextrait de laïtue vireuse , préparé en évaporant le suc de la plante à une douce chaleur, est plus actif que celui qui a été préparé par décoction ; «

2°, Qu'il est absorbé et porté dans le torrent de la circulation, et que son action est plus intense et plus rapide Jorsqu’il est injecté dans la veine jugulaire que dans le cas où il est appliqué sur le tissu cellulaire de la cuisse : ce dernier mode d'application est suivi d'effets plus marqués que lors de l'injection de l'extrait dans l’estomac ;

3°, Qu'il agit sur le système nerveux à la manière des narcotiques.

Des Solanum. A '

908. Les expériences faites par M. Dunal prouvent évidemment que le so/anum dulcamara peut être administré à forte dose sans inconvénient. Il a fait prendre à des chiens jusqu'à 4 onces de son extrait aqueux sans qu'ils aient éprouvé le moindre accident Il en a été dé même d’un de ces animaux à qui on administra 180 baies mûres de solanum dulcamara. Un coq, qui en avala 50, ne parut point incommodé. Desirant connaître l'influence de l’état de maturité de ses fruits, on fit prendre à un chien 100 baies de douce-amère avant leur mattuité : elles ne développèrent aucun symptôme. M. Fages, docteur de Montpellier, a

employé l’extrait aqueux de douce-amère, à très-forte dose, sur un homme atteint de dartres. Au quarante - septième jour du traitement, le malade prenait par jour, en une seule dose, 10 gros d'extrait aqueux de douce-amère. Dans une autre circonstance, ce médicament fut porté impunément à la dose de 32 gros, que l’on divisait en deux prises (1). | |

La morelle (solanum nigrum) a aussi fixé l'attention de: M. Dunal; il a fait prendre à des cochons de mer, à des chiens et à des cogs, depuis 30 jusqu’à 160 baïes de solanum nigrum et de solanum villosum , sans qu'ils aïent paru. éprouver la moindre incommodité. Il a mangé lui-même, à plusieurs reprises, une assez grande quantité de ces baies sans aucun inconvénient. M. Dunal pense, d’après ces faits, que les histoires d’empoisonnement par les morelles, consignées dans les ouvrages de Gmelin, de M. Alibert, et dans les Éphémérides des Curieux de la nature, appartiennent plutôt aux fruits de l’atropa belladona, qui était rangée parmi les solanum par les botanistes antérieurs à T'ournefort. Il est évident que l'observation rapportée par Wepfer (de Solano furioso, pag. 222, livre cité) appartient également à la belladona.

90g- Nous avons fait quelques expériences dans le dessein de déterminer quelle était l’action de l'extrait aqueux de morelle préparé en faisant évaporer au bain-marie le suc de la plante fraîche.

Expérience 1°°. À sept heurés du matin, on a introduit dans l’estomac d’un petit chien très-fort 7 gros ét demi de cet extrait dissous dans 3 onces et demie d’eau, et on a lié l'œsophage. À quatre heures, l'animal ne paraissait avoir éprouvé aucune incommodité. Le lendemain , à huit heures

(1) Histoire naturelle, médicale et économique des Solanum,

par M. Dunal, 1815, pag. 70, 75 et 09.

DES SOLANUM. 27 du matin, il était légèrement abattu ; à cinq heures du soir, il ne présentait aucun phénomène remarquable. Le jour suivant, à six heures du matin, il était insensible et immobile, Il a expiré un quart d'heure après. On l’a ouvert à sept heures et demie. Les membres étaient flasques. Le cœur ne contenait point de sang. Les poumons offraient çà et là des plaques d’un rouge foncé, moins crépitantes is les autres parties, qui étaient d’une couleur rose. Il n d avait aucune altération dans le canal digestif.

Expérience n°. On a recommencé la même expérience avec six gros d'extrait sur un petit chien. L'animal est mort au bout de quarante -huit heures, et a offert les mêmes symptômes et les mêmes lésions cadavériques.

Expérience im. À huit heures du matin, on a appliqué sur le tissu cellulaire de la cuisse d’un petit carlin, 2 gros du mème extrait dissous dans un gros et demi d’eau. L’animal est mort quarante-six heures après, et il n'avait présenté aucun phénomène remarquable pendant les quarante premières heures ; alorsil est tombé dans un état de grande insensibilité. À l'ouverture du cadavre, on a observé un léger engorgement dans les poumons; les autres organes étaient sains ; la plaie était très-peu enflammée.

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