‹ Traité des poisonsChapitre 88 sur 109 · DE LA RAGE · texte numérisé non relu

DE LA RAGE

Le 19 juin 1813, pendant l’espace de temps qui s'écoula entre la dernière injection et la mortde cemalade, MM. Magendie et Breschet prirent de la salive, la transportèrent à vingt pas du lit du malade à l’aide d’un morceau de linge, et en inoculèrent à deux chiens bien portans. L’un d'eux devint enragé le 27 juillet, et en mordit deux autres dont lun était en pleine rage le 26 août (1).

29, Cælius Aurelianus dit qu'une couturière devint enragée pour avoir raccommodé un vêtement qui avait été dé- chiré par un animal enragé. Elle avait passé Le fil à sa bouche et pressé avec ses dents les coutures.

(1) Dissertation sur la rage, par M. Charles Busnout, soutenue à la Faculté de Médecine de Paris, le 12 février 1814.

M. Girard, qui n’admet pas l'existence de la rage communiquée , a fait les objections suivantes : 1°. En supposant que le chien qui a mordu Surlu fùt epragé, le venin aurait dû être détruit par la cautérisation des trois petites plaies faites au talon. 2°. Les accidens développés par le venin rabieux se font sentir d'abord à la partie mordue : or, Surlu ne paraît y avoir éprouvé aucun symptôme remarquable , puisqu’il n’en est pas fait mention dans l'observation. 5°. Les symptômes auxquels cel individu à été en proie ne peuvent être d’aucune valeur pour établir qu'il était enragé, car ils sont communs à plu= sieurs affections nerveuses internes ou externes. 4°. Comment affirmer que les chiens auxquels MM. Magendie et Brescher ont inoculé de la salive de Surlu étaient enragés, puisqu’on ne - fait point connaître toui ce qui est relatif à ces chiens depuis l'instant de Jeur morsure jusqu'à la fin de ces expériences, et qu’on ne s'éclaire point de l’antopsie cadavérique ?

Il est aisé de sentir combien ces objections sont loin de prouver que la rage n’a pas été communiquée à l'individu qui fait le sujet de cette observation et aux animaux auxquels on inocula de la salive. eee

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3°. Palinarius rapporte qu'un paysan enragé appela ses enfans , les embrassa et leur communiqua la rage, dont ils périrent le septième jour. Le mème auteur assure avoir vu des bœufs, des chevaux et des moutons contracter la rage pour avoir mangé de la litière sur laquelle étaient morts des cochons enragés. |

4°. MM. Énaux et Chaussier ont vu un homme attaqué de cette maladie pour avoir reçu sur la lèvre de la bave d’un chien enragé.

Symptômes de la rage dohmiuniquiée: MM. Énaux et Chaussier ont décrit avec le plus grand soïn les symptômes de cetie maladie horrible, que plusieurs auteurs ont copiés depuis sans indiquer la source. «Comme la plaie est le foyer du venin, c'est toujours par elle que commencent les accidens. Si elle est fermée, la cicatrice devient rouge, bleuàtre, se tend, se rouvre quelquefois, et laisse suinter une sérosilé roussatre; si elle est encore ouverte, les bords se renversent, les chairs se gonflent, prennent une couleur plus rouge qu’elles ne devraient lavoir, et suintent un pus séreux et roussâtre; le sommeil est inquiet, agité, troublé par des soubresauts et des rêves affreux; le malade est accablé, pesant, plongé dans une mélancolie profonde dont il ne connaît pas la cause et dont rien ne peut le distraire ; de temps en temps il éprouve une chaleur, un frémissement qui de la plaie Réel monte, gagne tout le corps, et semble $e terminer à là poitrine et à la gorge; souvent le pouls est petit, dur et serré. Cet état est le premier degré de la maladie et dure quatre à cinq jours. Dans le deuxième, tous les accideas augmentent, le pouls devient fréquent et indique une fièvre irrégulière et nerveuse qui détruit le prineipe de la vie; ke malade éprouve un resserrement douloureux à la poitrine , à la gorge; la respiration devient diflicile, entrecoupée par des sanglots involontaires et des soupirs profonds ; de temps en temps il sur-

DE LA RAGE. | 53r vient des convulsions que la cause la plus légère entretient et renouvelles tantôt la raison s’égare, le malade devient furieux, méconnaît ceux qui l’environnent et cherche à les mordre (1}; tout l’agace et l’irrite; les couleurs vives, l’éclat de la lumière, des sons aigus, quelquefois même la simple agitation de l’air, renouvellent ses fureurs; dévoré par une chaleurinterne, tourmenté parune soif considérable, il n’ose boire; l'aspect de l’eau, son idée même le font frissonner; l’œil est hagard, fixe, brillant et paraît enflammé; la voix est rauque, la bouche pleine d'une salive écu« meuse et gluante; tout annonce la fureur et caractérise la rage. Tantôt, conservant son jugement, doux et paisible, plongé dans une mélancolie profonde, il connait son malheur, prévoit ses accès, en avertit ses amis; mais presque toujours l'aspect de l’eau lui cause une secrète horreur que la raison ne peut surmonter (circonstance qui a fait donner à cette maladiele nom d’hydrophobie, c’est-à-dire, horreur de Veau x Des angoisses, des vomissemens aggravent ces maux; le pouls dévientinégal, intermittent; une sueur froide se répand sur tout le corps, et la mort vient terminer cette scène d'horreur. Cet état dure au plus trois ou quatre jours.» (Méthode de traiter les morsures des animaux venimeux , page 28.)

Cette maladie se déclare, en général , avant le neuvième jour chez les bœufs et les chiens, quelquefois plus tard : chez l’homme, l'invasion n’a lieu qu’au bout de trente ou quarante jours, quoiqu'il y ait des exemples d’uné invasion plus prompte, et d’autres dans Îles

(1) Ce signe est loin d’exister toujours chez Îles hommes atteints de la rage : nous avons vu huit individus enragés chez lesquels il manquait. M. Dupuytren pense qu'il est dans la na-

ture et l'essence du chien, et non dans celle de l'homme, de mordre.

quels les accidens ne se sont manifestés qu'après plusieurs MOIS.”

Zésions de tissu observées après la mort des animaux enTaAges.

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1040. On est étonné en lisant les auteurs qui ont traité de la rage, des variétés qu'ont offertes les cadavres des animaux qui ont succombé à cette maladie. Fantôt on n’a décou-

vert aucune lésion sensible:: nous avons vu quatre cas de ce genre, et M. le professeur Dupuytren rend compte, dans ses lecons, de dix ouvertures dont les résultats ont été analogues. Tantôt la membrane muqueuse d’une ou de plusieurs parties du canal die s’est trouvée enflammée et même gangrenée. S

MM. Dupuytren , Magendie et + red loss qui ont fait des expériences sur es chiens enragés, ont souvent observé , après leur mort, une inflammation dans la tumfique interne de l’estomac. Quelquefois on a rencontré dans les imiestins'une assez grande quantité de vers pour faire penser à quelques auteurs qu’ils étaient la cause de la rage, et par conséquent que celle - ci n’était pas une maladie particulière. Dans d’autres circonstances, les membranes du cerveau et de la moelle épinière se sont trouvées phlogosées, le cerveau desséché avec ou sans épanchement. On a vu aussi les poumons adhérer à leurs enveloppes, gorgés de sang noir, épais, ou arides et desséchés, le cœur pâle et vide de sang.

Ce court exposé suflit pour faire sentir combien cette

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