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Corn. Celsi, De médicina. Llb. VIII. Cap. II

HISTORIQUE DES RÉSECTIONS. 5

précis à nos yeux. Cette confusion dura nécessairement jusqu'au milieu du dix-huitième siècle, au moment où Louis sépara définitivement la carie de la nécrose', et elle n'a même complètement disparu en réalité, qu'à une époque très rapprochée de nous, comme nous aurons occasion de le rappeler plus loin.

En suivant l'histoire de la chirurgie, depuis Hippocrate jusqu'au milieu du dix-huitième siècle, nous trouvons, relativement à la thérapeutique des lésions osseuses, des documents qu'il est indispensable de signaler.

Hippocrate"^ a quelques passages qui semblent se contredire; mais il recommande d'une manière formelle la résection des bouts fracturés, lorsqu'ils font saillie à travers les chairs, et ne peuvent être réduits.

Celse s'étend longuement sur le traitement de la carie par des opérations complexes, qui ont pour but de détruire des couches plus ou moins épaisses de l'os altéré. Il recommande d'exciser avec le scalpel, le trépan, la tarière, les parties mortes ou malades et décrit avec détail ces opérations que nous rangeons aujourd'hui sous le nom d'abrasion, de rugination, d'évidement, etc.

Autant qu'on en peut juger par la lecture du livre de Celse, ces opérations se pratiquaient couramment et avec une grande hardiesse. Mais elles consistaient à détruire plus ou moins profondément l'os sur place, et non pas à l'extraire en l'isolant des parties molles périphériques. Nulle part, il n'est question de l'excision des articulations cariées^ A part

1. C'est dans son mémoire sur la Nécj'ose de l'os maxillaire inférieur, publié dans les Mémoires de V Académie de chiruryie (t. lY, édit. in-4°), que Louis nous paraît avoir indiqué pour la première fois les caractères de la nécrose des os, mais il n'inventa pas le mot qui avait déjà été appliqué par divers auteurs et, entre autres, par Sauvages, (Nosologie Méthodique) à la mortification des tissus.

2. « La résection, par la scie, de la saillie de l'os, est commandée dans les conditions suivantes ; si elle ne peut être réduite, s'il ne s'en faut que de peu qu'elle ne rentre, et s'il est possible de l'enlever; c'est encore un cas de résection quand elle cause de l'incommodité, blesse en quelques points les caroncules, l end la position du membre mauvaise et en même temps se trouve dénudée. Dans les autres circonstances, il n'importe guère de réséquer ou de ne pas réséquer; car il faut bien savoir que tous les os qui sont complètement dépouillés des chairs et livrés à la dessication se détacheront complètement aussi. Quant aux os qui doivent s'exfolier, il ne faut pas les réséquer. Ce sont les signes fixés précédemment qui indiqueront les os dont la nécrose doit être complète. » Œuvres complèles d'Hippocrale, trad. Littré, tome III. Des fracluves, Dspt av/ztov, p. 555.

Si Hippocrate approuvela résection des fragments dans certains cas de fractures compliquées, il n'en parle pasdans les luxations avec issue de l'osà travers les téguments. Dans les diverses luxations ainsi compliquées, qu'il s'agisse du cou-de-pied, du poignet, du genou, etc. il recomuianile de s'abstenir de réduire, préférant abandonner les os saillanis à l'exfoliation naturelle, et menaçant des plus graves accidents le médecin qui tenterait de réduire [loc. cil. Desarti- CM/a«/o()s, rispi apOpwv, tome III, p. 2G9 et suivantes).

o. Rien ne nous indique que Celse ait lui-même prati(|ué les opérations qu'il décrit. Il expose et résuuie la chirurgie de son temps, mais ne parle jamais au nom de .son expérience personiinlle. lia été un abréviatour élégant et précis, mais non un praticien; et cependant quand on lit certaines descriptions, on a de la peine à admettre qu'il n'ait connu quo théoriquement les opérations dont il parle.

INTRODUCTION

l'excision des côtes et le retranchement avec la scie des bouts d'os luxés ou fracturés, nous ne trouvons rien de bien précis dans le livre de Celse sur les véritables résections ^ 11 faut aller plus loin pour trouver une opération qui ressemble à celle que nous entendons aujourd'hui par ce mot : il faut arriver à Galien.

Le médecin de Pergame fit, au deuxième siècle de notre ère, une résection du sternum qui a une grande importance dans l'histoire de l'art. Ici encore, malgré les détails dont l'observation est accompagnée, il y aurait beaucoup à discuter sur la nature de la lésion et la portée de l'opération ; mais il est impossible de voir là une simple extraction de séquestre. Les limites du mal, dit Galien, ne furent reconnues que lorsque l'os fut mis à nu ; et pour montrer qu'il n'avait pas seulement enlevé une portion d'os déjà séparée par la nature, l'auteur de l'dpération a bien soin de dire que son malade ne serait pas guéri si l'on n'avait osé retrancher l'os altéré ; et il ajoute encore que personne n'aurait tenté cette opération sans s'être livré préalablement aux exercices anatomiques^.

1. Voici ce qu'il dit au sujet de la carie des os. Livre VIII, cli.np. II :

« Oportet aulem ante omnia os nudare, « Mais il faut avant tout découvrir l'os, ulcère exciso; et, silalius est cjus vitium, l'ulcère ayant été excisé; et, si l'altération de quam ulciis fuit, carnem subsecare, donec un- l'os s'étend au delà de l'ulcère, il faut inciser dique os integrum pateat: tum id, quod piiigue les chairs jusqu'à ce que l'os paraisse sain de est. semel iterumve salis est admoto ferra- toutes parts. Alors, sur ce qui est gras, on brûle mcnlo adurere, ut ex eo squama sccedat ; aut en appliquant une fois ou deux un fer rouge radere, donec jain aliquid cruoris ostendatur, pour le faire exfolier; ou bien on le rugine quœ integri osjis nota est. Nam necesse est jusqu'àce qu'il apparaisse un peu de sang, ce qui aridum sit id, quod viliatum est. » est l'indice de l'intégrité de l'os. Car ce qui

est vicié est nécessairement aride. »

Et plus loin :

« Sin autem nigrilies est, aut si caries ad al- « Mais s'il y a de la noirceur ou si la carie arteram quoquepartemossis transit, oportet excidi. rive aussi à la partie opposée de l'os, il lautex- Atque idem quoquc in carie, ad alterani par- ciser. Et morne aussi dans la carie pénétrant à la lem ossis pénétrante, fieri potest. Sed , quod partie opposée de l'os, cela doit être fait. Mais lotum vitiatum,totuni eximendumest; siinfer- tout ce qui est vicié doit être enlevé en entier, iorpars intégra est, catenus, quod corruptum Si la partie profonde de l'os est saine, il faut est, excidi débet. Item sive capilis, sive pectoris exciser jusque là ce qui est corrompu. De même os, sive costacariosa est, inutilis ustio est, et ex- quand l'os de la tête, ou bien l'os de la poicidendi nécessitas est. » irine, ou bien la côte est cariée, la cautérisa-

tion est inutile, et il y a nécessité d'exciser. »

Celse est plus hardi qu'llippocrate dans le traitement des luxations compliquées de plaie; il n'abandonne pas les os luxés à l'exfoliation naturelle; il reconmiande de les réséquer. : « Si nudum on eminct, impciHmenLo nemper fulurum est; idco, quod cxcidit, abscindendum est. » Lib. VIII, cap. XXV. J)e lus, (juœ cum vulnere loco moveiitur

Celse dit aussi à propos de la carie des côtes De coslarum fislulis : Lib. VII, cap. IV. — Soient aulem inler costas fislulœ subter exire. Quod ubi incidit, eo loco cosla ah ulraquc parle prxcideiida et eximenda esl, ne quid iiiliis corruplum relinqvatur.

2. Nous rapportons en entier celte observation qui, malgré ses obscurités inévitables, a une grande importance pour' l'historique des résections :

Hisloria pueri pcisanali, oui os pec- Histoire d'un jeune garçon guéri comloris excisum erat, rl iiivolucruni rordis plèlernenl, à gui l'os dr la poitrine avait eornpulrueral. été réséqué cl chez qui l'enveloppe du cœur

avait pourri [traduction littérale).

HISTORIQUE DES RÉSECTIONS.

Après Galien, et avant Oribaso ', vécut le chirurgien qui a émis, sur le

Quoniam vero semel curati |merimentionein Puisque j'ai fait une fois mention d'unjcune

feci, iiihil niali fuerit omnia, quu) ipsi evcnc- garçon guéri, il n'y aura rien de mal à expo-

runl poreensere. Nam propter liisloriiB utilila- snr tout ce qui lui arriva. Cnr pour l'utilité

leni, etsi ad prœsens opus niliil attincat, non de l'histoire, quoique ce l'ait nesc rapporte pas

abs rc fuerit ea couunemoraro. Ictus puer ille au présent ouvrage, il ne sera pas hors depro-

n pecloris ossein paliestra ; neglcctus primùm pos de le raconter ici. Ce jeune garçon fut

est; deindè parùm probe curatus. Post menses frappé en l'os de la poitrine, au jeu de la pa-

quatuor pus in parte percussâ apparuit : hoc Jestre; il fut d'abord négligé, et ensuite soigné

au ferre cogi tans, medicus puerum incidit,et, avec peu d'intelligence. Quatre mois après du

ut putabat, subito ad cicalricem vulnus per- pus dans la partie frappée apparut : dans l'in-

duxit: posleà rursùs inflammalio oborta est, lention de supprimer ce pus, un médecin fit

mox quoque abscessus; iterùni seclus puer est, une incision, et, suivant sou idée, conduisit

nec amplius eicatrix obducipoluit. Quâ propter immédialement la blessure à la cicatrisation,

herus ipsius (Marylkis Mimograplius), pluribus Ensuite, de nouveau parut l'intlammation, et

medicis convocatis, inter quos ego quoque bientôt un abcès; nouvelle incision, et la cica-

eram, delibcrare super euratione pueri jussit. trice ne put plus se former. Aussi le maître du

Quùm autem sideratio, quam Grœci (j(p£X£),ov malade (le mimographe Maryllus), ayant coii-

appellant, pectoris osssis affectus videretur voqué plusieurs médecins, dont j'étais, nous

oumibus, appareret autem et cordis a sinistrâ demanda une consultation pour la guérison de

ipsius parte motus, nemo affectum os excidere son serviteur. Mais comme la maladie dont

audebat : quippe arbitrabantur Ihoracis perfo- l'os de la poitrine était affecté, paraissait

rationem necessario futurani. Ego autem citrà à tous être une sidération (ce que les Grecs

vocatam propriè a medicis perforationem adhi- nonmient o-çexeXov), et comme à gauche on

bilani pollicitus sum me excisurum : de abso- percevait les mouvements du cœur, personne

lutà vero euratione nihil promis!, quùm incer- n'osait retrancher l'os malade: car ils pen-

tum esset, nùm aiiquid ex lis, qua3 pectoris ossi saient tous que la perforation en serait la con-

subjacent, fuerit afiectum, et quàlenùs affec- séquence nécessaire. Moi, au contraire, sans

tum. Itaque regione détecta ampliùs, nihil in m'occuper de la perforation annoncée par les

pectoris osse lœsum apparuit, quàm quod ab médecins, je promis l'excision; la guérison

initie statim videbamus : quàre etiam magis ad totale je ne promis rien, vu qu'il était incer-

manùs operationem veniresumausus, quùmjàm tain si rien des parties sous-jacentes à l'os de

fines, quibus arteriœ et venaj subhLereseunt, la poitrine était affecté, et jusqu'où allait cette

utrinque illœsi occurrissent. Quùm vero affec- affection. Aussi, ayant découvert plus ample-

tuiu os ab eopolissimùm loco excidissem, in ment la région, je ne trouvai dans l'os de la

quo talis pericardiivertex adnascitur, quùmque poitrine rien de lésé, que ce que nous avions

nudumcor appareret, (quippe involucrum ipsius vu du premier coup tout d'abord. J'osai d'au-

computruerat), ob hoc quidem haud bonani tant mieux en venir à une opération chirur-

statim spem de puero habebam; attamen in gicalc, que les bornes dans lesquelles sont atla-

lotum brevi temporis spatio persanatus est : chées en dessous les artères et les veines,

quod non accidisset, si nemo affectum os ab- avaient apparu des deux côtés exemptes de lé-

scindere ausus fuisset : nemo autem tenlâsset, sions. Mais lorsque j'eus retranché l'os malade

nisi in administralionibus anatomicis prîecxci- le plus possible en ce lieu oùnait ce qu'on con-

cilatus. » sidère comme le vertex du péricarde (•uoiaurri

-/o/'yucp-o), et commé le cœur apparaissait à nu

Galien, lad. laline, Venetiis apud .luntas, (car son enveloppe avait pourri), pour ces rai-

MDCIX De anatomicis admiiiislralionibus, sons mêmes je ne concevais pas de prime abord

liv. VII. chap. 13, page 98. un bon espoir du malade. Cependant, cniieu de

Tel est le texte latin qui est reproduit à temps il fut totalement guéri ; ce qui ne serait

quel(|ues mots près dans l'édition de Kuhn pas arrivé, si personne n'avait osé retrancher

[Medicorum Gnecoi-iivi. opéra fjiiœ exstant, l'os malade, et personne ne l'aurait tcalé sans

volume II, Lipsia;, 1821). Kuhn remplace o.v exercice préalable dans les études anatomiques. per.loris par \e. moi sternum, qui répond littéralement au mot grec uTEpvov employé par Galien.

1. Oribasc vivait vers 500 après Jésus-Christ. Œiuircs d'Oribasc. Traduction de Bussemakcr et Darcmberg. Paris, MDCCCLI.

INTRODUCTION

traitement des maladies osseuses les idées les plus hardies; nous voulons parler d'AntyllusS que Galien ne cite pas, et dont Oribase nous a

sèment que si une fistule siège au miheu d'une articulation et a détérioré les extrémités de chacun des deux os, et les a détachés l'un de l'autre, il faut enlever toute l'extrémité détachée de chacun des deux

une nécrose adhérente de l'humérus, et que nous aurons bientôt à examiner.

Antyllus parle en outre de l'ablation totale des os. Il recommande en particulier l'ablation totale de l'humérus, si cet os est altéré dans sa totalité. Il s'arrête cependant devant la résection de la tête du fémur, dans le cas où cet os est détaché de la cavité cotyloïde et quand cette cavité est elle-même détériorée. Il se refuse à opérer à cause de la profondeur des parties ^

1. On ne sait rien de précis sur l'époque où vivait Antyllus. De ce que Galien ne le cite pas, on suppose qu'il est venu après le médecin de Pergame, vers la lin du troisième siècle ou iui commencement du quatrième. (Dict. encyclopédique ; notice sw Anlyllus\m-Vi. A. Grccnhili et Ch. Daremberg.

2. Voici le passage tiré d'Antyllus et d'Héiiodore, tel que nous l'a conservé Oribase : « Si l'os est simplement dénudé, nous le raclerons après avoir extirpé la chair; si, au contraire, il se montre graisseux, carié ou détérioré de quelque autre façon, nous l'exciserons jusqu'au canal médullaire. S'il s'agit de petits os, nous pratiquerons l'excision, en nous servant uniquement des scalpels, dits scalpels cm-rés à excision, et nous raclerons la partie détériorée do l'os, non superficiellement, mais en pénétrant jusqu'au canal médulliiire, afin que ce canal devienne le point de départ d'une reproduction de chair. Si un des grands os, comme l'iiumerus, le fémur, le cubitus ou le tibia, se montre malade, nous le percerons avec le trépan jusqu'au canal médullaire, et alors nous enlèverons avec des scapels à excision les parties intermédiaires entre les trous formés par le trépan. S'il arrivait que la maladie de l'os pénétrât jusqu'à la moelle, nous ferions également pénétrer l'excision jusqu'à la moelle, et nous ne nous bornerions pas à enlever uniquement l'os malade; nous comprendrions aussi dans l'excision ime partie de l'os sain, pour faciliter la reproduction consécutive de la chair. Si la maladie de l'os le pénètre complètement de part en part, il faut enlever tout ce qui est entre les parties saines. Voici quelle est, à peu près, la manière de procéder : on appuiera, sur le milieu de la partie détériorée de l'os, un scalpel à excision, étroit, mais d'une épaisseur assez considérable (tels sont, par exemple, ceux qu'on appelle eiiclaveurs), et on frappera dessus plus fortement que dans les autres circonstances, afin que, descendant dans la profondeur, le scalpel détruise la continuilc de l'os; si l'application d'im seul scalpel suffit, on mettra en œuvre le traitement consécutif; niais si l'os ne peut être déraciné par l'application d'un seul, on en emploiçra aussi un deuxième, et même, si parfois cela est nécessaire, un troisième. Après avoir divisé ainsi l'os, nous dénuderons une de ces deux moitiés, dans la limite des parties qui le l'ctiennent, et, après avoir dénudé toute l'étendue de l'os que nous jugerons avoir changé, nous prendrons deux bandes étroites, mais fortes. Nous placerons le milieu de l'une de ces deux bandes, autour de l'extrémité de l'os, afin de pouvoir l'attirer et le faire sortir de la chair, tandis que nous entourerons, avec la parlie pliée en deux de l'autre bande, la chair du bras pour la tendre en sens contraire. Ensuite, nous placerons au-dessous de l'os, un gardc-méningc, nu quelqu'une de ces spatules en liois. ou

HISTORIQUE DES RÉSECTIONS

Trois siècles plus tard, on trouve les mêmes préceptes dans Paul d'Égino. Cet auteur ne fut pas seulement un savant compilateur comme Oribase, mais il pratiquait lui-mèine la chirurgie. Et cependant dans son chapitre des Fislt(les\ il n'a fait autre chose que reproduire, en

quelqu'aali'c objet tic même natm'c que ceux-là, et, employant l'un ou l'antre de ces objets, comme appui, nous enlèverons avec la scie toute la partie de l'os qui s'est détcrioréc et qui fuit saillie en dehors de la chair : de cotte manière, en clîet, on aura, grâce aux bandes qui entourent l'os et les chairs et à la spatule ou au garde-méninge placés en dessous, le double avantage que la scie ne rencontre pas d'obstacle et ne cause pas de dommage non plus : car la chair ne sera pas endommagée par la scie, vu qu'elle est écartée par l'une des deux bandes, et l'os ne se cachera pas sous la chair, vu qu'il est retiré par l'autre. L'une des deux extrémités de l'os ayant été enlevée par la scie, on passera à son tour à l'autre et l'on détachera de la même manière la portion dénudée et détériorée de ce moignon. On agira encore de même dans le cas où l'os, n'étant pas détérioré, est enveloppé par [le pus de] la lislide; car il ne sera en aucune façon possible que des parties nageant dans le pus, puissent donner naissance à une chair nouvelle : pour celle raison, on doit également, dans ce cas, diviser d'abord avec des scalpels à excision et briser les os; puis, ces préliminaires accomplis, enlever avec la scie toute la partie qui est dénudée et nage dans le pus. Si la flslule n'aboutit pas au milieu de la longueur de l'os, mais à son extrémité, de manière à disjoindre l'articulation, il faut enlever avec les scalpels à excision toute la partie de l'os qui se rapproche de rarliculation. Si l'humérus s'est détérioré dans sa totalité, qu'il soit noirci, graisseux, ou atteint de carie, nous ferons une grande incision simple et nous enlèverons l'os tout entier. Si la fistule a sa terminaison dans le milieu de l'articulation, et que, par conséquent, elle ait détérioré les extrémités de chacun des deux os et les ait détachés l'un de l'autre, l'opération est déjà plus chanceuse et il n'est pas trop facile de la mener complètement à bonne fin ; cependant, il faut, en employant les mêmes procédés, enlever toute l'extrémité détériorée de chacun des deux os. Toutefois, quand le fémur est détaché de la cavité cotyloïde et quand la cavité elle-même de l'ischion est comprise dans la détérioriation, il faut se refusera opérer, à cause du volume considérable des parties. Un refusera également si la fistule aboutit à une des vertèbres dorsales et a détérioré cette vertèbre ; si la fistule aboutit à une côte, et qu'il s'agisse d'enlever cette côte avec le scalpel à excision, nous opérerons de la manière que nous avons décrite, en parlant des abcès. (Œuvres d'Oribase. Traduction de Bussemaker et Daremberg. Tome III, pages 617 et suivantes.)

1. Chirurgie de Paul d'Egine. Traduction française par René Brian. D'après M. Brian, Paul d'Egine, qui florissait vers le milieu du septième siècle, ne fut pas un simple compilateur C'était un chirurgien praticien, qui pouvait s'appuyer sur son expérience personnelle, et qui, par cela même, doublait la valeur pratique de son traité de chirurgie.

En lisant Paul d'Egine, on s'aperçoit bien, en effet, dans divers passages, de la justesse de l'opinion de M. Briau; mais à propos du chapitre des Fistides, on n'y voit qu'une copie ou plutôt une abrévration d'Antyllus, sans commentaires et sans additions, ce qui nous fait croire que jamais il n'avait du pratiquer lui-même les opérations d'extirpation osseuse ou de résection dont il parle. C'est du reste en mettant le lecteur à même de comparer les deux textes que nous pourrons justifier notre opinion.

« Lorsque la fistule se termine à un os, nous nous contentons de ruginer celui-ci s'il n'est pas malade;mais s'il est carié ou atteint de quelque autre corruption, nous enlevons tout ce qui est malade à l'aide de tenailles tranchantes, et, si cela est nécessaire, nous le perforons d'iibord avec un trépan, soit f|u'il soit malade jusqu'à la seconde lame seulement, soit qu'il le soit jusqu'à la moelle. Mais si l'os est saillant, comme lorsqu'il est fracturé, nous le scions. Prenant donc deux bandes, nous plaçons l'une par son milieu sous l'os proéminent que nous laisons soulever par un aide; quant à l'antre, qui doit être plus épaisse et faite on laine, nous adaptons également son milieu à la chair qui est sous l'os; puis saisissant paren bis ses bouts, nous proscrirons d'abaisser la chair par le moyen de cotte bande, de peur que les dents de la scie ne la déchirent. C'est ainsi que nous faisons la résection.

Mais lorsque quelqu'une des parties nobles est sous-jaceiite, telle que la plèvre ou la moelle epiniere, ou une autre semblable, avant d'exciser ou de scier l'os, nous pinçons au-dessous de lui l'instrument appelé îndningophyfnx. Quand l'os, sans être malade dans sa continuité, se trouve pourtant dénudé de toutes parts, il faut le scier delà même manière; car il est impos-

INTRODUCTION

l'abrégeant , le passage d'Antyllus et d'Héliodore qu'Oribase nous avait conservé.

Nous ne savons comment les contemporains d'Oribase et de Paul d'Egine appliquaient les préceptes d'Antyllus; nous ignorons si ces préceptes étaient restés à l'état de conception théorique, ou s'ils avaient exercé une influence efficace sur la pratique chirurgicale. On ne peut faire que des hypothèses à cet égard; mais il nous paraît peu probable que, du quatrième au huitième siècle, on ait souvent osé faire des opérations que les chirurgiens du dix-septième, et de la première moitié du dix-huitième siècle, n'osaient pas encore entreprendre.

Les Arabes paraissent avoir mis à profit tout ce qu'avaient pu leur apprendre les auteurs grecs qu'on avait fait traduire dans leur langue, dès le neuvième siècle. Non seulement ils cautérisaient, ruginaient et trépanaient les os cariés ; non seulement ils retranchaient les bouts fracturés; mais, si nous en jugeons par ce que dit Albucasis, il devaient pratiquer des résections articulaires. Nous trouvons, en effet, dans cet auteur des préceptes aussi formels que ceux d'Antyllus et de Paul d'Egine, et une technique aussi avancée. Il recommande, autant qu'on peut en juger par les traductionsS la résection et l'abrasion des articulations. Mais cet état florissant de la chirurgie chez les Arabes ne fut pas de longue durée, et les préceptes des chirurgiens grecs retombèrent bientôt dans ^oubli^ Guy de Chauliac et ses contemporains ne disent rien qui nous

sible que des os flottant en tous sens, se revêtent de chair. De même si le bout de l'os près d'unearticulation est malade, il faut en faire la résection; et si parfois la tolalitéd'un os, comme le cubitus, le radius, le tibia ou quelqu'auire semblable, est cariée, ou doit l'enlever entièrement. Toutefois, si la tête du léniur, ou l'isciiion, ou une vertèbre du dos est malade, il faut s'abstenir de l'enlever à cause du danger qui résulterait du voisinage des artères, des veines et des autres parties nobles adjacentes. C'est ainsi et d'après cette méthode qu'on doit agir, en ayant toujours et partout égard à la position, au voisinage et au rapport des parties malades, de môme qu'à la grandeur du mal et à la vigueur des forces du] patient. » {Chirurgie de Paul d'Egine, traduite par Briau 1855, chap. 77 page 515).

1. « Oportet autem, ut sit serratura paulo supra locum corruptum, ne sorte sit in cavitiite ossis corruplio, qute seusui non appareat, adeoque tu coactus sis ad scrraturam ejus altéra vice peratrendam. Quod si ossis corruptum, et non sit eminens, verum continuelur pars ejus cum parte, et corruptes est in medio ejus, vel in parte ejus, equidem detegas carnemtolam abonmibus partis ejus, dein ponas lignum de subler, etc.

« Et si corruplio in ipso articulo sit, illum amputato articulum, et os serrato ubi ex parte altéra conlinualur ; et si corruptio sit in conjunctione duorum articulorum , tune ■ non est in ea teclina, nisi abrasio. » Liber II, sectio lxxxvi, édition de Channing, p. 407, Uxonii, MDCCLXXYIII.

2. Parmi les faits qu'on trouve dans les écrits des Arabes, nous devons rappeler celui qui est rapporté par AlbuCasis, dans lequel ce chirurgien enleva en trois fois la presque totalité du fémur, dans un cas d'osteo-myelite nécrotique, avec fistules pénétrant dans le canal médullaire.

« Cet homme, jeune en-;ore, avait une trentaine d'années. Il lui survint une douleur à la jambe, par cause interne un dépôt de matières s'y forma, et la jambe se gonfla considérablement en dehors de toute cause externe. Du temps se passa et les médecins le traitèrent maladroitement. Enfin la tumeur s'ouvrit et il en sortit une grande quantité de matières. On continua de la sorte et la suppuration se maintint en permanence et s'échappa par plusieurs ouvertures qui toutes donnèrent du pus et des humeurs. Il fut traité pendant environ deux ans par une foule de médecins dont aucun n'était habile en chirurgie. Enfin je fus appelé et je ris

HISTORIQUE DlîS RÉSECTIONS.

permette de croire qu'ils aient mis en pratique les préceptes de Paul d'Égine; dans tous les cas, ils ne parlent nulle part de résections articulaires; ce sont toujours ou des ruginations d'os ou des extractions de séquestres plus ou moins adhérents, ou des résections de bouts d'os fracturés.

On ne découvre rien de plus démonstratif dans les maîtres des écoles italiennes du moyen âgé, ni dans les auteurs de la Renaissance.

On trouve répétés presque partout, sans indications d'origine, des préceptes analogues à ceux de Paul d'Egine. Mais à la manière dont les reproduisent les commentateurs, d'ordinaire les plus prolixes, on voit bien que ces préceptes étaient restés à l'état de pure théorie; personne ne les commente et surtout n'y ajoute rien. Quelques chirurgiens italiens paraîtraient cependant avoir mis en pratique les hardis préceptes des chirurgiens grecs. Pierre d'Argelata, à ce que nous dit Malgaigne, enleva un cubitus tout entier, et Benivieni, de Florence, à la fin du quinzième siècle, alla jusqu'à réséquer un péroné carié, avant toute ulcération de la peau^ Mais à part ces faits isolés, qui, malgré leur obscurité, démontrent qu'il s'est trouvé, dans tous les temps, des hommes hardis, supérieurs à leur époque, et plus près de l'avenir que leurs contemporains, on ne voit partout qu'incertitude et confusion.

sa jambe. Du pus s'écoulait abondamment par toutes les ouvertures et le malade s'amaigrissait. J'introduisis un stylet dans une de ces ouvertures et je parvins jusqu'à l'os. Je les explorai toutes et je trouvai qu'elles conununiquaient eiilre elles à travers la jambe. Je m'empressai d'inciser sur l'une de ses ouvertures et je mis à découvert une partie de l'os. Je le trouvai désorganisé, carié, nécrosé, putrilagineux, criblé de IroLis jusqu'à la moelle. Je réséquai ce que je pus de ces parties désorganisées que j'avais mises à découvert pensant qu'il n'en restait pas davantage et que j'avais enlevé le mal radicalement. Je cbercbai donc à obtenir la cicatrisation par des topiques excitants, mais j'attendis en vain et longtemps. Je revins une seconde fois à la mise à nu de l'os au-dessus de la première et je le trouvai altéré, j'essayai de nouveau d'obtenir la guérison, mais il n'en fut rien. J'incisai de recbef, j'enlevai l'os altéré, morceau par morceau, je tentai la guérison, mais je ne pus l'obtenir. Enfin je dus extraire de l'os environ la longueur d'un empan y compris le canal médullaire. J'appliquai des médicaments qui excitent les cbairs et la guérison ne tarda pas à se déclarer. Je lus ainsi obligé de revenir à l'opération à plusieurs reprises, vu la faiblesse du malade, son peu de patience, et la crainte que j'avais qu'il ne mourût ; en effet, il lui survenait à tout moment des syncopes fâclieuses par suite d'évacuations trop abondantes. 11 finit par guérir complètement. Des chairs solides poussèrent à la place de l'os. Sa santé se rétablit, les lorces lui revinrent et il put vaquer à ses occupations sans être aucunement gêné dans sa marche. » {Chirurgie d'Alhucasis, traduite par Leclerc, jiage 218.) Dans la traduction latine d'Albucasis, l'os malade est indiqué comme étant celui de la cuisse et non de la jambe.

1. Voici ce que dit Malgaigne des deux auteurs que nous venons de citer : A propos de Pierre d'Argelata, qui illustra l'Université de Bologne, il s'exprime ainsi : « Souvent, quand la moelle était corrompue, il a Irepané le tibia pour lui donner issue ; il a enlevé un focile (cnbitus) tout entier à l'avanl-bras, et il conseille d'en agir ainsi même pour l'humérus et le fémur; il ne recule que devant la carie de. l'articulation coxo-fcmoralc et des vertèbres ». Malgaigne, Iniroeluclion aux œuvres d'Ambroise l'are, page LXXVIII.

A propos de licnivicni, de Florence (né vers 1440) il signale une opération faite par ce chirurgien, et remarquable par les circonstances dans lesquelles elle a été pratiquée.

a Dans un cas de carie au péroné, même avant aucune ulcération à la peau, il découvrit

Ambroise Paré ne nous apporte pas grand éclaircissement sur cette question. Il reproduit u peu près les préceptes de Paul d'Égine, à propos des os cariés S mais en parle brièvement et en auteur qui n'a rien de personnel à ajouter. Il ne s'étend, comme ses contemporains et ses successeurs immédiats, que sur la rugination, l'abrasion et la cautérisation des os.

Il en est de même de tous les auteurs qui, à cette époque et peu de temps après, illustrèrent la chirurgie en Italie, en Allemagne et dans les autres pays. Dans Fallope, Fabrice d'Aquapadente, Fabrice de Hilden et dans Marc-Aurèle Séverin, on trouve bien quelques textes que l'on pourrait invoquer. Marc-Aurèle Séverin % qui avait fait des résections de côtes, attaquait les affections osseuses par une intervention énergique ; mais au fond il ne dépassait pas les préceptes de Celse ; et si l'on ne veut pas donner trop d'importance à quelques faits isolés et à quelques phrases susceptibles d'être diversement interprétées, on voit qu'on était encore bien loin des résections comme nous les comprenons aujourd'hui.

Les chirurgiens du dix-septième siècle n'imprimèrent pas de nouveaux progrès à la thérapeutique des affections osseuses; ils tournaient toujours dans le même cercle ; ils abrasaient et cautérisaient énergiquement les os, mais n'avaient pas l'idée de les extraire méthodiquement ou de les réséquer.

l'os, en résèque une grande partie, et obtient une guérison que d'autres avaient jugée impossible. (Obs. 25.) B Loc. cit., pnge CXVI.

.l'ai trouvé la citation de Malgaigne très exacte, pourBenivieni. Il s'agit bien, en effet, d'une inflammation de l'os de la jambe (seulement Malgaigne traduit os surœ ipar péroné) qui a été traitée par la résection avant l'apparition du pus à l'extérieur. Voici du reste la reproduction textuelle de l'observation :

a Magna surœ ossis parte resecata jmella convaluit.

« Hieronymi Porbinelli filià octavumagens annum elepbantico morbo affecta est ita ut et surœ os vitiari cœperet. Sùma enim cutis maculas crebrosque tumores babebat et rubor paulattim in atrù elevati ac coverti cœperat, adeo ut facile indicares vitium in osse consurgere ; prœsertim quod et ingenti dolore eflicerelur et nullum in carne puris signum npparcret. Quare soluto ventre et sanguine cucurbitulismisso, detegere os tl iscerninius quo détecte, quidquid pulrens et cariosum inerat abscindimus.' Sicq magna ossis parle resecata, puella(quod multis inipossibile videbalur) tandem rite curataconvaluit. » Anlonii Benivenil, de Abdilisnormaiis ac mivandis morborum et sanationum causis. Fol. 6, Parisiis MDXXIX.

Mais, pour Pierre d'Argelala, je n'ai rien trouvé de bien remarquable dans ce ce qu'il dit au sujet de l'ablation des os.

« Ego id totum unum ibcile bracliii removi, et facta apcrtura totum focile erat |)utrcfactum et discoboptum carne ab unoexlremo ab alio. » (fol, -125; Chirurgia Magislri Pétri dell'Argeiala.)

Cet os putréfié et découvert de cliair d'une extrémité à l'autre n'était autre cbose qu'un os nécrosé dont l'iiblation avait été probablement faite très facilement^ et sans l'emploi delà scie. Il en est ainsi dureste de toutes les opérations analogues pratiquées par les cliirurgiens de cette époque. Quand on se reporte au texte original, on voit que ces ablations d'os n'étaient autre chose que des extractions de séquestres. On n'y trouve, du moins, guère de résections connue nous les comprenons aujourd liui.

\. Œuvres complètes d'Ambroisc Paré. Édition Malgaigne, t. Il, cliap. H.

2. De la Médecine Efficace. — Edition de Genève MnCLXVIII. — Marc-Aurèle Séverin parliî de la résection des côtes qu'il a pratiquée plusieurs fois. C'est dans le livre II de la Pyrolhechnic Chirurgicale, et dans le chapitre intitulé : Dr la cautérisation des côtes qui sont gâtées. Chap. LXVII, p. 01.") qu'il e.sl question de rcs résections. — .^-^ ^.^^ j

HISTORIQUE DES RfiSIîCTIONS. ^3

Nous trouvons cependant à cette époque des faits intéressants à enregistrer; l'un entre autres, do Scultet' où il est question de la réfrénération du tibia après l'ablation de la diaphyse nécrosée. Scultet signale même une gaine comme cartilagineuse qui entourait l'os mort et qui fournit les éléments de l'os nouveau. Deux siècles plus tard on aurait vu dans cette gaine cartilagineuse le périoste épaissi et en voie de s'ossifier. Mais à cette époque, il n'était pas encore question de périoste comme organe générateur de l'os et l'on constatait le fait sans se perdre dans des théories sur l'ostéogénie. Cette opération de Scultet n'était, du reste, que l'extraction d'un séquestre, tentée après une longue temporisation et l'emploi infructueux d'une foule d'onguents.

Un demi-siècle plus tard, de la Motte ^ (1694), chirurgien de Valognes, enleva six pouces du tibia fracturé et en obtint la régénération, grâce à la conservation des portions membraneuses qui étaient unies à l'os.

Il s'agissait bien là de la résection d'un os fracturé, encore entouré de ses parties molles, opération d'autant plus intéressante qu'elle avait été suivie de régénération osseuse ; mais ce fait n'eut pas plus d'influence sur les idées et la pratique générales, que d'autres faits analogues de résections pour fracture compliquée qu'on trouve déjà en assez grand nombre dans les ouvrages des chirurgiens de l'époque ^

Durant la première moitié du dix-huitième siècle on continua à retrancher les extrémités osseuses saillantes, et l'on alla souvent chercher dans les foyers de fracture, des portions d'os plus ou moins grandes, déjà en partie isolées par la suppuration. On faisait ainsi des extractions hâtives et tardives d'esquilles plus ou moins étendues. On approchait des résections; on tournait autour de l'idée qui devait les faire surgir bientôt après, mais, on ne s'attaquait guère qu'aux portions osseuses en partie isolées des tissus périphériques par le traumatisme ou par la suppuration qui en avait été la conséquence.

Nous arrivons à l'époque de l'Académie de chirurgie, au moment où J.-L. Petit venait de publier son traité des maladies des os, dans lequel il exposait, avec l'état de la science actuelle, les progrès qu'il avait imprimés au traitement des fractures compliquées et des diverses affections osseuses. Là encore nous ne trouvons rien qui se rapporte clairement aux résections, et surtout aux résections articulaires*. On y trouve la

1. En WU,ArmamentariumCh{rurgicum,Vïmœ, 1653. traduit en français en 1712, p. 103.

2. Traité complet de chirurgie, par Guillaume Maiiquesl ricia Motte, 3° édition, 1771, publiée par Saijalicr.

3. Voy. Vcipeau. Nouveaux éléments de médecine opératoire, 1839, T. II ; et LisIVanc. Précis de médecine opératoire, 1846. T. II.

4. La première édition du Traité des maladies des os, de J.-L. Tctit, parut en 1705; mais dans celle qui a paru en 1751, un an après la mort de l'illustre chirurgien, nous n'avons rien trouvé de plus précis relativement aux résections. Dans les Institutions de chirurgie de llc|3eter (Traduction française de l'édition de 1750. Avignon MDCCLXX), ce saut toujours les préceptes de Celse qui inspirent le traitement de la carie.

INTRODUCTION

trépanation des os atteints de suppuration médullaire; l'excision des tumeurs des os par des perforations multiples pratiquées à leur base, mais pas la moindre allusion à la possibilité d'enlever une articulation cariée.

Dans les Mémoires de l'Académie de chirurgie, nous trouverions bien des faits intéressants à signaler*, au point de vue du traitement des fractures compliquées, mais pas d'opérations qui aillent au delà d'une esquillotomie plus ou moins étendue.

C'était à cette époque cependant qu'avait lieu la célèbre discussion entre Faure et Boucher, au sujet des amputations retardées. En 1733, peu de temps après la bataille de Fontenoy (1745), qui lui avait fourni l'occasion de soigner un grand nombre de blessés dans les hôpitaux de Lille, Boucher fit paraître son mémoire sur l'abus des amputations à la suite des coups de feu^. On a voulu voir dans plusieurs de ses observations de véritables résections articulaires, mais il suffit de lire ces observations dans le texte original pour reconnaître qu'il s'agissait seulement d'esquillotomies plus ou moins tardives.

Ces faits, comme ceux de Bilguer^, auxquels on a voulu donner la même interprétation, se rapportent pour la plupart à des blessés qu'on avait refusé d'amputer, ou qui avaient voulu eux-mêmes courir les chances de la guérison naturelle, et chez lesquels on eut plus tard à enlever des esquilles, déjà en partie séparées des parties molles, et dont le séjour au milieu des tissus occasionnait des suppurations interminables.

Ce sont donc toujours des exemples d'extraction tardive des esquilles plutôt que de véritables résections secondaires, et si ces faits prouvent quelque chose, c'est que dans certaines catégories de plaies osseuses avec fracas, ou peut se dispenser de faire de véritables résections.

1. Parmi les observations de Iracturcs compliquées, publiées à celte époque et traitées par l'ablation des parties fracturées, nous devons signaler celle de Coutavoz, dans laquelle il est explicitement question de la conservation du périoste, et qui fut suivie d'une régénération de l'os. Il n'y eut qu'un raccourcissement de deux pouces après l'ablation de toute l'épaisseur de la diaphyse du tibia sur une longueur de cinq pouces trois lignes, et l'extraction secondaire du péroné sur une longueur de quatre pouces euviron. Le sujet était un ouvrier âgé de vingt-neuf ans, qui était tombé au fond d'un puits de quaranle pieds environ. Le fragment du tibia avait perforé la peau et la guêtre. Le blessé refusa l'amputation qu'on lui proposait. Coutavoz fut appelé vingt jours après et enleva, sans avoir besoin, paraît-il, d'employer la scie, plusieurs fragmenls du libia et, entre autres, le fragment de cinq pouces comprenant toute l'épaisseur de la diaphyse. [Mémoires de l'Académie de chirurgie]. T. II, p. 46. Édition de l'Encyclopédie des sciences médicales. Paris, 1838, et Fougcroux. Mémoires sur les Os, p. 225, pour la lin de l'observation ).

2. Mémoires de l'Académie de chirurr/ie. Tome, 1. Observations sur des plaies d'armes à feu compliquées de fracture aux extrémités ou au voisinage de ces articulations, par M. Boucher. Le Mémoire de Boucher parut on 1755, daus le deuxième volume des Mémoires de l'Académie de chirurgie. (Edit. in-quarto).

5. Dissertation sur l'inutilité de l'amputation des membres, par M. Bilgucr. chirurgien général des armées du roi de Prusse. Traduite par M. Tissot; — Lauzanne, 178L

HISTORIQUE DES RÉSECTIONS.

Duhamel avait déjà publié à cette époque ses célèbres mémoires S par lesquels il cdiliait sa doctrine de la formation de l'os par le périoste. Fougeroux* les résumait plus tard et, rassemblant dans la littérature de l'époque tout ce que les chirurgiens et les physiologistes avaient écrit pour et contre cette théorie, ne trouvait guère que les mémoires de Haller et de Bordenave à réfuter Non seulement il n'eut pas à signaler de tentatives chirurgicales inspirées par les travaux de Duhamel, mais il ne soupçonne pas lui-même la moindre application à la chirurgie opératoire.

Évidemment le courant des idées n'était pas là. Personne ne songeait aux résections. Duhamel lui-même n'avait probablement jamais pensé à la possibilité de faire reproduire un os par une gaine périostique artificiellement séparée. Si les idées du temps eussent dirigé son attention de ce côté, il eût sans doute fait des expériences dans ce sens; mais il ne paraît pas avoir jamais essayé de dépouiller un os de son périoste.

Aussi, en reportant à Duhamel l'idée de la formation de l'os par le périoste, sommes-nous dans le vrai ; mais si nous le considérions comme l'inspirateur direct et le promoteur de résections sous-périostées, nous serions dans la plus complète erreur. Cet illustre expérimentateur n'a d'abord étudié les os qu'au point de vue de leur développement normal, et de leur cicatrisation à la suite des fractures; ce n'est que dans son cinquième mémoire", en commentant un cas de nécrose, qu' il voit que le périoste a servi à reproduire l'os ; mais il n'est pas allé au delà. Personne à son époque, ni physiologiste, ni chirurgien, ne songeait à étudier les propriétés du périoste éloigné de l'os, et à faire reconstituer un os par cette membrane ainsi isolée. Duhamel avait trouvé la théorie qui devait conduire plus tard aux résections sous-périostées, mais l'idée de ces opérations ne lui était pas venue à l'esprit. Pas un mot dans ses mémoires, ou dans les œuvres de ces commentateurs, ne nous autorise à penser autrement. Ce fut seulement près d'un siècle plus tard qu'on songea à cette conséquence de la théorie de la formation des os par le périoste. Mais avant d'en arriver là on avait fait pendant cinquante ans des résections véritables. Les idées de Duhamel avaient été tellement oubliées par les chirurgiens, et même par les chirurgiens expérimentateurs (C haussier) que personne ne croyait à la possibilité de la reproduction des os enlevés. Ce fut uniquement dans l'interprétation des phé- ' nomènes de la nécrose que consistèrent longtemps les applications chirurgicales de la doctrine de Duhamel.

1. IHsloirede l'Académie RoyalÉ des sciences. 1739, 1741, 1742, 1743.

2. Mémoire sur les Os, pour servir de réponse aux objections proposées contre lé sentiment de M. Duhamel du Monceau. — In-8°. Paris, 17G0.

3; Histoire de l' Académie Royale des sciences. 1743.

INTRODUCTION

Les expériences de Troja' n'eurent pas d'autres conséquences; elles faisaient surtout connaître le mode de réparation des os frappés de mort par la destruction de leur moelle. L'expérimentateur napolitain ouvrit cependant une voie nouvelle aux applications chirurgicales; il proposa, dans le cas de carie profonde et incurable, de détruire les os sur place et de les faire régénérer par la destruction de la moelle; mais pas plus que Duhamel il n'eut l'idée d'enlever un os sain pour voir si le périoste le reproduirait.

En résumé, dans cette longue période qui commence à Hippocrate et s'étend jusqu'à l'Académie de chirurgie, nous trouvons bien quelques textes, et même quelques observations, qui peuvent se rapporter à de véritables résections. Mais ce n'est que pour les lésions traumatiques, fractures ou luxations, que l'indication a été nettement posée ; et encore ne s'agissait-il que de retrancher des parties saillantes et irréductibles, ou bien des esquilles plus ou moins mobiles.

Quant aux lésions chroniques des os, la confusion qui régnait sur la nature de ces lésions ne nous permet guère de décider s'il s'agissait d'une extraction de séquestre ou du retranchement d'une partie cariée. On attaquait les os avec hardiesse sans doute, on les cautérisait avec le fer rouge, on les entamait, on les abrasait, on les excavait par des instruments puissants et variés, mais on faisait cela sans bien se rendre compte de la nature du mal que l'on voulait faire disparaître.

La chirurgie antique ne s'était pas cependant bornée, comme nous l'avons vu, aux préceptes d'Hippocrate et de Celse; elle était devenue entreprenante, hardie et même audacieuse avec Antyllus et Paul d'Egine. La difficulté d'interpréter leurs textes doit nous rendre réservés dans nos appréciations, mais lorsqu'on voit que des os entiers, comme le tibia, le radius et le cubitus, étaient extirpés; que les côtes étaient réséquées, que les cartilages costaux eux-mêmes étaient excisés, on ne peut s'empêcher de reconnaître qu'ils avaient poussé très loin l'intervention opératoire dans les affections osseuses. Le précepte de la section préalable des os pour en extraire successivement les deux moitiés ; la résection des os fracturés au delà de la limite des fissures ; l'ablation des parties osseuses adhérentes ou isolées des parties molles voisines, indiquent un art plus avancé que celui des chirurgiens qui leur ont succédé jusqu'à la seconde moitié du dix-huitième siècle. Mais si l'on se demande pourquoi les chirurgiens du moyen âge et de la Renaissance n'ont pas suivi les préceptes d'Antyllus et de Paul d'Égine, on trouve plusieurs raisons pour expliquer cet abandon. Et d'abord ces auteurs

\ Troia. De novorum ossinm regcneratione. Paris, 1775.

2 Vovez le bel ouvrage de Wcidmann qui résume toutes les théories et expose la plupart des laits connus jusqu'à cette époque sur la nécrose. (De necrosi ossium, Francolurti ad Mœnum, 1795).

HISTORIQUE DES RÉSECTIONS.

étaient moins connus qu'llippocrate, Celse et Galien, et il est probable, malgré les traductions de Patd d'Egine* et les commentaires de Daleschamp, que la plupart des chirurgiens les ignoraient. D'autre part, l'absence d'indications précises, et l'ignorance des conditions anatomiques des os malades rendaient ces préceptes difficilement applicables.

Cette confusion ne pouvait pas être dissipée par les quelques faits exceptionnels que nous avons eu à signaler. Malgré les observations de Galien, de Scultet, de De la Motte, on n'avait pas de données assez précises, sur la nature des altérations osseuses et la physiologie du système osseux, pour se lancer dans des voies nouvelles. On ne pouvait interpréter ces faits comme nous le faisons aujourd'hui; aussi, malgré ces brillantes exceptions, n'y avait-il en théorie comme en pratique qu'incertitude et confusion. On ne dépassait guère dans la pratique générale les préceptes classiques des anciens. On attaquait avec hardiesse les os sur place, mais on ne les extirpait pas. On avait perfectionné le traitement conservateur des membres fracturés, mais on n'avait pas eu l'idée des résections articulaires. On était sur la voie, mais on n'avait pas encore essayé de conserver les membres par de véritables résections.

Après l'ablation de certaines portions cariées ou plutôt nécrosées, on avait pu voir la reproduction des parties enlevées ; mais le fait avait été seulement consigné, et n'avait pas été le point de départ de déductions opératoires. On laissait faire la nature; on ne l'imitait pas.

§ II. — Deuxième période ou période de systématisation et de généralisation

des résections.

Parle et Morcaii; importance de leurs travaux; leur influence sur la marche de la chirurgie.

— Erreur communément répandue au sujet de l'observation de Ch. Wliite. — Observation de Yigarous. — Généralisation des résections articulaires par Moreau; leur application à la chirurgie d'armée par Percy. — Des causes qui retardaient la vulgarisation des résections.

— Adoption définitive des résections du membre inférieur; A. White, Fergusson. — Influence des diverses écoles chirurgicales. Roux, Syme, Textor. — Causes de l'abandon des résections articulaires par la plupart des chirurgiens français. — Insalubrité des grands hôpitaux; erreurs chirurgicales dont cette insalubrité a été l'origme.

Presque au même moment, à quelques mois de distance, les résections articulaires étaient inventées, en Angleterre et en France, par des chirurgiens qui n'avaient jamais entendu parler l'un de l'autre et qui vivaient loin des centres scientifiques de leur pays. Park, de Liverpool,

1. En latin par Albanus Torinus et par Gontliier d'Andernach (1532), et en français par Pierre Tolct, chirurgien de l'Ilôtel-Diou de Lyon (1540) Paul d'Eginc avait été traduit efi Arabe dès le neuvième siècle, et c'est même par une traduction latine, faite sur la version arabe, qu'il a été d'abord connu en Occident. — (Firiau, loc. cil.).

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