CHAPITRE II
Diïïîcultés sur la préparation intérieure du Prêtre qui va célébrer.
Xja Rubrique du Missel s'explique en ces termes sur le Ministre qui se dispose à célébrer : Sacerdos cclebraturus 3Iïssaniy prœ^'id Coufessione sacramentali , quando opus est ^ et saltem Matiitino cum Laudibus absoluto , orntioni aliquantuliim vacet , et Orationes in^ Jeiîiis positas pro teuiporis opportunitatc dicat (î). Ce peu de paroles donne lieu à tant de questions importantes , que pour éviter la confusion , nous croyons les devoir traiter en deux paragraphes.
De la Confession avant la Messe.
I. Utilité de la fréquente confession pour un Prêtre. II. Ecueils à éviter, réduits à leurs justes bornes. III. Nécessité de la confession pour ceux qui sont en péché mortel. IV. Ce principeétendu aux Ministres inférieurs. \. Cas cil l'on est censé n avoir point de confesseur.
(i) Part. a. tit. 1. de prœpar. Vide et part. 3. lit. 8. n. 'À. et se(£.
sur la Préparation intérieure. ii
VI. Cette impuissance ne suffit pas, il faut e/zcore de fortes raisons. VIL Examen de celles qu'on a coutume de proposer. MIL Est-on obligé de retourner à confesse pour uû péché oublié de bonne foi? IX. Le sentiment qui le nie a besoin de modification. X. Que doit faire un Prêtre qui , étant à V autel, se rap' pelle une faute griève ? XL Obligation de se confesser au plutôt, quand on ne Va pu faire ayant la Messe. XII. Extension de ce principe.
I. On convient d'abord qu'il est très-utile à un Prêtre de se confesser souvent , avant que de monter à Tautel. Nous péchons tous en bien des rencontres \ et ce serait se séduire soi-même , que de se flatter en Pélagien d'une innocence parfaite (2). Confessezvous donc toujours , dit saint Augustin (3) , parce que vous avez toujours de quoi vous confesser -, et qu'il est difficile que lliomme se purifie si bien dans cette vie, qu'il ne trouve rien en soi dont il puisse s'accuser. Aussi la plupart des fondateurs de Communautés ont fait à leurs enfans un point de règle de la fréquente confession ; et les plus saints d'entr'eux ont souvent été au delà des termes du statut. L'Apôtre des Indes , cet homme in-
I (2) In multis enim offenJiraus omnes. Jacob, m. 2. — Si dixerimus quoniani peccatum non habemus , ipsi nos seducimus. I. Joann. i. 8.
(3) Semper confitere , semper habes quod confitearis. ^Difficile est in \\^q vitiî ut sic homo mutetur, ut nihil inveniatur ia eo quod repreheudatur. Aug. in Psalin. ^(). n, zS,
22 CiiiP. II. Difficultés
comparable se confessait tous les jours , quand il était à portée de le faire ; et c'est en se purifiant des taches les plus légères , qu'il se disposait à laver dans le sang de TAgrieau les crimes d'un monde entier d'infidèles.
IL Mais cette coiifession fréquente a ses dangers , et il y faut surtout éviter la routine. Rien n'oblige absolument à porter au sacré tribunal des fautes vénielles : mais quand on les y porte , il faut le faire avec une juste et sincère douleur de les avoir commises. Or cette douleur est peut-êlre plus rare qu'on ne pense en plusieurs de ceux qui , chaque semaine , ne font presque que répéter les fautes de la semaine précédente. Je sais que la confession la mieux faite ne rend pas impeccable ; mais je sais aussi qu'une douleur vive et profonde ne s'allie pas bien avec des rechutes aussi volontaires qu'elles sont continuelles.
C'est pour parer à cet inconvénient, qui de sa nature tend à opérer la nullité d'un Sacrement , qu il est d'usage de joindre à l'accusation de ses nouveaux péchés celle de quelque péché considérable de la vie passée (4). Cette pratique , improuvée par des gens qui peutélre ont plus de nom que de mérite, nous a. toujours paru propre à assurer la matière du Sacrement , et nous n'aurions pas de peine à
(4) On le fait , et il est à propos cle le faire d'une manière générale, li siiflit de dire : J'ai eu dans ma jeunesse le malheur de mc'dire en matitre erave ; de ne pas rejeter assez lot des nenstfes impures , etc. lin détail trop précis peut avoir ixcs uaoj^crs.
sur la Préparation intérieure, 23
la défendre , si elle ne Tétait pas assez par l'autorité de ceux qui s'en servent et pour eux et pour les autres. Mais il ne faut pas oublier que la confession de nos anciens égareinens ne remédie à rien, à moins qu'elle ne soit accompagnée de contrition^ et cette contrition qui, quand elle nait du cœur, porte à gémir du passé , arrête comme naturellement le cours et le progrès pleinement délibéré des chutes présentes.
Cependant , comme les plus justes , et ceux qui , comme Job , veillent avec plus de soin sur toutes leurs démarches , sont ordinairement plus timides , plus disposés à prendre pour eux ce qui n est dit que pour d autres , il est à propos d'observer que , s ils doivent gémir de leurs faiblesses , parce qu'elles déplaisent à Dieu , ils ne doivent , ni s'en troubler à 1 excès , ni croire qu'ils ont profané le sacrement de pénitence , parce qu'ils sont retombés quelquefois le jour même qu'ils s en étaient approchés. Leurs fautes sont communément des fautes de surprises , peu volontaires, peu importantes, et qui, maigre l'attention et la vigilance des Saints , échappent à rintirinité humaine. Si lors môme qu'on n'y pense pas, ou qu'on les ignore, elles ne font pas tomber dans la disgrâce de Dieu , y précipiteront-elles un homme qui , après un sérieux examen , les accuse au Ministre de Jésus- Christ , qui lui demande ses conseils pour les éviter, qui se soumet aux pénitences capables d-'expier le passé et de se précautiunner contre
24 Châp. II. Difficultés
ravenir ? A ce compte, un juste, qui au lît de la mort croit s'accuser avec une douleur suffisante de certaines fautes , dans lesquelles il retombera, s'il survit à l'absolution, périra à jamais , précisément parce qu'il a voulu se purifier de plus en plus. Mais à ce compte , la confession des péchés véniels , si autorisée par l'Eglise, et par 1 usage de plusieurs Saints très -éclairés, ne sera plus qu'une pratique dangereuse -, et le parti le plus sûr consistera à s'en éloigner. Ainsi raisonne un écrivain , qui ne s'est jamais fait la réputation d'auteur relâché (5).
III. La confession de tout péché mortel , ou justement suspect de l'être, est indispensablemcnt nécessaire , quand elle est possible , à quiconque veut célébrer la Messe, ou recevoir l'Eucharistie. Le saint Concile de Trente l'a ainsi décidé, et il a soumis à la plus rigoureuse censure tous ceux qui oseraient enseigner ou soutenir l'opinion contraire (6).
Ce décret, au reste, n'est pas une loi purement positive , mais un précepte fondé jusqu'à un certain point sur des principes antérieurs à
(5) Lettres sur divers sujets de morale et de pieté par M. Dnguet , tom. 2. Lettre IX.
(6) Ne tantiim Sacramontum indigné, atfjue ideo in mortem et condcmnationem suraatur , statuit atque déclarai ipsa sanota Svnodus , illis quos conscientia peccali mortalis gravât, qiiantiuncumque etiani se contrites existinient, habita copi;^ C'onfessoris , necessario prœniitlendara esseconlessionrm sacraïuentaleni. Si quis autem contrarium dncere , prî^dicare , vtl pertinacitcr asserere, seu etiaoi pnblicè disputando defendere prœsumpserit , eo ipso txcommunicatus existât. Concil. Trid^ scss. i3. Can. 11.
toutes
sur la Préparation intérieure. aS
foutes les lois humaines. Pour consacrer le corps du Fils de Dieu , il faut être moralement sûr qu'on est en état de grâce. On n'y rentre , quand on en est déchu , que par la confession, ou par la contrition parfaite : celte dernière est si rare , qu'il y a de l'imprudence à s'en flatter (^) , et plus encore quand on néglige un moyen présent et facile pour y suppléer. Certainement il est de l'ordre, dans la matière la plus importante qui fut jamais, de ne se pas exposer au danger de faire un iaux pas. Et qui doute, dit saint Augustin (8)^ qu'on ne le fasse , ce pas funeste, lorsque dans un point qui intéresse le salut , on laisse le certain , pour suivre ce qui ne Test pas ?
De ce principe, qui, quoique proposé rapidement, fera toujours beaucoup d'impression sur ceux qui n'aiment point à risquer leur salut, il serait aisé de conclure qu'un Ministre qui se dispose à conférer tout au Ire sacrement que celui de l'Eucharistie, doit commencer par recourir à la pénitence , quand il en a le temps , et qu'il a lieu de douter s'il n'a point fait de chute mortelle. Les preuves qui appuient ce sentiment sont si solides (9);
C7) Quis ignorât contritionem pcrjectam , acleo veliementcm , acrem , incensara esse oportere , ut doloris aceibitas cum scelerum magnitudine aequari conferrique possit? At qnoniampauci admodùm ad huncgi^dum pervenirent, etc. Catechis. Rom. pari. 2. de Pœnll. n. 46.
(8) Peccaret in rébus ad salutem aniraae pertinentibus , vel eo solo quod certi^ incerta praeponeret. Augusl. de Bap. lib. 1. cap. 3. n. \.
(9) Voyez la Continuation de Tourneli, tom. 7. pag. SS,
5i6 CnAP. IL Difficultés
les objections qu'on fait contre le sont si peu ^
qu'il n'en faut pas davantage pour s'y attacher.
IV. Mais pour ne point trop sortir de noire objet, nous nous contenterons d'ajouter qu'un Diacre , même un Sous-Diacre , qui font leur office à la Messe solennelle , élant en état de poché mortel, en commettent un nouveau, quoique moins énorme que celui du Prêtre en pareil cas. Deux ou trois raisons nous déterminent à ce sentiment.
La première est l'autorité de saint Thomas (jo) , au jugement duquel tout homme qui fait une fonction sacrée en péché mortel, la fait très-certainement d'une manière indigne, et par conséquent mortelle. Or un Sous-Diacre, qui est presque le seul sur lequel il y ait du doute , fait une fonction sacrée, puisqu'elle est réputée telle par l'Eglise , au nom de laquelle on l'exerce , et qu'elle tend d'une manière spéciale à la consécration de l'Eucharistie.
La seconde est tirée de Grégoire IX. Ce savant Pontife décide formellement que les Ministres sacrés deviennent, quant à eux-mêmes, suspens de leur office par le péché mortel , de quelque espèce qu'il soit (ii)*, et c'est pour cela qu'il les menace ailleurs du plus sévère
(lo) Quicumque cum peccato mortali aliquod sacrum ofticiutn pertractat , non est dubinm quiu indigne illud facial j unde palet quùd raorlaliler peccel. iS . Thomas , in 4« dist. 24- 1- ^' ^^^' ^' ^U'^Gst. 5. in corporc.
(il) Etsi ((uemlihet pro mortali peccalo quoad se i^iiÀnni constet esse suspensuru , etc. Gres^or. IX. cap. lo. De cohabilatione Clerlcor. etc. lib. 3- tit. %,
sur In Préparation intérieure. 27
jugeineiit de Dieu , s'ils osent faire les fonciioas de leurs Ordres (12).
Enfin l'unique raison qui sert d'appui à ropinion contraire n'est pas de nature à lever le doute qui alarme les conscieuces timorées. On nous dit qu'un homme n'est obligé d'être en état de grâce que lorsqu'il fait, ou qu'il administre un sacrement. Mais c'est cela même dont il s'agit -, et ce principe est si peu certain , que les meilleurs théologiens regardent comme très-suspects de péché mortel le Prêtre ou le Diacre qui osent en pareil cas donner ce qu'on appelle la bénédiction du saint Sacrement. Si on nous objecte Quarli et Diana , nous leur opposerons Navarre , Tolet , les Pères Alexandre, Paul de Lyon («) , etc. qui les valent bien: Il n'y a donc d'autre parti à prendre pour un Ministre sacré, qui doit faire ses fonctions, que de se confesser , s'il le peut , ou de s'exciter à une vive contrition, si la confession lui devient impossible.
V. Or elle est censée l'être, non-seulement quand on ne peut trouver de Confesseur , mais encore quand on ne peut en avoir sans une très- grande incommodité , telle que serait la distance très-considérable d'une paroisse
(12) Vid. cap. ult. De tempoiibus Ordinal. , etc. lib; i tit. II.
(a) Diana , part. 3. tract. 7. resol. igS. — Quarti , part. 3. tit. 6. duo. i. — Nuvarr. de Pœnit. dist. 6. §. Sacerdos ; et Enchir. cap. 12. n. 3. — Tolet. lib. i. cap. 9T. n. Q. — Alesandr. de Sacram. in. gcn. art. 2. Reg. n. et seq. — Paul, à Lugd. tom. 6. de Sacr. in gen. cap. 3. quaest. 2.
28 Chap. il Difficultés
à l'autre (i3), la difficulté des chemins, iapreté de la saison , les murmures et Temportement d'un peuple désespéré d attendre trop long-temps. Tout cela au reste ne se peut régler que sur les circonstances : ce qui n'est qu'un jeu pour un homme plein de vigueur et de santé, est impraticable à un vieillard accablé d'infirmités.
Il en est de même de ceux qui ne peuvent trouver d'autre Confesseur qu'un Prêtre frappé
(i3) Personne tie doule, et je iie doute sûrement pas, qu'il ne faille subir des incommodite's plus grandes que celle d^un chemin unpt^u long, pour se confesser d'un pèche' mortel avant que de célébrer. Mais , quoi {(u'en ait cru quelqu'un , je ne parle point d'un chemin un peu long : je parle de celui qu'on ne peut faire sans une très-grande incommodUé ; et cette incommodité , je la règle sur les circonstances de la saison , de Tjige , etc. , en ajoutant que es qui ne coûte rien à un homme plein de vigueur et de santé, est impraticable à un Ticillard accablé d^inr- Jimiitcs. Azor , qui est estime', s'en explique en ces termes : (Part. I. lib- 18 cap. 3i.q. 3.) Quœres an causa con- Jéssionis faciendœ , quis conjerre se debeat ad locunt remotiorem ? R. in hune modum ; ^ut locus iste propè distat , aut longe. Si primuni , débet en se conjerre , nisi aliquid légitimé impediat , utpote notabilis cœli intem^ pertes , oui repenlina aliqua Sacrum Joriendi nécessitas. Si secunduin , prœcepto non cogifur ad eum locum ire. J'ai parié plus exactement que ce théoloffien j et je dis >ans peine, avec Henri de saint Ignace : ( De Euchar. cap. Ss. n. byS. ) Tune igitur demiim ConJ'essarii copia déesse censetur , qunndo Confessarius sine grandi difficultate et incommoditale adiri nequit. Quod quarido contingat , gcnarali régula dejhiiri non potest ; ideoque pruaenti judicio relinquilur deLenninandum , habita ralione per^ sonarum , etc. Quod enim uni ralâè difficile est, v. g. podagnco , non est ita difficile alteri. IVec distantia unius Icucce excusât bonuni pcditem ; • . • imo nec distantia dtiarum vel trium , dutu tempus permitlit, ut sapienter ohseri'nt Gruuadus. Ainsi j'avais vendu ^)lus que là subslaucâ de ce tbe'ologicu.
sur In Préparation intérieure. at)
cVexcommiiiîicalion -, et actuellement dénoncé comme tel, ou dont les pouvoirs seraient expirés , ou qui ne serait pas approuvé pour le cas dans lequel son pénitent aurait eu le malheur de tomber ; ou bien qui ne trouveraient qu'un Ministre justement suspect sur Tarticle du secret de la confession, ou qui ne pourraient se confesser que par interprète (i4) î ou qu'un Directeur outré ne voudrait pas absoudre , pour une détraction , par exemple , qui leur serait échappée , et dont sur-le-champ ils se seraient humiliés devant Dieu : car, pour ceux qui sont dans l'habitude du désordre , nous n'en parlons point ici. Qui est indigne de 1 absolution, ne peut être digne des saints Mystères.
Quelques casuistes ont aussi dispensé do la confession ceux qui n'ont pas actuellement le sage et judicieux Ministre auquel ils ont donné toute leur confiance \ ceux encore qui ne trouvent pour se réconcilier qu'un homme avec qui ils sont en procès, ou qui ne leur veut pas de bien ; et enfin des réguliers qui craignent, en s'ouvrant à un séculier, d'ailaiblir la réputation de la communauté dont ils sont membres.
Mais ces raisons frivoles ne détermineront jamais un homme qui pense. Manque-t-on de Confesseur , lorsqu'on en trouve un qui , quoique moins éclairé qu'un autre , peut donner
(i4) Au moins est-ce le sentiment de Sylviu* , in Sup" ylem. 3. pari. D. Tkoni. quaest. ii. art. 3.
3^ ChAp. il Difficultés
rabsoluiion , et y joindre de salutaires avis ? Est-il si pénible à un Prêtre, qui doit laisser son présent devant l'aulel , pour aller adoucir le cœur ulcéré de son ennemi, de faire une démarche qui peut rappeler la paix et la concorde ? Enfin , un Pteîigieux perd-il plus quand il découvre ses faiblesses à un séculier , que tant de séculiers qui tous les jours se confessent à des Religieux ? Il y a des hommes partout 5 et qui serait assez malheureux pour triompher en secret de la faute de son frère , serait souvent à la veille de donner au public la scène la plus humiliante.
Il faut donc retrancher ces trois causes comme non- valables. La première sou/lrirait plus de difficulté , si un Prêtre très-scrupuleux ne pouvait s'adresser qu'à un autre qui le fût encore davantage. Mais à moins qu'on n'outre la supposition , je l'obligerais encore d'en courir les lisques , sauf à rentrer dans le ras d'une absolution injustement refusée , duquel j'ai parlé il n'y a qu'un moment.
VI. Pour monter à l'autel sans s'être confessé , il ne suffit pas d'être dans l'impuissance de le faire ; il faut encore avoir de très-fortes raisons pour célébrer ; c'est ainsi que l'enseigne le Concile de Trente (i5); et il est de principe, qu'il faut une cause grave, pour se dispenser d une loi importante.
VIL Mais quelle raison assez considérable
(î5) Si, necessitate urgente, Sacerdos absqne praeviâ coTjfessione celebravcrit , elc. Hesi. iJ. de. Euchatist' cap. ;.
sur la Préparation intérieure. 3i
peut forcer un Prêtre d'ollrir le Sacrifice , quand il a la conscience justement peinëe ?
On en rapporte plusieurs que nous allons parcourir.
La première est le danger de mort. Ainsi un Curé , qu'un Seigneur brutal veut massacrer, s'il ne dit la Messe, peut la dire , pourvu que l'emportement avec lequel on le traite n'ait pas pour objet le mépris de la religion. Il en est de même , quand , faute d hostie consacrée, un malade qui tend à sa fin mourra sans Viatique, si vous ne consacriez pas. C'est le sentiment le plus commun. Benoît XIV l'a suivi (a) ; et quoique j'y aie de la répugnance , je ne trouve rien pour le présent qui soit capable de TafTaiblir, vu surtout qu'un Prêtre ne peut alors refuser son ministère , sans se diffamer, s'il en dit la raison: ou sans passer pour un homme qui n'a ni charité , ni vraie religion , s'il ne la dit pas.
La seconde est la nécessité d'éviter le scandale ou l'infamie. Le défaut d'une Messe qu'on doit au peuple , et sur laquelle tout le public compte, ne peut guère manquer de produire 1 un ou l'autre, et assez souvent tous les deux. Or une loi plus ancienne et plus étroite que celle de la confession, veut que l'on évite avec soin ces sortes d'inconvéniens , qui blessent directement la charité : aussi ny a-t-il presque qu'une voix sur cet article. Il faut seulement prendre garde , dit Sua-
(û) De Sacrif. Missae , lib. 3. cap. ii. n. 6\
32 Chap. II. Difficultés
lez (i6), de regarder comme scandale ce qrii n'est qu'une sorte d^étonnement, car on ne scandalise pas toujours ceux queFon surprend par la nouveauté du fait. On peut passer pour moins dévot , sans être absolument difîkraé. Je douie que cette remarque puisse servir dans les jours où Ton doit la IMesse stricto jure ; tel qui sera charmé de ne la pas entendre , le sera encore plus de crier contre celui qui ne la dit pas.
La troisième est l'obligation d'accomplir actuellement une loi prépondérante. Ce principe est tout simple : qui ne peut tout, doit aller au plus fort : mais il est étonnant combien on est partagé sur les conséquences. En voici trois que je tirerais plus volontiers. 1**. Qu'un homme obligé d'office à célébrer , comme Test un Prêtre qui doit achever le Sacritice qu'un autre n'a pu finir ^ et plus souvent vin Curé, quand son peuple doit entendre la Messe, ou qu'il doit lui-même bénir un mariage, ou enterrer un mort, peut le faire omissd confessioiie. Le Concile de Trente (17) mène naturellement à cette décision -, et un ancien Synode de Nîmes (18), cité par le
(i6;i Suarez , in 3. part. S. Thomae , disp. 66. sect. 4» ^. Quarta et tant.
(17) Concii. 'l'iiilent. iiùi suprù.
(18) Si non possit Saienlos alium ^arerdottm liabere, Ciii confifeatur, non cclebitt, uisi nfcessilas iinniineat , (\ux sine gravi scandalo netiueat praleriri; ut si dics fV-s'ivus adveneiil, , e\ popidiis jam copvcnerit addivina^ Tel corpns aliciijiis Parochiani dtiiuicti prsesens sit in Kcclesifi ; vel nuhentcs ad Kcclesiaui conveneiinl niatiinjoninm contracliiri : j)ro])ter <|ua; , utscandaluin c\itetur, ipsum opoitcal cclcbraie. la ipsis verù casibiia, si Acraui
sur la Préparation intérieure, 33
p. Alexandre , la donne en termes formels. 2°. Que la même chose est permise à un Prêtre , qui n'a absolument pour subsister , ou pour en faire subsister un autre , que Thonoraire de sa Messe-, 3". Enfin j'inclinerais à le croire de celui dont la Messe est nécessaire pour communier une personne , qui sans cela manquera la grâce du Jubilé , grâce d'une conséquence infinie, et qui ne revient pas souvent. Voilà les trois cas où je croirais que la loi de la confession cède à celle du besoin propre ou étranger. Le premier, qui est moins rare, est aussi celui qui souffre moins de difficulté ; les deux derniers sont presque métaphysiques.
On m'a objecté, « i". que je n'appuyais ma » décision sur aucune autorité : 2*'. qu'un Prêtre >) dans le premier cas n'aurait pour motif de )> célébrer , que celui de la subsistance qu il » voudrait tirer de sa messe. 3*^. qu'on ne voit )) point de loi prépondérante dans le gain du )) Jubilé. Où est, me dit-on, la nécessité de le » gagner, et que ce soit moi qui le fasse gagner » à cette personne? «
Je rapporte ces observations , comme toutes les autres, pour faire sentir au lecteur combien je suis éloigné de vouloir lui faire prendre un mauvais parti. La précaution avec laquelle je parle dans les matières qui soufîVent de la
contritionem habeat Sacerdos de illo peccalo mortali , ia qao est conslitntus , et proponat , quàm citô poterit , conuteri alio Sacerdotij crediraus , Magisiroruni nostrorum sententiis inhaerendo, quod valeal celebrare. Scd sieani, etc. ut inj'ra. Sjnodus JSemausensis , an. I2ë4- apud Labbe , iom. Ji.'pan. 1 col. ms.
34 Chap. n. Difficultés
difficulté , et nommément en celle-ci, où je me borne à i/2c/i>zer vers un sentiment, l'avertissaienl déjà qu'il y a des occasions , où l'on ne doit suivre la timide idée d'un auteur , qu'après y avoir bien réfléchi 5 et où il la propose moins l pour la faire adopter , que pour la rejeter luimême , s'il la voit bien combattue. Au reste , c'est toujours quelque chose que d'ouvrir la voie à ces sortes de réflexions : combien de gens ne penseraient pas à les faire ?
Mais pour dirç quelque chose de plus précis , je réponds i''. que si je n'ai pas cité mes autorités , ce n'est pas que je n'en eusse devant les yeux ; mais c'est qu'il est impossible d'en citer à chaque page dans un ouvrage qui n'est qu'un tissu de décisions. En voici donc, puisqu'il en faut : In Sacerdote inope tîim deiniim agnosce^ rem (cum Bonacinâ facultalem celebrandi sine confessione cum contriiione) cîiin ageretur de extremd , vel certè multîim gravi necessitute, Videndus Diana, part, g . tract, u. résolut. 1 /f. Ainsi parle Quarti, in part. o. Rubric. tit. 8, sect. o*. dub. /f. causa S. in fine :, et il ne cite personne pour le sentiment contraire. Je n'ai pas été aussi loin que lui : je n'ai parlé que d'un homme réduit à mourir de faim , s'il ne célèbre \ et c'est ce que j'appelle un cas métaphysique , clapparemmentsi métaphysique, qu'il n'estpoint encore arrivé,, et qu'il n'arrivera peut-être jamais.
A l'égard du second cas , écoutons le même théologien , que Benoît XIV citait volontiers. Jdcni erit, dit-il un peu plus haut, quoties Parochus , vel ad communicandos subditos
sur la Préparation intérieure. 35
tempore Jubilœi , vel simili titulo sui muneris , celebrare débet eo die quo non habet copiain Confessarii, Sic tenent Suarez , Henriquez y Fagundez , Bonacina , Azor, (tom. i. lib. lo. cap. 3i. q. 3.) Reginaldus cum aliis. Voilà donc un sentiment co>nmun.
Pour ce qui est des deux difficultés que l'anonyme m'objecte, je n'y vois rien de solide- Un Chanoine fort pauvre va à Matines un. jour qu'il s'en absenterait parce qu'il est trèsincommodé. Un Prêtre à peu près dans le même état va dire la Messe au Mcnt-Valérien , parce qu'il l'a promise à des personnes de considération , qui sans cela ne pourront l'entendre. Traiterai-je l'un et l'autre de simoniaques ? Je m'en garderai bien. Tous deux font une fonction sainte j tous deux , en la faisant , ont pour première vue de plaire à Dieu , quoique par une seconde intention ils se proposent d'obtenir l'honoraire que l'Eglise leur a décerné , et que le besoin leur rend nécessaire.
Quant à ce qui regarde le Jubilé, je sais qu'il n'est pas absolument nécessaire de le gagner. Mais je sais aussi qu'il n'est pas absolument nécessaire à un moribond de communier en -Viatique^ et cependant on ne me reprend pas d'avoir dit que pour lui procurer celte grâce , un Prêtre peut célébrer sine prœ\^id confessione , quando deest copia Confessarii (19). Je sais que la grâce du Jubilé est d'une très-grande conséquence pour une infinité de personnes ;
(19) Benoît XIV le dit deux fois dans 50û Traite àe Misst^ Haciijiçio ^\i^^ 3. cap. 11, n- 5%
36" Cnkv. II. Difficultés
et que, qui la manque aujourd'hui, peut la manquer pour toujours. Je sais enfin qu'un Prêtre qui refuserait alors son ministère , se ferait chez toutes les personnes sages une trèsfàcheuse réputation. Mais le Fidèle dont il s'agit, ne peut-il pas le gagner ailleurs? Non ^ je le suppose ainsi j et il y a cent occasions où j'ai lieu de le supposer , surtout dans les campagnes isolées, et par rapport aux vieillards, aux infirm.es , aux domestiques , etcf
Du reste, en tout ceci, il ne faut jamais perdre de vue ces avis du Synode de Nîmes {^o) , qu'un Prêtre, qui sent bien que son cœur n'est point dépris du péché, comîre il arrive surtout à ceux qui sont dans 1 habitude, ou dans l'occasion prochaine , ne peut offrir le Sacrifice, malgré le scandale et la nécessité. Ce serait manger et boire son jugement de propos délibéré , et c'est un crime que nulle occurrence ne peut justifier.
\J1I. On propose ici trois questions, qui répandront un grand jour sur toute cette matière.
La première , qui regarde autant les simples Fidèles que les Ministres sacrés, consiste à savoir , si , lorsque dans la confession qu'on vient de faire on a involontairement oublié une faute considérable , on peut s'approcher de
(ao) Secl si eatn conlnlionem non habcret , nec propositum confifemli , celebrare in his casibxis non prœsumat , quantamciimque nrcessitafem vel scanilaliim vidfat imminere. Jbi/l. La Rubiiqiie dit la vume chose en ces termes: Si quis in casu nccessifatis non habens coniatn Conf'essoris , in pcrc«to n>orf ali absque contritione celcLict, graviter pt-ccut. Pan. J. til. 8. n. J.
^ Sur la Préparation intérieure. 3"]
raulel . sans retourner hic et nunc à son Confesseur, et dans le dessein de suppléer au premier jour, à ce qu'on a omis malgré soi. Ce point , qui revient tous les jours dans la pratique , est assez important pour être traité avec quelque étendue; et il demande surtout à Tètre avec toute la bonne foi possible.
Nous dirons donc d'abord , que le sentiment le plus commun veut qu'en pareil cas on ne puisse célébrer ou communier sans retourner à confesse. Diana (a) , le père des probabilités, traite d'improbable l'opinion contraire: et l'Inquisition tl'Espagne, dont le jugement ne peut être que d'un grand poids , l'a fait elTacer des ouvrages de Corneïo.
A ces autorités extrinsèques se joignent des mntifs tirés de la nature des choses.
Et i**. dit-on, les Fidèles sont obligés, et obligés par une loi divine à se confesser, avant la communion, de tous les péchés mortels qui se présentent à leur mémoire. Or est-il qu'on manque à ce précepte, quand on omet la confession d'un péché qu on se rappelle , et dont on ne s'est point encore accusé.
2°. En fait de lois il n'est point de meilleur interprète que l'usage et le consentement des Fidèles : or l'un et l'autre établit la nécessité d une seconde confession dans le cas dont il s'agit. Il y a plus , c est que le docteur est ici parfaitement d'accord avec le simple peuple ; et le cardinal de Lugo (21)5 qui avait" beaucoup
(a) Diana , part. 9. tract. 3. resol. 4-
(21) De Lugo, de Eucharist. di«p. t.\. seet. 6. n. 12C.
38 Chap. il Difficultés
lu, n'a pas trouvé un lliéologien qui enseignât lé contraire. Il y en a cependant, comme nous le dirons plus bas.
3°. La loi qui oblige de confesser tous les péchés mortels ou suspects de l'être , oblige à confesser ceux qu'on a oubliés de bonne foi , quoiqu'ils aient été remis indirectement par la vertu des clefs. Donc la même loi oblige à déposer avant la communion ceux qui viennent d'être remis sans avoir été confessés.
On ajoute que le sentiment opposé conduit au précipice. Car enfin , dit-on, si un Fidèle, parce qu'il est réconcilié avec Dieu , n'est pas tenu à se confesser *ur-le-champ d'un péché oublié, il n'y sera pas tenu dans la suite, puisqu'il ne peut y être obligé que pour rentrer en grâce avec Dieu : ainsi raisonne Henri de S. Ignace (22) ; et il n'est pas le seul.
Quoique , par la miséricorde de Dieu , je n'aie pas un attrait invincible pour la morale relâchée , j'avoue cependant que je penche beaucoup vers l'opinion contraire ; opinion que d'habiles théologiens ont soutenue comme certaine , ou comme très - plausible ; que le célèbre M. Gibert, avec qui j'en ai conféré il y a plus de trente ans , regardait comme indubitable , et que je sais être suivie dans la pratique par un grand nombre de personnes qui très -certainement ne manquent ni de vertu ni de capacité. Or voici les raisons qui me déterminent.
{"i-i) £lh;ca aiuoris , do £uchar. cap. 53. n. 696.
sur la Préparation intérieure. 89
1°. On n'oblige un liomme à se confesser ' avant la communion , qu'afin qu'il soit moralement sûr qu'il est réconcilié avec Dieu , et cela selon les lois que Jésus-Christ a établies. Or tout cela se trouve dans le cas que nous discutons. On s'est confessé avec toute la bonne foi possible, on est aussi *sûr qu'on le puisse être de sa réconciliation. Que faut-il de plus? Vous êtes, me dit-on, obligé de vous confesser de la faute que vous avez oubliée. J'en conviens : mais ce n'est pas de quoi il s'agit ; il est question de savoir si je suis obligé de m'en confesser à l'instant. \ ous me dites que oui : mais je voudrais quelque chose de plus ^ il me faudrait des preuves : car le quawprimimi du Concile de Trente 9 dont je parlerai plus bas , ne regarde que ceux qui , faute de Prêtres , n'ont pu se réconcilier^ et je ne suis point dans ce cas.
2". La multitude des théologiens qui ont pris un parti dilîérent du nôtre , ne peut faire impression , s'ils ne sont véritablement d'accord. Or rien moins que cela. Les uns, comme Navarre, Sylvius, Henri de S. Ignace (^3) , se contentent d'exiger qu'un pénitent , qui se trouve dans ce cas, retourne à son Confesseur, s'il le peut commodément , et c'est ce qu'on ne manquera pas de faire. Qui peut sans délai se décharger d'un fardeau , n'attendra pas au lendemain. Ainsi, parler de la sorte, c'est au fond penser comme nous, ou du moins en
(aS) NavaiT. Enchir. cap. 2. n. 10. — Sylvius in 3 part, quaeet. 80. art. 4* t^uîci", 2\-^J^pàr^k S. ïgual. ubi suprà»
/[o ChAp. n. Difficultés.
approcher beaucoup. Les autres (^4) prétendent qu'il faut un nouvel acte de contrition de la part du sujet, et une nouvelle absolution de la part du Confesseur; et Quarli , qui demande ce nouvel acte de douleur, quand on retourne à confesse, ne le demaade pas quand cni ne peut y retourner. Ceux-ci croient , avec Pontas (26) , que cette nouvelle absolution n'est pas nécessaire, parce que la première suffit. Ceux-là pensent, avec Tauleur des Conférences d'Angers (26) , que si on est déjà à la sainte table, on peut passer outre pour éviter Tinfamie; et je doute fort qu'ils fussent aussi indulgens pour quelqu'un qui aurait celé volontairement un péclié mortel. Concluons donc qu'il n'y a rien de fixe chez ceux qui nous combattent.
3". Il est de règle qu'on ne doit imposer un fardeau très-pesant, que quand on a de très-fortes raisons de le faire. Or il est constant , en premier lieu , que l'obligation de retourner à confesse toutes les fois qu'on se rappelle un péché mortel , ou qui pourrait l'être, est un fardeau très-pesant, et surtout pour ceux qui , ayant fait depuis peu une confession générale , trouvent ou croient trouver presque à tous les pas quelque chose de nouveau qui leur a échappé. J'en ai vu qui ,
(24) Vide Qiiafli , p. 3. tit. 8. sect. 3. dub. 1. et 5.
(îS) Ponfas , V. Confession ^ cas 4^-
(06^ (Jonferences d'Angers sur TEucharislie , t. 3. cdit. de 17^8. })ag. aoo.^^v
sur la P répartition intérieure, f\i
dans l'espace d'une heure, revenaient cinq fois à la charge , et faligunieiit leur Directeur presque autant qu ils se fatiguaient eux-mêmes. Que serait-ce donc , si ce Directeur était éloigné , ou qu'on ne piit l'avoir que difficilement ? Je vois assez ce qu'on peut répondre à tout cela ; mais je vois encore mieux qu'on ne répondra guère qu'en niodifiant la thèse ^ et c'est à peu près ce que je demande. J'ajoute donc , en second lieu , que les raisons qui servent à établir la nécessité du fardeau dont je me plains, diminuent à vue d'œii , quand on les regarde de près.
La première tombe d'elle-même : car s'il est vrai qu'un Fidèle, chargé d'un péclié mortel, doit, en vertu de la loi divine, s'en confesser avant que de se présenter à la sainte table , il n'est nullement vrai , ou du moins ne prouve-t-on point du tout que , quand il est rentré en grâce avec son maître par la force du Sacrement , il soit obligé au moment même de retourner à son Confesseur, pour une faute dont l'oubli ne peut tomber que sur le compte de sa mémoire. Autiement , pour raisonner d'une manière sûre et conséquente, il faudrait dire qu il a besoin d'une nouvelle absolution : ce que Ponîas et bien d'autres ne croient pas absolument nécessaire.
La seconde n'est guère plus concluante.
En général , le peuple croit comme il est instruit ^ et c'est pour cela qu'il se croirait perdu, si on ne lui donnait une seconde absolution, dont il peut néanmoins se passer*
4^ Chap. il Difficultés
de l'aveu de plusieurs de ceux que nous Com- A battons. Il faut donc voir sur quoi sonf fondées ■ les leçons qu'on fait sur ce point. Or je suis trompé , si elles sont appuyées sur des principes«bien solides. Au reste, de Lugo a été dans Terreur , quand il a cru que tout le monde . pensait comme lui (p.'j) : et d'ailleurs ce n'est pas d'aujourd'hui qu'un examen sérieux a produit d'utiles découvertes.
Il en est de la troisième raison comme des deux précédentes. Il faut confesser les pécliés omis de bonne foi , parce qu'ils n'ont été remis que sous la condition et par le vœu du Sacrement : mais faut-il les confesser in instanti? voilà encore une fois ce dont il s'agit; et on ne cite aucune loi qui en fasse une obligation précise. Il est vrai que le saint Concile de Trente veut que ceux à qui leur conscience reproche un péché mortel , s'en accusent ; mais il est vrai aussi que la conscience ne reproche pas une faute qu'on sait avoir été remise comme les autres par la Pénitence.
La dernière objection est encore plus faible que les précédentes ; et si , dans la morale , il n'y a d'autre précipice à craindre que celui dont on nous menace , on peut vivre en assurance. Un homme absous et réconcilié avec Dieu doit , malgré cette réconciliation , se
(27) Praepositus , Ferrantiniis , Jérôme Garcias, Arriaga, sans compter Gibcrt , et il'autrcs très-vertueux et trcssevères que j'ai connus, approuvent le scûlioicnt que j'ai tiiichu de soutcuii'.
sur la Préparation intérieiwc, 4^
confesser de la faute qu'il a oubliée , parce qu'il n'y p(?ut manquer, sans manquer à la condition sous laquelle il a éié absous : voilà tout. Or on ne peut prouver qu'un homme qui s'est confessé à six heures du malin , n'a été réconcilié avec Dieu qu'à condition que s il lui revenait quelque chose une demiheure , une heure , et encore deux heures après , il serait obligé de retourner toutes les fois au tribunal de la Pénitence. Dans ce cas, il ne serait pas seulement obligé à se confesser, quand il le pourrait commodément, aiisi que le soutient Henri de Saint-Ignace , mais encore quand il ne le pourrais qu'avec les incommodités qui sont attachées aux conlessions absolument nécessaires : incommodités trèsgrandes pour un Prêtre âgé , scrupuleux , et qui, comme il arrive souvent à la campagne, est éloigné d'une demi-lieue , ou plus, de son Confesseur.
J'ajoute ici, pour plus grand éclaircissement, les difficultés que m'a proposées un sage Religieux de l'ordre de saintBenoit.il m'objecte, « i"*. qu'il )> en est de celui qui oublie un péché mortel , » comme de celui qui conçoit , avant que de » se confesser , une douleur parfaite de ce » même péché. Tous deux obtiennent la grâce » du pardon j mais ce pardon ne leur est ac- » cordé que sous la condition de porter à con- » fesse les péchés qui n'y ont pas été portés. » Or celui qui a la contrition parfaite est tenu, « selon le Concile de Trente, (sess. i3. cliap. » 7') ^^ remplir ce devoir avaut que de com-
44 Chap. II. Difficultés
munier. Que personne, y dit-on, sentant sa conscience chargée de quelque péché mortel, ne s approche de VEuchaiistie, quelque contrition quil croie a^oir , sans avoir fait précéder la confession sacramentelle. Or ces paroles , quelque contrition quil croie avoir, lenferDient dans leur généralité toute espèce de contrition , celle qui est parfaite, de même que celle qui est imparfaite. On peut croire avoir la première , et l'avoir effectivement. On peut dire , avec saint Paul (*) , et le dire avec vérité, que rien au monde ne sera jamais capable de nous séparer de l'amour de Jésus-Christ , et qu'on en est assuré : Cei^us sum. Cependant il faudra se confesser avant que de communier. Il le faut donc aussi , lorsqu'on a oublié quelque péché mortel, certain ou douteux. )i On répondra sans doute , avec l'auteur du Traité des saints Mystères, que le Concile parle là de ceux qui ont la conscience chargée de quelque péché mortel j et que celui qui a oublié de bonne foi de se confesser , ne l'a nullement chargée, puisque ce péché lui a été remis. Mais ie demande su n a pas ete aussi remis a celui qui a une douleur parfaite. Oui , sans doute , me répondrn-t-on , supposé qu'il ait réellement cette douleur ; mais comme cela est fort incertain , le Concile veut qu'on aille au plus sûr. Mais je demanderai encore si celui
(*) Rom. viii. 38,
sur la Préparation intérieure, 4 5
)> qtii a oublié son péché , n'a pas aussi ses
» incertitudes louchant les dispositions avec
>> lesquelles il a fait sa dernière confession.
» Rien n'empcche d'admettre comme une
» chose possible dans un pénitent la certi-
» tude morale d'une véritable contrition par-
» faite \ et cependant , avec cette certitude
» morale , il faudra se confesser.
)) J'ajoute quil n'en est pas de la remise
» conditionnelle comme de l'absolue. Celle-ci
» ne laisse aucune charge ; l'autre en laisse
» une. Et dans la matière dont il s'agit , cette
» charge est le péché , non en tant qu il met
» une séparation entre Dieu et la créature ,
» mais en tant qu'il doit être soumis aux clefs.
)) Et cela se doit, selon la doctrine du-saint
» Concile , avant la communion , quoique l'on
)) ait obtenu la rémission de son péché en
)) vertu de la contrition parfaite. Cela se doit
)) donc aussi, quand on a oublié son péché,
)) quoique ce péché ait été remis par ce Sa-
» crement.
» 2". Il y a un précepte divin de confesser
)) les péchés mortels oubliés , aussi-bien que
» ceux qui n'ont jamais été oubliés. L'inté-
» grité de la confession a été commandée
» comme la confession même. Or dès qu'il v
)) a un commandement égal , ou plutôt uni-
» que , sur l'une et l'antre , il faut que dans
M tous les temps auxquels on est obligé à la
)) confession, on soit aussi obligé à l'intégrité
» de cette confession ^ et qu on y soit obligé ,
» soit quand on confesse, soit quand on a con-
46 Chap. n. Difficultés
» fessé el oublié ^ c'est-à-dire , qu'il faut ré- )) parer ce qui a manqué à l'intégrité de la » confession , du moins dans le temps auquel )) on est obligé à la confession. Or Ton est )) obligé à la confession pour les autres péchés » mortels , lorsqu'on doit communier : il faut » donc également se confesser dans le même V temps , lorsqu il s'agit de suppléer à ce qui ■» manque à l'intégrité de la confession.
)) L'auteur me répondra sans doute que , w les péchés oubliés étant remis , l'obligation » de les confesser ne peut être la même que )) lorsqu'ils n'ont pas été remis. Cela serait » bon à dire , si la remise n'était pas condi- )) tionnelle ^ mais elle l'est. Il faut donc que » la condition soit remplie , et qu'elle le soit » dans, le temps que le précepte de la con- » fession oblige. Autrement le précepte de » confesser les péchés oubliés ne serait plus » qu'un précepte de nom ; car un précepte » réel doit avoir un temps déterminé pour » son accomplissement. Or , dès qu'on n'est )) pas obligé de confesser ses péchés oubliés , )) avant de communier , il n'y a dès-lors plus » de temps déterminé pour l'accomplissement » de ce précepte. On nous dit, à la vérité, w qu'il faut confesser ses péchés oubliés, dans » huit ou quinze jours. Mais pourquoi ne pour- » ra-t-on pas didérer un mois? Dès qu'il n'y » a point de temps fixé pour le payement » d'une dette , ne suis-je pas maître de la ren- » voyer à un an , à jamais , si je veux? Il est M vrai que si je tombe dans quelque nouveau
5U7' la Préparation intérieure* /\j
1» pëché mortel , je serai alors obligé de faire » entrer dans ma confession le péché oublié. )) Hors de là je puis bien me dispenser de le )) confesser de la vie. Mais n'y serai-je pas
:» du moins obligé à la mort? Quand je lac- » corderai, l'auteur n'y gagnera pas beaucoup, )) puisqu'il ne voudrait pas renvoyer si loin » l'exécution du précepte. Et on pourrait ti- » rer de là une nouvelle raison en faveur du » sentiment contraire au sien , puisque les » préparations jugées nécessaires pour paraître )) devant le tribunal de Jésus-Christ , le sont )) aussi pour se nourrir dignement de sa chair » et de son sang.
)) 3"*. De l'aveu de M. C. , le sentiment op- » posé au sien est le plus commun dans la )) pratique , comme dans la spéculation. De )> son aveu aussi , il faut , surtout quand il s'a- )) git de Sacremens , s eu tenir au plus sûr, » dès qu'il est le plus autorisé. Il y a donc )) lieu d'être surpris de le voir préférer le » moins sûr et le moins probable à ce qui est » plus probable et plus sûr.
» Il est aussi surprenant qu'il ait cité pour » lui le Père Henri de saint Ignace. Il n'y a » qu'à le lire en entier , pour voir qu'il pense )) tout le contraire. »
Voilà en substance , et très - souvent en propres termes , ce qu'on oppose à mon sentiment. C'est à ceux qui trouveront ces objections solides , à y déférer. A Dieu ne plaise que je sois jamais à personne un sujet de chute et de scandale, ûlais enfin , quelque disposé
4^ Cbkv, II. Difficultés I
que je sois à sacrifier mes idées, je ne vois, h. dans toutes ces preuves , rien qui m'oblige àl c changer , rien qui soit capable de toucher uu théologien, quaud il a bien saisi mon système. l
La première porte sa réponse avec elle. Le Concile de Trente veut , dit-on , qu'un homme qui a la contrition parfaite , se confesse auant que de communier j et cependant ses péchés lui sojit déjà remis.
On se trompe. Le saint Concile parle du pénitent , comme il est dans l'ordre commun de la Providence. Or, dans l'ordre commua de la Providence , un pénitent croira peutêtre qu'il a la contrition parfaite^ mais il n'en sera jamais sûr d'une manière qui doive le tranquilliser. Il y aurait pour le moins beaucoup de témérité, dans le train ordinaire, à dire avec saint Paul , Certus sum , si l'on entend ce mot d'une certitude telle que pouvait être celle d'un Apôtre ravi jusqu'au troisième ciel. Ainsi rien de plus sage que la maxime du Concile de Trente : Que personne, quelque contrit qu'il croie être , ne s'approche de l'Eucharistie avant que de se confesser, etc. Et pourquoi ? C'est que , comme nous l'apprend le Catéchisme du même Concile, la contrition parfaite demande des efforts qui la rendent très-rare -, que c'est un don singulier de Dieu ; qu'il y aurait bien de l'imprudence à se flatter d'en être privilégié : que malgré cela beaucoup de personnes, et plus que les autres celles qui en seraient fort éloignées , s'imagineraient l'avoir, selon ce mot d'uu Père : De
hono
sur la Préparation intérieure, ^g
hono opère mens plerumque sibi b lundi tu r ^ et que dès-lors eu négligeant un moyen sûr, on ferait tous les jours un grand nombre de mauvaises comHiunions.
On me demande si celui qui a oublié un péché , 7i'a pas aussi ses incertitudes touchant les dispositions a\^ec lesquelles il a fait sa der^ îiicre confession.
Mais je demande, à mon tour, si ces incertitudes viennent de ce quil a oublié un péclié , ou non? Si Ton prétend qu'elles viennent de là , il faut nous faire voir sur quel principe un péclié véritablement remis donne de l'inquiétude. Il faut de plus nous prouver que le péclieur , qui est dans le cas de l'oubli , doit se donner , pour retourner à confesse , tous les mouvemens qu'il se donnerait s il n'y avait point été, et qu'enfin il a besoin d'un nouvel acte de contrition et d'une nouvelle absolution : conséquences que nient les plus habiles partisans de l'opinion contraire à la nôtre.
Que si les incertitudes dont on parle ne viennent pas de loubli même du péché omis , elles sont étrangères à la question , et Ton n'en peut rien conclure. La seconde confes&ion ne demandera, ni n'aura pas plus de dispositions que la première qu'on suppose avoir été bien faite. Souvent même le trouble , le dégoût , la peine de fatiguer deux fois son Confesseur dans une matinée, ne permettront pas qu'elle en ait autant. De là quel embarras pour les âmes scrupuleuses ? On leur dira, avec le Pt. P . . . de s'abstenir de la Messe ou de la communion
5o Chap. II. Di^culiés
dans ces circonstances. Maison ne pense ni aux murmures , ni au scandale , ni aux soupçons , Tii à la perte spirituelle qu'un scrupule si hors de saison ne manquera pas d'occasioner.
Ce qu'on ajoute , que la rémission d'un pe^ ché oublié est conditionnelle , et qu ainsi il doit être soumis aux clefs avant la communion comme s'il avait été remis par la contntion parfaite, ne signifie rien. Car i''. on suppose que le Concile a décidé qu'un homme, ayant la contrition parfaite , doit se confesser avant la communion^ et il a seulement décidé, que qui que ce soit, croyant avoir la contrition parfaite, ne doit s'approcher de l'Eucharistie , sans s'être préalablement confessé (^). Et dans ses principes , qui excluent des Fidèles la certitude calvinienne de leur propre justification , il ne pouvait décider autrement. Or , avoir et croire avoir, sont deux choses fort diiférenies ^ et sur la seconde des([uelles il est presque aussi aisé qu'il serait dangereux de se faire illusion. D'ailleurs, il y avait , du temps du Concile, des docteurs qui croyaient , comme l'a cru Estius dans la suite, que la contrition , même parfaite, ne justifie pas ordinairement. 2". Tout le monde avoue que la remise d'un péché oublié est conditionnelle, en ce sens qu'il doit être soumis aux clefs. Mais la question est de savoir s'il le doit être hic et nunc. Or, cette question , la
{*) Statuit at(juc déclarât ipsa sancta Synndu» , illis fluos consrienlia peccati mortalis gravât , quantumcumque ETiVM SE coMHiros ExisTiMFïVT , KabitAcopid Confessions , occcssariô pr;t'iuitteiulani esse cont'essiouem sucrameutalem. Concil. Trident, n'^a. iJ. can. ii.
sur la Préparation intérieure. 5r
pnrité d'une contrition parfaite ne la déciderait pas ; puisque le Concile de Trente, qui , comme oti le suppose , s'est déclaré sur le ras de la contrition , ne la pas fait sur le cas oublié , et remis par l'absolution.
Je ne vois dans la seconde difliculté que beaucoup d Imagination. L'intégrité de la confession a été conunandée comme la conjes" sion même : Transeat ^ car cela est faux, et très-faux en bien des cas. Il faut donc que dans tous les temps oii Von est obligé à la conjession , on soit obligé à son intégrité. Passe encore , par la même raison. Donc onjqst obligé , soit quand on cojifesse, soit quand on a confessé et oublié. Je l'accorde. Donc on y est oblis,é\\ïc et nunc a^ant lu communion , comme on lest pour les autres péchés mortels dont on se souvient , et quon na point encore déposés. Je le nie fort et ferme . parce que ces autres péchés mortels n ont pas été remis par la vertu du Sacrement ^ et que le péclié oublié de bonne foi a été remis par cette voie , qui dans Tordre commun est la seule qui soit sûre.
jMais si cela est ainsi , le piécepte de confes" ser les péchés oubliés ne sera plus qu'un précepte de nom j pai^ce qu'il n'aura plus aucun temps déterndîié. Il en sera de lui comme de l'obligation de payer une somme, dont le payement n'aura point de temps Jixé , etc.
A cela je réponds en deux mots , i". que Tobligation de confesser un péché oublié aura du moins lieu à Pàque. Si mon pieux antagoniste veut , pour m'accabie.r dargumens mé-
52 ChAp. n. Dijffîcultés
taphysiqiies, supposer, ou que son pénitent n'aura point de péchés véniels pendant la quinzaine; ou que, quoi qu'eu pensent plusieurs théologiens que j'ai suivis ailleurs (*) , on n'est pas tenu de se confesser dans ce cas, je lui déclare que je ne veuxpoint le suivre dans toutes ces digressions.
Je réponds 2". que le Confesseur peut fixer un temps où son pénitent soit obligé de revenir à lui. Rien de plus simple, et ce me semble, de plus sage que cet avis : S'il vous revient quelque faute qui vous soit échappée , comniU" niez sans inquiétude j vous me la déclarerez dans quinze jours en revenant à confesse.
Je réponds 3". que , quoiqu'un pieux et savant docteur, dont j'ai insinué le sentiment dans Tendroit qu'on attaque, croie qu'on ne doit pas inquiéter un pénitent qui remet un péché oublié dune Pàcpie à 1 autre, j'ai toujours pensé différemment^ 1°. parce qu'il pourrait arriver qu'on l'oubliât encore ; 2". parce qu'il semble que la religion et 1 équité ne permettent pas de diflerer si long-temps. Aussi suis-je bien sûr que dans les Communautés , où ce qu'on appelle des retours^ c'est-à-dire, des péchés qui reviennent après coup, se trouvent plus souvent qu'ailleurs , on ne manque pas de s'en confesser dans l'espace de huit ou quinze jours. Un Prêtre qui se confesse souvent , n'y est pas moins exact, et il en est de même des jeunes Religieux.
Enfin je réponds qu'il n'y a qu'un malhonnête homme, qui pùi vouloir ne payer pas une (*) Vide tom. 6. Moralis nostrœ iu-80. pag. 600.
sur la Préparation intérieure. 53
dplte , parce que le terme n'en serait pas fixé (*) : comme il ny a quun sacrilège, qni n'accomplit pas son vœu dans un cas pareil. Le quamprinilun moralitcr Jieri potesi est si rebattu dans la théologie, que ) aurais honie de m'y arrêter plus long-temps.
La troisième difficulté est, à mon sens, que je soumets très-volontiers à celui du P. . . . , aussi faible que les précédentes. Je conviens que , surtout en fait de Sacremens , il faut prendre le plus sûr, quand il est en même temps le plus probable , et même quand il le serait un peu moins. xALiis j'ai le malbeur de ne trouver dans le sentiment contraire aucun ou presque aucun degré de probabilité. 11 est vrai qu'il a été le plus commun , comme Fa été tantôt celui qui demande une pleine con~ trition pour la Pénitence, et tantôt celui qui se contente de l'attrition servile. Mais il est plus d'un cas, où il faut moins compter les suffrages , que les motifs qui leur servent- d'appui. Quand j'avançai la première fois qu'une censure encourue à Paris où elle est réservée , peut être levée à Orléans, où il n'y a point de réserve , par tout Prêtre simplement approuvé, j'étais seul de mon avis, et je ne trouvai après coup qu'un théologien de peu de poids qui pensât comme moi. Néanmoins ce sentiment a pris-, et un savant Evêque, qui d'abord ea iut choqué comme d'une nouveauté téméraire,
{*) In omnibus obligationibiis , in quibus dies non ponitur, res praesenti die, id est, quaniprimian debetur, leg. 14. j^\ iib. 5o. lit. 17. de regulis juris.
54 ChAp. II. Difficultés
a bien voulu m'en féliciter. Les Conférences d'Angers l'ont admis dans la suite , en disant que je l'avais démontré, etc. Il en sera, ou lulôt il en est déjà de même de celui-ci.
e connais de sages Pasteurs et de vertueux Directeurs de Séminaires qui s'y conforment dans la pratique. Ce qu'il y a de particulier, c'est que pendant qu'un théologien de Bordeaux m'accuse de relâchement sur ce point, un théologien de ces cantons me trouve trop rigoureux ; parce que j insinue qu'on doit surle-champ recourir à son Confesseur , quand on Ta sous la main.
A l'égard de Henri de saint Ignace , je ne Tai pas cité comme tenant l'opinion que je souliens 5 puisque, de mon aveu, il dit et prouve très-mal qu'elle conduit au précipice. J'ai seulement dit, et je dis encore, qu'en n'obligeant, dans le cas présent, un homme de retourner à confesse, que quand il le peut commodément, si commode possit , il rentre dans notre sentiment. Mais peut-être que j ai donné à ces paroles un sens plus étendu qu'elles n'ont chez lui. Je remarque cependant que, lorsqu'au chapitre 52. n. 6^8 , il examine en quel cas une personne qui aurait besoin de se réconcilier, doit être censée n'avoir point de Confesseur, il parle bien dilîeremmcnt. Tune demiini , ditil , Confesscu'ii copia déesse censetui', quando Confessarius sine grandi difficultate et incom^ moditate adiri nequit ; . . . nec distantia unius leucœ excusât bonuni pedilem; imo nec distanlia duanint vel Irium, diini tempus permittil.
sur la Préparation intéiieure, 55
Pourquoi une si grande diversité de langage , si le cas d'un jjéuilcnt qui a oublié un péché est vérilablcnient sensible à celui d'une personne qui ne s'est point du tout confessée? Pourquoi le premier peut- il monter à l'anlel sans retourner h. confesse , si ici non possit commode , tandis que l'autre ne peut célébrer, à moins qu'il ne se soit confessé, quoiqn il ne puisse le faire actuellement que par une marche de deux ou trois lieues (*) ?
IX. Il parait donc que notre sentiment est invulnérable : mais il a besoin de modillcaiion. Il y en a surtout une dont il ne peut absolument se passer : c'est qu'on ne peut communier , lors même qu on n'a rien à se reprocher , ni sur son examen , ni sur l omission de son péché , quand ce péché est tel , que , si on l eût déclaré , le Ministre de la Pénitence aurait fort bien pu ou même du refuser l'absolution. La raison en est qn on peut alors douter si la sentence prononcée sur la terie a été ratifiée dans le ciel. D où il suit que l opinion que nous avons embrassée ne peut servir qu à des Prêtres , et à des séculiers assez intelligens pour juger à coup sur du parti qu aurait pris leur Directeur. Au reste, ce jugement est aisé à porter, quand il ne s agit que de péchés commis et détestés
(*) L'auteur, quej'hnnore profondément, est reveim à la charge par mie longue lettre. Mais un savant docteur de la maison de Sorhoune , auquel je l'ai conimuni({uee , na pas cru que je duNse y repondre. Dailleurs je trouve dans mon travail , et dans une santé ruinée , beaucoup plus qu'il u eu faut pour ju'uccuper en tout seas.
56 ChAp. II. Difficultés
depuis long-temps , et sur lesquels on a cru devoir faire une revue générale.
J'ajoute, quoi qu'en pense un habile docteur , qu'on ne doit pas différer trop longtemps la confession des péchés oubliés. Qu'on la remette à huit ou quinze jours , et quelque peu plus, je n'aurai rien à dire : mais qu'on la remette à cinq ou six mois , il me semble qu'il y a double danger : l'un d'oublier encore une fois ce qui Ta déjà été ^ l'autre de différer trop le payement d'une dette , qu'on ne peut nier avoir été contractée. C'est vraisemblablement pour n'avoir pas fait ces restrictions, que le sentiment de Corneïo a été mal reçu tn Espagne. Si le nôtre , tel qu'il est , paraissait moins exact à ceux que Dieu a chargés du dépôt de la saine doeirine , nous en faisons au moment même un désaveu public. Toute notre ambition est de vivre dans le sein de l'Eglise , et de souscrire juscju'à la mort à toutes ses décisions.
X. La seconde question est de savoir ce que doit faire un Prêtre qui , étant déjà à l'autel , se rappelle une faute , dont il n'aurait pas manqué de se confesser, si elle se fût présentée à lui pendant son examen. La Rubrique dit trois choses sur ce point : la première, qu'un Ministre qui , dans le temps même de la célébration , se ressouvient qu'il est en péché mortel , doit faire un acte de contrition , avec un ferme propos de se confesser au plutôt, et de satisfaire à la justice de Dieu, la jeconde , qu'il doit faire la même chose , s'il
sur la Préparation intérieure. 5-j
se rappelle qu'il est excommunié , ou suspens , ou que le lieu dans lequel il célèbre est interdit; la troisième, que dans les cas susdits il doit quitter l'autel , s'il n'a pas encore consacré , et qu'il n'y ait point de scandale à craindre (^B). Tout cela ne manque pas de difficultés . Pour les résoud re, autant qu'il sera en moi ,
Je dis i". qu'un Prêtre, quoique déjà habillé dans la sacristie , doit se confesser , s'il se souvient d'une faute considérable; (et alors il est de l'ordre de quitter ses ornemens \ le surplis même ne convient pas à l'état d'uu pénitent.) Cette décision est de Gavantus (a) , qui en excepte le cas de scandale. On peut le supposer dans des sacristies tumultueuses, où il y a souvent plus de monde que dans de petites Eglises. Mais il faut se souvenir que faire une action un peu singulière n'est pas donner du scandale.
Je dis 2°. que si le Prêtre ne se rappelle sa faute , ou la censure dont il est lié , qu'après la consécration, il doit s'humilier devant Dieu, lui demander pardon , et continuer ; et alors , dit saint Thomas (29) , il sera absous par le
(a8) Si in ipsA celebratione Missae , Sacerdos recorclelur se esse in peccato mortali , conteratur cuni propositcr confiJendi ( cùin primùm poterit ) et satisfaciendi.
Si recordetur se esse excommunicatum , vei suspensum , aut locum interdictura , simililer conteratur cum proposito petendi absoiiitionem : ante consecralioneni autem in supradictis casibus , si non timetur scandalum, débet Missam incoeptara deserere. Rubiica , part. 3. tit. 8. w. 4 et S^
{a) Gavant, in part. 2. tit. i. litt. a. et in part. 3. tit. 8,
(29) Per invisibilem Pontificem Jesum-Cbristum abao-
58 Chap. il Difficultés
souverain Prêtre Jésus-Christ , quant à l'effet d'achever les saints Mystères commencés *, d'où il résulte , comme renseignent Sylvestre de Prierio (3o) , et plusieurs autres , qu'il ne tombera pas dans l'irrégularité. La raison de tout ceci est que, dans les cas ambigus , il faut préférer le parti qui offre le moins d'inconvéniens : or il y en a plus à laisser le Sacrifice imparfait, qu'à l'achever dans Félat dont nous parlons. Tout ce raisonnement est de saint Thomas, et il serait aisé d'en tirer des conséquences qui vont au delà des termes du saint Docteur.
Je dis, en troisième lieu, qu'un Ministre qui célèbre en public , doit , moralement parlant , continuer , lors même qu'avant la consécration il voit ou il croit voir qu il n'est pas en bon état. La raison en est, qu'un fait aussi surprenant que Test celui de voir un Prêtre quitter l'autel , doit naturellement donner une vive atteinte à sa réputation, et un grand scandale au public : or la crainte d'un de ces maux suffit pour faire poursuivre ce qu'on a conwnencé. Et que répondra un homme interrogé, comme il le sera indubitablement , sur les causes d'une retraite si précipitée ? Qu'il s'est trouvé mal : ou verra bien que c'est un mensonge \ qu'il a été frappé d'un trouble violent et imprévu : on lui en demandera la
Intiooern conserfnetur, quantum ad hune eirectum , (|uô<i periigat divina M3'steiia. ai. Tliom. 2. pari, quœsl. 83. art. 6'. aJ s.
(3o) i)j'lvester, t. l^ucharistia , n. a. à'epùmo quartlur.
sur la Préparation intérieure. Bg
raison. Ainsi ce que dit saint Thomas , qu'en pareille circonstance le plus sur à son gré serait de se retirer, s'il n'y avait pas un grand scandale à craindre , ne peut servir dans la pratique , qu'en faisant bien des suppositions , qui sont moins possibles aujourdliui que jamais. Si cependant le Ministre en question pouvait se réconcilier , soit pendant que le Chœur chante une longue Prose , telle qu'est celle du saint Sacrement , soit pendant le Sermon , qui se fait quelquefois après lEvangile des Messes solennelles , je ne vois pas ce qui pourrait l'en dispenser (3i).
Il n'y aurait plus d embarras si uji homme ne célébrait que devant une ou deux personnes dune discrétion à 1 épreuve, ou qui, le connaissant déjà pour scrupuleux , ne dussent pas être scandalisés de sa conduite. Cependant ou est encore très-partage sur ce point. Les uns , comme de Lugo . Suarez , Svlvius , Navarre (a) , croient , avec l'Ange de 1 Ecole , que c'est au. moins là le cas où il est plus sûr de se retirer. Les autres , comme Tolet , Soto , Layman , pensent , avec saint Bonaventure (32) , que
(3i) Si coQimoJè et sine adstantium nota ante Sécrétas possit habere Confessorem , ut corarauniter acciclit , quanJô ipsa >îissa cantatur • crédit Archidiaconus quod débet quccrere , imô credo illum leneri. Sylvester , ubi supra.
(a) IVavarr. Enchirid. cap. 2. n. lo. — Suarez, in 3. part. disp. 66. sect. 4- §• Quarta ellam. — Sylvius , quœst. 8o. art. 4- quaer. 2». — De Lugo, de Euchar. disp. i4sect. 5. n. lo^. et seq.
(32 S. Eona-venlura, in 4- ^i^^- ^3. dub. i. — 'J'oletlib. 2 cap. I. — Soto , in 4- ^^^^- '3. queest. a. art. 6. — Layman, lib. 5. tract. 4- cap. 4. n. 5.
6o Chàp. II. Difficultés
dans ces circonstances même, le parti de la retraite est toujours sujet à beaucoup d'inconvéniens : j'ai proposé ailleurs les raisons de part et d'autre : il n'y en a point de péremptoires. Pour moi , après avoir examiné la Rubrique , et après en avoir conféré avec d'habiles gens , je la suivrais à la lettre , mais je l'interpréterais à la rigueur. Je restreindrais avec Quarti (33) Vin supradictis casibus à ce qui est contenu dans le cinquième nombre , et ne l'entendrais pas , comme font plusieurs théologiens , que j'avais d'abord cru devoir suivre , à ce qui est dit dans le quatrième. Ainsi je n'interromprais jamais la sainte Messe pour la seule idée , claire ou douteuse, d'une faute mortelle, mais bien si j'étais moralement sûr d'avoir encouru les censures , ou que le lieu dans lequel je célèbre est interdit 5 et cela , en cas qu'il n'y eût ni grand scandale, ni diflamation à craindre (34). Ma décision a du moins
(33) Quarti, part. 3. tit. 8. Explicatione litterali, ad a. 4 et 5.
(34) Celte décision est sans difliculte' , lorscfu'il s'ngit d'une censure locale , comme de l'interdit du Jieu où l'on cf'Jt;bre : il n'y aurait ordinairement ni diiîamation ni scandale à craindre en déclarant cette censure aux assistans. Miiis lorsqu'il s'agit d'une censure grave et personnelle, ifui suppose nécessairement une faute mortelle dans celui qui en est frappé, la distinclion qne fail ici M. Collet paraît être sans fondement ; puiscfu'un Prêtre qui se dirait frayipé de cette censure , donnerait clairement à entendre «Hï'il est coupable de péclié mortel. Il faut donc raisonner de même dans le cas où un Prêtre à l'autel se rappelle d'avoir encouru une censure , et dans le cas où ilse sou>ient du voir commis une faute morlell*. Ediu
sur la Préparation intérieure. 6i
Favamage d'être fondée sur le texte de la loi.
Au reste , bien des gens pensent qu'un homme , dans le cas dont nous parlons , peut différer son acte de contrition , soit jusqu'au moment où il va consacrer , quand il se souviendrait de sa faute dès le Credo, ou plutôt encore ; soit jusqu au moment de la Communion , quand il s'en souviendrait un instant après avoir consacré. Mais nous ne pouvons souscrire à ce sentiment : toutes les parties de la Messe sont si grandes , si saintes, qu'il n'y en a pas une seule qui ne demande toute la pureté dont l'homme est capable. Et pourquoi risquer par le délai , quand il n'y a que du bien à user de diligence ? Toutefois nous n'exigeons pas qu'un Prêlre coupe le morceau qu'il récite, pour témoigner à Dieu son regret et sa douleur : retarder d'une demi-minute pour garder 1 ordre, c'est accomplir la loi.
XI. Il ne nous reste plus qu'à examiner si, lorsqu'on a été contraint de monter à l'autel sans s'être confessé , il faut le faire au plutôt. La réponse ne souffre plus de difficulté aujourd hui. Ce mot du Concile de Trente , Qiuimprimiun confiteatar (35) , que quelques casuistes avaient pris pour un conseil , a été expliqué par Alexandre YII (36) d'un pré-
(35) Cnncil. Trid. sess. i3- de Eucharist. cap. 7. Si, nécessitai e urgente , Sacerdos absque praeviâ confessione celébraverit , quamprimùm confiteatur. La Bubrique dit : débet tamen , cùm piimùm poterit , confiteri.
(36; Mandalum Tridentini faclum Saccidoti sacrincanti ex necessiute cuui peccuto mortali, coofiteûdi quampri-
62 Chap. II. Difficultés
cepte rigonreux. Le Clergé de France s'est uni à ce Pontife , et il a qualifié l'opinion contraire de fausse et de pernicieuse (3 7) \ notes qui ne s'emploient qu'en matière grave. Il faut donc se confesser au plutôt.
Mais ce plutôt est devenu la matière d'un nouveau problème : et il s'est trouvé des gens qui ont cru que pour se confesser au plutôt, il suffisait de se confesser dans le temps où l'orà a coutume de le faire. Par malheur ce commentaire n'a pas été bien reçu. Alexandre VII l'a encore condamné (38) , et nos Evéques après lui. Ainsi, quoique quelques-uns croient encore qu'on peut différer jusqu'à trois jours , on convient moralement qu'il faut , si on le peut sans grande difficulté , se confesser le jour même : et cette obligation deviendrait encore plus forte, si, en différant, on s'exposait à célébrer une seconde fois sans confession. C'est qu'alors , dit de Lugo (39) , le délai j quoique petit, à raison du temps, serait considérable à raison de la circonstance : c'en est toujours une très-fâcheuse , qu'une telle Messe sans confession ^ et on ne peut, au jugement du même théologien , vouloir en courir les risques sans péché mortel.
mùm , est consilium , non pr.Tceptum. Propos. 38. inler damnalas ab u4Le.xandro f'^ll. an. 1666.
(3^) Censura Cleri Gallic. ann. 1700. Prop. 28.
(38) nia parliciila , quamprimUm , iiifelligitur , cùm Sacerdos suo tempore confitehitur. Prop. 3^. datnnula ub Alex. KIl. Cleri Gallic. Piop. 83.
(3y) De Lujjo , de Euchar. ditp. i4- scct. 7. n. 16a»
sur la Préparation intérieure. 63
^ XII. Quoique j'aie quelque peine à m'arrêter si long-temps sur la même matière, je crois cependant devoir ajouter avec Azor , contre Dominique Viva (4o) , qu'un Prêtre qui reçoit la communion de la main d'un autre , ou qui célèbre dans un pays où le Concile de Trente n'est pas reçu , est sujet à la loi de se confesser au plutôt, quand la nécessité et le défaut de Directeur l'ont obligé de communier ou de célébrer sans confession -, et la même chose doit avoir lieu pour un séculier. Le motif qui nous détermine à cette décision , est que la loi a lieu où se trouvent les raisons de la loi. Or, quoique la loi du Concile de Trente ne parle formellement que du. Prêtre qui célèbre , les raisons de cette loi ont lieu dans les séculiers même. On a voulu qu'un Prêtre ne s'exposât pas à célébrer dans un état douteux ; ou que , s'il était forcé de le faire , il réparât cette omission , et se mit pleinement en règle et en sûreté , le plutôt qu il lui serait possible. Tout ceci fait pour le séculier , comme pour le Prêtre qui célèbre. Il suit de là , à plus forte raison , qu'un Prêtre qui , le Vendredi saint, est dans le même état par rapport à la Messe des Présanctifiés , est dans la même obligation , ainsi que l'enseignent Suarez et de Lugo (40- ^^ ^^ serait de même de celui qui aurait célébré sans se
(4o) Azor, part. r. iib. lo. cap. 3i. Nunb quœiitur. — Viva , Damn. Thèses j Prop. 38. Alexand. VII. n. 8 et g.
(40 Suarez, in 3. ])art. disp. &j. sect. "j. §. Primum est. — De Lugo, de Ettcbar. disp. i4- sect. 7. n, i39»
64 Chap. n. Difficultés
confesser, le pouvant et le devant faire; on qui , dans le cours même de la célébration aurait eu le malheur d'ofienser Dieu grièvement , ou qiii aurait achevé le Sacri6ce qu'un autre n'aurait pu finir : car, de ces trois Ministres , il n'en est pas un qui ne fasse une action sacerdotale ; action qui n'est pas même nécessaire pour induire l'obligation dont nous parlons ; et les deux premiers ne peuvent être 1 dispensés de la loi , parce qu'ils sont plus criminels : ainsi raisonne Sylvius (42), et son raisonnement me paraît bien juste.
De la récitation des Matines, etc.
I. La récitation de Matines et Laudes a\^ant la Messe est nécessaire. IL En quel degré ? III. liaisons qui en dispensent. IV. Peut-on dire Matines dès la veille? V. Faut-il donner quelque temps à VOraison avant que de célébrer.? VI. Remarques sur le tumulte des Sacristies. VII. Les Psaumes marqués dans les Missels pour être dits avant la Messe ^ ne sont pas de précepte.
La Rubrique prescrit au Prêtre de ne célébrer qu'après avoir dit au moins Matines et Laudes , et donné quelque temps à l'oraison. Il s'agit de voir si l'un et l'autre sont si néces-
(4'^) Sylvius, iû 3. part, quaest. 80. art. 4- «I"-»*!'- a«.
sur la Préparation intérieure. 65
saîres, qu'on ne puisse y manquer sans oilenser Dieu.
I. Gavantus s'explique sur le premier point, d'une manière qui parait fort raisonnable. « Il » y a , dit ce savant Rubricaire (a) , vingt auteurs » qui soutiennent que c'est un péclié mortel » de dire la Messe sans avoir récité Matines et M Laudes -, et parmi eux il en est deux que » l'Eglise honore d'un culte public , savoir )) saint Anlonin et saint Piavmond de Penna- » fort. D'un autre coté, il s'en trouve vingt » autres de compte fait , qui soutiennent l'o- » pinion contraire. Que ferez -vous, pieux )) lecteur , dans un cas si douteux ? » Le meilleur serait peut-être de prendre le plus sûr vis-à-vis de soi-même , et de rester indécis pour les autres. Mais on veut à toute force que nous prononcions \ tâchons de le faire : et puisqu'il s'agit d'une affaire sur laquelle tant d'habiles gens sont partagés , commençons par examiner les motifs du pour et du contre.
Ceux qui soutiennent le sentiment le plus rigoureux , se fondent i°. sur une lettre d'Innocent IV , où il est défendu aux Prêtres , tant grecs que latins , d'oser dire la Messe , sans avoir récité en entier l'Office de Matines ; le mot non prœsuinant , dont se sert ce Pontife (i) , marque une loi très-étroite ^ 2°. sur les Statuts de plusieurs anciens évêques de
(a) Part. 2. tit. i. litt. b.
(i) Sacerdofes Missara celebrare , priiisqxiàm Officium Matutinale compleveiint, non praesumant. Innocent. If^. Lpist. 20. ix. II. Labb. tom, ii. part- i- col, 6i4>
66 Chap. II. Difficultés
France , dont les uns , comme Bertrand de ]N îmes , ont défendu sous peine de suspense (i) ^ les autres , comme Sifrid de Cologne (3) , ont défendu , sous peine d'excommunication , de dire la Messe sans avoir récité Matines ; 3". sur l'autorité de saint Antonin, qui se fonde luimême sur la coutume générale de toute l'Eglise (4).
II. Ceux qui ne connaissent ici qu'un péché véniel , s'appuient sur les raisons suivantes : 1°. que l'opinion contraire n'est fondée sur aucun texte du droit , qui fasse une loi générale. Les Statuts particuliers , qui menacent de censure ceux qui y contreviendront , ne peuvent obliger que dans les Diocèses pour lesquels ils sont portés. Il paraît même qu'ils n'y sont plus en vigueur quant à Ja quantité
(q) Prohibemus sub pœnâ suspensionis, ne quis Sacerdos Missam cantare praesumat , nisi priùs plcnè e'xplevcrit Oflicium Matiifiauin. Sjfnod. I\femaus. anni 1264. tom. 11. part. j. col. jan.
(3) Statuimus sub pœnâ excorarauntcationis , ne aliquis Sacerdos IVIi.ssam celebrare audeat , nisi priùs dixerit INIatutinas et Priinam de die. SynoJ. Coloniens. anni 1280. Labb. tant. 77. part. i. col. iij3.
M. (follet avait cite ce Statut comnae étant de Sigofroi de Paris , mort vers 69*2. On n'a rien de cet Evôcfiie. Mais panui les Statuts synodaux d'Eudes de Sulli , Evéqiie de Paris, mort en 1208, on en trouve un sur cette matière. Le voici : « Nulius, antequam Matutinas «lixcrit canonicas » et Primam , vel audierit , pr:esuniat aliquâ necessitate » celebrare Missam. » Labb. tntn. 10. col. i8o3. M. Collet indiquait aussi un Concile , ou plutôt un Synode de Langres de i3o.> : je ne Tai trouvé dans aucune collection. J'ai lieu de croire que c'est le Sj'iiode de \^o\ , cité plus bas , chaj). XI. Il du.
^4) S. Anton. 3. part, tit, i3. c. 4- §• 4*
sur la Préparation intérieure. 67
du péclié , comme ils n'y sont plus d'usage quant à Tobligation de dire Prime avant la IMesse. Et même à Paris, si l'on célèbre avant le lever du soleil , il suffit d'avoir 1 écilé Matines , sans avoir dit Laudes (5).
!i''. S il est vrai qu'à parler moralement il y ait dans l'Eglise une loi de réciter Matines et Laudes avant la Messe, on peut dire, avec Sylvestre de Prierio , qu'elle n'a été ni portée universellement , ni encore moins acceptée sub reatu peccati mortalis.
3". La coutume générale de l'Eglise, qui fait une des grandes preuves de saint Antonin, ne prouve pas une obligation qui aille au mortel. Si un homme disait sans raison \ èpres à huit heures du matin , il irait contre la coutume générale de l'Eglise ; et je ne pense pas , non plus que saint Antouin , qu'on dût le taxer de j)éché mortel.
Nous croyons donc avec Soto , Sylvestre , Tolet , Navarre , Beilarmin , Henri de S. Ignace , l'auteur des Conférences de la Rochelle (6) ,
(5) SacerJos Missam celebraturus.... saitem Kocturnis (aut etiam , si sol ortus sit , Laudibus) ahsoiutis, etc. Hubr. Paris, part. 2. cap. i.
(6) Conférences de la Rochelle, sur TOffice di^in, §. i3. p. 363. — Pontas, v. Office du Bréi^iaire , Cas 21. — Ooniiu, Soto, de Justitid et Jure , lib. 10. quaest. 5- art. 4- — Sy\^vest. V. Missa , i. n. 6. — Tolet. lib. 2. cap. i. n. 3. — INavarr. Enchir. de Orai. lib. 2. cap. 21. n. 3o. — Henr. à S. Ignat. tom. 2. lib. 10. cap. 23. n. i5o.
Rellarmin est cité ici hors de propos : il paraît même inclinei- pour l'opinion contraire, puisqu'après avoir rapporté toutes les autorite's qui taxent de pèche mortel celui qui, sans une grave nécessité , célèbre la Messe , avant d'avoir
68 Chap. II. Difficultés
et Pontas même , quoiqu'il paraisse chez lui un peu d'embarras , qu'il n'y a pas de péclié mortel à renverser l'ordre dont il s'agit ici , à moins qu'on ne le fît habituellement de dessein forme.
On m'a objecté là-dessus , que cet usage parait cependant établi par une loi assez importante. On ajoute : « Vos raisons sont si fai- » blés , que je suis persuadé que vous refuse- » riez l'absolution pour ce péché d'habitude ; » et que si vous aviez manqué à cet ordre sans ji une raison valable, vous n'oseriez pas dire » la Messe sans vous confesser. »
Mais si mes raisons sont si faibles , comment ont-elles fait une si forte impression sur tant d'habiles théologiens qui passent pour exacts , et dont quelques-uns sont fort sévères? Comment ont-elles touché le savant Benoit XIY, jusqu'à lui faire dire purement et simplement : Si senno sit de Missâ cojwejitiiali , seu solemni in choro , videtur peccutuni esse mortale eam ante Matutinum et Laudes celebrure y id enim est contra gène j^alem Ecclcsiœ consueludinejn. In Missis uero privalis , si qua sit légitima causa, puta si Princeps aut Prœlaius Missaui expeteret , videri posset à peccato etiarn veniali inimunis , qui eam cele^ Lraret , non recitato Matutino et Laudibus. Si
dit Matines , il ajoute : « Et quià ici expresse prœscribitur » in hubricis;... sine Jubio tutins ostbocsequi , quàm prop- > ter probabilem aliquam rationem peccantU periculo se y> exponere. *» De bon. Oper, in particul. lib. i. cap. 18. (Edit.j
sur la Préparation intérieure. 69
tt=:ti6 absit causa, pet. difficile videtcr lîe veniali quidem peccato nois esse LOCUM (*). Comment enfin le Père Alexandre^ dont la sévérité réelle ou prétendue a tant fait de bruit dans le Diocèse de Rouen , en se déclarant avec saint Antonin pour 1 opinion contraire , déclare-t-il en même temps ' qu'il ne veut point condamner la noire P
Ainsi nous croyons qu il y a une loi de dire INIatines et Laudes avant la Messe, et qu'on ne peut s'en écarter sans une faute vénielle. N'en déplaise à Quarti , c'est Topinion des meilleurs théologiens ; et si les motifs rapportés pour le premier sentimeîit ne le prouvent pas , ils prouvent au moins celui-ci. Le doute seul, doute qu'on ne peut combattre par des raisons solides , suffirait pour l'établir. .Mais que cette loi oblige partout (*'*^) sub gravi, dans le même temps que ceux qui sont le plus en état d'en juger nous disent le contraire, c'est ce que je n'admettrai que sur des preuves plus fortes que celles qu'on m'objecte.
Mais , ajoute-t-on , si sans cause vous eussiez dit la blesse avant que d avoir récité îMalines, vous n'oseriez monter à l'autel sans vous en con-
('*') De Sacrlficio Miss ce , lib. 3. cap. i3. n. 4 > et apud eum IN'at. Alex. lib. 2. de Euchar. c. 8. art. 4-
(**'^ Je dis partout , parce qu'il peut y avoir des Diocèses où l'on soit encore obligé suh mortali , et même sous peine de censures , à ne pas renverser cet ordre. ^lais , dit Benoît Xl\ , au même endroit, Ed sanctione nnnnisi ille Leneiur, qui <^'ynocIis i'Uis est suhjectus. Un Evéque peut et doit punir un abus qui commence à devenir fréquent dans son Diocèse j un autre n'eu parlera pas , parce qu'il Cit presque inconnu dans le sien.
^ ChAp. il Difficultés
fesser. Cela peut être : il y a même apparence; l'J que cela serait. Mais pour se confesser d'une faute , il suffit ou de la regarder comme trèsgrande , ce qu'on peut faire sans la traiter de mortelle , ou d'avoir une conscience qui se trouble et s'alarme aiséjnent. Le pieux Anonyme n'a-t-il jamais eu besoin d'être rassuré svu' des points sur lesquels il en avait rassuré d'antres ? Je ne vois rien de plus commun que le doute personnel , surtout à ceux que Dieu veut humilier.
Ce qu'il ajoute ^ que je refuserais l'absolution pour ce pécbé à ceux qui seraient dans l'habitude de le commettre , est très-vrai , et ne conclut rien. On refuse l'absolution , ou plutôt on refuse de se charger de la conduite d un homme qui , contre l'avis de ses directeurs , suit 4ine route dangereuse , et témoigne par -là qu'il a bien peu d'amour pour Dieu , bien peu de respect pour les lois de son Eglise , bien de l'attachement à ses propres idées. Il y a plus : c'est que , comme le remarque Benoît XIV , au môme endroit : Si quis , nuUd causa urgente, perpétua idjaceret, ut lùderetur quasi statuisse aninio nunquam celebrare , dicto Matuiino et Laudihus , tiini cuni illis quinque et quiuquaginta aucloribus quos sententiœ suœ sujjragatores affert Clericatus , et ex rationihus ah ipso adductis , con^ cludi posset liujusniodi Sacerdotem peccarc jnortaliter.
Il est bon de remarquer, i". que l'obligation de dire Matines avant la Messe est plus
sur la Préparation intérieure, 71
forte pour les Chanoines , et antres qnî ont des grand'Messes à chanter , que pour les parlicuhers. Au chœur, le renversement de l'ordre va naturellement au scandale , et le scandale va aisément au mortel (7). Mais un Prébende en semaine , qui chanterait la Messe du chœur, sans avoir dit ses Matines en particulier , pécherait -il mortellement, comme ferait le Chapitre en pareil ras ? Je ne vois point de principe pour le soutenir •, et je vois dansQuarti , dans Siiarez (8) , dans la lettre d'un habile homme, de quoi le nier. Cependant j'aurais quelque peine à croire que sa faute ne fût pas plus griève que celle d'un autre.
III. Remarquez 2.*' qu'on peut célébrer sans avoir dit Matines , quand il y a raison de le faire. Nous regardons comme suffisante , non-seulement celle de donner le saint Viatique à un homme qui se meurt, de passer une partie de la nuit à le fortifier en cette dernière heure , d'entendre les confessions un jour de fête ; mais encore celle d'empêcher le murmure du peuple qui se lasserait d'attendre, de remplir soi-même un devoir de religion ou de justice.;
(7) Si serrao sit de Missâ conventuali, videtur peccatiim essj mortale eaui ante Matutinum et Laudes celebiare. Bcnedict. XI f^ , in Tract, de àlaciijiclo IHissœ, lib. 3. cap. i3. n. 4-
{S) Vide Snarem , in 3. p. S. Thomae , disp. 82. sect. r. — Quaiti , part. 2. lit. i. sect. i. dub. 2. Ce dernier ne prend la faute que du côte' du scandale jet il en conclut qu'un Chapitre, qui sans scandale chanterait laJMesse arant que d'avoir chante 3Tatines, ne pécherait pas. Benoît XIV fonde la faute sur la truasgressiou du la coutume.
72fc Chap. il Difficultés
comme si on ne peut, un jour de Dîmanclie et de Fête , entendre d'autre Messe que la sienne propre \ ou que 1 on se soit chargé d'en dire une ou plusieurs pour une aii'aire qui presse. Ce serait autre chose, selon Juénin (9) , si un Prêtre, qui, par exemple, va faire un voyage, ne voulait célébrer que pour satisfaire sa dévotion j parce que la dévotion particulière doit céder aux règles communes. Mais cetîe exception doit avoir les siennes : il y a voyage et voyage. Dieu trouvera-l-il mauvais qu'un homme qui s'embarque , ou dont la route doit être semée de pièges et de dangers , s'ouvre, au préjudice apparent d'une petite loi , la source de la force et des grâces , qui lui sera fermée pour long-temps , s'il n'y puise le jour même de son départ ?
Si l'on avait dit un Office pour un autre, cette méprise n'empêcherait pas qu'on ne fût censé avoir dit Matines. Mais il faudrait répéter après la Messe , ou même avant , si l'on en avait la commodité, ce qui fait la différence propre des deux Offices , comme les antiennes , les répons , les leçons du second nocturne. Ainsi le pratiquent les plus sages et les plus éclairés. La prétendue règle Ojfficiuni pro Of- Jïcio est un vieux proverbe qui n'est fondé sur rien.
IV. Il n'y a point de doute qu'on ne puisse dire dès la veille les Matines que prescrit l'Eglise pour la célébration de la Messe. La
(9) Théorie et pratique des SacrenaenS; tonit 3. Traité du Bréi^iau-e , chap. 5.^.3.q.3,
prière
sur la Préparation intérieure, 78
prière du soir est un commencement de piéparation pour le sacrifice du lendemain. Le temps pour cette anticipation d'Office a ses bornes : la Chambre apostolique a fait dresser une table qui le marque exactement. On n'a rien à craindre , ni l'été , ni l'hiver , quand pour commencer , on prend le moment 011 le soleil a ïàii la moitié de sa course depuis midi. Avant ce point, pris moralement, on ne satisfait pas pour un Office qui* appartient au lendemain : comme on ne satisfait pas après minuit pour l'Office du jour qui vient de finir.
V. A l'égard de la méditation, à laquelle la Rubrique veut que le Prêtre donne un peu de temps , avant que de célébrer , orationi aliquantuliirn tfacetj il est plus clair que le jour, que c'est moins une loi de l'Eglise , qu'une loi du droit naturel. Si le Saint-Esprit prescrit à tout homme de préparer son âme avant la prière , de peur qu'il ne semble tenter Dieu (10) , que n'exige- 1 -il pas d'un Ministre chargé, malgré sa faiblesse , de continuer le sacrifice auquel 1 Homme-Dieu s'est lui-mêmQ si longtemps préparé ? Que fera à l'autel un Prêtre qui n'y portera que les sécheresses de l'étude , le vide des conversations humaines , l'idée des discussions temporelles ? sera-t-il , à l'exemple
(10) Ante orationem praepara animam tnam , et noli esse ijuasi homo qui tentât Deum. Eccli. xviii. 23. — Ante omnia oportet nos ab oratione incipere , sicut Deo nos ipsos tradeutes et unicntes. Auctor lib. de diviuis ISominibus , inter Opm S. Dionys. Areop. cap. J.
74 Chàp. II. Difficultés
de son maître, plus élevé que les deux, lui dont le coeur sera plein d'objets qui le porteront partout ailleurs ? Ne s'occupera-t-il que du besoin et des moyens d'unir son sacrifice au Sacrifice de Jésus-Christ , après avoir donné la meilleure partie de son temps à des soins qui épuisent l'esprit en absorbant l'imagination ? Sera-t-il bien propre à chanter avec les Séraphins, Saint, et trois fois saint est le Seigneur Dieu des armées, quand il ne sentira au dedans de lui-même aucune étincelle de ce feu, qui ne s'enflamme bien que par la méditation ? Pour en juger sainement, il n'y a qu'à s'en rapporter à l'expérience. Un Prêtre qui ne monte à l'autel qu'après avoir animé dans l'oraison sa foi , son amour et sa reconnaissance, édifie, touche (ii), convertit même ceux qui ont le bonheur de le voir célébrer. Un autre qui ne s'occupe que superficiellement, ou point du tout , de la grande action qu'il va faire , communique aux assistans l'esprit de langueur et d'indévotion dont il est plein. On serait tenté de douter s'il croit ce qu'il fait profession de croire; et si on l'aime quelquefois à titre d'expéditif, on ne le respecte pas à litre de religieux. Ainsi, en supposant que l'oraison , parce qu'elle est un acte intérieur , ne peut être commandée par la loi humaine , ce qui n'est pas aussi sûr que le prétend Quarti , il sera toujours vrai de dire
Cii) Vie de S- Vincent de Paul, par M. Collet, liv. 7. §. n. et par Abelly, liv. 3. eh. 8. — Vie de D. Burthéicmi des Martyrs, liv. 2. cii. 6. et liv. 4- ^^' ^y-
sur la Préparation intérieure. 'jS
qu'elle est d'une nécessité indispensable pour un Prêtre cpii veut célébrer dignement.
Quand on est surpris par Tlieurc , il faut élever rapidement son cœur vers les saintes montagnes -, gémir de Timpuissance où Fou est de faire plus -, profiler , dans le trajet , des momens qui restent ; suppléer après le Sacrifice à ce qu'on n'a pu faire auparavant. L'âme est plus que le corps : si celui-ci reçoit après coup la nourriture qui lui a manqué dans le temps, pourrait-on la refuser à celle-là?
\I. On me permettra bien de dire en passant que , comme les sacristies sont le lieu où la plupart des Prêtres font leur préparation et leur action de grâces , ceux qui ont Tins pection sur ces lieux de prières , sont tenus en conscience de veiller à ce que l'ordre et le silence y soient gardés. Les Conciles l'ont ordonné (12), et un homme peu rigide (i3) soutient que le tumulte et la confusion que l'on n'y voit que trop souvent, irait au mortel dans les sacristies des Réguliers qui font profession d'une observance plus étroite. Sans pousser les choses aussi loin , on ne peut disconvenir qu'il n'y ait un vrai mal à faire, d'une portion de la maison du Seigneur, un lieu de nouvelles, et quelquefois de débats indécens. Le pieux séculier qui, au bas du sanctuaire, se dispose à reccA oir son Maître , ou lui rend
(12) In Sacristiâ ipsâ silent.ium servelur accuratèj neque in eà pateat aclitus laicis , nisi neccssariura fuerit. ConcLl. y^queme an. i58S. lit.deSacri tiâ. Labl. totu. iS. col. 11/3,
(i3) Quaxti, part. ^. lit. i. sect. i. dub. 6.
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grâces de ce qu'il a bien voulu se donner à lui , entendra-t-il avec beaucoup d'édification , à quatre pas de lui , les voix tumultueuses d'une troupe de clercs , d'enfans de chœur , quelquefois de suisses et de bedeaux , qui gardent ici moins de mesures qu'ils ne feraient dans l'anlichambre d'un petit seigneur ? J'en fais juges tous ceux qui voudront y réfléchir , et je ne leur demande qu'une minute de réflexion. Que dire encore de ces églises, au bas desquelles on voit constamment trois ou quatre pauvres femmes qui ne déparlent pas? Il ne suffit pas à ceux qui sont en place d'en, gémir , il faut y remédier.
VII. Les cinq Psaumes , qui sont marqués dans les Missels comme une partie de la préparation au Sacrifice , ne sont pas de précepte. Les termes ;?/o opportunitate Sacerdotis , dont se sert la Rubrique en les proposant , n'annoncent rien moins qu'une loi. La pratique des Prêtres les plus timorés ne la reconnaît point. Dans les plus sages Communautés , on passe sans scrupule de la . salle d'oraison à l'autel.
Cependant comme il y a une bénédiction attachée aux conseils , à l'insinuation même de la sainte Eglise , il serait bon et avantageux do trouver quelquefois le temps de réciter avec goût ces Psaumes et une partie des prières qui les suivent. Tout y respire la piété et les sentimens que doit avoir le IVIinistre du Fils de Dieu près de s'immoler. A son exemple , on joint le son de la voix au mouve-
sur la Préparation intérieure. ^y
ment du cœur : il se servit du premier dans le Cénacle, Hjinno dicto (i4) j il emploja le second dans le jardin des Oliviers ; Factus in agoniâ prolixiùs orabat (i5),
(i4) Marc. XIV. 26.
(i5) Luc. XXII. 43.
78 Chap. m. Difficultés
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