‹ Traité des poisonsChapitre 70 sur 109 · HN · texte numérisé non relu

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grande quantité ; ces dissolutions sont décomposées par l’eau, et laissent précipiter du camphre d’une couleur blanche. Le produit se dissout dans une nouvelle quantité d'alcool.

L’acide acétique dissout abondamment le camphre; on peut même dire qu'il est son meilleur dissolvant, |

L’acide nitrique dissout également ce principe immédia, et la liqueur se sépare en deux portions : l’une, supérieure , ayant l’aspect huileux, contient beaucoup de camphre et de l’acide nitrique très-concentré; l’autre, inférieure, peu camphrée, renferme de l’acide nitrique trèsfaible. On voit donc que le camphre jouit jusqu’à un certain point de la propriété de séparer de l’acide nitrique une grande quantité d’eau, agissant par là d’une manière analogue aux bases salifiables. Quoi qu’il en soit, le mélange qui résulte de l'action de ces deux substances, disullé plusieurs fois, fournit une certaine quantité d’acide camphorique dont la formation suppose la décomposition d’une partie de l'acide nitrique. En effet, l’oxigène se porte sur l'hydrogène et le carbone du camphre, et ilse dégage du gaz nitreux.

L'huile d'olives peut dissoudre une très-grande quantité de camphre , pourvu qu’on élève un peu la température du mélange.

Action délétère du Camphre.

974. Le camphre, introduit dans l'estomac des chiens à la dose de deux ou trois gros , occasionne des symptômes gravés, suivis presque toujours de la mort ; ses effets délétères sont encore plus énergiques lorsqu'on l'injecte dans les veines.

Quel est le mode d’action de cette substance vénéneuse ?

Æxpérience 1°, On a fait prendre à un chien de petite

s DU CAMPHRE 391 stature 2 gros de camphre triturés avec deux jaunes d'œuf. Au bout de dix minutes, l’animal a paru agité; il a parcouru rapidement le laboratoire, s’est arrêté tout-à-coup en s'appuyant fortement sur les pattes antérieures, et en agitant les muscles de la face d’une manière convulsive, Un instant après, Îes convulsions sont devenues générales ; il est tombé sur le côté ayant la tête fortement renversée en arrière et ses extrémités dans une agitation extrême : les yeux, saillans, ei pour ainsi dire hors de l’orbite, offraient une injection marquée de la conjonctive, et n'étaient point sensibles aux impressions extérieures ; l'animal n’entendait point et avait entièrement perdu l’usage de ses facultés intellectuelles ; la bouche était remplie d’une écume épaisse ; la langue et les gencives étaient un peu livides, ‘la respiration gênée et accélérée. A la fin de cette aitaque, qui a duré quatre minutes, l'animal à vomi une petite quantité de matières molles et liquides, composées en partie de la substance ingérée; il s'est aussitôt relevé et n’a plus souffert depuis (1).

Expérience n°. On a donné à un chien de moyenne taille 3 gros de camphre dissous dans une once et demie d'huile d'olives ; on a fait la ligature de l’œsophage afin d’empècher le vomissement. Après quelques minutes, l'animal a paru inquiet; sa marche était chaneelante, et les muscles de la tête offraient quelques mouvemens convulsifs. Ces symptômes ont été immédiatement suivis d'un accès général, qui a duré près d’une minute et demie, et dans lequel l'animal se tenait couché sur le côté ; il avait

(1}Nous avons répété avec le docteur Courraut, notre ami et notre élève, la majeure partie des expériences physiologiques concernant le camphre et la coque du Levant, etilen a fait Pobjet d'une dissertation inaugurale qu’il a soutenue à Paris, dans Le mois de jauvier 1819, n° 5.

la tête à-peu-près dans la position ordinaire, et tous les muscles dans une grande agitation ; les organes des sens étaient insensibles aux objets environnans; les yeux étaient saillans , et la respiration comme suspendue. Après la ces: | sation de ces accidens , il est resté vingt minutes sans pa raître éprouyer aucune action notable de la part du poison; il marchait librement et semblait avoir recouvré l'usage des sens. Un instant après, il a commencé à avoir de le difficulté à marcher; sa tète était ramenée en arrière comme par secousses, et les membres antérieurs ‘s’affaiblissaient; tantôt, faisant quelques pas en arrière, ils’arrétait tout-à-coup pour s'appuyer sur les paites postérieures ; tantôt il tournait en décrivant un cercle d’un assez grand diamètre, Cet état a duré dix minutes : alors a commencé une attaque des plus violentes : tout-à-coup l’animal est tombé en arrière en renversant la tête sur la colonne vertébrale , comme pour faire la culbute; les muscles de tout le corps ; principalement ceux des extrémités et ceux de la mâchoire inférieure, étaient agités très-violemment ; des cris horribles annonçaient la douleur à laquelle il était en proie; l’insensibilité des organes des sens était complète ; la bouche était remplie d’écume, la langue ct les gencives un peu livides ; la respiration , très-laborieuse, était accompagnée de l’exhalation d’une grande quantité de vapeur d’une odeur camphrée. L'animal a suecombé dans cet état sept minutes après le commencement du dernier accès. On l’a ouvert sur-le-champ, et on a trouvé le sang du ventricule gauche d’un rouge foncé, les poumons affaissés, d’un tissu plus serré qu’à l'ordinaire, et visiblement injectés, |

Cette expérience, répétée sur plusieurs autres chiens

auxquels on n’a fait prendre que 2 gros de camphre, a offert les mêmes résultats.

Æxpérience ni. À onze henres du matin, on a introduit

DU CAMPTRE. ‘ 2RE duns l'estomac d’un petit chien très-faible 3gros de camphre dissous dans 4 onces d'huile , et on a lié lœsophage. A une heure et demie, l’animal a eu une attaque convulsive qui a duré cinq minutes. À midi et demi, nouvelle attaque. A deux heures un quart, mouvemens convulsifs continus dans les diverses parties du corps, et principalement dars les muscles des mâchoiïres ; bouche presque constamment ouverte. À cinq heures, même état; l'animal n'avait pas cessé un instant de tenir la bouche ouverte, comme s’il eüt cherché à introduire une plus grande quantité d’air. À six heures, il était expirant : il est mort une heure après. On l’a ouvert le lendemain : l'estomac contenait environ 2 onces d’un fluide brunâtre et filant ; la membrane muqueuse, enflammée, offrait plusieurs bandes longitudipales d’un rouge vif, et d’autres circulaires, d’un rouge noirâtre ; il n’y avait point d’ulcération. Le cerveau n’était le siége d'aucune altération remarquable.

On a obtenw un résultat analogue en donnant à un autre chien 2 gros de camphre dissous dans 3 onces d’huile.

Expérience 1v°. Lorsqu'on injecte dans la veine jugulaire d’un chien 15 ou 20 grains de eampbhre dissous dans 3 ou 4 gros d'huile d'olives, on remarque que l'injection: est à peine terminée que Panimal éprouve déjà tous les phénomènes que nous venons de décrire dans les expériences précédentes, et il meurt dans l’espace de quatre, six, huit minutes, suivant sa force.

Expérience v°. À deux heures, on a injecté dans la veine jugulaire d'un petitchien très-robuste, 6 grains de cimphre dissous dans 3 gros d’huile d'olives. A six heures du soir, Panimal , qui n'avait encore rien éprouvé, avait des vertiges ; ses extrémités postérieures étaient faibles, sa respi= ration un peu gênée, les battemens du cœur comme avant: Popération. Il est mort le lendemain à quatre heures du.

matin: Le canal digestif paraissait sain; Îles poumons. gontenaient de l'air et étaient infiltrés de sérosités

Experience vi°. On a appliqué sur le tissu cellulaire du dos d’un chien robuste 6 gros de campbre dissous dans la plus petite quantité d'huile possible. Cinq jours après , l'animal n'avait rien éprouvé et mangeait avec appétit.

Expérience vu°. La mème expérience a été répétée sur un chien de moyenne taille avec la mème dose de camphre et d'huile, que l’on a mise en contact avec le tissu cellalaire de la partie interne de la cuisse, Au bout de dix heures, l'animal n'avait éprouvé aucun phénomène sensible. Vingt-quaire heures après l'application , il était sous linfluence du poison ét dans un état d’agitation ; les membres offraient des mouvemens convulsifs ; il est mort deux jours après. La cuisse opérée n’offrait aucune altération marquée ; la vessie était remplie d'urine; les autres organes parais= saient sains. ,

Cette expérience, répétée, a offert les mêmes résultats.

Expérience vin. On a détaché et percé d’un trou Poæsophage d’un petit chien assez robuste; on a introduit dans son estomac une demi-once de camphre divisé en plusieurs fragmens , que l’on a enveloppés dans un cornet de papier ; l’œsophage a été lié afin d’empècher le vomissement. L'animal est mort deux jours après, sans avoir été agité de mouvemens convulsifs, et sans avoir poussé la moindre plainte; il avait seulement été plongé dans un grand état d’abattement. À l’ouverture du cadavre, on a remarqué que l'estomac contenait quelques morceaux de camphre nageant dans un flnide noirâtre, filant, qui tapissait lintérieur de ce viscère; la membrane muqueuse, de couleur naturelle, offrait, près du pylore, quatre ulcères longitudinaux, recouverts par une matière noire que lon pou-

vait détacher facilement. Les bords de ees ulcères étaient

relevés et assez saillans.

D'autres chiens sur lesquels cette expérience a été répétée, et auxquels on n’a fait prendre que 3 gros de eamphre

DU CAMPHRE. 353 en fragmens, ont offert les mêmes phénomènes , excepté que la mort n’est arrivée quelquefois qu’à la fin du quatrième ou du sixième jour.

Expérienceix®. Une demi-once de camphre en fragmens, et dont moitié envirou se trouvait plus divisée, fut introduite dans l’estomac d’un gros chien, auquel on lia l’œsophage. Quatre heures après l'opération , l'animal éprouva tous les API nerveux que nous avons décrits dans l'expérience r'°, avec cette différence que l'attaque, quoique violente, paraissait se terminer à chaque instant, et qu’elle se renouvelait aussitôt. Sa durée fut de six minutes. Depuis ect accès , le chien fut plongé dans un abattement extrême, et il ne succomba que six jours après. On en fit l’ouverture, et on remarqua que la face interne de l'estomac était parsemée d’ulcères.

Expérience x°. On a voulu savoir quelle était l'action du camphre artificiel préparé selon la méthode de Kind, en faisant passer un courant de gaz acide hydro-chlorique à travers Fhuile de térébenthine. Pour cela , on a fait prendre à un chien robuste une demi-once de cette substance dissoute dans une once, et demie d'huile d'olives : elle n'a produit sur l’animal aucun dés effets du camphre. Ee chien était abattu, et il n'est mort que le septième. jour. Ouverture du cadavre. On a remarqué prés du pylore plusieurs ulcères de figure ovalaire , mais dont l'aspect différait entièrement de celui qu’offrait, dans: l'expérience rv°, la lésion produite par le camphre na+ turel.

97°" On peut conclure de tout ce qui précède,

°,. Que lorsqu'on introduit dans l’estomae d’un chien. 3 ou 4 gros de camphre divisé par une huile, le camphrene tarde pas à être absorbé, porté dans le torrent de la cir= culation, et qu’il agit en excitant énergiquement le cerveau: et tout le système nerveux, et en produisant la mort en

très peu de LEMpS ; au milieu des convulsions Les plus horribles,

2°, Que lorsqu'il est dirt mêlé au sang , au moyen de $on injection dans les' veines, il produit les mêmes phénomènes, mais d’une manière beaucoup plus rapide.

39. Qu'il détermine les mêmes accidens, mais d’une manière beaucoup plus lente, lorsqu'il est appliqué sur le si cellulaire de la partie interne de la cuisse (1).

° Que, dans presque tous les cas, les animaux sUCcor " it à l'asphyxie qui est la suite de la cessation de la Depp ou du moins de la gène avec laquelle cette fonction s'exerce pendant jee violentes secousses convuisives.

* 5°, Que l’analogie qui existe entre l’action du camphre et celle des ‘diverses espèces de stry chnos décrites par MNT, Magendie, Detiile et Desportes, n'est pas assez graude pour que ‘nous considérions leurs effets comme ientiques , ii strychnos affectant spécialement la moelle ‘épinière, tandis que le camphre agit sur tout le système. ‘nerveux , el principalement sur le cerveau.

6°. Que le camphre en fragmens n’est point digéré, et qu'il exerce une action locale capable de produire lulcération de la membrane muqueuse de l’estomac, et par conséquent la mort. ù

(1) En pratiquant des frictions à la partie interne de la cuisse avec de l'huile camphrée, on observe, chez l’homme , une ac-. tion directe sur les reins el sur la vessie. Il y a quelques années, plusieurs praticiens de Brest employèrent ce moyen avec succès pour modérer l'irritation produite sur le dernier de ces organes. par des vésicatoires. M. CArestien rapporte aussi une observation de ce genre . Ï est à présumer que le camphre est absorbg “dans ces circonstances,

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