‹ Traité des principes généraux du droit et de la législationChapitre 7 sur 37 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

Exposition des principes spéciaux à l'économie.

§ unique.

Un phénomène particulier à X économie, c'est qu'elle

n'a été réduite en cwps de science particulière que

depuis le siècle dernier. La cause principale de ce

retard me semble être dans le système de force brute j

fruk ano^ 4e Fesprit de conquête, qui a présidé à la

formation et au développement de presque toutes les

iqcîétéi^ connues ; car , avec un tel point de départ , il

était djiffiçî^ d'arriver à de saines observations dans

les feita économiques, et plus encore de remonter

jasqu'^uiL principes qui doivent diriger l'emploi des

forces de l'homme , ainsi que la distribution des biens

qui sont le produit de cet emploi. Comment ea effet

raisonner saii^ement sur de tels objets tant qu'il n'y

avait qwcî des re^atlo^s de maître à esclave, ou même,.

après TaboliAieii de l'esclavage formel , tant que les^

classes industrielles furent dans un tel état d'inféi4(H rite qu'elles n avaient aucune influence notable sut la direction des affaires générales de la société? Danà un tel ordre de choses , toute la science des hommes qui dirigeaient alors les opinions et la marche des af^ faires devait être de trouver les moyens d'extorquer le plus possible, tantôt à force ouverte, et tantôt par la fraude, le fruit de la sueur des malheureux cour damnés à travailler pour leurs tyrans. Ce n'est donc que depuis l'époque où, par une foule de modifica* tions successives, l'état de barbarie qui jadis pesait également sur toutes les nations eut commencé à s'altérer d'une manière sensible , qu'on a pu recueillir une certaine masse de faits plifs satisfaisant , et en-^ suite se livrer à la recherche des principes qui devraient guider tous les faits de l'industrie humaine, ainsi que le partage des produits de cette industrie.

Pour avoir une idée de la manière dont la science a été traitée depuis cette époque dans ses rapports avec les autres sciences , on peut ranger en trois classes principales les écrivains qui en ont fait Tobjet spécial de leurs travaux.

Et d'abord , quant à cette classe d'écrivains qu'on a nommés spécialement les économistes ^ qui fleurirent surtout en France dans la seconde partie du dixhuitième siècle ( 1 ) , il suffit à mon objet actuel de

(i) Il est juste de dire que l'Italie , qui nous a fourni tant de modèles dans tous les getires , avait aussi devancé le resté de l'Europe dans l'observation des saines maximes d'écono' mie politique. Dès la fin du XVI« siècle, Davanzati et quel*

faire observer qu'ils ont en général trop confondu les questions purement économiques avec celles de la politique et delà morale; d'ailleurs ces deux dernières sciences étaient alors trop imparfaites pour que ces hommes, quoique très-estimables, aient pu suivre une bonne méthode , ni remonter aux vrais principes qui sont communs à toutes ces sciences. Cependant on leur doit beaucoup, car ils firent tout ce qui était possible dans les circonstances où ils se trouvèrent.

Depuis Adam Smilh^ au contraire, qui certainement a fait faire de grands progrès à la science , il s'est formé une nouvelle classe d'économistes , qui me sem-

ques autres écrivains avaient écrit sur la monnaie et les lettres de change 5 et dans le commen cernent du XYII*' siècle , An. loine Serra fit un ouvrage ex professa sur les causes de la richesse des nations y titre absolument semblable à celui qu'adopta le célèbre Adam Smith plus d'un siècle et demi après. Enfin , dans le XYIII^ siècle , mais avant Quesnay en France et Smith en Angle teiTe , plusieurs autres écrivains italiens avaient promulgué presque tous les principes qu^ furent exposés sur la fin du même siècle par les économistes français et anglais. Il n'entre point dans mon sujet de rechercher si les mêmes idées furent suggérées dans ces différens pays par des circonstances analogues ^ ou si les auteurs italiens étaient connus en France et en Angleterre lorsqu'on commença respectivement à s'y occuper de ces questions^ mais la justice nous ordonnait de mentionner ici la part que ritalié avait prîse dans cette importante série d'idées. On peut d'ailleurs se faire une idée plus étendue sur ce sujet en consultant l'jS'/oge d'Antt)ine Serra, que le professeur Salfi, aujourd'hui l'un des rédacteurs de la Revue encyclopédique , publia en iSooi à Milan.

blent être tombés dans l'extrême tout-à-fait opposé ; car généralement ils ont trop séparé réconomie des considérations politiques. On diraitiju'ilsn^ont d'autre but que celui de trouver les moyens d entasser productions sur productions , sans se mettre en peine si leurs créations doivent contribuer ou non au bonheur de l'espèce humaine. Je ne dis pas qu'ils aient toujours suivi Cette marche exclusivement , mais telle a été leur tendance générale. J'ajouterai néanmoins à leur égard, comme pour les fondateurs de ia science, qu'ils ont rendu de grands services, et ^u'tlne telle marche était presque inévitable avant de pouvoir arriver à une méthode réellement plus philosophique.

Enfin, depuis quelques années seulement, l'on a commencé à rattacher, d'une manière vraiment rationnelle, les principes de l'économie à ceux de l'idéologie, de la morale et de la politique. Quelques hommes se sont proposé maintenant oe double problème, le seul, ce me semble, qui puisse conduire à des résultats complets et concluans : « Comment doîtbn diriger les forces humaines pour '>btenir la plus grande production possible des véritables biens? Et comment doit-on distribuer ces biens pour 4que l'qspèce humaine en retire la plus grande somme possible de bonheur?

Deux écrivains se sont principalement distingués dans cette nouvelle carrière : le premier est M. de Tracy, qui, dans le IV* volume des Élémens généraux d'idéologie a s'est appliqué surtout à faire voir comment les premiers principes de l'économie sont 1^ à ceux de la science de nos facultés intellectuelles et

' tnoraleB (i); l'autre est M. William Thompson, au-teur anglais., qui dans son ouvrage sur la distribution de la richesse y s'est proposé uniquement la recherche <le8 moyens propres à diriger le travail de l'homme , ainsi que la distribution du produit dii travail vers

LA PLUS GRANDE MASSE POSSIBLE DE BONHEUR. Or, COmmC

j'adojpte presque complètement les opinions respectives de ces deux écrivains sur le sujet qui nous oc^ cupe, c'est d'eux que j'emprunterai principalement la substance des principes que j'ai maintenant i exposer.

Je vais d'abord présenter ceux qui rattachent la «cieuce de l'économie à celle des facultés intellect tuelles et morales. L' économie ^ aussi bien que la morale, a ses premiers rudimens dans i' idéologie ^ puisque cette dernière science comprend l'analyse de tous les ^mens de notre faculté sentante , dont une des par^ tîes esaentidUes est tA volonté , mobile immédiat de toutes nos actions^ et par conséquent de tous les £Euts éconcMniques* D'ailleurs, les autres sensations, savoir la sensation simple ou primitive, celle du souvenir, et celle du jugement, dont les phénomènes ifont Tobjet plus spécial de l'idéologie , influent toutes sur notre volonté, et par conséquent sur nos actions* Enfin c'est dans la même analyse qu'on peut voir ccmment nous apprenons à distinguer notre indivi-

{i) Dans cet ouvrage M. de Tracy n'est pas entré dans beaucoup de développemens sur la partie d'application; mais il but voir , dans son Commentaire sur f esprit des lois y avec <pielle sagacité ii traite une foule de questions économiques ^lecoiidairai.

i64 dualité de celle des autres êtres , et comment nous entrons en rapport avec eux. Or sans toutes ces notions il serait tout-à-fait impossible de rien déterminer quant à la théorie des actions de l'homme , tant sur lui-même que sur les autres corps de la nature , animée ou inanimée.

Mais ce qu'il importe encore de remarquer avant d'aller plus loin, et ce qui prouve toujours davantage le rapport des diverses branches des sciences morales , ainsi que le croisement, continuel de leurs principes respectifs, c'est que dans l'exposition des principes qui sont plus spéciaux à l'économie lorsqu'on ne considère que le résultat de nos actions , on retombe inévitablement dans le domaine de l' idéologie et de la morale si l'on regarde ces actions dans leurs effets sur nos idées et nos sentimensj ainsi que dans la réaction de nos idées et de nos sentimens sur nos actions elles-mêmes. Enfin dans cette même exposition de principes spéciaux à Y économie^ l'on rencontre également ceux du droit lui-même j dont la notion ne peut dériver, comme nous le démontrerons plus tard , que de la conformité de ce qu'on prétend être le droit avec la vraie nature de l'homme, c'està-dire avec ses vrais besoins , sous les divers rapports idéologiques^ moraux et économiques.

Maintenant je vais entrer plus |spécialement dans ce qui concerne l'économie , qui forme le principal objet de ce chapitre.

L'homme existant, non-seulement comrae simple vertu pensante , mais encore avec la faculté d'éprouver des désirs ; et de plus , ne vivant point d'une ma-

mère isolée , mais en contact avec d autres êtres de son espèce , il faut rechercher avant tout quels isont les développemens qui doivent naître en lui de ces deux circonstances principales. Examinons d'abord les effets de la première :

hsL volonté, ou sensation de désir, comme nous l'avons vu au chapitre précédent, est nécessairement suivie de l'idée de souffrance dès qu'elle n'est pas satisfaite. Or voilà dès le premier pas l'origine de nos BESOINS, qui se résolvent toujours dans le besoin général de ne pas souffrir une peine , ou dans celui d'éprouver une jouissance.

D'un autre côté il est reconnu que c'est la volonté qui détermine toujours notre faculté d'agir extérieur rement j ce qui est le principe de toutes nos actions; ainsi l'on voit naître de la même source l'idée de tous les MOYENS quc nous pouvons appliquer à noà besoins.

Mais s'il est vrai que l'ensemble des moyens de l'espèce humaine constitue tout son avoir, tout ce qu'on peut appeler des biens ^ on voit encore découler naturellement de là l'idée de propri^ité , qui n'est autre chose que ce qui appartient spécialement à chaque, individii , ce qui lui est propre dans la somme générale des moyens , idée qui recevra bientôt de plus amples développemens.

Si maintenant nous supposons d'abord que

l'homme soit isolé dans l'univers , nous reconnaîtrons

que, dans cet état, il est conforme au vœu de sa na-

tare qu'il fasse tout ce qui est en son pouvoir pour la

satisfaction de ses besoins. Or cette loi est une né-

eessité impotée par cette mèine nature , c*ës^-dîi» par le» prîndpes die «on organisation^ nécessité à la-* quelle il doit se soumettre , sous peine de^périr ou dp souffrir. Cette nëcessilé est donc impérieuse envers lui , elle lui impose donc le devoir de faire tout ce qui lui est possible , dans cet état dlsotement^ pour satisfaire à ses besoins. Mais il y a plus encore , et déridée de devoir y expliquée ainsi que je viens de le faire, découle aussi nécessairement celle de droit ; car te droit qu'a Thomme (toujours dans cet état dlsrfement) de tout faire pour ne pas souffrir ou périr, est inhérent à la nécessité ou au devoir que la nature \wk a imposé à cet égard ; et il aurait bien ceitainement tort d'ag^ autrement , ce qui est bien Fid^ C<»Eitraire â celle de droit. On voit donc ici que les idées de devoir et de droite par une suite de dédut>tions naturelles , ont aussi leur source première dans la notion delà volonté. Plus tard , à mesure que notre sujet l'exigera, nous donnerons à ces premières idées les développemens nécessaires , et nous examinerons une objection principale qu'on a élevée depuis peu contre la réalité même de l'idée de devoir et de droit.

Ce que nous yei;ions de dire ne s'applique ^ni toute son extension qu'à Thomme considéré comme s'il était absolument isolé \ mais dès qu'on l'observe en contact avec d'autres êtres doués comme lui de k^oinê et de moyens de même nature , ayant les mêmes devoirs et par conséquent les mêmes droits pour Vêtp^ plication de leurs moyens à leurs besoins, on voit aussitôt que les rapports doivent changer. Les devoin

et les droite de ces êtres semblables devront nécess^î^ renient se modifier les uns par les autres ; sinon leur développement entier et simultané serait impassible. La prétention indéfinie des droits de chaque individu serait exclusive des droits de chacun des autres , et tous seraient obligés de se fuir ou de chercher à se détruire réciproquement. Or c'est aussi la nécessité de n'en point venir à l'un ou à l'autre de ces extrêmes qu'on peut regarder comme une de^ prbhiebes ^asss

nS TOUTE SOGIÀBIUTÉ.

Hobbes a prétendu que le premier désir de l'homi^e, à l'aspect de son semblable, était de le subjuguer;^ et il en conclut que l'état naturel de l'espèce humaine est Vétai de guerre j d*où il tire bit^tot le prétendu droit du plus fort. Montesquieu combat cette opinion , mais seulement en ce qu'il prétend que l'état de guerre n'est point le premier état de l'homme , et ne commence qu'après rétablissement de la société. Je ferai bientôt voir que ces deux auteurs ont paiement méconnn la vraie nature de l'homme , en sup^ posant un temps où l'honune ne serait pas en état d^ société. Pour le moment il me suffit de faire voir que Montesquieu n'a fait que substituer ici une erreur à une autre : en efi*et les hommes , par les lois de leur organisation , ne sont entre eux , d'une manière exclusive et nécessaire, ni dans un état de guerre^ ni ian^ un état de paix. Il est vrai que le croisement de leurs intérêts tend s^ns cesse à faire naître entre eux des difficultés ; mais , d'un autre côté, la nécessité de concilier ces mêmes intérêts , jointe au besoin de se recourir mutuellement , et à l'attrait qui les porte les

uns vers les autres , tout cela tend à les rapprocher sans cesse. Il y a donc entre eux un état de balance continuelle entre les dispositions hostiles et ceUes d'un rapprochement.

Ces premiers développemens du principe qui nous porte à vivre en société nous mettent dans le cas , ce me semble, d'entendre nettement ce que Rousseau appelle le contrat social : c'est un contrat tacite^ ou, comme disent les jurisconsultes, un quasi-contrat , résultant du seul fait de rapprochement de plusieurs individus , fait qui indique leur intention res-^ pective d'améliorer ainsi leur position. L^on a donc eu tort d'accumuler tant d'argumens contre le fond de cette idée, laquelle n'avait besoin que d'être mieux précisée. Il est évident qu'il existe tacitement^ entre des êtres qui se rapprochent ou qui ne se repoussent pas complètement, la convention générale de s'entr'aider et de se respecter les uns les autres ; d'où résultent ensuite une foule d'autres conventions ;»«rticulières^ tantôt expresses et tantôt tacites , que nous nommons plus spécialement des contrats ou des quasicontrats, et qui ne sont dans le fait que des articles de détail du grand contrat général et primitif. Cette observation me semble tellement féconde en déductions importantes , qu'elle nous montre l'origine véritable de toutes les branches possibles du droit, puisque toutes les règles possibles d'oi^anisation sociale n'auront jamais pour but que d'établir ou de consolider quelque partie du grand objet du contrat général d'association.

Maintenant , si nous voulons faire quelques pas de

plus dans la recherche des fondeinens de ces règles sociales , il nous sera indispensable de rentrer dans la série des notions spécialement idéologiques, que nous avons été obligés de perdre un instant de vue ; car il faut bien nous garder d'abandonner inconsidérément le fil qui peut seul nous conduire dans le labyrinthe obscur des erreurs qui se sont accumulées depuis tant de siècles.

Nous avons reconnu plus haut que l'idée de propriété individuelle dérivait de Fidée plus générale des moyçns que nous possédons tous personnellement pour satisfaire à nos besoins. Or, comme une application fautive de ces moyens a des conséquences funestes pour Fétat social, en empêchant la conciliation des divers intérêts et le développement des affections sympathiques, il importe, avant d'aller plus loiu , de déterminer le sens du mot propriété.

Pour y pai^venir d'une manière satisfaisante, je ne saurais faire mieux que de transcrire encore un passage des Élémens d'idéologie de M. de Tracy , t. IV, pages 76 et 78. Voici ce passage :

« On a instruit solennellement le procès de la propriété^ et apporté des raisons pour et contre , comme s'il dépendait de nous de faire qu'il y eût ou qu'il n'y eût pas de propriété dans ce monde ; mais c'est lu méconnaître tout-à-fait notre nature : il semble , à entendre certains philosophes et certains législateurs, qu'à un instant précis on a imaginé spontanément , et sans cause , de dire mien et tien. Cependant mien et /léTi^ ou plutôt moi et autre que moij sont nés, sinon 'e jour même où un être pensant a éprouvé des. im-

pressions, du moins celui où, en conséquence de ses impressions , il a éprouvé le sentiment de vouloir , la possibilité d'agir qui en est la suite , et une résistance à ce sentiment et à cet acte. Quand ensuite, parmi ces êtres résistans , par conséquent autres que lui , Télre sentant et voulant a reconnu qu'il y en avait de sentans comme lui , il a bien fallu qu'il leur accordât une personnalité autre que la sienne , un moi autre que le sien et dijfférent du sien ; et il a été toujours impossible, comme il le sera toujours, que ce qui est sien ne soit pas différent pour lui de ce qui est leur. Il ne s'agit donc pas de discuter d'abord s'il est bon ou mauvais qu'il existe telle ou telle espèce de propriété , dont nous verrons par la suite les avantages ou les inconvéniens ( i ) ; mais il fallait avant tout qu'il existât une propriété fondamentale , antérieure et supérieure à toute institution, de laquelle naîtront toujours tous les sentimens et les dissentimens qui dérivent de toutes les autres. Ce sont là j ou Je m'abuse beaucoup , d'éternelles vérités, contre les-

(i) J'examinerai, dans le traité de droit constitutionnel y jusqu'à quel point il serait possible et convenable de mettre en commun certaines masses de biens, d'où l'on tirerait ensuite les portions qui , dans la consommation , devraient devenir propres à chacun des membres de la société. Mais , quoi qu'il en soit à cet égard, on ne pourra jamais détruire la loi de n.écessité qui fait que certains biens doivent en définitive être appropriés à chaque individu. La propriété ^ contenue dans ses bornes légitimes , est donc une chose inévitable , intimeinent liée à notre nature, et contre laquelle il ne faut ni déclamer, ni se roidir , mais qu'il s'agit de régler selon le véritable vpeu de cette même nature. ( Note de M. Rey . )

quelles viendront toujours échouer toutes les déclamations, qui n'ont pour base que l'ignorance de notre véritable existence, et qui n'ont dû qu a cette ignorance le grand crédit dont elles ont joui dans diflërens temps et dans dîfférens pays. »

Mais il ne suffit pas à l'objet de cet ouvrage d'avoir donné une idée juste de l'origine et de l'existence inévitable de la propriété ; il faut encore examiner les modes légitimes de l'exercice de ce droit dans chaque individu.

Nous avons déjà vu que nos facultés personnelles sont la base de tous nos moyens. Sans l'application de ces facultés aux objets extérieurs pour nous les approprier j pour les faire nôtres^ nous ne pourrions jamais avoir aucune propriété de ces objets. Cependant, eomment se fait-il que la plupart des jurisconsultes aient à peine ccmipté au nombre des manières d'acquérir la propriété cette application de nos facultés,, c'est-à-dire le travail ^ physic[ue ou moral? Comment se £aitm que pendant tant de siècles cette source , la 8EULE liGiTUMK, dfe toutc propriété ait été regardée comme dégradsmte? Comment se fait-il que durant la révolution française même , à l'époque où les idées, d'égalité absolue étaient les plus exaltées, presque tous les publicistes aient persisté à considérer la propriété industrielle^ ce résultat immédiat de l'appliça-. tion de nos facultés personnelles , comme étant d'un^ nature moins fondamentale que la propriété foncière^ qui cependant ne participe souvent que d'une ma-* nière très-éloignée et très-imparfaite de cette appliç^tkm de nos facultés? Comment se fait-il encore que

de nos jours , dans la lutté établie entre les fauteurs de Taristocratie et les publicistes libéraux , ces derniers osent à peine mettre la propriété industrielle au niveau de la propriété foncière , abstraction faite du travail qui la met eu valeyr? Comment se fait-il enfin que tous se soient contentés d'invoquer à cet égard des considérations secondaires , quelquefois même de purs motifs de parti , et qu'aucun ne soit nettement remonté aux premiers principes qui dominent la question? 11 me semble évident qu'on le doit au défaut de fixation préalable des véritables principes de l'économie, et auparavant de ceux de l'idéologie et de la science morale qui en sont la seule et unique base. C'est à chaque pas que nous trouvons de nouvelles preuves de l'influence nécessaire de ces principes sur ceux de la législation , aussi bien dans les branches les plus éloignées du droit privé que dans le droit public.

Les jurisconsultes et publicistes qui ont traité des manières d'acquérir la propriété se sont presque tous accordés à considérer la première occupation comme fondant par elle seule un droit de propriété. C'est en conséquence de ce principe que divers souverains de l'Europe , lors de la découverte des Amériques et d'autres terres nouvelles , se sont considérés comme légitimes propriétaires de tout le territoire découvert en leur nom. Je n'ai pas besoin, je pense, de faire voir la nullité de ce prétendu droit sous le rapport de la violence exercée envers les indigènes de celles de ces contrées qui se trouvaient habitées ; et je soutiens eacore que le seul fait de la prise de possession * autr^

que par le travail , ne suffit point pour fonder sur les terrains qui y sont situés un véritable droit de propriété.

Lors même qu'on ne rémonterait pas d'une manière positive aux principes, personne ne pourra 8 empêcher de sentir, même sans s'en rendre bien raison, combien il serait injuste et absurde qu'il pût suffire à un seul homme de mettre le pied sur un terrain immense pour le frapper aussitôt d'une interdiction absolue de propriété à l'égard du reste du genre humain. Mais , en consultant les principes développés antérieurement, l'on conçoit clairement une partie des motifs de cette absurdité et de cette injustice (i). En efft, puisque les facultés personnelles de chaque individu sont ce qui constitue ses propres moyens , ce ne peut être que par l'application de ces moyens aux objets autres que lui qu'il peut faire participer ces mêmes objets à cette qualité de lui devenir propres. Sans l'application de notre faculté travaillante aux objets qui, par ce moyen seul^ deviennent ce qu'on nomme des biens ^ ces biens ne seraient pas créés , ils n'existeraient pas. 11 y a donc de celui qui travaille à l'objet créé par le travail une relation intime , celle de la cause à l'effet. Il y a une véritable émanation du travailleur qui se fixe sur l'objet tra- Yaillé. Or c'est ainsi, et seulement ainsi, que l'homme

(i) Plus tard je saisirai la question sous un autre point de Vue , d'après la série d'idées de M. Thompson, dont je n'ai lu l'ouvrage que plusieurs années après la rédaction première ^e cet écrit.

t'approprie lkgiIttmïimbnt une partie des objets autres que lui : ainsi je découvre une île entièrement dépourvue d'habîtans, mais qui contient, par exemple, cent mille lieues carrées ; tant que je me borne à fouler de mes pieds une partie de ce territoire, sans y faire aucune espèce d'acte qui me procure un autre usage que celui de rester sur ce lieu , mon droit de propriété ne s'étend pas au-^elà de cette faculté , ainsi restreinte et transitoire ^ de ne pas être déplacé de cette petite parcelle de terrain où je suis actuellement placé. Mon droit n'acquerrait pas plus de force ai j'imaginais de tracer une ligne tout autour; et ce droit ne serait pas encore très-sensible si je parvenais à enclore le terrain d'une manière matérielle Dans ce dernier cas cependant il y a travail , et un travail qui peut être très-considârable ; mais ce seul fait de clore un immense territoire, pour un seul homme, ne lui donne guère plus de moyens de se procurer ce qui est nécessaire à ses besoins (i). Mais que je choisisse un., deux, trois arpens, suivant mes justes besoins, que je les entoure d'une clôture pour en préserver les productions naturelles de l'atteinte des bêtes fauves, ou de celle d'autres hommes qui pourraient survenir et m'enlever le fruit de mon travail , alors je commence déjà à avoir un véritable droit de propriété sur cette quantité de terrain, parce

(i) Bientôt j'aborderai un autre motif qui s'oppose à ce qu'un ou plusieurs individus donnent une extension trop grande même à Y appropriation par le travail et par t industrie , à l'exclusion d'autres individus.

que j ai employé mes facultés pour que les productions naturelles de ce terrain me restent propres^ pour qu elles soient à mon usage exclusif. Si à ce premier travail j'ajoute celui de cueillir ces productions, de les disposer d'une certaine manière pour les conserver, si je (es mets à l'abri, si je les enferme, si je les prépare pour mon usage , a chacune de ces opéra-» tioQS ma propriété augmente , ainsi que le droit d'en jouir. Enfin j'augmente toujours davantage et la f7r^priété et le droit ^ si je cultive la terre , si je fais des plantations, si j'éloigne des causes de destruction, si je trouve une méthode pour multiplier ou accélérer les produits, etc.

Jusqu'ici notre principe me parait peu susceptible de controverse; mais, d'une part , je Veux poursuivre l'hypothèse du défrichement et de la culture d'une certaine quantité de terrain pour un seul homme; d'autre part , je supposerai l'intervention de nouveaux occupans , quant à la généralité de l'ile , soit par l'arrivée d'individus absolument étrangers , soit par le simple développement des familles du premier occupant; et alors il s'agira de savoir dans quelle latitude ce dernier ou un petit nombre des occupans postérieurs pourront s' approprier ^ même par le travail ou l'industrie, les diverses parties du territoire en question. Si l'un d'eux, par exemple, à l'aide d'une mtelligence supérieure, ou par la découverte d'un procédé très-expéditif , parvenait à cultiver avant les: autres un terrain au-delà de toute proportion avec ses besoins, de manière à rendre impossible aux autres occupans \ appropriation ultérieure, aussi par le tra-

vail , d une quantité de terrain nécessaire à leurs befsoins 5 le droit du premier occupant ne devrait-il donc rencontrer aucune espèce de bornes?

La réponse à cette question se trouve renfermée implicitement dans Tun des principes que nous avons déjà établis. Nous avons vu précédemment que si l'homme, dans Y état d'isolement absolu, a le droit d'employer tous ses moyens pour la satisfaction de ses besoins, ce droit est nécessairement restreint par tm droit de même nature , appartenant à d'autres individus dès qu'on suppose l'état de société, puisque cet état ne pourrait subsister si les droits divers n'étaient pas exercés dans une juste balance. La faculté de nous approprier les objets autres que nous, même par le travail, doit donc être modifiée par la nécessité de respecter en autrui la même faculté. Or, n'estil pas évident que cette faculté serait absolument annulée chez les autres membres de l'association, ou que son exercice serait dans un état perpétuel d'interdiction, si l'un d'eux ou un certain nombre d'entre eux pouvaient, par un développement excessif de leurs facultés , rendre impossible toute application des facultés de leurs co-associés? Les avantages de l'association disparaîtraient entièrement pour ces derniers, le lien social serait rompu a leur égard , on les aurait placés dans un véritable état de guerre ; on doit donc conclure absolument que le droit de propriété , de la part des individus d'une société, doit recevoir certaines limites.

Mais quelles seront ces limites, et leur détermination est-elle possible ? D'ailleurs , diront les partisans

»77 de laccumuiation des richesses dans uu petit nombre de mains, la 'seule proposition de ramener un peuple à l'égalité , lors même que cette égalité ne serait pas une chimère absolue, nç plongerait-elle pas la société dans la plus affreuse anarchie , en renversant tout ce qu'il y a de légitime et de sacré sur la terre? Je vais répondre à ces objections autant que l'état de la question le comporte, sauf à ajouter d'autres motifs de conviction à mesure que le sujet se développera.

D'abord, quant à V égalité des biens, nous ferons voir bientôt jusqu'à quel point elle nous semble pos*< sible et juste; mais en attendant, il suffit d'observer que dans notre hypothèse actuelle^ nous n'avons réprouvé que la possession d'une portion de biens tout-^-fait excessive j et au-delà de toute proportion avec les besoins du possesseur, tandis que ses co-associés n'auraient pas les moyens suffisans de satisfaire les leurs. Supposez, par exemple, une ville assiégée , où les subsistances totales pourraient amplement suffire aux besoins de toute la garnison, mais où un général, sur le motif qu'on devrait à sa bonne administration l'approvisionnement de la place, voudrait s'approprier Une telle quantité de vivres que le reste des soldats manquerait de tout, ou n'aurait que des vivres insuffîsans ; un tel général ne serait-il pas unir versellemuent accusé de trahison? Est-41 un seul tribanal sur la terre qui hésitât à le condamner? Eh bienl dans toutes les autres circonstances possibles de la vie, peut-on «jamais soutenir qu'un individu puisse légitimement , et sans rompre lui-même le lien social, Qiccuiaulj?r,dans s€;s mains une telle quantité

de biens qu€l les autres membres delà société soient réduits au-dessous de6 moyens de satisfaire leurs besoins?

Quant au reproche d'anarchie qu'on adresse si indiscrètement à tout partisan d'une juste distribution, ce reproche est souvent bien ridicnk. Dans cette circonstance on peut ainsi le traduire : o C'e9i prêcher l'anarchie de nier qu'un membre de la saciéte ait le droit d'empêcher les autres d'eœiHer. » Et voyez Tinconséquence de certains pubïicistes i tous les codes de droit privé renferment , par exemple , la disposition que le propriétaire d'un terrain supérieur ne peut priver le propriétaire inférieur du cours de certaines eaux; eh bien! il ne s'agit pourtant ici que d'un seul besoin de la vie, et l'on soutient gravement qué l'on ne peut, sans renverser l'ardre soeiatjt contester qu'un membre de l'association ou un certain noiDbré de ses membres puissent accumuler tous les moyens d'existence de cette société 1 Le seul Eût d'un reproche aussi. insensé n'annonce- t-il pas, au contraire , le renversement absolu de toutes les idées vraiment sociales? Et n'est-il pas manifeste que la véritable dés'organisation , que le véritable désordre social n'existent en réalité que dans le système ^ue nous combattons?

Quant à la difficulté de déterminer les vraies^ limkes du droit de propriété pour chaque individu , je suis loin de la dissimuler, et C'est ici que je vais Irouver ungrand secours dans la série d'idées de M. Thompson, le seul écrivain , selon moi , qui ait bien fait voir le vîcè et toû's lès Iticôifitlétïîenè du mode de disiribntion

»79 qui prévaut généralemeut daos nos sociétés. Toutefois, comme il importe au succès même de tout systeuie basé sur la vérité qu on ne dissimule point ses imperfeetioos , je commencerai par examiner quelques propositions des premiers chapitres de cet ouvrage , propositions qui me semblent reposer tout au moins sur une inexactitude dans l'analyse même de leurs élémens. D'ailleurs l'examen de ces propositions aura encore l'avantage de me conduire au développement de pluaieurs idées fondamentales sur le sujet actuel de nos recherches.

M. Thompson, qui adopte en cela l'opinion d'Adam Smith et de {presque tous les écrivains de cette école, soutient d'abord, pages 6 et 7, que le travail de l'homme est le seul agent de la richesse , et que Topération de la nature ne constitue nulle chose un objet dç richesse ( 1 ) . S'il se fût borné à dire que le travail de l'homme fait naître seul la propriété , je se* rais parfaitement de son avis ; mais il est allé plus loin , et il prétend , comme je viens de l'énoncer, qu'il est la seule source de ce qu'on nomme richesse ou biens. Pour soutenir son assertion , il établit une différence, qui ne m^ parait pieis fondée sur une bonne classification, entre ce qu'on appelle des objets de

(i) GiBune lea anciens économistes soutenaient que la terre, ou autrement le cravaîl de la nature , est la seule source de la richesse , aiotfî les économistes iQodernes , par cette disposition trop naturelle qui fait presque toujours tomber d'un extrême ilao^ l'autre y auront été conduits à la proposition ^iMDétrtlement opposée, savoir : qve le travail de rhonwie^t la 8EULK source de richesses.

richesse^ et ceux qui ne sont que des objets de désir et de bonheur. Il range dans cette seconde classe la terre, Tair, la chaleur, la lumière, le fluide électrique, Feau, etc. , et son principal argument pour une telle distinction est que , sans un acte quelconque de rhomme , ces derniers ne peuvent lui être d'aucun usage. Mais, indépendamment de ce que ce fait n'est pas exact , puisque plusieurs de ces objets sont très-utiles à l'homme sans aucun acte (i) de sa part, on pourrait dire aussi bien qu'une foule d'objets auxquels beaucoup d'actes de l'homme se sont appliqués ne sont néanmoins pas encore de la richesse ^ puisqu'il en est où il faut une longue suite d'opéra-

(i) M. Thorapson n'entend certainement parler que d'actes extérieurs de Thomme , d'actes qui sont en général le produit de sa volonté et dont il a la conscience. Il uepeiit. être ici question d*actes intérieurs ^ qui ont lieu sans la volonté de l'homme et souvent même sans qu'il en ait la conscience, comme la i*cspiration ^ la digestion^ la circulation du sang y l'absorption ou la sécrétion de certains fluides et gaz, etc.^ car si l'on devait prendre le mot ayante ou Refait dans une telle généralité, il serait vrai de dire que rien dans la nature ne peut s'appliquer à l'homme, sans qu'il y ait en lui uni de ces faits ou actes intérieurs ^ mais ceci nous ferait sortir entièrement de la question , et ce raisonnenfient s'appliquerait aussi bien aux mouvcmens intérieurs des objets que nous appelons inanimés , -puisque aucun phénomène chimique ne peut se concevoir sans quelque mouvement ultérieur des divers corps , d'après les règles d'affinité dans ces corps les uns envers les autres , et aussi d'après la portion du mouvement général des grandes masses , mouvement atiquel participe nécessairement chaque molécule de tous les corp^» de la nature. - i . .

tions avaul de- |>ouvoir les faire servir a uotre usage. Ainsi le fer-qui a déjà reçu plusieurs travaux avant d'être changé en acier, mais qui n est pas encore converti en instrument , ou qui même étant dans ce dernier état n a pas encore servi dans la main de l'homme aux actes d'une production quelconque , cet acier ne serait point un objet de richesse; ainsi même, rhorloge qui n'est pas montée ne serait pas un objet de richesse^ malgré les travaux de mille genres qui ont concouru a cette œuvre si compliquée. On voit donc que la distinction dont il s'agit n'est point fondée , et qu'elle repose i^ur quelque notion mal analysée. Voici, ce me semble^ à quoi sc3 réduit l'exacte vérité sur ce point : il est certain que , pour une grande partie des objets de la nature , il faut toujours un ou plusieurs actes de l'homme pour que ces objets soient définitivement appliqués à ses besoins. Ainsi l'eau , même là où elle est abondamment fournie par la nature, doit au moins être rapprochée de ma bouche pour me désaltérer; ainsi le fruit d'un arbre, produit et mûri par la. nature, doit être cueilli ou ramassé, et rapproché aussi de la bouche de celui qui veut le manger. Mais, dans une acception aussi étendue, il; en serait de même de tous les objets fournis par le travail de l'homme , même de ceux qui ont reçu la demièire façon, tant qu'il reste à faire l'actevde les rapprocher de la partie de nous-mêmes ù laquelle ils doivent immédiatement servir. Ainsi , à la rigueur , l'horloge, quoique déjà montée, tant que l'œil n!a pas été dirigé vers son cadran, ou tant que l'oreille n'a. pas été frappée du, sou des heures, l'horloge jacs serait;

pas plus un objet de richesse que l'eau qui n'est pas encore dans la bouche , ou que la poire qui n'est pas encore entamée par la dent de l'hoimne. Il faut donc rétablir les mots dans leur véritable acception , et dire simplement que s'il faut toujours, il est vrai^ que^ que acte ou participation quelconque de l'hmniûe pour Tappucation immédiate des cbjets â la satisfac* tion de ses besoins, il n'en est pas toujours ainsi poUi^ la pnODucnoïi de cies objets jusqu'au point où il n'y a plus qu'à les rapprocher de nous. D'abord la nature a toujours fait un premier travail, car elle est le grand laboratoire des éléraens de toute chose ; mais lî'est tantôt elle seule qui a fait tous les frais de tra*» vail , tandis que d'autres fois elle n'en a fait qu'une partie plus ou moins grande. Selon que le sol est riche ou aride , selon que le climat est froid ou chaud, selon que l'eau est rapide ou stagnante , pure ou itor pure , le travail de l'homme est plus ou moins né** cessaire , et il a plus ou moins de part â la p^odiK^'^ tiou ; enfin nous avons même vu qUe souvent il n^ a aucune espèce de part , sauf le simple acte dtl rapprochement de l'individu qui doit en faire l'application immédiate à ses besoins.

Unie seconde opinion que je ne puis partager daûs l'ouvrage de M. Thompson . est celle d'après laquelle il ne croit pas devoir comprendre sous le mot de richesse les moyens moraux de se procurer des jouissances , et même quelques-uns des miiyens physiques, tels que la lumière, l'eau et autres objets que la nature seule produit sans aucune opération ajoutée par le travail de l'homme. Il parait que cette d^

niésre circonstanct) est surtout cellq qui établit à ses yeux la difttinctioii entre pe qui est richesse et ce qui ne Test pa»; car il la préseate commp argqment, tant pour exclura oeu\ des lupy^s ph^f^tj^s exceptés par lui , que pour TeKclusion de . toute la classe des moyens moraux. Pour luoi , ye ne peuse pas que cette simple circourtauce ait un caractère suiSs£int pour établàr une telle distinction. D'abord , il y a en^cpre ici tine inexactitude de fait .quan( à une p^rti^ àf^ leur application, puisque so^^veut Jle travail le plif^ matériel est employé ppw. Vf^cquisitjop di^s jo^yçn^ VÊOratm de ^missance , couwie dans \^ peifrfure » Tymprimerie, etc. ; car on ne .doit jam^s oublf^» qM^ s'il peut être utile é l'analyse de nos facultés de distinguer , par AiATHACTioN , nos facultés morales de cçUes pfysùfwsj il n'exjste â cet égard da^s la nature aucune ligme de démarcation précise ^puisque leurs phénomènes se xx)nfondent à chaque instant. D'ailleurs k seule circonstance vraiment caractéristique pour faire exclure certains moyens de jouiss^ance de la classe des objets de «rictiesse , ou autr^nent de la diasse des biens j serait qu'ils ne fussent pas des biens ^ ce qui implique contradiction. Mais, pour ju,stifiei l'exclu^ sion des moyens moraux de la classe de»s objets de richesse, M. Thompson ajoute^ comme autre argt^^ ment , que cette espèce de moyens n'est pas susceptible d'accumulation. Je ferai encore ici l'observation cidessus quant a l'inexactitude du fait ; car les moyens moraux de jouissance, fixés il est vrai sur des objets physiques , idont on ne peut aussi les séparer que par abstraction, sont très ~ susceptibles d'accuniulatiûn ^

comme , par exemple , dans u*ie galerie de tabieaot, un muséum d'histoire naturelle, une bibliothèque, et dans Thomime même de génie, quÎTéunit souyent dans sa tête le résultat des accumulations morales dç plusieurs siècles. Mais, outre cette première considération, je répéterai de nouveau qu'une telle circonstance ne serait pas caractéristique pour fonder une nouYelle classe d'objets. Cette Simple circonstance peut bien être utile dans les questions secondaires d'économie, pour distinguer ce qu'on appelle capital, '6u autrement lé résultat accumulé du travail, du résultat immédiat qui 9e 'coi^somme de suite; mais die ne pourt^ît servir à faire distinguer ce qui est richase ou T^àn richesse. Enfin je trouve qu'il y a des inconvéniens à rétrécir ainsi l'idée totale qu'on attache au mot richesse, surtout lorsqu'on doit lier les principes de l'économie , d'un côté à ceux de l'idéologie et de la morale , et de l'autre à la science du droit et de la iégislation. Avec un point de vue si général il faut embrasser tous les rapports du. sujet, sous peine d'être exposé à déduire de fausses conséquences, ou à laisser de justes conséquences sans appui convenable ; ce qui doit arriver nécessairement lorsqu'on a oublié des. élémens indispensables à l'établissement des véritables principes.

H est une troisième proposition de l'ouvrage de M. Thompson , qui fait lobjet de la section 5 du chapitre i*^', et qui me semble encore erronée. L'autfeur pose en fait que « tous les membres de la société humaine (en exceptant les cas, de mauvaise confirmation), étant doués d'une semblable confor-

niation physique , sont susceptibles^ avec un traitement semblable j de jouir de portions égales de boi>* heur. » M. Thompson part ici de deux suppositions paiement contraires à tous les faits : la première, qU'il y ait des êtres dont l'organisation est absolument sem-^ blable; la seconde, qu'il soit possible d'appliquer un traitement ab'solttment semblable à des êtres diyers. D'abord le seul fait général qu'un individu est autre qu'un second ou un troisième , ce seul fait est une clifconstance par laquelle son organisation est autre que celle de ces individus; et de cette circonstance complexe découlent une foule de circonstances particulières, qui apportent une gi^andc diversité dans ses facultés, et par suite dans ses sensations. Par exemple , son corps eût-il exactement les mêmes dimensions que celui d'un autre individu, et toutes les molécules intimes de leurs deux corps fussent -elles absolument d'une nature identique, en tous points et dans toutes leurs combinaisons imaginables, il resterait toujours que ces deux corps étant placés dans un lieu différent de l'espace , il naîtrait de ce seul fait une source infinie de sensations diverses , et souvent tout -à -fait contradictoh'es. Je pourrais multiplier amsi plusieurs exeitiplcs de même genre; mais il suffit de celui-là pour prouver, d'une part , qu'il ne peut exister dans la nature deux corps organisés absolument semblables j et d'autre part, qu'en admettant même cette supposition pour un instant , il serait impossible, malgré cette identité, que l'on fût maître ^€ donner à des individus différens une direction au- Plument semblable. Cv qui est vrai, et ce qu'il imporlçî

de savoir, dans la questkm que î'examiae en ce nioment, cest qu'il y a beaucoup d'approKÎmatton (i) dans Torganisation des êtres d'une oiêaie espèce , et qu'avec un traitement à peu prè$ semblable, oa peut leur faire éprouver une inasae de bonheur d'une égalité approximative. Et quant au droit d'égalité (aus$i approximative) dans la îouissanee d0s biens sociaux , que M. Thompson semble a{>pu^r exclusivement sur oette prétendue égalité absolue d'organisation » il serait très-malheureux qu'elle n'eût pas de base plus solide y et c'est ce qui doit me faire pardonner si j'entre dans de nouveaux dévelqppemens sur cette partie de la question.

Je crois avoir démontré qu'il n'y a et qu'il ne peut y avoir aucune similitude absolue dans l'organisatiou des individus divers ; et rien ne me semble plus £àux que cette maxime, énoncée dans les ouvragea de plusieurs philosophes, que , « tous les hommes , sortant égaux des mains de la nature, ne deviennent in^aux que par la société. «Quant à moi, je ne balance pasâ renverser encore ici complètement la proposition ; et je pense au contraire que les hommes naissant inégaux , et avec une certaine tendance à accroître encore cette inégalité , les lois de la société doivent précisément avoir pourhut de combattre cette mal* heureuse disposition. Il est trop vrai que jusqu'à fffésent les législateurs ont presque toujours agi en sens

(i) M. Thompson ; à la fin du passage que je combals, semble vouloir se boi*nei*, en dernière analyse, k la proposition que je présente moi-même.

inverse , et qu'ils semblent n ayoîr eu d Wtre but que d'accroître encore cette ûnperfectîou de notre nature* D n'est que trop vrai qu'ils ont entièrement négligé une autre tendance également naturelle^ celle qui nous porte  la conciliation de nos intérêts et à la sympathie réciproque. Il est trop vrai enfin que, par cette vue partielle de notre nature , ils ont fait perdre à l'espèce humaine une longue succession de bon*hmr , qu'ils ont remplacé par un amas épouvantable de-inaut et de désordres de tout genre; mais tout cela n'est pas une raison pour qu'on ne puisse concevoir un autre état de société , dont les institutions tendraient au contraire à empêcher l'augmentation de notre inégalité primitive , et favoriseraient de tout leur pouvoir la conciliation des intérêts , ainsi que le développement des affections sympathiques; et quant au droit d'une certaine égalité, ou, si l'on Teul, d'une certaine balance dans le partage des avantages sociaux, quoique je ne puisse encore ici déterminer toutes les conditions et toutes les limites de ce droit , je puis déjà conclure que ce droit découle aussi d'une des sources que j'ai déjà indiquées, c'est-4-dire de la nécessité de maintenir l'harmonie Sociale , que détruisent nécesscdrement les prétentions démesurées d'un ou plusieurs membres de la société clans le partage dont il s'agit. Une telle prétention , d'après la loi immuable de notre organisation , doit sans cesse être combattue par les êtres qu'elle blesse trop vivement. Or par cela seul il n'y a plus de semrité sociale parfaite, pas même pour le spoliateur, odépeodamment des vices contraires au bonheur

que fait naître ce dernier- état, par une triste compensation , et comme effiet nécessaire de la TÎolation des lois de la nature. Le droit d'une certaine égalité de distribution dans nos moyens de bonheur existe donc bien réellement , et il tire son origine de nos rapports inévitables dans Tétat de société. Peu importe d'aile leurs que tel homme ait plus ou moins d'aptitude att bonheur que tel autre homme ; ilnsuffit que chactis d^eut trouve une sécurité de jouissance pour tout le bonlieur dont il est susceptible , et selon les coi^ dîtions que la nature des choses a elle-même imiposée» à ccrtte jouissance.

Maintenant c est à la recherche de ces conditions, ainsi qu a celle des bornes de cette égalité, que je me trouve naturellement conduit; et j'avoue a veîc plaisir que désormais je m'écarterai bien rarement des vues de M. Thompson.

Nous avons remarqué précédemment que, satis l'application des facultés^ de l'homme aux objets de la nature , il est une foule de ces objets qui n'auraient aucune valeur, ou dont ia valeur n'aurait pas reçu lecmnpléihent nécessaire à la satisfaction de ses besoins. Or j quant à cette classe particulière des^ objets de la richesse, outre la règle génémle d'aprèâ laquelle aucun individu ne doit en accumuler une portion dâse»^' surée aux dépens de ses semblables, il est une régie particulière tirée de la circonstance caractéristique de cette classe d'objets : cette circonstance est que leur production n aurait pas lieu sans l'application dei facultés de l'homme ;: d'où il suit qu'on doit repousser, comme contraire à cette partiel -du ^lirut social,

tout ce qui pourrait nuire a cette production. Or rhomme ne fait rien sans motif, et surtout il ne se donne volontairement aucune peine sans avoir Fespoir d'en retirer une compensation en jouissance. Vous tarisseai donc dans sa source première le mobile de tout effort de sa part si vous ne le laissez pas jouir du fruit de cet eflort. Si c'est du total que vous le privez , vous anéantissez complètement le mobile volontaire de production; et si c'est d'une partie seulement, vous l'affaiblissez dans la même mesure. Ainsi, dans ce cas, la règle doit être que chaque producteur jouisse du produit de son travail. Il y a bien ici. égalité de protection envers tous les producteurs, chacun pour la part de biens qu'il crée, mais non égalité dans les parts elles-mêmes. Toutefois, il y a une grande différence entre ce genre d'inégalité et celle établie généralement jusqu'à ce jour, d'après laquelle la plus grande part du produit a été ravie aux producteurs, pour en investir les oisifs, et, ce qui est bien pis encore, pour en investir les classes d'individus qui n'ont d'autre emploi que de nuire à la société par l'effet de nos faux systèmes de gouvernement. L'inégalité qui découle de la règle actuelle est enti^ement conforme au but qu'on doit se proposer pour obtenir le plus de biens possible. Cependant^ comme je l'ai déjà dit plus haut, cette règle doit être sagement combinée avec celle plus générale encore qui veut qu'aucun des membres de la société n'accumule , même par le travail , une trop grande portion des moyens totaux de bonheur ; à quoi l'on peut ajouter que la production doit elle-même être limitée par

Tutilité générale , car il ne peut être permis à per^ sonne de créer des produits qui soient nuisibles aui autres membres de l'association.

On ne xloit pas oublier que la règle d'inégalité que je viens de présenter, outre qu'elle est déjà bien restreinte par les autres règles accessoires , ne peut recevoir son application qu'à l'égard des objets qui ont besoin d'un travail de l'homme autre que le simple rapprochement pour la consommation immédiate. Quant à ceux que la nature produit entièrement et en abondance , on doit rentrer dans le principe de l'égalité absolue; car nous avons prouvé que tout homme a le devoir et par suite le droit d'approprier i son individu tous les objets utiles qui sont i sa portée , tant que cette appropriation ne nuit pas au droit semblable des êtres de son espèce. Il doit donc en ce cas être pennis à tout homme àe puiser également dans le grand réservoir de la nature.

n semblerait, au premier coup d'cril, que l'inégar lité de distribution qui résulte jusqu'à un certain point de celle de production, serait incompatible avec les sentimens de bienveillance , puisque cette rh^ semble exclure non seulement les oisifs volontaires, mais encore ceux que l'âge, les infirmités, ou d'autres ] causes malheureuses rendraient incapables de contri- J buer à la production d'une manière proportionnée i ' leurs besoins. Mais une telle diflScuIté disparait en grande partie devant deux conditions principales tir rées des principes que nous avons déjà posés : la première appartient à la juste théorie des intérêts maté** riels de l'homme , envisagés sous tous les rapports.

'9* L^intérét même de 1 homme jeune et robuste est qu'il y ait une part réservée à ceux qui ne ne le sont pas ; car mille accidens peuvent le priver de ces avantages, et c'est là seulement ce qui peut compléter la sécurité d<mt il jouit en travaillant. La seconde considè* ration rentre dans le domaine des intérêts moraux : en donnant des secours à Thomme faible et dénué celui qui donne a le cœur doucement satisfait, et Ton remarque surtout que c'est parmi les classes laborieuses que se manifeste le plus vivement cette dis^ position à tendre la main aux nécessiteux. Ajoutons à cela que dans un état de société qui ne serait même que passablement organisé , il n'y aurait presque aucun oisif volontaire. 11 n'y aurait donc pas de perte de productions utiles , et il y aurait une si grande abon* dance de biens pour les vrais producteurs , qu'il ne fiiudrait presque aucun effort moral de leur part pour m dessaisir d'une portion en faveur des malheureux. Enfin, sous un td régime de Justice et de bonheur général , la valeur d'opinion des biens matériels diminuerait chaque jour, pour faire place au développe- Bient infini des besoins de sympathie et de bienveilliBce générale.

Après avoir établi ce qui me parait être le vrai sens du mot propriété^ après avoir indiqué ses bornes légitimes, fe crois important de bien déterminer deux «atres mots fréquemment usités dans le langage des Mâences économique et politique, et qui se rapportent à ia jouissance des biens qui sont le résultat de la sociéCé ; je veux parler des mots sûreté et liberté. On a le r)lus grand tort d'opposer constamment ces deux mots

l'un à Tautre , ciar ils ne sont que deux corrélatifs indispensables , puisqu'il ne peut y airoir de sûreté de jouissance oii il n'y a pas de liberté de jouissance, de même qu'il n'y a pas de liberté Ik où il n'y pas sûreté d'être libre. Si l'on a conclu d'une manière différente, c'est qu'on a donné exclusivement le nom de sûreté à celle exigée surtout par les spoliateurs de l'industrie, et parce que cette sûreté adultère ne peut en effet manquer d'être en opposition avec la sûreté vraiment légitime , celle qui est due aux producteurs , et que l'on a souvent désignée sous le nom de liberté, en raison du rapport intime de ces deux idées.

C'est vraisemblablement l'idée mal comprise d'une certaine restriction à l'exercice de la liberté illimitée, c'est-à-diçc d'une liberté d'agir en opposition à. la sûreté légitime , qui a fait dire qu'on sacrifiait nécessai' renient une partie de ce bien inestimable en entrant en société ; -mais on voit que c'est une erreur , caria somme totale de liberté dont on doit jouir dans une société passablement organisée serait infiniment supérieure à celle de l'homme isolé, qui aurait sans cesse à lutter contre les obstacles du reste dé. la ciréation 5 et surtout à celle du sauvage, qui, se trouvant eh guerre continuelle avec ses semblables, ne jouit absolument d'aucune sûreté^ et par x^onséquçntd'au* cunc véritable liberté. On asan&doute été conduite la conclusion que je combats par l'aperçu des sociérr tés informes qui nous ont régis jusqu'à ce jour; mais il me semble que c'est un mauvais raisonnement ji< conclure que ces maux sont inhércna à lessenc** même de toute société humaine.

Avant de terminer ce chapitre , je Crois devoir réfuter une autre opini<m qui , si elle n'était pas radicalement fausse , renverserait toute théorie sociale , et Ijui a jeté la plus grande confusion , non seulement sur les questions fondamentales de l'idéologie , tuais encore sur )es principes du droit et de la l^slation : c'est celle d'après laquelle on suppose l'existence i/'tm Vtat de nature autre que l'état de société , et qui aurait des irègks de direction toutes différentes. Si l'on s'était boîrné sur tR point à i^eprésenter par abstrac* tiôn rhomme m^è^ comme je l'ai déjà fait moirmême, seul^meut ppur .aider l'aixalysc de nos facultés, on n'eût point été jeté dans un labyrinthe inextricable i maifi on ^ doimé cet état prétendu de parfait isole-» tuent Qomme unç Déalité, et même comme le seul fait conforni^ à OPtre nature primitive, ce qui l'a sans doute fait appeler enclusivement i'état dénature. Par* tant d'une pi^uûère idée fausse , on a dû nécessaire-^ * ment toiliber d'^hc^r en erreur , ou n'arriver par ha«« lard <(u'àdes vérités isolées , incertaines et dénuées de pi>eiive9 solidesw Quelques-uns des philosophes de cette écple ont prétendu que tes principes respectifs de l'état de pâture et de celui de société étaient enti^nient incompatibles ^ et que par conséquent l'JtiQmnie soçia) ijCeit qu'un être dégénère ; d'autres ont pçnsé. q^i.C^ priQcipyes étaient seulepieiit dû^ ti|i0t& Jl^m^éltirë ipÇOIPpatibJk^s , et que ceux de l'état 4ç WtPi^ <}OTj^iei^t twijpurp servir dje base au? priur cûpes ^ociaii^f jQ^di^ruiers philosopher xoe semblent ^v<>ir adopté une .opinion inipins déraisonnable ,: ^ qHl{KWYf#. J^iMiMliiine; à q^^lques Jhom rés]i}ltsta4

Ï94 mais les uns et les autres ont également méconnu la \raie nature de Thomme , lorsqu'ils se sont accordés à supposer un état primitif dans lequel l'homme se-* rait entièrement séparé de ses semblables, ou bien 5 quoique vivant en société, n'aurait cependant avec çux aucun lien social^ aucun devoir à remplir , aucun droit à réclamer. . .

- Le premier cas n'a jamais existé, et de plus il est impossible, à moins qu'on ne veuille s'arrêter à des exemples extraordinaires, tel que celui d'un. enfant abandonné dans une île déserte ; mais ce n'est point * là Hétat naturel de l'homme , l'état indiqué par la nature^ c'est-à-dire par la loi de son organisation, comme devant exister généralement ; c'est un accident particulier d'un individu, et non la disposition naturelle de l'espèce! encore cet enfant pérîra-t*-il s'il n'est parvenu à un certain âge , si , par conséquent, il n'a déjà été protégé par l'état de société. Pour soutenir que cette position est naturelle ^ il faudrait d'abord qu'après la naissance d'un enfant la mère s'^i éloignât aussitôt, et que dans cet état il pût vivre et se développer ; il lau-^ drait encore qu'à la vue d'autres êtres de son esjïèce il n'éprouvât aucun désr de s'en rapprocher et de mettre en commun avec eux ses eflForts , ses idées et ses sentimens ; il faudrait aussi qu'il ne (dit pas ûotsê de la précieuse faculté de parler et d'attacher un;sén^ aux mots qu'il prôfèi^e, faculté dont sont privée tous les àtitres animaux^ et qui lui donne taùt de facilité pour- communiquer avec des semblables. Mais ce^ qui rend surtout l'homme nécdssairemênt social^ c'est sa kmgqeenfance^ ce long ^tat de faiblesse qui,' bous

peine de Feitinction de la race ^ et de la privatioii des plus douces inspirations de la nature ^ oblig» les parens et surtout les mères à secourir leurs enfans ; d'où dérÎTe ensuite entre eux une foule de rapports de bienveillance et d'utilité qui les portent à continuer kur union ^ lors même que les ënfans n'ontpas un be^ soin indispensable de leurs parens.

La seconde hypothèse , celle où Ton suppose un état primitif, aussi appelé état de mUurey dans le~ quel l'homme vivrait avec ses semblables^ mais sans qu'il existât entre eux de lien social^cettc hypothèse est égdemçnt impossible, et de plus elle est absurde. EUe est impossible , car s'il n'existait entre de pareils êtres aucune règle de dispensation de ce qui seii: à leurs besoins, ils s'entre-détruiraient inévitablement, ou se fuiraient à jamais;. et dans l'un ni dans l'autre cas ils ne pourraient vivre ensemble; elle est absurde ;,. car , en premier Ifeu , il y a contradiction dans les termes comme dans la chose, puisque supposer que des individus peuvent vivre ensemble sans lien social y c'est dire qu'il peut exister une société sans société; en second lieu , il serait vraiment absurde que des hommes continuassent à vouloir se rapprocher pour n'obtenir jamais qu'un état aussi déplorable^ Il est donc à la fois déinontré que cet état prétendu de nature , OPPOSÉ A CELUI DE SOCIÉTÉ , u'est qu'une pure chimère^ une abstraction prise pour la réalité , et une absuiv dté complète;

Lb véritable état naturel de l'homme , c'est donc x^'ÉTAT DE SOCIÉTÉ ; c'cst aiusi que le veut la loi de notre organisation , et rien ne pourra jamais faire fléchit*'

une telle nécessité. La société humaine admet certai-^ nement plusieurs degrés, plus ou moins parfaits ;, mais il n'y a jamais entre les hommes un entier isolement, ni une guerre continuelle. Cependant , si des> hommes du pliis grand génie ont pu méccHiaaitre eette loi , si d'autres l'ont présentée d'ui^e mauièie si incomplète et si peu certaine', n'est^Kse pas pour avoir également négligé la saine observation de nos facultés? Et si i>ette première erreur ou le défiE^ut de démonstration de la vérité opposée a conduit quelques - uns d'entre eux aux systèmes les plus ex-rr tràordinaires , n^est^ce pas un motif de plus pour se persuader de la bonté de notre méthode, ainsi que de la fausseté des princ^>es qu'ils ont invoqués?

Une des conséquences nécessmres de notre manière de voir sera de saper par sia base la ^tinction établie jusqu'à ee jour ei^tré le droit naturel et le droit civil. Ici, le* mot eivil étant synonyme de so€ial^ \\ est d'ar» bord évidjspt que c'est un pléonasme ; ear dans l'état social^ le seul qui existe pour nous, tout véritable droit devant être en harmonie avec cet ét^t , il eess&^ rait d'être le droit s'il pouvait être autre chose que social; mais, d'un qutre côté, la nature de l'homme le portant, irrésistiblement à l'état de société , noire état naturel étant éq[ikiemment social^ il «n résulte que tout ee qpi mér^ le nom: de dtait est également naturel Ainsi done , toute disposition législative qui sera non convenable à la nature de rhûmnûidons dès rappotts sociaux 9 c'.estrtà-rdire quî ne tendra/ pas à son bieh-rêtré et à lUiarinonie tociale «si nécessaire à ce bienHéti», oett^ disposition sera antirnaturelk yiiAr

»97 eue classée dans le code dii prétendu droit naturel par tous les docteurs du monder tandis qu'au contraire la loi la plus éloignée des principes primordiaux de lalégislàtioii^ une loi de succession, par exemple^ sera irès^natareUe si elle tend à son bien-^trè. Mais n anticipons pa^ sur cet oirdre d'idées y quoicju on reconnaisse à chaque instant que Içs premiers principes de la lé|fis)cilion se confondent saiis cesse , ainsi que ceux dt la lawale et de l'économie , dans l'étude de fik)^ feoultés ii^tdlectuelles.

Apréb l^YQÎr^ dans ce chaptttoy établi les bases de la jthéorie de . op» netions , considérées comme force productive de ^ut bied ; apr^ avoir déteraâné le vrai sens des iôém propriété ^ richesse j sûreté^ liberté^ après avoir enfin montré en général quelle doit être la dis*tr3>utiw dos l>îelis^ pour, opérer le plus^ ^[rand bonheur possible de l'espèce huiïiaine , nous nôu^ trou*- ▼DUS avoir achevé Fexpôsé dei^ principes faridainen^itaïUL des trois, iprandés divisiotis de la. science de rhommO f savoir : V idéologie , la morale et Yéconomie. U ne nous.resterai donc plus, pour conduire à sA fin la première sectioa de cet ouvrage, qu'à faire voir ^ dans le chapitre suivant, cominent les principes du droit se confondent avec ceux des trois branchés su»dit^ . , .

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