V. Mais , et c'est une seconde observation
J'esptre que cette vive , mais juste sortie , fera plus tVoUct que si elle venait de moi. 11 n'y a que trop de Prêtres qui la meriteat : ^nùsseiil-ils en proliter I
î4 Chàp. I. Difficultés
à faire , il faut poser pour principe , qu'en matière de Rubriques , comme en toute autre , ce qui n'est que léger de sa nature , peut devenir mortel , i**. à raison du mépris -, comme lorsqu'on néglige les cérémonies , parce qu'on les mésestime , ou que Ton se fait un plaisir d'avilir l'autorité dont elles sont émanées : et c'est ici qu'a lieu cette maxime de saint Bernard ( i5 ) : Contemplus convertit in crimeii gravais rebellionis nœi^iim salis lèvent siniplicis transgressionis. Une disposition si criminelle ferait une faute griève de la simple omission d'une Rubrique qui ne serait que de conseil ; parce que , quoique le conseil ne soit pas une loi , il y a une loi qui oblige à ne le pas mépriser. 2". A raison du scandale. Et qui doute qu'un Prêtre ne péchât mortellement , si la manière libre et dissipée , dont il célébrerait les saints Mystères , donnait lieu de penser qu'il n'y croit pas \ ou qu'en se tournant vers le peuple, il fixât d'un œil indécent des objets dangereux ; ou que le jour de Pàque il dit une Messe de Requiem ? 3". A raison du danger -, comme si , en disant la Messe sans Missel , il s'exposait à mutiler la Liturgie. 4". A raison de la fin criminelle qui serait le motif de sa négligence ; comme s il ne disait la Messe avec tant de vitesse, que pour enlever la place d'un pieux Aumônier , qui déplait par son exactitude , et par sa noble et sainte gravité.
(i5) Lib. lie proeccpto cl dispensai ionc , cap. tt. n. 26^
sur les Rubriques. i5
Il y a des théologiens qui croient que l'habitude de négliger les Rubriques devient un mépris interprétatif, et que par cette raison elle opère une faute mortelle. On cite saint Antonin (i6) pour ce sentiment ; et Dom François Lami , célèbre Bénédictin de la Congrégation de saint Maur, Ta adopté dans la huitième de ses Lettres théologiques (17), où il soutient, c{\xu7i Religieux qui , par une négligence grossière , viole habituellement quelques-unes de ses observances régulières , s'il n'a jîuI soin de se corriger , pèche mortellement. Il y a long-temps que nous nous sommes déclarés contre cette opinion : mais il faut avouer que celle qui lui est opposée ne doit pas rassurer beaucoup dans la pratique *, puisque, de l'aveu de saint Thomas , qui nous favorise davantage, l'habitude dispose au mépris (18) , et qu'en fait de mal , ce qui dispose au terme , y conduit très-rapidement.
TL On propose ici une question intéressante ; il s'agit de savoir si la nécessité ou 1 impuissance sont des raisons d'omettre les rils que prescrivent les Rubriques.
(iG; S. Antonin , par. 2. tit. 9. cap. 3. §. 3.
(17) Lettres the'ologiques et morales , etc. Paris , Pralard. iroS.
(18; Qyi^ndo quis proptcr a«Hquani particularem cansam , pu^a concupiscentiam vol iram , indiicitur ad aliquid facicndnm contra statvita Ic^h \el reguloe , non peccat ex contemplu , sed ex aliqu^ atiâ caus.1 , etiamsi fréquenter ex eâ-
dem cansil , vel aliâ simili peccatnm iterct Frequentia
taraen peccati dispositi\èinducit ad contemptum secundùui illud , Frov. 18. Iinpius , ciiin in proJuiiJuni venerit peccatorum , conterunit. S, Thom, 2.2^ q. 286, art* 3, ad 3.
i6 Chap. I. Difficultés
Sans entrer dans un détail qui viendra dans la suite , il faut remarquer i°. qu'il y a des rits essentiels , et d autres qui ne le sont pas ^ et ces derniers se nomment communément cérémonies : 2". que la nécessité et l'impuissance peuvent ou se prévoir , avant qu'un Prêtre commence la Messe , ou survenir quand elle est commencée.
S'il s'agit d'un rit essentiel , c'est-à-dire , qui appartienne à la substance du Sacrifice , il n'y a ni nécessité ni impuissance qui soient capables d'en dispenser , quand même la Messe serait commencée , pourvu que la Consécration ne soit pas encore faite. Ainsi un Prêtre , qui apprend à l'Oilertoire qu'il ne pourra pas avoir de vin, ou qui prévoit qu'à cause d'un vomissement subit il ne pourra communier , doit s'arrêter tout court , et se retirer. Que s'il ne s'aperçoit de l'un ou de Tautre qu'après la consécration du pain , il doit continuer autant qu'il lui sera possible. Dans le premier cas , au moins communiera-t-il sous une espèce : dans le second, peut-être obtiendra-t-il , par une prière vive^ de communier sous les deux : que si le mal presse , la nécessité n'a point de loi.
Si , au contraire , il s'agit d'un rit accidentel, il y a une dislinciion à faire : car ou ce rit est du nombre de ceux que l'Eglise regarde comme très-imporlans, tel qu'est le mélange de l'eau avec le vin \ et alors il ne faut ni commencer, ni continuer , dès qu'on s'aperçoit du défaut d'eau : ou ce rit est de
sur les Rubriques, i^
moindre conséc[uence ; comme si le p.iin a quelque tache , ou que le vin . sans cesser d être de vrai vin, commence à s aigrir beaucoup-, et alors il vaut mieux continuer : mais pour commencer en pareil cas, il faut avoir des raisons plus ou moins grandes , selon qae le rit, dont on s écarte , est plus ou moins important 5 car en général , il ne faut célébrer que quand on le peut faire dans toutes les règles prescrites par l Eglise.
\ II. Pour nous rapprocher de la proposition que nous avons avancée dès le commencement de ce chapitre, il faut ajouter que les Rubriques qui règlent ce que le Prêtre doit faire devant et après l action du Sacrifice , comme aussi celles qui concernent les dé" fauts qui peuvent survenir dans la célébration , ne sont, dans le sendment le plus commun, que des instructions de conduite. En eâet , on aurait peine à se persuader qu un Prêtre pèche , parce qu'il manque à disposer les signets da Missel , quoiqu'en v manquant il aille contre la Ptubrique. iNous verrons cependant bientôt qu il y a, dans cette partie même delà Rubrique, des lois très-indispensables , parce qu'elles ne sont qu'une expression du droit naturel, ou des anciens Canons.
\ ni. Mais avant que d en venir là , il est à propos d examiner si les décrets de la Congrégation des Ptits , ou de c^lle qui est chargée d'expliquer le Concile de Trente , décrets qui reviendront plus dune fois dans la suite de cet ouvrage, obligent en couicience. Quoique
i8 Chap. I. Difficultés
cette question nous regarde moins en France que partout ailleurs , parce que ces sortes de décisions n'ont lieu chez nous que quand elles y sont proposées par les Evêques , il est pourtant à propos de savoir ce qu'en pensent les étrangers , tant parce qu'un jugement émané d'une autorité aussi sage que légitime fait toujours beaucoup d'impression , que parce qu'il y a une infinité de cas où la connaissance d'une décision fixerait le doute des supérieurs. Le célèbre commentateur de Ga van tus répond , en deux mots , que ces sortes de décrets imposent une loi rigoureuse (19), quand ils sont portés en forme de commandement \ mais que lorsque ce ne sont que des réponses à des doutes proposés par des Evêques , par des Communautés religieuses , etc. , comme il arrive souvent , ils' n otent pas à l'opinion contraire la probabilité qu'elle pouvait avoir. C'est le jugement d'un tribunal qui mérite toujours beaucoup d'égards , mais qui en a assez lui-même , pour ne pas vouloir gêner les consciences. 11 faut cependant avouer que, dans le partage des sentimens, il est de la sagesse, et d'une certaine équité, de j>référer à ses propres lumières les lumières d'un corps qu'une longue expérience met à portée
(19^ Cajef an-Marie Mërali , Theatin , Jans son beau Com • mentaire sur Gavantus , Rarnabile , on Clerc rogulicr de la Congrégation de S. Paul. .Son ouvrage a été imprime ea 17'î'; , chez Salvioni , Imprimeur du Valican. Voyez-le sur le titre II. de la 3. part, des lUibriques. Voyez aussi Pichler, Candidatus Jurispi-udentioe sacra, t. 1. Prolegonaeu. n. 46*
sur les Rubriques, tq
fie voir bien des choses qui écliappent aux particuliers.
Au reste , comme Ton attribue souvent aux Congrégations établies à Rome , des résolutions qui n'en sont pas , il faut , pour éviter la surprise , n'ajouter foi qu'à celles qui paraissent en forme authentique , c'est-à-dire , qui sont scellées du sceau de la Congrégation , et signées tant du Cardinal Préfet , que du Secrétaire. Celles que nous rapporterons dans la suite, doivent paraître incontestables, puis^ qu'elles sont tirées d'un ouvrage imprimé au Vatican , et dont l'auteur fut un des plus habiles consulteurs de la Congrégation des ilils.
20 Chap. n. Difficultés
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