‹ Traité des poisonsChapitre 84 sur 109 · DU SCORPION · texte numérisé non relu

DU SCORPION

de Capello. 3° Que cette opinion ne paraît avoir aucun fondement , car la mort arrive toutes les fois que le poison est très-actif, et toutes les fois qu'il détermine une lésion locale très-étendue ; tandis que le rétablissement a lieu dans toutes les blessures légères. Les effets du venin sur la constitution sont tellement instantanés , et l’irritabilité de l’estomac tellement grande, que l’on ne peut administrer des médicamens que jusqu’à ce qu’ils se soient pleinement développés, et alors il y a peu de chances de succès (r). À Des Insectes.

Du Scorpion.

996. La piqûre du scorpion produit sur l'homme des accidens qui varient en raison de la grosseur de l’animal et du climat auquel il appartient : en général, elle est beaucoup plus dangereuse dans les pays méridionaux que dans les autres.

1°. Bontius dit que le grand scorpion des Indes jette dans la démence ceux qui en sont piqués.

2°. Mallet de la Brossière a vu à Tunis deux personnes qui, ayant été piquées par un gros scorpion , éprouvèrent des symptômes graves qui ne cédèrent qu'a l’emploi de l’alcali volauil. (Societé royale de Médecine, tom. 11, pag. 315.)

3°. Un homme adulte , de Montpellier, fut piqué par un scorpion au bas de la cuisse gauche. Il fut d’abord moins sensible à cette piqüre qu’à celle d’une abeille. Le lendemain , il éprouva une grande tension avec sensibilité jusqu'au D de la cuisse, accompagnée d’une rougeur

(1) Philosophical Transactions for the year Len by Everard Home, part, 1, pag. 75.

boo DES POISONS SEPTIQUES.

é ysipélateuse. Le lieu de la piqûre était d’un rouge plus foncé, ürant sur le noir, de quatre à cinq lignes de diamètre , et sans forme régulière. Îl n’y eut point eflusion de sang; les symplômes persistèrent six à sept jours etse dissipèrent d'eux-mêmes, sans qu'on eût recours à d'autre : application qu’à celle de la salive. La tache brune persista environ quinze jours. ( Votice des Insectes de la France réputés venimeux, par Amoreux ; 1789, p. 199.)

4°. Le célèbre Maupertuis, qui a fait un trés - grand nombre d'expériences sur cet objet, a prouvé que la piqüre des scorpions du Languedoc peut être mortelle, mais que cela arrive très-rarement. Parmi un très-grand nombre de chiens, de poulets piqués par ces insectes , il ne mourut qu'un seul chien qui avait reçu sous le ventre trois ou quatre coups dé Paiguillon d’un scorpion irrité. Il devint très-enflé une heure après avoir été piqué; il chancela , rendit tout ce qu'il avait dans les premières voies, tomba en convulsion , mordit la terre, se traîna sur ses pattes , et expira au bout de cinq heures. ( {cadémie des Sciences, année 1791.)

5°. Matthiole dit que les scorpions sont venimeux dans l'Eturie, qu’ils le sont moins dans le reste de l'Iialie , et point du tout dans la terre de Trente.

M. Amoreux, qui a fait un trés-beau travail sur les insectes venimeux, après avoir rassemblé diverses observauons de piqüre par les scorpions , croit que l’on peut réduire aux symptômes suivans ceux qu’ils oecasionnent le plus souvent : une marque rouge qui s'agrandit un peu et noircit légèrement vers le milieu, et qui est ordinairement suivie de douleurs , d’inflammation plus ou moins considérable , d’enflure et quelquefois de pustules ; quelques personnes éprouvent de la fièvre, des frissons et de l’engourdissement : on à aussi remarqué le vomissement, le . hoquei, des douleurs par tout le corps et le tremblement,

oO

DES ARAIGNÉES. | bot Des A raignées.

097- Si l’on devait ajouter foi aux écrits de Turner, Lister , Scaliger, Flacourt , Brogiani et autres, les araignées seraient placées parmi les animaux Les plus venimeux ; d’un autre côté, {offmann, Bon, Robert, Boyle, ete., prétendent qu'elles n’ont rien de nuisible et qu’on peut les avaler impunément. M. Æmoreux assure que la piqure des grosses araignées de France est peu apparente ; qu’il se forme autour de la partie piquée une enflure de couleur livide , quelquefois avec phlyctènes, qui semble annoncer un venin septique ; il pense que Îes autres sympiômes graves décrits par les auteurs sont infiniment exagérés.

De la Tarentule.

998. Cet insecte a été l’objet d’une multitude de récits fabuleux, enfantés par l'ignorance et la superstition. Cependant des auteurs estimables , parmi lesquels nous citerons Pagliwi, ont écrit longuement sur les effets qu’il produit. On trouve, dans quelques-uns d'eux, que la morsure de la tarentule peut donner une fièvre lente dont on né guérit qu'en dansant au-delà de ses forces, an son d’un tambour ou d’un autre instrument sonore : aussi a-t-on vu des malheureux tout chamarés de fleurs et de rubans comme des victimes, parcourir les places dans la plus forte chaleur du jour, danser nu-tête , la face tournée du côté du soleil, jusqu'à ce que la perte totale: de leurs forces les plongeât dans un assoupissement profond : alors leurs parens les portaient sur un grabat, et la musique continuait encore long-temps après qu'ils avaient cessé de l’ertendre. D’autres auteurs prétendent avoir vu tous les symptômes de la fièvre ataxique se développer après la morsure de cet insecte,

502 DES POISONS SEPTIQUES.

M. Serrao , premier médecin du roi de Naples, a détrompé le public trop long-temps abusé par les prestiges du merveilleux. Un homme se laissa mordre par la tarentule, en présence du comte polonais de Borch : il n’en résulta qu'un peu de tuméfaction dans la main et dans les doigts, et une démangcaison assez forte ( AmMorEux ). M. Pulli assure que le tarentisme est fréquemment une maladie simulée : tel est le fait de cetie femme fanatisée par un LE be superstitieux, et qu'on ne parvint à guérir qu'à force de menaces et de mauvais traitemens. (Aziserr, Élémens de Thérapeutique, t. 11, pag. 506, 3"édit. )

Épiphane Ferdinand avouait en 1621 que, depuis vingt ans qu’il exerçait la médecine à Naples, il n'avait vu mourir personne de la piqüre de la tarentule ; mais il soutenait que le tarentisme n’était pas une maladie feinte.

L'opinion des médecins éclairés est que la piqüre de la tarentule ne produit aucun phénomène extraordinaire, et que ses effets sont plutôt locaux que généraux. Cependant il serait à souhaiter qu'on fit un travail suivi à cet égard.

De l’ Abeille et du Bourdon.

990: Tout le monde connaît les dangers de la piqüre de certaines abeilles. Voici quelques faits qui peuvent servir à faire connaître les symptômes auxquels elle donne mn TEE

9, Un Mc d'environ trente ans est piqué par une abeille un: peu au-dessus du sourcil ; il tombe aussitôt par terre et meurt quelques instans après. Sa face était enflammée , et il eut après la mort uné hémorrhagie fort abondante par le nez (1). |

qe Observation de M. Desbret, Journal de Médecine , oùt 1765, pag. 155.

DE LA GUÈPE ET DU FRELON. 503 2°, Zacutus a vu la piqûre d’une abeille être suivie de la gangrène de la partie.

3°. M. Amoreux dit ::« Une piqûre d’ abeille n’est rien dans le fond ; mais sices insectes assaïllissent en troupe un homme ou un animal, ils peuvent le charger de plaies ct Je faire périr , tant par la quantité de venin qu'ils introduisent dans son corps ; qu’en le dilacérant (1). »

4°. Swammerdam et Ludowic.goütérent un peu du li:

quide venimeux contenu dans la vésicule de Pabeiïlle , et ils éprouvèrent sur la peau et sur la langue la même sensation qu'avec l’eau forte ( acide nitrique ). . En général, la piqüre de l'abeille est suivie d’une vive douleur et d’une tuméfaction érysipélateuse, fort dure dans son milieu , qui blanchit et persiste autant que l’aiguillon reste dans la plaie.

Bourdon. M. Æmoreux dit que cet insecte est quelquefois plus à craindre que l'abeille. En 1659, plusieurs mdividus furent piqués en Pologne par de gros bourdons , et il se manifesta chez eux une tumeur inflammatoire qui faisait des progrès rapides, et qu’on ne pouvait arrêter qu’en faisant des scarilications profondes.

De la Guépe et du Frelon.

1000. La piqûre des guëépes peut aussi devenir funeste.

1°. Un jardinier de Nancy ayant porté à sa bouche une pomme dans laquelle une guêpe était logée , il en fut piqué au palais, près du voile, ce qui lui causa une inflammation subite et un gonflement douloureux qui, ayant intercepté l’usage de la respiration , fit périr ce pauvre malheureux dans l’espace de quelques heures (2).

(1) Ouvrage cité, pag. 248.

(2) Gazette de Santé, n°, 45, pag. 185, ann. 1776.

5o4 DES POISONS SEPTIQUES.

2°. Lanzonus parle d’une femme qui fut piquée à Ia joue par une guêpe, et qui eut un ulcère pendant troïs mois (1).

3°, Un agronome anglais, dit M. Chaumeton, a eu la satisfaction de sauver la vie à un de ses amis piqué à l’œso= : phage par une guêpe qu'il n'avait pas vue dans un verre de bière. 11 lui fit avaler à plusieurs reprises du sel commun (hydro-chlorate de soude) délayé dans le moins d’eau possible, de manière à former une espèce de bouillie : les symptômes alarmans qui s'étaient manifestés à l'instant de la piqüre se calmèrent presque tout-à-coup , et cédèrent comme par enchantement (2)

4°. M. ÆAmoreux croit que la piqüre des guëpes et des frelons ne diffère pas essentiellement de celle des abeilles et des bourdons. Celles des guêpes, dit-il, sont plus cuisantes, et celles des frelons terribles. Elles sont plus ou moins mauvaises, selon la partie affectée, selon que le venin est plus ou moins abondant, selon que les insectes sont en fureur ou animés par la chaleur de la saison et du climat, lorsqu’enfin ils se sont reposés sur des plantes vénéneuses, sur des cadavres d'animaux morts de maladies pestilentielles , et pendant des constitutions contagieuses. ( Ouvrage cité, p. 250.)

59, L'illustre Réaumur , dans un très-beau mémoire sur les guêpes ( {cadémie des Sciences , année 1 719), assure « que quand on se laisse piquer paisiblement , jamais l’aiguillon ne demeure dans la plaie. Il est flexible ; il ne percée pas un irou bién droit; la plaie est courbe ou en zig-zag. Si on oblige la mouche à se retirer brusquement , Les frottemens sont:assez forts pour retenir l’aiguillon, qui est en quelque sorte accroché ; ils l’arrachent : au lieu que

(1) Observation 188, tom. 11, oper.

(2) Dictionnaire des Sciences médicales, article Aéez!le.

pU CLUPÉ CAILLEUX. 5o5 si l’on ne presse pas la mouche, elle le dégage peu à peu. Les piqüres des Étetlois sont ve sensibles que celles des guêpes plus petites. »

1oo1. Nous pourrions encore parler d’autres insectes dont la piqûre occasionne des accidens analogues à ceux que nous venons de décrire; mais nous nous bornerons à en faire l’énumération : le cousin, le taon , la mouche à scie, l’ichneumon , la tique, les cœstres, la scolopendre, etc., etc.

Des Animaux qui produisent des accidens graves lorsqu'ils sont introduits dans l'estomac.

1002. Cette section comprend spécialement certaines espèces de poissons et les moules. On trouve dans le journal d'Edimbourg un mémoire du docteur Chisholm sur le ve-

nin des poissons, dont nous allons extraire les principaux résultats (r). :

Clupé cailleux-tassart (Clupæa thryssa de ZL., Yellow bild des Anglais ).

1003. Un nègre des États du Grand-Mogol mangea de ce poisson : à peine l’eut-il avalé qu'il éprouva des convulsions horribles et mourut une demi-heure après. L’oœsophage et l'estomac étaient très-enflammeés.

Dans le cas où l’action de ce poisson est moins violente, il détermine une démangeaison par tout le corps, des coliques terribles, une contraction et une chaleur poignante à l'œsophage, des nausées , une grande chaleur à la peau ,.

(1) Edinbure Medical and Surgical Journal, 1° octoder 1008, tom.:1v.

5o6 DES POISONS SEPTIQUES.

l'accélération du pouls, des vertiges, la perte de la vue, des sueurs froides, l’insensibilité et la mort. L'action de ce poisson est tellement rapide que l’on a souvent vu à Saint-Eustache des iudividus qui expiraient pendant qu'ils en mangeaient encore. IL paraît cependant que sa qhabité vénéneuse dépend beaucoup du climat, puisqu' on le mange impunément à Puerto-Rico.

Es

Coracinus fuscus major (Gray snapper des Anglais ).

1004. Ce poisson affecte principalement les intestins, et occasionne un cholera-morbus accompagné de douleurs effroyables ; il produit aussi une démangeaison à la surface du corps , dont il détermine quelquefois , mais très-rarement , la dénudation , et l’épiderme tombe comme dans quelques espèces de pie Ses effets durent très-longtemps , et il en résulte une maladie chronique caractérisée par la faiblesse et la paralysie des membres abdominaux, l’obscurcissement de la vue et la dureté de l’ouïe.

Plusieurs individus mangèrent de ce poisson en 1786, ei éprouvèrent les symptômes ci-dessus mentionnés; un d’entre eux offrit des phénomènes remarquables. Cet homme avait, depuis deux ans, un ulcère à la jambe qui avait résisté à tous les moyens curatifs que l’on avait mis en usage : au momént où il mangea le poisson dont nous faisons l’histoire, on était décidé à pratiquer l’amputation du membre, opération que l’on jugeait indispensable pour la conservation de l'individu. Peu d’instans après avoir avalé ce poisson , il éprouva Îles symptômes dont nous avons parlé; mais , au bout de deux jours, la suppuration fut plus abondante , le pus plus épais ei d’une meilleure couleur ; toute la ie de Ja peau se couvrit de taches qui creusaient et desquelles s’écoulait abondamment une substance d’une couleur blanche, épaisse et comme cail-

DE LA DAURADE. | 5o7 lée. Cette sécrétion ne cessa qu’au bout de six semaines ; alors l’ulcère marcha vers la guérison , et l'individu fut

entièrement rétabli quelques semaines après, sans que l’on

eût employé d’autres moyens.

Le Sparus pargos de Forster ds des Anglais } produit des effets analogues à ceux du coracinus ; mais ils sont beaucoup moindres dans les Indes occidentales.

Daurade ou Dofin ( Coryphæna cæruleo varie splendens dj

cauda bifurca ; Coryphæna hyppurus de ÆEacépède, Dolphin des AUS }: |

1005, M. Chisholm dit que ce poisson détermina chez.

un individu de l’île de Grenade un violent mal de tête, des nausées , une éruption de taches larges , d’une couleur vermeille, une démangeaison insupportable, et un resserrement de la poitrine : ces symptômes cédèrent à un simple traitement.

Congre (Muræna major subolivacea, Conger-eel des

Anglais. )

1006. Dans le mois d’ avril 1791 j plusieurs SÉHER de l’île de, Grenade mangèrent ce poisson. La nuit suivante, ils éprouvèrent des tranchées, le cholera-morbus, une sensation particulière dans les membres abdominaux, que l’on pourrait désigner sous le nom de tiraillemens convulsifs. Un enfant qui en avait aussi mangé éprouva des défaillances. Les nègres souffrirent plus que les blancs : ils éprouvèrent tous un goût cuivreux et une sensation dans l'œsophage , comme s’il eût été excorié. Ces symptômes persistèrent pendant quinze jours chez les nègres, et se terminèrent par la paralysie des extrémités inférieures. Un de ces individus eut une paralysie générale de tout un côté,

508 DES POISONS SEPTIQUES.

Chez l'enfant, il se manifesta une éruption très-étendue dans le cuir chevelu, qui répandait une odeur fort désagréable. Ils furent tous rétablis après avoir souffert pendant plusieurs mois.

Scombre (Scomber maximus , King fish des Ang glais).

1007. Ce poisson, principalement la variété éibhes sous le nom de bastar king fish, a déterminé quelquefois le cholera-morbus et une éruption de couleur rouge.

Des Moules.

1008. Il est parfaitement constaté que plusieurs individus ont éprouvé des accidens graves après avoir mangé des moules : ces accidens ont quelquefois été suivis de la mort. Cetie vérité sera mise hors de doute par les faits suiyans.

OBSERVATIONS

1°, Mademoiselle ***, âgée de seize ans , fort bien constituée , ne se trouvant point alors à une époque critique, mangea cinq à six moules que lon venait de faire cuire, ét qui n'étaient pas encore apprêtées. Elle éprouva, immédiatement après , un étouffement très-violent qui allait en augmentant : la face se gonfla, tout le corps se couvrit de plaques blanchätres très-volumineuses et très-saillantes ; la malade éprouva des angoisses, tw'anspira un peu, eut un Jarmoiement pénible. On lui administra quelques tasses d’eau sucrée, et quelque temps après on lui fit prendre par cuillerées 2 gros d’éther dans 2 onces d’eau de menthe. Les premières doses de ce mélange étaient à peine avalées , que les pustules s’affaissèrent et les autres accidens disparurent. Quelques tasses d’une ‘infusion de feuilles d’oranger firent cesser aisément la fatigue et l'agitation qui avaïent

DES MOULES. 5o9 êté la suite de cette indisposition. Un léger rhume dont cette demoiselle était affectée avant cet accident, s’est trouvé entièrement dissipé. Le père de cette jeune personne n'éprouva aucune incommodité après avoir mangé une grande quantité de ces moules.

M. de Montègre | à qui nous avons emprunté cette observation, annonce qu'un événement semblable a eu lieu récemment dans son voisinage (1).

29, Le docteur Charlet rapporte le fait suivant : « Madame G., âgée de quarante ans, d’un tempérament sanguin lymphatique, jouissait d’une parfaite santé. Elle mangea des moules à son diner. Deux heures après , étant au spectacle , elle prit quelques portions d'orange, et éprouva aussitôt des frissons irréguliers, une douleur à l'épigastre, avec oppression et difficulté de respirer, inquiétudes générales ; la face devint rouge et gonflée ; l’étouffement fut en augmentant , au point que la malade ne pouvait se coucher à son retour chez elle. À ces symptômes se joignirent des démangeaisons très-vives et un ench1ffrènement subit et intense. M. Charlet prescrivit des sinapismes aux jambes et une fumigation tiède dans laquelle on mit, à plusieurs reprises, 3 gros d’éther sulfurique, dont on dirigea les vapeurs dans la bouche et dans les fosses nasales au moyen d’un entonnoir. Bientôt la face pälit, ét les autres accidens se calmèrent. Au bout d’un

uart d'heure, la malade s’endormit , et ne ressentit qu’un peu de fatigue les deux jours suivans. ( Gazette de Santé du 21 mars 1819.)

On pourra encore voir , dans le cahier du rt avril 1813 da même journal, deux exemples de cet empoisonnement, | dont un a été guéri par M. Demangeon , et l’autre par un

pharmacien.

(1) Gazette de Santé, 1° mars 1812, pag. 91,

5ro DES FOISONS SEPTIQUES.

39. « Le 18 septembre dernier , madame *** , àgée-de trente ans, d’une santé délicate , maïs alors bien portante, mangea à son diner, avec d’autres alimens, environ dix . moules, faisant partie d’un plat de ce coquillage accommodé à la sauce de poulet. Environ une ‘heure après le repas, elle éprouva une gêne de la respiration, léger mal de tête, éternuemens fréquens, expectoration , et excrétion abondante du mucus des narines, et en apparence tous les symptômes d’un violént rhume qui aurait marché avec une rapidité extrême. Bientôt tous les symptômes croissant , la poitrine se remplit, et la respiration devint stertoreuse : alors les paupières supérieures seules commencent à se tuméfier, une démangeaison très-vive sé fait ressentir par tout le corps, et il se manifeste sur quelques parties, et notamment aux épaules, une éruption vésiculeuse semblable à celle que produit la piqûre des orties. La gêne de la respiration n’en allait pas moins en augmentant , et la tuméfaction des paupières supérieures croissait à vue d’œil. Au bout de dix minutes, éruption disparaît, et des spasmes convulsifs s'emparent de la poitrine, au point de rendre la suffocation imminente. Il est remarquable que l’empêchement de la respiration avait surtout lieu dans le mouvement d'expiration, qui se faisait convulsivement et avec des douleurs atroces. Les angoisses , toujours croissantes, étaient telles une heure après l’invasion des accidens , que la malade, près d'expirer, s’accrochait avec violence à tout ce qui l’entourait pour chercher quelques secours. M. le docteur Dulong administra une très-forte dose d’éther. A l'instant même tous les symptômes se calinèrent comme par enchantement ; la tuméfaction des paupières supérieures, qui avait persisté, alla en augmentant jusqu’au soir, au point d'empêcher la vision. Les paupières inférieures ne se tuméfièrent que le lendemain, et trois

À DES MOULES. rt ou quatre jours après , la malade n’offrait qu’un état notable d’amaigrissement (1). »

Il n'y a eu ni vomissement ni indigestion chez la personne qui fait le sujet de cette observation; elle n’était point à l’époque de ses évacuations menstruelles.

4°. M. le professeur f'odéré dit, dans son ouvrage sur Ja Médecine légale, avoir fait l'ouverture du cadavre d’un homme qui mourut deux jours après avoir mangé des moules, et qui avait éprouvé des nausées, des vomissemens et le ténesme ; son pouls avait été petit, serré et précipité ; l'estomac et les intestins étaient légèrement phlogosés ; il y avait aussi plusieurs lésions dans d’autres organes ; mais elles dépendaient.de maladies antécédentes (2).

5°. Deux enfans, l’un âgé de neuf ans , l’autre de quatorze, mangéèrent, le 1°* juillet 1814, des moules corrompues. Le jour suivant, ils vomirent, Le lendemain. ils éprouvèrent beaucoup de difficulté à respirer , des tranchées , ‘une soif intense; l'abdomen et la face se tuméfièrent; la peau se couvrit d’une éruption comme urticaire, accompagnée d’une démangeaison insupportable ; ils continuaient à vomir des matières fluides, d’un vert obscur. Le plus jeune d’entre eux eût du délire, et fut plongé dans un état comateux ; des contorsions convulsives se manifestèrent dans tout le corps, et durèrent jusqu’au jour suivant, qu'il expira. Le 4 juillet, l’ainé offrait des symptômes facheux : son visage était d’un pâle cendré, les pupilles très-dilatées , la respiration difficile ; il avait une soif inextinguible , des nausées et des tranchées ; les extrémités étaient froides, le pouls fréquent et petit ; il y avait des soubresauts des tendons. On administra vainement des évacuans : il périt quelques heures après. Il n’y

{1) Gazette de Santé, 1° octobre 1812., k , (2) Tom. 1v, pag. 85.

ro. DES POISSONS SEPTIQUES.

- avait presque point eu de déjections alvines chez ces deux individus (1). |

6°. Le capitaine Vancouver, dans son voyage à la côte d'Amérique, dit avoir vu uu de ses matelots périr dans un état d’assoupissement après avoir mangé des moules. Deux autres individus de l'équipage, qui avaient mangé du même mets, se rétablirent après plusieurs jours, à. l’aide d’une grande quantité d’eau chaude ; qui excita le vonmissement (2).

1009. Quelle est la cause des accidens produits par les moules et par les autres poissons venimeux ? On a émis DR opinions à ce sujet.

9, On a prétendu qu'ils dépendaient d'une altération ‘mor bide de ces mollusques , et, dans ce cas, on a fait résider le venin tantôt dans toutes les parties de l'animal , tantôt dans un de ses organes. M. Burrows , dans son excellent mémoire sur les poissons venimeux (ouvrage cité), a rassemblé une multitude de faits curieux qui attestent , d’après les autorités de Quieros , Forster, Thomas, Clarke, Chisholm, Quarrier, etc., qu’on a mangé, sans aucun inconvéuient, certains poissons frais qui ne paraissaient pas malades ; mais que le lendemain ces mêmes poissons étaient très-vénéneux, quoiqu'’ils eussent été salés. [l pense en conséquence que leurs effets délétères doivent être attribués à une altération particulière des fluides sécrétés et des fonctions de ces animaux; altération qui les dispose singulièrement à une prompte putréfaction. Leur venin, ajoute-t-il, est plus actif après l’anéantissement des forces vitales. Il combat d’ailleurs avec succès l'opinion de ceux qui font résider le venin dans une seule partie de l'animal,

(1) 4n account of'two cases of death from eating mussels, dy George man Burrows. London, 1815.

(2) VANCOUYER’ S, l'oyage of de covery, vol. n, pag. 286.

DES MOULES. 5r3 cornme la peau , l'estomac, le canal intestinal , la vésicule du fiel et le foie.

29, On a cru que les propriétés vénéneuses de ces mollusques et des poissons venimeux tenaient essentiellement aux substances dont ils se nourrissaient. Ainsi on a tour-àtour accusé la pomme du mancenillier ( hippomane mancinella), des plantes marines narcotiques , telles que la corallina opuntia , des crabes, de ‘petites étoiles marines, le frai que ces animaux renferment à certaines époques, la couperose verte (sulfate de fer), les préparations de cuivre, celles de baryte, etc., etc. James Clarke, ClhislLolm, Beunie ont principalement soutenu ces opinions. M. Burrows dit avec raison que les premières de ces hypothèses sont dénuées de fondement; qu'il n'y a aucun fait à leur appui; et il se borne en conséquence à examiner la valeur de celles qui font résider les propriétés délétères dans une substance minérale. 1°. Le sulfate de fer, dit-il, est top peu nuisible pour qu'on puisse le regarder comme la cause des accidens développés par ces animaux. 2°. Quant aux préparations cuivreuses, comment concevoir leur introduction dans le corps de ces moliusques ? sans doute après leur dissolution dans l’eau. Or, les analyses de l’eau de la mer, faites dans différens lieux, n°y ont jamais démontré un atome de ce métal. D'ailleurs, ces animaux ne seraient-ils pas tués après l’ingestion d’une préparation cuivreuse (1)? Et combien de fois n’a-t-on pas vu du poissou pêché dans l'Océan produire les mêmes accidens que celui qui avait été pêché dans des eaux basses,

(1) On est loin d'entendre que les’animaux qui s’attachent au cuivre qui recouvre extérieurement les vaisseaux, et qui contient du vert-de-gris, ne soient nuisibles par la quantité de poison qui est appliqué à leur surface.

II, mas

Fr4 DES POISONS SEPTIQUES.

près de la terre, où l’on ne pouvait point découvrir un atome de cuivre!

3°. On à aussi pensé que les effets des moules dépen- ‘daient d’une disposition particulière de l'estomac (idiosyncrasie ) : telle a été lopinion de plusieurs savans recommandables.

Notre ami le docteur Édwards, médecin d’un talent très-distingué, possède sur cet objet/un certain nombre d'observations remarquables qu’il a bien voulu nous communiquer, et qui nous paraissent devoir fixer notre attention.

Æ. Un individu ‘qui jouissait d’ailleurs d’une bonne santé, et qui avait eu des indigestions chaque fois qu’il avait mangé des goujons , mangea d’un pâté dans lequel il y avait des boulettes faites principalement de chair de goujou : il les trouva excellentes sans savoir ce qu’il avait mangé ; mais deux ou trois heures après, il éprouva du malaise à l'estomac, des nausées suivies de vomissemens , et quelques autres accidens. La constance des éffets nuïsibles de cet aliment Fobligea d'y renoncer. Cette aversion particulière de l’estomac sans que le goût y participe, peut nailre inopinément pour un aliment dont on à constamment fait usage auparavant sans aucmne espèce d’inconvénient, ÿ

PB. Madame S. avait toujours mangé de la iruité sans avoir été incommodée; rien n'avait sensiblement affecté sa santé, lorsqu'elle fut atteinte d’une forte indigestion suivie de vomissement, après avoir mangé de ce poissen à diner. Elle ne pouvait l’attribuer qu'à l’état accidentel de son estomac, qui ne pouvait ce jour-là supporter un aliment aussi sain; mais depuis cette époque, Ja plus petite quantité a constamment sufh pour produire une indigestion accompagnée de nausées et de vomissement. Ne songeant pas à l'aflinité qu'il y a entre ce poisson et le

DES MOULES. | 519 faumon , elle croyait pouvoir en manger comme auparavant; mais elle en éprouva les mêmes effets que de la: truite.

C. Un jeune homme qui s'était un peu affaibli par la débauche, soupçonnant que sa mère, qui était veuve, avait le projet de se remarier, en était vivement affecté. Un jour qu'il dinait avec la personne qui était devenue secrètement son beau-père , et qui était l’objet de sa haine, il éprouve une forte émotion pendant tout Le temps du repas. Il avait mangé des moules qui, dans d’autres occasions, ne ui avaient jamais fait de mal, mais qui, dans cette circonstance, lui occasionnèrent du malaise à l'estomac, et quelque temps aprés il eut une forte attaque d’une affectioti nerveuse qui présentait l’apparence de l’épilepsie : il roidissait ses membres, se tordait les bras; sa bouche écumait et ses yeux étaient fixes. Cet état dura pendant plusieurs heures; il se renouvela huit ou dix fois dans l’espace de quelques semaines, sans cependant s'étendre plus loin ni avoir aucune suite fàcheuse,

D. Parmi les personnes qui ont été incommodées pour avoir mangé des moules, plusieurs l'ont été à différentes reprises ; tantôt elles ont pris cet aliment avec impunité, tantôt elles ont souffert beaucoup pour en avoir fait usage: ce qui correspond parfaitement aux eflets que produisent quelquefois d’autres alimens. M. Ædivards a connu des individus qui aimaient tant les moules qu’ils ne voulaient pas ÿ renoncer, quôiqu'ils en eussent été souvent incommodés : ce n’est qu’un mauvais quart d'heure à passer, disaient-ils: Il y en avait un qui passait pour avoir eu trois ou quatre maladies de ce genre, et qui ne s”ÿ exposait pas moins, comptant toujours sur les occasions où il en mangeait sans inconvénient.

Æ. Une dame ne saurait guère manger une seule moule sans présenter les symptômes qu’on qualifie d'empoisonne=

516 DES POISONS SEPTIQUES.

ment. Une autre a une disposition habituelle de l'estomac qui répugne absolument à loseille et aux petites raves, disposition que partage sa fille; et les moules ne leur sont pas contraires. Une autre dame ne peut manger des fraises sans éprouver une violente indigestion. Îl en est de même : d'une de ses sœurs lorsqu'elle mange des harengs. Enfin, une autre sœur ne peut pas manger des moules sans qu’elles ne Jui causentles symptômes de gonilement, et d'éruptions cutanées qui en Later soüvent

« Si, jusqu'à ce jour, dit M. Edwards, il a été impossible de prouver que les moules contiennent un venin nui- ‘sible à tous les individus en général, et que, d’une autre part, ces alimens ne produisent que des effets communs à plusieurs fruits et à des poissons , il est plus rationnel de les faire dépendre d’une disposition particulière de l’estomac ; disposition qui peut se développer tout-àa-coup, Vs sister, ou cesser au bout de quelque temps. »

4°. Suivant M. Lamoureux, naturaliste distingué et correspondant de l’Institut, les qualités délétères des moulés pourraient peut-être dépendre d’une écume jaunätre, d’une matière que lon appelle crasse et qui se trouve dans la mer. En attendant que cette opinion soit appuyée d’expériences directes qui la metient à l'abri de toute objection, nous croyons devoir transcrire les détails que ce savant naturaliste a bien voulu nous COPRRCSRMURES

« J’ignore entièrement, dit-il, à quelle cause l'on doit attribuer la qualité délétère que les moules acquierent à cértaines époques de l’année. Dans l'été, sur les côtes du Calvados, on prévient les baigneurs de ne point se mettre dans l’eau quand la mer monte, parce que, d’après les marins, la crasse qu’elle apporte donne la gale. Cette gale se borne à une éruption urticaire plus ou moins forte suivant l’organisation et l’état des individus. |

» Cette crasse de la mer se présente sous la formed’une

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