Ces faits nous portent à croire
1°. Que l’extrait de morelle est peu vénéneux;
2°. Qu'il est lentement absorbé, et qu'il détruit la sensibilité et la mobilité.
M. Dunal a cependant remarqué que le suc des solanum rigrum, villosum , nodiflorum , miniatum , appliqué sur les yeux, occasionnait une légére dilatation de la pupuille, et rendait l'organe insensible à l'impression d’une vive lumière (pag. 88). Ces effets ont duré pendant deux, trois, quatre ou cinq heures, et ils ont été constamment moindres que ceux que l’on obtient en frictionnant ces mêmes parties avec le suc de belladona. |
Solanum fuscatum (melangena fructu rotundo, tuer spinis violaceis de one foret On a fait avaler à un chien la pulpe et les graines de 15 baïes de cette espèce: la respiration n'a point tardé à être difficile ; les muscles de l’abdomen se contractaient et se et avec intensité; les lèvres étaient tremblotantes, la bouche écumeuse ; l’ shit faisait des efforts infructueux de vomissement; la chaleur du corps était très-angmentée, et il se jetait tantôt d’un côté, tantôt de l’autre. Une heuré et demie après, il était plus calme et avait vomi une grande quantité du poison : il ne tarda pas à être parfaitement rétabli (Duxaz, p.104.) (1).
Taxus baccata (if.) On à émis des opinions diverses sur les propriétés de cette plante. Raï, Berkley, Mathiole, Bauchin, Jules-César, etc., affirment qu'elle est vénéneuse. Zobel,; Camérarius, Haller, Bulliard, etc., pensent différeminent. «J'ai avalé plusieurs fois, dit Buldiard , des baïes d’if, à l'exemple des enfans, qui donnent à ce fruit le nom de morviaux ; je me suis tenu long-temps, et dans les grandes chaleurs , dans des lieux plantés d’ifs nouvellement taillés ; je n’en ai jamais éprouvé la moindre incommodité. » (Ouvrage cité, page 157.)
M. Grognier, professeur à l’École royale vétérinaire
(1) Le beau Mémoire de M. Dunal est terminé par le paragraphe suivant : « Les faits que nous avons rapportés sont en opposition avec l'opinion générale, qui est que tous les so/azum sont des poisons. Les causes de cette opinion sont, 1°, qu'on
a quelquefois confondu des plantes très- différentes, en attribuant aux unes les propriétés des autres; 2°. qu’on n'a pas considéré que Îles propriétés des plantes devaient être examinées d’organe à organe; 3°. qu’on a cru, sans examen , aux préceptes trop généraux de Linnée : /’lantæ quæ genere conveniunt etiamn virtute conventunt; quæ ordiné nalurali continentur eliñnm viriule proprids acceduni, »
DES SOLANUM. 219 de Lyon, a fait des expériences que nous croyons devoir rapporter. ur
« Vers le commencement de l’automne de 18:16, on prit 2ho grammes de fruits d’if (taxus baccata) dont on avait Ôté les pepins ; on les fit bouillir dans un litre d’eau jusqu'à réduction de moitié; la décoction fut donnée à un chien barbet qui était à jeun : sa santé n'éprouva aucune altération. | |
» Huit hectogrammes de pepins d’if, mêlés à une quantité double d'avoine, ont été présentés à un cheval également à jeun ; il les a mangés avec difiiculté, et il n’a donné aucun signe d’empoisonnement.
» Le suc extrait des feuilles de ce végétal a été donné à la dose de 5o grammes, et ensuite d’un hectogramme, à un chien barbet de moyenne taille, âgé d'environ quatre ans, et il n’a déterrniné d’autres effets que le vomissement. Un autre chien plus petit a succombé après avoir pris 4o grammes de la même substance.
» Quatre hectogrammes de feuilles fraiches dif ont été mis en décoction dans un litre et demi d’eau jusqu'à réduction de moitié. Les deux tiers du liquide obtenu ont été donnés à un chien de moyenne taille, le restant a un petit chien : l’un et l’autre ont eu les pattes et la gueule liée pour empêcher le vomissement. Aucun signe d'empoisonnement ne s’est manifesté. Le lendemain, on a augmenté d’un hectogramme la dose de l’if; on l’a traité et administré de la même manière : les résultats n’ont pas été différens. Nous nous sommes assurés que les poules ne recherchaïent pas les fruits d’if, comme on l'a prétendu.» ( Gazette de Santé, 1°° novembre 1817.) … Nous avons injecté dans la veine jugulaire d’ungros chien robuste 40 grains d'extrait aqueux préparé avec les feuilles de cette plante et dissous dans une demi-once d’eau. Deux minutes après, l'animal a éprouvé des vertiges ; sa
tête paraissait lourdé; ses extrémités postérieures commençaient à fléchir. Cinq minutes après, il était assoupi et sur le point de tomber lorsqu'il a été réveillé subite ment. Ces symptômes ont diminué, et le lendemain l’animal paraissait rétabli. On à recommencé la même expérience sur un chien de moyenne taille; moins fort que le précédent. Il a éprouvé des symptômes analogues et il est mort dans la nuit : on n’a pu découvrir aucune altération cadavérique.
Nous croyons, d’après ces différens résultats, que l’if doit être rangé parmi les narcotiques,, et que les opinions diverses des auteurs à ce sujet dépendent de ce que l’on ‘a examiné des ifs de divers âges et exposés dans des lieux différens. IL parait d’ailleurs que toutes les parties de cette plante ne sont pas vénéneuses.
Actæa spicata. Linnœus dit que les baies de cette plante ont excité un délire furieux suivi de la mort. Colder rapporte que l’ingestion de ces fruits et d’une teinture préparée avec la racine de cette plante, a été suivie de beaucoup de malaise et de sueurs froides, sans qu'il y ait eu cependant d'autres accidens (1). Ze Monnier afhrme que son extrait a tué des poules. Nous avons souvent fait prendre à des chiens de 4 à 6 onces de décoctum d’actæa spicata cueïlli dans le mois de mai, et nous n'avons observé aucun phénomène sensible.
Physalis somnifera. Plenck range la racine de cette plante parmi les narcotiques, et il dit qu "elle a moins de propriétés délétères que l’opium.
Azalea pontica. Gmelin rapporte que le miel recueilli dans les fleurs de cette plante occasionna à dix mille sol- - dats grecs des vomissemens, la dysenterie, de l'ivresse, et ils devinrent furieux,
(x) Couven, Aer. Upsal, aun. 1743, pag. 152.
Ervum ervilia (ers.). Binninger a remarqué que le pain dans lequel entrait la semence de cette plante avait tellement affaibli les membres abdominaux des individus qui en avaient mangé, qu'ils étaient obligés de s'appuyer sur deux crosses lorsqu'ils marchaïent (1). Valisneri a vu des paralysies incurables causées par cette nourriture (2), Les chevaux et les poules éprouvent des phénomènes analogues de la part de cette semence.
Lathyrus cicera. Les semences de cette légumineuse jouissent à-peu-près des mêmes propriétés vénéneuses que celles de l'ers, d’après Divernoï.
Plenck range aussi le peganum harmela parmi les narcotiques.
Paris quadrifolia. On croit que cette plante occasionne le vomissement et des spasmes. Gesner en avala un gros dans du vin et du vinaigre; il eut des sueurs copicuses , et iléprouva de la sécheresse dans le gosier. (Gesnerus, 1 epist. med., fol. 53.)
Le safran est regardé par quelques médecins comme un poison narcotique. Nous avons fait des expériences qui prouvent qu'il n'est point délétère pour les chiens, ou du moins qu'il ne l’est qu’à un degré très-faible : 1°, On a introduit dans l'estomac d'un petit chien 3 gros de safran que l’on avait fait infuser dans une once d’eau pendant douze heures; l’infusum a aussi été ingéré, et on a lié l’œsophage. Cinq jours après, l’animal n'avait éprouvé aucun symptôme remarquable ; il était un peu abattu. Il est mort le jour suivant, et il a été impossible de découvrir la moindre altération cadavérique. 20. On a appliqué sur le tissu cellulaire de la partie interne de la cuisse d’un petit chien faible, un gros de safran mêlé
(1) Oôbserv. et Curat. med., cent. v, obs. zxx pag: 571 (2) Galera di Minerva, \om.1v, pag-220,
299 DES POLSONS NARCOTIQUEFÉ.
avec 2 gros d’eau. L'animal est mort à la fin du quatrièmé jour, et il n'avait présenté d’autre phénomène que dé l’abattement. L'ouverture du cadavre n’a point éclairé sur la cause de la mort.
Du Gaz azote.
g11. Le gaz azote est incolore, inodore, transparent; il éteint les corps en combustion; sa pesanteur spécifique est de 0,96613 ; il ne rougit point l’infusum de tournesol ; il est insoluble dans l’eau et ne trouble point l’eau de chaux.
Action du Gaz azote sur l’économie animale.
Expérience 1°. Les cabiais, plongés dans ce gaz, sont asphyxiés au bout de cinq minutes. Ils périssént en trois minutes et demie si on commence par vider Pair qui sé trouve dans leurs poumons, comme l'a prouvé feu M. NW Tys- &en. Aù moment de l’immersion dans une atmosphère d'azote pur ou presque pur , l'animal éprouve de la gêne dans la respiration, qui devient grande, élevée et plus rapide que dé coutume; il s’affaiblit progressivement, mais sans aucune lésion des fonctions nerveuses (M. Dupuytren). Après la mort, le système artériel se trouve rempli de sang noir. Cette asphyxie n’a lieu que par défaut d’oxigène, puisqu'on rappelle facilement à la vie les jeunes animaux en les exposant à l'air.
Expérience n°. M. Nysten a injecté dans la veine jugulaire de plusieurs chiens depuis 20 jusqu’à 150 centimëtres cubes de gaz azote, et il a observé les symptômes suivans: cris douloureux , roideur convulsive des membres et du tronc, agitation , pouls rare et à peine sensible, respiration ralentie, et la mort. Il conclut de ces expériences que le gaz azote, injecté dans le système nerveux, exerce une action sédative sur la force