‹ Traité des poisonsChapitre 48 sur 109 · Il résulte de ces expériences · texte numérisé non relu

Il résulte de ces expériences

1°. Que l'on ne doit point regarder l’infusion et la décoction de café comme des contre-poisons de l'opium, parce qu’elles n’ont point la propriété de le décomposer dans l’estomac, ou du moins parce qu'elles ne le transforment pas en une substance qui soit sans action nuisible sur l'économie animale ;

2°, Que ni l’une ni l’autre de ces deux préparations de café , introduites avec l’opium dans l'estomac, n’augmentent l’action délétère de ce poison , comme cela a lieu pour Je vinaigre, et par conséquent qu'il n’y a aucun danger à les employer dans Îe cas où l'individu ne pourrait pas vomir, tandis qu'il y en aurait beauconp à employer le vinaigre dans les mêmes circonstances ; 30. Que l’infusion de café bien préparée, administrée à plusieurs reprises, diminue rapidement les accidens de lempoisonnement par l’opium, et peut même les faire cesser complètement.

3°. Du Chlore dissous dans l'eau (acide muriatique oxigéné liquide).

922. On à annoncé dans quelques ouvrages de matière médicale que le chlore diminuait l’action de l’opium sur l’économie animale. En supposant ce fait vrai, nous avons cru pouvoir l'expliquer par la facilité avec laquelle ce corps s'empare de l'hydrogène de certaines substances végétales et animales, et les décompose. Il était possible que le résultat d’une pareille décomposition füt une matière incapable d’exercer une action nuisible sur l'économie animale : dans ce cas, le chlore aurait été un contre - poison

TRAÏTÉMEN T: - 239 de Dopium, et, par la mênie raison, il l'aurait été probas blement d’un très-grand nombre d'autres sub.tances vénéneuses appartenant au règne végétal. Ces considéraiions nous ont parti assez importantes pour fixer toute notre attention, et nous avons tenté les expériences suivantes :

Expérience °°. On a introduit dans l'estomac d’un chien robuste 2 gros d'extrait aqueux d’opiam suspendus dans 10 onces d’eau contenant du chlore (ce chlore liquide n’était pas assez concentré pour décolorer l'encre) : on:a lié l’œsophage. Au bout de trois quarts d'heure, l'animal était sous l'influence du poison, et il a expiré cinq heures après. Le canal digestif n’ofirait aucune trace d’inflammation , ce qui prouve que la dissolution du chlore était très-faible, puisque nous avons vu, page 130 de ce volume, qu'elle enflammait les tissus dé l'estomac lorsqu' elle était ROÿehr nement concentrée. (

Expérience 11°. À neuf heures dn ii on a faitprendre à deux chiens 2 gros d'opium brut, enveéloppés dans deux cornets de papier, et on a lié Poœsophage. À uné heure, leurs extrémités postérieures étaient paralysées. On:a dé- - taché la ligature de Posophage,:et on a introduit dans l'estomac 4 onces de chlore dissous dans l’eau. A: deux heures, les symptômes, loin de diminuer, étaient plus in tenses. (Méme dose de chlore } À cinq heures du soir, on leur avait déjà administré deux nouvelles doses de ce mé= dicament. Ces animaux sont morts dans la nuit. Lamem brane muqueuse de l'estomac était fortement enflammée.

Expérience 11°. À neuf heures et demie, on a intro= duit daus l'estomac d’un fort. chien un mélange de 2 gros d'extrait aqueux d’opium et de 4 onces d’une dissolution aqueuse de chlore moyennement concentrée : on a lié l’oœ= sophage: L'animal n'a pas taidé à faire des effortspour vomir; il a éprouvé tous les symptômes de l’empoisonnement par l’opium, et il est mort au hout de six heures,

240 DES VOISONS NARCOTIQUES.

La membrane muqueuse de l’estomac était d’un rouge vif dans toute son étendue; la tunique musculeuse sou= jacente était d’une couleur rosée ; l’intérieur du rectum offrait une inflammation assez marquée; les poumons présentaient çà et là des plaques livides.

Ces expériences, répétées sur plusieurs animaux, ont constamment offert les mêmes résultats. 11 est évident qu’au degré de concentration où le chlore pourrait décomposer lopium dans l'estomac, il devrait être considéré lui-même comme un poison âcre, et que l’on ne saurait par conséquent l’employer comme antidote de cette substance vénéneuse. L'expérience 1°* prouve aussi que, lorsqu'il est trèsétendu et mêlé à l’opium dans l’estomac, il n'empêche pas les accidens de se développer. Nous avons voulu savoir quels seraient les effets de la dissolution de chlore sur la maladie produite par l’opium lorsque ce poison ne se trouve plus dans l'estomac.

Expérience 1v°. À neuf heures moins un quart, on a injecté dans le tissu cellulaire de la cuisse d’un petit chien robuste 36 grains d’extrait aqueux d’opium dissous dans un gros d’eau. À neuf heures six minutes, l'animal offrait tous les signes de l’empoisonnement par l’opium. On lui a administré 4 onces d’eau contenant un peu de chlore. A dix heures et demie, son état ne paraissait pas changé. On lui a fait prendre de nouveau une dose du même médicament : à une heure un quart, il avait eu plusieurs selles et. il allait un peu mieux. (4 onces d’eau contenant du chlore). À trois heures , l'animal était tranquille, les extrémités postérieures étaient moins faibles. (Vouvelle dose du médicament.) À cinq heures, il pouvait se soutenir; à sept heures, il marchait assez librement. (4 onces d’eau légèrement chlorée.) On ne lui a donné aucun secours pendant la nuit. Le lendemain, à sept heures du matin, il marchait en chancelant un peu et paraissait abattu : on lui

4 | TRAITEMENT. 247 a fait prendre de nouveau 4 onces du même médicament ; mais il est mort cinq heures après.

Cette expérience, répétée deux fois, a fourni les mêmes résultats, d’où il suit qu'une faible dissolution de chlore peut diminuer les effets produits par l’opium, et pourrait probablement les faire cesser entièrement si son administration n'était pas interrompue. Cependant, comme ce médicament ne présente pas d'avantages marqués sur le vinaigre, et que sa préparation est assez compliquée , Ori doit lui préférer cet acide végétal, que les besoins journaliers rendent excessivement commun.

4°. Du Camphre.

923. Le camphre a été prôné par quelques médecins comme contre-poison de l’opium. Nous avons voulu connaître jusqu’à quel point cette assertion était fondée.

Expérience 1°. On a introduit dans l'estomac d’un petit chien robuste un mélange fait avec 2 gros d’opium et autant de camphre concassé. Douze heures après, l’animal était sous l'influence de l’opium; ses extrémités étaient légèrement paralysées. Il est mort trente-six heures après l’ingestion du mélange. Le canal digestif répandait ure forte odeur de camphre. La membrane muqueuse de l’es= tomac était de couleur naturelle; maïs elle offrait près du pylore deux ulcères larges chacun comme une pièce de vingt sous, à bords relevés, noirâtres (1).

Expérience n°. On a introduit dans l'estomac d’un chien robuste et de moyenne taille un mélange fait avec 2 gros d'extrait aqueux d’opium et autant de camphre dissous dans 2 onces d'huile d'olives : on a lié l’œsophage. Au bout d’une

(1) Nous verrons plus tard que cette altération cadavérique est due aux fragmens du camphre.

demi-heure, l'animal a été en proie à un accès convulsif horrible déterminé par le camphre, et il a expiré un quart d'heure après.

Dans d'autreÿ expériences , on a varié les doses de ces . deux substances , et on a remarqué que la mort avait constamment lieu lorsqu’ elles étaient adminjstrées à assez forte dose, et que les phénomènes qui la précédaient dépendaient tantôt du camphre, tantôt de l’opium, suivant que l’un ou l’autre de ces poisons était en grand excès par rapport à l’autre.

924. Ces faits suflisent pour aflirmer que le camphre ne décompose point l’opium et ne empêche pas d'agir comme poison, et par conséquent qu'il n'est pas son antidote. Nous verrons cependant, à la fin de cet article, que le médecin peut employer avec succès de petites doses de ce médicament pour combattre les symptômes développés par une grande quantité d’opium.

5°, De l'Eau et des Boissons mucilagineuses.

925. Nous avons établi que l’eau acidulée avec les acides végétaux pouvait être d’une grande utilité dans l'empoisonnement par Îles narcotiques , et spécialement par l’opium. Ne pourrait-on pas imaginer que les bons effets de cette boisson dépendent de la grande quantité d’eau qui entre dans sa composition ? Le desir de résoudre cette question nous à engagés à faire des expériences dont les résultats devaient d'autant plus exciter notre curiosité, que M. Port&, médecin italien, a annoncé positivement ; dans un des cahiers du Journal de M. Leroux , qu'au moyen de l'eau froide administrée en boisson et en lavement, et appliquée en fomentation sur le-bas-venitre, Wa obtenu la

guérison d’une dame que l'on avait empoisonnée par mégarde avec le décoctum de 3 onces d’opium.

Expérience 1"°, À huit heures, on à introduit dans l’e tomac d’un chien de moyenne taille un gros et demi d’extrait aqueux d’opium dissous dans 8 onces d’eau à la tem pérature ordinaire : on a lié l’œsophage. À huit heures et demie, l’animal commençait à être sous l’influence du poison. (6 onces d’eau.) À neuf heures, les symptômes de l’empoisonnement étaient beaucoup plus intenses. On a administré de nouveau la même quantité d’eau. Il est mort à dix heures, Il est certain que la même quantité d'extrait dissous dans une ou 2 onces d’eau n'aurait déterminé là mort qu'au bout de dix, douze, dix-huit heures. (707. p. 143 et suiv.) -

Expérience u°. À sept heures trois quarts, on a introduit dans l'estomac d’un petit chien faible, à l’aide d’une sonde de gomme élastique, 8 onces d’eau à la température ordinaire. Immédiatement après, on a injecté dans le tissu cellulaire de la partie interne de la cuisse 33 grains d’extrait aqueux d’opium dissous dans un gros et demi d’eau. L'animal a vomi au bout de cinq minutes ; aussitôt après, on a injecté dans l'estomac 6 onces d’eau à la température ordinaire. À neuf heures, les symptômes étaient alarmans : on a fait une nouvelle injection du même liquide. IL a ex= piré à neuf heures et demie,

Expérience 1°. Le lendemain, à la même heure, on a recommencé l'expérience sur un chien robuste et de moyenne taille, avec la même dose d'extrait aqueux d’opium. À midi et demi, on avait déjà introduit dans l’estomac 30 onces d’eau que l’on avait divisées en cinq parties: l'animal n’en était pas moins sous l'influence du poison. Les symptômes, loin de diminuer, avaient acquis de l’intensité, et il a expiré à trois heures, au milieu des convalsions les plus horribles. ;

Expérience 1v°. On a substitué à l’eau ordinaire de l’eau, liquide à zéro, et on en a administré en boisson et en iave-

ment : l'animal est mort dès la seconde prise, cinq quarts d'heure après l'application extérieure de 33 grains d'extrait aqueux. Cet animal était petit et robuste.

Expérience ve. On a obtenu les mêmes résultats en employant les décoctions mucilagineuses : au licu d’eau ordipaire.

ae Ces expériences prouvent évidemment,

°. Que les bons effets des boissons RER ne dépee pas de l'eau qu elles renferment : : '

°, Que ce liquide, ingéré dans l'estomac avec l’opium, | froilite son absorption en le dissolvant , et par conséquent qu'il faut éviter d'en faire avaler Fo aux malades empoisonnés avec cette substance (1).

6°. De la Saignée.

927. La saignée a été préconisée par des médecins célèbres pour guérir la maladie produite par lPopium. Tissot dit: « S'il arrivait que, par imprudence , par méprise, par ignorance ou par mauvais dessein , on eût pris trop d’opium ou de quelqu’autre préparation dans laquelle il

(1) La faculté qu’a l’eau de dissoudre rapidement l’extrait aqueux d'opium contenu dans l'estomac, nous permet de répondre à une observation qui pourrait nous être faite; savoir : Si les expériences tentées en introduisant le vinaigre du commerce dans l'estomac des chiens qui ont pris de l'extrait d’'opium hâte la mort, en est-il. de méme lorsqu'on administre simplement de l’eau vinaigrée (vinaigre très-étendu), et que le poison n'a pas été expulsé par le vomissement ? © Nous pensons, d’après un très-grand nombre de faits, qu’il est encore dangereux d'employer l’eau vinaigrée; car cette boisson acidulée dissout mieux l’opium que ne le ferait l’eau seule, et par conséquent l'absorption est plus énergique.

TRAITEMENT, : 245 entre, comme thériaque, mithridat, diascordium, Zaudanum liquide , etc. , il faudrait sur-le-champ faire une saignée ; traiter le malade tout comme s’il avait une apoplexie sanguine , faire respirer, beaucoup de vinaigre , et faire boïre beaucoup de vinaigre dans de l’eau. » (Avis auvPeüple Ft.1r, $1585!,:p. 230, 7° édit.) Plusieurs pfaticiens ont remarqué que l’opium agissait avec moins d'énergie lorsqu'il était administré à des personnes qui avaient perdu une grande quantité de sang. Ces/considérations nous ont engagés à faire les expériences suivantes.

Expérience x'°. À huit heures trois quarts, on a appli- ‘qué sur le tissu cellulaire de la partie interne de la cuisse d’un chien robuste et de moyenne taille 33 grains d'extrait aquéux d’opium dissous dans un gros et demi d’eau. Une demi-heure après, l'animal était sous l’influence du poison : on a ouvert une des veines des extrémités postérieures, et on en a tiré 3 onces de sang. À dix heures et demie, l'animal était sensiblement mieux : on lui a fait une nouvelle saignée. Un quart d'heure après, il marchait librement dans le laboratoire. À une heure, on l’a saigné de nouveau. Le lendemain, il paraissait rétabli.

Expérience:u°. À huit heures trois quarts , on a recommencé l'expérience sur un chien fort. À neuf heures un quart, il était assoupi, et les extrémités postérieures paraissaient complètement paralysées : on a ouvert une des veines de l'extrémité postérieure, et on en a türé 2 onces de sang. Vingt minutes après , mouvemens convulsifs. À dix heures, on l’a saigné de nouveau; mais il a été impossible de faire sortir plus d’une once de sang. À onze heures et demie, l'animal était dans un ‘état fàcheux ; on a cherché inutilement à le saigner, et il a expiré à une heure,

Expérience ru. La saignée des extrémités aniérieures ct postérieures a élé pratiquée sur quatre auires animaux ;

246 DES POISONS NARCOTIQUES. | empoisonnés par la même dose d'extrait aqueux d’opium que l’on avait appliqué sur le tissu cellulaire de la partie interne de la cuisse. Deux d’entre eux sont morts à-peuprès comme s'ils n’eussent pas été saignés. Les deux autres vivaient encore deux jours après, et ne présentaient presque plus de symptômes d’empoisonnement, Ils sont morts le troisième jour, probablement parce qu’ils ontété négligus. Ærpérience 1v°. À sept heures du matin, on a ouvert la veine jugulaire droite d’un petit chien robuste, et on en a tiré 14 onces de sang. Immédiatement après, on appliqué sur le tissu cellulaire de l'extrémité postérieure 33 grains d'extrait aqueux d’opilum, dissous dans 2 gros d’eau. À huit heures un quart, l'animal était sous l’influence du poison; mâis les symptômes n'étaient pas aussi intenses que chez un autre animal beaucoup plus fort qui n'avait pas été saigné, et auquel la même dose d'extrait avait été appliquée à huit heures moins dix minutes. A neuf heures, secousses convulsives comparables aux mouvemens qu'imprime aux grenouilles le fluide électrique dégagé de la pile de Volta. Cependant cet animal pouvait se soutenir quelque temps debout, tandis que, chez l'autre, les extrémités postérieures étaient entièrement paralysées. À neuf heures et demie, on a tiré de nouveau 3 onces de sang de la veine jugulaire. A onze heures, décubitus sur ke côté, impossibilité de se tenir debout, tremblement continuel. { Nouvelle saignée de 2 onces. ) Timmédiatement après, respiration lente, laborieuse ; les autres symptômes ont acquis plus d'intensité, et l'animal est mort à midi et demi. Il est évident que cet animal à vécu au moins autant que s’il n’eût pas été saïgné. Expérience v°. A sept heures du matin, on a appliqué sur le tissu cellulaire de la partie interne de l'extrémité postériéure d’un petit chien fort, 30 grains d’extrait aqueux d'opium dissous dans 2 gros d’eau, Une demi-heure après,

l'animal était sous l'influence du poison : on a tiré 4 onces de sang de la veine tugulaire. À six heures du soir, on avait répété la même saignée cinq fois. À neuf heures, il allait bien. Le lendemain matin, on fui a administré deux bouillons, etil a été entièrement rétabli. Expérience vi*. À huit heures, on a recommencé la même expérience sur un chien de moyenne taille. Une demi-heure après , il était sous l'influence du poison : on a pratiqué une saignée de 4 onces à la jugulaire. A neuf Heures moins un quart, mouvemens convulsifs. À dix heures et demie, les symptomes paraissaient un peu dimi nués. ( Nouvelle saignée de 3 onces.) À midi, mieux marqué. À deux ee même état. L'animal a cessé d’être soigné , et il est mort à cinq heures. |

Dans deux autres circonstances, les chiens soumis à cette épreuve sont morts à-peu-près à l’époque à laquelle ils Pauraient été s'ils n’eussent pas été saignés (1).

Le fait suivant, qui nous a été communiqué par notre élève M. Price, médecin de Philadelphie, vient à l'appui des expériences qui précèdent. « Etant attaché, en 1810, au dispensaire général de Philadelphie , je fus appelé pour voir une vieille femme qui était plongée dans un état de stupeur profonde ; sa respiration était stertoreuse et l’ha- leine avait une odeur opiacée; enfin, on observait tous les symptômes qui indiquent une congestion cérébrale. Je la secouai fortement pour la réveiller; mais aussitôt après, elle retombait et paraissait profondément endormie. On ne put me donner aucun renseignement sur la cause de cette affection ; mais je soupçonnai qu’elle avait

(1) Ces expériences ont été répétées sous nos yeux par le docteur Rousseau, notre ami et notre élève, qui en a fait le sujet d'une dissertation inaugurale soutenue à la faculté de Mééecine (le Paris, dans le mois d’août 1815.

été produite par le Zaudanum , soit par l'odeur que la malade exhalait par la bouche, soit parce que je trouvai auprès du lit une fiole vide dans laquelle il était aisé de voir qu’il y avait eu du laudanum. Y'administrai 12 grains de tartre stibié en dissolution concentrée, et j'irritai le gosier avec les barbes d’une plume. as , au bout d’une demi-heure, qu'il n’y avait aucune évacuation, jé me décidai à faire prendre 20 grains de sulfate de zinc ; quelque iemps après, le vomissement n’ayant pas eu lieu, et le pouls étant très-fort et très-fréquent , je crus devoir pratiquer une saignée : aussitôt que le sang coula, la malade vomit, et les symptômes d’empoisonnement diminuèrent. J’ordonnai les boissons acidules, et le lendemain il ne restait que de la fatigue et de la confusion dans les idées. La malade m'avoua qu’elle avait avalé, deux heures avant mon arrivée, une once de laudanum dans le dessein de se suicider. »

So Il résulte de ces considérations,

.1°. Que la saignée n’a jamais aggravé les symptômes él Rae par P Mon ni accéléré le moment de la mort ; |

2°. Qu'elle a paru utile dans quelques circonstances , et même qu'elle a sufh pour rétablir des animaux qui auraient péri si on ne l'eût pas pratiquée ;

3°, Qu'elle nous semble devoir être faite chez les individus pléthoriques et robustes soumis à l’influence de l’opium ;

4°. Enfin, qu 1 est préférable d'ouvrir la jugulaire à toute autre veine.

M. Yeatman s’est élevé dans ces derniers temps contre l’emploi de la saignée dans l’empoisonnement par l’opium. Voici les faits qui lui paraissent prouver les dangers d’une pareille pratique. 1°. M. Myers ayant avalé 3 gros d’opium, fut en proie à tous les symptômes de

TRAITEMENT. 249 l'empoisonnement par cette substance : on lui fit avaler 2 gros de sulfate de zinc dissous dans l’eau; on lui chatouilla la gorge avec une plume, ce qui le fit un peu vomir; une cuillerée de moutarde, délayée dans de l’eau tiède, et aiguisée de vinaigre, procura des vomissemens abondans. Le pouls se releva, la chaleur revint, le malade put se tenir debout et même marcher dans sa chambre avec un aide. Quelques heures après, il parlait très-raisonnablement, et ne se plaignait que d’un léger mal de tête, d’étourdissemens et de faiblesse. On lui prescrivit une potion purgative, l’usage des acides acétique et citrique, et du fort café. Au bout de quelques heures, M. Yeatman retourna le voir; mais il le trouva mourant. Un prétendu médecin, qui l'était venu visiter , lui avait tiré 14 onces de sang de l'artère temporale : il expira peu après dans une syncope. 2°. Un homme est reçu dans un hôpital pour une maladie peu importante. Il tombe, quelques jours après, dans un état voisin de l’apoplexie, que l’on prend pour cette maladie; on lui fait; en conséquence , une saignée de 16 onces à la jugulaire : il s’évanouit et meurt immédiatement après, sans aucun retour à lui-même. On sut ensuite que cet homme avait pris une trop forte dose de laudanum. ( Gazette de Santé, du 21 avril 1816.)

Ces deux observations ne nous paraissent pas suffisantes pour prouver les dangers de la saignée dans l’empoisonnement par l’opium.. En effet, dans la première, la saignée a été pratiquée long-temps après Pempoisonnement, au moment où le malade pouvait être regardé comme étant presque rétabli, et dans un grand état de faiblesse, L'individu qui fait le sujet de la seconde observation, et qui succomba après avoir été saigné, ne saurait être cité comme pouvant annuler les expériences qui démontrent l'efficacité de la saignée dans l’empoisonnement par l'opium; car un

seul fait de cette nature, lors même qu'il est bien constaté, est loin de détruire les résultats fournis par un très - grand nombre d'expériences positives : d’ailleurs , l'observation rapportée page 247 prouve évidemment que le malade qui en fait le sujet, et qui avait également été empoisonné par le laudanum , ne dut son salut qu’à la sargnce.

929. L'examen détaillé que nous venons de faire de la valeur de chacun des moyens proposés pour combattre F'empoisonnement qui nous occupe, nous permet de tracer la marche que doit suivre le médecin appelé pour un cas de ce genre.

1%. Îl favorisera l'expulsion de l'opium par le vomissement , en faisant avaler des émétiques forts , capables de réveiller la contractilité de l'estomac : tels sont le tartrate de potasse antimonié , à la dose de 5 ou 6 grains ; le sulfate de zinc, à la dose de 15 à 18 grains, ou le sulfate

de cuivre , à la dose de 3 ou 4 grains : ce dernier sel, administré à plus forte dose , pourrait occasionner la mort.

en déterminant l’inflammation de quelques portions du canal digestif, comme nous l'avons observé dans plusieurs expériences faites à ce sujet. Si ces moyens étaient insuffisans pour provoquer le vomissement , et que l’on eût la certitude que l'individu a pris üne forte dose d’opium, ne pourrait-on pas injecter dans les veines un ou 2 grains d'émétique dissous dans une ou 2 onces d’eau ? Ce moyen déterminerait probablement le vomissement et l'expulsion de l’opium, qui, sans cela , serait absorbé et deviendrait funeste.

2%, On évitera de faire dissoudre ces émétiques dans une grande quantité d'eau ; ou de remplir l'estomac de liquides mucilagineux , acides, et méme aqueux ; dans le dessein de faire rejeter l'opium. En effet, ces fluides ne déterminent pas toujours le vomisséement, et ils ont

“TRAITEMEN 251

Je grand inconvénient de ide le POSE et d'en faciliter l'absorption. |

3°. On pratiquera une sagiie à la jugulaire immédiatement après l'expulsion dé la subsiarice vénéneuse Ra l'individu est fort et pléthorique; on la répétera suivant le tempérament du malade.

4°. Alors on administrera alternativement de l'eau acidulée avec du vinaigre, du citron ou de l'acide tartarique, et une forte infusion de café chaud ; on donnera ces boissons à petite dose que l’on renouvellera souvent, par exemple, de dix en dix minutes. Nous sommes convaincus qu'il serait dangereux d’admimistrer les acidules avant l'expulsion du poison.

5°. On pourra employer, de douze en douze heures, des lavemens de camphre. On aura soin de bassiner le lit du malade, et on lui brossera rudement les bras et les jambes.

6°. S'il y avait déjà long-temps que l'individu eût pris - lopium, et que l’on soupconnât qu'il se trouve dans les gros intestins, on aurait recours aux lävémens purgatifs.

930. Les préceptes que nous venons d'établir diffèrent de ceux que l’on trouve dans Bulliärd et dans quelques autres ouvrages , où l’on a fait mention de la manière dé guérir l’empoisonnement par l’opium; ceepéndant nous avons la certitude que les moyens que nous proposons sont salutaires ; rious les avons souvent mis en usage chez des animaux empoisonnés avec une dose d’opium tellément forte, qu’ils auraïent dû succomber au bout de deux ou trois heures, et nous avons réussi à les guérir. A'la vérité, nos expériences ont été faites sûr des chiens, et l’on pourrait nous objecter que les résultats pourt raient être différens chez l’homme. Cétte objection nous parait peu fondée ; car l’opium est absorbé et détermine les mêmes effets sur Thomme que sur les chiens : donc les moyens propres

a les combattre ne peuvent point différer. D'ailleurs, nous nous sommes convaincus, comme nous l'avons déjà prouvé (18 ), qu’on a singulièrement exagéré la différence qu'il doit y avoir entre ces deux espèces d'animaux par rapport au mode d'action que les substances vénéneuses exercent.

931. L’empoisonnement par la jusquiame, la morelle, et les autres poisons narcotiques de cetie classe, excepté l'acide hydro-cyanique, doit être combattu comme nous venons de le dire en parlant de l’opium.

932. Acide hydro-cyanique. M. Couilon, qui a fait des recherches sur les médicamens proposés pour guérir l’empoisonnement par cet acide, s’est assuré, 1° que l'huile d'olives ne s'oppose pas aux effets développés par l'acide hydro-cyanique; 2° qu’il en est de même du lait; 3° que Y’ammoniaque est d’un faible secours dans cetempoisonnement; 4° que la même chose a lieu pour la thériaque; 5° enfin que le chlore (acide muriatique oxigéné) est un faible moyen.

M. le professeur Einmert, dont les connaissancés médicales sont si étendues, a bis de nombreuses recherches sur les antidotes de cet acide et il a bien voulu nous communiquer les résultats de ses travaux, qu'il n'a pas encore, publiés. « Je n'ai pu découvrir encore, dit-il, aucun antidote de l'acide prussique. La potasse caustique ne s’oppose en aucune manière à ses effets ni à ceux de l’eau de laurier- cerise ou des amandes amèrés , phénomène d’auiant plus extraordinaire que ces deux derniers liquides perdent leurs propriétés vénéneuses lorsqu'ils sont traités par le muriate de fer et la potasse : or, il y a du fer dans la potasse caustique. Fontana avait déjà Gbservé que la pierre à cauière ( potasse à la chaux), combinée avec l'huile de laurier-ccrise , n'empêchait pas celle-ci d'agir, soit qu'on l’administrät

DES POISONS NARCOTICO-ACRES. 253 à l’intérieur, soit qu'elle füt appliquée extérieurement. Parmi tous les médicamens que j'ai employés, l'huile de térébenthine parait être celui qui agit le plus puissamment pour combattre les effets de ces paisons. Les mêmes considérations peuvent être appliquées à l'huile et à l'écorce du prunus padus, dont l’action sur l’économie animale est la même que celle de l'acide prussique. »

933. Il résulte de ces faits, que le médecin appelé pour un empoisonnement de ce genre se hâtera d’administrer un émétique fort, après quoi il fera usage de l'huile de térébenthine et de tous les excitans capables de réveiller la sensibilité et la contractilité.

Page 1