‹ Traité des résections et des opérations conservatrices qu'on peut pratiquer sur le système osseux [electronic resource]Chapitre 6 sur 103 · OLLIER, RÉSECTION · texte numérisé non relu

OLLIER, RÉSECTION

fit sa première résection du genou le 2 juillet 1781*, et Moreau le père, de Bar-sur-Ornain, pratiqua treize mois plus tard, le 15 août 1782, sa première résection de l'articulation tibio-tarsienne, et, le 15 juin 1786, sa première résection totale de l'épaule. 11 ne s'agissait cette fois^ ni

1. On a new mélhod for trealing the diseuses of the Knee and Elbow, 1783. — La lettre de Paik à Pott qui n'est autre que ce mémoire, est datée du 18 septembre 1782.

Le mémoire de Parle, traduit par Lissus, parut en Fi'ance en 1784. Nouvelle méthode de traite}- les maladies qui attaquent l'articulation du coude et celle du genou, par H. Park, chirurgien de l'hôpital de Liverpool, ouvrage traduit de l'anglais, MDCCLXXXIV.

Park (page 15) avait très nettement lormulé le but et l'utilité de la résection dans le traitement de la carie articulaire. Il avait voulu guérir, en conservaiit le membre, les caries qui paraissaient au-dessus des moyens ordinaires de traitement, et avait proposé le retranchement des parties allcrées, comme une ressource à tenter avant d'en venir à l'amputation. « Cette ressource, dit-il, est l'extirpation totale de la jointure ou la section des extrémités des os qui l'orment l'articulation, en ayant soin d'emporter, en tout ou en partie, le ligament capsulaire. Par là on obtient la guérison au moyen d'un cal, en réunissant en un seul os, sans aucune articulation mobile, le fémur avec le tibia, quand c'est le genou qui est malade, et l'humérus, le radius et le cubitus, quand c'est le coude. »

2. Du moins pour la résection du genou, de Park, et pour la résection de l'épaule, de Moreau; car la résection tibio-tàrsienne de ce dernier chirurgien était une résection Iraumatique secondaire dont on aurait pu trouver des exemples dans la littérature médicale. Nous n'avons, du reste, que peu de renseignements sur cette observation, qui avait été adressée à l'Académie de chirurgie et qui ne ligure pas dans les mémoires publiés. Elle n'a pu être retrouvée dans les archives de cette société qui ont été déposées dans la bibliothèque de l'Académie de médecine. M. Bureau, bibliothécaire de l'Académie, qui a eu l'obligeance de l'aire à notre intention des recherches minutieuses pour retrouver ce précieux document, n'est malheureusement arrivé à aucun résultat. Tout ce que nous en savons se trouve rapporté dans la thèse de Moreau le fils (1803) et dans son Essai sur l'emploi de la résection des os. Paris, 1816. La perte de ce travail est d'autant plus regrettable que Moreau père y exposait ses idées sur Papplication des résections aux diverses articulations, Moreau fils, nous dit à ce sujet :

« Ce chirurgien (Moreau père) sentait depuis longtemps l'insul'fisance des moyens employés pour le traitement des caries : habituéàsecouer le joug delaroutine, il avait emporté lel3aoûtl782, à un nommé Lecheppe, une carie considérable qui. intéressait inl'érieurement les deux os delà jambe. Le succès de cette opération fut si complet que, pressentant les résultats qu'on en pouvait tirer, il s'exprime ainsi dans le Mémoire qu'il en adressa à l'Académie de chirurgie la même année. » .

« Les caries des articulations sont regardées comme des maladies incurables qui exigent l'amputation; ne pourrait-on pas ^ dans le cas où tous les autres moyens curatifs auraient été inutiles, tenter de sauver le membre par une opération à peu près semblable ?»

Il propose pour exemple l'articulation de l'humérus avec le cubitus, et continue ainsi : a Quand la carie affeclerait toute l'articulation, dans pareille circonstance, je l'emjyorferais; je mettrais les os coupés à même de se toucher, lorsque la rétraction des muscles les rajjprochcr ait l'un de l'autre; je tiendrais le membre fixé, comme dans une fracture et j'attendrais patiemment que les pièces osseuses se soudassent . » Plus bas il ajoute :

« Ily a sûrement beaucoup d'autres circonstances où on peut partir de celle opération pour se diriger dans les tnaladies graves des articulations. t>

« Pour apprécier ce que je viens de citer, ilfaut se représenter que cela a été écritcn 1782; et le ne crois pas hasarder beaucoup, en disant que, dès ce moment, la découverte était faite et que mon père n'attendait que l'occasion de la poursuivre. L'ouvrage de Park n'avait pu être consullé, puisqu'il n'a paru en France qu'en 1784 ......

« les réilexions suggérées par le succès de 1 opération de Leclieppe, décidèrent mon pere a Rraporter la tête de l'humérus et la cavité glénoïdale corrcspondanlei dans un étal de carie. Celle

HISTORIQUE DES RÉSECTIONS.

d'extrémités articulaires luxées et saillantes à travers les chairs, ni d'os nécrosés, déjà isolés des tissus périphériques par la suppuration, mais hien d'extrémités articulaires cariées, occupant toujours leur siège normal et maintenues en place par des ligaments et des capsules altérés, sans doute, mais encore persistants. 11 ne s'agissait donc plus de scier un morceau d'os luxé ou fracturé, indiquant, par sa saillie même, le point où devait partir la section, comme on l'avait fait depuis Hippocrate. Il ne s'agissait pas davantage de retrancher, à l'exemple de White, une extrémité de la diaphyse de l'humérus atteint de nécrose adhérente, tellement isolée des tissus périphériques qu'il suffisait de soulever le coude pour faire saillir, à travers la plaie, toute la partie qu'il fallait retrancher. C'était toute autre chose ; c'était la conception et l'exécution d'une opération destinée à aller chercher, à travers des incisions méthodiquement combinées, des parties osseuses malades qui avaient conservé tous leurs rapports.

Parle et Moreau n'avaient pas exécuté leurs opérations par hasard et sans en comprendre la portée. Ils avaient l'un et l'autre coïi^u immédiatement l'idée d'appliquer la résection aux diverses articulations affectées de carie. Ils avaient imaginé des procédés, créé une méthode. Aussi nous paraît-il équitable de désigner cette seconde période des résections par les noms de Parck et de Moreau : noms qui nous paraissent inséparables dans l'histoire, car ceux qui les portaient, quoique vivants à quatre cents lieues l'un de l'autre, concevaient simultanément et créaient une méthode opératoire qui devait marquer un des plus grands progrès de la chirurgie.

Park opéra un matelot âgé de 55 ans, souffrant depuis longtemps d'une tumeur blanche de genou. Il y avait du pus dans l'articulation, mais pas de fistule. C'était donc une opération de résection des extrémités articulaires, malades, mais vivantes, et en place, c'est-à-dire dans des conditions toutes différentes de celles où avaient été pratiquées les résections problématiques des chirurgiens anciens. Le malade guérit après plusieurs mois de suppuration et de compUcations inflammatoires.

opération faite enl78G à Coiisaiicc, en présence de M. BaUlianard, habile cliirnrgien du lieu, eut un succès complet, et l'obscrviition lut communiquée à l'Acndémifi de ciiirnrgic la même année; elle voulut bien raccucillir. De même que la précédente, elle n'a point été publiée ; probablement elle est restée dans les papiers inédits de cette illustre Société.

« En 1789, mou père adressai la même compagnie, un mémoire dans le but de faire connaître une nouvelle manière de détruire lescaries,ct de démonlrer rinsulïïsancc et le danger des moyens employés jusqu'alors. Ce travail essuya les plus vives contradictions, quoiqu'appuyé sur beaucoup défaits, qu'on trouva plus connnode de nier que de discuter; et au lieu de s assurer do leur réalité, on réjjondit de manière à écarter tous renseignements ultérieurs, sur un objet qui méritait une si grande attention : ce qui touleluis ne put dégoûter mou père, ni I arrêter dans une carrière où il semblait qu'aucun de ses compatriotes n'osait le suivre. »

[Ob.tervalùw.i pral.iqucn rduiivcs à la rénection des urliculntions affcrlérs dr cane, pages 8 à ll.parl'.-l'". Moreau de bar-sur-Ornain. cbirurL^icn de 1'" classe, l'ai is 1805.)

liNTRODUCTlON.

.La soudure des os fut complète au bout de onze mois, et le malade put plus tard reprendre son métier de matelot.

Après cette brillante opération qui ne trouva pas d'imitateur^ en Angleterre, Park eut l'idée que les lésions du coude pouvaient être traitées de la même manière, et il proposa un procédé de résection, consistant en une incision longitudinale postérieure, qu'on pouvait au besoin transformer en incision cruciale, pour pénétrer plus facilement dans l'articulation. Il ne fit cette opération que sur le cadavre ; il ne paraît pas avoir eu l'occasion de la pratiquer sur le vivant.

Moreau exerçait à Bar-sur-Ornain, aujourd'hui Bar-le-Duc, petite ville de province, livré à sa seule inspiration; il pratiquait d'abord la résection tibio-tarsienne en 1782, puis celle de l'épaule en 1786, celle du genou en 1792, celle du coude en 1794, celle de la diaphyse du tibia et du fémur dès 1 793 ; en 1788, il avait déjà fait une résection complexe des os du tarse.

11 adressa, en 1782, la relation de sa première opération à l'Académie de chirurgie, mais sa communication fut assez mal accueillie, paraîtil, par la savante compagnie. Nous n'en trouvons aucune trace dans ses Mémoires, et tout ce que nous en savons, nous le trouvons dans la thèse de Moreau le fils, parue en 1805. Même incertitude sur la manière dont fut reçue, en 1786, la première observation de résection totale de l'épaule.

Trois ans plus tard, en 1789, Moreau s'adressa de nouveau à l'Académie de chirurgie qui, au dire de Moreau le fils, ne fit pas un meilleur accueil à ce troisième Mémoire qu'aux premiers. Elle goûtait peu les idées du chirurgien lorrain et ne les jugeait pas dignes de figurer dans ses publications officielles'^ L'influence immédiate de Moreau sur ses

1. l'ark fit une seconde réscclioa du genou en 1789 ; son malade mourut. Cette observation se trouve dans le Journal de médecine, chirurgie cl pharmacie, juillet 1790, page 595, dans une note de l'ark, extraite du journal de médecine de Londres {The London Médical Journal for Ihe year 1790, page 22) et publiée sous le titre de : De'lails ultérieurs sur une nouvelle ynanibre de traiter les maladies des articulations du coude et du genou.

2. On ne trouve rien, du miins, dans les dernières publications de l'Académie, ni dans les journaux de l'époque. On voit cependant dans le discours prononcé par Louis eu 1788. (Séance PUBLIQUE (ie /'icade«r/e ro^jale de chirurgie le jeudi 3 avriri788, in Journal de médecine, chirurgie et pharmacie, t.LXXV, page 570, avril 1788) que l'Académie n'était pas systématiquement hostile à Moreau. Elle lui décerna dans cette séance le prix d'émulation, consistant en une médaille d'or de 200 livres. Malheureusement le discours de Louis ne contient pas d'autres détails; il ne dit pas pour quel mémoire ce prix a été décerné. S'agissait-il des résections ou d'autres travaux de Moreau 7 Ktait-ce pour son Mémoire sur la résection de l'ép'iule qui lui avait été communiqué en 1786? Nous l'ignorons. Toujours est-il qu'on ne saurait être trop réservé dans le déliât; les plaintes de Moreau le lils nous montrent bien que son ùère n'obtint pas toute salisiaction devant l'Académie ; mais le prix que celte corporation lui décerna en 1788 semble indiquer qu'il n'y avait pas de parti pris dans son opposition. Voici les simples paroles de Louis, sur la récompense décernée à Moreau :

le prix d'émulation, consistant en une médaille d'or de la valeur de 200 livres, a ete adjugé à m'. Moreau, chirurgien en chef de rilÔlcl-Dieu,à Bar-le-Duc. »

HISTORIQUE DES RÉSEGTIOiNS.

contemporains fut donc d'abord tout à fait nulle, comme celle de Parck en Angleterre. Seul, isolé dans une petite ville de province, sans écho dans l'Académie de chirurgie, il ne se découragea pas cependant; il continua d'appliquer sa méthode dans toutes les occasions qui se présentaient; mais comme il n'écrivait rien, il s'exposait à laisser tomber dans l'oubli son nom et sa découverte.

Ce fut à cette époque que Bar-le-Duc fut traversé par les armées qui se rendaient sur le Rhin; cette circonstance fut heureuse pour Moreau. Il fut visité par plusieurs chirurgiens militaires et, entre autres, par Percy, auquel il montra ses opérés et qu'il convertit à ses idées. C'est sous cette influence que Percy transporta dans la chirurgie de guerre les résections articulaires et les appliqua tout d'abord au coude et à l'épaule. Il obtint bientôt des succès qui, joints à ceux que Larrey obtenait peu de temps après en Egypte, et plus tard dans les différentes guerres de l'Empire, constituent un des titres de gloire de la chirurgie militaire française. Ces succès étaient imparfaits sans doute, mais ils n'en marquent pas moins une date importante pour l'histoire de la chirurgie. Avant Percy et Larrey, on avait sans doute conservé des bras après la fracture de l'épaule ou du coude par un projectile, mais on les avait conservés purement et simplement, en faisant des pansements méthodiques et en enlevant les esquilles mobiles. On n'avait pas fait de véritables résections; on n'avait pas cherché à prévenir les accidents par l'ablation immédiate et totale des extrémités articulaires fracturées.

Nous venons de faire ressortir les noms de Park et de Moreau-, mais nous devons ne point oublier d'autres noms, qui pour n'avoir pas eu une aussi grande influence, n'en ont pas moins contribué à faire adopter les résections, soit en préparant les voies par leurs écrits, soit en exécutant d'après leur propre inspiration de véritables résections.

Il en est de cette découverte chirurgicale comme de toutes les inventions. Elles ne sont pas le produit d'un seul homme; elles sont la résultante du mouvement des idées, du progrès naturel des sciences, et elles éclosent simultanément dans plusieurs cerveaux et dans des lieux différents. Mais la conception d'une idée n'est pas partout également féconde; elle germe ici, tandis que là elle reste stérile. 11 lui faut un concours de circonstances pour qu'elle se développe; elle peut fructifier tout de suite, si elle tombe sur un terrain préparé : mais ailleurs il faudra des efforts persévérants pour la faire mûrir.

Pour représenter ce mouvement d'une manière concrète, l'histoire conserve et met en vedette le nom des hommes qui en ont été les principaux auteurs, mais elle ne doit pas passer sous silence ceux qui ont préparé le mouvement par leur doctrine, leur enseignement ou leurs exemples.

Quand Park fit connaître la résection du genou qu'il venait de prati-

2'2 INTUODUCTION.

quer, on apprit que hi même opération avait été exécutée vingt ans auparavant par Filkin, de Nortwicli*; mais cette observation n'avait pas été publiée, et elle ne put exercer aucune influence sur le mouvement des idées. Elle est antérieure à celle de Park, mais elle ne diminue pas la gloire du chirurgien de Liverpool.

Peu de temps après l'opération de Filkin, en 1768, un autre chirurgien anglais, Cli. AVhite, de Manchester, faisait une opération qui eut un brillant succès, et qu'on a considérée comme la première résection de la tête de l'humérus. Cette observation est loin de mériter, dans l'histoire des résections , la place que lui ont attribuée la plupart des auteurs classiques qui, depuis soixante ans, répètent à l'envie la même erreu^^ Déjà cependant, au commencement de ce siècle', Sabatier avait apprécié à sa juste valeur, l'opération du chirurgien de Manchester ; il avait vu qu'il ne s'agissait pas de la résection de la tête de l'humérus, mais seulement de la résection de la portion renflée de la diaphyse. L'articulation était restée complètement intacte; le chirurgien n'avait pas eu à l'ouvrir ; il n'avait fait que réséquer une portion de la diaphyse, et encore son trait de scie porta-t-il un peu haut, puisque quelques semaines plus tard il retira une nouvelle portion de la diaphyse plus longue que la première, et qui s'était séparée spontanément du reste de l'os.

Pour arriver à cette interprétation, Sabatier n'avait eu qu'à jeter un regard sur la planche qui accompagne le mémoire de White, et qui est d'une clarté saisissante. Nous reproduisons ici cette planche, à cause de son importance pour l'histoire de Fart. On y voit manifestement que ce que White appelle la tète de l'humérus, n'est que la tète ou la portion renflée de la diaphyse ; on voit aussi l'étendue relative des diverses portions extraites, ainsi que le niveau de Fincision pratiquée par White.

Cette lésion n'est autre qu'une nécrose adhérente, résultat d'une ostéite juxta-épiphysaire de l'extrémité supérieure de la diaphyse.

La diaphyse humérale a été séparée de la tête au niveau et, dans certains points, au-dessous du cartilage de conjugaison qui est resté adhérent à l'épiphyse et a empêché la propagation de la suppuration à la cavité articulaire. Au moment où a opéré White, le processus nécrotique n'était pas limité ; aussi le décollement du périoste s'est-il probablement continué après la première opération. Le silence de White, sur Fétit de

1 Le malade opéré par Filkin en 1762 vivait encore en 1782.

9 Nous avions conmiis celte erreur dans notre Traild de la régtfnéraitoîi des os, et cest f>n''vovanl la planche de Wiiile que nous l'avons reconnue.

Dans un mémoire lu devant l'Inslilnl, le 16 frimaire, an VIII, et publie quatre ans I ' ' tard fructidor an XII. Mémoires de rinsUiul nalimial des sciences et arls, saences LTlhémàtiaues cL nlu/siques, t. V. Mémoire sur un moijcn de suppU'er à l'ampulation du Zm t arLiclL Antérieurement, dans son traité de Médecine opératoire (179(5), .1 avait considéré l'opération de C. Wbite comme une véritable résection arUculaire de l'épaule.

HISTORIQUE DES RÉSECTIONS. 23

l'os au niveau du point sectionné, rend tout commentaire difficile à cet égard.

Fig. 1. — Pièces osseuses enlevées dans l'opératiqn de Ch. Withe et aspect du membre

après l'opération*.

A. Bras opéré présentant les cicatrices de la plaie opératoire et d'un trajet flsluleux antérieur à

l'opération. — La plaie longitudinale n qui part de l'acromion et se dirige on bas jusqu'au tiers inférieur du bras est la plaie opératoire par laquelle le chirurgien a réséqué l'humérus. — La petite plaie interne b correspond à l'ouverture d'un abcès.

B. Fragment supérieur de la diaphyse de l'humérus. — Le bord déchiqueté qu'il présente, correspond

à la région spongieuse juxta épiphysaire de l'os. La tête humérale, c'esl-à-dire l'épiphyse, est restée à sa place normale, en rapport avec la cavité glénoïde. Le cartilage de conjugaison a continué d'adhérer à la tète, avec une mince rouche de tissu spongieux de la diaphyse. Sans cette circonstance la suppuration aurait envahi l'articulation et les mouvements ne se seraient pas réiahlis.

C. Seconde partie osseuse que While avait laissée dans la plaie, et qui s'est détachée deux mois plus

tard. Elle a pu, du moins, être enlevée facilement avec des pinces.

L'interprétation de Sabatier était passée inaperçue^ aussi cite-t-on

1. Figure tirée de l'ouvrage de "Wliite, Cases in stirgeinj, with remarks, by Charles While f. K. S. London MDCCLXX.

2. Les auteurs qui ont pris celte opération pour une réscclinn de la tête de l'humérus n'avaient lu sans doute que l'observation rapportée dans les Pliilasophical Transaclions. "While dans son récit dit, en effet, qu'il a enlevé la tête, de l'huniérus, mais la planche prouve le contraire. Voici, du reste, l'observation de Whilo.

« Edmond Polyt, de Slractingdans le comté de Cockoymoor, âgé de seize ans, et d'une habitude scrol'ulouso, l'ut reçu il l'hôpital de Manchesler le 0 avril 1708. H me raconla qu'il avait été inopinément atteint, depuis environ quinze jours, d'ime violente inflamniation à l'épaule gauche, qui menaçait de mortification, maisqui enfin s'élait Iciminée par un abcès considérable , qu'on avait ouvert d'un coup de lancctle quelques jours avant son admission. L'ouverture élaitsilnée près de l'aisselle, sur le bord inférieur du grand pectoral, et je pouvais liés distinctement

INTRODUCTION

presque partout l'opération de White comme le premier exemple de résection de la tête humérale. On a même été plus loin, et on l'a quelquefois citée comme un exemple propre à diminuer l'importance des résections sous-périostées. White ne s'était pas inquiété, en effet, de conserver le périoste, mais il l'avait conserve malgré lui, puisque la nature l'avait préalablement séparé de l'os. On s'est extasié surtout sur la beauté du résultat relativement aux fonctions de l'articulation nouvelle. Nous ne nous étonnerons plus aujourd'hui, puisque nous savons que l'articulation n'a pas été touchée par le chirurgien, et est restée en dehors du foyer de l'inflammation.

sentir, à travers, la tête de l'humérus, dépouillée de son périoste. Le pus, qui avait une odeur très fétide, et qui était en très grande abondance, s'était introduit jusqu'au milieu de l'Iiuniérus. Le pus s'était encore lait jour par une seconde ouverture au-dessous de l'acromion, à travers laquelle on pouvait voir très facilement la tête de l'humérus. Tout le bras, l'avant-bras et la main étaient si prodigieusemeut enflés, qu'ils avaient acquis deux fois la "irossenr ordinaire, et le malade n'en pouvait faire aucun usage, Les douleurs étaient considérables, l'absorption du pus avait amené tous les symptômes de la phthisie.tels que les sueurs nocturnes, la diarrhée, le pouls vif, la perte de l'appétit ; et toutes ces causes réunies, avaient considérablement émacié le malade. Dans des circonstances aussi critiques, l'amputation dans l'article paraissait l'unique ressource que pût employer l'art pour sauver le malade. Ce moyen présentait quelque chose^ de terrible par rapport à ses conséquences ; c'est pourquoi je proposai l'opération suivante, de laquelle j'attendais beaucoup d'avantages, et je la mis à exécution de 14 du même mois.

«Je commençai mon incision à l'oriflce, qui était situé précisément au-dessous de l'apophyse acromiou, et je la portaien bas jusqu'au milieu de l'humérus; au moyen dequoi toute la portion de l'os qui était au-dessous l'ut découverte. Je pris ensuite le coude du malade, et je forçai facilement la tète {Ihe upper hcad) de l'humérus hors de sa cavité, et je la menai si exactement hors delà plaie, que je pus l'ompoigner de la main gauche (I readely grasped ihe whole head in my lefl hand) et la tenir ferme, pendant que de la main droite je la sciais avec une scie d'amputation ordinaire, ayant auparavant fait passer un carton mince entre la peau et les os. J'avais pris la précaution de placer un aide sur lequel je pouvais me reposer, avec une compresse en manière de tourniquet fixée au-dessus de la clavicule, pour arrêter la circulation de l'artère, eu cas que j'eusse le malheur de la couper ou de la déchirer. Mais il n'arriva aucun accident, et le malade ne perdit pas pas plus de deux ou trois onces de sang ; il n'y eut seulement de blessées qu'une des petites artères qui enveloppentl'articulation, mais riicmorrliagie en fut facilement arrêtée.

« 4près l'opération le malade se trouva sensiblement mieux, et reposa très bien pendant la nuit - la suppuration diminua de jour en jour, l'enflure diminua de même, son appétit revint et tous les symptômes de phtliisie disparurent. En moins de cinq ou six semaines, j'aperçus que les parties d'où l'os avait été enlevé, avaient acquis un degré considérable de solidité, et que le malade était capable d'enlever avec sa main un poids considérable. Au bout de deux mois, je trouvai un morceau assez grand de la substance de l'os, qui avait été dépouillé par la suppuration et ensuite exposé à l'air, qui était près à se séparer de la partie saine; je parvins sans peine à l'enlever avec des tenailles.

«Après cette exfoliation totale du cylindre, la plaie se ferma fort vite; et au quinzième août, c'est-à-dire quatre mois après son entrée à l'hôpital, il fut renvoyé - parfaitement guéri. Ce bras, comparé à l'autre, n'était que d'un pouce plus court. Ce jeune homme s'en sert aussi parfaitement que de l'autre, et peut non seulement élever le bras à toutes sortes de hauteurs, mais il peut encore exécuter le mouvement rolatoire comme auparavant. La figure du brasn'est en aucune façon changée ; et d'après la manière dont il s'en servait, d'après son apparence à l'œil etautact je pense que je puis, en toute sûreté, avancer que la tcle, le col et une partie du corps dei'bumérus sont actuellement régénérés (llhink Imai/safe/;/ say Ihe hcad, neck and -nnrt ni tke bodii ofthe os huméri are aclually reyenerated). OEnnres de chirurgie pratique civile et mililaire, de Barll.éicmi Yigakous. Montpellier, 1812, p. 424] tirée des Philosophical Transactions pour 17G9.

HISTORIQUE DES BÉSECTIONS.

Cette prétendue résection * de l'articulation de l'épaule se réduit donc à l'ouverture d'un foyer purulent, au fond duquel on trouve un os flottant, dépouillé de ses parties molles, qu'on fait saillir à travers la plaie sans la moindre difficulté, et qu'on résèque sans trop s'inquiéter des limites de la lésion.

Vigarous (de Montpellier), avait opéré dans un cas semblable à celui de White' et il avait commis la même erreur. Bien qu'il eut annoncé une résection de la tète humérale, il avait seulement retranché la partie supérieure de la diaphyse. C'est par une lettre, que le chirurgien de Montpellier a écrite à Sabatier, à une date inconnue % que nous connaissons cette erreur que le fils de Vigarous, éditeur de ces œuvres, ignorait en 1812''. Yigarous, comme White, avait cru enlever la tète humérale; nous ne savons ce qui a causé l'erreur de Yigarous ; mais, en voyant la

1. Yolpeau (Médecine opératoire), tome II, page 704, semble interprélcr le failde deux façons à quelques liiçncs de dislancc. Symo, dans son Treatise on the Excision of diseased joints ne se doute pa"sde l'erreur de\Yliite;Fergusson non plus [Médico-siirgical Transaclioiis, 1845, tome XXYIII). Cette erreur a élé, du reste, aussi lï-équemmcnt commise en Angleterre que dans les autres pays. Jœger, HeyI'elder admettent la résection articulaire, mais Esmarcli a récemment redressé cette erreur (Archiv fur Kliimc/ie Chirurgie 1878) et Gurit a parfaitement expliqué la nature de la lésion. M. H. Petit, bibliothécaire de la Faculté de Paris, a publié dans la Gazette hebdomadaire de médecine et de chirurgie (1880), un travail historique et critique- très intéressant, au sujet de la priorité de la résection de l'épaule. II examine les titres de Vigarous, AVhite et David, et renvoie les plaideurs dos à dos, en concluiint eu laveur de Bcnt.

2. ' Avant White lui-même. L'opéralii)n de White est de 1768; celle de Vigarous fut laite en 1767, mais elle ne fut publiée qu'en 1788, bien qu'au dire de Sabalier, elle ait élé communiquée'en 1774 à l'Académie de chirurgie. Voici ce que dit Vigarous dans la première édition de son Mémoire : Dissertation sur la régénération des os, publié dans ses Opuscules, in-8, Montpellier, 1788, page 105.

a J'ai toujours considéré comme trop cruel, d'e.vtirper un membre entier pour guérir une maladie qui n'attaque que son chef, soit par une carie indomptable, ou même dans le cas d'une fracture avec fracas de la tête de l'os faite par une arme à feu. Cosconsidéralions et la connaissance que j'avais des régénérations du corps de l'os, que j'avais vu se faire sous mes yeux, me déterminèrent à tenter cette opération aussitôt que l'occasion s'en présenterait. Elle se présenta en effet en 1767 à l'Hôtel-Dicu de Montpellier, dans un jeune homme de 17 ans, attaque d une carie considérable a la tête de l'os du bras ; je lui lis une incision suivant toute la longueur et la direction des libres du delluïde; elle fut suflisante pour permettre la luxation de cet os, que je sciai d'un pouce et demi au-dessous de sa tête, avec une scie ordinaire d'amputation. Mais l'opération fut laite trop lard; le pus qui avait élé rsporapé par la continuité delà fièvre, constamment précédée par des frissons, avait formé des dépôts dans toutes les articulations des 03 joints avec mouvement et sur la plupart des viscères du bas-venlre qui en étaient considérablement altérés; le malade mourut peu de temps après. »

5. Voici comment s'exprime Vigarous dans sa Icltrc à Sabalier {Mévioires de L'Institut national des sciences et arts. T. V. page 375) :

« Je n'ai pas retranché la tête de l'os du bras dans mon opération ; elle se trouva retenue dans la cavité de l'omoplate par son ligament capsulaire. Je sens bien qu'il s'est glisse a cet égard une inadvertance dans mon mémoire; car on ne peut dire d'un os qu'il est luxe, que lorsque sa tète est sortie de la cavilé dans laquelle elle était logée ; mais celte pelile erreur peut aisément se corriger, et je vous prie de le faire. » Appeler cela une petile erreur, c est se juger avec un pou trop d'indiiigence. Il est vrai que l'erreur de White est encore moins excusable, puisqu'il avilit fait graver les pièces enlevées, et avait eu le loisir de les lulerpretcr.

4> Œuvres de chirurgie pratique civile et militaire, de Dartliolemi Vigarous, publiées par son fils J. M. Vigarous, professeur à la Faculté de médeciuc de Montpellier. — Mouipei-

INTRODUCTION

planche que Wliitcii fait joindre à son mémoire, on a de la peine à comprendre comment le chirurgien de Manchester a pu se trompera ce point.

Ce n'est donc ni à Vigarous ni à White que revient l'honneur d'avoir pratiqué la première résection de l'extrémité supérieure de l'humérus, c'est à Bent', de Newcastle, qui fut bientôt suivi par Orred^ et peutêtre par Lentin\

lier, 1812. — Joachira Vif>;u-oiis réclame pour son père la priorité de la résection de l'épaule. Il ne cite pas Sabaticr; il répond seulement à Cliarapion (p. 451) qui avait prétendu que liarthclcmi Vigarous n'avait pas fait la résection, mais simplement l'ablation de la tête de l'humérus qui était délacliée et mobile.

1. Philosophical Transactions, annol774, vol. LXIV, p. .540. Bent opéra on octobre 1771. Il connaissait l'opération de AVliitc et ne crut pas faire autre chose qu'imiter son collègue de Manchester. 11 n'a du moins aucune prétention à la priorité, persuadé que White avait enlevé la totalité de la tète humérale.

L'opération de AVhite, bien qu'elle n'ait pas en elle-même une grande signification, a donc été très utile au progrès de la chirurgie, puisqu'elle a suscité dans l'esprit d'autres chirurgiens l'idée de fiiire de véritables résections de la tête humérale. C'était une légende, mais une légende qui a eu, à un moment donné, rinflueucc morale d'une véritable histoire.

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