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CHAPITRE V

, l'uréthrographie et de l'uréthrographe

L'uréthrographie est un moyen nouveau d'exploration du canal. J'en ai eu l'idée il y a quatre ans, et après un certain nombre de tâtonnements j'ai obtenu des résultats qui m'ont donné beaucoup de satisfaction. La tâche a été d'autant plus difficile qu'il fallait rendre applicable à la clinique un procédé très délicat et quasi expérimental.

L'iiréÛirographie trouve son application surtout dans l'élude des rétrécissements larges, peu perceptibles directement et donnant prise pour ce motif à discussion.

Elle permet de suivre les progrès de la dilatation en fixant mathématiquement sur le papier l'état du canal aux diverses périodes du traitement.

Elle rend facile et exacte la mensuration d'une stricture ; elle en donne la forme ; elle inscrit le nombre des coarctations ; elle résout enfin la question tant discutée de la longueur anatomique de l'urèthre.

Uuréthrographie a pour but de transcrire graphiquement^ sur un cylindre enregistreur en mouvement^ toutes les variations qu'éprouve une boule élastique, placée à l'extrémité d'une sonde lorsque celle-ci parcourt un urèthre.

Il est facile de comprendre que le principe que je vais développer pourrait être appliqué à d'autres conduits, à l'œsophage par exemple.

Grâce à Vuréthrographiele canal inscrit lui-même sa propre liistoire. Cette méthode rend le diagnostic certain et substitue une interprétation de tracé à la perception de sensations quelquefois très délicates, et pouvant échapper à l'attention la plus soutenue.

Le seul principe, susceptible, dans l'espèce, de répondre au:^

DE l'uRBTHROGRA.PIIIE ET DE L'URETHROaRAPHE 95

; nombreux, desiderata est celui de V incompressibilité des liquides et j;de la transmission par ces derniers de la 'pression à distance. Je m'explique :

Supposons un tube métallique (C), adapté à deux boules termi- I nales, en caoutchouc (A et B). Cet ^

; appareil est plein d'eau. Si je com- S ^

prime la boule A, la boule B se : "

gonfle d'autant plus que je réduirai fio. -23.

fidavantage le volume de A. On con-

. .çoitque, si les deux boules sont de même volume et fabriquées ,,d'un tissu d'élasticité semblable, l'aplatissement de la première ,] produira un gonflement proportionnel de la seconde. Ces deux it termes sont exactement égaux, l'un dans le sens négatif, et l'autre jidans le sens positif. Il y aura transport intégral de la force par la colonne liquide.

Si maintenant je remplace la boule B par une boîte incompressible, mais munie d'une

c D rondelle élastique (D),

\y I . toute la force exercée

24 en A se portera sur cette

rondelle. Celle-ci gon- . fiera d'autant plus que sa surface sera plus petite relativement à l 'Celle de la boule. Donc pour une compression légère de A on aura uun gonflement très considérable de la lamelle élastique D, ces ïldeux termes étant toujours l'un vis-à-vis de l'autre dans un rapport jci constant.

Dès lors la rondelle D devient un moteur, actionné par la b'boule A, et capable de transmettre son mouvement à un levier l' placé au-dessus d'elle.

Si en face du levier on met un cylindre en mouvement, on obtien- - dra un tracé qui exprimera toutes les oscillations de la boule A. ' C'est sur ces données théoriques générales que j'ai construit mon premier uréthrographe dont la description , va permettre de comprendre très aisément le mécanisme de mon second modèle, 1 1 qui est plus compliqué.

PREMIEB MODÈLE

I L'instrument se compose de trois parties : A. la sonde ; B. le ' transmetteur ; C. t enregistreur.

A. La sonde. — Elle correspond au numéro 10 ou 12 de la I ..(Uière Charrière. Elle est percée de deux yeux opposés, mais non en

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regard, afin qu'ils n'affaiblissent pas la résistance de l'instrument. Ces ouvertures sont situées à environ 5 centimètres de l'extrémité dont la terminaison est légèrement olivaire.

Elles sont cachées par un petit ballon en caoutchouc très souple, fixé à ses deux extrémités à l'aide de ligatures sur la sonde creusée dans les points correspondants de deux petites dépressions. Ce ballon peut se gonfler par insufflation ou injection d'un liquide dans la cavité du cathéter ; son diamètre devient alors triple et môme quadruple de celui de la sonde.

Fio. 25.

B. Le transmetteur est la partie de l'uréthrographe destinée à porter à l'enregistreur les changements de forme du petit ballon dont nous venons de parler.

Il est composé de trois éléments : la boîte ; — le tambour ; — le levier.

Fio. 26.

La boîte A, complètement métallique, porte sur sa face supérieure deux petites cheminées : l'une C est fermée exactement par un bouchon vissé ; l'autre B porte le tambour. En bas on voit un petit prolongement D auquel s'adapte un tube en caoutchouc épais E. Celui-ci se termine par un embout conique à robinet F, qui devra se fixer sur l'extrémité libre de la sonde.

Le tambour consiste en une lamelle de caoutchouc très souple et très élastique que l'on tend sur la cheminée B, à l'aide d'une ligature circulaire.

Le levier est horizontal. Il est composé d'un petit bras a, terminé par une boiile qui repose sur le tambour grâce à son poids,

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et d'un grand bras b qui est chargé d'inscrire le tracé en l'amplifiant.

C. L'enregistreur est représenté par un cylindre à axe vertical A. Il est creusé en bas d'une rainure profonde et circulaire B dans laquelle s'enroule un fil dont l'extrémité est fixée à un des points de cette dépression à l'aide d'un petit clou. Le cylindre porte une plaquette verticale destinée à retenir, à l'aide de vis de pression, une bandelette de papier noirci enroulée sur lui.

FiG. 27.

Grâce à un ressort à boudin et à une vis de pression, on peut rapprocher le cylindre A de l'extrémité du bras de levier B' ou 1 en écarter à volonté. '

Fio. 28.

Voyons maintenant comment, fonctionne l'appareil.

Avant tout il faut le garnir du liquide de transmission et cela très exactement, sans laisser la moindre trace d'air, ce qui diminuerait la sensibilité du tracé.

Pour remplir la sonde, on se sert d'une seringue de Pravaz dont on adapte l'aiguille à un tube capillaire en gomme. On pousse celui-ci jusqu'au fond de la cavité de la sonde, de sorte que le liquide injecté par la seringue pénètre de bas en haut dans le cylindre qui doit le contenir.

L'eau n'est pas assez lourde ponr distendre suffisamment le ballon A. J'emploie le mercure et j'en fais pénétrer une quantité assez grande pour donner à l'ampoule le diamètre nécessaire. Cette proportion varie, on le comprend, suivant la résistance du tissu du ballon.

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Cela fait, je retire progressivement le tube capillaire et j'achève le remplissage de la sonde avec de l'eau distillée. Dans cet état la moindre pression exercée sur le ballon l'ait déborder quelques gouttes d'eau de l'extrémité libre de l'instrument. Pour les y introduire à nouveau, on n'a qu'à presser légèrement la boule de façon que le liquide intérieur vienne affleurer l'orifice ; et après avoir plongé celui-ci dans une tasse remplie d'eau, on lâche progressivement la boule. En se distendant et reprenant son volume, elle exerce une certaine aspiration, et la cavité de la sonde se retrouve exactement comblée.

On procède ensuite au remplissage de la boîte. Ce dernier s'effectue avant la pose du tambour. On verse de l'eau distillée à l'aide d'une pipette, dans la cheminée C, jusqu'à ce qu'elle s'écoule en jet continu par l'extrémité F du tube E (voir la figure 26). Ce moment atteint, on ferme le robinet de F, et on continue à verser de l'eau qui, en vertu du principe des vases communiquants, vient affleurer le bord des deux cheminées B et C. A ce moment on fixe le tambour par une ligature, et on visse le bouchon C. Celui-ci, grâce à la place qu'il occupe, augmente la tension de l'eau et fait bomber le tambour. Dès qu'il est bien serré, on ouvre le robinet F ; il s'en écoule un petit jet qui rétablit la pression normale, et le tambour reprend sa situation plane.

Cela fait, on visse la sonde sur l'embout conique F. De sorte qu'on a alors un système composé de la sonde et de la boîte, et dans lequel deux organes seuls sont dépressibles : le ballon, qui va pouvoir suivre exactement les sinuosités de l'urèthre et être influencé par elles ; et le tambour, qui oscillera en même temps que le ballon, mais en sens inverse; car à une compression du ballon correspondra une voussure du tambour, et inversement. On comprend que le tube de caoutchouc qui relie la boîte à la sonde doit avoir des parois suflisammenl épaisses pour ne pas se laisser dilater par la pression du ballon. Dans ce cas une partie de la force serait perdue, et l'appareil deviendrait moins sensible.

Quand l'uréthrographe est bien rempli, on vérifie sa sensibilité en imprimant quelques pressions au ballon et en constatant l'intensité de transmission au tambour. Celui-ci ne doit pas être relâché. Mais son degré de tension sera léger, car au-delà de certaines limites il augmente la résistance du tissu au détriment de l'amplitude du tracé. D'un autre côté une insuffisance de tension s'oppose à la mise en jeu de l'élasticité du tambour qui revient mal sur lui-même et actionne le levier d'une façon défecteuse.

Quelquefois on n'obtient le meilleur degré de tension de la membrane qu'après quelques tâtonnements et plusieurs applications

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successives. L'uréthrographe une fois réglé fonctionne indéfiniment.

Dès maintenant on comprend la manière dont est inscrit le tracé.

Mais nous avons laissé un point dans l'ombre : c'est le moteur du cylindre enregistreur. Comme on va le voir, il est d'une simplicité extrême et cependant c'est lui qui a constitué le problème le plus difficile à résoudre.

Toute pointe horizontale et animée de mouvements verticaux ne peut produire un tracé linéaire sur un cylindre placé au-devant d'elle qu'à la condition que celui-ci soit animé d'un mouvement de rotation.

Dans la plupart des instruments enregistreurs le mouvement est fourni par un appareil d'horlogerie. Ici il fallait un moteur essentiellement irrégulier, actionnant le cylindre quand la bougie parcourt le canal, et V arrêtant quand elle cesse de progresser II était nécessaire de plus que la rapidité de la rotation fût exactement égale à la rapidité de l'introduction de la sonde.

La difficulté a été vaincue dès que j'ai eu l'idée d'enrouler autour du cylindre enregistreur, dans une rainure à cet effet, un fil dont une extrémité est fixée sur le cylindre lui-même, tandis que 1 autre vient s'insérer sur l'extrémité libre de la sonde La traction exercée sur le fil par la sonde qui s'avance dans l'urèthre fait tourner le cylindre d'une quantité égale à son mouvement de translation, et avec une rapidité exactement semblable

Nous possédons maintenant tous les éléments nécessaires pour ■ comprendre le fonctionnement de l'uréthrographe.

On fixe autour du cylindre une bande de papier glacé qu'on . enduit de noir de fumée, sur une chandelle de résine. Venregis- \ duLi^r^ ' ^^PP^ocl^e jusqu'au contact la pointe

On attache le /tl moteur à l'extrémité libre de la sonde, et on tlait pene rer celle-ci dans l'urèthre, lentement et sans secousses 'Le trace s inscrit à mesure. Dès qu'on est dans la vessie, on écarte e cylindre de la pointe du levier et on retire la sonde. On fixe le trace en le plongeant dans du vernis au benjoin, et il ne reste plus qu a 1 interpréter. ^

Ce premier modèle m'a donné de bons résultats. Mais il était :passible de plusieurs reproches. Il arrivait souvent que le contact entre la pointe marquante et le cylindre était trop accusé. Les -sinuosités du tracé avaient alors de la peine à s'inscrire. Dans le cas contraire la ligne offrait des interruptions. D un autre côté, il était parfois extrêmement difficile ou impossible

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d'introduire d'emblée et sans tâtonnements la sonde dans la vessie, et la moindre hésitation se traduisait par une ondulation plus ou moins brusque du tracé.

Pour échapper au premier reproche, j'ai rendu horizontal l'axe de mon cylindre enregistreur de manière que le tracé soit inscrit par un levier composé, actionnant une tige couchée sur le cylindre et constamment en contact avec lui grâce à son propre poids.

Quant au second desideratum, je l'ai obtenu en adjoignant au cylindre un ressort de pendule permettant de prendre le tracé, non pas lors de l'introduction de la sonde, mais bien à sa sortie, c'est-à-dire au moment où on n'a qu'à tirer et où toute hésitation et tous tâtonnements sont impossibles.

J'ai construit ainsi mon modèle définitif d'uréthrographe qui, quoique plus compliqué, est d'un fonctionnement plus régulier et plus facile que le précédent.

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