OBSERVATIONS
Ce qu'on connaît le moins en généra^ c'est la destinée des réséqués et les modifications que subit le membre opéré, au bout d'un certain nombre d'années. Nous avons déjà parlé, dans nos généralités, des chan-
' 1. Piiigaul. Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales. Article Coude.
368 iM'Si'CTiit.NS [II" Mi:Mr.i;i-: sii'i'.i;ii;i ii.
i^emoiils liirdil's (|iii jicum'iiI sOpiTci- dniis les iKMitliniM's ;i niourc ijiie les opérés avancent en âge ; mais nous rcviendions ici sur ce sujet, le nombre de nos résections anciennes du coude nous permettant d'apporter les exemples les plus démonstratifs. Comme dans toutes les résections articulaires, trois facteurs im|)ortants concourent à déteiiuiner le résultat délinilif : l'altération des tissus du membre au moment de roj)ératioii el rél;il des organes internes, l'Iiygiène et le genre de vie du malade après la l'ésection, l'âge au(piel il a été (ijiéré. ba première cause explique les récidives locales et la continuation de la marclie de la tuberculose cbez certains opérés; la seconde j)révientou accélère ces accidents, suivant qu'elle favorise ou empécbe l'amélioralion de la nutrition générale; quant à l'àgc, il est d'autant ])lus iavornble ipiil est plus éloigné de l'époque de la décbéance physiologique.
Pour tous ces motifs, il est diflicile d"étal)lir des propositions générales d'après la comparaison des cas accidentellement rassemblés, (pielque nombreux qu'ils soient : elles souffriraient de trop nombreuses exceptions. Les résections traumali(pi('s ou orlliopédiques diffèrent des patbologi(jues, et si, pour les premières, on doit compter sur la persistance indéfinie de laguérison etramélioration progressive 'du résullal, il n'en est j^as toujours ainsi dans les secondes. L'ensemble des fails rpie nous avons observés est cependant on ne peut plus rassuranl, el si un certain nombre de sujets succombent à la tuberculose dans les dix jiremières années qui suivent l'opération, il en est beaiicouj) qui jouissent j)endant une longue vie du bénéfice que leur a procuré la résection.
Des cinq réséqués du coude guéris, que nous avons opérés avant 18C7 ])our des ostéo-artbrites cbroniques (que nous appellerions aujourd'hui tuberculeuses), et dont l'observation se trouve dans notre Truite de la Régénération des Os, un seul', (pii avait en mèmi! temjis un in;il de Pott, a été perdu de vue depuis 1872, et est probablement mort de tuberculose vers cette époque. Les (juatre autres vivent encore, et, sur ces quatre, trois ont un membre très fort, à peine modifié par l'âge et nu fonctionnement de ])lus de vingt ans. En raison de l'intérêt (jue pi'ésentent ces quatre fails (datant de vingt et un à vingt-quatre ans), et de la rareté des observations de ce genre, voici quelques détails sur Tétnt actuel des opérés :
L'une', opérée en 1864, iiour une listéo-arlbrite fongueuse avec soipiestre perforant del'olécrànc, après avoir été guérie conq)lèteuient, en ajiparence du moins, a éprouvé divers accidents dans le coude résé(|ué. Elle a eu une inllammation de la nouvelle articulation, et, à l'ouverture d'un foyer lluctuant. en dedans du tendon du lrice|)s. il soi'tit une cuillerée de li(piide synovial, d'abord clair, puis troublé par les leucocvles accu-
\. Pauline Giiillomol, opérée en 186Ô.
-. risulc Casliplioiie. oiiéréc m l.*^iii.
mules dans les culs-de-sac déclives de la poclio. Plus lard, à la siiilc d'un travail un peu pénible que nécessitait sa prolession de'cuisinièrc,
Fig-. 203. — Résection ancienne du coude. Forme du coude et degré de flexion volontaire, 25 ans après la résection totale
de l'articulation.
elle a eu plusieurs véritables abcès, dont deux se sont ouverts en avant, sur les côtés du tendon du biceps. Depuis dix-sept ans aucun accident
Fig. 206. — Résection ancienne du coude. Même sujet que pour la figure 205. — Extension limitée par des brides cicatricielles antérieures, i^ésultat d'un abcès survenu 7 ans après l'opération, d, tendon du biceps faisant saillie entre deux dépressions cicatricielles ; o, cicatrice d'abcès.
n'est survenu, mais les derniers abcès ont enraidi l'articulation. Elle avait, avant cette époque, des mouvements complets de flexion et d'exten-
OLLIER, RÉSECTIONS. tl. — 24
sion. Aujourd'hui, vingt-quatre ans aj)rès l'opération, elle a une flexion complète, mais l'extension est limitée à 125 degrés. On voit, à la partie antérieure du coude, de chaque côté du tendon du biceps, une cicatrice déprimée, adhérente, correspondant à un tissu cicatriciel j)rofond, qui se trouve au niveau du ligament antérieur et constitue un ohst;icle dédnitif à l'extension complète. Cette femme a aujourd'hui cinquante-trois ans; les poumons, qui étaient sains au moment de l'opération, sont encore tout à fait indemnes; il n'y a pas eu de localisation lubeiculeuse dans d'autres organes, ni dans d'autres parties du squelette. Elle éprouve seulement de temps en temps, dans diverses régions, des douleurs vagues qu'elle qualifie de rhumatismes. Son hygiène est cependant très mauvaise et sa nourriture souvent insuffisante. Le membre opéré se ressent de ces mauvaises conditions ; la force a diminué dans ces derniers temps, et surtout la force d'extension. C'est le triceps (il n'a jamais été bien énergique, du reste) qui ressent généralement plus que tous les autres muscles l'effet de la fatigue et des causes débilitantes. Le sujet porte encore six kilos à bras tendu, et travaille toute la journée, gagnant sa vie comme femme de ménage.
Le second malade*, opéré en 1865, à l'âge de quinze ans, pour une ostéo-arthrite fongueuse suppurée, dat:int de six mois, fit une chute sur le coude réséqué, huit mois après l'opération, et se fractura répilrochlée de nouvelle formation. Il en résulta une suppuration de la néarthrose qui fît craindre une ankylose osseuse. Aujourd'hui le sujet ne peut exécuter que des mouvements limités (25 degrés), mais il a un mendjre fort, solide, bien musclé, à l'avant-bras surtout, avec lequel il travaille la terre. Il n'y a eu ni complications locales, ni menace de phthisie depuis vingt-deux ans, bien que, au moment de l'opération, nous eussions noté chez lui un faciès faisant craindre une tuberculisation pulmonaiie.
La troisième malade-, opérée en 1866, pour une arthrite chroni(jue spontanée, passée subitement à l'état aigu, a obtenu de la résection un résultat très satisfaisant et qui s'est maintenu depuis vingt et un ans. Nous avons retrouvé cette malade, et voici ce que nous avons constaté le 21 septembre 1887, vingt et un ans et trois mois après la résection.
Les mouvements sont ce qu'ils étaient il y a vingt ans. La flexion est portée assez loin pour que les doigts touchent l'épaule: l'extension active et passive est limitée à 160 degrés. Les mouvements de pronation et de supination ont les deux tiers de leur excursion nonnalo.
Elle porte 7 kilos k bras tendu, et c'est du bras gauche quelle a été opérée. Le bras droit n'est guère plus fort; il ne porte pas tout à fait 8 kilos. Des deux côtés elle élève un haltère de ce poids, mais ne