‹ Traité des résections et des opérations conservatrices qu'on peut pratiquer sur le système osseux [electronic resource]Chapitre 85 sur 103 · SECTION IV · texte numérisé non relu

SECTION IV

DES RÉSECTIONS OSTÉOPLASTiaUES

ou DKS RÉSECTIONS d'UNE POr.TION OSSEUSE OU OSSIFIADLE DESTINEE A ÈTBE FIXÉE AILLEURS DAKS UN BUT ANAPLASTIQUE . — DES TRANSPLANTATIONS OSSEUSES ET PÉRIOSTIQUES.

Nous venons d'exposer les raisons pour lesquelles on ne pouvait pas considérer les résections temporaires comme des opérations ostéoplastiques. Nous devons encore ajouter que, de toutes les résections, ce sont celles qui méritent le moins ce qualificatif.

On pourrait, en effet, considérer comme opérations ostéoplastiques toutes les résections par lesquelles on rétablit la forme du squelette et, à plus forte raison, colles dans lesquelles on obtient la régénération des parties osseuses enlevées. Ces dernières opérations présentent le caractère essentiel de l'ostéoplastie dans le sens étymologique du mot. Il n'y aurait donc rien d'illogique à appeler ostéoplastiques la plupart des résections; et ce qualificatif pourrait être également applicable aux résections que nous avons appelées orthopédiques et à la plupart des résections pathologiques et traumatiques ; mais ce serait changer, sans profit aucun, la nomenclature adoptée par l'usage. On apporterait un nouvel élément de confusion dans le langage et, par suite, dans les idées.

Nous avons fait rentrer dans les résections orthopédiques toutes les résections par lesquelles on se propose uniquement de remédier aux difformités du squelette; mais oh poursuit secondairement le même but, après la soustraction des parties malades ou fracturées, dans les résections pathologiques ou traumatiques. Le but plastique, c'est-à-dire le

1. Traité de la régénération des os, t. I, cliap. xm. Nous avions constaté sur un chien une méningo-encéplia'lite au niveau de la rondolle réappliquée.

DIÏS UÉSEGTIONS OSTÉOl'LASTIQKS.

rétablissement de la l'orme du squelette ou des fonctions des articulntions est donc commun à toutes les résections. Après le retranchement des parties osseuses, quel que soit le motif pour lequel on les enlève, on fait en quelque sorte de l'ostéoplastie, et on en fait d'autant mieux, qu'on obtient plus de tissu osseux de nouvelle formation.

Parmi les résections, il en est quelques-unes cependant auxquelles on pourrait plus particulièrement donner le nom de résections ostéoplastiques. Quand, par exemple, pour rétablir la longueur de la totalité du membre inférieur, après l'ablation des os du tarse et la résection des renflements articulaires correspondants du tibia et du péroné, on met en contact et on suture les os du métatarse avec le tibia (Wladimiroff Mikulicz), on fait une opération brillante qui a déjà donné quelques heureux résultats, et dans laquelle le côté plastique attire tout particulièrement l'attention. Mais une simple résection du genou pour ankylose ou pour arthrite suppurée, dans laquelle, après avoir enlevé les condyles tibiaux et fémoraux avec la rotule, on fait souder le tibia et le fémur, constitue en réalité une opération du même ordre, qui ne diffère de la précédente que par la distance à combler.

L'ostéoplastie est donc, à la rigueur, le but de la plupart des résections et, si l'on voulait laire une classe de résections ostéoplastiques, elle serait démesurément étendue. Elle comprendrait toutes les résections, excepté celles dans lesquelles on veut, pour un motif ou pour un autre, s'opposer à la réunion des os et à la réparation de la perte de substance. Pour être logique, il faudrait alors appeler ostéoplastiques à peu près toutes les résections, ou ne donner ce nom à aucune.

Nous avons pris ce dernier parti, et si nous avons maintenu le nom de résection ostéoplastique, c'est pour l'appliquer à une autre catégorie d'opérations qui ne sont pas des résections à proprement parler, mais des opérations anaplasliques dans lesquelles on fait intervenir des lambeaux osseux. Ce sont des pseudo-résections, comme nous l'avons dit dans notre classification générale; mais elles peuvent trouver leur place ici, car, si l'opération plastique en est le but, la résection en est le moyen ^ Elles constituent, du reste, dans certains cas une opération complémentaire des véritables résections.

L'étude générale de ces opérations ostéoplastiques nous fournira, en outre, l'occasion de faire connaître de nouveaux faits physiologiques ou cliniques, qui compléteront ceux que nous avons exposés dans notre Introduction à propos de l'ostéogénie chirurgicale. Nous donnerons ainsi

1. Dans un travail publié dans la Revue de chirurgie, décembre 1884, Sklifossowski, de Moscou, rappelle que Wladimirolf avait pratiqué celte opération dis 1872.

2. Nous ne faisons qu'indiquer les principes généraux de ces opérations, pour les étudier dans les rapports qu'elles ont avec les vérilabics résections. Elles feront plus tard le sujet d'un traité spécial.

5G8 RÉSECTIONS EN GÉNÉIIAL.

une idée plus ]ii'écise dos ressources que les propriétés du périoste metlent entre nos mains pour combler certaines pertes de substance du squelette, jusqu'ici réputées irréparables. Il y a encore beaucoup à faire dans ce sens; mais, grâce à l'antisepsie, les indications rationnelles des opérations ostéoplastiques se sont multipliées et leurs chances de succès ont considérablement augmenté.

Indépendamment de la reproduction sur place du tissu osseux p'ar les gaines périostiques conservées, nos expériences de 1858-59 avaient porté sur les greffes périostiques et osseuses. Elles nous avaient donné deux moyens de refaire une charpente osseuse et, par cela même, les principes de deux méthodes d'ostéoplastie. En déplaçant et en transplantant des lambeaux de périoste, nous avions pu faire développer des os hétérotopiques de formes variées. Nous transplantions un tissu fibreux, souple, et nous trouvions, au bout de quelque temps, une charpente solide, formée par du véritable tissu osseux.

Nous avions pensé alors ' qu'en déplaçant sur l'homme des lambeaux cutanés, doublés de périoste, nous aurions plus de chances de conserver leurs propriétés ostéogéniques, par cela même que le périoste était mieux soutenu, mieux protégé et mieux nourri, et nous avions proposé de réparer de celte manière les difformités du nez et de la face. Notre but était de faire de l'os d'une manière indirecte, en transplantant un tissu qui n'était pas encore ossifié, mais qui pouvait le devenir, et nous avons appelé cette méthode : Ostéoplaslie périoslique ou Ostéoplastie indirecte.

Quelques semaines après", nous démontrions la réalité de la greffe osseuse, c'est-à-dire la continuation de la vie dans les os transplantés d'une région à une autre, sur le même animal ou sur un animal de môme espèce, et nous nous basions, non seulement sur le rétablissement de la circulation dans l'os transplanté, mais sur la formation de couches sous-périostiques nouvelles. Nous avions alors la démonstration expérimentale d'un fait tour à tour nié et accepté, mais généralement regardé comme impossible. Envisageant ensuite les applications de ce fait à la chirurgie humaine, nous pensâmes qu'il serait possible de refaire une charpente ou un support osseux, en transplantant et surtout en déplaçant des lambeaux osseux taillés sur les os voisins. Par cette opération, on faisait directement une charpente osseuse; on la constituait de toutes pièces avec de l'os déjà formé. Nous appelâmes cette méthode : Ostéoplastie osseuse ou directe.

Nous appliquâmes pour la première fois les deux méthodes d'ostéoplastie à la restauration du nez, en juillet 1801; mais nous n'eûmes

\. Gaz. hebdomadaire, déc. 1858.

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