DE LA NOIX VOMIQUE
Expérience rv°. On à injecté dans la plèvre d’un chien 12 grains d'extrait aqueux de noix vomique. £n bout d’une minute , l’animal a eu un accès de tétanos; la scction de la moelle épinière au-dessous de loccipital n’a pas fait cesser les attaques ; d en a encore eu deux avant de mourir.
Expérience v°. 6 grains du même extrait séché à l’extrémité d’un petit morceau de bois aigu , ont été enfoncés dans les muscles de la cuisse d’un as Le tétanos s’est déclaré au bout d’une demi-heure ; adtéial 47 de plus de vingt accès, et est mort HN minutes aprés Popération (1). |
Lxpérience vi. On à enduit un petit morceau de bois avec un grain et demi d'extrait résineux de noix vomique , et on a piqué la cuisse d’un chien; le tétanos s'est déclaré au bout de sept minutes, et l’animal est mort cinq minutes après l'accès.
Expérience vuf. Un autre chien et des lapins blessés avec le même poison, sont morts très-promptement de tétanos et d’ ae
Expérience vitr®. On a injecté dans la plèvre d’un jeune chien une once d’une décoction préparée avec 10 gros de noix vomique et 24 onces d’eau réduite à environ 8 onces : l'injection était à peine terminée que tous les symptômes décrits ci-dessus se sont manifestés, et l'animal est mort en moins d’une minute. La plèvre n offrait aucune trace d'inflammation. iles |
Expérience 1x°. 2 onces de la même décoction ont été
aseper =
(1) MM. Magendie et Delille, à qui nous avons emprunté ces faits, ainsi que les deux suivans, ont remarqué que lextrait aqueux de noix vomique n'était pas nuisible lorsqu'on l'introduisait à l'état liquide dans des blessures, et qu’il n’a— gissait que lorsqu'on le foulait entre les muscles.
injectées dans le péritoine d’un chien de moyenne taille, Au bout d’une minute, invasion des accidens ; l'animal a eu deux accès moins violens que celui de l'expérience précédente, et il cst mort une minute après. Le péritoine et. les autres organes étaient sains.
Expérience x°. On a injecté dans la veine jugulaire d’un gros chien un peu plus d’une demi-once de la même décoction. Quelques instans après, l’animal a eu des mouvemens convulsifs, et, par intervalles, une rigidité semblable à celle du tétanos; l'artère crurale était fort tendue, ses battemens très-lents. L'animal n’a pas tardé à moutir. J1 n’y avait pas d’aliération dans les vaisseaux. |
Expérience xi°. On a injecté dans le tissu cellulaire du dos d’un gros chien à-peu-près trois onces du même liquide. Au bout de cinq minutes, l'animal a commencé à écarter les membres postérieurs l’un de l’autre ; leurs mouvemens sont devenus roides et difficiles ; la queue a été ramenée sous le ventre; il avait l'air inquiet, in de temps après, invasion de 1: rigidité semblable à celle du tétanos, accompagnée des symptômes nerveux précéléminent Exposés. Al est mort à la fin du second accès. Le tissu cellulaire, infiltré par le Hands injecté, n’a offert aucune rougeur.
Expérience xu°. On fit prendre à un petit chien un bol
fait avec de la mie pain et 2 grains du principe amer de la | noix vomique uni à un peu d'huile et de sucre. Au bout de sept minutes, l’animal contracte tous les muscles extérieurs, fait un saut en avant que l’on peut comparer à la détente d’un ressort, et tombe sur le côté , la tête fortement renversée en srrière, la queue relevée, les pattes étendues ; la respiration est suspendue, et par conséquent la langue et les lèvres sont colorées en violet; tremblement général ; les organes dés sens exercent leurs fonctions; émission d'urine. À cet état a succédé un relàächement de peu de
LE LA Noix Vomiout 339 durée pendant ‘lequel la poitrine s’est un peu élevée et abaissée. Bientôt après , invasion du second et dernier accès avec les mêmes accidens, mais plus faibles. Vers la fin de cet accès il y a eu quelques mouvemens convulsifs des lèvres et un relächement général ; lPanimal à fait une ou deux inspirations profondes et est mort, Les deux accès n'ont duré qu’une minute.
Ouverture du cadavre. La langue et les lévres légère. ment teintes en violet; point de lésion dans le canal digestif ; la vessie remplie d'urine; les cavités gauches du cœur, les deux veines eaves et les jugulaires fortement gorgées de sang noir.
Expérience xii°. 16 grains du même principe amer furent dissous dans une demi-once d’eau et injectés dans la vessie d’un chien de moyenne taille; une ligature fut appliquée au pénis pour empècher la sortie du liquide; 10 minutes après, l’animal fut en proie à un accès tétanique très-fort. Cet accès se renouvela plusieurs fois, et l'animal expira vingt minutes après l'injection. Le cerveau, le prolongement rachidien et les membranes qui les enveloppent étaient sains ; la vessie et le canal digestif n’offraient aucune altération ; les bassinets des reins n'étaient pas enflammés ; les cavités du cœur et les veines caves étaient gorgées de sang. |
Expérience xiv°. On fit avaler à un petit chien 2 grains d'huile de noix vomique (obtenue par l'alcool) enveloppés dans de la mie de pain. Au bout de deux heures et un quart, il y eut écartement des jambes et roideur des mouvemens par intervalles; trois heures après, on le trouva mort. Îl n'y avait aucune altération dans les or+ ganes. sh Expérience xv°. On donna trois noix vomiques à une chèvre d’un an ; une partie fut broyée par l’animal, ce qui excita beaucoup de salivation ; il eut souvent envie d’uriner
et plusieurs bâillemens convulsifs. Le lendemain, l'animal étant rétabli, on lui fit prendre 6 gros de la même noix et il ne survint aucun accident. Il mangea depuis, à plusieurs reprises , des boulettes préparées avec ce poison et n’en fut. point incommodé, On le tua quatre jours après la première ingestion , et on trouva dans l'estomac quelques morceaux de noix vomique intacts.
Expérience xvi°. M. Desportes donne les détails suivans sur l’action de la noix vomique sur une poule : «Du 4 au 22 mai, on fit prendre, tous les jours, à unè poule noire, d'un an, bien portante, et dont la crête et Les caroncules étaient vivement colorées en rouge, dela noix vomique en petits morceaux. On commença par un grain, et on ajouta successivement chaque jour , à la dose de la veille, les quantités suivantes : 1°, les quatre premiers jours, un grain; 2°. les quatre jours suivans, 4 grains ; 3°. les quatre jours qui vinrent ensuite , la quantité de 5 grains : 4°. pendant les quatre autres jours, celle de 12 grains ; 5°, enfin,
16 grains dans les quatre derniers, Au reste, voici les jours, et les quantités correspondantes : 4, 5, 6, 7, 8, 9,
10, 110228 104 1010 TO 2081000 23, mai; 1,2 33. 43 83,125 10, 20, 28:,,36,,445h2 64: 76, 88, 100, 116, 132, 148, 164 grains. me elle a pris en-tout 1114 grains de noix vomique en substance, c’està-dire, quatre-vingt-douze fois la dose nécessaire pour: iuer un chien, On lui a toujours soigneusement donné à manger.
» Maintenant tels sont les effets produits : : du 4 au 16 mai, nul changement apparent dans son éiat; du 16 au 18, diminution de l'appétit; la poule frappe avec son bec deux ou trois fois à côté du grain avant de parvenir à le saisir ; excrémens d’un vert foncé. Le 19, elle ne mange plus ; rouge de la crête moins vif. Le 20 etle 21, mêmes symptômes; de plus diminution et lenteur des mouvemens,
Het DAC NDIXUVOMIQUE.. M 34% roideur des membres, Le 22, soif vive, mouvemens trèsdiliciles, roideur légère des membres, impossibilité de se tenir sur lespattes , sorte d’assoupissement , dont on la tire
facilement et pendant lequel les plumes sont un peu hérissées ; diarrhée; on sent le jabot fort distendu par la subz stance qu'on a fait prendre. Le 93, mêmes symptômes, mais plus marqués. Ce jour-là , prévoyant que l'extrême distension du jabot ne me permettrait pas de donner le lendemain une.dose nouvelle, et d’ailleurs étant pressé par. le temps, jeme décidai, environ trois heures après qu’elle eut avalé les 164 grains denoix vomique, à lui faire prendre un peu moins d’une demi-once d’eau tenant en dissolution environ 4 grains du principe amer uni au sucre et à un peu d'huile. À peine une minute s'était écoulée , que la poule, qui était accouvée, s’est levée tout-à-coup les aïles éten-
dues , la queue faisant ja roue, toutes les plumes hérissées , les pattes dans une forte distension, les ongles seuls touchant au sol, les yeux fixes, le bec ouvert; elle tombe presque aussitôt sur le dos : tremblement général , les ailes pliées et serrées contre le corps, mouvemens continuels d'extension et de flexion des jambes, le cou ramené sur le dos avec une roideur tétanique, les paupières s’ouvrant et se fermant alternativement, ce qui était assez fréquent pour que je n’aie pu n'assurer si elle voyait; trois cris , mais faibles ; le bec tantôt ouvert, tantôt fermé ; la respiration d’abord suspendue, avec coloration livide de la crête et des caroncules ; enfin , relâchement général et fort court avee une respiration précipitée; retour des convulsions avec. une respiration toujours précipitée; décroissemens succcssifs de ces accidens ; la mort quelques minutes après l'invasion. ie
» Lxamen du cadavre. Le cerveau , la trachée, les poumons, le cœur et les vaisseaux n’ont rien offert de particulier, ainsi que l’œsophage. Le jabot était tres-distendu
et rempli de morceaux de noix Attente altérés , dé quelques grains de blé et d’un peu de liquide; toute cette masse avait une odeur d’aigre. L’estomac membraneux et le gésier contenaient des morceaux de noix vo- . mique fortement altérés, les autres ne commençant qu’à l'être par l’action digestive de ces organes. L’intestin contenait une matière chymeuse, les deux cœcum et le colon une matière verdatre. La membrane muqueuse de toutes ces parties n’offrait, ainsi que celle de l'oviductus, aucune trace d'inflammation. Nulle altération dans la couleur de la bile. 11 y avait un peu d’amaigrissement.
» On sépara soigneusement tout l'appareil digestif du corps, et on donna ce dernier à un jeune chien épagneul de quatre mois, qui n’a pas paru en être malade; il conserva , au contraire, toute sa gaîté et le desir de jouer. Le troisième jour au soir, une personne lui jeta les intestins, et il mourut dans la nuit. On l’ouvrit le lendemain, et on trouva dans lestomac toutes ces parties presque entières. 11 parait qu’il les avait avalées sans presque les déchirer : on trouva quelques fragmens de noïx. Etat de vacuité du reste du tube alimentaire du chien, excepté dans sa dernière portion».
OBSERVATIONS
1°. Hoffmann rapporte qu’une jeune fille de dix ans, atteinte d’une fièvre quarte opiniätre, prit en deux fois 15 grains de noix vomique. Elle mourut promptement après avoir éprouvé des anxiétés extrêmes et avoir fait des efforts de vomissement, ( Med. system., tom. 1v, cap. NI.) |
Notre élève M. Bell, jeune médecin anglais, nous a affirmé qu’un accident ane lD Ed avait eu lieu récemment en Angleterre,
2°, Un individu. avala le matin un scrupule de noix
DE LA FÈVE DE SAINT-IGNACE. 343 vomique pulvérisée , et but ensuite quelques verres d’eau froide pour diminuer l’amertume occasionnée par celte substance. Une demi-heure après, il paraissait ivre ; ses membres , et principalement les genoux, étaient roides et tendus ;sa démarche était chancelante, etil craignaità chaque instant de tomber. I] prit des alimens, et les accidens disparurent sans qu'il y eût eu ni vomissemens ni selles, ( Veckoskrift for Lakare.)
. Le même auteur rapporte qu'une femme eut des mouvemens convulsifs et une cardialgie de longue durée , apres avoir pris de la noix vomique. S
3°. L'administration de cette graine et de la racine de gentiane à une femme affectée d’une fièvre intermit-
tente, fut suivie de convulsions dangereuses , de froid , et dé stupeur de prRqRe toutes les parties. brun,
Diss., 11.) De la Fève de Saint-Ignace.
928. Cette graine paraît appartenir encore au genre strychnos, du moins l'arbre qui produit les fruits qui la contiennent offre dans les fleurs et les feuilles les mêmes parties et la même disposition que le strychnos nux vomica. Quelques botanistes font un genre à part qu'ils nomment tgnatia ,et dont l'espèce amara fournirait la fève dont nous nous occupons. Quoi qu’il en soit, cette graine est irréguliè#&, plus ou moins anguleuse, dure, cernée et très-amèêre. |
MM. Pelletier et Caventou viennent de découvrir dans cette graine la substance alcaline qui fait partie de la noix vomique, et dont nous avons parlé page 332.
Action de la Fève de Saint-lgnace sur l'économié animale.
Expérience 1"°. On'a fait avaler à un chien de moyenne taille un demi-gros de fève de Saint-Ignace râpée et mêlée à du beurre. Au bout de cinq minutes , il a commencé à
haleter. Quinze minutes après, il s’est redressé de temps
en temps d’une manière convulsive. Il y avait à peine une demi-heure que le poison avait été ingéré, que l'animal s’est porté rapidement en avant, et est tombé dans une attaque de tétanos, d’abord sur le poitrail, puis sur le côté; les membres et le cou étaient tendus, la bouche violette; il conservait l'exercice de ses facultés intellectuclles ; il y eut émission d’urine;.enfin il eut dix attaques, dont plusieurs avaient été provoquées par le bruit ou l’attouchement, et il mourut asphyxié au bout de vingt minutes.
Un autre chien, qui n'avait pris que 10 grains de ce poison, périt à la quatrième attaque, trois heures après son ingestion.
Six grains de cette graine ont sufh pour faire périr un chien en une demi-heure : cet animal avait bu de l’eau après avoir avalé le poison.
Expérience n°. L’extrait de fève de Saint-Ignace, injecté dans les veines, dans la plèvre, dansllle péritoine, on appliqué à l'extérieur, agit comme lupas ou comme : l'extrait de noix vomique.
OBSERVATIONS
Camelli rapporte, dans les Transactions philosophiques
de Londres, tom. xxr, pag. 88, ann. 1699, qu'un homme dyspeptique, atteint de vomissemens et de diarrhée, prit
AGTION DES STRYCHNOS à 345 un scrupule de fève de Saint-Ignace qui lui occasionna des démangeaisons et des pincemens convulsifs terribles ; il ne pouvait pas se tenir debout; ses machoires étaient serrées; les muscles de la face exécutaient des mouvemens comparables, jusqu’à un certain point, à ceux que l’on fait en riant.
959. Nous ne faisons pas mention du strychnos potatorum , ni d’une autre espèce de strychnos connue sous le nom de pomme de Vontac, parce que le suc et les graines de ces plantes n’ont pas de propriétés vénéneuses , d’après les expériences de MM. Magendie et Delille. (Dissertation inaugurale de M. Delille, soutenue à la Faculté de Médecine
de Paris, le 6 juillet 1803.) Conclusions sur Les effets des Strychnos:
1°, L’upas tieuté , la noix vomique et la fève de Saïnt- Tgnace sont des poisons énergiques pour un très-grand nombre d'animaux et pour l’homme. |
2°, Ils doivent être regardés comme des excitans de Ja moelle épinière, sur laquelle ils portent leur action en déterminant le tétanos, l’immobihté du thorax, et par conséquent l’asphyxie, à laquelle les animaux succombent.
3°. Quelle que soit la surface du corps avec laquelle ils aient été mis en contact d’une manière convenable, ils sont absorbés , portés dans le torrent de Îa circulation, et l’absorption paraît s’opérer par l’intermède des veines , comme M. Magendie Va observé le premier, (Voÿez son beau Mémoire sur l ÆBsorption. )
4°. Leur action est très-prompte lorsqu'on les injecte dans la plèvre , le péritoine ou la veine jugulaire; elle l'est : moins lorsqu'on les applique à l'extérieur ou lorsqu'onles injecte dans les artères éloignées du cœur; leurs effets tar-
346 DÉS PBOISONS NARCOTICO-ACRES.
dent encore plus à se manifester lorsqu'on [les applique sur les'surfaces muqueuses.
5°. Leur action est nulle dans le cas où l’on enlève la moelle épinière à Paide d’une tige de baleine.
6°. Les extraits aqueux de noix vomique et de fève de Saint-Ignace sont plus énergiques que les poudres de ces graines ; mais ils le sont moins que leurs extraits résineux, et que la substance alcaline contenue dans ces graines.
7°. Aucun de ces poisons ne produit l'inflammation des tissus sur lesquels on lPapplique. ”
De l’Angustura pseudo-ferruginæa.
960. On trouve abondamment , dans le commerce, une écorce particulière que les droguistes désignent sous le nom d’angusture fine, et qui en diffère essentiellement. Nous pensons qu'il est d'autant plus important de faire connaitre ses caracières, qu'elle doit être rangée parmi les poisons les plus énergiques du règne végétal, tandis que l’angusture vraie peut être prise à forte dose sans inconvénient. M. Planche, pharmacien et chimiste distingué de cette capitale, qui a fait un très-beau travail sur l histoire naturelle de ces écorces, a présenté à MM. de Jussieu et Bonpland l'espèce dont l s’agitici, et ils ont déclaré qu’ils ignoraient à quel végétal elle pouvait appartenir (1). Le savant voyageur M. de Æumboldt,quia bien voulu nous communiquer quelques particularités sur les poisons de l’'Amérique, nous a dit qu’il ne croyait pas que l’écorce de l’'angustura pseudo-ferruginæa appartintà un arbre du même genre
que lPangusture vraie, qu'il a ADEES bonplandia trifoliata.
(1) Notice chimique sur les angustures du commerce, lue à la Société de Médecine de Paris, le 2 juin 1807, par L.- A. Planche.
DE L'ANGUSTURE. TUE Te Caractères de l'écorce. Les écorces de cette espèce sont, en général, roulées sur elles-mêmes, de couleur grise-jaunâtre à l’intérieur. Quelques-unes ont l’épiderme parsemé d’excroissances blanchâtres; d’autres sont enduites d’une matière qui a l'apparence de la rouille de fer et qui en possède quelques propriétés; d’autres écorces sont plus ou moins lisses, quelquefois très-rugueuses et parsemées de taches de couleurs variées : ces dernières sont, en général, plus épaisses et plus volumineuses que les autres, et quoiqu’elles diffèrent en apparence, elles jouissent des mêmes propriétés chimiques ; elles sont seulement un peu moins ferrugineuses. La poudre de cette fausse angusture est d’une couleur grise, semblable à celle de l’ipécacuanha, et d’une odeur analogue à cette racine. Elle est tellement amère, que beaucoup de personnes ne peuvent pas la déguster sans éprouver de nausées.
96r. Si l’on fait macérer cette poudre avec l’eau dans les mêmes proportions et pendant le même temps que l’angusture vraie, on en obtient une liqueur qui, étant filtrée, à une couleur jaune paille que le contact de l'air n’altère pas sensiblement, d’une odeur fade, d’une amertume comparable à celle de l’écorce pulvérisée, précipitant en gris-noir foncé par le sulfate de fer, et formant, avec le nitrate d’argent, un précipité blanc ouohs au bout de cinq ou six minutes, passe aunoir en totalité. Le sulfate de cuivre y forme un précipité moins coloré et moins abondant qu'avec langusture vraie ; elle n’est point troublée par la solution de colle. 962. L'eau aiguisée d’acide hydro-chlorique (muriatique ), et agitée avec la poudre de cette fausse angusture,, prend ure belle couleur d’un vert clair, si on y verse un hydro-cyanate (prussiate) alcalin , et, peu de temps après, il se dépose du bleu de Prusse. I est bon de remarquer qu'on obtient à l'instant même du irès-beau bleu de Prusse si l’on traite par l'acide hydro-chlorique (muriatique) la
poussière jaune qui recouvre l'écorce ; ce qui prouve évidemn singn
nent que cette matière ést de nait ferrugineuse +ce lier phénomène ne s Dane pas. avec la véritable écorce d'angusture.
. La décoction d’angusture ferrugineuse est plus co- Mrs que son eau de macération; transparente tant qu'elle est chaude , elle se trouble par le refroidissement , à la manière des quinquinas. Les sels métalliques précédemment cités agissent de la même manière, à quelques nuances près , qui sont inappréciables, sur Peau de macération et sur Ja décoction de la fausse angusture ferrugineuse. (PLAncene,
page 7.)
Action de l’Angustura pseudo-ferruginæa ‘sur l'économie animale.
Expérience v°. On a faitavaler à un chien de moyenne taille 8 grains d’écorce d’angustura ferruginæa réduite en: poudre fine. Au bout de sept minutes, les muscles des extrémités étaient aflectés de mouvemens convulsifs ; les ‘yeux, hagards, répandaient beaucoup de larmes ; l’animal marchait vers les coins du laboratoire, en segho chat les pattes les unes des autres; il haletait continuellement. Douze minutes après l’ingestion du poison, l'agitation avait augmenté; la tête se redressait de temps en temps sur la colonne vertébrale ; il a fléchi les pattes postérieures ; la tête et le tronc se sont renversés en arrière ; il a fait douze ou quinze pas en avant, et dans un état d’égarement tel qu'il a été frapper avec sa face un tonneau , et “I est tombé de suite sur le côté : alors ses yeux étaient saillans et immobiles, la conjonctive rouge, tous les muscles du tronc etdes extrémités fortement contractés , Les oreilles renvergées en arrière , les organes des sens insensibles aux im pressions extérieures ; de musclés de la face n'étaient agités
DÉ L'ANGUÜSTURE. 349
d'aucun mouvement convulsif, et la respiration ne s’exerçait plus. Cette attaque a duré cinq minutes; mais les organes des sens n'ont conservé leur be que pendatit la première minute, Car, au milieu et vers la fin de l accès, l'approche d’un but suflisait pour augmenter l’étät de roideur et tous les autres symptômes. À la fin de cetieattaque, l'animal a cherché à se relever; la bouche était très-ouverte et la respiration trè >s-haletante. Dix minutes apr ès , nouvel accès quia duré quatre minutes. Enfin ila expiré cinq quarts d'heure après l'intr oduction de Ja substance vénéneuse dans l'estomac , à la suite d’une troisième attaque. On la ouvert vingt minutes après. Le cœur ne battait plus; le sang contenu dans ses cavités était noirätre, en partie fluide et en partie coagulé. Les poumons, gorgés de sang de la même couleur, étaient un peu moins crépitans que dans létat naturel. L'’estomac contenait beaucoup d’alimens, car il n’y avait pointeu de vomissement; le canal digestifétaitsain. Expérience 18. À huit heures trois quarts, on a fait avaler à un chien Ge moyenne taille 3 grains ei demi de la même poudre. Un quart d'heure après, on lui a fait boire une grande quantité d’eau. À neuf heures six minutes, l'animal éprouvait un tremblement dans les pattes : on l’a touché, ei sur-le-champ il a eu une attaque tétanique qui n’a duré qu’une minute; il s'est relevé, et ne paraissait pas malade. À neuf heures onze minutes, on l’a heurté de nouveau : 1l est tombé sur-le-champ dans un état de roideur remarquable, qui n’a cessé qu'au bout de deux minutes; il a fait de nouveau des efforts pour se relever, et s’est pro mené rapidement dans le laboratoire ; il s’est arrêté 1outà-coup en appuyant fortement les pattes sur le sol; alors il avait le tronc excessivement arqué, et la tête touchait la terre, À une heure, il n'avait pas eu de nouvel accès, et paraissait ne plus être sous l'influence du poison. On lui a fait prendre 6 grains de la même poudre, Cinq minutes
après, il a eu une attaque qui a duré deux minutes, et il est mort. Dans les différens accès auxquels cet animal a été en proie, la queue a été recourbée tantôt en bas , tantôt en haut. On l’a ouvert sur-le-champ. Le sang contenu dans: les ventricules du cœur était noir et fluide. Les poumons étaient fort peu altérés. L’estomac renfermait la poudre d’angusture disséminée dans quelques alimens ; il n’y avait aucune lésion dans le canal digestif.
Expérience n°. On a saupoudré une plaie faite à la partie interne de la cuisse d’un gros chien avec 9 grains de Ja même poudre. Le surlendemain, l’animal n’ayant rien éprouvé , on a appliqué sur le tissu cellulaire de la cuisse de l’autre côté 36 grains du même poison. Au bout de sept heures , l’animal à commencé à en ressentir les effets ; il a en une attaque tétanique semblable à celle que nous venons de décrire dans l’expérience r°°. Cette attaque a duré dix minutes, et'il a expiré.
Ouverture du cadavre faite le lendemäin. Les organes intérieurs n’offraient aucune aliération ; la première plaie étaitrouge, infiltrée, sans apparence d’escarre.
Expérience 1v*. On a fait avaler à un petit chien robuste 2 grains et demi d'extrait aqueux d'angustura ferruginæa qui n’ont rien produit au bout d’une heure ; alors on lui en a fait prendre 6 grains. Quelques instans aprés,, l'animal a éprouvé un tremblement général , et s’est assis sur les pattes de derrière; son corps est devenu arqué; il est tombé sur le côté ; ses muscles étaient excessivement roiïdes ; il n'y avait point d’agitation dans les pattes ; les pupilles étaient dilatées , les organes des sens insensibles aux impressions extérieures, et les paupières dans un état de grande mobilité. Vers la fin de l’accès, qui a duré deux minutes et demie, il a recouvré l’usage de ses sens; il s’est relevé et s’est promené dans le laboratoire. Quatre minutes après, on a cherché à l’effrayer : sur-le-champ il est retombé ; la
DE L’'ANGUSTURE. 35r.
tête s’est renversée sur le dos , la respiration a été suspendue. Au bout d'une minute, il a ouvert la bouche et a haleté considérablement. [l a eu une troisième aitaque deux mi-
nutes après, pendant laquelle les organes des sens paraissaient insensibles, La fin de cet accès a été marquée par des : inspirations profondes et'bar des monvemens convulsifs des muscles de la face, Il est mort trois minutes après. On l’a ouvert sur-le-champ. Les cavités du cœur ne se contrac= taient plus ; le sang qu’elles contenaient était noir et fluide ; les poumons, peu crépitans, offraient un peu plus de ne sité dans leur ussu ; le canal digestif était sain. N
Expérience v°. On a mis en contact avec le tissu cellulaire d’un petit chien 4 grains du même extrait, Au bont : de 20 minutes , l’animal a éprouvé un tremblement général; sa marche est devenue incertaine, ses yeux hagards, et trois minutes après 1] a été en proie à un violent accès, Il en a éprouvé quatre pendant les trois heures qu'il a vécu. On ne l’a point ouvert.
Expérience vif. 36 grains du même extrait ont été appliqués sur le tissu cellulaire de la partie interne de la cuisse d’un petit chien. Cinq minutes après, tremblement des paites postérieur es, etau bout d’une minute, attaque trèsforte dans laquelle les extrémités étaientagitées et roides; les muscles de la face, des paupières etdes mâchoires convulses ; le corps n’était pas très-arqué, les organes des sens étaient libres, les pupilles un peu dilatées, la respiration presque suspendue. Cet aëcès a duré près de cinq minutés ; les mem bres se sont relàchés ; l'animal a fait trois inspirations profondes , et est mort onze minutes après l'opération. On l’a ouvert sur-le-champ. Le cœur ne battait plus ; le sang était fluide et noir dans toutes les cavités de cet organe. Les poumons, un peu plus denses qu'à l'ordinaire, étaient gorgés de sang noirâtre.
Expérience vn°. On a injecté dans la veine jngulaire
352 DES POISONS NARCOTICO-ACRES, d’un chien 3 grains et demi d’extrait aqueux d’angusturé dissous dans une demi-once d’eau. L'animal a éprouvé sur-le-champ les symptômes ci-dessus indiqués, et il à expiré cinq minutes après l'injection. On l’a ouvert dans le même instant, et on a trouvé que le cœur était distendu par une très-grande quantité de sang coagulé.
Expérience viu°. À sept heures du matin; on a fait avaler à un carlin robuste un grain et demi de la matière jaune amère séparée de cette espèce d’angusture. Cinq minutes après, l'animal a éprouvé tous les symptômes qui caractérisent les accès dont nous avons parlé, et il est mort au bout de quinze minutes, à la fin de la deuxième attaque. Cette matière amère avait été préparée par M. Planche, qui avait employé le procédé suivant:
« On a épuisé, par plusieurs macérations successives dans l'alcool à 38°, de l'écorce d’angusture ferrugineuse. La liqueur, filtrée, a été distillée dans une cornue de verre ; on a retiré, par la distillation, les sept huitièmes d'alcool pur. Le résidu , desséché au bain-marie, a été traité par de l’eau distllée bouillante : c’est la portion dissoute par ce liquide, et rapprochée en consistance d'extrait, qui constitue la matière jaune amère. Pour bien observer sa couleur , il faut Pétendre en lames minces. Cette matière est très-soluble dans l'eau froide; elle’ est d’une amertume épouvantable ; il est possible qu'elle ne soit autre chose qu’une combinaison du principe amer avec la matière jaune, car on peut séparer, en fort petite quantité , à la vérité, au moyen de l'éther sulfurique, un peu de matière jaune sans amertume sensible, maïs seulement styptique. Au surplus, le principe amer dans cet extrait s’y trouve le plus rapproché possible, »
DE L'ANEUSTURE 353 OBSERVATION.
x J'étais atteint, il y a plusieurs années, d'une fièvre Gerce des plus rebelles. Fatigué du peu de succès que j'avais obtenu du quinquina, je résolus de tenter l'emploi de l'écorce d’angusture ; à cet effet, j'en fis préparer une forte infusion vineuse. Aussitôt que j'eus recu le médicament, je voulus seulement le déguster. et j'en avalai à peine les trois quaris d'un petit verre à liqueur. L'amertume de cette boisson était insupportable, et occasionna presque aussitôt des soulèvemens d'estomac qui finirent par être douloureux , sans cependant déterminer de vois sement. Quelques minutes après, j’éprouvai des symptômes üe congestion vers le cerveau, des éblouissemens , un tintement dans les oreilles ; ma vue s'obscurcit; il me devint impossible de fléchir ps membres inférieurs , et toute tentative à cet égard excitait les douleurs les Dhs vives ; les membres supérieurs restèrent libres; mas il Dre ur véritable trismus qui m'ôta l’usage de la parole. J'avais, dans une armoire, un flacon contenant un mélange à parties égales d’éther acétique et de laudanum liquide : ; fe parvins, quoique avec peine, à le demander par signes aux pRfsannes qui m’entouraient, et dès qu' on me l’eut donné , j'en versai dans le creux de ma main une quantité que je ne puis déterminer, et parvins à l’avaler par succion. J'éprouvai , peu de temps après, un soulagement notable ; mes mâchoires se desserrèrent, et une seconde dose du mélange, ainsi qu’une tasse d’infusion de camo- ‘mille achevèrent de dissiper les accidens qui, en tout, peuvent avoir duré deux heures. Seulement il me resta une lassitude extrême, en même temps qu'un appétit très-vif que je sausfis avéc plaisir et sans inconvénient, Il est probable que cet empoïsonnement ét ées consé*.