‹ Traité des résections et des opérations conservatrices qu'on peut pratiquer sur le système osseux [electronic resource]Chapitre 25 sur 103 · RÉSECTION EN GÉNÉRAL · texte numérisé non relu

RÉSECTION EN GÉNÉRAL

secousses et sans ébranlement. Elle a une puissance incomparablement plus grande que les scies de Heine, de Charrière et de Martin, et grâce à la prise qu'on a sur le manche et à la facilité de le diriger, on est à l'abri des échappées, qui seraient très dangereuses entre les mains d'un opérateur distrait et inattentif. La puissance et la régularité de ses mouvements sont subordonnés au diamètre du volant et à la tension de la corde. Le volant et la corde tendue doivent toujours être dans le même plan. Pour obtenir ce résultat, et suivre l'opérateur dans les divers mouvements exigés par les différents traits de scie, l'aide qui fait

¥îg. 79. — Manière de tenir la scie dans le découpage des os. — Réflexion de la corde sur les petites poulies adaptées au manche.

tourner la roue peut en même temps changer sa direction au moyen d'un levier sur lequel s'appuie la main gauche, pendant que la droite met la roue en mouvement.

Cette scie à volant permet de découper les os dans toutes les directions, d'enlever des coins avec précision et rapidité ; grâce à la vitesse qu'on peut lui imprimer, elle sectionne rapidement les os les plus durs et fait dans les os tendres des sections beaucoup plus nettes que les scies ordinaires; elle permet de découper régulièrement les os friables

APPAREIL INSTRUMENTAL

et ramollis qui s'écrasent sous l'aclion de la cisaille et même d'une scie ordinaire. On peut adapter au manche des scies circulaires, de différents diamètres, petites et grandes, dos scies à champignons concaves ou convexes, des fraises, des trépans et des perforateurs à arêtes latérales, qui permettent de découper les pièces d'os de la forme que l'on veut, non pas en usant l'os excentriquement, mais en circonscrivant la pièce osseuse par un sillon creusé par le perforateur.

La scie à volant facilite et simplifie les résections des os qu'on ne peut pas déplacer ; elle est précieuse pour les résections latérales ; elle peut, par exemple, découper la partie moyenne du maxillaire inférieur, de manière à laisser inférieurement une bande osseuse étroite qui assurera la continuité de l'os, de l'angle de la mâchoire à la symphyse. Elle est utile pour les sections parallèles des os plats qu'elle permet, pour ainsi dire, de dédoubler dans certaines opérations ostéoplastiques. Dans ces cas, il faut avoir des lames de scie circulaire très fines et bien trempées.

Pour scier devant soi des os profondément situés, on peut l'adapter à la scie de Heine et de Charrière ; elle remplace la manivelle et imprime à ces scies une grande vitesse qui augmente leur puissance.

Cet instrument bien tenu se dirige facilement; mais il faut que l'opérateur soit attentif et bien maître de sa main ; sans cela, nous le répétons, il pourrait se produire des échappées dans les tissus voisins, d'autant plus dangereuses que le mouvement de la scie serait plus rapide à ce moment. Rien de plus facile, du reste, que de régler et de conduire ce puissant instrument; mais il faut être servi par des aides attentifs, et ne pas avoir de distraction, quand on manœuvre dans une région dangereuse.

Dans son mouvement rapide, la scie s'échauffe promptement; il faut, si l'on doit s'en servir longtemps, dans une opération difficile et complexe, la mouiller de temps en temps ou la retirer pour la tremper dans l'eau fraîche. Il faut aussi, dans la section d'un os dur et épais, mouiller de temps en temps le manche, qui devient bientôt d'une température difficile à supporter, malgré le peu de conductibilité du bois pour la chaleur.

Cet instrument permet de scier les os les plus durs, et qui résistent aux scies à main que l'on peut manœuvrer dans les régions profondes. Grâce au diamètre du volant, elle tourne avec une très grande vitesse, et sectionne les os sans ébranlement. Aucun instrument de section ne peut lui être comparé sous ce rapport. Quand on tient un membre sur lequel on fait agir la scie, on ne sent ni secousse ni ébranlement. Elle n'a donc pas les inconvénients de la gouge et du ciseau.

Pour faire marcher l'appareU, on place le plateau qui supporte levolant sur une table solide et bien élayée, à la hauteur de la région

RÉSECTIONS EN GÉNÉRAL.

sur laquelle on doit opérer, et à deux mètres environ, car il faut que la corde soit bien tendue, pour que le mouvement de la scie soit rapide et régulier.

Cet appareil a l'inconvénient d'être lourd et non transportable à la main; mais dans une clinique ou un service d'hôpital, cet inconvénient ne tire pas à conséquence, et, dans la pratique civile, on peut facilement le surmonter. On a besoin seulement d'une chambre assez vaste pour pouvoir le faire fonctionner.

La scie à volant et à transmission élastique nous paraît, du reste, susceptible de nombreux perfectionnements. Mais telle qu'elle est, et avec la possibilité de l'adaptation du volant aux scies de Heine, deCharrière, elle met le chirurgien à même de produire les différents modes de section dont il peut avoir besoin, pour les diverses opérations sur les os.

Mathieu a construit récemment, pour Pcan, une scie mécanique qui se monte sur le dossier d'une chaise et qui, malgré l'instabilité de ce point d'appui, permet d'opérer des sections osseuses. Nous la représentons ici. Le volant nous paraît seulement trop polit pour développer une grande force ; il y aurait tout avantage à en augmenter le diamètre.

Fig. 80. — Scie du Péiin.

L'appareil se fixe sur le dos d'une cliaisc, au moyeu d'un élau S. La scie C est mise en mouvement par un volant E qu'on fait tourner au moyen d'une manivelle M. Le mouvement est transmis à la scie par une tige d'acier roulée en spirale, comme dans la maitliine i l'raiser des dentistes.

Trois ans après la présentation de notre instrument, il nous arriva d'Amérique une scie mécanique, destinée également à découper les os, qui fut d'abord exposée au congrès international de Londres, en 1881. Cet appareil, qui n'est autre que le perforateur dos dentistes (mac/ti/ie à

Al'PAIŒlL liNSTUUMENTAL.

fraiser), déjà connu depuis longtemps, auquel un volant a été adapté, a l'avantage d'être moins massif et moins encombrant que le nôtre, mais il n'a pas une aussi grande puissance.

Ces scies mécaniques ne sont pas destinées à remplacer les scies à main, qui seront préférables, pour une foule de raisons, dans la pluspart des cas ; mais elles rendront des services pour certaines sections osseuses qu'il est impossible, ou du moins très difficile d'exécuter régulièrement avec les instruments usuels. Elles donneront au chirurgien la force et la précision qu'il ne trouvait jusqu'ici que dans le ciseau et le maillet, qui constituent en eux-mêmes des instruments excellents, sans doute, mais difficilement applicables ou pleins d'inconvénients dans certaines régions.

Indépendamment des scies que nous venons de décrire, il en est un certain nombre d'autres, inventées à diverses époques, mais qui ne servent plus depuis longtemps (scies de Scultet, de Stromeyer, de Bonnet, etc.). Récemment encore on en a proposé de nouvelles, toujours dans le but de scier dans les parties profondes. Geccarelli (de Rome^) a inventé une pince-scie, constituée par deux lames courbes articulées comme une pince, et qui saisissent l'os entre leurs dents. L'articulation est disposée de manière que les dents serrent d'autant plus l'os que le chirurgien exerce une pression plus forte sur le manche. L'os une fois saisi entre les lames de cette scie-pince, l'opérateur n'a qu'à imprimer un mouvement de va-et-vient avec le manche, et les dents de la scie s'enfoncent dans la substance de l'os en le divisant complètement. La division d'un os moyen, comme le radius et le cubitus, s'opère ainsi facilement. Mais cet instrument n'a rien pour fixer l'os et, dans ses mouvements, il a l'inconvénient de > secouer et d'ébranler fortement le membre.

ColHn vient d'imaginer une nouvelle scie qui n'a pas ce dernier inconvénient, parce que l'os est fixé par les mors fenêtres d'une sorte de davier, entre lesquels la scie se manœuvre par un mécanisme très ingé- . nieux et très puissant. On sectionne rapidement et sans secousse, grâce à la pince fixatrice, les plus gros os des membres: fémur et humérus. Nous reparlerons de cet instrument à propos des résections du maxillaire inférieur.

l.Scga a forbice,nuovo inslrumento inventalo dcl Doit. Alcss. Geccarelli. Torino, 1882.

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