DE LA PUSTULE MALICNF
lade sent un feu intérieur qui le dévore ; souvent il demande à boire, rien ne calme sa soif; il est toujours dans un état d’accablement ; il éprouve des faiblesses , des cardialgies, des anxiétés continuelles ; quelquefois il se plaint de douleurs aiguës ; d’autres fois la respiration est courte et entrecoupée ; l'urine est rare, épaisse et briquetée; rarement on voitsurvenir des diarrhées, des sueurs colliquatives , des hémorrhagies. Si le mal parvient à son dernier terme, le malade tombe dans un délire obscur, tous les accidens locaux augmentent d'intensité; l’enflure devient énorme, et il périt dans un état gangreneux, en répandant l’odeur la plus fétide. (Ouvrage cité , p. 184-192.)
Variété déprimée, décrite par M. Davy la Chevrie. Elle commence par une démangeaison assez forie qui dure plusieurs jours. Le deuxième jour, il se forme un point noir semblable à la morsure de la puce. Dès le lendemain, phlyctènes circonscrites et régulières , douleur; chaleur et sentiment d’engourdissement dans la partie du membre située au-dessous de l’éruption ; faiblesse, nausées, pouls con- : centré. Les phlycténes se rompent, il en sort une sérosité roussätre. On voit dessous une portion de peau qui est noire, comme charbonnée, et qui adhère peu aux parties soujacentes ; il y a peu de gonflement : cependantil existe quelquefois. Le cinquième jour , angoisse et lipothymies fréquemment répétées. Le sixième , délire taciturne, tuméfaction locale, état gangreneux très-prononcé; enfin la mort arrive. Cette variété est plus dangereuse que la proéminente (1).
(1) Dissertation inaugurale de M. Davy la Chevrie, soutenue à Paris le 7 janvier 1807, p. 12.
De la Rage.
1039. L'opinion la plus généralement admise aujourd'hui est que le rage est une maladie nerveuse terrible qui peut se développer spontanément chez l’homme et chez les animaux, mais qui peut aussi étre communiquée par la morsure d'un animal enragé dont la salive est très-dépravée. C’est principalement sous ce dernier rapport qu’elle mérite d'occuper une place dans cet ouvrage. Dans ces derniers temps, M. Girard (de Lyon) a cherché à prouver que la rage n’était jamais communiquée, que la salive n’était pas la cause des phénomènes qui la caractérisent, maïs qu'ils dépendaient d’une irritation locale, Nous ne croyons pas devoir admettre cette hypothèse, parce qu’elle n’est appuyée d'aucun fait décisif; en conséquence nous continuerons' à regarder cette maladie comme susceptible d’être transmise par inoculation.
Rage spontanée. Les chevaux, les EL PAPE les ânes, les bœufs, les cochons, et Pc encore les les loups, les chats et les chiens, deviennent enragés sans avoir été mordus ; l’homme est aussi dans ce cas, quoique rarement : enfin on assure avoir vu des coqs et des canards affectés spontanément de cette cruelle maladie, qu’ils ont transmise à d’autres animaux. Les ruminans ne paraissent pas pouvoir contracter la rage autrement que par inocula-tion. Sauvages parle, dans sa Nosologie, d’une jeune fille qui devint enragée et périt au bout de trois jours, pour avoir été vivement pressée par un jeune homme au moment où elle avait ses règles. On lit dans Félix Plater histoire d’une demoiselle qui mourut enragée à la suite d’un grand effroi qu’elle éprouva en se voyant abandonnée la nuit par ses compagnes , lorsqu'elle était occupée à laver du linge sous un pont. Doppert rapporte , dans les Ænnales de Breslau, que plusieurs enfans furent attaqués de la rage
DE LA RAGE. FU 595 sans avoir été mordus par aucun animal enragé. On fait mention, dans les Zransactions philosophiques de Londres, d’un homme qui, sortant du jeu désespéré d’avoir tout perdu, se mordit au poignet et mourut de rage. Combién d’autres observations de ce genre ne pourrions-nous.pas rapporter en consultant les mémoires de Zrécourt, Salius Diversus, Lecat, Kækhler, Lavirotte, Laurent , eic., consignés dans différens recueils périodiques |
Causes de la rage spontanée. En général, cette maladie est plus fréquente dans les étés brülans et les hivers rigoureux , lorsque les animaux ne trouvent plus de li- quides pour se désahtérer (1). La mauvaise nourriture , la faim, les fatigues extrèmes aux ardeurs du soleil, la présence des vers dans l'estomac, les passions vives, la Rovuer. le chagrin, la colere, le désespoir, et plusieurs maladies antécédentes, sont regardés comme causes déterminantes. Nous sommes loin de croire que tous les animaux soumis à l'influence de ces causes deviennent enragés ; l'expérience dé: menti formellement cette assertion. Trois chiens ont été renfermés dans une des salles de l’école vétérinaire d’Afort: l’un deux a été nourri avec des viandes salées ; on ne lui a donné aucune boisson, et il a vécu quarante-un jours; un autre n’a pris que de l’eau, et il est mort trente-trois jours après ; enfin le troisième est resté vingt-cinq jours sans boire ni manger, et il a expiré. Aucun de ces animaux n’a éprouvé Îles symptômes de la rage (2).
(1) H paraît cependant qu’elle est plus commune dans les pays froids que dans les pays chauds. ’o/zey dit, dans ses Voyages, qu'elle est inconnue en Égypte et dans la Syrie; il en est de même au cap de Bonne-Espérance, d'après Barrow. ( J’oyez son voyage dans l'intérieur de l’Afrique.)
(2) Dissertation sur la rage, par M. Bleynier, soutenue à Paris le 18 mars 1815. |
ETS DES POISONS SÉPTIQUES.
Les symptômes de la rage spontanée ne diffèrent pas es:
sentiellement de ceux dont nous parlerons bientôt en faisant l’histoire de la rage communiquée. Ils se développent cependant aussitôt que la cause existe, tandis que, dans l'autre variété, ils tardent ün ou deux mois, et même plus, à se déclarer,
Rage communiquée. La rage est ordinairement commu: niquée par la morsure d’un animal qui en est affecté. Elle peut cependant se déclarer par la simple action de lécher» ou par l'application de la salive sur les lèvres, sur des plaies, des ulcères, ou des parties revêtues de membranes muqueuses. Nous pourrions rapporter un très-grand nombre d'observations à l'appui de cette proposition : nous nous bornerons à faire connaïtre les suivantes.
OBSERVATIONS
1°. Surlu, âgé de vingt-quatre ans, fut mordu le 10 mai 1813, sur le boulevard de la Salpètrière, par un chien enragé qui, pendant deux jours, fit dans Paris tant de ra= vages, que plus de soixante personnes en furent mordues : quinze d’entre elles au moins furent cautérisées à l'Hôtel- Dieu avec le fer chauffé à blanc; trois s’y trouvaient encore attendant la cicatrisation de leurs plaies, au moment où Surlu y fut conduit. Le malheureux dont nous parlons avait reçu trois petites blessures au talon droit, que M. Murat, chirurgien adjoint de la Salpêtrière, cautérisa avec le beurre d’antimoine une heure après l'accident. Surlu, rassuré par cette opération des dangers que sans elle il aurait eu à courir, vaqua sans inquiétude à ses travaux ordinaires ; se livra même à tous Les excès de débauche pendant un mois , temps après lequel la cicatrisation de ses plaies fut achevée. Tout-à-coup ce jeune homme perd sa gaîté naturelle; tous ses mouvemens sont brusques , rapides ; il s’assied, se
DÉ LA RAGE, (1-6 relève précipitamment et sans aucun motif ; il pleure quel quefois et témoigne à ses parens la crainte qu’il a de devenir enragé. Le lendemain, il a de la répugnance pour les boissons, et s’il en porte à sa bouche elles sont subitement rejetées. Le troisième jour de l'invasion , tous les symptômes de la rage se déclarent ; ce n’est plus qu’en tremblant que ses parens cherchent à le tranquilliser : ils profitent d’un moment de calme pour le faire monter en voiture.et le conduire dans un hôpital. Ce malade, en sortant de la maison paternelle, a la douleur d'entendre dire’ que sa mort est inévitable: cette idée le fait frémir etie rend à toutes ses fureurs. Il arrive à l’'Hôtel-Dieu le 18 juin 1813 , à la fin du troisième jour de linvasion de la maladie. L’agitation de ce malheureux, que l’on calmait cependant par des questions qui pouvaient l’intéresser , la vivacité de ses regards, jointe à l'inquiétude qui régnait dans toute sa personne, l’écume qui sortait de sa bouche et qu'il crachait sans cesse, le sentiment de constriction, de douleur à l’arrière-gorge , et l’horreur qu'il avait pour les liquides , furent les symptômes auxquels on reconnut la rasé dir
M. le professeur Dupuytren, convaincu de l'impossibilité d’entraver la marche de cette maladie par la morsure de Ja vipère, par les préparations d’oxides métalliques, par Ja saignée, les bains, etc. ; convaincu également de l'inefficacité de l’opium en Javemens, füt-1l même donné à une dose effrayante, ne pouvant l’administrer par haut à cause de l'horreur des liquides , résolut de l’introduire immédiatement dans le système veineux. En conséquence il fit faire une solution d'extrait gommeux d’opium dans de l’eau distillée, en chargea la seringue d’Anel, et «après les précautions d'usage, injecta dans la veine saphène à-peu-près deux grains d'extrait d’opium muqueux. Le malade, un instant
après , parut plus calme; ce qui suggéra à M. Dupuytren
528 DES POISONS SEPTIQUES.
l’idée de doubler la dose de l'injection vers les huit heures du soir : il choisit alors la veine céphalique, et introduisit dans la circulation quatre grains d’opium. Ce malade resta pendant trois heures dans le calme le plus parfait; mais à celte époque il s’agite et change fréquemment de position ; il se dresse, s noté sur son lit, en explore les envi-
rons avec une étonnante rapidité; tantôt il pousse des cris
horribles, tantôt il gémit de la maladie cruelle à laquelle il
est en proie; sans cesse il regrette de n’avoir pu faire ses
derniers adieux à sa famille, surtout à son père. Alors il
ne fut plus possible d'occuper son imagination : il passa le
reste de la nuit dans une agitation extrême. Le lendemain,
quatrième jour de Pinvasion de la maladie, M. Dupuyiren,
fut le voir sur les cinq heures du matin, et le trouva dans
un tel abattement, qu'il pensa qu’il ne devait pas exister
encore deux heures. La religieuse même, croyant qu'il était
mort, l'avait couvert de son drap. Cependant, vers les huit
heures , ce malade revient à lui-même, et s'occupe encore
de son père. Bientôt il s’agite, crache continuellement ,
recommande qu’on ferme les croisées, qu’on ne dirige pas
sur lui de courant d'air et qu’on n’agite pas les rideaux de
de son lit: On maîtrise son imagination par des questions
qui l’intéressent ; il y répond très-bien, et quelquefois mème
avec gaîté. El permet qu’on renouvelle les injections, sous
Ja condition qu'on ira chercher son père. On promet de faire ce qu’il desire, et une once d’eau distillée , tenant en
solution 6 à 5 grains d'extrait muqueux d’opium, est in-
troduite dans la circulation. On, abandonne le malade à
lui-même. Une demi-heure après, M. Dupuytren retourne
le voir, et le trouve dans l’état où il l’avait déjà vu la veille
et le jour même, la bouche entr’ouverte et remplie d’une
salive écumeuse, les yeux fixes, la tête portée légèrement
en arrière, sans aucun mouvement tétanique ; la respiration
courte, le pouls à peine sensible; enfin il expire quelques
nstans après.