‹ Traité des reliquesChapitre 2 sur 7 · ADVERTISSEMENT TRÈS UTILE · texte numérisé non relu

ADVERTISSEMENT TRÈS UTILE

du grand proffit qui reviendrait à la chrestienté

s'il se faisait *

inuentoire de tous les carps sainctz et reliques

qui sont tant en Italie

qu^en France, Alleinaigne, Hespaignc, et autres

royaumes et pays

par M. lehan Calvin

Imprimé à Genève

par lehan Girard

TIlVITi: DES UEHQLES

SAINT Augustin, au livre qu'il a intitulé Du labeur des Moines (^) , se complaignant {") d 'aucuns ('-') porteurs de rogatons (^) (-), qui déjà de son temps exerçaient foire vilaine et déshonnête portant çà et là des reliques de martyrs, ajoute, « voire (d) si ce sont reliques de martyrs ». Par lequel mot il signifie que dès lors il se commettait de l'abus et tromperie, en faisant accroire au simple peuple que des os recueillis çà et là étaient des os de saints. Puisque l'origine de cet abus est si ancienne, il ne faut douter qu'il n'ait été bien multiplié cependant par (e) si long temps : même, vu que le monde s'est merveilleu-

(a) Se plaignant avec insistance.

(b) De certains.

(c) Le traducteur a mis circumioreani iifipostorcs, bateleurs qui courent les places.

(d) Reste à savoir d'aiUeurs si.

e] Pendant.

sèment (») corrompu depuis ce temps-là {^), et qu'il est décliné (i') toujours en empirant, jusqu'à ce qu'il est venu en l'extrémité où nous le voyons.

Or, le premier vice (f), et comme la racine du mal, a été qu'au lieu de chercher Jésus-Christ en sa parole, en ses sacrements et en ses grâces spirituelles, le monde, selon sa coutume, s'est amusé à ses robes, chemises et drapeaux (d) ; et en ce faisant a laissé le principal, pour suivre («) l'accessoire. Semblablement a-t-il fait des apôtres, martyrs et autres saints. Car au lieu de méditer leur vie pour suivre leur exemple (^), il a mis toute son étude (') à contempler et tenir comme en trésor leurs os, chemises, ceintures, bonnets et semblables fatras.

Je sais bien que cela a quelque espèce («) et couleur de bonne ('i) dévotion et zèle, quand on allègue (*) qu'on garde les reliques de Jésus- Christ pour (J) l'honneur qu'on lui porte, et

(a) D'une manière qui lient du prodige, de la merveille.

(b) Le monde s'est éloigné dans le sens d'une dégradation.

(c) La première faute.

(d) Morceaux de drap, linges.

(e) Pour s'occuper.

(i) Tout son zèle, du latin sludium.

(?) Apparence, du latin species.

fh) De solide dévotion.

(i) Alléguer, donner comme raison.

(j) A cause de.

pour en avoir meilleure mémoire, et pareillement des saints ; mais il fallait considérer ce que dit saint Paul (^), que tout service de Dieu inventé {^) en la tête de l'homme, quelque apparence de sagesse qu'il ait, n'est que vanité et folie, s'il n'a meilleur fondement et plus certain que notre semblant (b). Outre plus(c), il fallait contre-peser {^) le profit qui en peut venir, avec / "HiyJ le danger ; et, en ce faisant, il se fût trouvé que ^S7ziu^>i c'était une chose bien peu utile, ou du tout(e)] f j^ l

superflue et frivole, que d'avoir ainsi des reliquaires ; au contraire, qu'il est bien difficile, ou ' du tout impossible, que de là on ne décline (*) petit à petit à idolâtrie. Car on ne peut se tenir (§) de les regarder et manier (h) sans les honorer ; \^ et en les honorant il n'y a nulle mesure (') que incontinent on ne leur attribue l'honneur qui était dû à Jésus-Christ. Ainsi, pour dire en bref ce qui en est, la convoitise (J) d'avoir des reliques

(a) Imaginé par l'homme, sans autre autorité que la sienne.

(b) Que ce qu'il nous en semble, que notre opinion.

(c) En outre.

(d) Mettre en balance le profit et le danger.

(e) Complètement.

(f) Que l'on en vienne peu à peu.

(g) S'empêcher de.

(h) Toucher, prendre en main.

(i) Il n'y a nul moyen.

(J) Le désir âpre, qui peut en arriver à inventer des reliques.

n'est quasi ('^) jamais sans superstition, et, qui pis est, elle est mère d'idolâtrie, laquelle est conjointe ordinairement avec ('').

Chacun confesse que ce qui a ému {^) notre Seigneur à cacher le corps de Moise a été de peur que le peuple d'Israël n'en abusât en l'adorant. Or, il convient étendre ce qui a été fait en lin saint à tous les autres, vu que c'est une même raison. Mais encore que (^i) nous laissions là les saints, avisons («) que dit saint Paul de Jésus- Christ même. Car il proteste de ne le connaître plus selon la chair (^), après sa résurrection, admonestant (') par ces mots que tout ce qui est charnel en Jésus-Christ se doit oublier et mettre en arrière, afin d'employer et mettre toute notre affection à le chercher et posséder selon l'esprit. Maintenant donc, de prétendre que c'est une belle chose d'avoir quelque mémorial, tant de lui que des saints, pour nous inciter à dévotion, qu'est-ce sinon qu'une fausse couverture (g) pour farder notre folle cupidité, qui n'est fondée ('>) en nulle raison ? Et même quand il semblerait

(a) Pour ainsi dire.

(b) Qui l'accompagne ordinairement.

(c) Poussé, déterminé.

(il) Quoique.

(e) Réfléchissons à ce fait que...

(f) Nous donnant le conseil.

(g) Ptétaxtë dont on se couvre.

(h) Qui ne s'appuie, qui ne repose sur aucune raison.

avis que cette raison fût suffisante, puisqu'elle répugne apertement {"■) à ce que le Saint-Esprit a prononcé par la bouche de Paul, que voulonsnous plus ?

Combien qu'il n'est jà métier (b) de faire longue dispute sur ce point, à savoir s'il est bon 1,

ou mauvais d'avoir des reliques, pour les garder ^ / ,

seulement comme choses précieuses, sans les ' ^t*-t -iC,^ adorer. Car, ainsi que nous avons dit, l'expérience ^^

montre que l'un n'est (c) presque jamais sans /

l'autre. Il est bien vrai que saint Ambroise, J^^"^' parlant d'Hélène (^), mère de Constantin, empereur, laquelle avec grand'peine et gros dépens (f^) chercha la croix de notre Seigneur, dit qu'elle n'adora sinon if) le Sauveur qui y avait pendu (9, et non pas le bois ; mais c'est une chose bien rare d'avoir le cœur adonné à quelques reliques que ce soit, qu on ne se contammq et pollue (") quand et quand C^) de quelque superstition. Je confesse qu'on ne vient pas du premier coup à

(a) Ouvertement.

(b) Quoiqu'il ne soit pas nécessaire.

(c) L'un ne va pas sans l'autre.

(d) A gros frais.

(e) Que.

(f) Qui y avait été suspendu.

(g) Se polluer, se souiller par le contact avec une personne ou un objet.

(h) En même temps.

idolâtrie manifeste (*) ; mais petit à petit on vient d'un abus à l'autre, jusqu'à ce qu'on trébuche en l'extrémité. Tant y a que le peuple qui se dit chrétien en est venu jusque-là {^), qu'il a pleinement ('^) idolâtré (^) en cet endroit, autant que firent jamais païens. Car on s'est prosterné et agenouillé devant les reliques, tout ainsi que ("^i) devant Dieu ; on leur a allumé torches et chandelles en signe d'hommage ; on y a mis sa fiance («) ; on a là eu son recours, comme si la vertu (') et la grâce de Dieu y eût été enclose. Si l'idolâtrie n'est sinon (s) que transférer (i') l'honneur de Dieu ailleurs, nierons-nous que ^ cela ne soit idolâtrie ? Et ne faut excuser Q) que » ^ ^ a été un zèle désordonné de quelques rudes et idiots (J), ou' de simples femmes. Car ce a été un désordre général, approuvé de ceux qui avaient le gouvernement et conduite de l'Eglise ; et

(a) Manifeste, évidente.

(b) A ce point que.

(c) Complètement.

(à) De même que, absolument comme.

(e) Nous disons aujourd'hui, confiance.

(i) Sens latin du mot, force.

(g) N'est pas autre chose que.

(h) Transporter.

(i) Invoquer comme excuse.

|i) De quelques gens grossiers [rudes) et qui au surplus n'agissaient que pour leur compte, à titre privé [idiot, d'un mot grec).

même on a colloque (*) les os des morts et toutes autres reliques sur le grand autel, au lieu le plus haut et le plus éminent, pour les faire adorer plus authentiquement (b). Voilà donc comme la folle curiosité (^) qu'on a eue du commencement à faire trésor de reliques est venue en cette abomination toute ouverte (<:'), que non seulement on s'est détourné du tout de Dieu, pour s'amuser à choses corruptibles et vaines, mais que, par sacrilège exécrable, on a adoré les créatures mortes et insensibles, au lieu du seul Dieu vivant.

Or, comme un mal n'est jamais seul qu'il n'en attire un autre, cette malheurté (<?) est survenue depuis qu'on a reçu pour reliques, tant de Jésus- Christ que de ses saints, je ne sais quelles ordures où il n'y a ni raison ni propos ; et que le monde a été si aveuglé que, quelque titre qu'on imposât à chacun (^ fatras qu'on lui présentait, il l'a reçu sans jugement ni inquisition (§) aucune. Ainsi, quelques os d'âne ou de chien, que le

(a) On a placé.

(b) D'une manière plus solennelle.

(c) Curiosité, au sens latin du mot, soin, empressement.

(d) Complètement évidente.

(e) Ce malheur.

(f) A chaque objet.

(g) Examen, enquête.

premier moqueur (=') ait voulu mettre en avant ('•) pour os de martyr, on n'a point fait difficulté de les • recevoir bien dévotement. Autant en a-t-il été de tout le reste, comme il sera traité ci-après. De ma part, je ne doute pas que ce n'ait été une juste punition de Dieu. Car puisque le monde était enragé après les reliques, pour ('-) en abuser en superstition perverse, c'était bien raison {^) que Dieu permît que après un mensonge un autre survînt. C'est ainsi qu'il a accoutumé de se venger du déshonneur qui est fait à son nom, quand on transporte sa gloire ailleurs. Pourtant (®), ce qu'il y a tant de fausses reliques et controuvées partout, cela n'est venu d'autre cause, sinon que Dieu a permis que le monde fût doublement trompé et déçu, puisqu'il aimait tromperie et mensonge. C'était l'office (^) des chrétiens de laisser les corps des saints en leur sépulcre, pour obéir à cette sentence universelle (§) que tout homme est poudre (h) et retournera en poudre (^) : non pas de les élever en pompe et somptuosité,

(a) Le premier farceur.

(b) Présenter aux fidèles.

(c) Au point d'en abuser.

(d) C'était bien justice.

(e) Par conséquent (sens à noter, au xvi^ siècle).

(f) C'était le devoir.

(g) Qui s'applique à tous les hommes, même aux saints.

(h) Poussière.

pour faire une résurrection devant (=») le temps. Cela n'a pas été entendu, mais au contraire, contre l'ordonnance de Dieu, on a déterré les corps des fidèles pour les magnifier C^) en gloire, axi lieu qu'ils devraient être en leur couche et lieu de repos, en attendant le dernier jour. On a appété (c) de les avoir, et a-t-on là mis sa fiance ; on les a adorés, on leur a fait tous signes de révérence. Et qu'en est-il advenu ? Le diable, voyant telle stupidité, ne s'est point tenu content (^i) d'avoir déçu le monde en une sorte, mais a mis en avant cette autre déception de donner titre de reliques de saints à ce qui était du tout (e) profane. Et Dieu, par sa vengeance, a ôté sens et esprit aux incrédules, tellement que, sans enquérir plus outre (*), ils ont accepté tout ce qu'on leur présentait, sans distinguer entre le blanc ou le noir.

Or, pour le présent, mon intention n'est pas de traiter quelle abomination c'est d'abuser des reliques, tant de notre Seigneur Jésus que des saints, en telle sorte (s) qu'on a fait jusqu'à cette

(a) Avant.

(b) Leur communiquer une grandeur.

(c) On a désiré, du latin appetere.

(d) Ne s'est point contenté de.

(e) Complètement, absolument.

(f) Davantage.

(g) De la manière dont on l'a fait jusqu'ici.

heure, et comme on fait en la plupart de la chrétienté, car il faudrait un livre propre (=') pour déduire {^) cette matière. Mais pource que (') c'est une chose notoire, que la plupart des reliques qu'on montre partout sont fausses, et ont été mises en avant par moqueurs, qui ont impudemment abusé le pauvre monde, je me suis avisé ('!) d'en dire quelque chose, afin de donner occasion à un chacun d'y penser et d'y prendre garde. Car, quelquefois nous approuvons une chose à l'étourdie, d'autant que (e) notre esprit est préoccupé, tellement que nous ne prenons de loisir d'examiner ce qui en est, pour asseoir bon et droit jugement, et ainsi nous faillons (') par faute d'avis. Mais quand on nous avertit, nous commençons à y penser et sommes tout ébahis comme (-) nous avons été si faciles et si légers à croire ce qui n'était nullement probable. Ainsi en est-il advenu en cet endroit ; car, par

Ù, faute d'avertissement, chacun était préoccupé (h)

(a) Spécial, exprès.

(b) Traiter au long ce sujet.

(c) Attendu que.

(d) J'ai résolu de.

(e) Attendu que.

(f) Nous péchons ; le mot n'a subsisté, dans la langue, que sous la forme défaillir, défaillance.

(g) [De voir] comment.

(h) Au sens fort du mot, qui a l'esprit occupé d'une chose, à l'exclusion de toute autre, qui est incapable de réflexion, d'examen.

de ce qu'il oit ('i) dire « voilà le corps d'un tel saint, voilà ses souliers, voilà ses chausses (b) », se laisse persuader qu'ainsi est. Mais quand j'aurai remontré (c) évidemment (c*) la fraude qui s'y commet, quiconque aura un petit (e) de prudence et raison ouvrira lors les yeux, et se mettra à considérer ce que jamais ne lui était venu en pensée.

Combien que {^) je ne puis pas faire en ce livret (s) ce que je voudrais bien, car il serait besoin d'avoir registres de toutes parts (^), pour savoir quelles reliques on dit qu'il y a en chacun lieu, afin d'en faire comparaison. Et lors on con- /^fvLt ^ naîtrait que chacun C^) apôtre aurait plus de quatre corps, et chacun saint pour le moins deux ou trois ; autant en serait-il de tout le reste. Bref, quand on aurait amassé un tel monceau, il n'y aurait celui (') qui ne fût étonné, voyant la moquerie (J) tant sotte et lourde, laquelle néanmoins a pu aveugler toute la terre. Je pensais

(a) De ce qu'il entend.

(b) Pantalon.

{^) Démontré.

(d) Avec évidence.

(e) Un peu.

(f) Quoique.

(g) Ce petit livre, ce livre de dimensions restreintes, (h) Chaque.

(i) Il n'y aurait personne qui ne fût étonne. (j) La façon dont on s'est moqué.

que puisqu'il n'y a si petite église cathédrale qui n'ait comme une fourmilière {'^) d'ossements et autres tels menus fatras (t»), que serait-ce si on assemblait toute la multitude de deux ou trois mille év ce liés, de vingt ou trente mille abbayes, de plus de quarante mille couvents, de tant d'églises parochiales (') et de chapelles ? Mais encore le principal (f^) serait de les visiter et, non pas nommer seulement ; car on ne les connaît point toutes à nommer (»). En cette (^ ville on avait, ce disait-on, le temps passé, un bras de saint Antoine : quand il était enchâssé (g), on le baisait et adorait ; quand on le mit en avant (h), on trouva que c'était le membre d'un cerf. Il y avait au grand autel de la cervelle de saint Pierre. Pendant (i) qu'elle était enchâssée, on n'en faisait nul doute, car ce eût été un blasphème de ne s'en fier au billet (J). Mais quand

|a) Exprcssioû piltorciquc, pour traduire la mullilude des reliques.

(b) Objets sans valeur.

(c) Paroissiales.

(d) Le mieux.

(e) En les nommant. Emploi; devenu rare, de l'infinitif, par le fait de les nommer.

(i) A Genève.

(g) Déposé dans une châsse, ou reliquaire, (h) Quand on le sortit de la châsse pour le iDréscntcr aux fidèles.

(i) Tant que, aussi longtemps que.

(i) Papier collé sur la ohâsse.

on éplucha le nid (=*) et on y regarda de plus près, on trouva que c'était une pierre d'épongé. Je pourrais réciter (b) beaucoup de semblables exemples, mais ceux-ci suffiront pour donner à entendre (c) combien on découvrirait d'ordure, si on faisait une bonne fois visitation (^i) universelle de toutes les reliques d'Europe ; voire (e) avec prudence, pour savoir discerner. Car plusieurs, en regardant un reliquaire, ferment les yeux par superstition ; afin, en voyant, de ne voir goutte (^), c'est-à-dire qu'ils n'osent pas jeter l'œil à bon escient (^ pour considérer ce que c'est. Ainsi que plusieurs qui se vantent d'avoir vu le corps de saint Claude tout entier^ ou d'un autre saint, n'ont jamais eu cette hardiesse de lever la vue (e) pour regarder que c'était (•'). Mais celui qui aurait la liberté de voir le secret, et l'audace d'en user 0, en saurait bien à dire (J) autrement. Autant en est-il de la tête de la Madeleine qu'on montre près de Mar-

(a) Expression familière et, à dessein, Iriviale.

(b) Citer.

(c) Faire comprendre.

(tl) Un examen, partout, de toutes les reliques.

(e) Surtout.

(f) Exprès.

(g) Nous dirions, lever les yeux.

(h) Tour emprunté du latin quid sit (interrogation indirecte).

(i) De mettre à profit le secret, de le divulguer.

(3) Aurait de quoi parler autrement qu'on n'en parle.

seille, avec le morceau de pâte ou de cire attaché sur l'œil. On en fait un trésor, comme si c'était un dieu descendu du ciel. Mais si on en faisait l'examen, on trouverait clairement la fourbe (a). Ce serait donc une chose à désirer que d'avoir certitude de toutes les fariboles (i^) qu'on tient çà et là pour reliques, ou bien au moins d'en avoir registre et dénombrement (c), pour montrer combien il y en a de fausses. Mais puisqu'il n'est possible de ce (d) faire, je souhaiterais seulement d'avoir l'inventaire de dix ou de douze villes, comme de Paris, Toulouse, Reims et Poitiers. Quand je n'aurais que cela, si (e) verrait-on encore de merveilleuses garennes (f), ou pour le moins ce serait une boutique (g) bien confuse. Et est un souhait que j'ai accoutumé de faire souvent, que de pouvoir recouvrer (h) un tel répertoire. Toutefois, pource que cela me

(a) La ruse.

(b) Terme de mépris.

(c) Sorte d'hendiadys, avoir un registre où on les dénombrerait, où en on ferait le compte.

(il) Forme de pronom neutre, ce, cela. On trouve encore, ce disant.

(e) Néanmoins.

(f) Expression triviale destinée à discréditer les reliques = les églises otîrent autant d'ossements que les garennes de lapins.

(g) Autre expression du même genre, qui rappelle le début " jont foire vilaine et deshonncle ».

(h) Établir.

serait aussi par trop difficile, j'ai pensé à la fin ("i) qu'il valait mieux donner ce petit avertissement qui s'ensuit, afin de réveiller ceux qui dorment et les faire penser ce que peut être du total (b), quand en une bien petite portion il se trouve tant à redire. J'entends (^) quand on aura trouvé tant de mensonge en ce que je nommerai (d) de reliquaires, qui n'est pas à peu près la millième partie de ce qui s'en montre, que pourra-t-on estimer du reste ? Davantage, s'il appert («) que celles qu'on a tenues pour les plus certaines aient été frauduleusement controuvées (*), que pourrat-on penser des plus douteuses ?

Et plût à Dieu que les princes chrétiens (^) pensassent un petit (§) à cela, car leur office {^) serait de ne permettre point leurs pauvres sujets être ainsi séduits 0, non seulement par fausse doctrine, mais visiblement en leur faisant accroire que vessies de bélier sont lanternes Q), comme dit le proverbe. Car ils auront à rendre compte

(a) J'ai fini par penser.

(b) Ce qu'il peut en être de l'ensemble des reliques.

(c) Je veux dire.

(d) Ce que je citerai en fait de reliquaires.

(e) S'il est démontré.

(f) Inventées.

(g) Un peu.

(h) Leur devoir.

(i) Trompés.

(j) Expression proverbiale, destinée à frapper l'attention du lecteur.

à Dieu de leur dissimulation (»), s'ils se taisent en le voyant, et leur sera une faute bien chèrement vendue (*>), que d'avoir permis qu'on se moquât de Dieu, où ils y pouvaient donner (<=) remède. Quoi qu'il en soit, j'espère que ce petit traité servira à tous, donnant occasion à un chacun (^) de penser en son endroit (e) à ce que le titre porte (f), C'est que si on avait un rôle (g) de toutes les reliques du monde, (qu')on verrait clairement combien on aurait été aveuglé par ci-devant (h), et quelles ténèbres et stupidité il y aurait eu par toute la terre.

Commençons donc par Jésus- Christ duquel, pource qu'on ne pouvait pas dire qu'on eût le corps naturel (car du corps miraculeux 0) ils ont bien trouvé la façon de le forger (J), voire {^) en tel nombre, et toutes et quantes (') fois que

(a,) Du ff\it d'avoir dissimulé la vérité qu'ils connais-? saient touchant les reliques.

(b) Nous dirions familièrement, payée, et, en style plus relevé, expiée.

(c) Porter remède.

(d) Chacun.

(e) Pour son compte.

(f) Comporte.

(g) Une liste, (h) Jusque-là.

(i) Les théologi(ins disent, le corps glorieux, celui qui se trouve dans l'hostie consacrée par le prêtre. (j) Inventer, fabriquer en quelque sorte. (Ij) Fût-ce.

(1) Toutes les fois que.

TRAITE DES RELIQUES lOI

bon leur semblerait (^)), on a amassé, au lieu (-''), mille autres fatras pour suppléer ce défaut (b). Combien encore qu'on n'a point laissé échapper le corps de Jésus-Christ sans en retenir quelque lopin (c). Car, outre les dents et les cheveux,

l'abbaye de Charroux (^), au diocèse de Poitiers, .

se vante d'avoir le prépuce, c'est-à-dire la peau / I J. qui lui fut coupée à la circoncision. Je vous prie, dont ('') est-ce que leur est venue cette peau ? L'évangéliste saint Luc récite (o) bien que notre Seigneur Jésus a été circoncis (^), mais que la peau ait été (*) serrée pour la réserver en relique, il n'en fait point de mention. Toutes les histoires anciennes n'en disent mot. Et par l'espace (s) de cinq cents ans il n'en a jamais été parlé en l'Église chrétienne. Où est-ce donc qu'elle était cachée, pour la retrouver si soudainement ? Davantage (h), comment eût-elle volé (i) jusqu'à Charroux ? Mais pour l'approuver (J), ils disent qu'il en est tombé quelques gouttes de sang.

(a) A la place (du corps naturel).

(b) Ce manque.

(c) Morceau, a subsisté dans lopin de terre.

(d) D'où.

(e) Raconte bien.

(f) Mise de côté.

(g) Et durant, (h) Bien plus.

(1) Image plaisante, appliquée à un tel objet. (j) Le prouver.

Cela est leur dire, qui aurait métier (•») de probation. Par quoi ('•) on voit . bien que ce n'est qu'une moquerie. Toutefois, encore que nous leur concédions que la peau qui fut coupée à Jésus-Christ ait été gardée et qu'elle puisse être ou là ou ailleurs, que dirons-nous du prépuce qui se montre à Rome, à Saint- Jean de Latran ? Il est certain que jamais il n'y en a eu qu'un. Il ne peut donc être à Rome et à Charroux tout ensemble. Ainsi voilà une fausseté toute manifeste (f).

Il y a puis après (^i) le sang (^), duquel il y a eu grands combats (e). Car plusieurs ont voulu dire qu'il ne se trouvait point du sang de Jésus- Christ, sinon miraculeux (f). Néanmoins il s'en montre de naturel en plus de cent lieux. En un lieu, quelques gouttes, comme à La Rochelle, en Poitou, que recueillit Nicodème en son gant, comme (-) ils disent. En d'autres lieux, des fioles pleines, comme à Mantoue, et ailleurs. En d'autres, à pleins gobelets, comme à Rome, à Saint-Eustache. IXIême on ne s'est pas contenté

(a) Qui aurait besoin de preuve.

(b) D'oîi, grâce à quoi.

(c) Évidente.

(d) Enquête.

(e) Au sujet duquel il y a eu discussions.

(f) Le vin transformé en sang par la consécration.

(g) Du moins, à ce qu'on dit.

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TRAITE DES RELIQUES IO3 0,,jit^^

d'avoir du sang simple, mais il l'a fallu avoir U

mêlé avec l'eau, comme il saillit i^") de soiLjcôté ^"i^'

quand il fut percé en la croix. Cette ^archanO /^"dise C^se trouve en l'église Saint- Jean deXatran, '^a'Rome. Je laisse le jugement (c) à chacun quelle certitude on en peut avoir. Et même, si ce n'est pas mensonge évident de dire que le sang de Jésus-Christ ait été trouvé sept ou huit cents ans après sa mort, pour en épandre {f) par tout le monde, vu qu'en l'Église ancienne jamais n'en a été mention.

Il y a puis après ce qui a touché au corps de notre Seigneur, ou bien tout ce qu'ils ont pu ramasser pour faire reliques en sa mémoire au lieu de son corps. Premièrement la crèche (^) en laquelle il fut posé à sa nativité (<?) se montre à Rome en l'église Notre-Dame la Majeure. Là même, en l'église Saint-Paul, le drapeau (f) dont il fut enveloppé, combien qu'il y en a quelque lambeau à Saint-Salvador en Espagne. Son berceau est aussi bien (s) à Rome, avec la chemise que lui fit la Vierge Marie sa mère. lUm^ en

(a) Comme il jaillit.

(b) Autre expression triviale, destinée dans la pensée de l'auteur à rabaisser les reliques.

(c) Je laisse à juger.

(d) En répandre.

(e) A sa naissance.

(f) Le petit drap.

(g) Également.

l'église Saint- Jacques à Rome, on montre l'autel sur lequel il fut posé au temple à (") sa présentation, comme s'il y eût lors plusieurs autels, ainsi qu'on en fait à la papauté (b) tant qu'on en veut. Ainsi en cela ils mentent sans couleur {^). Voilà ce qu'ils ont eu pour le temps de son enfance. Il n'est jà métier {*^) de disputer beaucoup où c'est qu'ils ont trouvé tout ce bagage, si longtemps depuis la mort de Jésus-Christ, Car il n'y â nul (") de si petit jugement qui ne voie la folie. Par ('") toute l'histoire évangélique, il n'y a pas un seul mot de toutes ces choses. Du temps des apôtres, jamais on n'en ouït parler. Environ cinquante ans après la mort de Jésus-Christ, Jérusalem fut saccagée (g) et détruite. Tant de docteurs anciens ont écrit depuis, faisant mention des choses qui étaient de leur temps, même de la croix et des clous qu'Hélène trouva. De tout ce menu fatras, ils n'en sonnent mot (''). Qui plus est, du temps de saint Grégoire, il n'est point

(a) Lots de.^

(b) Dans l'Eglise romaine.

(c) Sans prendre le soin de dissimuler, de colorer leur mensonge.

(d) Pas besoin de.

(e) Personne.

(t) A travers, du latin per.

(g) Mise à sac, pillée.

(h) Expression familière qu'on retrouvera dans l'Excuse, f

TRAITÉ DES RELIQUES lO^

question qu'il y eût rien de tout cela à Rome, comme on voit par ses écrits. Après la mort duquel Rome a été plusieurs fois prise, pillée et quasi du tout {^) ruinée. Quand tout cela sera considéré, que saurait-on (b) dire autre chose, sinon que tout cela a été controuvé pour abuser (^) le simple (d) peuple ? Et de fait, les cafards (e), tant prêtres que moines, confessent bien que ainsi est (f), en les appelant pias fraudes, c'ést-àdire des tromperies honnêtes, potlr émouvoir (s) le peuple à dévotion.

Il y a puis après les reliques qui appartiennent au temps (h) entre l'enfance de Jésus- Christ jusqu'à sa mort. Entre lesquelles est la colonne où il était appuyé en disputant (*) au temple (^), avec onze autfes semblables du temple de SalomOUi Je demande qui c'est qui leur a révélé qlie Jésus-Christ fût appuyé sur une colonne, car l'évangéliste n'en parle point en racontant l'histoire de cette dispute. Et Q) n'est pas vràisem-

(a) Totalement.

(b) Que pourrait-on dire...

(c) Tromper.

(d) Simple, qui est naïf, qui croit sur parole.

(e) Gens d'Église.

(i) Avouent qu'il en est ainsi.

(g) Amener le peuple à la dévotion.

(h) [Qui s'est écoulé] entre l'enfance et la mort.

(i) Le jour où il discuta.

(j) D'ailleurs, il n'est pas...

blable qu'on lui donnât lieu {^) comme à un prêcheur, vu qu'il n'était pas en estime (b) ni autorité, ainsi qu'il appert {^). Outre plus, je demande, encore qu'il fût appuyé sur une colonne, comment egt-ce qu'ils savent que ce fût cette-là ? Tiercement, dont (^) est-ce qu'ils ont eu ces douze colonnes, qu'ils disent être du temple de Salomon ?

Il y a puis après les cruches où était l'eau que Jésus-Christ changea en vin aux noces de Cana de Galilée (^), lesquelles ils appellent hydries. Je voudrais bien savoir qui en a été le gardien par (e) si longtemps pour les distribuer. Car il nous faut toujours noter cela, qu'elles ont été trouvées seulement huit cents ans ou mille après que le miracle a été fait. Je ne sais point tous les lieux où on les montre. Je sais bien qu'il y en (*) a à Pise, à Ravenne, à Cluny, à Angers, à Saint-Salvador, en Espagne. Mais, sans en faire plus long propos (^), il est facile, par la vue seule, de les (h) convaincre de mensonge. Car

(a) Qu'on lui fournît une tribune.

(b) Qu'il n'avait point de crédit auprès des Juifs.

(c) Comme cela est prouvé (par l'Évangile).

(d) D'où est-ce que.

(e) Pendant si longtemps, par, du latin per.

(f) Qu'il y a des cruches.

(g) Discours.

(h) Les, désigne les catholiques.

les unes ne tiennent point plus de cinq quartes (») de vin, tout au plus haut (b) ; les autres encore moins, et les autres tiennent environ un muid. Qu'on accorde (f) ces flûtes, si on peut, et lors je leur laisserai leurs hydries sans leur en (d) faire controverse. Mais ils n'ont pas été contents {^) seulement du vaisseau, s'ils n'en avaient quand et quand (f) le breuvage. Car à Orléans, ils se (g) disent avoir du vin, lequel ils nomment de l'architriclin, qui est à dire maître d'hôtel ; il leur a semblé avis (h) que c'était le nom propre de l'épousé, et entretiennent le peuple en cette bêtise. Une fois l'an, ils font lécher (i) le bout d'une petite cuiller à ceux qui leur veulent apporter leur ofl^rande, leur disant qu'ils leur donnent à boire du vin que notre Seigneur fit au banquet, et jamais la quantité ne s'en diminue moyennant Q) qu'on remplisse bien le gobelet. Je ne sais de quelle grandeur sont ses souliers, qu'on dit être à Rome au lieu nommé Sancta

(a) Mesure de capacité.

(b) Jusqu'au bord.

(c) Qu'on mette d'accord ces flûtes, ou plutôt qu'on se mette d'accord au sujet de.

(d) A ce sujet.

(e) Ils ne se sont pas contentés de.

(f) En même temps.

(g) Ils disent qu'ils ont ; tour emprunté du latin. (h) Ils ont cru que.

(i) Terme désobligeant pour les prêtres et les fidèles. [}) A condition que.

ib8 TRAITÉ DES RELIQUES

Sanctorum, et s'il les a portés en son enfance, ou étant déjà homme. Et quand tout est dit, autant vaut l'un que l'autre (»). Car ce que j'ai déjà dit montre suffisamment quelle impudence c'est de produite maintenant les souliers de Jésus- Christ, que les apôtres même n'ont point eu de leUr tertips.

Venons à ce qui appartient à la Cène dernière (1) que Jésus-Christ fit avec ses apôtres. La table en C^) est à Rome, à Saint- Jean de Lâtran. Il y en i^) a du pain à Saint-Salvador, en Espagne. Le couteau dont («) fut coupé l'agneau pascal est à Trêves. Notez que Jésus- Christ était en un lieu emprunté {^) quand il fit sa Cène. En partant de là, il laissa la table ; nous ne lisohs point que jamais elle ait été retirée par les apôtires. Jérusalem, quelque temps après, fut détruite, comme nous avons dit. Quelle apparence if) y a-t-il d'avoir trouvé cette table sept ou huit cents ans après ? Davantage, la forme des tables était lors toute autre qu'elle n'est maintenant ; car on était couché au repas, et non pas assis, ce qui est expressément dit en l'Évangile. Le mensonge

(a) Une hypothèse ne vaut pas mieux que l'autre.

(b) Qui servit à cette Cèhe.

(c) Au moyen duquel.

(d) Mis à sa dispositioii par un ami

(e) Quelle vraisemblance y a-t-il que...

donc est trop patent (»). Et que faut-il plus (b) ? La coupe où il donna le sacrtment de son sang à boire à ses apôtres se montre à Notre-Dame de l'Ile, près de LyOn, et, en Albigeois, en yn certain nombre de couvents d'aûgustins. Auquel croira-t-il (c) ? Encore est-ce pis du plat {<^) où fut mis l'agneau pascal, car il est à Rortie, à Gênes, et en Arles. Il faut dire que la coutume de ce temps-là était diverse (e) de la nôtre. Car au lieu qu'on change maintenant de mets, pour un seul mets (*) on changerait de plat ; voire (s) si on veut ajouter foi à ces saintes reliques. Voudrait-on une fausseté plus patente ? Alitant en est-il du liriceiil (^) duquel {^) Jésus- Christ torcha (i) les pieds de ses apôtres, après les avoir lavés. Il y en a un à Rome, à Sàint-Jean dé Latran, un autre à Aix en Allemagne, à Saint- Corneille, avec le signe Q) du pied de Judas. Il faut bien que l'un ou l'autre soit faux. Qu'en jugerons-nous donc ? Laissons les débattre {^)

(a) Évident.

(b) Que faut-il davantage ?

(c) A qui croire ? se fier ?

(d) Quand il s'agit du plat.

(e) Différente.

(f) N'y eût-il qii'un seul mets.

(g) En vérité.

(h) A l'aide duquel.

(i) Essuya.

(j) La marque, ou la tracé.

(k) Discuter, se débatlte.

l'un contre l'autre, jusques à ce que l'une des parties ait vérifié (") son cas. Cependant, estimons que ce n'est que tromperie de vouloir faire accroire que le drap que Jésus-Christ laissa au logis où il fit sa Cène, cinq ou six cents ans après la destruction de Jérusalem, soit volé {^) en Italie ou en Allemagne.

J'avais oublié le pain (^) dont miraculeusement furent repus les cinq mille hommes au désert, duquel on en (') montre une pièce {'^) à Rome, en l'église Notre-Dame la Neuve, et quelque petit (f^) à Saint-Salvador, en Espagne. Il est dit en l'Écriture qu'il y eut quelque portion de manne réservée, pour souvenance (') que Dieu avait nourri miraculeusement le peuple d'Israël au désert (-). Mais des reliefs (s) qui demeurèrent des cinq pains, l'Évangile ne dit point qu'il en fut rien réservé à telle fin (*»), et n'y a nulle histoire ancienne qui en parle, ni aucun docteur de l'Église. Il est donc facile de juger qu'on a pétri depuis ce qu'on en montre maintenant. Autant en faut-il juger du rameau qui est

(a) Ait fait la preuve de ce qu'elle avance.

(b) Se soit transporté par la voie des airs, (cd) Un morceau de ce pain.

(e) Un peu.

(f) En mémoire de ce fait que.

(g) Quant aux restes du festin.

(h) Dans ce but, pour devenir des reliques.

à Saint-Salvador, en Espagne. Car ils disent que c'est celui que tenait Jésus-Christ quand il entra en Jérusalem, le jour de Pâques fleuries (*). Or, l'Evangile ne dit pas qu'il en tînt ; c'est donc une chose controuvée {^). Finalement, il faut mettre en ce rang une autre relique qui se montre là même : c'est de la terre où Jésus-Christ avait les pieds assis (•=) quand il ressuscita le Lazare. Je vous prie, qui est-ce qui avait si bien marqué la place qu'après la destruction de Jérusalem, que {^) tout était changé au pays de Judée, on ait pu adresser (e) au lieu où Jésus-Christ avait une fois marché ? /

Il est temps de venir aux principales reliques^' ^ OttX^ de notre Seigneur. Ce sont celles qui appar- ^ / Q ' tiennent (f) à sa mort et passion. Et première- ' '^

ment nous faut dire (g) de sa croix (^), en laquelle il fut pendu. Je sais qu'on tient pour certain qu'elle fut trouvée d'Hélène (h), mère de Constantin, empereur romain. Je sais aussi qu'ont écrit aucuns docteurs anciens touchant l'appro-

(a) Le jour des Rameaux.

(b) Inventée.

(c) Posés.

(d) Alors que, quand.

(e) Aller droit au lieu.

(f) Qui se rapportent à.

(g) Il nous faut parler de.

(h) Par Hélène.

hation 0')ï pour certifier que la croix qu'elle trouva était sans doute ('•) celle en laquelle Jésus- Christ avait été pendu. De tout cela, je m'en rapporte à ce qui en est. Tant y a que (c) ce fut une folle curiosité {'^) à elle, ou une sotte dévotion et inconsidérée (f). ]\Iais encore, prenons le cas que ce eût été une œuvre louable à elle de mettre peine (0 à trouver la vraie croix, et que notre Seigneur déclara adonc ("), par miracle, que c'était celle qu'elle trouva ; seulement considérons ce qui en est de notre temps. On tient que cette croix que trouva Hélène est encore à Jérusalem ; et de cela nul n'en ('') doute, combien que l'Histoire ecclésiastique y contredit notamment. Car il est là récité (i) que Hélène en prit une partie pour envoyer à l'empereur son fils, lequel la mit à Constantinople, sur une colonne de porphyre, au milieu du marché ; de l'autre partie (J), il est dit qu'elle l'enferma en un étui d'argent, et la bailla {^) en garde à l'évêque de Jérusalem.

(a) La preuve.

(b) Sans aucun doute, d'une façon certaine.

(c) Toujours est-il que...

(d) Un soin, qui n'était pas sensé.

(e) Sans réflexion.

(f) Mettre ses soins à.

(g) Donc.

(h) Pléonasme : de cela nul ne dpute. (i) Raconté.

(3) Ailleurs.

(k) Il la confia.

Ainsi, ou nous arguerons (^) l'histoire de mensonge, ou ce qu'on tient aujourd'hui de la vraie croix est une opinion vaine et frivole. Or, avisons (b) d'autre part combien il y en a de pièces par tout (c) le monde. Si je voulais réciter (d) seulement ce que j'en pourrais dire, il y aurait un rôle (e) pour remplir un livre entier. Il n'y a si petite ville où il n'y en ait, non seulement en l'église cathédrale, mais en quelques paroisses. Pareillement, il n'y a si méchante (^) abbaye où Qn n'en montre. Et en quelques lieux, il y en a de bien gros éclats (§), comme à la Sainte-Cha^ pelle de Paris, et à Poitiers et à Rome, où il y en ^ un crucifix assez grand qui en est fait, comme (h) l'on dit. Bref, si on voulait ramasser tout ce qui s'en est trouvé, il y en aurait la charge d'un bon grand bateau. L'Evangile testifie (}) que la croix pouvait être portée d'un homme {^). Quelle audace donc a-ce été de remplir la terre de pièces de bois en telle quantité que trois cents hommes ne le sauraient porter ? Et de fait, ils ont forgé

(a) Nous accuserons.

(b) Réfléchissons.

(c) A travers le monde entier.

(d) Citer, nommer.

(e) Il y aurait de la matière,

(f) Abbaye de peu d'importance,

(g) De gros morceaux.

(h) Du moins, à ce qu'on dit.

(i) Atteste.

cette excuse (*») que, quelque chose qu'on en coupe, jamais elle n'en décroît {^). Mais c'est une bourde {^) si sotte et lourde que même les superstitieux la connaissent. Je laisse donc à penser quelle certitude on peut avoir de toutes les vraies croix qu'on adore çà et là. Je laisse à dire dont ('•) c'est que sont venues certaines pièces, et par quel moyen. Comme les uns disent que ce qu'ils en ont leur a été porté (e) par les anges ; les autres, qu'il leur est tombé du ciel. Ceux de Poitiers racontent que ce qu'ils en ont fut apporté par une demoiselle (') d'Hélène, laquelle l'avait dérobé, et comme elle s'enfuyait, se trouva égarée près du Poitou. Ils ajoutent à la fable (s) qu'elle était boiteuse. Voilà les beaux fondements ('') qu'ils ont pour persuader le peuple à idolâtrer. Car ils n'ont pas été contents (i) de séduire et abuser les simples, en montrant du bois commun au lieu du bois de la croix ; mais ils ont résolu Q) qu'il le fallait adorer, qui {^)

(a) Cette explication, à savoir que.

(b) Elle ne diminue de son volume primitif.

(c) Une sottise.

(d) D'où.

(e) Apporté.

(f) Une suivante.

(g) A ce récit sans fondement, (h) Sur quoi ils fondent.

(i) Ils ne se sont pas contentés.

(j) Ils ont décidé, (k) Ce qui est.

est une doctrine diabolique. Et saint Ambroise nommément la réprouve, comme superstition de païens.

Après la croix, s'ensuit le titre (») que fit mettre Pilate (^), où il avait écrit : « Jésus Nazarien, roi des Juifs ». Mais il faudrait savoir et le lieu et le temps, et comment c'est qu'on l'a trouvé. Quelqu'un me dira que Socrate, historien de l'Église, en fait mémoire Q^). Je le confesse. Mais il ne dit point qu'il est devenu {^). Ainsi, ce témoignage n'est pas de grande valeur. Davantage, ce fut une écriture faite à la hâte, et sur-lechamp, après que Jésus-Christ fut crucifié. Pourtant (d), de montrer un tableau curieusement fait, comme pour tenir en montre (e), il n'y a nul propos ('). Ainsi, quand il n'y en aurait qu'un seul, on le pourrait tenir pour une fausseté et fiction. Mais quand la ville de Toulouse se vante de l'avoir, et ceux de Rome y contredisent, le montrant en l'église de Sainte-Croix, ils démentent (§) l'un l'autre. Qu'ils se combattent donc tant qu'ils voudront : en la fin toutes les

(a) L'inscription.

(b) En fait mention.

(c) Ce qu'il est devenu.

(d) Par conséquent.

(e) Pour l'exposer à la vénération.

(f) Pas de raison.

(g) Ils se contredisent, s'opposent des démentis.

in vin'; iies reliques 8

Il6 TRAITÉ DES RELIQUES

deux parties seront convaincues de mensonge, quand on voudra examiner ce qui en est.

Encore y a-t-il plus grand combat (») des ('') clous (^). Je réciterai (c) ceux qui sont venus à ma notice ('^). Sur cela, il n'y aura si petit enfant qui ne juge que le diable s'est par trop moqué du monde, en lui ôtant sens et raison, pour {^) ne pouvoir rien discerner en cet endroit. Si les anciens écrivains disent vrai, et nommément Théodore, historien de l'Église ancienne, Hélène en fit enclaver (f) un au heaume de son fils ; des deux autres, elle les mit au mors de son cheval. Combien que saint Ambroise ne dit pas du tout ainsi ; car il dit que l'un fut mis à la couronne de Constantin ; de l'autre, le mors de son cheval en (^) fut fait ; le troisième, que Hélène le garda. Nous voyons qu'il y a déjà plus de douze cents ans que cela {^) était en diff^érend (i) qu'est-ce que les clous étaient devenus. Quelle certitude en peut donc avoir à présent ? Or, à Milan, ils se vantent d'avoir celui qui fut posé au mors

(a) Discussion.

(b) Au sujet des clous.

(c) Je citerai.

(d) A ma connaissance, du latin notilia,

(e) Au point de ne pouvoir plus.

(f) Fit clouer.

(R) Pléonasme : de l'autre, le mors fut fait.

(h) Ce point.

(i) En discussion.

du cheval de Constantin. A quoi la ville de Carpentras s'oppose, disant que c'est elle qui l'a. Or, saint Ambroise ne dit pas que le clou fut attaché au mors, mais que le mors en fut fait. Laquelle chose ne se peut nullement accorder avec ce que disent tant (») ceux de Milan que ceux de Carpentras. Après, il y en a un à Rome, à Sainte-Hélène ; un autre là même, en l'église Sainte-Croix ; un autre à Sienne ; un autre à Venise ; en Allemagne, deux ; un à Cologne, aux Trois-Maries ; l'autre à Trêves. En France, un à la Sainte-Chapelle de Paris, l'autre aux Carmes, un autre à Saint-Denis en France, un à Bourges, un à la Tenaille, un à Draguignan. En voilà quatorze de compte fait (b). Chacun (c) lieu allègue bonne approbation {'^) en son endroit («), ce lui semble. Tant y a (f) que chacun a aussi bon droit que les autres. Pourtant, il n'y a meilleur moyen que de les faire passer tous sous un fidelium (e) : c'est de réputer que tout ce qu'on en a dit n'est que mensonge, puisque autrement on n'en peut venir à bout.

(a) Aussi bien... que.

(b) Tout compte fait.

(c) Chaque lieu.

(d) Preuve.

(e) En ce qui le concerne.

(f) Toujours est-il que...

(g) Des Gallars traduit : itaque nihil expeditius qiiam eamdem de omnibus ferri senteniiam.

Il8 TRAITÉ DES RELIQUES

S'ensuit ('») le fer de la lance (^) qui ne pouvait être qu'un ; mais il faut dire que il est passé par les fourneaux de quelque alchimiste {^), car il s'est multiplié en quatre, sans ceux qui peuvent être çà et là, dont je n'ai point ouï parler. Il y en a un à Rome ; l'autre, à la Sainte-Chapelle de Paris ; le troisième, en l'abbaye de la Tenaille, en Saintonge ; le quatrième, à la Sauve, près de Bordeaux. Lequel est-ce qu'on "choisira maintenant pour vrai ? Pourtant (c), le plus court, c'est de les laisser tous quatre pour tels qu'ils sont. Mais encore, quand il n'y en aurait qu'un seul, si {'^) voudrais-je bien savoir dont (e) il est venu, car les histoires anciennes, ni les autres écrits, n'en font nulle mention. Il faut donc qu'ils aient été forgés (') de nouveau.

Touchant [de] la couronne d'épines (^), il faut dire que les pièces (s) en ont été replantées pour reverdir ; autrement je ne sais comment elle pourrait être ainsi augmentée. Pour un item, il y

(a) Vient ensuite.

(b) Il s'agit des personnages qui cherchaient au Moyen- Age la transmutation des métaux en or.

(c) Par conscquout.

(tl) Encore.

(e) D'où.

(f) Le mot est pris à double sens ; au sens propre, puisqu'il s'agit ici de lances ; au sons figuré, c'est-à-dire inventées.

jg) Morceaux.

en a la troisième portion en la Sainte-Chapelle de Paris ; à Rome, en l'église Sainte-Croix, il y en a trois épines ; en l'église Saint-Eustache, de Rome même, quelque quantité ; à Sienne, je ne sais quantes (») épines ; à Vicence, une ; à Bourges, cinq ; à Besançon, en l'église Saint- Jean, trois ; à Mont-Royal, trois ; à Saint-Salvador, en Espagne, je ne sais combien ; à Saint- Jacques, en Galice, deux ; à Albi, trois ; à Toulouse, à Mâcon, à Charroux en Poitou, à Cléry, à Saint-Flour, à Saint-Maximin en Provence, en l'abbaye de la Salle, en l'église parochiale (b) de Saint-Martin à Noyon, en chacun de tous ces lieux, il y en a une. Quand on aurait fait diligente inquisition (<=), on en pourrait nommer plus de quatre fois autant. Nécessairement on voit qu'il y a de la fausseté ('^i). Quelle fiance (e) donc peut-on avoir ni des (^) unes, ni des autres ? Avec ce, il est à noter qu'en toute l'Eglise ancienne, jamais on ne sut à parler (ë) que cette couronne était devenue. Parquoi il est aisé de conclure que la première plante a commencé à jeter (h) longtemps

(a) Combien.

(b) Paroissiale.

(c) Enquête.

(d) Du mensonge.

(e) Confiance.

(f) A propos des unes.

(g) On ne sut dire.

(h) A donner des rejetons (jeter).

après la passion de notre Seigneur Jésus-Christ. Il y a puis après {'^) la robe de pourpre (^), de laquelle Pilate vêtit notre Seigneur par dérision, d'autant {^) qu'il s'était appelé roi. Or c'était une robe précieuse qui n'était pas pour (c) jeter à l'abandon, et n'est pas à présumer que Pilate ou ses gens la laissassent perdre, après s'être moqués [pour] une fois de notre Seigneur. Je voudrais bien savoir qui a été le marchand qui l'acheta de Pilate, pour la garder en reliquaire. Et pour mieux colorer (d) leur bourde, ils montrent quelques gouttes de sang dessus, comme si les méchants eussent voulu gâter une robe royale, en la mettant par risée sur les épaules de Jésus-Christ. Je ne sais pas s'il y en a quelqu'un aussi bien (e) ailleurs. Mais de la robe qui était tissue de haut en bas sans couture, sur laquelle fut jeté le sort, pource (i) qu'elle semblait plus propre à émouvoir (s) les simples à dévotion, il s'en est trouvé plusieurs ; car à Argenteuil, près de Paris, il y en a une, et à Trêves une autre. Et si la bulle de Saint-Salvador, en Espagne, dit

(a) Ensuite.

(b) Sous prétexte que.

(c) De nature à être jetée.

(d) Cacher.

(e) Encore.

(f) Attendu que.

(g) A pousser.

vrai, les chrétiens, par leur zèle inconsidéré (a), ont fait pis que ne firent les gendarmes {^) incrédules. Car iceux {^) n'osèrent la déchirer en pièces, mais, pour l'épargner, mirent le sort dessus, et {^) les chrétiens l'ont dépecée pour l'adorer. Mais encore, que répondront-ils au Turc qui se moque de leur folie, disant qu'elle est entre ses mains ? Combien qu'il n'est jà métier (») de les faire plaider contre le Turc, il suffit qu'entre eux ils vident leur débat. Cependant nous serons excusés de ne croire ni à l'un ni à l'autre, de peur de ne favoriser à l'une des parties plus que à l'autre, sans connaissance de cause ; car cela serait contre toute raison. Qui plus est, s'ils veulent qu'on ajoute foi à leur dire, il est requis (*), en premier lieu, qu'ils s'accordent avec les évangélistes. Or, est-il ainsi (§) que cette robe, sur laquelle le sort fut jeté, était une saie ou hoqueton, que les Grecs appellent choeton, et les Latins tunica. Qu'on regarde si la robe d'Argenteuil, ou celle de Trêves, ont telle i^)

(a) Sans réflexion.

(b) Les hommes d'armes, dont il est parlé dans l'Évangile.

(c) Les gendarmes.

(d) Tandis que.

(e) Quoique il n'y ait pas besoin de...

(f) Il est nécessaire.

(g) Toujours est-il que, en réalité,...

(Il) Une forme pareille à celle de la tunica ou du choelon.

forme, on trouvera que c'est comme une chasuble (») pliée. Ainsi, encore qu'ils crevassent les yeux aux gens, si connaîtrait-on leur fausseté en ta tant des mains ('^). Pour faire fin à cet article, je demanderais {') volontiers une petite question. Ce que (<^i) les gendarmes ont divisé entre eux les vêtements de Jésus-Christ, comme l'Ecriture témoigne, il est certain que c'était pour s'en servir à leur profit. Qu'ils me sachent à dire (e) qui a été le chrétien qui les ait rachetés des gendarmes, tant la saie que les autres vêtements qui se montrent en d'autres lieux, comme à Rome en l'église Saint-Eustache, et ailleurs. Comment est-ce que les évangélistes ont oublié cela ? car c'est une chose absurde (') de dire que les gendarmes ont butiné (s) ensemble les vêtements, sans ajouter qu'on les a rachetés de leurs mains, pour en faire des reliques. Davantage, comment est-ce que tous ceux qui ont écrit anciennement ont été si ingrats de n'en sonner mot ? Je leur donne terme {^) à me ré-

la) Ornement sacerdotal, qui se porte à la messe.

(b) En touchant l'objet.

(c) Je poserais une question.

(d) Ce fait que ; tour emprunté du latin quod...

(e) Qu'ils tâchent de me dire.

(i) Qui ne s'entend pas, qui ne se comprend pas. [g] Pris à titre de butin.

(h) Je leur fixe une date.

pondre sur ces questions, quand les hommes n'auront plus sens ni entendement pour juger. Le meilleur est que avec la robe ils ont aussi bien voulu avoir les dés, dont (-') le sort fut jeté par les gendarmes. L'un est à Trêves, et deux autres à Saint-Salvador, en Espagne. Or, en cela ils ont naïvement démontré leur ânerie (b) ; car les évangélistes disent que les gendarmes ont jeté (^) le sort, qui se tirait adonc (c) d'un chapeau ou d'un bocal, comme quand on veut faire le roi de la fève, ou quand on joue à la blanque. Bref, on sait que c'est (<^>) jeter aux lots. Cela se fait communément en partages. Ces bêtes (e) ont imaginé que le sort était jeu de dés, lequel n'était pas adonc en usage, au moins tel que nous l'avons de notre temps ; car au lieu de six et as, et autres points, ils avaient certaines marques, lesquelles ils nommaient par leurs noms, comme Vénus ou Chien. Qu'on aille maintenant baiser les reliques, au crédit (') de si lourds (ë) menteurs. Il est temps de traiter du suaire {^), auquel ils ont encore mieux montré tant leur impudence

(a) Avec lesquels.

(b) Terme injurieux, comme en on rencontre beaucoup dans la discussion, au xvi^ siècle.

(c) Donc.

(d) Ce que c'est que.

(e) Autre injure : il s'agit des catholiques.

(f) Sur la foi.

(g) De menteurs si maladroit;.

que leur sottise. Car, outre le suaire de la Véronique, qui se montre à Rome, à Saint-Pierre, et le couvre-chef (•') que la Vierge Marie, comme ils disent, mit sur les parties honteuses de notre Seigneur, qui se montre à Saint- Jean de Latran, lequel aussi bien est derechef {^) aux augustins de Carcassonne ; item, le suaire qui fut mis sur sa tête au sépulcre, qui se montre là même ; il y a une demi-douzaine de villes, pour le moins, qui se vantent d'avoir le suaire de la sépulture tout entier : comme Nice, celui qui a été transporté là de Chambéry ; item (c) Aix en Allemagne ; item le Trect [Maëstricht] ; item Besançon ; item Cadouin, en Limousin ; itetn une ville de Lorraine, assise (d) au port d'Aussois ; sans («) les pièces qui en sont dispersées d'un côté et d'autre, comme à Saint-Salvador en Espagne, et aux Augustins d'Albi. Je laisse encore un suaire entier qui est à Rome, en un monastère de femmes, pource que (') le Pape a défendu de le montrer solennellement. Je vous prie, le monde n'a-t-il pas été bien enragé (s), de trotter

(a) Chapeau, qui couvre la tête ou chef, du latin caput.

(b) De nouveau ; ici, en outre.

(c) Pareillement.

(d) Située.

(e) Sans parler de...

(f) Sous prétexte que.

(g) Fou, aussi fou que peut l'être une bête qui a la rage

cent OU six vingt {^) lieues loin, avec gros frais et grand 'peine (b), pour voir un drapeau (°) duquel il ne pouvait nullement être assuré, mais plutôt était contraint d'en douter ? Car quiconque estime le suaire être en un certain lieu, il fait (<*) faussaires tous les autres qui se vantent de l'avoir ; comme, pour exemple, celui qui croit que le drapeau («*) de Chambéry soit le vrai suaire, cettui-là condamne ceux de Besançon, d'Aix, de Cadouin, du Trect et de Rome, comme menteurs, et qui font méchamment idolâtrer le peuple en le séduisant et lui faisant accroire qu'un drapeau profane (*) est le linceul où fut enveloppé son Rédempteur. Venons maintenant à l'Evangile, car ce serait peu de chose qu'ils se démentissent l'un l'autre ; mais le Saint-Esprit leur contredisant (g) à tous, les rend tous ensemble confondus, autant les uns que les autres. Pour le premier (h), c'est merveille que les évangélistes ne font nulle mention de cette Véronique, laquelle

(a) Six-vingt, cent vingt. Ancienne manière de compter, qui a subsisté dans quatre-vingt, et dans l'hôtel des Quinze-vingt.

(b) Beaucoup de. fatigue.

(c) Petit drap.

(d) Il accuse d'être faussaires.

(e) Qui se trouve à Chambéry.

(f) Sans origines religieuses.

(g) Les démentant, (h) D'abord.

torcha (") la face de Jésus-Christ d'un couvrechef ; vu qu'ils parlent de toutes les femmes, lesquelles ('j) l'accompagnèrent à la croix. C'était bien ime chose notable (') et digne d'être mise en registre que la face de Jésus-Christ eût été miraculeusement imprimée en un linceul. Au contraire, il semble avis que cela n'emporte pas beaucoup, de dire que certaines femmes aient accompagné Jésus- Christ à la croix, sans qu'il leur soit advenu aucun miracle. Comment est-ce donc que les évangélistes racontent de choses menues et de légère importance, se taisant des {'^) principales ? Certes, si un tel miracle avait été fait, comme on fait accroire (e), il nous faudrait accuser le Saint-Esprit d'oubliance {^) ou d'indiscrétion, qu'il (^) n'aurait su prudemment élire (i^) ce qui était le plus expédient (') de raconter. Cela est pour leur (J) Véronique, afin qu'on connaisse combien c'est un mensonge

(a) Essuya.

(b) Qui.

(c) Qui méritait d'être notée, consignée.

(d) Sur les choses qui ont eu de l'importance, comme en eût le miracle que nie ici Calvin.

(e) Comme on le donne à croire.

(f) D'oubli.

(g) Attendu que, puisque.

(h) Choisir, du latin eligere.

(i) Utiles à raconter.

fj) La Véronique, qu'ils ont favorisée de ce miracle prétendu.

évident, de ce qu'ils en (-i) veulent persuader. Quant est du suaire auquel {^) le corps fut enveloppé, je leur fais une semblable demande. Les évangélistes récitent (<=) diligemment les miracles qui furent faits à la mort de Jésus-Christ, et ne laissent rien de ce qui appartient à l'histoire. Comment est-ce que cela leur est échappé de ne sonner mot d'un miracle tant excellent (^) ? C'est que l'effigie (e) du corps de notre Seigneur Jésus était demeurée au linceul auquel il fut enseveli. Cela valait autant d'être dit comme plusieurs autres choses. Même saint Jean déclare comment saint Pierre, étant entré au sépulcre, vit les linges de la sépulture, l'un d'un côté, l'autre d'autre. Que il y eût aucune portraiture (f) miraculeuse, il n'en parle point. Et n'est pas à présumer qu'il eût supprimé une telle œuvre (§) de Dieu, s'il en eût été quelque chose. Il y a encore un autre doute à objecter : c'est que les évangélistes ne parlent (h) point que nul des disciples, ni des femmes fidèles, aient transporté les linceuls, dont il est question, hors du sépulcre ;

(a) Persuader à son sujet.

(b) Dans lequel.

(c) Racontent avec soin.

(à) Qui dépasse à ce point tous les autres miracles.

(e) La reproduction des traits.

(f) Portrait, image.

(g) Ouvrage l'ait par Dieu.

(h) Ne disent point.

mais plutôt ils donnent à connaître qu'ils les ont là laissés, combien qu' (i')ils ne l'expriment (b) pas. Or, le sépulcre était gardé des gendarmes, qui eurent depuis le linceul en leur puissance (c). Est-il à présumer qu'ils le baillassent à quelque fidèle pour en faire des reliques, vu que les Pharisiens les avaient corrompus pour se parjurer (d), disant que les disciples avaient dérobé le corps ? Je laisse à les rédarguer (e) de fausseté par la vue même des portraitures qu'ils en montrent, car il est facile à voir que ce sont peintures faites de main d'homme. Et ne me peux assez ébahir (*), premièrement comment ils ont été si lourdauds de ne point avoir meilleure astuce pour tromper ; et encore plus comment le monde a été si niais de se laisser ainsi éblouir les yeux, pour (g) ne voir point une chose tant évidente. Qui plus est, ils ont bien montré qu'ils avaient les peintres à commandement (h). Car quand un suaire a été brûlé, il s'en est toujours trouvé un nouveau de 0

(a) Encore que.

(b) Ils ne le disent point.

(c) En leur pouvoir.

(d) Et les avaient amenés à se parjurer, à parler contre la vérité.

(e) Convaincre.

(f) S'étonner, rester bouche bée,

(g) Au point de ne pas voir.

(h) A volonté.

(i) Dès le lendemain.

lendemain. On disait bien que c'était celui-là même qui avait été auparavant, lequel s'était par miracle sauvé du feu ; mais la peinture était si fraîche que le mentir («) iv'y valait rien, s'il y eût eu des yeux pour regarder. Il y a, pour faire fin (b), une raison péremptoire, par laquelle ils sont du tout convaincus de leur impudence. Partout où ils se disent avoir le saint suaire, ils montrent un grand linceul qui couvrait tout le corps avec la tête, et voit-on là l'effigie d'un corps tout d'un tenant (c). Or, l'évangéliste saint Jean dit que Jésus-Christ (i) fut enseveli à la façon des Juifs. Or quelle était cette façon, non seulement on le peut entendre (<*) par la coutume que les Juifs observent encore aujourd'hui, mais aussi par leurs livres qui montrent l'usage ancien : c'est d'envelopper à part le corps jusques aux épaules, puis envelopper la tête dedans un couvrechef, le liant (e) à quatre coins. Ce que aussi l'évangéliste exprime, quand il dit que saint Pierre vit les linges d'un côté, où le corps avait été enveloppé, et d'un autre côté le suaire, qui avait été posé sur la tête (^). Car telle est la signi-

(a) Que le mensonge. Emploi fréquent, au xyi^, de l'infinitif.

(b) Pour finir.

(c) Tout d'une pièce.

(d) Comprendre.

(e) En l'attachant.

fication de ce mot de suaire, de le prendre pour un mouchoir ou couvre-chef, et non pas pour un grand linceul qui serve à envelopper le corps. Pour conclura brièvement, il faut que l'évangéliste saint Jean soit menteur, ou bien que tous ceux qui se vantent d'avoir le saint suaire soient convaincus de faussetés et qu'on voie apertement (=') qu'ils ont séduit le pauvre peuple par une impudence trop extrême ('').

Ce ne serait jamais fait (c), si je voulais poursuivre par le menu {'^) toutes les moqueries dont ils usent. On montre à Rome, à Saint- Jean de Latran, le rameau qui fut mis en la main de Jésus-Christ, au lieu d'un sceptre, quand on le battait par moquerie, en la maison de Pilate. Là même, en l'église Sainte-Croix, on montre l'éponge avec laquelle on lui mit en la bouche le fiel et la myrrhe. Je vous prie, où est-ce qu'on les a recouvrés ? C'étaient les infidèles (e) qui les avaient entre leurs mains. Les ont-ils délivrés (*) aux apôtres, pour en faire des reliques ? Les ontils eux-mêmes enserrés {"), pour les conserver

(a) Ouvertement.

(b) Qui est excessive, qui dépasse décidément les bornes.

(c) Je n'en finirais pas, si.

(J) Le détail.

(e) Des gens qui n'avaient pas la foi.

(f) Donnés, après les avoir eus on leur possession.

(g) Mis de côté avec soin.

au temps à venir {^) ? Quel sacrilège est-ce d'abuser ainsi du nom de Jésus-Christ pour couvrir des fables tant froidement (b) forgées ? Autant en est-il des deniers que Judas reçut pour avoir trahi notre Seigneur. Il est dit en l'Évangile qu'il les rendit à la synagogue des Pharisiens et qu'on en (<=) acheta un champ pour ensevelir les étrangers. Qui est-ce qui a retiré ces deniers-là de la main du marchand ? Si on dit que ce ont été les disciples, cela est par trop ridicule, il faut chercher une meilleure couleur (d). Si on dit que cela s'est fait longtemps après, encore y a-t-il moins d'apparence, vu que l'argent pouvait être passé par beaucoup de mains. Il faudrait donc montrer, ou que le marchand qui vendit sa possession (e) aux Pharisiens pour faire un cimetière l'eût fait pour acheter les deniers, afin d'en faire des reliques, ou bien qu'il les a revendus aux fidèles. Or, de cela, il n'en fut jamais nouvelle (») en l'Église ancienne. C'est une semblable fourbe des (g) degrés du prétoire de Pilate qui sont à Saint-Jean de Latran, à

(a) En prévision du temps à venir, de l'avenir.

(b) De sang-froid, sans l'excuse de la passion,

(c) Avec cet argent.

(d) Excuse.

(e) Ce qu'il possédait, pour l'avoir acheté.

(f) Question.

(g) Quand il s'agil des degrés.

TllVin'; DES RELIQLES 9

Rome, avec des trous, où ils disent que des gouttes de sang tombèrent du corps de notre Seigneur. Item, là même, en l'église Sainte-Praxède, la colonne à laquelle il fut attaché quand on le fouetta ; et en l'église Sainte-Croix, trois autres, à l'entour desquelles il fut promené, allant (*) à la mort. De toutes ces colonnes, je ne sais où ils les ont songées (b). Tant y a qu' (c)ils les ont imaginées à leur propre fantaisie. Car en toute l'histoire de l'Évangile nous n'en lisons rien. Il est bien dit que Jésus-Christ fut flagellé (^) ; mais qu'il fut attaché à un pilier, cela est de leur glose (•'). On voit donc qu'ils n'ont tâché {fj à autre chose, sinon d'amasser comme une mer de mensonges. En quoi ils se sont donné une telle -licence (t), qu'ils n'ont point eu honte de feindre (g) une relique de ('1) la queue de l'âne sur lequel notre Seigneur fut porté. Car ils la montrent à Gênes. Mais il ne nous faut pas étonner autant de leur impudence que de la sottise et stupidité du monde qui a reçu avec dévotion une telle moquerie.

(a) Quand il allait à la mort.

(b) Rêvées, imaginées, inventées.

(c) Toujours €St-il que.

(d) Invention.

(e) Ils n'ont eu d'autre but.

(f) Liberté sans frein.

(g) De transformer en relique, (h) Avec la queue...

Quelqu'un pourrait ici objecter qu'il n'est pas vraisemblable qu'on montre tous les reliquaires que nous avons déjà nommés si authentiquement (») que on ne puisse quand et quand {^) alléguer dont (c) ils viennent, et de quelle main on les a eus. A cela je pourrais répondre en un mot, qu'en mensonges tant évidents, il n'est pas possible de prétendre aucune vérisimilitude (d). Car quelque chose qu'ils s'arment du nom de Constantin, ou du roi Loys, ou de quelque pape, tout cela ne fait rien pour approuver (©) que Jésus- Christ ait été sacrifié avec quatorze clous, ou qu'on eût employé une haie toute entière à lui faire sa couronne d'épines ; ou qu'un fer de lance en ait enfanté depuis trois autres ; ou que son saye se soit multiplié en trois, et ait changé de façon pour devenir une chasuble ; ou que d'un suaire seul il en soit sorti une couvée (}), comme des poussins d'une poule ; et que Jésus-Christ ait été enseveli tout autrement que l'Évangile ne porte (s). Si je montrais une masse de plomb

(a) D'une façon si véridique.

(b) En même temps.

(c) D'où.

(d) Vraisemblance, mot formé et calqué sur le latin.

(e) Prouver.

{i) Expression imagée, pour représenter vivement à l'esprit du lecteur la manière dont se multipliaient les reliques.

(g) Comporte.

et que je disse : « ce billon d'or m'a été donné par un tel prince », on m'estimerait un fol insensé, et pour (=») mon dire le plomb ne changerait pas sa couleur ni sa nature pour (^') être transmué en or. Ainsi, quand on nous dit : « Voilà que Godefroy de Bouillon a envoyé par-deçà, après avoir conquis le pays de Judée », et que la raison nous montre que ce n'est que mensonge, nous faut-il laisser abuser de paroles, pour (c) ne point regarder ce que nous voyons à l'œil ? Mais encore, afin qu'on sache combien il est sûr de se fier à tout ce qu'ils disent pour l'approbation (d) de leurs reliques, il est à noter que les principales reliques, et les plus authentiques qui soient à Rome, y ont été apportées comme ils disent, par Tite et Vespasien. Or, c'est une bourde aussi chaude (e), comme si on disait que le Turc fût allé à Jérusalem pour quérir (') la vraie croix, afin de la mettre à Constantinople. Vespasien, devant qu' (-)il fût empereur, conquêta ('^) et détruisit une partie de Judée : depuis, lui étant

(a) Malgré mon afTirmation.

(b) Au point d'être.

(c) Au point de ne pas regarder.

(d) La preuve que leurs reliques sont authentiques.

(e) Aussi complète que si on disait.

(f) Aller chercher, conquérir.

(g) Avant qu'il fut.

(Il) Fit la conquête.

venu à l'empire (a), son fils Tite, lequel il avait laissé pour son lieutenant, prit la ville de Jérusalem. Or, c'étaient païens, auxquels il chalait {^) autant de Jésus-Christ que de celui qui n'eût jamais été. Ainsi on peut juger s'ils n'ont pas osé mentir aussi franchement, en alléguant Godefroy de Bouillon ou saint Loys, comme ils ont allégué Vespasien. Davantage, qu'on pense quel jugement a eu tant le roi que on appelle saint Loys, que ses semblables. Il y avait bien yÂ/Cf^'^j une dévotion et zèle tel que d'augmenter Ig^ .'tT^ ^^ > chrétienté ; mais si on leur eût montré des crottes de chèvres (<=) et qu'on leur eût dit « voilà des patenôtres de notre Dame», ils les eussent apportées en leurs navires par- deçà (d), pour les colloquer («) honorablement en quelque lieu. Et de fait, ils ont consumé leur corps et leur bien, et une bonne partie de la substance de leur pays, pour rapporter un tas de menues folies dont on les avait embabouinés (f), pensant que ce fussent les joyaux les plus précieux du monde. Pour donner encore plus amplement à connaître ce qui en est, il est

(a) Tour latin : alors qu'il était promu à l'Empire.

(b) Le verbe n'a subsisté que dans l'expression : peu me chaut.

(c) Expression triviale, destinée à jeter le discrédit sur les reliques.

(d) Dans nos pays.

(e) Placer.

(f) Dont on leur avait barbouillé la face, ou le babouin.

à noter qu'en toute la Grèce, l'Asie Mineure et la Mauritanie, que nous appelons aujourd'hui en vulgaire le pays des Indes, on montre avec grande assurance toutes ces antiquailles («), que les pauvres idolâtres pensent avoir alentour de nous. Qu'est-il de juger (t>) entre les uns et les autres ? Nous dirons qu'on a apporté des reliques de ces pavs-là. Les chrétiens qui y habitent encore affirment qu'ils les ont, et se moquent de notre folle vanterie {^). Comment pourrait-on décider de procès, sans une inquisition (d), laquelle ne se peut faire et ne se fera jamais ? Par quoi le remède («) unique est de laisser la chose comme elle est ; sans se soucier (^) ni d'une part ni d'autre.

Les dernières reliques qui appartiennent à Jésus-Christ, sont celles qu'on a eues depuis sa résurrection, comme un morceau de poisson rôti, que lui présenta saint Pierre (^), quand il s'apparut (g) à lui sur le bord de la mer. Il faut dire qu'il ait été bien épicé (y), ou qu'on y ait fait un

(a) Terme péjoratif.

(b) Le moyen de distinguer ?...

(c) De nos prétentions dénuées de fondement.

(d) Une enquête.

(e) La solution.

(f) Sans s'inquiéter, tenir compte de.

(g) Quand il se montra, (h) Garni d'épices.

merveilleux saupiquet (»), qu'il {^) s'est pu garder si longtemps. Mais, sans risée (c), est-il à présumer que les apôtres aient fait une relique du poisson qu'ils avaient apprêté pour leur dîner ? Quiconque ne verra que cela est une moquerie aperte (d) de Dieu, je le laisse comme une bête qui n'est pas digne qu'on lui remontre plus avant.

Il y a aussi le sang miraculeux (©) qui est sailli (*) de plusieurs hosties ; comme à Paris, [en] Saint- Jean de Grève, à Saint- Jean d'Angély, à Dijon, et ailleurs en tout plein (") de lieux. Et afin de faire le monceau ('') plus gros, ils ont ajouté le saint canivet (i), dont l'hostie de Paris fut piquée par un Juif, lequel les pauvres fols Parisiens ont en plus grande révérence Q) que l'hostie même ; dont notre maître de Quercu ne se contentait point, et leur reprochait qu'ils étaient pires que Juifs, d'autant qu'ils adoraient le couteau qui avait été instrument pour violer {^)

(a) Préparation spéciale pour conserver la nourriture.

(b) Au point que.

(c) Plaisanterie à part.

(d) Évidente.

(e) Dû à un miracle.

(f) Jailli.

(g) En quantité de lieux, (h) Tas [des reliques].

(i) Sacrum culieUum, il s'agit d'un couteau. (j) Respect, (k) Outrager.

le précieux corps de Jésus-Christ. Ce que j'allègue, pource qu'on en peut autant dire de la lance, des clous et des épines, c'est que tous ceux qui les adorent, selon la sentence (») de notre maître de Quercu, sont plus méchants que les Juifs qui ont crucifié notre Seigneur.

Semblablement, on montre la forme (b) de ses pieds où il a marché quand il s'est apparu à quelques-uns depuis son ascension, comme il y en a un à Rome, en l'église Saint-Laurent, au lieu où il rencontra saint Pierre, quand il lui prédit qu'il devait souflPrir à Rome ; un autre, à Poitiers, à Sainte-Ra[de]gonde ; un autre, à Soissons ; un autre, à Arles. Je ne dispute (t) point si Jésus-Christ a pu imprimer sur une pierre la forme de son pied ; mais je dispute seulement du fait, et dk, puisqu'il n'y a nulle probation {^) légitime, qu'il faut tenir tout cela pour fable (e). Mais la relique la plus fériale (f) de cette espèce est la forme de ses fesses (ë), qui est à Reims, en Champagne, sur une pierre, derrière le grand autel ; et disent que cela fut fait du temps que

(a) Selon l'expression.

(b) La trace, l'empreinte.

(c) Je ne discute pas le point de savoir si. (tl) Nulle preuve.

(e) Pour un conte.

(f) La plus fêtée, du latin, feriœ, fête. {g)__L'eniprcintc de... sur la pierre.

notre Seigneur était devenu maçon pour bâtir le portail de leur église. Ce blasphème est si exécrable que j'ai honte d'en plus (=i) parler.

Passons donc outre, et voyons ce qui se dit de ses images ; non point de celles qui se font communément par peintres, ou tailleurs, ou menuisiers, car le nombre en 'est infini, mais de celles qui ont quelque dignité {^) spéciale pour être tenues (c) en quelque singularité comme reliques. Or, il y en a de deux sortes : les unes ont été faites miraculeusement, comme celle qui se montre à Rome, en l'église Sainte-Marie, qu'on appelle in Porttcu ; item, une autre à Saint- Jean de Latran ; item, une autre, en laquelle est portraite («i) son effigie à l'âge de douze ans ; item, celles de Lucques, qu'on dit avoir été faite par les anges, et laquelle on appelle Vtiltus sanctus. Ce sont fables si frivoles qu'il me semble avis (") que ce serait peine perdue, et même que je serais ridicule et inepte, si je m'amusais à les réfuter. Par quoi il suffit de les avoir notées en passant ; car on sait bien que ce n'est pas le métier des anges d'être peintres, et que notre Seigneur Jésus veut être connu autrement de nous et se

a) D'en parler davantage.

b) Autorité.

c) Au point d'être considérées.

d) Reproduite.

Qu'il me semble.

réduire en notre souvenance (»), que par images charnelles (»>). Eusèbe récite (f^) bien en l'Histoire ecclésiastique (^) qu'il envoya au roi Abagarus son visage portrait (d) au vif, mais cela doit être aussi certain qu'un des comments («") des chroniques de Mélusine (^). Toutefois, encore que ainsi fût, comment est-ce qu'ils l'ont eu du roi Abagarus ? car ils se vantent à Rome de l'avoir. Or Eusèbe ne dit pas qu'elle fut demeurée en être (f) jusque à son temps, mais il en parle par ouï dire, comme d'une chose lointaine. Il est bien à présumer (^) que, six ou sept cents ans après, elle soit ressuscitée et soit venue depuis (h) Perse jusqu'à Rome. Ils ont aussi bien forgé (i) les images de la croix, comme du corps, car ils se vantent à Brescia d'avoir la croix qui apparut à Constantin, de quoi je n'ai que faire d'en débattre (J) à l'encontre d'eux ; mais je les renvoie à ceux de Courtonne, qui maintiennent fort

(a) Se graver dans notre mémoire.

(b) Par les images qui le représentent tel qu'il s'est manifesté « dans la chair ».

(0) Raconte.

(d) Peint.

(e) Qu'un des faits racontés.

(f) Qu'elle existât encore.

(g) La phrase est ironique.

(h) Soit venue de Perse à Rome.

(i) Inventé, (j) Discuter.

et ferme qu'elle est par devers (*) eux. Qu'ils en plaident donc ensemble. Lors, que la partie (^) qui aura gagné son procès vienne, et on lui répondra. Combien que la réponse soit facile, pour les convaincre de leur folie, car ce qu'aucuns écrivains ont dit, qu'il apparut une croix à Constantin (^), n'est pas à entendre d'une croix matérielle, mais d'une figure (c) qui lui était montrée au ciel en vision. Encore donc que cela fût vrai, on voit bien qu'ils ont trop lourdement erré (d) par faute d'intelligence, et ainsi ont bâti leurs abus sans fondement (e).

Quant est de la seconde espèce des images, qu'on tient en reliques pour quelques miracles qu'elles ont faits, en ce nombre sont compris les crucifix aux quels Q) la barbe croît (^), comme celui de Burgos, en Espagne ; item, celui de Saint-Salvador et celui d'Aurenge. Si je m'arrête à remontrer (s) quelle folie, ou plutôt quelle bêtise c'est de croire cela, on se moquera de moi ;

(a) Chez eux, entre leurs mains.

(b) Terme d'ordre judiciaire, désigne les gens qui sont en procès.

(c) Le mot est pris au sens philosophique d'image, création de l'esprit.

(d) Se sont trompés.

(e) Sans rien pour les justifier, ces abus ; rien où ils pussent les asseoir.

(f) Sur lesquels.

(g) Démontrer.

car la chose de soi-même est tant absurde qu'il n'est jà métier ('') que je mette peine {^) à la réfuter. Toutefois, le pauvre monde est si stupide que la plupart tient cela aussi certain que l'Evangile : je mets semblablement en ce rang les crucifix qui ont parlé, dont la multitude est grande Mais contentons-nous d'un pour exemple, à savoir celui de Saint-Denis, en France : il parla (ce disent-ils) pour rendre témoignage que l'église était dédiée (c) Je laisse à penser si la chose le valait bien ; mais encore, je leur demande comment est-ce que le crucifix pouvait être adonc (d) en l'église, vu que, quand on les veut dédier, on en retire toutes les images ? Comment est-ce donc qu'il s'était dérobé (e) pour n'être point transporté avec les autres ? Il faut dire que ils ont pensé tromper le monde fort à leur aise, vu qu'ils se sont souciés de se contredire apertement Q) ; mais qu'il leur a suffi de mentir à gueule déployée (-), ne se donnant point garde (^) des répliques qu'on leur pouvait faire. Il y a

(a) Il n'est pas nécessaire.

(b) Que je m'emploie à.

(c) Consacrée.

(d) Donc.

(e) Qu'il s'était caché

(f) Ouvertement.

(g) Expression triviale, sans ménagement, sans discrétion.

(h) N'évitant point.

finalement des larmes : une, à Vendôme ; une à Trêves ; une, à Saint-Maximin ; une, à Saint-Pierre le Puellier d'Orléans, sans celles (») que je ne sais point. Les unes, comme ils disent, sont naturelles, comme celle de Saint-Maximin, laquelle, selon leurs chroniques, tomba à notre Seigneur, en lavant les pieds de ses apôtres ; les autres sont miraculeuses (b). Comme s'il était à croire (f) que les crucifix de bois fussent si dépits (d) que de pleurer (^). Mais il faut leur pardonner cette faute, car ils ont eu honte (e) que leurs marmousets (f) n'en fissent autant que ceux des païens. Or, les païens ont feint («) que leurs idoles pleuraient quelquefois : ainsi nous pouvons bien mettre l'un avec l'autre.

Quant à la vierge Marie, pource qu'ils tiennent {^) que son corps n'est plus en terre (i), le moyen leur est ôté de se vanter d'en avoir (J) les os ; autrement je pense qu'ils eussent fait

(a) Sans parler de celles.

(b) Se sont produites dans des conditions extraordinaires.

(c) Comme s'il était possible de croire.

(d) Fâchés au point de.

(e) Ils ont craint.

(f) Que leurs images,

(g) Imaginé.

(h) Qu'ils enseignent.

(i) Dans la terre, ou mieux, sur la terre.

(j) Posséder les ossements.

accroire (=*) qu'elle avait un corps pour remplir (b) un grand charnier (c). Au reste, ils se sont vengés (*i) sur ses cheveux et sur son lait, pour avoir quelque chose de son corps. De ses cheveux, il y en à Rome, à Sainte-Marie-sur- Minerve, à Saint-Salvador en Espagne, à Mâcon, à Cluny, à Noyers, à Saint-Flour, à Saint-Jacquerie, et en autres plusieurs lieux (e). Du lait (^), il n'est jà métier (s) de nombrer (h) les lieux où il y en a, et aussi (') ce ne serait jamais fait (J), car il n'y a si petite villette {^), ni si méchant (') couvent soit de moines, soit de nonnains, où l'on n'en montre ; les uns plus, les autres moins. Non pas qu'ils aient été honteux de se vanter d'en avoir à pleines potées (™), mais pource qu'il leur semblait a\ns que leur mensonge serait plus couvert, s'ils n'en avaient que ce qui se pourrait

(a) Qu'ils eussent donné à croire.

(b) Capable de remplir.

(c) Endroit où l'on déposait les cadavres.

(J) Ils ont pris leur revanche ; ils se sont dédommagés.

(e) Endroits.

(f) Au sujet du lait de la Vierge.

(g) Il n'est plus nécessaire, (h) De dénonbrer.

(i) D'ailleurs.

(j) On n'en finirait jamais.

(k) Accumulation de diminutifs : villette, petite ville.

(1) Méchant, ici, sans importance.

(111) Expression familière, de quoi remplir des pots.

tenir dedans quelque monstre (*) de verre ou de cristallin, afin qu'on en fît pas d'examen plus près. Tant y a que si la sainte Vierge eût été une vache et qu'elle eût été une nourrice toute sa vie, à grand'peine en eût-elle pu rendre telle quantité. D'autre part, je demanderais volontiers comment ce lait, qu'on montre aujourd'hui partout, s'est recueilli pour le réserver (b) en notre temps ; car nous ne lisons pas que jamais aucun (°) ait eu cette curiosité (d). Il est bien dit que les pasteurs (^) ont adoré Jésus- Christ, que les sages (e) (2) lui ont offert leurs présents, mais il n'est point dit qu'ils aient rapporté (f) du lait pour récompense. Saint Luc récite bien ce que Siméon prédit à la Vierge (^), mais il ne dit point qu'il lui demanda de son lait. Quand on ne regardera que ce point, il ne faut jà (g) argure davantage, pour montrer combien cette folie est contre toute raison et sans couverture (h) aucune. C'est merveilles (i), puisque ils ne pouvaient

(a) Vase de grandeur démesurée.

(b) La conserver, la mettre en réserve.

(c) Personne.

(d) Ce soin.

(e) On serait tenté de lire « mages ». C'est sages qu'il faut lire : on verra plus loin comment Calvin défend son opinion, sur ce point.

(f) Apporté de chez eux.

(g) Il ne faut désormais discuter.

(h) Prétexte.

(i) C'est étonnant.

avoir autre chose du corps, qu'ils ne se sont [pas] avisés (") de rogner de ses ongles et de choses semblables, mais il faut dire que tout ne leur est pas venu en mémoire (•').

Le reste qu'ils ont des reliques de Notre-Dame est de son bagage. Premièrement, il y en a une chemise à Chartres, de laquelle on fait une idole assez renommée, et à Aix en Allemagne, une autre. Je laisse là (b) comment c'est qu'ils ont pu les avoir, car c'est chose certaine que les apôtres et les vrais chrétiens de leur temps n'ont pas été si badins (f^) que de s'amuser à telles manigances (''). Mais qu'on regarde seulement la forme, et je quitte le jeu (*?), si on n'aperçoit leur impudence. Quand on fait la montre ('"), à Aix en Allemagne, de la chemise que nous avons dit être là, on montre, au bout d'une perche, comme (s) une longue aube ('») de prêtre. Quand la vierge Marie aurait été une géante, à grand'peine eût-elle porté une si grande chemise. Et

(a) Qu'ils n'ont pas songé.

(b) Je ne cherche pas à savoir. '

(c) Assez plaisante pour.

(<i) Combinaisons.

(ej Je consens à avouer que j'ai perdu la partie.

(f) L'exposition.

(g) Semblable à une aube.

(h) Vêtement de lin, garnie parfois de dentelle, que revêt le prêtre pour célébrer la messe.

pour lui donner meilleur lustre {^), on porte quand et quand (b) les chaussettes [de] saint Joseph, qui seraient pour (c) un petit enfant ou un nain. Le proverbe dit qu'un menteur doit avoir bonne mémoire, de peur de se couper (^) par oubli. Ils ont mal gardé (e) cette règle, quand ils n'ont pensé de faire meilleure proportion (f) entre les chausses du mari et la chemise de la femme. Qu'on aille maintenant baiser bien dévotement ces reliques, lesquelles n'ont autre apparence (s) de vérité. De ses couvre-chefs (h) je n'en sais que deux : à Trêves un, en l'abbaye Saint-Maximin ; à Lisio, en Italie, un autre. Mais je voudrais qu'on avisât (i) de quelle toile ils sont, et si on les portait de telle façon en ce temps-là au pays de Judée ; je voudrais aussi qu'on fit comparaison de l'un à l'autre pour voir comment ils s'entre-semblent (J). A Boulogne, ils en (k) ont un fronteau. Quelqu'un me demandera si je pense que ce fronteau soit une chose

(a) Plus d'éclat.

(b) En même temps.

(c) De la taille d'un enfant.

(d) Expression familière =: de se trahir.

(e) Observé.

(f) De ne point établir un rapport plus rigoureux,

(g) D'autre moyen de paraître vrais.

(Il) Chapeaux.

(i) Qu'on réfléchît.

(j) Ils se ressemblent.

(k) En = de Saint Joseph.

TR.VlTl': DES RELIQUES 10

controQvée (»). Je réponds que j'en estime (b) autant que de sa ceinture, qui est à Prat, et de celle qui est à Notre-Dame de Montserrat ; item {^) de sa pantoufle, qui est à Saint- Jacquerie, et un de ses souliers, qui est à Saint-Flour. Quand il n'y aurait autre chose, tout homme de moyenne prudence («^i) sait bien que ce n'a pas été la façon ('') des fidèles de ramasser ainsi chausses et souliers pour faire des reliques, et que jamais il n'en fut fait mention de plus (1) de cinq cents ans après la mort de la vierge Marie. Qu'en faut-il de donc plus arguer ('-), comme si la chose était douteuse ? Même ils ont voulu faire accroire à la sainte Vierge qu'elle était fort curieuse C^) à se parer et testonner (i), car ils montrent deux de ses peignes ; l'un, à Rome, en l'église de Saint-Martin, et l'autre, à Saint- Jean le Grand, de Besançon, sans ceux (J) qui se pourraient montrer ailleurs. Si cela n'est se moquer de la

(a) Inventée.

(b) J'y attache le même prix qu'à sa ceinture ; j'en fais le même cas.

(c) Pareillement.

(d) De moyenne intelligence.

(e) L'habitude, l'usage.

(f) Pendant plus de cinq cents ans.

(g) Pourquoi discuter davantage là-dessus ? (Il) Prêtait à discussion.

(i) S'arranger la tête.

(J) Sans parler de ceux.

Vierge, je n'entends point que c'est {^) de moquerie. Ils n'ont point oublié l'anneau de ses épousailles, car ils l'ont à Pérouse. Pource que maintenant la coutume est que le mari donne un anneau à sa femme en l'épousant, ils ont imaginé qu'il ('^) se faisait ainsi adonc (<=), et, sans en faire plus longue inquisition ('i), ont député (e) un anneau à cet usage, beau et riche (ï), ne considérant point la pauvreté en laquelle a vécu la Vierge. De ses robes, ils en ont à Rome, à Saint- Jean de Latran ; item, en l'église Sainte- Barbe ; item, à Sainte-Marie-sur-AIiner\x ; item, en l'église Sainte-Biaise, et à Saint-Salvador, en Espagne : pour le moins, ils se (^') disent en avoir des pièces (^'). J'ai:-^bien encore ouï nommer d'autres lieux, mais il ne m'en souvient. Pour montrer la fausseté, à cet endroit, il ne faudrait que regarder la matière ('), car il leur a semblé avis qu'il leur était aussi facile d'attribuer à la vierge Marie des vêtements à leur poste (J),

(a) Ce que c'est (jue.

(b) Que cela se faisait.

(c) Donc.

(d) Examen.

(e) Attribué.

(t) Qui suppose la richesse,

(g) Us disent qu'ils ont.

(h) Morceau.

(i) Ce dont l'objet est fait.

(j) A leur goût.

comme de vêtir les images ainsi qu'ils les vêtent. Il reste à parler des images, non point des communes (='), mais de celles qui sont en recommandation ('') par-dessus les autres, pour («) quelque singularité. Or ils font accroire à saint Luc {^) qu'il en peignit quatre à Rome, au lieu où est maintenant l'église de Sainte-Marie, qu'ils appellent in via lata. L'une se montre là en un oratoire, laquelle (comme («") ils disent) il fit à sa dévotion (f), avec l'anneau duquel (-) saint Joseph l'avait épousée. Il s'en montre à Rome inême une autre à Sainte-Marie la Neuve, laquelle ils disent avoir été faite ainsi par saint Luc en Troade, et que depuis elle leur a été apportée par un ange ; item, une autre à Sainte-Marie Ara Cœli, en telle forme (h) qu'elle était auprès de la croix. Mais à Saint- Augustin, ils se vantent d'avoir la principale (i), car c'est celle, si on les croit, que saint Luc portait toujours avec soi, jusques à la faire (J) enterrer en son sépulcre. Je

(a) Ordinaires, celles qui se voient partout,

(b) Qui sont honorées.

(c) A raison de.

(d) Ils attribuent à S' Luc.

(e) Du moins.

(f) Par esprit de dévotion personnelle.

(g) Dont.

(h) Dans l'attitude où...

(i) La plus importante, probablement l'original.

(j) Au point de.

VOUS prie, quel blasphème (*) de faire d'un saint évangéliste un idolâtre parfait (b) ? Et même quelle couleur (f") ont-ils pour persuader {^) que saint Luc ait été peintre ? Saint Paul le nomme («) bien médecin (^), mais du métier de peintre, je ne sais où ils l'ont songé (t). Et quand ainsi serait qu'il s'en fût mêlé (g), il est autant à présumer (h) qu'il eût voulu peindre la vierge Marie, comme un Jupiter ou une Vénus, ou quelque autre idole : ce n'était pas la façon des chrétiens d'avoir des images (*) ; et n'a été longtemps après (J), jusques à ce que l'Église a été corrompue de superstitions. D'autre part, tous les anglets (k) du monde sont pleins des images de la vierge Marie, qu'on dit qu'il a faites ; comme à Cambrai, et deçà delà(i). Mais en quelle forme ? il y a autant d'honnêteté comme qui voudrait por-

(a) Au sens calviniste. Voir l'introduction, p. 23,

(b) Complet.

(c) Prétexte.

(d) Faire accepter que.

(e) Déclare.

(f) Inventé, rêvé.

(g) Qu'il s'en soit occupé.

(h) Supposer.

(i) Portraits.

(j) Et il en fut de même longtemps après ; mot-à-mot, longtemps après [cette façon] n'a pas été [existé], (k) Les coins, les pluslpetits|coins.

(1) D'un côté et de l'autre.

i:;2 TRAITÉ DES RELIQUES

traire (a) une femme dissolue {^). Voilà comment Dieu les a aveuglés, qu'ils n'ont eu considération(c) non plus que bêtes brutes. Combien que je ne m'étonne pas trop de ce qu'ils ont imputé (d) à saint Luc d'avoir fait des images de la Vierge, vu qu'ils ont bien osé imposer le semblable (e) au prophète Jérémie, témoin le Puy en Auvergne. Il serait temps, ce crois-je (<), que le pauvre monde ouvrît les yeux une fois, pour voir ce qui est tant manifeste. Je laisse à parler (g) de saint Joseph, dont les uns en ('') ont des pantoufles, comme en l'abbaye Saint-Simon de Trêves ; les autres, ses chausses, comme nous avons déjà dit ; les autres, ses ossements. Il me suffit de l'exemple que j'ai allégué pour découvrir la sottise qui y est.

Je mettrai ici saint Michel, afin qu'il fasse compagnie à la vierge Marie. On pensera que je me gaudisse (i) en récitant (J) des reliques d'un ange, car les joueurs de farces même s'en sont

(a) Faire le portrait.

(b) Courtisane.

(c) En sorte qu'ils n'ont pas réfléchi que...

(d) Attribué.

(e) La même chose.

(f) A mon avis, du moins.

(g) Je ne parle pas.

(h) En, est explétif, ici.

(i) Je me moque, du latin gaudere, qui a un sens moins péjoratif.

(3) Citant.

moqués. ]\Iais les cafards n'ont pas laissé (») pourtant d'abuser tout à bon escient le pauvre peuple ; car à Carcassonne, ils se vantent d'en avoir des reliques, et pareillement à Saint- Julien de Tours. Au grand Saint- ■Michel, qui est si bien fréquenté des pèlerins, on montre son braquemart (b), qui est comme (*^) un poignard à usage de petit enfant, et son bouclier de même, qui est comme la bossette (^) d'un mors de cheval : il n'y a homme ni femme si simple («) qui ne puisse juger quelle moquerie c'est. Mais pource que tels mensonges sont couverts sous ombre 0 de dévotion, il semble avis que ce n'est point mal fait de se moquer de Dieu et de ses anges. Ils répHqueront que l'Écriture témoigne que saint Michel a combattu contre le diable (^). Mais s'il fallait vaincre le diable à l'épée, il la faudrait plus forte et de meilleure pointe (s), et de meilleur tranchant que n'est point celle-là (h). Sont-ils si bêtes d'imaginer que ce soit guerre charnelle Q), qu'ont tant les anges

(a) N'ont pas évité.

(b) Epée large et courte.

(c) qui ressemble.

(d) Termes techniques.

(e) Assez naïf pour.

(f) Sous prétexte de.

(g) Plus fine, en latin actes.

(h) Celle-là.

(i) Guerre, comme il s'en produit entre des êtres de chair, les hommes par exemple.

que les fidèles à l'encontre des diables, laquelle se démène (=') par glaive matériel ? Mais c'est ce que j'ai dit du commencement, que le monde méritait bien d'être séduit en telle bêtise, d'autant ('') qu'il était si perv^ers de convoiter des idoles et marmousets pour adorer, au lieu de servir au Dieu vivant.

Pour tenir ordre ('^■), il nous faut maintenant traiter de saint Jean-Baptiste, lequel, selon l'his-toire évangélique, c'est-à-dire la vérité de Dieu, après avoir été décollé (<^), fut enterré par ses disciples. Théodore, chroniqueur ancien de l'Église, raconte que son sépulcre, étant à Sébaste, ville de Syrie, fut ouvert par les païens quelque temps après et que ses os {^) furent brûlés par iceux ('), et la cendre éparse (§) dans l'air. Combien que Eusèbe ajoute que quelques hommes de Jérusalem survinrent là et en (h) prirent en cachette quelque peu, qui fut porté en Antioche (ï), et là enterré par Athanase en

(a) Se mène.

(b) Puisque.

(c) Pour suivre l'ordre [logique].

(d) Décapité.

(e) Ossements.

(f) Ces gcns-là [les païens].

(g) Jetée de tous côtés, du latin spargere, sparsiim. (h) En = de la cendre.

(i) A Antioche, comme on dit, aujourd'hui encore, en Avignon.

une muraille. Touchant de la tête (»), Sozomène(^), un autre chroniqueur, dit qu'elle fut emportée par l'empereur Théodose auprès de la ville de Constantinople. Par quoi (b), selon les histoires anciennes, tout le corps fut brûlé, excepté la tête, et tous les os et les cendres perdus, excepté quelques petites portions que prirent les ermites de Jérusalem à la dérobée. Voyons maintenant ce qu'il s'en trouve. Ceux d'Amiens se glorifient (c) d'avoir le visage, et, en la (d) masque qu'ils montrent, il y a la marque d'un coup de couteau sur l'œil, qu'ils disent que Hérodias lui donna ; mais ceux de Saint- Jean d'Angély contredisent (e), et montrent la même partie. Quant au reste de la tête, le dessus, depuis le front jusques au derrière, était à Rhodes et est maintenant à Malte, comme je pense ; au moins (') les commandeurs (§) ont fait accroire que le Turc le leur avait rendu. Le derrière est à Saint- Jean de Nemours ; la cervelle est à Nogent-le- Rotrou. Nonobstant cela, ceux de Saint- Jean-de-

(a) Quant à la tête [de S' Jean],

(b) D'où il résulte que.

(c) Tirent vanité.

(<1) Masque était du féminin.

(e) Opposent un démenti.

(t) Du moins.

(g) Ceux qui présidaient à l'ordre des chevaliers de Malte.

IVIaurienne ne laissent ('i) point d'avoir une partie de la tête. Sa mâchoire ne laisse point à être à Besançon, à Saint- Jean le Grand. Il y en a une autre partie, à Saint-Jean de Latran, à Paris, et, à Saint-Flour, en Auvergne, un bout de l'oreille ; à Saint-Salvador, en Espagne, le front et les cheveux ; il y en a aussi bien quelque lopin {^) à Noyon, qui s'y montre fort authentiquement (c) ; il y en a semblablement une partie à Lucques, je ne sais de quel endroit ('i). Tout cela est-il fait (e) ? Qu'on aille à Rome, et au monastère de Saint-Sylvestre, et on oira (^ dire : « Voici la tête de saint Jean-Baptiste. « Les poètes feignent (=) qu'il y avait autrefois un roi en Espagne, nommé Gérion {^), lequel avait trois têtes : si nos forgeurs (h) de reliques en pouvaient autant dire de saint Jean-Baptiste, cela leur viendrait bien à point (ï) pour les aider à mentir. Mais puisque cette fable n'a point lieu (}), comment s'excuseront-ils .'' Je ne veux point les

(a) Ne manquent point [de prétendre] qu'ils ont.

(b) Petit morceau.

(c) Solennellement, officiellement.

(d) Appartenant à je ne sais quelle partie du corps.

(e) Est-ce suffisant

(1) On entendra dire, du verbe ouïr (en latin, audire)

(g) Imaginent.

(h) Si ceux qui, chez nous, fabriquent des reliques.

(i) Cela les aiderait.

(j) N'a point ici de place.

presser de si près que de leur demander comment la tête s'est ainsi déchiquetée (») pour être départie (b) en tant de lieux et si divers, ni comment c'est qu'ils l'ont eue de Constantinople ; seulement, je dis qu'il faudrait que saint Jean eût été un monstre (f"), ou que ce sont abuseurs effrontés de montrer tant de pièces de sa tête.

Qui pis est, ceux de Sienne se vantent d'en avoir le bras, ce qui est répugnant (d), comme nous avons dit, à toutes les histoires anciennes. Et néanmoins, cet abus non seulement est souffert, mais aussi approuvé, comme (e) rien n'est trouvé mauvais au royaume de l'Antéchrist, moyennant qu'il (î) entretienne le peuple en superstition. Or, ils ont controuvé (g) une autre fable : c'est que, quand le corps fut brûlé, [que] le doigt dont il avait montré notre Seigneur Jésus-Christ demeura entier, sans être violé (h). Cela non seulement n'est pas conforme aux histoires anciennes, mais même il (') se peut aisé-

(a) Mise en morceaux, (t)) Partagée.

(c) Eût eu des proportions extraordinaires.

(d) Ce qui est en contradiction.

(e) Attendu que.

(f) Pourvu que cela.

(g) Inventé, (h) Touché, (i) Cela.

ment rédarguer (") par icelles (b), car Eusèbe et Théodore, nommément C^), disent que le corps était déjà réduit en os, quand les païens le ravirent. Et n'eussent eu garde d'oublier un tel miracle, s'il en eût été quelque chose, car ils ne sont autrement {^) que trop curieux {^) à en raconter, même de frivoles. Toutefois, encore qu'ainsi fût (o), oyons un petit {^) où est ce doigt. A Besançon, en l'église Saint- Jean le Grand, il y en a un ; à Toulouse, un autre ; à Lyon, un autre ; à Bourges, un autre ; à Florence, un autre ; à Saint- Jean des Aventures, près Mâcon, un autre. Je ne dis mot là-dessus (-), sinon que je prie mes lecteurs de ne se point endurcir (h) à rencontre (i) d'un avertissement si clair et si certain, et ne point fermer les yeux à une telle clarté, pour Q) toujours se laisser séduire comme ('^) en ténèbres. Si c'étaient joueurs de passe-passe (')

(a) Réfuter.

(b) Grâce aux histoires anciennes.

(c) Par ailleurs.

(tl) Trop enclins à.

(e) Quoiqu'il en fût.

(f) Un peu.

(g) A ce sujet.

(h) De n'être point insensibles.

(i) En face de.

(j) Au point de.

(k) Comme ils se laisseraient séduire.

(1) Nouvelle allusion aux Jeux du temps.

qui nous éblouissent {-^) les yeux, tellement qu'il nous semblât avis qu'il y en eût six, encore aurions-nous cet avis {^) de craindre d'être abusés. Or, ici il n'y a nulle subtilité : il est seulement question («) si nous voulons croire que le doigt de saint Jean soit à Florence et qu'il soit autre part en cinq lieux ; autant (d) de Lyon et de Bourges, et des autres. Ou, pour le dire plus bref, si nous voulons croire que six doigts ne soient qu'un, et qu'un seul soit six. Je ne parle sinon (e) de ce qui est venu à ma notice ('). Je ne doute pas que, si on enquérait (=) plus diligemment (h), [qu'Jil ne s'en trouvât encore une demi-douzaine ailleurs. Et de la tête, qu'il ne s'en trouvât encore des pièces (i) qui monteraient (J) bien la grosseur d'une tête de bœuf, voire {^) outre ce que j'en ai dit. Or, de peur de ne rien laisser derrière Q), ils ont aussi bien fait semblant d'avoir les cendres, dont il y a une

(a) Aveuglent.

(b) Cette raison.

(c) Il ne s'agit ici que de savoir si... '

(d) Pareillement.

(e) Que.

(fj A ma connaissance (du latin noiitia).

(g) Si l'on faisait une exiquète.

(h) Avec plus de soin.

(ij Des morceaux.

(j) Qui atteindraient.

(k) Et même.

(1) De ne rien oublier.

l6o TRAITÉ DES RELIQUES

partie à Gênes, l'autre partie à Rome, en l'église de Saint- Jean de Latran. Or, avons-nous vu que la plupart (î*) avait été jetée en l'air ; toutefois, ils ne laissent pas d'en avoir, comme (^') ils disent, une bonne portion, et principalement à Gênes. Restent maintenant, après le corps, les autres appartenances (<=), comme un soulier, qui est aux Chartreux de Paris, lequel fut dérobé, il y a douze ou treize ans. Mais incontinent il s'en retrouva un autre de nouveau. Et de fait, tant que l'enge ('^') des cordonniers soit faillie («), jamais ils n'auront faute (') de telles reliques. A Rome, à Saint- Jean de Latran, ils se vantent d'avoir sa haire (^), de laquelle il n'est fait nulle mention en l'Evangile (^), sinon que, pource qu'il est là parlé qu'il était vêtu de poils de chameau, ils veulent convertir (h) une robe en haire. Là même, ils disent qu'ils ont l'autel sur lequel

(a) La plus grande partie.

(b) Du moins.

(c) Ce qui a appartenu [à S' Jean].

(d) La race ; le mot a subsisté, dans le sens j^éjoratif, sous la forme engeance.

(e) Jusqu'à ce que en français moderne, la race aura disparu avant que...

(f) Ils ne manqueront de.

(g) L'instrument avec lequel le saint se serait mortifié = On connaît le vers fameux de Tartuffe :

Laurent, serrez ma haire ai>ec ma discipline...

(Tartuffe, HT, 1).

(h) Transformer.

TRAITÉ DES RELIQUES l6l

il priait au désert, comme si, de ce temps-là, on eût fait des autels à tout propos et en chacun {^) lieu. C'est merveille qu'ils ne lui font pas accroire {^) qu'il ait chanté messe. En Avignon, est l'épée de laquelle (c) il fut décollé, et, à Aix en Allem.agne, le linceul, lequel fut étendu sous lui. Je voudrais bien savoir comment le bourreau était si gracieux (d) que de lui tapisser le pavé de la prison, quand il le voulait faire mourir. N'estce pas une sotte chose de controuver (e) cela ? Mais encore, comment l'un et l'autre (f) sont-ils venus entre leurs mains } Pensez-vous qu'il est bien vraisemblable que celui qui le mit à mort, fût-il un gendarme ou un bourreau, donnât le linceul et son épée pour en faire une relique ? Puisqu'ils voulaient faire une telle garniture (") de toutes pièces, ils ont failli (h) de laisser le couteau de Hérodias, dont elle frappa l'œil, tout le sang qui fut répandu, et même son sépulcre. Mais je pourrais bien aussi errer (>), car je

(a) "Chaque.

(b) Qu'ils ne prétendent pas que.

(c) Avec laquelle.

(d) Si aimable.

(e) D'inventer.

(f) L'épée et le linceul.

(g) Collection.

(h) Ils ont eu tort.

(i) Me tromper.

ne sais pas si toutes ces bagues (■') sont autre part.

C'est maintenant aux apôtres d'avoir leur tour. Mais pource que la multitude pourrait engendrer la confusion, si je les mettais tous ensemble, nous prendrons saint Pierre et saint Paul à part, puis* nous parlerons des autres. Leurs corps sont à Rome, la moitié en l'église Saint-Pierre, et l'autre moitié à Saint-Paul. Et disent que saint Sylvestre les pesa, pour les • distribuer ainsi (b) en égales portions ('). Les deux têtes sont aussi à Rome, à Saint- Jean de Latran, combien que en la même église il y a une dent de saint Pierre à part. Après tout cela, on ne laisse pas d'en avoir des os partout : comme (<^) à Poitiers, on a la mâchoire avec la barbe ; à Trêves, plusieurs os de l'un et de l'autre (e) ; à Argenton en Berry, une épaule de saint Paul. Et quand serait-ce fait (') ? Car partout où il y a église qui porte leurs noms, il y en a des reliques. Si on démande quelles (s), qu'on se souvienne de la cervelle de saint Pierre, dont j'ai parlé, qui était au grand autel de cette

(a) Ces objets, d'où le mot bagage.

(b) De cette manière.

( ) En parties égales.

(d) Ainsi, par exemple.

(e) S* Pierre et S* Paul.

[i] Quand serait-ce fini ?

(?) De quelle nature.

ville. Tout ainsi (*) qu'on trouve (t») que c'était une pierre d'épongé, ainsi trouverait-on beaucoup d'os de chevaux ou de chiens qu'on attribue à ces deux apôtres.

Avec les corps, il y a la suite {^). A Saint-Salvador, en Espagne, ils en ont une pantoufle ; de la forme et de la matière, je n'en (d) puis répondre, mais il est bien à présumer que c'est une semblable marchandise que celles qu'ils ont à Poitiers, lesquels sont d'un satin broché d'or. Voilà comment on le fait brave (e) après sa mort, pour le récompenser de la pauvreté qu'il a eue sa vie durant ('). Pource que les évêques de maintenant sont ainsi (e) mignons C^), quand ils se mettent en leur pontificat ('), il leur semble avis que ce serait déroger à la dignité des apôtres, si on ne leur (J) en faisait autant. Or, les peintres peuvent bien contrefaire {^) des marmousets à

(a) De même que.

(b) On découvre que...

(c) La suite, c'est-à-dire les différents objets qui ont appartenu aux bienheureux, les « appartenances ». Cf. supra.

(d) en, explétif.

(e) Glorieux de sa personne, bien mis.

(f) Pendant qu'il vivait.

(g) De la façon qu'on prête à S* Pierre, à S* Paul. (h) Mignons = coquets.

(i) Quand ils exercent leurs fonctions de pontifes. (j) Aux deux bienheureux, (k) Imiter sur la toile.

TUVini: DES RELIQUES il

î64 tRAlTÉ DES RELIQUES

leur plaisir (»), les dorant et orrlant depuis la tête jusques aux pieds, puis après leur imposer le hom de saint Pierre ou de saint Paul. Mais Oh sait quel a été leur état ('•) pendant qu'ils ont vécu dans le nionde, et qu'ils n'ont eu d'autres accoutrements que (c) de pauvres gens. Il y â aussi bien à Rome la chaire épiscopale de saint I*iert-e (^), avec sa chasuble, comme si de ce temps-là les évêqUes eussent eu des trônes pouf s'asseoir. Mais (^i) leur office était d'enseigner, de consoler, d'exhorter en public et en particulier, et montrer exemple de vraie humilité à leur troupeau, non point de faire des idoles j comme font ceux de maintenant. Quant est de là chasuble, la façon (e) n'était point encore venue de se déguiser, car on ne jouait point des fatces (') en l'Église, comme on fait maintenant. Ainsi pour prouver que saint Pierre eut une chasuble, il faudrait premièrement montrer qu'il aurait fait du bateleur (s), comme font nos prêtres de maintenant, en voulant servir [à] i3ieu (li). Il est vtai qu'ils lui pouvaient bien donner une chasuble^

(a) A leur fantaisie.

(b) Manière de vivre.

(c) Que ceux des pauvres gens.

(d) Au contraire.

(e) La mode.

(f) Des comédies ; terme défeobligeàht pour la messe.

(g) Comédies de bas étage, (b) Servir Dieu.

quand {>^) ils lui ont assigné (b) un autel : mais autant a de couleur {^) l'un comme l'autre. On sait quels messes on chantait alors. Les apôtres ont célébré de leur temps, simplement, la Cène de notre Seigneur, à laquelle (d) il n'est point métier d'avoir un autel. De la messe ("), on ne savait encore quelle bête c'était, et ne l'a-t-ori paâ su longtemps après. On voit bien donc que, quand ils ont inventé leurs reliques, ils Ue se doutaient point de jamais avoir (*) de contredisants (2), vu qu'ils ont osé airisi itnpuderrimtfit mentir à bride avalée (h). Combien que de cet autel, ils ne conviennent 0 point entre eiix; Câi*' ceux de Rome affirment qu'ils l'ont, et ceux de Pise le montrent aussi bien au faubourg tisant (J) vêts la mer. Pour faire leur profit de tout, ils n'ont point oublié le couteau duquel (k) Malchus eut l'oreille coupée (^), comme si c'était un joyau

(a) Puisque.

(b) Attribué.

(c) Mais l'idée de lui donner un autel et alitant de vraisemblance que celle de lui donner une chasuble.

(d) Où.

(e) A propos de la messe.

(f) Qu'ils rencontreraient un jour.

(g) Des gens qui leur opposeraient un démenti.

(h) Expression triviale = comme des chevatix qui ont avalé leur bride, comme des gens que rien ne retient plus.

(i) Ils ne sont point d'accord.

(i) Qui va vers.

(k) Dont.

l66 TRAITÉ DES RELIQUES

digne de mettre en relique (''). J'avais oublié sa crosse Q^), laquelle se montre à Saint-Étienne des Grès, à Paris, de laquelle il faut estimer (') autant que de l'autel, ou de la chasuble, car c'est une même raison.

Il y a un petit (<i) plus d'apparence (") à son bourdon (^), car il est bien à présumer qu'il pouvait être armé de tel («) bâton, allant (h) par les champs. Mais ils gâtent tout, de ne se pouvoir accorder, car ceux de Cologne se font fort de l'avoir, et ceux de Trêves semblablement. Ainsi, en démentant (') l'un l'autre, ils donnent bien occasion (J) qu'on n'ajoute nulle foi à tous deux. Je laisse à parler ('^) de la chaîne de saint Paul, dont il fut lié, laquelle se montre à Rome, en son église. Item ('), du pilier sur lequel saint Pierre fut martyrisé, lequel est à Saint- Anastase.

(a) De proposer en relique.

(b) Sorte de bâton, généralement en métal, argent ou or, et qui symbolise la puissance du pasteur sur son troupeau.

(c) A laqurllc il faut attacher autant de prix qu'à... (rt) Un peu.

(e) De vraisemblance.

(f) Le mot est défini plus loin = bâton de pèlerin.

(g) D'un pareil bâton.

(h) Quand il allait...

(i) Se contredisant.

(i) Ils fournissent des raisons pour... (k) Je ne parle pas.

(1) Il en est de même.

Je laisse seulement à penser aux lecteurs dont ('i) est-ce que cette chaîne a été prise pour en faire une relique ; item (^), à savoir si, en ce temps-là, on exécutait les hommes sur des piliers.

Nous traiterons en commun (c) de tous les autres apôtres pour avoir plus tôt fait (d). Et premièrement, nous raconterons où il y en (e) a des corps entiers, afin qu'en faisant conférence (f) de l'un à l'autre, on juge quel arrêt (s) on peut prendre sur leur dire. Chacun sait que la ville de Toulouse en pense (h) avoir six, à savoir saint Jacques le Majeur, saint André, saint Jacques le Mineur, saint Philippe, saint Simon et saint Jude. A Padoue est le corps [de] saint Mathias (') ; à Salerne,le corps[de] saint Mathieu ; àOrthonne, celui de saint Thomas ; au royaume de Naples, celui de saint Barthélémy. Avisons (J) maintenant lesquels ont deux corps ou trois. Saint André a un second corps à Melphe ; saint Philippe et saint Jacques le Mineur, chacun aussi un autre

(a) D'où.

(b) Je laisse à penser.

(c) En gros, en une seule fois.

(d) Pour en finir plus vite.

(e) En = explétif.

(f) Comparaison, du mot conferre, mettre en présence.

(g) Conclusion : il s'agit ici d'une sorte de procès. (h) S'imagine.

(I) De.

(j) Réfléchissons.

l68 TRAITÉ DES RELIQUES

à Rome, ad sanctos Apostolos ; saint Simon et saint Jude, aussi bien (»■) à Rome, à l'église Saint- Pierr^ ; saint Barthélémy, à Rome, en son église. En voilà déjà six qui ont deux corps chacun. Et encore, de superabondant C^), la peau de saint Barthélémy est à Pise. Toutefois, saint Mathias a emporté («) tous les autres, car il a \\Xi corps à Rome, à Sainte-Marie la Majeure, et Iq troisième à Trêves. Outre cela, encore a-t-il une tête à part et un bras à part, à Rome même. Il est vrai que les lopins, qui sont de saint André çà et là, récompensent {^) à demi, car à Rome, à l'église Saint-Pierre, il a une tête ; en l'église Saint-Chrysogone, une épaule ; à Saint-Eustache, une côte, et au Saint-Esprit, un bras ; à Saint-; Biaise, je ne sais quelle autre partie ; à Aix-en- Provence, un pied. Qui conjoindrait (^) cela ensemble, ce serait tantôt pour en faire deux quartiers (*), moyennant qu'on les pût bien proportionner. Or, comme saint Barthélémy a laissé la peau à Pise, aussi y a-t-il une main ; à Trêves, il y en (s) a je ne sais quel membre ;

(a) Et encore.

(b) Par surcroît.

(c) L'a emporté.

(d) Compensent.

(e) Celui qui réunirait.

(f) Deux personnages.

(g) En = de Saint André.

à Fréjus, un doigt ; à Rome, en l'église Sainte^ Barbe, d'autres reliques. Ainsi encore n'est-il point des plus pauvres ; les autres n'en ont pas tant .Toutefois, chacun en a encore quelque Jopin, Comme (a) saint Philippe a un pied à Rome, ad sanctos Apostolos, et, à Sainte-Barge, je ne sais quelles reliques. Item, plus à Trêves. En ces deux dernières églises, il a semblablement gaint Jacques pour compagnon, lequel a sembla-? blement une tête en l'église S^int-Pierre, et un jaras à Saint- Chrysogone, et un autre ad mncfos ApQstolos. Saint Mathieu et saint Thomas sont demeurés les plus pauvres, car le premier n'a, avec §on corps, sinon ('') quelques os à Trêves, un bras, à Rome, à Saint^Marcel, et à Sainte Nicolas une tête. Sinon (c) que, par aventure (^), il m'en soit échappé quelque chose, ce qui se pourrait bien faire, car en tel abîme qui n'y serait confus ?

Pource qu'ils trouvent en leurs chroniques que le corps [de] saint Jean l'évangéliste s'évanouit («) incontinent après qu'on l'eut mis en la fosse, ils n'ont pu produire (f) ses ossements, mais pour

(a) Ainsi.

(b) Que. ^

(c) A moins que.

(d) Par hasard.

(e) Disparut.

(f) Mettre en avant, exposer, du latin prodifcere.

lyo TRAITE DES RELIQUES

suppléer ce défaut (-'), ils se sont rués (b) sur son bagage (c). Et premièrement, ils se sont avisés du calice où il but le poison, étant condamné par Domitien. Mais pource que deux l'ont voulu avoir, ou il nous faut croire ce que disent les alchimistes de leur multiplication, ou ceux-ci, avec leur calice, se sont moqués du monde. L'un est à Boulogne, et l'autre à Rome, à saint- Jean de Latran. Ils ont puis après controuvé (d) son hoqueton ("), et une chaîne dont il était lié, quand on l'amena prisonnier d'Éphèse, avec l'oratoire ('") où il soûlait (^) prier, étant (i^) en la prison. Je voudrais bien savoir s'il y avait lors des menuisiers à louage (h) pour lui faire des oratoires ; item, quelle familiarité avaient les chrétiens avec sa garde ('), pour retirer (J) la chaîne et en faire une rehque ? Ces moqueries {^) sont trop sottes (^)

(a) Cctto absence, ce manque.

(b) Expression destinée à marquer l'avidité des « forgeurs » de reliques.

(c) L'ensemble de ce qui lui appartint, de son vivant, — de ses bagues. Voir plus haut.

(d) Inventé.

(e) Casaque de coton.

(f) Le prie-Dieu, où il avait coutume (soûlait, du latin solere).

(g) Quand il était.

(h) Qu'on pût faire travailler, moyennant salaire.

(i) Ceux qui gardaient Saint Jean.

(j) Au point de pouvoir enlever avec eux.

(k) Ces plaisanteries.

(1) Trop dépourvues d'intelligence.

[et] fût-ce pour abuser les petits enfants. Mais le joyau le plus férial {^) est des douze peignes des apôtres, qu'on montre à Notre-Dame de l'Ile, sus (b) Lyon. Je pense bien qu'ils ont été du commencement là mis pour faire accroire qu'ils étaient aux douze pairs de France (^), mais depuis leur dignité s'est accrue, et sont devenus apostoliques («). r-

II nous faut dorénavant dépêcher, ou autrement jamais nous ne sortirions de cette forêt. Nous réciterons donc en bref (d) les reliques qu'on a des saints, qui ont été du temps que notre Sei- , gneur Jésus-Christ vivait ; puis, conséquemment (e), des martyrs anciens et des autres saints. Sur cela les lecteurs auront à juger quelle estime (f) ils en (s) devront avoir. Sainte Anne (^), mère de la vierge Marie, a l'un de ses corps à Apt en Provence ; l'autre, à Notre-Dame de l'Ile, à Lyon ; outre cela, elle a une tête à Trêves ; l'autre, à Duren en Julliers; l'autre, en Thuringe, en une ville nommée de son nom. Je laisse {^)

(a) Celui qui dénonce la plus grande sottise.

(b) Au-dessus.

(c) Ont été attribués aux apôtres.

(d) Rapidement.

(e) En suivant l'ordre chronologique.

(f) Quelle opinion.

(g) En = des reliques, (h) Je laisse de côté.

les pièces qui sont en plus de cent lieux ; et entre autres il me souvient que j'en ai baisé une partie en l'abbaye d'Ourscamp, près Noyon, dont on fait grand festin («). Finalement {^), elle a un de ses bras à Rome, en l'église Saint-Paul. Qu'on prenne fondement («) là-dessus, si on peut.

Il y a puis après {^) le Lazare, et la Madeleine sa sœur ('). Touchant de lui, il n'a que trois corps, que je sache : l'un est à Marseille ; l'autre, à Autun ; le troisième, à Avallon. Il est vrai que ceux (e) d 'Autun en (') ont eu gros procès à rencontre de ceux d 'Avallon ; mais après avoir dépendu (s) beaucoup d'argent d'un côté et d'autre (•»), ils ont tous deux gagné leur cause (') ; pour le moins, ils sont demeurés en possession du titre. Pource que la Madeleine était femme, il fallait qu'elle fût inférieure à son frère ; pourtant (J) elle n'a eu que deux corps, dont l'un est à Vézelay, près d'Auxerre ; et l'autre, qui est de plus grand renom, à Saint-Maximin, en Pro-

(a) A propos de laquelle on fait une grande fête.

(b) Enfin.

(c) Qu'on s'appuie là-dessus.

(à) Ensuite.

(e) Les catholiques d'Autun.

(f) En = à ce sujet.

(g) Dépensé.

(h) Chez les deux « parties ».

(i) Procès.

(j) Par conséquent.

vence, 1^ où est la tête à part, avec son noli me tangere (^), qui est un lopin (^) de cire, qu'on pense (b) être la marque que Jésus lui fit par dépit (°), pource qu'il était marri (d) qu'elle le voulait toucher. Je ne dis («) pas les reliques qui en (9 sont dispersées par («) tout le monde tant de ses os que de ses cheveux. Qui voudrait avoif certitude de cela, il s'enquerrait, pour le prernier (i*), à savoir si le Lazare et ses deux sœurs Marthe et Madeleine sont jamais venus en France pour prêcher. Car en lisant les histoires anciennes, et en jugeant du tout avec raison ('), pn voit évidemment (J) que c'est la plus sotte fable du monde, et laquelle a autant d'apparence(k) que si on disait que les nuées sont peaux de veau ; et néanmoins ce sont les plus certaines reUques qu'on ait. Mais encore que ainsi fût, il suffisait d'abuser d'un corps en idolâtrie ('), sans faire d'un diable deux ou trois.

(a) Morceau : on dit encore, un lopin de terre.

(b) Qu'on croit.

(c) Par colère.

(d) Fâché.

(e) Parle.

(f) En = de Lazare et de Madeleine.

(g) A travers (per).

(h) D'abord.

(i) Avec réflexion.

(j) Avec évidence.

(k) De vraisemblance.

(1) Et de le traiter avec idolâtrie.

Ils ont aussi bien (>*) canonisé celui qui perça le côté de notre Seigneur (^) en (^) la croix, et l'ont appelé saint Longin. Après l'avoir baptisé, ils lui ont donné deux corps, dont l'un est à Mantoue ; l'autre, à Notre-Dame de l'Ile, près Lyon. Ils ont fait le semblable {^) des sages (d) qui vinrent adorer notre Seigneur après sa nativité (^). Premièrement, ils ont déterminé (e) du nombre, disant qu'ils n'étaient que trois. Or, l'Évangile ne dit pas combien ils étaient ; et aucuns (f) des docteurs anciens ont dit qu'ils étaient quatorze, comme (-) celui qui a écrit le commentaire imparfait (h) sur saint Mathieu, qu'on intitule (') de Chr}^sostôme. Après, au lieu que l'Évangile les dit philosophes, ils en ont fait des rois à la hâte, sans pays et sans sujets. Finalement, ils les ont baptisés, donnant à l'un nom Balthasar ; à l'autre, Melchior ; et à l'autre, Gaspard. Or, que nous leur concédions toutes

(a) Encore.

(b) Sur la croix ; cet en est une transcription de la préposition latine, in cruce.

(c) La même chose.

(d) Philosophes, et non Rois, comme Calvin essaie de le démontrer plus loin.

(e) Ils ont fixé.

(f) Personne parmi les anciens docteurs.

(g) Par exemple.

(h) Inachevé.

(i) Qu'on attribue à.

leurs fables, ainsi (*) frivoles qu'elles sont, il est certain que les sages retournèrent au pays d'Orient ; car la sainte Écriture le dit, et ne peuton dire autre chose, sinon qu'ils moururent là. Qui est-ce qui les en (b) a transportés depuis ? Et qui est-ce qui les connaissait, pour les marquer, afin de faire ainsi des reliques de leurs corps ? Mais je m'en déporte (<=), d'autant que c'est folie à moi de rédarguer (d) des moqueries tant évidentes. Seulement, je dis qu'il faut que ceux de Cologne et ceux de Milan se débattent (e) à qui les aura, car tous deux prétendent ensemble de (f) les avoir, ce qui ne se peut faire (§). Quand leur procès sera vidé, lors nous aviserons [ce] qu'il sera de faire {^).

Entre les martyrs anciens, saint Denis (^) est des plus célébrés, car on le tient pour un des disciples des apôtres et le premier évangéliste Q) de France. A cause de cette dignité, on a de ses reliques en plusieurs lieux. Toutefois le corps est demeuré entier seulement en deux lieux, à

(a) Si frivoles qu'elles soient.

(b) En = de là.

(c) Je m'en désintéresse.

(tl) Réfuter.

(e) Se disputent.

(i) Prétendent les posséder.

(S) Ce qui est impossible.

(h) Ce qu'il faudra faire, ce qu'il conviendra de faire.

(i) Celui qui a le premier évangélisé la France.

Saint-Denis, en France, et à Ratisbonne, en Allemagne. Pour ce que les Français maintenaient (•'') de l'avoir, ceux de Ratisbonne en (b) émurent le procès à Rome, il y a environ cent ans, et le corps leiit- fut adjugé (c) par sentence définitive, présent (d) l'ambassadeur de France, dont («) ils ont belle (Q bulle. Qui dirait, à Saint- Dénis près Paris, que le corps n'est point là, il (s) serait lapidé. Quiconque voudra contredire (*') qu'il ne soit à Ratisbonne sera tenu poui* hérétique, d'autant qu'il sera rebelle au Saint- Siège apostolique. Ainsi, le plus expédient sera de ne s'entremettre point en leur querelle. Qu'ils se crèvent les yeux les uns aux autres, s'ils veulent, et, en ce faisant, qu'ils ne profitent de rien, sinon pour découvrir (') que tout leur cas gît en mensonge.

De saint Étiènhe (i), ils ont tellement parti (J) le torps qu'il est entier à Rome en son église ;

(a) Avaient la prétention de.

(b) En = à ce sujet.

(c) Attribué.

(d) En présence de.

(e) [Ce] dont = et de cette attribution.

(f) Belle, authentique.

(g) Qui dirait... [il] serait lapidé, rappel du stljet contenu dans qui.

menu uans qui.

(b) Dire le contraire, à savoir que.

(1) Montrer, ou plutôt laisse? voir;

(j) Partagé.

le chef (*»), en Arles ; et des os, en plus de deux cents lieux. Mais pour montrer qu'ils sont des adhérents (b) de ceux qui l'ont meurtri (c), ils ont canonisé les pierreë dont il a été lapidé. On demandera où c'est qu'on les a pu trouver et comment ils les ont eues, de quelles mains et par quel mdyeh. Je réponds brièvement que cette demande est folle, car on sait bien qu'on trouve partout des cailloux, tellement que la voiture n'en (d) coûte guère. A Florence, en Arles aux Augustins,âu Vigatl en Languedoc, on eu montre. Celui qui voudra fermer les yeux et l'entendement croira que ce sont les propres («) pierres dont Saint Etienne fut lapidé \ celui qUi voudra un peu considérer (^) s'en moquera. Et de fait, les Carmes de Poitiers en (g) ont bien trouvé Un depuis quatorze ans^ auquel ils ont assigné l'office (b) de délivret- les femmes, lesquelles sont en travail d'enfaiit. Les Jacobins, auxquels on avait dérobé une côte de sainte Marguerite, ser-

(a) La tête.

(b) Partisans.

(c) Assassiné. Meurtrir a, au xvi^, le sens de donner la mort.

(d) En = de cailloux.

(e) Les pierres même.

(f) Réfléchir.

(g) En, explétif, b) La mission.

lyS TRAITÉ DES RELIQUES

vant à cet usage {^), leur en ont fait grand 'noise (b), criant contre leur abus ; mais à la fin, ils {^) ont gagné en tenant bon.

J'avais quasi délibéré (<^) de ne parler point des innocents (^), pource que, quand j'en aurais assemblé une armée, ils {*^) répliqueront toujours que cela ne contrevient (^ point à l'histoire, d'autant que le nombre n'en est point défini (e). Je laisse donc à parler de la multitude. Seulement, qu'on note qu'il y en a de toutes les régions du monde. Je demande maintenant comment c'est qu'on les a apportées ? Ils ne me peuvent répondre autre chose, sinon que ce a été cinq ou six cents ans après leur mort. Je m'en rapporte aux plus pauvres idiots qu'on pourra trouver, si (h) on doit ajouter foi à des choses tant absurdes. Après, encore qu'il s'en fût trouvé par fortune 0 quelqu'un, comment se pouvait-il faire qu'on en apporta plusieurs corps en France, en Allemagne, en Italie, pour les distribuer en des villes tant éloignées l'une de l'autre ? Je

(a) A délivrer les femmes.

(b) Chicane.

(e) Ils, les carmes de Poitiers.

(<1) J'avais l'intention,

(e) Les papistes.

(f) Contredit, (e) Arrêté,

(h) Je m'en rapporte [pour décider] si, (i) Par hasard.

laisse donc cette fausseté pour convaincue (*) du tout.

Pourtant que saint Laurent (^) est du nombre des anciens martyrs, nous lui donnerons ici son lieu. Je ne sais point que son corps soit en plus d'un lieu, c'est à savoir Rome, en l'église dédiée de ('^) son nom ; il est vrai qu'il y a puis après un vaisseau (c) de sa chair grillée ; item, deux fioles pleines, l'une de son sang et l'autre de sa graisse ; item, en l'église surnommée Palisperne, son bras et de ses os ; et à saint Sylvestre, d'autres reliques. Mais si on voulait amasser tous les ossements qui s'en {^) montrent seulement en France, il y aurait pour former deux corps, au long et au large (e). Il y a puis après la grille sur laquelle il fut rôti, combien que l'église qu'on surnomme Palisperne, se vante d'en avoir une pièce. Or, pour la grille, encore la laisserais-je passer ; mais ils ont d'autres reliques trop feriales (*), dont il ne m'est point licite de me taire, comme des charbons qu'on montre à Saint-Eustache ; itetn, une serviette dont l'ange torcha (") son corps.

(il) Démontrée.

(c) Un vase [contenant] de sa cliair grillée. (à) En = de S* Laurent.

(e) Dans toutes les dimensions.

(f) Trop ridicules.

(g) Essuya. • '

TRAITÉ BES RELIQtES ' 12

l8o TRAITÉ DES RELIQUES

Puisqu'ils ont pris le loisir de songer telles rêveries pour abuser le monde, que ceux qui verront cet avertissement prennent aussi loisir de penser à eux, pour se garder {^) de n'être plus ainsi moqués. D'une même forge (•?) est sortie sa tunique, qu'on montre à Rome même, en l'église Sainte-Barbe. Pource qu'ils ont ouï-dire que saint Laurent était diacre, ils ont pensé qu'il devait avoir les mêmes accoutrements dont leurs diacres se déguisent, en jouant {^) leur personnage à la messe. Mais c'était bien un autre office (d), de ce temps-là, en l'Église chrétienne, que ce n'est à présent à la papauté (e) : c'étaient les commis ou députés («") à distribuer les aumônes (^), et non point bateleurs pour jouer des farces (9. Ainsi, ils n'avaient que faire de tuniques, ni dalmatiques (s), ni autre habits de fols, pour se déguiser (h).

Nous ajouterons, à saint Laurent, saint Gervais et saint Protais (^), desquels le sépulcre fut trouvé

(a) Éviter.

(b) Du même besoin d'inventer.

(c) Quand ils jouent.

(d) Une autre fonction.

(e) Préposés.

(f) Toujours la même manière de désigner la messe et les cérémonies catholiques.

(g) Ornement propre au diacre : sorte de tunique, (h) L'expression rentre dans la comparaison des « bate-

eurs » qui^( jouent des farces ».

TRAITE DES RELIQUES l8l

à Milan du temps de saint Ambroise, comme luimême le testifie (a) ; pareillement, saint Jérôme et saint Augustin, et plusieurs autres. Ainsi la ville de IMilan maintient {^) qu'elle a encore le corps. Nonobstant cela, ils sont à Brisach, en Allemagne, et à Besançon, en l'église parochiale (c) de Saint-Pierre ; sans ('i) les pièces infinies (e) qui sont éparses en diverses églises, tellement qu'il faut nécessairement que chacun Q) ait eu quatre corps pour le moins, ou qu'on jette aux champs tous les os qui s'en (^) montrent à fausses enseignes (h).

Pource qu'ils ont donné à saint Sébastien (^) l'office (') de guérir de la peste, cela a fait qu'il a été plus requis Q) et que chacun a plus appété (^) de l'avoir ; ce crédit (i) l'a fait multiplier en quatre corps entiers, dont l'un est à Rome, à Saint-Laurent ; l'autre, à Soissons ; le troisième, à Piligny, près Nantes ; le quatrième, près de

(a) L'atteste.

(b) Prétende.

(c) Paroissiale.

(d) Sans parler de.

(e) Innombrables.

(f) Chacun d'eux, S* Gervais et S* Protais.

(g) En = d'eux.

(h) A tort, grâce à des enseignes qui mentent.

(i) La fonction.

(j) Demandé.

(k) Désiré.

(1) Le crédit dont jouissait ce saint.

l82 TRAITÉ DES RELIQUES

Narbonne, au lieu de sa nativité. En outre, il a deux tètes, l'une à Saint-Pierre de Rome, et l'autre, aux Jacobins de Toulouse. Il est vrai qu'elles sont creuses, si on se rapporte aux Cordeliers d'Angers, lesquels se (•') disent en avoir la cervelle. Item plus les Jacobins d'Angers en ont un bras ; il y en a un autre à Saint-Sernin de Toulouse ; un autre, à la Chaise-Dieu, en Auvergne, et un autre à Montbrison, en Forez ; sans ('') les menus lopins qui en (^) sont en plusieurs églises. Mais quand on aura bien contre-pesé (d), qu'on devine où est le corps de saint Sébastien ? Même, ils n'ont pas été contents de tout cela, s'ils ne faisaient aussi bien (©) des reliques des ('") flèches dont il fut tiré (?) ; desquelles ils en montrent une à Lambesc, en Provence ; une, à Poitiers, aux Augustins ; et les autres par-ci parlà. Par cela voit-on bien qu'ils ont pensé ('i) de ne jamais rendre compte (i) de leurs tromperies.

(a) Ils disent qu'ils en ont la cervelle.

(b) Sans parler de.

(c) En = de lui.

(d) Pesé à plusieurs reprises.

(e) Encore.

(f) Avec les flèches.

(g) Dont on tira sur lui. Emploi du passif, qui s'explique par le latin.

(h) Cru.

(i) Qu'ils ne rendraient jamais compte.

Une semblable raison a valu à saint Antoine (^) pour lui multiplier ses reliques, car, d'autant que c'est un saint colère et dangereux, comme ils le feignent, lequel brûle ceux à qui (^) il se courrouce, par cette opinion il se fait craindre et redouter. La crainte a engendré dévotion, laquelle a aiguisé l'appétit (^) pour faire désirer d'avoir son corps, à cause du profit. Par quoi (c) la ville d'Arles en a eu grand combat et long contre les Antonens (d) de Viennois, mais l'issue (e) n'en a été autre qu'elle a été accoutumé d'être en telle matière, c'est-à-dire que tout est demeuré en confus. Car, si on voulait liquider (i) la vérité, nulle des parties n'aurait bonne cause (s). Avec (h) ces deux corps, il a un genou aux Augustins d'Albi ; à Bourg, à Mâcon, à Dijon, à Châlons, à Ouroux, à Besançon, des reliques de divers membres, sans ce qu'en portent les quêteurs, qui (') n'est point petite quantité. Voilà que c'est (J) d'avoir le bruit ('^) d'être mauvais, car

(a) Ceux contre qui.

(b) Le désir en quelque sorte matériel. ■ (c) D'oîi il suit que...

(d) Religieux de S' Antoine.

(e) Le résultat.

(f) Mettre au clair, résoudre.

(g) Gain de cause.

(h) En outre de.

(i) Ce qui.

(}) Ce que c'est, (k) La réputation.

sans cela le bon saint fût demeuré en sa fosse, ou en quelque coin, sans qu'on en eût tenu compte.

J'avais oublié sainte Pétronille (^), la fille de saint Pierre, laquelle a son corps entier à Rome, en l'église de son père ; item plus, des reliques à part à Sainte-Barbe. Mais elle ne laisse point (=^) pourtant d'en avoir un autre au Mans, au couvent des Jacobins, lequel est là tenu en grande solennité, pource qu'il guérit des fièvres. D'autant (^) qu'il y a plusieurs saints nommés Suzanne, je ne sais bonnement (c) si leur intention a été de redoubler le corps d'une ; mais tant y a (d) qu'il y a un corps de sainte Suzanne à Rome, en l'église dédiée de son nom, et un autre, à Toulouse. Sainte Hélène n'a pas été si heureuse, car, outre son corps qui est à Venise, elle n'a gagné de superabondant (e) qu'une tête, laquelle est à Saint-Géréon de Cologne. Sainte Ursule (^) l'a surmontée en cette partie (f) : son corps, premièrement, est à Saint- Jean-d'Angély ; elle a puis après une tête à Cologne ; une portion, aux Jacobins du Mans ; une autre, aux jacobins de

(a) Elle ne manque point.

(b) Vu que.

(c) A dire le vrai.

(d) Toujours est-il que,

(e) Par surcroît.

(f) Sur ce point.

Tours ; l'autre, à Bergerac. De ses compagnes, qu'on appelle les onze mille vierges, on en a bien pu avoir partout. Et de fait, ils se sont bien aidés de cela (a) pour oser mentir plus librement, car, outre cent charretées d'ossements, qui sont à Cologne, il n'y a à grand'peine ville en toute l'Europe, qui n'en soit remparée {^), ou en une église ou en plusieurs.

Si j'accommençais (c) à faire les montres (d) des saints vulgaires (e), j'entrerais en une forêt dont (f) je ne trouverais jamais issue. Par quoi je me contenterai d'alléguer quelques exemples en passant, dont (s) on pourra faire jugement de tout le reste. A Poitiers, il y a deux églises qui se combattent (h) du corps [de] saint Hilaire (^), à savoir les chanoines de son église et les moines de la Selle ; le procès en est pendant au crochet (>), jusques à ce qu'on en fasse Visitation. Cependant (J) les idolâtres (k) seront contraints d'adorer

(a) De ce fait qu'il y en eût onze mille.

(b) Protégée comme d'un rempart.

(c) Si je commençais.

(d) L'exhibition.

(e) Ordinaires.

(f) D'où,

(g) Grâce auxquels.

(h) Se disputent.

(i) En suspens.

(i) Pendant ce temps.

(k) Ceux qui vénèrent les reliques, à propos desquelles il y a discussion.

l86 TRAITÉ DES RELIQUES

deux corps d'un homme. Les fidèles (») laisseront reposer le corps, où qu'il soit, sans s'en soucier. De saint Honorât (^), son corps est en Arles, et aussi bien à l'île de Lérins, près Antibes. Saint Gilles ("") a l'un de ses corps à Toulouse, et l'autre à une ville de Languedoc, laquelle porte son nom. Saint Guillaume (^) est en une abbaye de Languedoc, nommée Saint-Guilhem-le-Désert, et en une ville d'Aussoy ('^), nommée Ecrichen, avec la. tête à part, combien qu'il ait une autre tête au faubourg de Duren, en Juliers, en l'abbaye des Guillermites. Que dirai-je de saint Saphorin ou Symphorien ('*), lequel est en tant de lieux, en corps et en os ? Pareillement, de saint Loup(-^), qui est à Auxerre, à Senes, à Lyon, et faisait-on accroire qu'il était à Genève. Autant de saint Ferréol, qui est tout entier à Uzès, en Languedoc, et à Brioude, en Auvergne. Au moins qu'ils (c) fissent quelques bonnes transactions ('^) ensemble, pour ne point tant découvrir leurs mensonges, comme ont fait les chanoines de Trêves avec ceux de Liège, touchant la tête de saint Lambert ; car ils ont composé (e) à quelque somme d'argent,

(a) Les calvinistes, ceux qui ont la foi.

(b) D'Alsace.

(c) Ils auraient dû, au moins, s'entendre.

(d) Accords.

(e) Ils ont conclu un accord, moyennant une somme d'argent.

pour {^) l'intérêt des offrandes, de ne la montrer publiquement, de peur qu'on ne s'étonnât de l'avoir en deux villes tant voisines. Mais c'est ce que j'ai dit du commencement : ils n'ont point pensé (t») d'avoir jamais un contrôleur (c) qui osât ouvrir la bouche pour remontrer (^) leur impudence.

On me pourrait demander comment ces bâtisseurs (*?) de reliques, vu qu'ils ont ainsi amassé sans propos (*') tout ce qu'il leur venait en la tête, et en soufflant ont forgé tout ce qu'il leur plaisait, ont laissé derrière (g) les choses notables (h) du Vieil Testament ? A cela, je ne saurais que répondre, sinon qu'ils les ont méprisées, pource qu'ils n'espéraient point d'en avoir grand profit, combien qu' (i)ils ne les ont du tout oubliées. Car, à Rome, ils se disent (J) avoir des os d'Abraham, d'Isaac et de Jacob (^), à Sainte-Alarie supra Minervam. A Saint- Jean de Latran, ils se vantent d'avoir l'arche d'alliance,

(a) Dans l'intérêt.

(b) Ils n'ont piont envisagé le cas.

(c) Quelqu'un qui contrôlerait leurs dires.

(d) Démontrer.

(e) Expression péjorative, comme forgeurs.

(f) Sans réflexion.

(g) Oublié.

(h) Dignes de remarque.

(i) Quoique.

(J) Ils disent qu'ils possèdent.

avec la verge d'Aaron, et néanmoins cette verge est aussi bien à la Sainte-Chapelle de Paris, et ceux de Saint-Salvador, en Espagne, en ont quelque pièce (='). Outre cela, ceux de Bordeaux maintiennent que la verge de saint Martial, qui se montre là-bas en l'église de Saint-Séverin, est celle même d'Aaron. Il semble avis qu'ils aient voulu faire un miracle nouveau, à l'envie (b) de Dieu, car comme (c) cette verge fut convertie en serpent par la vertu (d) d'icelui, aussi maintenant ils l'ont convertie en trois verges. Il peut bien être («) qu'ils ont beaucoup d'autres manicles (') de l'Ancien Testament, mais il suffit d'en avoir touché ce mot-là, pour montrer qu'ils se sont portés (") aussi loyalement en cet endroit ('») qu'en tout le reste.

Je prie maintenant les lecteurs d'avoir souve-

/^ nance de ce que j'ai dit du commencement, c'est

que je n'ai pas eu des commissaires Q) pour

visiter les sacristies de tous les pays, dont j'ai

(a) Morceau, .

(b) Par jalousie contre Dieu.

(c) De même que.

(à) Force, du latin virlus.

(e) Il est possible.

(f) Objets.

(g) Comportés.

(h) A ce sujet.

(i) D'envoyéSj commis ou préposés à cette tâche.

fait mention (a) ci-dessus (^). Pourtant, il ne faut point prendre ce que j'ai dit des reliques comme un registre ou inventaire entier de ce qui s'en pourrait trouver. Je n'ai nommé d'Allemagne que environ demi-douzaine de villes ; je n'en ai nommé d'Espagne que trois, que je sache (b) ; d'Italie, environ une quinzaine ; de France, trente à quarante, et de celles-là encore n'ai-je pas tout ce qui en est (c). Que chacun donc fasse conjecture en soi-même quel tripotage {^^) ce serait, si on mettait par ordre («) la multitude des reliques, qui sont par toute la chrétienté. Je dis seulement des pays qui nous sont connus et que nous hantons (*) ; car le principal est de noter que toutes les reliques que l'on montre de Jésus- Christ par-deçà (§) et des prophètes, on les trouvera aussi bien {^) en Grèce et Asie, et aux autres régions où il y a des églises chrétiennes. Or, je demande maintenant, quand les chrétiens de l'Église orientale disent que tout ce que nous en pensons avoir est par- devers eux (*), quelle réso-

(a) Par conséquent.

(b) Du moins, à ma connaissance.

(c) Tout ce qui existe en fait de villes.

(d) Expression à dessein triviale.

(e) En ordre.

(f) Que nous fréquentons.

(g) Chezjnous.

(h) Encore.

(i) Chez eux.

lution (^) pourra-t-on prendre là-dessus ? Si on leur contredit ('j), alléguant qu'un tel {^) corps de saint lut apporté par des marchands ; l'autre, par des moines ; [que] une partie de la couronne d'épines fut envoyée à un roi de France par l'empereur de Constantinople ; l'autre, conquise par guerre, et ainsi de chaque pièce, ils hocheront la tête en se moquant. Comment videra-t-on ces querelles ? car, en cause douteuse ('^), il faudra juger par conjectures. Or, en ce faisant, ils gagneront toujours, car ce qu'ils ont à dire de leur côté (e) est plus vraisemblable que tout ce qu'on pourra prétendre du côté de pardeçà (t). C'est un point fâcheux à démêler (g)pour ceux qui voudront défendre les reliques.

Pour faire fin C^), je prie et exhorte, au nom de

Dieu, tous lecteurs de vouloir entendre (') à la

^^ vérité, pendant qu'elle leur est tant ouvertement

montrée (J), et connaître que cela s'est fait par

une singulière providence de Dieu, que ceux

(a) Quelle conclusion.

(b) Si on leur oppose un démenti.

(c) Que tel corps.

(d) Quand il y a sujet à discussion.

(e) En leur faveur.

(f) Chez nous.

(g) A éclaircir.

(h) Pour finir, (i) Se rendre.

(J) Démontrée.

qui ont voulu ainsi séduire (-i) le pauvre monde, ont été aveuglés qu'ils n'ont point pensé à couvrir (b) autrement leurs mensonges ; mais, comme Madianites, ayant (°) les yeux crevés, se sont dressés les uns contre les autres, comme nous voyons qu'ils se font eux-mêmes la guerre et se démentent {^) mutuellement. Quiconque ne se voudra point endurcir pour répugner (e) à toute raison à son escient, encore qu'il ne soit pas pleinement instruit que c'est une idolâtrie exécrable d'adorer relique aucune Q), quelle qu'elle soit, vraie ou fausse ; néanmoins, voyant la fausseté (h) tant évidente, n'aura jamais le courage (s) d'en baiser une seule, et, quelque dévotion qu'il y (i) ait eue auparavant, il en sera entièrement dégoûté.

Le principal (J) serait bien, comme j'ai du commencement dit, d'abolir entre nous chré- \ ,A. tiens cette superstition païenne (^) de cano-

(a) Tromper.

(b) Dissimuler.

(c) Quand ils avaient les yeux crevés.

(d) Se contredisent.

(e) Résister, de parti-pris, à toute évidence.

(f) Une.

(g) Le mensonge.

(h) Le mot est pris au sens péjoratif, le triste courage.

(i) Y = à ces dévotions.

(j) L'important.

niser (») les reliques, tant de Jésus-Christ que de ses saints, pour en faire des idoles. Cette façon de faire est une pollution ('') et ordure-qu'on ne devrait nullement tolérer en l'Église. Nous avons déjà remontré, par raisons et témoignages de l'Kcriture, qu'ainsi est ('). Si quelqu'un n'est content (<^i) de cela, qu'il regarde l'usage des Pères anciens, afin de se conformer à leurs exemples. Il y a eu beaucoup de saints patriarches, beaucoup de prophètes, de saints rois et autres fidèles en l'Ancien Testament. Dieu avait ordonné plus de cérémonies de ce temps-là que nous n'en devons avoir. Même (e) la sépulture se devait faire en plus grand appareil (f) que maintenant, pour représenter par figures (s) la résurrection glorieuse, d'autant qu'elle n'était pas si clairement révélée de parole, comme ('^) nous l'avons. Lisons-nous qu'on ait tiré lors les saints de leurs sépulcres, pour en faire des poupées Q) ? Abraham, père de tous les fidèles, a-t-il jamais été

(a) De présenter, comme appartenant à un saint canonisé, c'est-à-dire authentiquement reconnu.

(b) Souillure.

(c) Qu'il en est ainsi.

(d) Ne se contente pas.

(e) Bien plus.

(f) Apparat, solennité.

(g) Pour figurer, ou préfigurer, (h) Ainsi que nous la possédons.

(1) Expression à dessein triviale.

élevé (a) ? Sara, aussi princesse en l'Église de Dieu, a-t-elle été retirée de sa fosse ? Ne les a-t-on pas laissés, avec tous les autres saints, à (b) repos ? Qui plus est, le corps de Aloïse n'a-t-il pas été caché par le vouloir (<=) de Dieu, sans que jamais on l'ait pu trouver ? Le diable n'en {^) a-t-il pas débattu (e) contre les anges, comme dit saint Jude ? Pourquoi est-ce que notre Seigneur l'a ôté de la vue des hommes, et que le diable le y a voulu remettre ? C'est, comme chacun confesse (9, que Dieu a voulu ôter à son peuple d'Israël occasion d'idolâtrie. Le diable, au contraire, l'a voulu établir (e). « Mais le peuple d'Israël, dira quelqu'un, était enclin à superstition. » — « Je demande que c'est {^) de nous ? N'y a-t-il pas, sans comparaison, plus de perversité entre (') les chrétiens en cet endroit qu'il n'y eût jamais entre les juifs ? Avisons (J) ce qui a été fait en l'Eglise ancienne : il est vrai que les fidèles ont toujours mis peine {^) de retirer le

(a) Mis sur des autels.

(b) En repos.

(c) Par la volonté.

(d) En = à ce sujet.

(e) Discuté.

(i) L'avoue.

(g) Maintenir dans l'idolâtrie.

(h) Ce qu'il en est de nous.

(i) Parmi.

(j) Considérons.

(k) Se sont toujours employés à.

corps des martyrs, afin qu'ils ne fussent pas mangés des bêtes et des oiseaux, et les ont ensevelis honnêtement (>*), comme nous lisons et de saint Jean-Baptiste et de saint Etienne. Mais c'était en la fin ('') de les mettre en terre, pour les laisser là jusques au jour de la résurrection, et non pas les colloquer {^) en vue des hommes, pour s'agenouiller devant. Jamais cette malheureuse pompe («1) de les canoniser n'a été introduire en l'Eglise, jusques à ce que tout a été perverti et comme profané, partie (e) par la bêtise des prélats et pasteurs, partie par leur avarice (f), partie qu'ils ne pouvaient résister à la coutum.e, depuis qu'elle était reçue ; et aussi que le peuple cherchait d'être (?) abusé, s'adonnant plutôt à folies puériles qu'à la vraie adoration de Dieu. Pourtant (h), ce qui a été mal commencé, et mis sus (') contre toute raison, devrait être totalement abattu, qui (J) voudrait droitement {^) cor-

la) Honorablement.

(b) Dans le but de.

(c) Placer.

(d) Solennité, faste.

(e) En partie.

(f) Cupidité, au sens latin du mot ai>aritia.

(g) Ne demandait qu'à être trompé.

(h) Par conséquent.

(i) Pratiqué.

(j) Par [celui] qui.

(k) Sans détour, sans faux-fuyant.

riger l'abus. Mais si on ne peut venir, du premier coup,, à cette intelligence, pour le moins (*) que de l'un (b) on vienne à l'autre (°), et qu'on ouvre les yeux pour discerner quelles sont les reliques qu'on présente. Or, cela n'est pas difficile à voir à quiconque y voudra entendre (d), car, entre tant de mensonges si patents (e), comme (*) je les ai produits (§), où est-ce qu'on choisira une vraie relique, de laquelle on se puisse tenir certain ? Davantage, ce n'est rien de ce que j'en ai touché, au prix (h) de ce qui en reste. Même, cependant qu'on imprimait ce livret, on m'a averti d'un troisième prépuce de notre Seigneur, qui se montre à Hildesheim, dont je n'avais fait nulle mention. Il y en a une infinité de semblables (»). Finalement, la Visitation Q) découvrirait encore cent fois plus que tout ce qui s'en peut dire. Ainsi C^) que chacun à son endroit Q) s'avise de ne se laisser à son escient traîner comme une

(a) Du moins.

(b) De l'idolâtrie.

(c) Le culte vrai, selon l'esprit.

(d) Se rendre docile à la vérité.

(e) Évidents.

(f) Aussi évidents que ceux.

(g) Mis en avant, exposé, (b) En comparaison de.

(i) Pareils.

(j) L'enquête sur place des reliques.

(k) En conséquence.

(1) En ce qui le concerne,

TRAITl': DES RELIQUES 13

bête, pour errer à travers champs, sans qu'il puisse apercevoir ni voie ni sentier pour avoir quelque sûre adresse. Il me souvient de ce que j'ai vu faire aux marmousets de notre paroisse, étant petit enfant (^). Quand la fête de saint Ktienne venait, on parait aussi bien de chapeaux et affiquets (») les images des tyrans qui le lapi" daient (car ainsi les appelle-t-on en commun langage), comme {^) la sienne. Les pauvres (•=) femmes, voyant les tyrans ainsi en ordre (<^^), les prenaient pour compagnons du saint, et chacun avait sa chandelle («). Qui plus est, cela se faisait bien au diable [dej saint Michel. Ainsi en est-il des reliques : tout y est si brouillé et confus, qu'on ne saurait adorer les os d'un martyr, que (ï) on ne soit en danger d'adorer les os de quelque brigand ou larron, ou bien d'un âne, ou d'un chien, ou d'un cheval. On ne saurait adorer un anneau de Notre-Dame, ou un sien (s) peigne, qu'on ne soit en danger d'adorer les bagues de quelque paillarde (h). Pourtant 0 se

(a) Rubans.

(b) Comme [ils paraient] la sienne, la statue de S* Etienne.

(c) Simples d'esprit, naïves.

(d) Décorés.

(e) Une chandelle en son honneur.

(f) Sans qu'on ne soit en danger.

(g) Un peigne qui lui a appartenu.

(h) Prostituée.

(i) Par conséquent.

garde du danger qui voudra, car nul dorénavant ne pourra prétendre (*) excuse d'ignorance.

Saint Paul au troisième chapitre de la seconde aux Thessaloniciens,

Celui qui ne veut point honorer le créateur qui est béni éternellement, c'est une juste vengeance de Dieu qu'il serve aux Créatures. Et celui qui ne veut obéir à la vérité, c'est raison qu'il soit sujet au mensonge. (^)

(a) Invoquer.

EXCUSE DE lEHAN CALVIN

A MESSIEURS LES MGODÉMITES

sun LA

complaincte qu'ilzfont de sa Irop grand' rigueur Amos V

Odio habiieriint corripienLem in porta et loquentcm recta abominati sniit(').

Es A. 30(1)

Ce peuple est un peuple rebelle, et ce sont hypocrites : gens qui refusent de ouïr la Loi du Seigneur. Qui disent à ceux qui voient : Ne voyez point, et à ceux qui considèrent : Ne considérez, pas les choses droites, mais parlez des choses qui' nous plaisent, et voyez des déceptions.

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