DE LA PUSTULE MALIGNE
sang pénétra sa chemise et frotta sur les reins. Deux jours après, il se développa dans cet endroit une pustule maligne.
2°, Une personne fut atteinte d’une pustule. malisne au doigtaprès avoir préparé un lièvre. D’autres individus en ont été affectés soit pour avoir introduit la main dans le fondement d’une vache atiaquée du feu, soit pour avoir écorché des loups morts, soit enfin pour avoir porté des médicamens dans le gosier d’un bœuf malade ( Énaux et Chaussier).
3°. Une femme porta ses doigts sur sa joue après avoir touché la sérosité âcre qui s’exhalait d’une pustule dont son mari était atteint. Au bout de deux heures, elle eut une tumeur à la joue qui fit des progrès rapides ( 7’Aomassin ).
4°. Toute espèce d’insecte , en suçant le sang d’un animal mort dans un état charbonneux , peut transmettre ainsi le virus à l’homme (1).
5°, MM. Éraux et Chaussier font mention d’un homme qui reçut une goutte de pus sur la lèvre inférieure, en ouvrant un abçès à un de ses bœufs, et qui se contenta d’essuyer légèrement la partie. Le soir même, il y survint un gonflement, de la douleur, de la dureté; enfin il se manifesta un ulcère malin, à bords calleux renversés, qui ne fut guéri qué par une opération.
(1) La pustule maligne n'est pas toujours contagieuse : M. Baryle Va vue régner épidémiquement dans deux villages, Vernet et Coulonbroux ( département des Basses-Alpes), et les individus qui en étaient affectés ne la communiquaient point à ceux avec lesquels ils couchaïent : il n’y avait point eu d’épizootie; ancun animal n’était mort du charbon, et on n'avait fait usage d'aucune viande suspecte, ( Dissertation inaugurale soutenue à Paris en 1800.)
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6°. Un garçon chargé de dépouiller un bœuf que l’on avait tué dans une auberge du Gâtinais, parce qu’il était malade, porta le couteau dans sa bouche. Bientôt après sa langue se tuméfia ; il éprouva un serrement de poitrine ; son corps se couvrit de pustules, et il mourut le quatrième jour d’une gangrène générale. L'aubergiste, qui fut piqué au milieu de la main par un os de ce même animal, soutfrit beaucoup ; la gangrène s'empara du bras, et il expira le séptième jour, La servante reçut sur la joue droite quelques gouttes de sang du même bœuf, qui déterminèrent une inflammation suivie de gangrène ( Duhamel).
7°. Une femme introduisit des médicamens dans le g0sier d'un bœuf, et appliqua sur--le-champ sa main mouillée de bave sur le sein d’une jeune fille, qui se plaignit , au bout de quelques heures, d’une démangeaison cuisante au sein. Il se manifesta un frisson , un saisissement général, une fièvre intense, et des phlyctènes, qui conduisirent la jeune personne au tombeau en très-peu de jours (Énaux et Chaussier, d'après Chaignebrun ).
8°. Un homme ayant naturellement le visage couvert de boutons, fit l'ouverture d’un bœuf mort du charbon ; et porta les mains teintes de sang sur sa figure. Il se déclara biemtôt un érysipèle charbonneux, qui fut suivi de frissons, de maux de cœur, de la syncope et de la mort. ( Chabert).
9°. Les piqûres faites avec la pointe d'un scalpel sur les jeunes-gens qui se livrent aux dissections, et qui sent d'une constitution faible, déterminent quelquefois des ae cidens graves, tels que l’engorgement des glandes de l’aisselle, un gonflement: œdémateux, la fièvre putride, et la mort.
1038. Ces observations, et un trës-grand nombre d’autres que nous pourrions rapporter, prouvent que les individus les plus exposés à contracter cette maladie sont les bou-
DE LA PUSTULE MALIGNE. : S chers , les tanneurs, les fermiers , les vétérinaires, les bergers, et en général les ouvriers qui manient les laines et les peaux des animaux morts de quelque maladie suspecte.
Symptômes de la Pustule maligne contagieuse.
Variété proéminente. Voici la description qui en a été donnée par MM. Énaux et Chaussier.
Première période. Démangeaison incommode, mais légere, sans rougeur, ni chaleur, ni tension à la peau: picatement vif, mais passager; peu à peu l’épiderme se détache et forme une vésicule séreuse , qui d’abord n'excède | pas la grosseur d’un grain de millet, mais qui croît peu à peu et devient brunâtre; la démangeaison revient de temps en temps, le malade gratte, et rompt la vésicule qui recouvre le foyer du mal ; il s'échappe une ou deux gouttes d'une sérosité roussätre ; la démangeaison cesse pendant quelques heures.
Deuxième période. Formation d’une petite tumeur mobile, dure, circonscrite. aplatie, ayant ordinairement la forme et le volume d’une petite lentille : la couleur de la peau n’est point encore altérée ; seulement, dans le centre et sous la vésicule première , elle est ordinairement citronnée , livide et grenue; les démangeaisons deviennent plus vives et plus fréquentes ; il s’y joint un sentiment de chaleur , d’érosion et de cuisson : alors le tissu de la peau s'engorge, sa surface paraît tendue et luisante; le corps muqueux se gonfle , et forme autour du point central une sorte d’aréole ou cercle plus ou moins large et saillant, tantôt pâle, tantôt rougeâtre ou livide, tantôt orangé ou nuancé de différentes couleurs, avec de petites phlyctènes isolées d’abord , maïs qui se réunissent par la suite, et sont pleines d’une sérosité roussâtre. Le tubercule central qui forme la tumeur primitive change de couleur ; il devient
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brunätre , très-dur et insensible : c’est un point gangreneux qui prend tout-à-coup un nouvel accroissement. Troisième période. Le mal ne se borne pas à l'épaisseur de la peau; mais il pénètre peu à peu dans le tissu cellulaire : le centre de la tumeur devient plus dur, plus profond et entièrement noir ; l’escarre s’étend peu à peu; l’aréole vésiculaire, qui toujours la borde , annonce et précède les progrès de la mortification. Cette aréole s’avance, s’élargit par degrés; quelquefois elle s'élève et forme autour du noyau primitif une sorte de bourrelet qui le fait paraître enfoncé, et qui forme une seconde tumeur compacte, mais moins dure et encore sensible. I] survient en même temps un gonflement considérable qui s'étend souvent fort au loin, qui n’est ni inflammatoire ni œdémateux, mais qui tient du météorisme et de lérysipèle : c’est une sorte d’enflure élastique et rénitente , qui fait éprouver un sentiment d’étranglement et de stupeur dans la parüe: la gangrène fait en même temps des progrès dans le tissu cellulaire. Si le traitement est méthodique et que le sujet soit fort et robuste, cette troisième période dure quatre à cinq jours. D'abord le mal s'arrête , l’enflure perd peu à peu cet état de tension et d’emphysème qui caractérisait l’éréthisme et l’irritation; l’aréole vésiculaire prend une couleur plus animée; on y reconnaît le caractère de l’inflammation vraie; le malade y sent une chaleur douce, des pulsations réitérées; la gangrène se borne en donnant lieu, après la chute de l'escarre, à une suppuration abondante. Mais dans les sujets faibles, cacochymes, la maladie fait des progrès rapides, et l’infection devient générale. Quatrième période. Après avoir attaqué successivement le corps muqueux, la peau et le tissu cellulaire, l’altération devient générale , le pouls se concentre, il est plus ou moins fréquent et inégal ; la peau est sèche, la langue aride et brunâtie; la chaleur paraît modérée, et cependant le ma-