‹ Traité des poisonsChapitre 69 sur 109 · M. Brodie conclut de ces faits · texte numérisé non relu

M. Brodie conclut de ces faits

1°, Que le woorara est absorbé par Les veines ;

2°, Qu'il détruit les ‘fonctions du cerveau, et par consés quent que la respiration cesse peu dé temps après.

Du Curare,

Le curare est aussi célèbre dans l’Orénoque que le äicunas l’est dans la vallée de lAmazone. L'un et l’autre servent à empotsonner les flèches. Il y a plusieurs espèces de curare ; le plus fort est celui de Mandavaca, village

- qui réunit l’Orénoque et le Rio-Negro, celni de Vasiva

et celui d'Esmeralda. D’après M. de Humboldt, à qui nous sommes redevables de ces détails, le véritable curare vient d'une liane appelée vejuco de mavacure, dont.

il n’a pas été permis de déterminer le genre. C’est l'écorce

du mavacure qui renferme ce terrible poison. Le suc de cette écorce est jaunâtre; on le concentre par le feu: lorsqu'il a l'épaisseur du sirop, on y mêle le suc plus gluant encore de l'arbre Aïracaguero , qui n’est pas vénéneux , mais qui sert à donner plus de corps et de consis-

‘tance au curare. Celui-ci est brun-noirâtre et ressemble

à de lPopium. Lorsqu'il est bien préparé, on le conserve trois ou quatre ans ; mais, en général , il n’est très-actif que lorsqu'il est frais. |

L'abbé Gihij, dans son Histoire de l'Amérique (r), dit, page 323, avoir été témoin oculaire de l’activité surprenante de ce poison. Les animaux les plus robustes périssent en très-peu de temps lorsqu'ils sont blessés avee des flèches imprégnées de curare. Toute son action , ajoute-t-il, s'exerce sur le sang, que l’on croit qu'il coagule. On pent le laisser dans la bouche sans danger ; il ne nuit pas a pliqué sur les gencives, à moins qu'eiles ne saignent par une cause quelconque. Un oïseau , un cerf, un singe, ou tout autre animal tué avec le curare, peut être impu-

(1) Saggio di Storiz Americana descritta dall Abate Fr dippo Salvadore Gilij, tom. 11. Roma, 1761.

BU CURARE, | 365 nément mangé. Délayé dans l’eau, ce poison né produit point d’accidens ; ou du moins sa puissance se trouve très-affaiblie; l'humidité de l'air produit également cet effet , et Gi/ij a observé que les Indiens mettent les fléches dans leur bouche pour les réchauffer avant de les lancer.

Oviedo , dans son ouvrage intitulé : ‘ommario dell Inde occidentali, cap. 78, dit: « Tous les Chrétiens pensent que l’eau de la mer, avec laquelle on lave la piqûre, est le meilleur remède que puissent employer ceux qui ont été empoisonnés avec le curare; quelques-uns ont été rétablis par ce moyen, mais c’est le plus petit nombre.» Güilij dit que, dans l’'Orénoque , les Espagnols emploient avec succés le sel commun et l'urine pour combattre les effets de ce poison. M. de Ælumboldt croit également que Jhydro-chlorate de soude est un remède puissant dans cette espèce d'empoisonnement. |

Il existe encore une espèce de curare que les missionnaires appellent curare destemplado , parce qu’il est faible. C’est avec lui que l’on enduit les flèches dont on se seit pour prendre les petits singes. L'animal auquel on veut con- ‘server la vie est à peine blessé: il s’évanouit cependant par lPaction. du poison, et on le guérit en introduisant de l’hydro-chlorate de soude daus la plaïe, et en la frottant avec ce sel. Malheureusement il est très-rare et très-cher x l’Orénoque. | ‘4

. Voici quelques particularités que M. de Humboldt nous a communiquées sur quelques autres poisons.

« À la rivière des Amazones, nous avons vu les poisons de Moyobamba, de la Peca et de Eamas. Le plus fort est celui des Indiens, ticunas, qui n’est autre chose que le suc d’une liane de File Mormorotte que l’on a concentré par l’évaporation. Il paraît que tous ces poisons viennent de différentes lianes. En dessinant , pendant mon séjour à Guayaquil, le fruit du vejuco de la Peca, qu'on venais

de m'envoyer de l’Amazone , j'éprouvai un engourdiss sement dans mes mains seulement pour avoir manié la liane pendant les fortes chaleurs de ces climats. L’antidote le plus célèbre contre les poisons de la rivière des Amazones est le sucre. » |

Expériences de M. Emmer sur les poisons américains.

952. Dans une dissertation inaugurale intitulée: Zxperimenta, de-effectu venenorum vegétabilium americanorum ën corpus animale, AHARES » 1037 + M. Emmér établit les faits suivans :

10. Le poison américain qui, suivant la contrée de l'Amérique méridionale à laquelle il appartient, est ap pelé 7'icunas Lama.ou Foorara, offre un aspect noirûtre; il acquiert une couleur brune claire lorsqu'on l'humecte ; sa saveur est amère, son odeur désagréable et analogue à celle du suc de réglisse; il se ramollit par la chaleur: mis sur les charbons ardens, il se liquéfie , brûle avec flamme, répand une odeur fétide et donne beaucoup de charbon; il se dissout dans l’eau à toutes les températures, en lais= sant un résidu de 0,15, tandis que l'alcool n’en dissout que ‘0,19 parties. Les acides et les alealis étendus d’eau le dissolvent sans effervescence ; il n'’altère ni la couleur du tournesol, ni celle du curcuma ; il retarde la coagu- Jation du sang.

2°. La solution aqueuse de ce toxique n’est point troublée par la colle de poisson ; l’acétate de plomb y fait maitre un précipité floconneux , jaune, soluble dans l'acide nitrique, qui aequiert une: couleur rangée. Le nitrate d'argent le précipite en noir verdâtre, et le sulfate de fer.en vert sale: ces-précipités sont solubles dans l'acide nitrique; linfusion aqueuse et alceolique de noix de galle y occasionne un précipité brun qui est sans action sur l’économie animale.

39, La dissolution alcoolique du toxique américain jouit des mêmes propriétés, mais elle est plus amère et plus délétère, | |

4°. Le toxique américain est vénéneux pour tous les animaux; il agit plus fortement sur ceux dont le sang est rouge. Sin action. est plus énergique dorsqu’ il est injecté dans les vaisseaux sanguins que dans le cas où il est introduit dans le eanal digestif,

59, H ne détermine aucun symptôme d’ empoisonnement lorsqu'il est appliqué sur les nerfs, sur l’épiderme ou sur Jes tendons.

6°. Les animaux qui sont sous l’influence de ce poison deviennent tristes; ils tombent dans un état de langueur ; leur pouls est dur ‘et fréquent, la respiration courte et accélérée ; les muscles, principalement éeux des membres thoraciques , après avoir éprouvé üne contraction convulsive , se paralysent; le nt devient froid, et la respiration cesse.

9°. Il y a des moyens propres à diminuer ces symptômes, sisi oh ne connaît point d'antidote. Fous les médicamens qui irritent les organes affectés par le toxique augmentent son eflet délétère. La saignée paraît être lemoyen Île plus sûr de mitiger son action, qui devient nulle lorsqu'on lie les vaisseaux qui se distribuent aux parties sur lesquelles le toxique a été appliqué.

8°, Les divers poisons américains peuvent être regardés comme ne différant pas entr’eux, puis qu'ils offrent les mêmes propriétés physiques etchimiques.

9°. Ils diffèrent des poisons asiatiques en ce qu'ils paralysent plus promptément les muscles volontaires ;; sans ‘exciter des convulsions et des spasmes aussi violens et aussi fréquens. Ils ne déterminent‘point la paralysie du cœur, ni des déjections alvines comme l’upas antiar.

10°. Hs agissent plutôt sur la moelle épinière:que sur.

368 DES YOISONS NARCOTICO-ACRES:

le cerveau , puisqu'ils ne produisent ni stupeur ni anéarnitissement de la sensibilité, et qu’ils iroublent et suspen= dent la respiration. |

Du Camphre.

Propriétés physiques et chimiques du Camphre.

073. Le camphre est une substance végétale, considérée comme un des nombreux produits immédiats des végétaux. Les chimistes sont déjà pañvenus à le réconnaître dans plusieurs lauriers, dans beaucoup de labiées, et dans quelques ombelliféres. Parmi les lauriers , l’espèce désignée sous le nom de laurus camphora L,. est celle qui en con2 tient davantage. Ce végétal est très-abondant en Chine et au Japon; on peut en extraire le camphre en faisant bouillir avec de l’eau les racines et le bois divisé en petits fragmens ; le camphre alors ne tarde pas à se volatiliser, et vient s'attacher à de petits morceaux de paille de riz, préa- . dabletnent disposés dans l’intérieur d’un chapiteau de terre dont on surmonte les pots de fer dans lesquels l’ébullition a lieu.

Le camphré ainsi obtenu est sous la forme de petits grains de couleur grisatre que l’on purifie en Hollande, en Angleterre, à Berlin et à Paris: à cet effet, on commence par lui enlever, à l’aide d’un tamis, les substances étrangères les plus grossières , puis on le mêle avec un seizième environ de chaux éteinte ,; ou de carbonate de chaux, et on le sublime à une doùce chaleur dans des matras de verre aplatis au col: et à la base.

Lorsqu'il s’agit de retirer le :camphre des labiées, on commence par séparer les huiles essentielles avec lesquelles il estuni, et on les abandonne à l’évaporation spontanée: par ce moyen les huiles se volatilisent, et le camphre reste. M Proust, qui, le premier, a fait connaitre ce moyen, a

DO CAMPHRE - 309 extrait un seizième de camphre de l'huile essentielle de romarin , un neuvième de celle de marjolaine , un septième de celle de sauge, ét plus d’un quart de celle de lavande. (Ann. de Chirh., L 1v, p. 179.)

Il existe encore un autre végétal qui, d'après M. Correa de Serra, a les plus grands rapports avec le shorea robusta, dont on peut extraire du camphre, que les Orientaux estiment beaucoup plus que celui du Zaurus camphora. L'arbre qui le fournit croît à Sumaira. Il suffit, pour avoir ce “principe immédiat, de faire une incision, et de laver le produit qui en Mec : par ce moyen on le débarrasse des matières étrangères. \

Ainsi purifié , le camphreest une substance solide, d’une couleur blanche, transparente ; et plus légère que l’eau; sa pesanteur spécifique est de 0,988 ; sa consistance est grasse; il est ductile, granuleux et d’une saveur amère, chaude et piquante; son odeur est très-vive et assez désagréable: il cristallise erdinairement en pyramides à six faces où en lames carrées. Exposé à l’action du calorique dans des vaisseaux fermés, le camphre se volailise avec la plus grande facilité ; il est même volatil à la température ordinaire, comme on peut s’en Convaincre en examinant les cristaux formés à la partie supérieure des bocaux dans lesqüels il est ordinairement renfermé.

Lorsqu'on le chauffe à l'air, il brûle avec une flamme blanche, à la manière des substances très-hydrogénées; ii répand une vapeur abondante et se décompose. On peut faire cette expérience en plaçant un petit fragment de camphre sur l’eau, et en approchant un corps en combustion. |

L'ean ne peut dissoudre qu’un 1152° de son poids de camphre; mais il est miscible à ce liquide à l'aide d'un corps mucilagineux.

L'alcool et l’eau-de-vie ordinaire en dissolvent une assez

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