‹ Traité des poisonsChapitre 89 sur 109 · partie de la science présente de vague et d'incertitude · texte numérisé non relu

partie de la science présente de vague et d'incertitude

Traitement de l’empoisonnement par les vipères et les : | serpens. |

Examen des médicamens considérés comme spécifiques. On a beaucoup exagéré le nombre des médicämens que l’on a cru pouvoir regarder comme spécifiques de la morsure des serpens venimeux. Parmi ceux qui ont été proposés comme tels, il en est quelques -uns qui méritent de fixer notre attention, soit parce qu'ils paraissent jouer un rôle important dans le traitement qui nous occupe, soit parce qu'ils ont été vantés par des savans d’un mérite distingué. Quoi de plus merveilleux, par exemple, que le succès que les nègres ont obtenu depuis long-temps du guaco, plante qui croit dans plusieurs con- trées de l'Amérique , et dont les Indiens se servent pour se défendre contre la morsure des rombreux serpens quiinfestent leur pays, au point de le rendre inhabitable. Voici à ce sujet quelques tape qui ne seront pot lues sans intérêt.

1°. Du guaco. MM. de Humboldt et Bonpland ont donné les premiers une bonne description de cette plante. (Plantes équinoxiales , tom. 11, pag. 84, tab. 105), sous de nom de mikania guaco.

Le guaco croît naturellement dans les plaines très-rondes de la vallée du Aio de la Magdalena, du Kio Gauca, du Choco, de Barbacous taie de Nouvelle-Grenade).Ces voyageurs l’ont cependant vu aussi dans la région tempérée,

à T'ufjagafuga, à ho toises de hauteur, où le thermomètre Centigrade se soutient de 17 à 22°. Entré les tropiques, on peut cultiver le guacoà des hauteurs de r4ootoises, où la température baïsse la nuit jusqu'à 5°. eentigrades. On a souvent confondu à tort, dans des ouvrages récens, le mikania guaco avec l'ayepana du Brésil (eupatoriuns ayapana de Ventenat, Jardin de la Malmaison, pag. 3).

Don Pedro Fermin de Vargas, magistrat du village de Zipaquira, fit un voyage à Mariquita , en l'an 1788, pour s'assurer des effets surprenans du guaco contre la morsure des serpens de l’Amérique. La relation qu'il fit à ce sujet fut imprimée dans un de nos journaux, dont nous allons extraire les principaux résultats (1).

Le 29 mai au soir, on fit apporter par un nègre un serpent venimeux appelé dans le pays taya-equiz. Le lendemain, J’argas, persuadé par l’assurance avec laquelle le nègre racontait les effets du guaco pour empècher les serpens venimeux de mordre, desira se soumettre lui-même à l'expérience. Il prit une ou deux cuillerées du suc de cette plante : on lui pratiqua six incisions, une à chaque pied entre les doigts, une autre entre l'index et le pouce de chaque main, enfin deux sur les parties latérales de la poitrine ; il se fit inoculer un peu de ce suc dans les blessures, comme cela se fait avec le vaccin : à mesure qu’il sortait du sang de ces incisions, on y faisait tomber quelques gouttes du mème suc et on frottait la plaie avec la feuille de guaco. Alors il prit entre ses mains, et à trois reprises différentes, le serpent venimeux, qui parut un peu inquiet, mais qui ne donna aucune apparence d’avoir envie de mordre. Plusieurs personnes qui avaient été témoins de ce fait voulurent aussi se soumettre à l’expérience, et les résultats furent les mêmes, excepté chez Don Francisco Matiz, qui fut mordu à la main droite, parce que le reptile se trouva irrité en raison des mouve+ mens forcés qu'on Jui faisait exécuter. Les spectateurs étaient tous dans la consternation, lorsque le nègre essuya le sang qui s’écoulait , frotta la partie mordue avec les feuilles du guaco, et affirma qu'il n’arriverait rien de fà-

(1) Semanario de Agricultura y Artes dirigido a los pars æocos, iom. 1v, pag. 397. Madrid, 1708.

TRAITEMENT. 535 cheux. En effet, Matiz déjeëma comme à l'ordinaire et put vaquer à ses affaires.

Les nègres sont dans l’habitude, après l’inoculation dont nous venons de parler, de continuer l’usage de ceite plante tous les mois pendant trois ou quatre jours, afin dene courir aucun risqueen prenant les reptiles venimeux. f’argas pense que cette pratique est inutile, et qu’il suflit de se frotter les mains avec la feuille de ce végétal un peu avant de saisie les animaux ; car il croit que l'odeur désagréable qu’il exhale suflit pourtourmenter et assoupir ces reptiles. Nous sommes redevables à l’amitié dont M. de Humboldt nous honore de quelques particularités sur ce sujet. «J'ai observé, dit ce savant célèbre, qu'en liant un serpent très-venimeux (coluber corallinus de EL.) sur une table, et qu’en approchant du serpent une perche, il ne détourne la tête que lorsque l'extrémité de la perche est trempée dans le suë du guaco. Cette expérience me fait croire que l’inoculation du guaco donne une odeur à la peau, et que le serpent craint de mordre à cause de cette modification particulière de la perspiration cutanée. Je doute qu’il suflise, pour ne pas être mordu, .de porter avec soi des feuilles de guaco. Les indigènes nous ont assurés qu'il fallait être inoculé. Lorsque la morsure est faite, on place des feuilles de guaca mâchées et mêlées à de FA salive sur la plaie, et en prend en même ieéps le suc de la plante intérieurement. A Tuffagafuga, un cheval dont le pied était entièrement enflé par la morsure d'un serpent, refusa d’abord de manger du guaco , qui à une saveur amère et une odeur désagréable ; bientôt, comme si l’animal eût eu la conscience qw’il allait guérir , il en anses taves appétit. La jambe ne tarda pas à désenfler ».

I! serait à souhaiter que le gouvernement espagnol nommât une commission composée de quelques membres éclairés, qui s'occupàt de multiplier et de varier les expériences

436 DES POISONS SEPTIQUES.

propres à fixer nos idées sur unes résultats les plus extraordinaires que l’on ait jamais obtenus.

a°, L’arsénite de potasse et l'acide arsénieux ontété aussi employés ave le plus grand succès contre la morsure des serpens venimeux. On lit dans le deuxième volume des Transactions médico-chirurgicales de Londres plusieurs observations à l'appui de ce fait.

A, Jacob Course, soldatau régiment d'Yorck, fut mordu à la main gauche par un serpent que lon jugea être le coluber carinatus de L. Le doigt du milieu était tellement déchiré, qu'il parut nécessaire de l’amputer sur - le - champ dans sa jonction avec l'os du métacarpe. Dix minutes après Ja blessure, cet homme était dans la stupeur et l’insensibilité. La main, le bras et la partie de la poitrine correspondans au côté blessé étaient très-enflés, de couleur pourpre, noire et livide; il vomissait et semblait avoir pris üne forte

dose de poison; le pouls était vif et dur : il s’apercut à peine.

de lopération. La blessure ayant été pansée, le malade mis au lit, on ordonna un tarementt A et la potion suivante : 9

Liqueur arsenicale. ..,. devx gros (a),

TFeinture d'opium...... dix gouttes,

Eau de menthe poivrée, une once et demie.

On ajoutait à cette potion une demi-once de jus de limon, et on Ja faisait avaler durant l’effervescence légère que ce mélange produisit. L’estomac ne la rejeta point, et elle fut répétée à chaque demi-heure pendant quatre heures successives. Cependant les:parties souffrantes étaient fréquemment fomentées et frottées avec le liniment suivant :

(3) Cette liquear est de l'arsénite de potasse : deux gros renferment un grain d’arsenic et autant de potasse ; le reste est de l'eau.

TRAËTEMENTS 0 53

Huile de térébenthine, ; demi-once.

Ammoniaque liquide,

Huile d’olives,........ une once et re

Le lavement purgatif fut répété deux fois avant que le malade commençät à être purgé. La potion arsenicale fut alors discontinuée, Il avait déjà recouvré le sentiment, et il reprenait graduellement toutes ses facultés. Il prit alors quelque nourriture et dormit pendant plusieurs heures, Le lendemain, il était très - faible et très-fatigué. On conünua les fomentations et le liniment. L’enflure disparaissait peu à peu ct la peau reprenait sa teinte naturelle. L'on n’eut besoin, pour le ramener à la santé parfaite, que d'entretenir pendant quelques jours la liberté du ventre, et de panser convenablement la blessure.

B. Dover, soldat nègre du 3° régiment américain, fut mordu à la main gauche par le même serpent. Peu de minutes après, les vomissemens, la torpeur et l’insensibilité se déclarèrent; mais ïl y avait moins d’enflure et d’altération de la couleur que dans le cas précédent; la blessure n'était pas non plus si étendue. On enléva les bords, qui étaient déchirés ; on fit lé pansement et on donna la potion arsenicale. On mit égalément en usage les fomentations et le liniment; on administra un lavemént purgatif toutes les heures ; le MUR prit la potion toutes les demi-heures durant quatre heures, et l’on en suspendit l'usage quand il commença à être purgé. Il eut alors quelques heures de repos. Le jour suivant, il parut moins faible, et se trouva bientôt en état de reprendre son service. |

C. Thomas Rally, soldat au 68° régiment, fut mordu au bas de la jambe droite, et apporté à l'hôpital dans le même état que Jacob Course. Les bords déchirés de la plaie furent excisés, le pansement fait, et la potion arsenicale administrée, On employa pareillement les layemens

cathartiques, les fomentations et le liniment. Quand il eut pris la potion à chaque demi-heure, durant trois heures, il survint un vomissement violent, au point que l’estomac ne pouvait rien garder; cependant au bout de quatre heures, par l'emploi dés lavemens , il commença à être purgé; et après deux autres heures , les vomissemens cessèrent. 11 prit alors la potion suivante :

Teintüre d'opium,..... 20 gouttes.

Ether sulfurique... ..... 15 grains.

l'au de menthe poivrée, une once et demie.

IL fut tranquille pendant plusieurs heures. Le lendemain , il était très -faible et éprouvait beaucoup de dificulté à urimer. On fut en conséquence obligé de le sonder plusieurs fois durant les deux premiers jours; on fit des fomentations émollientes sur la région de la vessie. Le troisième jour, tous les symptômes fàcheux commençaient à diminuer, et dès-lors il se rétablit promptement.

D. Patrick Murphy, soldat du 68° régiment, fut mordu au poignet par le même serpent. Peu de minutes après, la main et le bras de ce côté commencçaient à enfler et étaient déjà décolorés. 11 ne vomissait pas encore. On pansa la blessure après en avoir excisé les bords déchirés, et on lui fit prendre la potion arsenicale. On prescrivit aussi les lavemens cathartiques , les fomentations et le liniment. Il prit la potion à chaque demi-heure durant trois heures, et alors, se trouvant déjà fort bien, il cessa de la prendre. Les symptômes ne fûrent point aussi graves chez lui que dans les cas précédens. On continua seulement les fomentations et le liniment , et au bout de deux jours il se trouva en état de reprendre son service.

Æ. Un officier et plusieurs hommes d’un régiment périrent après avoir été mordus par le même animal. Aucun d'eux n'avait pris la potion arsenicale.

Ces observations ont été recueillies à Sainte-Lucie (Amérique) par M. J.-P. Jreland, chirurgien au 4° bataillon du 60° régiment d'infanterie.

.ÆF, Un soldat du 63° régiment fut mordu au doigt par un petit serpent de la Martinique ; on employa le traitement que nous venons d'indiquer , et le malade allait très-bien quelques jours après.

Russel, dans son ouvrage sur les serpens de l’Inde, rapporte des expériences qu'il a faites avec l’acide arsénieux , dans le dessein de combattre les accidens produits par la morsure des serpens venimeux. Nous croyons devoir exposer les principaux résultats de ce travail, quoiqu'ils soient insufhisans pour fixer nos idées à cet égard.

Expérience °°. On fit avaler à un petit chien une pilule de tanjore (1); immédiatement après, on le fit mordre à la cuisse par un cobra de Capello, et on appliqua sur la piqûre la moitié d'une auire pilule dissoute. L'animal saliva beaucoup pendant les dix minutes suivantes, Au bout d’une heure, il commença à se plaindre, se coucha et eut de légères convulsions. On lui administra une seconde piluie, qui augmenta aussi la sécrétion de la salive. Quatre heures après, 1l était Bptenen rétabli.

Æ£xpérience 1°. On fit mordre un jeune chien par un katuka rekula poda qui avait déjà mordu et tué un lapin. Quelques instans après, on lui donna une demi-pilule de tanjore , et le chien ne tarda pas à être rétabli.

Expérience n°. Un autre chien fut mordu aux deux cuisses par un cobra de Capello. Deux minutes après, on

(1) Préparation indienné très en vogue pour guérir la morsure des animaux venimeux. Russel n'indique pas sa composition; mais 1] dit que l’oxide blanc d’arsenie (acide arsénieux) en fait la base, et qu’une pilule de six grains en contient un peu

oins que trois quarts de grain.

lui fit avaler une pilule et demie de tanjore, qui produisit de bons effets : l'animal fut rétabli,

Expérience 1v°, On donna à un poulet la moitié d’une de ces pilules; dix minutes après, on le fit mordre par le même cobra de Capello qui avait servi dans l'expérience précédente : l'animal ne tarda pas à mourir. Un autre poulet eut le même sort; cependant l’ingestion de la pilule parut retarder le moment de la mort.

” Expérience v°. Un lapin fut mordu par un Æafuka re- Aula poda : on lui administra en deux fois une pilule de tanjore, qui n’empêcha pas les accidens de se > développer | et de se terminer par la mort.

Expérience vr°. Une chienne fut mordue aux deux cuisses par un autre individu de la même espèce : on lui fit avaler une pilule, et l'animal mourut comme s'il n'avait rien pris.

Expérience vi. Deux autres bibi furent mordus à Ja cuisse par un Aatuka rekula poda. L'un d'eux prit une pilule cinq minutes après; l’autre en avala une au bout de six minutes : les accidens se manifestérent , et les animaux périrent.

3°. Ammoniaque et eau de Luce. Depuis long - temps on a regardé ces deux liquides comme des danties contre la morsure des serpens venimeux. Bernard de Jussieu, on 1747; guérit par ce moyen un jeune homme qui avait été mordu par une vipère En trois endroits, savoir : au pouce, au doigt index de la main droite et au pouce de la main gauche. Plusieurs auteurs ont rapporté des faits analogues. Sonnint dit :

« Un jeune .fndien avait été mordu depuis quelques heures à l’orteil par un serpent ( serpens ecchinatus ); son pied, sa jambe et sa cuisse étaient prodigieusementenilés et durs ; il avait une fièvre ardente des plus violentes, avec le transport au cerveau. Les Indiens avaient mis en usag

TRAITEMENT. ‘VASE tous les remèdes qu'ils connaissaient : ils avaient écrasé sur la plaie scarifiée la tête du serpent; le malade en avait avalé le foie, ce qui passe parmi eux pour un excellent spécifique contre le poison de tous les animaux venimeux ; onavaitemployéinfructueusement plusieursautresmoyens, et le malade était expiränt. Sonnini fit avaler une cuiller à café remplie d’eau de Luce dans un peu de vin; il scarifia de nouveau la plaie pour la faire saigner, et y appliqua une compresse imbibée de la même eau. Deux heures après, l’enflure et la tension avaient sensiblement diminué, ainsi que la fièvre. On lui fit prendre une seconde dose, et on renouvela la compresse : il était neuf heures du soir. On le laissa tranquille pendant la nuit, et le lendemain matin on le trouva marchant dans sa chambre à l’aide d’un bâton; il avait dormi, et la fièvre l'avait quitté; 1l ne restait qu'un peu d’enflure à la jambe, qui disparut insensiblement, et le troisième jour il alla à la pêche (1) ».

Cependant Fontana prétend, d'aprés un très - grand nombre d'expériences, que ces préparations, employées à l’intérieur ou à l'extérieur, sont plutôt nuisibles qu’utiles. M. Æverard Home combat aussi l'opinion de ceux qui pensent que l’ammoniaque etl’eau de Luce sont des spécifiques contre la morsure des serpens (voyez pag. 458 ). Nous sommes de l'avis de ce célèbre chirurgien; mais nous pensons que l'administration prudente de l’alcali vo- Jaüil ne peut pas être nuisible, et même qu’elle peut devenir très utile en favorisant la transpiration.

Caustiques. Il n’est personne qui ignore les avantages de : l'application prompie d’un caustique sur la partie mordue par un serpent venimeux: Fontana a conclu de ses expériences que la potasse caustique était le spécifique contre

(1) Journal de Physique, année 1756, tom. vu, pag. 4745 observations par Songini sur les serpens de la Guyane.

543 DÉS POISONS SEPTIQUEÉS.

la morsure de la vipère, assertion qui ne peut pas se sou tenir dès que l’on réfléchit à la manière dont cet alcali agit. . En effet, son action est analogue à celle de tous les autres caustiques. Aussel a fait quelques expériences sur leur emploi contre la morsure des serpens de l'Inde, qui tendent à faire croire que ce moÿen n’est pas constamment suivi de succès, surtout lorsqu'il est HApIere quinze ou vingt minutes après la morsure.

Expérience 1"°. Un cluen futmordu par un katuka rekula poda. Peu d’'instans après , les symptômes se déclarèrent. On le caütérisa, au bout d’un quart d'heure, avec un fer rouge, ce qui ne retarda point le moment de la mort. Un auire chien, mordu par un serpent de la même espèce, était, deux minutes aprés, sous l’influence du poison. On le cautérisa, au bout de quinze minutes, avec l’acide sulfurique, et il mourut. L'expérience répétée sur un autre chien qui ne fut cautérisé que dix-huit minutes après la morsure, offrit les mêmes résultats. Enfin deux autres de ces animaux curent le même sort.

Expérience n°, Une chienne fut mordue par un cobra de Capello qui venait de tuer un chien qu'il avait mordu. La chienne fut paralysée sur-le-champ. On cautérisa la blessure avec le fer rouge trois minutes après la morsure, et elle se rétablit. Un chien fut cautérisé avec l’acide sulfurique quinze minutes après avoir été mordu par un katuka rekula poda : ïl recouvra la santé. Il en fut de même d’un autre; mais le serpent qui le mordit avait tué un animal peu d’instans avant. Enfin deux chiens mordus par un katuka rekula poda , furent cautérisés avec l'acide sulfurique quatorze minutes après, et se rétablirent com plètement.

Russel dit, en résumant ses e expériences : « Les caustiques ont souve:t été infructueux, quoiqu'ils aient été employés quatre, six, huit, douze quiflfe minnies après Ia

TRAITEMENT. 543 morsure. Ils ont été constamment inutiles lorsqu'on les a appliqués plus tard. Quant aux animaux qui ont été sauvés, il faudrait tenter de nouvelles recherches avant de pouvoir établir quelque chose de positif ».

4°, Æunault et Geoffroi ont démontré que l'huile d’olives n'était pas un spécifique contre la morsure de la vipère, comme cela avait été annoncé dans les 7Transac- aions philosophiques de Londres (n° 443). Ils ont cependant reconnu l'utilité des fomentations faites avec ce corps gras. : ,

59, Au rapport de Fontana, les acides, les cantharides, la thériaque, la graisse de vipère, les sangsues, la succion tant employée par les Psylles et les Marses, n’empèchent aucunement les dangereux effets de la vipère. Les scarifications, d’après le même auteur, sont plus nuisibles qu’uüles. Les bains d’eau chaude diminuent les dangers, qui cessent par une amputation prompte de Ja partie mordue (1). Enfin les ligatures garantissent quelquefois des accidens. |

1041. Après avoir examiné succinctement chacun des moyens proposés jusqu’à ce jour comme spécifiques contre la morsure des reptiles venimeux, nous allons exposer la marche que doit suivre l'homme de l’art appelé pour des cas de cette nature. Cette marche sera sans doute modifiée lorsqu'on aura aprécié à leur juste valeur les effets du guaco et de l’acide arsénieux.

(1) Les expériences que Russel a faites avec les serpens de l'Inde sont loin de confirmer cette assertion de l'ontana, savoir, que les aceidens cessent par l’amputation de la partie merdue,

544 DES POISONS SEPTIQUES.

Traitement de la morsure des vipères et des serpens.

1042. On commencera par placer une ligature légèrement serrée. immédiatement au-dessus de la morsure, et on ne se servira ni de ficelle ni d’autres liens trop minces qui irriteraient la peau; cette ligature ne sera pas continuée pendant long-temps, car elle augmenterait la teinte livide et favoriserait le développement de la gangrène. On laissera saigner la plaie, et même on la pressera doucement pour en retirer le venin. S'il est possible, on trempera pendant quelque temps la partie mordue dans l’eau tiède; on la pressera légèrement et on l’enveloppera d’un linge mouillé. è

Si la maladie est grave, que l’enflure soit trop considérable, les douleurs trés-vives, etc. , on supprimera Ja ligature, dont l’objet n’était que de retarder la circulation du sang en la gênant, et on se gardera bien de faire des incisions, des scarifications multipliées, qui aggravent souvent les accidens. On cautérisera la plaie avec le fer rouge, la pierre infernale ou la pierre à cautère, le beurre d'antimoine, etc.

Caustiques.

Fer rouge. On fera rougir jusqu’au blanc un morceau de fer plus large que la plaie, et on la brülera ; la douleur sera d'autant moindre et le succès d'autant plus sûr, que le fer sera plus chaud.

Pierre infernale. Ce caustique est écrasé ou réduit en poudre, et appliqué sur toute la surface de la plaie; on le recouvre de charpie, on met un bandage serré, et au bout de cinq à six heures on lève l'appareil.

Pierre à cautère. Qn doit l’employer de la même manière que la précédente.

Beurre d'antimoine. Ce caustique, qui, après le fer rouge, doit être préféré auxsautres, s'applique de la ma= nière suivante : à l'extrémité d’un petit morceau de bois mince on attache un pinceau fait avec de la charpie ef filée; on trempe celui-ci dans le beurre d’antimoine, et on. l’applique sur toute la surface de la plaie; on recommence cette opération plusieurs fois, en ayant soin d'ap+ ptüyer spécialement sur les parties que l’on veut cautériser avec plus de force; puis on fait un tampon de charpie, on l’applique sur la plaie, on entoure celle-ci de charpie, et on met un bandage. #

L'huile de vitriol. Ge caustique est appliqué de la même manière que le précédent.

Le caustique ammoniacal de M. Gondret. On chauffe doucement dans un flacon à large ouverture demi - once de suif de chandelle, et autant d’huile d'olives ou d’amandes douces; on sjoute peur à petit une once d’alcali volatil, et on remue jusqu’à ce que le mélange soit solide. Alors on étend la pommade sur un linge d’une ou de deux lignes d'épaisseur ; on l’applique sur la plaie; on le recouvre d’un bandage, et on le laisse pendant un quart d'heure où une demi-heure. |

La lessive des savonniers. Non - seulement il faut nettoyer la plaie avec cette lessive, mais encore la recouvrir de charpie-qui en est imprégnée; on la maintient à l’aide d’un bandage; et au bout de quatre ou cinq RUES on fait une MIO à application.

Chaux vive et savon. On fait une pâte avec une once de savon tendre et autant de chaux vive réduite en poudre; on applique cette pâte de la même manière que le éitidne de M. Gondret, WA

Moxa. Le moxa est un cylindre de toile rempli de coton ; on le placesur la blessure ; on met le feu à la partie supérieure, et on souffle jusqu’à ce qu’il soit entièrement consumé.

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