Il résulte de ces faits
1°, Que la rue exerce une irritation locale capable de déterminer une inflammation plus ou moins vive qui, en général, nous a paru peu intense; : |
2°, Que son huile essentielle, introduite danses veines, agit comme les narcotiques, et qu’il est probable qu’elle exerce le même mode d'action lorsqu'on l’introduit dans l'estomac ; mais qu’elle est peu énergique.
Du Laurier rose (neriuim oleander).
954. Cet arbrisseau appartient à la pentandrie monogynie de Linnée, et à la famille des apocynées de Jussieu.
Calice persistant, très-petit, à cinq divisions linéaires et aiguës : corolle monopétale, en entonnoir; son tube se dilate insensiblement ; son limbe est grand , ouvert et découpé profondément en cinq divisions obtuses et obliques, garnies à leur base intérieure d’appendiees pétaloïdes , co- Jorés , dentés , découpés en deux ou plusieurs lobes, saïllans hors du tube et formant une couronne frangée : cinq étamines insérées au tube, dont les anthères sont droites, rapprochées, terminées par un filet coloré ou des houpes soyeuses roulées en spirale les unes sur les autres : un style simple , à peine visible; son stigmate tronqué, porté sur un rebord annulaire : ovaire supérieur et oblong ; le fruit estcomposé de deuxfollicules coniques terminés en pointe, dans lesquels se trouvent des semences aigrettées, qui se recouvrent les unes et les autres comme les écailles de
poisson : fleurs terminales et en bouquets lâches , roses ou blanches. Arbrisseau de huït à dix pieds, dont la tige est droite, l'écorce pourpre, verte ou grisâtre ; les rameaux longs, grélés et redressés : feuilles à courts pétioles ; : opposées, souvent ternées, lancéolées, un peu étroites (elles ont près de quatre pouces de longueur sur neuf lignes de largeur au milieu), entières , pointues , glabres, roides, d’un vert foncé , et chargées d’une forte nervure en-dessous. La racine est ligneuse et jaunâtre; elle pousse plusieurs tiges droites et lisses. Toute la plante a une saveur amère très-àcre.
Action du Laurier rose sur l'économie animale.
Expérience re, À une heure et demie > On a pratiqué unæincision sur. le dos d’un gros chien; on a appliqué sur le üssu cellulaire un gros 50 grains d'extrait aqueux de laurier rose humecté avec quelques goutes d’eau. Au bout de dix minutes, l'animal à vomi trois fois des matières fluides , jaunâtres. Trois minutes après, il a eu deux selles et a vomi de nouveau. Ces vomissemens se sont renouvelés plusieurs fois pendant les six minutes qui ont suivi : alors plaintes légères , vertiges , accélération dans les battemens du cœur, faiblesse des extrémités postérieures, tête penchée en avant comme si elle était difiicile à soutenir ; légères contractions convulsives de la patte antérieure droite. Une minute après, l’animal s’est laissé tomber sans effort sur le côté; sa tête s’est renversée en arrière, et il est devenu insensible à la lumière et au bruit; ses pupilles étaient irèsdilatées ; l'extrémité antérieure droite offrait de temps en temps quelques légers mouvemens convulsifs. Il est mort dans cet état huit minutes aprés. On l’a ouvert sur-lechamp : le cœur ne battait plus; il y avait dans le ventricule gauche une petite quantité de sang d’une couleur rouge foncée, en partie coagulé; celui qui était renfermé dans
DU LAURIER ROSE. 31g l’autre ventricule était en partie fluide, en partie coagulé ; les poumons, d’une couleur rose, étaient un peu moins
crépitans que dans l’état ordinaire ; les ventricules du cer- | veau ne contenaient point de sérosié; les vaisseaux extérieurs de cet organe offraient une couleur livide, et étaient distendus par une assez grande quantité de sang veineux. Il n'y avait aucune bon dans le canal digestif ni dans le membre opéré.
Expérience tif. À une heure un quart, on a recommencé l’expérience avec 48 grains du même extrait. Au bout de huit minutes, l’animal à vomi des matières alimentaires mêèlées de bile. Deux minutes aprés, il a vomi de nouveau; il a eu deuxselles Hquides et il a éprouvéde légers vertiges. Vingt-six minutes après l'opération , il a fait de violens et infructueux efforts pour vomir ; sa marche était chancelante, ses extrémités postérieures faibles , et il est tombé sur le côté en renversant fortement la tête sur le tronc et en arrière ; les muscles de la mâchoire inférieure, agités par des mouvemens convulsifs, rapprochaient gi éloïgnaient alternativement cet os du maxillaire supérieur; les extrémités antérieures droites offraient un tremblement continuel, et les pattes postérieures de légères secousses convulsives; les
organes des sens étaient insensibles aux impressions exiérieures. Cet état a duré huit minutes, et l'animal est mort. On l'a ouvert sur-le-champ : le sang contenu dans les cavités du cœur était fluide , et d’un rouge un peu foncé dans le ventricule gauche. Les poumons et l'estomac n’offraient aucune altération.
Expérience im°. À midi, on a introduit dans estomac d’un petit chien robuste et à jeun 2 gros d'extrait aqueux de laurier rose dissous dans 2 gros et demi d’eau distillée , et on a lié l’œsophage. Douze minutes après , l’animal a ex des nausées, a fait des efforts pour vomir, et a éprouvé de légers vertiges; les battemens du cœur n'étaient pas plus
\ j 320 BKS POISONS NARCOTICO-ACRES,
fréquens qu'avant l'opération. À midi seize minutes, la stupéfaction avait tellement augmenté, qu'il paraissait mort : on l’a relevé et il est tombé de suite sur le’ côté comme une masse inerte; il était insensible à toutes les impressions extérieures. Trois minutes après , il a renversé “un peu la tête sur le dos; les pattes antérieures , principa.. lement la droite, ont été agitées de légers mouvemens convulsifs, et il a expiré vingt-deux minutes après l’ingestion de la substance vénéneuse, On l'a ouvert sur-le-champ : le cœur ne se contractait plus; le sang qu’il contenait était fluide et d’un rouge peu foncé dans le ventricule gauche. Les poumons, un peu moins crépitans que dans l’état ordinaire , étaient roses et très-peu gorgés de sang. L’estomac renfermaitune certaine quantité du poison employé; le canal digestif n’offrait aucune altération sensible.
Expérience 1v°. On a injecté dans la veine jugulairé d’un petit chien 24 grains d'extrait aqueux de laurier rose dissous dans 4 gros d’eau. Sur-le-champ l'animal à éprouvé des vertiges très-marqués, et il lui était impossible de marcher. Au bout .. minute, il a vomi des matières liquides, d’une couleur jaunâtre, et il offrait un tremblement continuel dans le train postérieur ; il était couché sur le côté, les pattes écartées et allongées, et la tête un peu renversée en arrière ; il poussait quelques cris plaintifs ; ses pupilles étaient excessivement dilatées , ses yeux saillans , et il'ne pouvait entendre ni voir; de temps en temps il faisait des mouvemens avec la tête comme s’il eût cherché à se relever; mais il retombait aussitôt. Ces symptômes ont duré sept minutes , etil a expiré un instant après, dans un état de grande insensibilité et d’immobilité. On l’a ouvert, sur-le-champ : le cœur ne se contractait plus, et ne contenait que du sang fluide; celui qui occupe le ventricule gauche était d'un rouge noirâtre, Les poumons ne paraiss saient point altérés.
DU LAURIER ROSE. La Bar Expérience v°. On a injecté dans la veine jugulaire d’un petit chien robuste 36 grains du même extrait dissous dans 4 gros d’eau. Sur-le-champ les muscles des extrémités ont été violemment contractés , les pattes écartées , et la tête s’est renversée en arrière, Trois minutes après , la roideur a cessé, la tête penchait un peu sur le thorax, et l'animal paraissait complètement stupéfié. Il a vécu cinq minutes dans cet état, etla mort a été précédée d’un tremblement général de tous Les muscles: On l’a ouvert sur-le-champ : le cœur était immobile ; le sang, d’une couleur rouge dans le ventricule gauche , était fluide dans l’une et l’autre cavité de cet organe : on remarquait cependant dans le ventricule droit quelques légers caïllots noirâtres ek comme filamenteux. Les poumons, crépitans, roses, offraient plusieurs points noirâtres. | Expérience. vi. On a injecté dans la veine jugulaire d’un chien très-fort un gros de la même substance vénéneuse dissoute dans 5 gros d’eau. Sur-le-champ l’animal a poussé des cris aigus, s’est agité considérablement, a éprouvé des vertiges, et est tombé sur le côté: alors il a roïdi et agité fortement ses pattes; la tête s’est renversée en arrière et il a cessé de se plaindre. Cet état a duré deux minutes, après lesquelles il est devenu imynobile et comme insensible: il a fait deux inspirations profondes, et il est mort quatre minutes après l'injection. On l’a ouvert sur-le-champ : le cœur ne $e contractait plus; le sang, assez abondant etfluide dans les deux véntricules, était d’un rouge foncé dans la partie aortique. Les poumons étaient roses, et leur tissu un peu plus dur que dans l’état naturel; les vaisseaux pulmonaires vides. | … Expérience vu°. À huit heures du matin, on a introduit dans l’estomac d’un chien robuste r0 onces d’eau distillée de laurier rose préparée avec 16 onces de la poudre de ce végétal: on a lié l’œsophage. Le lendemain, à cinq heures IL 21.
du soir, l’animal n'avait offert aucun phénomène remarquable. Le jour suivant, à six heures du soir , il éprouvait des vertiges. Le lendemain matin , à dix heures, il était couché sur le côté, dans un état de grande insensibilité, et il offrait quelques légers mouyemens convulsifs : il est mort trois heures après. Les ventricules du cerveau contenaient une petite quantité de sérosité roussâtre ; les vaisseaux veineux qui se distribuent à la surface externe de cet organe étaient distendus par du sang noir. Les poumons, crépitans, étâient un peu plus rouges que dans l’état naturel.
Expérience vin. On a injecté dans la veine jugulaire d’un petit chien fobuste 6 gros de la même eau distillée de laurier rose. Le lendemain , l'animal se portait à merveille; il n'avait éprouvé aucun symptôme remarquable ; on lui a donné des alimens. Le jour suivant, on a introduit dans son estomac 10 onces du même liquide, et on a lié l’œsophage ; il est mort au bout de cinquante heures, après avoir eu des vertiges et quelques mouvemens convulsifs.
La mème expérience, répétée sur un autre animal, a fourni des résultats analogues.
Expérience ix°. À midi, on a pratiqué une incision à la partie interne de la cuisse d’un petit chien ; on a saupoudré la plaïe avec 4 gros de poudre de laurier rose que l'on a légèrement humectée , et on a réuni les lambeaux par quelques points de suture. Vingt minutes après, l'animal: a vomi dés matières bilieuses très-jaunes : ces vomissemens se sont renouvelés au bout de quatre minutes. À une heure et demie il a été en proie aux symptômes rapportés dans l'expérience 111°, page 319, et il est mort dix minutes après. L'ouverture du eadavre n’a fait voir, le lendemain , aucune lésion sensible.
Æxpérience x°. À onze heures, on a introduit dans
DU LAURIER ROSE 393 l'estomac d’un petit chien très-robuste 4 gros de la même poudre, et on a lié l’œsophage. À midi et demi , l’animal faisait des efforts pour vomir ; sa démarche était libre et il conservait l’usage de ses sens. À une heure trois quarts : il a éprouvé des vertiges et les autres symptômes qui ont suivi l'administration de l'extrait (Voyez expér. précédentes), et il est mort vingt minutes après. On l’a ouveit à trois heures : le sang contenu dans les ventricules du cœur était fluide. Les poumons étaient roses et crépitans. L’estomac contenait presque toute la poudre ingérée, reconnaissable à ses propriétés physiques. IL n’y avait aucune altération dans le canal digestif,
OBSERVATIONS
1%. Libautius dit qu'un individu mourut pour s'être renfermé dans une chambre à coucher où il y avait des fleurs de cette plante. Une autre personne, qui mangea un rôti pour lequel on s'était servi d’une broche faite avec le bois de cet arbuste, éprouva beaucoup d’agitation, devint folle, eut une syncope et mourut. ( Lisaurius, Comment. de Venenis ; Scuenkius , de Venenis.)
20, M. Grognier a administré 3 gros de poudre de laurier rose à une ânesse très-faible. L'animal a paru trèsexcité. Un cheval vigoureux qui avait pris le même poison est tombé dans l’abatiement ; il a été assoupi et a expiré quatre-vingts minutes après. (Mémoire lu à la Société de Médecine de Lyon en 1810.) Les moutons périssent en très-peu de temps lorsqu'ils avalent de l’eau dans laquelle on a fait macérer les feuilles de laurier rose.