CHAPITRE I. ig
célibataire aussi ; mais le (ils produit , avec son acte de naissance, l'acte probant du mariage de son père. Fera-t-il re'trograder la succession ? Lui sc.^-t-il permis de dépouiller ceux qui en possèdent les biens, successeurs imméditats ou leurs représentans , à titre gratuit ou onéreux? Ces biens lui reviendront-ils exempts de dettes et d'hypothèques? Combien de mutations ont pu se faire! combien d'établissemens et d'existences ont pu se fonder sur ces biens ! Il ne faut pas de profondes réflexions pour faire penser qu'en reportant la succession au successible si long-temps ignoré, on pourrait causer des déchiremens funestes et des maux infmis. Le droit naturel ne veut pas une aussi violente révolution.
La nature destine la terre aux hommes ,maîs elle n'en met point une portion dans les mains de chacun d'eux ; elle approuve seulement le partage qu'ils ont fait ; elle ne transporte pas matériellement la portion de celui qui meurt , à son parent le plus proche qui lui survit ; elle ne fait que l'exciter à la prendre ; elle lui indique , elle lui prescrit , suivant l'expression de Vatel , de veiller à ce qui peut lui advenir, de faire connaître ses droits , pour que d'autres ne soient pas induits à croire qu'ils leur appartiennent ; il ne peut les avoir qu'à cette condition , et conséquemment il les perd s'il ne la remplit pas. La loi civile a reçu cet enseignement de la loi naturelle , et elle a fait beaucoup en faveur de l'héritier inconnu qui ne paraît que
dans Tordre des possibilités , en lui laissant trente ans pour se faire connaître et exercer les droits qui lui sont échus.
S'il est des cas oii la prescription ne s'applique pas aussi justement que dans les hypothèses que nous avons présentées , il en est très-peu où ceux qui en souffrent n'aient à se reprocher aucune faute ; et s'il y a des victimes tout-à-fait innocentes , il est bon de le répéter : ce sont des accidens que la loi ne pouvait pas prévenir; ce sont des malheurs particuliers , inséparables de la condition humaine , qui ne nuisent pas à Tordre nrioral plus que les orages ne troublent Tordre phjsique.
19. La prescription entre particuliers , procédant du droit naturel, important à la tranquillité des familles et à Tordre public dans chaque état, semble, par les mêmes raisons, et plus fortement encore , devoir régner de nation à nation. Les dilférens des souverains sont d'une toute autre conséquence que ceux des particuliers ; ils ébranlent les peuples et les entraînent à la guerre. Le bon et le mauvais droit , tout se confond dans des torrens de sang; et au milieu de la destruction et de la ruine, la victoire , proclamant le droit du plus fort , ne fait le plus souvent que triompher l'injustice.
Que de maux la prescription épargnerait aux hommes si elle pouvait commander aux souyerains ! mais la nature et la raison la leur présentent vainement pour arbitre ; la passion qui