‹ Traité des poisonsChapitre 68 sur 109 · DU TICUNAS · texte numérisé non relu

DU TICUNAS

Action du T'icunas sur l’économie animale.

969. I résulte des-expériences faites'par Fontana sur ce poison;

1°. Que son odeur à sec-est entièrement innocente;

2°, Qu'il en ‘est de même des vapeurs qu’il répand lorsqu’on le met sur des charbons ardens, soit qu'on ies flaire, soit qu'on les respire, ét qu’il est par conséquent faux, comme l’a annoncé La Condamine , que des femmes condamnées à mort aïent été tuées par ces vapeurs ;

3°, Qu'il n’exerce aucune action lorsqu'on Vapplique sur les yeux ; | | 4°. Qu'il est vénéneux quand il est pris intéricurement ;

mais qu'il en faut une quantité sensible pour tuer même un petit animal ;

59, Qu'’étant appliqué sur la peau à peine égratignée, il peut donner la mort, quoique non pas toujours ni dans toutes les circonstances ; les animaux plus gros résistent plus facilement à l’action de ce poison; et lorsque les animaux mêmie les plus faibles n’en meurent pas, ils se trou vent en peu de temps aussi sains qu'auparavant ;

6°. Qu'il faut environ un centième de grain de ticunas pour tuer un petit animal, et qu’il est nécessaire que le poison se dissolve pour qu’il donne la mort où pour qu’il occasionne quelque dérangement sensible dans l'économie ARèleS

°. Que les blessures em RON bn tiées des muscles sont plus nn SE que celles de la peau, des oreilles et'des crêtes se poules ; | 9°. Que les flèches enduites de ticunas desséché sont plus Mo éuses et plus meurtrières que le poison dissous dans l'eau et simplement appliqué sur la partie blessée ; 9°. Que le poison des flèches est plus acuf si on les

tempe auparavant dans l’eau chaude; leur activité croît en-

core si on lestrempedans le ticunas bouilli dans l’eau à con-

sistance de julep. Les symptômes que ce poison produit le

plus ordinairement sont des convulsions, des faiblesses , la perte totale des forces et du mouvement, la diminution

ou l'abolition du sentiment; souvent on observe que l’ani-

mal, qui était d’abord très-vif, se trouve un moment après

privé de mouvement et de sentiment, et sur le point de

mourir. S'il ne meurt pas, en peu de minutes, il se trouve

aussi bien qu'auparavant, et ne parait avoir souffert aucun

mal, quoiqu'il soit resté dans un état de léthargie, quel-

quefois pendant plusieurs heures, sans donner de signe de vie certain où manifeste.

10°, Qu'il faut un temps déterminé pour que le poison américain se communique à l'animal ; que ce temps est beaucoup plus considérable que celui qu’exige le venin de la vipère (voyez Fenin de la vipère) pour se communiquer; que les effeis du poison américain sur les animaux sont plus vagues et plus variés; et enfin qu’on peut guérir de l’un et de l’autre en coupant les parties , quand on peut les emporter sans danger de mort, pourvu que l’amputation soit faite à temps;

11, Qu'il tue dans l'instant lorsqu'il est introduit dans la veine jugulaire; maïs qu’il ne coagule pas le sang comme le fait le venin de la vipère.

12°, Qu'il ne produii aucun changement sensible sur l’économie de l'animal vivant lorsqu'il est appliqué sur les nerfs entiers, coupés ou blessés, pourvu qu'ils aient été isolés des muscles et des autres parties environnantes ;

13°. Que les muscles des animaux tués par ce poison sont plus pales qu'auparavant; que les vaisseaux veineux situés auprès du cœur sont plus gonflés, et le sang un peu plus obscur; que le cœur, les oreillettes et les viscères du bas-ventre ne présentent aucune altération; que les poumons

DU WOORARA. 307 offrent de grandes taches livides; et que, dans quelques circonstances , ils paraissent putréfiés ;

14°. Qu'il attaque le principe de l'irritabilité des muscles, quoiqu'il ne touche pas à lirritabilité du cœur ;

15°, Qu'il n’est point vénéneux pour les couleuvres et les vipères. (Zraité sur le F'enin de la Vipère, par Fontana, tom. 11, pag. 83 - 124. Florence, 1781.)

Du Woorara. .

970. Le woorara est un poison avec lequel les Indiens de la Guyane arment les pointes de leurs flèches : il ne paraît pas différer beaucoup du ticunas. D’après Bancroft, il appartiendrait à une espèce de liane.

Action du Woorara sur l’économie animale.

Expérience x'°. On appliqua sur une plaie faite au côté d’un cochon d'Inde une petite quantité de woorara en poudre. Dix minutes après, lanimal ne pouvait plus marcher; il devint complètement immobile, excepté qu’il offrait de légers mouvemens convulsifs. Peu après, il fut plongé dans un état de grande insensibilité; la respiration était gènée, et cessa entièrement quatorze minutes après l'application de la substance vénéneuse. On ouvrit le thorax : le cœur battait soixante-dix fois par minute, et contetenait du sang d’une couleur foncée ; les contractions eurent lieu pendant plusieurs minutes; le cerveau et la blessure ne parurent pas affectés. -

Deux grains de woorara appliqués de la même manière occasionnèrent les mêmes symptômes au bout de vingteinq minutes, et l'animal mourut treize minutes après. Son action était plus prompte et se manifestait au bout de cinq ou six minutes lorsqu'on en appliquait une grande quan-

362 DES POISONS NARCOTICO-ACRES, tité, ou lorsqu'il y avait une légère ‘hémorrhagie des vaisseaux sur lesquels on opérait. | |

Expérience n°. On introduisit un peu de woorara dans une blessure faite à un jetine chat. F en fut affecté en peu de minutes, et tomba dans un état:d’assoupissement et de demi-sensibilité; il y résta pendant cinq quarts d'heure, lorsqu'on eut renouvelé l application du poison. Quatre minutes après cette répétition, la respiration cessa entièrement, et il parut mort; mais ‘le.éœur donnait encore environ cent quatre pulsations par minute. On le placa dans une température de 85°, thierm. de Fahr.….; ses poumons furent enflés artificiellement à-peu-près quatre fois par minute; l’action du cœnr continua régulièrement; larespiration artificielle fut arrêtée pendant quatreminuites; on vit les pupilles se dilater ou se contracter lorsqu'on diminuait ou qu'on augméntait la lumière; la salive coulait de sa gueule ; quelques larmes parurent sous ses paupières ; mais il resta insensible et 'sinsimouvement. Après soixante-quatre 1minues, il'eut de légères contractions involontaires des muscles’et une apparence d'efforts pour respirer : ces mouvemens continuèrent et devinrent plus fréquens. Une autre heure après, il donna, pour la :première fois, des signes de sensibilité quand il était excité, et respira spontanément vingt-deux fois dans une minute. La respiration artificielle ayant été discontinuée , il resta quarante minutés dans un profond sommeil , puis s'évéillatout-à-coup et.se mità marcher. Le jour suivant il parut un peu indisposé; mais il s’est rétabli peu à peu, et a fini paï recouvrer sa pleine santé.

Expérience ui. On apphiqua un peu de woorara sur une blessure faite à un lapin : 31 parüt-mort quatre niinutes après ; mais le cœur ne cessa pas de battre. On le placa dans une température de go° F. (32, 22, therm. centigr.), -et on pratiqua la respiration artificielle. Les battemens.du

“pu WOORARA | 363 cœur furent portés à environ cent cinquante par minute. Pendant plus de trois heures , le pouls fut fort et régulier ; il s’affaiblit ensuite, devint RAUter et une heure après la circulation avait entièrement cessé. Péndant tout ce temps-là, il n’y eut aucune apparence de retour de la sensibilité. | PE

Expérience 1v°. On coupa les nerfs spinaux avant l’endroit où ils se réunissent pour former le plexus axillaire ; on appliqua alors sur deux plaies faites à la partie antérieure du bras, une certaine quantité de woorara qui produisit les mêmes effets que si la communication fferveuse n "eût pas été Nr

Expérience v°. On lia le conduit thoracique d’an chien un peu avant qu’il n'aboutisse dans les veines ; le woorara fut appliqué sur une plaie des extrémités postérieures, et détérmina tous les symptômes de l’empôisonnement. On s’assura , par l’ouvertuüre du cadavre, que la circulation avait été entièrement interrompue dans le conduit thoräcique.

Expérience vi*. On appliqua le woorara sur l’extrémité inférieure, et on lia fortement le membre en haut afin d’empêchér toute communication par le moyen des vaisseaux sanguins. L'animal ne’ressentit aucun des éffets propres au poison ét ne mourut pas. (Philosoph. Transact., année 1811, pag. 194 et suiv.; mémoire de M. Brodie, ét'année 1812.)

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