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CHAPITRE F

Des Moyens propres à constater l'existence de l’empoisonnement.

ARTECLE A2

Des Maladies qui peuvent étre confondues avec l'empoisonnement aigu.

1055. Ex faisant l’histoire des différens poisons, nous avons remarqué qu'ils jouissaient tous d’un caractère commun, celui de déterminer un appareil de symptômes plus ou moins graves, peu de temps après leur ingestion dans l'estomac ou leur application sur des surfaces dénudées ; tantôt les accidens suivent de très-près l'introduction du breuvage délétère, tantôt quelques heures s’écoulent avant que ses effets ne puissent être bien constatés. Or, comme il y a un très-grand nombre de maladies spontanées dont l'invasion et les symptômes simulent Fempoisonnement, et se développent assez souvent quelques heures après le repas , il suit de là que l'ignorance , l'intérêt ou le crime peuvent , dans quelques circonstances , confondre ou chercher à faire confondre l’une ou l’autre de ces affections spontanées avec le véritable empoisonnement, et compromettre la sûreté et même l'existence des personnes les plus vespectables. Fh! combien de fois n'avons-nous pas cté

témoins , encore de nos jours, de procès de ce genre toutà-fare scandaleux, où l’on voit des hommes portant le titre de docteur dresser avec la plus grande ineptie des rapports extravagans , dans lesquels ils accusent de sang froid l'innocence la plus pure, et la traînent vers l’échafaud! II suflit à ceshommes , soi-disant médecins , pour prononcer sur l’existence d’un empoisonnement , et même sur la nature particulière du poison, d'apprendre, n'importe par quel vil malveillant, qu'un individu est mort subitement, qu’il a éprouvé des vomissemens ou des déjections sanguinolentes, des coliques, etc., et qu’à l'ouverture du cadavre on trouve des lésions dans les différens organes. Ignorant complètement les faits nombreux relatifs aux altérations profondes de plusieurs tissus que l’on découvre fréquemment après la mort subite d'individus qui succombent à des maladies spontanées , ils aflirment sans respect pour les noms des Morgagmi, Hunter, Boerhaave, Van-Swieten, Bonet , Lieutaud, Chaussier, etc. Combien la conduite des médecins sages et insiruits est différente ! Eclairés par une nombreuse série d'observations et par la lecture des grands maîtres de l’art, ils examinent attentivement les phénomènes de la maladie qui est l’objet de leurs recherches ; ils en comparent la marche et la nature à toutes celles qui se développent spontanément dans telle ou telle autre saison ; ils ont égard à l’âge des individus, à leur constitution, au climat qu'ils habitent, aux affections auxquelles ils sont sujets, aux passions qui les agitent souvent. Ils joignent à ces perquisitions scrupuleuses l’inspection régulière de tous les organes ; ïls décrivent avec précision les altérations de leur forme , de leur couleur, de leur texture; ils recueïllent les matières qui sont contenues dans le canal digestif, étudient avec soin leurs propriétés physiques, déterminent leur nature en faisant de nombreuses opérations chimiques, et par-

55 DE L'EMPOISONNEMENT viennent ainsi, appuyés par l’anatomie pathologique, la physiologie et la chimie, à des conclusions rigoureuses. propres à mettre la vérité dans tout son jour, et seules capables de servir de base au jugement que les magistrats doivent prononcer.

1056. Ces considérations suffisent pour faire sentir l’intérêt qu'offre Particle dont nous allons nous occuper: aussi chercherons-nous à l’approfondir autant qu’il sera en notre pouvoir.

1057. Les maladies spontanées que l’on peut confondre avec l’empoisonnement aigu sont : l’indigestion , le cholera-morbus, le vomissement noir et la diarrhée noire , la fièvre maligne , etc.

Indigestion, ou maladies qui se déclarent peu de temps après avoir mangé ou bu des substances qui ne sont pas généralement regardées comme vénéneuses. Il arrive souvent que des individus fort bien portans éprouvent, quelques heures après le repas, une irritation dans l’estomac et dans les intestins grêles, des coliques , des nausées, des vomissemens de matières de couleur différente, quelquefois verdâtre, et des constrictions spasmodiques : ces phénomènes se remarquent surtout chez les personnes faibles et qui sont sujettes à des douleurs d’estomac. Schenkius, Zacchias, M. Fodéré et plusieurs auteurs , ont observé des symptômes graves produits par une indigestion ; mais voici un fait qui paraît devoir être rapporté ici, et dont M. le professeur Chaussier a donné les détails dans une consultation médico-légale en faveur de Dominique Francois , accusé d’être l’auteur d’un empoisonnement. ( Joy. pag. 60.) « Parvenu à l’âge de soixanteseize ans, le célèbre Darcet, père du savant chimiste du même nom, conservait toutes ses facultés et jouissait d’une bonne santé ; seulement depuis quelque temps il éprouvait parfois, mais rarement, des douleurs passagères à l’esto-

mac. Le 11 février 18or , il alla dîner chez un de ses amis, M. B...; il y passa, suivant sa coutume, une partie de la soirée, et y fut même plus gai qu'à l'ordinaire. Rentré chez lui sur les onze heures du soir, il se coucha et dormit tranquillement ; mais sur les quatre heures du matin, ïl éprouve tout-à-coup une douleur violente à l'estomac, qui persiste avec plus ou moins d'intensité. Malgré l’usage des différens moyens que l’on emploie, le malade est couché sur le côté, courbé en devant, les membres pliés et rapprochés du tronc; son teint est pâle, l'œil abattu , jaunâtre ; le pouls fréquent, serré; la soif excessive , les extrémités froides, les hypochondres tendus; il ya une évacuation alvine abondante et très-fétide, qui paraît le soulager un instant ; enfin, dans-un effort d’expectoration , la gorge se remplit d’une sérosité visqueuse, brunâtre , dont une partie coule de la bouche, et il meurt vingt heures après l’invasion de la douleur.

À Pouverture du corps, on trouva dans l'abdomen une certaine quantité de liquide épanché, qui provenait ÉVIdemment des potions que le malade avait prises, et l’on aperçut à l'estomac, près de sa grande courbure , un trou arrondi , de la grandeur d’une lentille, environné de quelques autres plus petits. En examinant l’intérieur de ce viscère , on vit à l'endroit de la perforation que les membranes qui forment les parois de l’esiomac étaient détruites dans une étendue d'environ deux centimètres, de sorte qu'il ne restait plus que la membrane qui forme la tunique extérieure de l'organe. On trouva aussi , un peu plus loin, une semblable érosion des membranes intérieures, et-l’une et l’autre de ces érosions étaient circonscrites par un petit bourrelet blanchâtre , arrondi et légèrement saillant ».

M, Alexandre Gérard dit qu'un jeune homme de vingihuit à trente ans , qui n'avall pris le matin qu’ un verre de

572 DE L'EMPOISONNEMENT vin et d’eau et quelques onces de pain, éprouva tout-àcoup, sur les quatre heures du soir, une douleur si vive à la région de l’esiomac qu'il fut obligé de s'arrêter en se courbant le corps et se serrant le ventre avec ses bras. Tous les médicamens furent inutiles ; le malade mourut douze heures après l’invasion de la douleur , et à l’ouverture de l'abdomen on trouva , à la petite courbure de l’estomac, à un pouce environ du pylore, un trou du diamètre d’une ligne et demie, arrondi comme s’il eût été fait avec un emporte-pièce; et ce trou, qui était environné d’un cercle rouge de la largeur d’un quart de ligne tout au plus, avait laissé passer dans l'abdomen les différens liquides que l’on avait donnés au malade. (Mémoire sur les Perforations spontanées de l'estomac, par M. Alexandre Gérard , 1803, ) |

M. Gastellier rapporte le fait suivant : Mademoiselle de Verteron, pensionnaire au couvent des dames Dominicaines de Montargis, après avoir passé la soirée (du 27 juillet 1775) fort gaiment dans les jardins, et y avoir même chanté jusqu’à onze heures , se retira avec ses compagnes pour aller se coucher ; elle dormit d’un bon sommeil jusqu’à trois heures du matin, qu’elle fut éveillée par des douleurs d'estomac des plus aiguës ; douleurs si violentes, qu’elle réveilla toute la maison. On lui administra sans succès plusieurs médicamens calmans, À sept heures du matin, M. Gastellier vit la malade , s’assura qu’elle n'avait pas pris de substance vénéneuse, et annonça sa mort prochaine : elle succomba en effet à dix heures.

Ouverture du cadavre. Après avoir fait la section des tégumens des muscles abdominaux et du péritoine, qui n'étaient nullement altérés , on vit des grains de groseilles rouges épars çà et là sur les viscères du bas-ventre, et même quelques-uns avec leurs grappes entières, ce qui annonça quelques perforations , soit à l'estomac , soit au

tube intestinal. L’estomac était plein, et offrait dans la partie moyenne et antérieure de sa grande courbure deux perforations de forme orbiculaire , au-dessus desquelles on trouva tous les alimens du souper de la veille sans être altérés ; il n’y avait aucun débri de pièces emportées, seulement les bords étaient amiucis et livides : chacune de ces ouvertures aurait pu livrer passage à une balle de plomb, L’cpiploon , le diaphragme et tous les organes adjacens , étaient dans l’état naturel. On ne découvrit aucune trace de poison. (Journal de Médecine, de Chirurete et de Pharmacie, par M. Leroux, tome xxxrtr, page 24 1819.)

1058. Nous pourrions encore faire connaître un trèsgrand nombre de cas de la même nature : nous nous bornerons à dire quil est bien constaté, par les observations de Bonet, Morsagni, Lieutaud, W. Hunier, Lecat, Chaussier, etc., que ces escarres et perforalions peuvent se former tout-à-coup et produire la mort en peu d'heures, et qu’elles peuvent ne dépendre que d’une cause interne (1).

109. Nous avons sowent confirmé un fait annoncé par unter, et qui a quelque rapport avec l’objet de cet article ; savoir, que les animaux que l’on fait mourir de faim offrent, après leur mort, un plus ou moins grand nombre de petits ulcères dans l'estomac.

(1) Plusieurs praticiens pensent que dans ces sortes d’affec2 tions la bile est décomposée et acquiert des propriétés caustiques. Sans nous déclarer en faveur de cette opinion, nous pou- - vous attester avoir fait plusieurs fois Panalyse chimique de Ja bile contenue dans la vésicule des individus morts à la suite de fièvres bilieuses graves, que quelques médecins ont appelées dans ces derniers temps févres entéro-méséntériques ; nous avons constamment reconnu que ce fluide contenait une plus grande quantité de résine que dans l’état naturel, et que celle-ci

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Le cholera-morvbus. Il arrive quelquefois que des per sonnes d’un tempérament bilieux éprouvent tout-à-coup uue série d’accidens plus où moins graves qui peuvent se terminer par la mort, et qui caractérisent la maladie dont il s’agit ici : ces accidens sont des vomissemens presque continuels de nature différente , en général bilieuse , d’une couleur verte , bleue ou lie de vin; des douleurs abdomihales atroces qui ont particulièrement leur siége dans lPhypochondre droit ou dans la région épigastrique , accom=. pagnées souvent d’une rétraction de l’abdomen ; des déjections alvines également bilieuses et abondantes; des éructations acides , le hoquet conuinuel, des convulsions, des vertiges, du délire, des crampes dans les membres , et particulièrement dans le trajet des tendons ; les traits de la face se décomposent, et il y a prostration générale des forces ; le pouls, petit, accéléré, est quelquefois imperceptible ; la transpiration est supprimée ouil y a des sueurs

avait une saveur âcre , piquante et très-chaude ; et il semble difficile d'admettre qu’un pareil fluide ait pu se trouver en contact avec nos organes sans les enflammer où les corroder : aussi ne Sommes-nous pas éloignés de le faire entrer pour beaucoup comme cause des ulcérations et des autres lésions qui accompagnent souvent ces maladies.

Vorgagni rapporte qu’un enfant mourut d’une fièvre tierce qui, après lavoir exténué, le conduisit à la mort au milieu de terribles convulsions. Son estomac renfermait beaucoup de bile verte qui teignait le scalpel en couleur violette. La pointe d'un scalpel, trempée dans cette liqueur, se trouva tellement envenimée que deux pigeons, blessés avec cet instrument, éprouvèrent de violentes convulsions, et périrent presque in= siantanément. On mêla ensuite cette bile avec du pain, et on eu donna à un €<og, qui mourut aussi promplement que les pigeons, avec les mêmes symplômes et un tremblement uni versel. |

CONSIDÉRÉ D'UNE MANIÈRE GÉNÉRALE. 975 froides ; la chaleur interne ést brülante et les extrémités froides ; l’urine est trouble et rare. Après la mort, on a remarqué que la vésicule du fiel et le canal cholédoque sont distendus; quelquefois cependant ils sont entièrement vides ; le duodénum et le pylore souvent gangrenés ; les vaisseaux veincux de l’estomac dans un état de turgescence ; ce viscère et le foie sont enflammés dans quelques cir= constances ; mais jamais l’inflammation ou là gangrène ne s’observent die toute Pétendue du canal dbvute: ; Les voies aériennes ne sont jamais phlogosées.

Le cholera-morbus dont nous parlons ici, celui qui attaque subitement l'individu, qui n’a par conséquent point de signe précurseur He , peut être provoqué par l’ingestion de boissons aigres et froides lorsque le corps est en sueur; par le passage subit du froid au chaud, ou du chaud au froid; par un violent accès de colère; par la suppression du flux menstruel ; par la répercussion des maladies cutanées; par des vers et par une grande quantité d’alimens de digestion difficile. En général, il ne se manifeste que dans les mois les plus chauds ; cependant on en a observé un très-petit nombre dans des hivers froids.

La marche est en général rapide; souvent la maladie se termine au bout de quelques heures : cependant on l’a vue durer plusieurs jours. |

La terminaison a lieu par un retour prompt à la santé où par la gangrène intestinale et la mort.

Du vomissement noir et de la diarrhée noire. Nous ne chercherons pas à décider si dans le vomissement noir lestomac est le seul organe affecté , tandis que dans la diarrhée noire ce serait le Le RO Al Il nous paraît aussi compiètement inutile pour notre objet d'établis des différences entre ce que l’on appelle aujourd’hui Lémaïémèse , hemorrhagie intestinale , mélæna; il nous suflit de savoir que

dans quelques circonstances on observe des vomissemens noirs , et quelques autres symptômes que l’on serait tenté de confondre avec lempoisonnement. Voici comment Hippocrate décrit cette aflection (1) :

« On rend d’abord à chaque instant, et par régurgita= tion, des liquides en assez grande quantité, bilieux ou muqueux, ou semblables à de la salive, puis avec eux viennent Jes alimens, qui sont très-fréquemment vomis : enfin les matières rejetées deviennent brunes, sanguinolentes, semblables à de la lie, à du vin trouble ou déjà fortement aïigri. Lorsque ces évacuations sont noires ; et qu’elles paraissent contenir du sang , leur odeur est fétide ; elles brülent le pharynx , agacent les dents et font effervescence quand elles touchent la terre. On éprouve un malaise après le vomissement, quelquefois même avant qu'il ait lieu (2); dans certains cas, le malade se sent un peu soulagé après avoir vomi; cependant l’estomac ne peut rester vide ni rempli. Dans l’état de vacuité, ce sont des borborygmes et des rapports aigres; après l'introduction des alimens, c’est un sentiméht de pesanteur dans les organes de Ja digestion , une douleur lancinante dans la poitrine, le dos et le côté. Plus cette maladie avance; plus elle devient grave : le corps maigrit, la conjonctive prend une teinte verdàtre ; la peau se colore d’un jaune pâle, devient molle et flasque : il se déclare enfin des frissons légers e1 une petitc fièvre, des douleurs de tête, l’affaiblissement de la vue, des pesanteurs dans les jambes ; la peau est livide, ét le dépérissement fait toujours des progrès. Malgré lemploi des moyens convenables, cette

(1) Hip. , de Morbis, lib. 11, in fine.

"(2) Les faiblesses, les lipothymies et les angoisses sont des symptômes qui annoncent le plus constamment des vomisse= mens.

CONSIDÉRÉ D'UNE MANIÈRE GÉNÉRALE bo affection est mortelle et amène bientôt la perte des malades. » |

M. Portal, qui a publié, dans les Mémoires de la Société médicale d'Emulation , des observations sur le melæna , en rapporte deux exemples occasionnés par de vives affections de l’âme; il fait également mention d’un autre qui fut la suite de l’impression de la goutte sur les organes dans lesquels la veine porte distribue ses rameaux , ete., etc.

On voit, d’après ce que nous venons de dire , que cette affection ne saurait être confondue qu'avec l’empoisonnement produit par les poisons corrosils et âcres (les autres ne déterminant presque jamais des vomissemens sanguinoléns) : or, lorsque les poisons corrosifs donnent lieu à des vomissemens ou à des déjections sanguinolentes, le sang rendu est d’une belle couleur rouge, tandis qu'ici il est noir; outre cela, les poisons corrosifs développent le plus souventune vive inflammation dans la bouche, lœsophage, l'estomac et le reste du canal intestinal; tandis que, dans Ja maladie noire , le canal digestif n’est point affecté généralement : on n'observe qu'une excoriation , une phlogose ou une escarre dans l’une ou l'autre partie du tube alimentaire. En général, on voit qu’en exprimant la membrane muqueuse de l’estomac des individus qui ont succombé à cette affection , on fait suinter ure matière noirâtre semblable à celle qui est rendue par le vomissement ; circonstance qui ne se rencontre point dans les empoisonnemens par les poisons corrosifs ou âcres. D'ailleurs , la maladie noire est souvent occasionnée par le squirrhe de l'estomac ou d’une autre partie des viscères contenus dans l'abdomen.

Nous pourrions encore parler de certains vomissemens bilieux , muqueux , ete., que l’on observe quelquefois chez lés femmes hystériques, dans certains cas de pincement d’intestin, et dans quelques autres circonstances :

ces vomissemens sont accompagnés d’autres symplômes plus ou moins graves , dont l’ensemble pourrait être confondu avec l’empoisonnement, si Pon n'avait pas égard aux circonstances antécédentes, au commémoratif, etc. Nous nous bornons à énoncer ce fait pour fixer l'attention : des médecins-légistes.

Fièvre maligne (ataxique). Pour peu que l’on réfléchisse à la manière dont plusieurs poisons agissent sur le système nerveux, On sera convaincu que leurs effets simulent quelquefois ceux qui caractérisent la fièvre maligne, et par conséquent qu’il faut être bien circonspect, si l’on n’a pas découvert le poison , à ne point confondre ces deux affections. Ce cas est d’autant plus épineux , que l'ouverture descadavres , loin de léclaircir , peut, dans certaines circonstances, augmenter l'incerutude de l’expert.

1060. Après avoir indiqué les principales maladies que l’on peut confondre avec l’empoisonnement , nous croyons devoir rapporter les préceptes que le médecin-légiste doit avoir présens pour tächer d'éviter des méprises qui pourraient. devenir funestes.

1°. Il fera attention à la saison de l’année et aux maladies, qui règnent ; car le cholera - morbus , par exemple, ‘règne ordinairement dans Îles mois d’été qui s’apprachent de l'automne et dans l’automne même : également il ya telle constitution médicale où les coliques et les vomissemens sont comme épidémiques.

29, Il étudiera bien les habitudes et la vie antérieure du sujet; il s’informera suriout s’il était valétudinaire, ou s’il avait éprouvé quelque maladie mal jugée, ou s’il n'avait point quelque vice caché (ce qui arrive fréquemment }, étant moins présumable qu'un homme qui jouit d’ailleurs d’une santé parfaite soit iout-à-coup attaqué de symrtômes violens par cause interne, ou du moins qu'il en pé-

CONSIDÉRÉ D'UNE MANIÈRE GÉNÉRALE. 5-9 risse ; la nature seule, ou aidée par l’art, prenant ordinai- En le dessus Fe le sujet est sain et robuste.

3°, IL observera si la maladie est avec ou sans fièvre, parce qu'il est rare que les accidens occasionnés par cause interne en soient exempts , au lieu que cela est irès-commun dans les empoisonnemens, du moins dans les premiers temps de leur action (1). \ 1061. Si les maladies dont nous venons de parler offrent des rapports nombreux avec celles que produisent certains poisons, il n'en est pas de mème d’une foule d’autres que des malveïilans ont cherché à faire confondre avec l’empoisonnement, et qui sont principalement les polypes , les anévrysmes , les abcès intérieurs, les congestions sanguines dans l’un des principaux viscères, l’angine de poitrine , les hémorrhagies internes, la rupture de certains organes, etc. Il arrive quelquefois , dans ces affections, que la mort a lieu subitement. L'expert appelé pour pro-. noncer sur la véritable cause d’un accident de cette nature, prouvera facilement qu’il ne dépend pas de l’action d’un poison, 1° parce que la mort n'est jamais précédée des symptômes auxquels donnent lieu les substances vénéneuses ; 2° parce qu'en faisant l'ouverture du cadavre, ïl rencontrera des lésions graves déterminées par les ma- Jadies que nous venons d’énumérer, lésions qui ne soùt jamais le résultat de l’ingestion d’un poison, A la vérité, on ne découvrirait aucune altération parüculière dans le cas où la mort subite serait occasionnée par une vive passion , telle qu’un excès de douleur ou un excès de plaisir; mais , dans ce cas, le commémoratif et l'absence des symptômes qui caractérisent l’'empoisonnement seraient sufli- * sans pour éclairer le médecin-légiste.

(1) Fonéré, Ouvrage cité, tom. 1v, pag. 207.

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