CHAPITRE III
Difficultés sur la Préparation extérieure.
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VJE que nous avons dit au Cbapitre précédent ne cegarde que les dispositions de l'âme, ou plutôt que celles de ces dispositions sur lesquelles il y a plus de difficultés dans la pratique ; mais il y en a d'autres du côté du corps, qui mettent quelquefois dans de grands embarras. Nous les réduirons à deux, dont la première est d être à jeun ; la seconde , d'être exempt de certaines souillures extérieures , qui semblent ne s allier pas bien avec le respect dû au plus grand mystère de la Pieligion.
§. I. Du Jeune.
I. Définition et division du jeûne. II. Le jeûne naturel sévèrement prescrit avant la communion , des les premiers siècles de l'Eglise. III. Etendue et rigueur de ce jeûne. IV. Fausses conséquences que le scrupuleux lire de ce principe. V. Fumée de tabac. M. VIL VIII. Plusieurs difficultés sur cette matière. IX. La jeûne peut être rompu par une action forcée.
sur la Préparation extérieure. 7g
X. i^ a-t-il légèreté de jnatière en fait de jeûne naturel? XI. Raisons de Gihert peu concluantes. XII. Que faire , quand on douta si l'on a rompu le jeûne eucharistique? XIII. On peut communier sans être à jeun , ou quand cela est nécessaire pour empêcher la profanation de r Eucharistie : XIV. ou quand on ne s aperçoit que Ion a bu ou Jiiangé , qu après la consécration. XV. Que f ai je , si Von s'en soui^'ient auparavant ? XVI. Conduite à garder lorsqu'on aperçoit des parcelles après les ablutions. XVII. Trois autres difficultés sur cette matière. XVIII. XIX. La nécessité dévoiler le scandale , et de recevoir le Viatique , excusent du jeûne. XX. Peut-on célébrer pour communier un malade , qui autrement mourrait sans Sacremens ? XXI. ou pour achever la Messe quun autre ne peut finir? XXII. Dispense accordée à Rome pour la Messe de minuit. XX III. Cas d'un Prêtre qui la veille de Noël se trompe d'une heure.
I. Le jeûne consiste dans un certain genre d abstinence : et c'est pour cela qu'on peut distinguer autant d'espèces déjeunes, quily a de choses dont on peut s abstenir par principe de raison ou de vertu. Il y a un jeûne moral , qui règle la mesure des alimens sur le degré des besoins du corps : et celte tempérance exacte a été pratiquée par les plus sages philosophes du paganisme (i). Il y a un jeûne
(i) Vide S. Hieronym. adversùs Joviniau. lib...2. cap. g.
6o Chap. III. Difficultés
spirituel j qui écarte le péché, qui règle les sens, qui met un frein aux passions (2). Il y a un jeûne ecclésiastique , qui exclut certains alimens, et ne permet les autres que selon «ne juste quantité. Enfin il y a un jeûne naturel, qui consiste à n'avoir rien pris depuis l'heure de minuit, ni par forme de nourriture, ni par forme de médicament -, et c'est ce genre de jeûne eucharistique , dont nous traiterons ici , et sur lequel la bonne et la mauvaise théologie forment une foule de difficultés.
Pour aller du plus certain à ce qui Test moins , nous disons d'abord que le jeûne naturel est commandé de droit apostolique avant la communion -, et qu'on ne peut, hors le cas de nécessité , y manquer sans péché mortel.
II. La première partie de cette proposition se prouve par la fameuse règle de saint Augustin (3), que tout usage universellement observé dans l'Eglise, sans jamais avoir été introduit par aucun Concile , se peut très-juslement rapporter à l'autorité apostolique. En effet, il est constant que la pratique de communier à jeun, quoiqu'elle n'ait peut-être pas
(2) Konne hoc est magis jejunium quod elegî? Dissolve colligationes impietatis. Jsai. Lvm. 6. — Jejunium magnum et générale est , abstinere ah iniquitatibus et illicilis voluptatibus sœculi , quod est perieclum jejunium. -^ug. 'JVact. 17. in Joan. n. 4-
(3) Qaod uni versa tenet Ecclesia , nec Conciliîs institutum, sed semper retentum est , non nisi auctoritate apostolicâ traditum reckissimè credilur, ^ug- dt Bapt. lih. 4<. cap. 24' Q* 3i.
sur la Préparation extérieure. 8i
été suivie d'abord par les premiers Fidèles (4) , s'est introduite de si bonne heure dans le cliristianisme, qu'à parler moralement, on la voit dès les premiers siècles faire une loi étroite dans l'Orient et dans rOccident (5). C'est la remarque de saint Augustin , qui eût pu l'établir par l'autorité de saint Chrysostôme , de saint Basile, du grand Evêque de Carthage, et de Tertullien.
Je sais qu'en quelques Eglises on communiait le Jeudi saint après le repas du soir, à l'exemple du Sauveur (6), et que cette pratique avait lieu tous les samedis de l'année eu plusieurs villes et villages d'Egypte (7) : mais le premier cas était une de ces exceptions qui
(4) On Tinfère du chapitre xi de la I. Epître aux Corin* thiens. Voyez S. Augustin (Epist. 54. alias ii8. n. y.j , et plusieurs autres Interprèles, qui se fondent sur ce que les Corinthiens voulaient imiter la conduite qu^avail gardée le Sauveur dans l'institution de TEiicharistie. S. Chrysostôme (^/j^ow/t/. 57. in Epist. I. ad Corinlh. n. /.^prétend au contraire que les Agapes suivaient la communion. Le texte de l'Apôtre favorise la première opinion j mais il ne nous paraît pas l'établir invinciblement.
(5) Placuit Spiritui sancto , ut in honorera tanti Sacramenti in os Christiani priùs corpus Dominicum intraret , qu;im casteri cibi : nam ideo per universnm orbem mos iste «ervatur. ^ug. Epist. 54. alias ii8, n. 8.
(6) Ut Sacramenta altaris non nisi à jejunis hominibus celehrentur, excepto uno die anniver<ario , que Cœna Domini celebratur. Concil. Carth. III. can. 23. Lahb.
tOm. 2. col. 7 2/7.
(7") In multis urbibus ac vicis AEgypti , contra receptani omnium consuetudinem , die sabbati sub resperam convenientes, jura pransi sacra Mysteria percipiunt. Hozom. l. /» «. ^3. Eilit. Kalest
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affermissent la règle , et le second ressemble assez à un abus.
La seconde partie de notre proposition , qui détermine au mortel le violement de la loi du jeûne eucharistique , est fondée sur renseignement commun , et la pratique de FEglise , sur les ordonnances réitérées des Pasteurs , et sur l'importance de la loi dont il s'agit. L'Eglise , naturellement indulgente , porte sur ce point sa rigueur jusqu'à une espèce de judaïsme \ il est hors de doute qu'elle a eu ses raisons. Si elle se relâchait le moins du monde sur cet!e matière, un demi-siècle ne serait pas écoulé, qu'on verrait renaître les scandales , dont saint Paul se plaignit si \ivement aux Corinthiens. Si dans un siècle où le sang de Jésus-Christ fumait encore, on a pu se livrer à de fâcheux excès en approchant ou en sortant de la table sainte : que ne ferait-on pas dans un temps où la foi est .si rare , la piété si a/raiblie ? Nous reprendrons ce sujet un peu plus bas.
in. Je dis , en second lieu , que la loi dti jeûne eucharistique veut que depuis minuit du jour où l'on se propose de communier , on n'ait pris chose quelconque par manière d aliment , de boisson , de médecine , rien en un root qui puisse se digérer à l'ordinaire. C'est la doctrine constante des Pasteurs ei du peuple, qui, quelque désir qu'ils eussent de participer au corps du Seigneur, s'en abstiennent, lors m.ème que par mégarde ils ont bu ou mangé , etc. La Rubrique y est fer-
sur la Préparation extérieure. $5
melle (8) \ et TEglise s'en explique d'une manière qui annonce une loi incontestable.
Quoique ce principe soit sûi\, on n'est pas tout-à-fait (l'accord sur les conséquences qui en résultent. Le scrupule les étend au-delà ,de leurs bornes; la liberté d'opiner les resserre un peu trop : efforçons-nous d'éviter <;e double écueil.
IV. Pour le faire, nous dirons d'abord à ceux qui s'alarment mal à propos, que rien de ce qui passe dans l'estomac par manièie de salive, ou de simple respiration, n'empêclie le jeûne naturel. Ainsi la pituite, le sang qui coule des gencives ou du cerveau, les restes du vin ou d'eau avec lesquels on s'est lavé la bouche (9) , les parcelles de viande qui quelquefois s'attacl>eot aux dents, et qui sans qu'on y pense, ou malgré qu'on en ait, s'avalent avec la salive , ne doivent pas empêcher de communier.
Il en est de même, selon Sylvius el les plus rigides théologiens , si on se borne à goûter du vin ou du bouillon ^ à mordre un fruit, ou quelqu'autre chose semblable , sans rien faire passer, si ce n est peut-être par manière de salive : c'est que , dans ces occasions , on ne peut dire qu'un homme ait mangé ou bu.
(8} Si quis non est jejunus post raediam noctem , otiani per sumptionem solins aquae , vel altenus potûs aut cibi , per modum eliam medicinae , et in quantumcumque parvâ quantitate, non potest coniraunicare, neccelebrare. Rabric. 3. part. lit. s- ^ ''•
[cf\ Si lavantlo os, dcgiutiatur stilla aquge praeter intentionenij non irapedilur comtnuni:). Ruhnca, ihid. n. 2.
84 ChAp. m. Difficultés
Ce serait autre chose s'il allait jusqu'à avaler : car alors la plus petite quantité romprait son jeûne. Ainsi , quoiqu'on ait de la peine à entrer dans un détail qui devient odieux à force de devenir minutieux , je ne crois pas , avec Quarti et Diana, qu'un homme qui avale volontairement quelques grains d'anis qui lui étaient restés dans la bouche, garde le jeûne rigoureux que l'Eglise prescrit pour la communion. Ce n'est point du tout là ce qu'on appelle trnjectio per modum salivœ i c'est une manducaiion très-libre.
V. On ne doit pas non plus s'inquiéter de ce qui ne passe dans l'estomac que par manière de respiration j comme la poussière , la pluie, un moucheron. J'y ajouterai, contre Pontas (lo), la fumée du talaac : autrement un homme qui voyage avec des fumeurs de profession, et qui en avale toujours peu ou beaucoup, ne pourrait célébrer, quand il est arrivé au' terme. On me dira que c'est malgré lui 5 j'en conviens : mais, outre que cette raison n'est pas concluante, comme on le verra plus bas, je ne crois pas que ceux qui fument , souvent par nécessité, respirenr volontairement ce qu'ils renvoient de toutes leurs forces. Il en est de même, et par le même principe , de ceux qui dans une cuisine avalent quelque partie de la fumée des viandes qui s'y préparent. Nous avouons cependant que d'habiles théologiens (ii) excluent de la com-
(lo) Ponlas ; y. Messe, cas 6.
(il) Salmanliccusee, dç Sacram io gen. tract. 4- C''>P- ?• n. 71.
sur la Tréparation cxlêrieure, 85
inuTiion ceux qui de plein gré , on par le moyen de quelque instrument, avaleraient la fumée des viandes ou du tabac.
\I. Mais que dire de ceux qui avaleraient un louis d'or, un morceau cfe plomb, un petit os, de la craie, du papier, et autres choses pareilles , qui de leur nature ne sont pas comestibles ?
Il y a des docteurs qui défendent la communion dans tous ces cas : ils en donnent pour raison, i". que, selon la doctrine de saint Thomas (lîi), il n'est pas nécessaire pour rompre le jeûne , que ce qui passe dans Testomac, nourrisse : le poison , par exemple, ne nourrit pas, mais tue l'homme; et cependant on ne pourrait communier qu'en \ialique , ceux qui en auraient pris; 2**. que personne n'admettrait à la sainte table une femme qui par mauvais goût, ou pour tempérer la chaleur naturelle, aurait mangé de la terre ou du charbon , comme cela est arrivé plus d'une fois. Ainsi pensent Bonacina, Layman, Habert (i3) , etc.
D'autres, dont le sentiment nous paraît plus juste , croient que parmi les choses dont nous avons fait l'énumération , il y en a qui
(12) IVec referl ntrùm aiîquid hiijnsraocli nutriat , ve! non nutriat, aiit per se, aut cura aliis , damraodo sumatur per modum cibi vel potûs. S. Thomas , 3. p q. So. ari. 8» ad 4. Ces dernières paroles, clummodo sumaiiir , etc. fournissent une partie de la réponse.
(î3) Bonacina, de Euchar. disp. 4- quœst. 6. punct. a. n. 6. — Layman , lib. 5. tract. 4- <^ap. 6. n. 18. — Habert, de Kuchur. cap. -20. <]. 2.
86 Chkv. m. Difficultés
ne peuvent rompre le jeûne naturel : comme lor, une balle de plomb, des osselets extrêmement durs ; parce q»ie rien de tout cela n'est capable ni d être digéré , ni de nourrir en aucun sens. Mais ils raisonnent diiréreoinient de la craie, du charbon, de la terre, etc. parce qu'il s'y trouve un peu d'humeur nutritive, et que cela se peut digérer.
^ II. Il y a un nouvel embarras à décider si le tabac en poudre, l'eau de la Reine de Hongrie , et autres drogues pareilles qui se prennent par le nez, rompent le jeûne eucharistique. Ponlas le nie du tabac , d'après Paul Zacchias(i4) , célèbre médecin de Rome. D'autres le nient de l'eau de la Reine de Hongrie. Leur principe est que rien n^st aliment, breuvage, ou médicament, que ce qui se prend par la bouche.
Mais il me semble que ce principe a besoiQ d'explication. Et d abord je ne puis croire que celui qui avalerait volontairement du sang, qui lui découle du cerveau , ne rompît pas le jeûne naturel. Quoi! de Taveu de Quarti , un hopame qui suce et avale trois ou quatre gouttes du sang qui lui sort du doigt ne peut communier; et celui qui en avale dix fois davantage le pourra, parce que ce sang ne vient pas du dehors ? A ce compte un homme qui se mangerait une partie de la langue, serait censé à jeun. J ai peine à le concevoir.
On m objecte que pour manger ou boire , il
(i4) Pontas , ihid. — Zacchias, tom. a Quieslionum xnedico-lcgulium , lib 9. tit. 7 q. unie.
sur la Préparation extérieure. 87
faut de soi-même trajicerc in os et stoniachum. Et moi je pense que trajcctio in stoniachuin suftit, quand elle est volontaire. On ajoute qu'eu ce cas , avaler son âang , c'est simple^ ment ne le pas détourner du chemin qu'il prend naturellement par son propre poids y sans quon lait placé exprès dans la bouche. Et je soutiens que C€ n'est là qu'une pure subtilité qui ne signifie rien. On nie fait entendre qu'un homme qui avalerait un morceau de sa langue romprait le jeûne , s'il se l'était coupée volontairement^ et qu'il ne le romprait pas, s'il se l'élaii coupée malgré lui, quoi qu il l'avalàt très - volontiers : et cela me parait absurde. Que d'autres le trouvent raisonnable , je ne m'y opposerai pas. Ce que je sais , c'est que si , après avoir amassé dans ma bouche une certaine quantité de sang, je la faisais passer volontairement dans l'estomac , au lieu de la jeter dehors, je n'oserais ni communier , ni célébrer. La Rubrique , marquant ce qui rompt le jeûne , oppose le ^^^r modum cihi au per modum sali^œ. Et saint Thomas veut que ce qui ne rompt pas, soit pris par accident, et même par un accident inévitable : Si casiia-
liter transglutiantur et permixtœ salivœ ,
quod vitari non potest (*). Un homme ne
(*) Relicjiiiœ cibi reniitnenles in ore , si casiialiter Iransgliitiatitur, non impediunt sntnptionem hujus Sacramenti ; .quia non trajiciunlur per modum cibi, sed per modum salivae — quod vitari non polest. Sanct. Thom. 3. part, quœst. 80. art. 8.' ad 4. Sylvius ajoute, et cela peut servir : •f Si vero solùm intrasset in asperam arteiiam, et statim ) expuerelur, hoc non esset deglutire, neque pertiner«t 3) ad comestiouem.
88 Chap. m. Difficultés
pourrait-il pas retenir dans sa bouche une cuillerée de sang qui lui sort du cerveau , et l'avaler ensuite per modum potûs ? Et s'il 1 faisait avec une pleine délibération , dirait-oa de lui qu il l'a fait par hasard , et sans pouvoir| l'éviter ? '
A l'égard des eaux qui se prennent par le nez , ce qu'il en pourrait passer dans l'estomac n'y va que par manière de salive : ainsi on peut se tranquilliser en ce cas , à moins qu'il n'y eût quelque chose de volontaire.
Pour ce qui est du tabac , dont la mode, comme bien d'autres, est aussi suivie qu'elle est incommode , on rejette si vite tout ce qui en va jusqu'au gosier, qu'il ne parait pas qu'on doive avoir d'inquiétude là-dessus. Cependant Sylvius{i5) croit que s'il passait jusqu'à l'estomac , fût-il vomi sur-le-champ , il nuirait au jeûne, parce que, dit-il, c'est une sorte de médicament, quoiqu'il fasse du mal à beaucoup de monde , et du bien à très-peu. Sur ce principe, auquel l'autorité de celui qui l'avance donne du poids , il serait à craindre que ceux qui se couchent tard, et qui prennent du tabac jusqu'à ce qu'ils se mettent au lit , et quelquefois après , ne donnent atteinte au rigide précepte que nous examinons , quand ils savent par expérience que le tabac passe aisément chez eux.
Cependant je vois deux choses : l'une , que
(i5) Impeilif communionem ïabaci siimplio , si os intrel et ilcglutiafur j quia est mediciaa , licet multis noccat. i)y/»>/{(5 , in 3. pavt. c^usest. 8o. art. 8%
sur la Préparation extérieure, 89
ceux même qui craignent Dieu se font ordinairement irès-peu de scrupule au sujet du tabac •, l'autre , que la raison de Sylvius n'est pas péremploire. Que le tabac soit un médicament, je le veux-, mais au moins est-il sûr qu'il n'est pas de la nature de ceux qui se mangent et qui se boivent. Or cela , joint à la pratique, paraît suffisant pour tranquilliser. Après tout , il n'est pas difficile de parer aux inconvéniens \ on peut s'abstenir de labac une heure avant que de se couclier. Il serait même à souhaiter qu'on s'en passât avant la Messe. Deux Conciles tenus, l'un à Lima, et l'autre à Mexico-, et qui tous deux ont été approuvés à Rome, l'ont très-sévèrement défendu (i6). Urbain VIII non-seulement en a prohibé tout usage dans les églises du Diocèse de Séville , mais encore l'a défendu très-particulièrement aux Prêtres de ce Diocèse , lorsqu'ils célèbrent le saint Sacrifice; et cela sous peine d'excommunication ipso facto (17). Si ces or-
(16) Ob reverentiara , quae Eiicharistiae percipiendae exhibeiiJa est, prœcipitur ne nllus Sacer^os ante Missae celebrationem , aut quaeyis alia persona ante comraunionem, quidqiiam labaci picietive , aut similium , medicamenti causa , per modum fumalis cvaporationis , aut alio quovis modo percipiat. Concil. Mexican. an. i58S. Roviœ approbat. an. z55^. Lib. 3. ,tit. i5. §. ïJ. Labb. tom. iS, col. 12^1. Limense III. actJ 3. c. 24.
(17) Urbanus VIII. BuUâ Cùm Ecclesia , data die 3o januar. 1641. tom. 4- Bullar. pag. 337. Le P. Alexandre, Sarnel Evêque , et Hurtado souhaitaient , et croyaient même ne'cessaire que les Evêques défendissent aux Prêtres et aux Fidèles de prendre ou de mâcher du tabac avant de dire la Messe , ou d'y communier. Quelques-uns même voulaient que cela fût défendu sous peine de censure :
po Chap. III. Difficuîlés
donnances ne font pas loi pour nous , elles
Feuvent faire des règles de conduite. Au fond, abus de ce côté-là est poussé aussi loin qu'il peut aller. Le tabac devient, dans le temple du Seigneur, un lien de politesse, de galanterie même. Est-ce pour cela qu'on se rend à la maison de prière ?
VIII. A regard du tabac macbicatoire , quatre théologiens, que je cite dans les notes (18), en croient l'usage contraire au jeûne naturel. La raison qu ils en rendent, c'est qu'il n'est guère possible que plusieurs des parties les plus succulentes ne passent dans l'estomac , ou qu'au moins il y a toujours à craindre que cela ne soit ainsi ^ ce qui en morale doit sufiire pour arrêter. On dira peut-être qu'elles n'y passent que par manière de salive^ mais, réplique-t-on , si , pour adoucir une inllanimalion , vous aviez mis dans votre bouclie un morceau de sucre, qui malgré vous eût passé en partie avec la salive , oseriez-vous commu-
le sa^e Benoît XIV , quoiqu'il ne prît point de tabac , pensait bien diflëremment 5 ce qui est odieux dans un temps, quand il n'est presque pratiqué que par des soldats , ne choque plus dans un autre , où Tusage des plus gens de bien l'autorise : ainsi Innocent X et Innocent XI avaient défendu , sous peine de censures ,.(ju'.)n en })rît dans l'église du Vatican : mais Benoît XIIJ révoqua cette loi, parce qu'elle n'était fondée que sur la crainte d'une indécence qui ne subsistait plus. C'est la réflexion de ce Pontife, dans son traité Je Synodo Diœces. lib. 77. cap. i3. n. 3.
(18) Van-roy , tora. 2. p. aS^. — Ethica amoris, de F.uchar. cap. 5v^. n. 720 , ^21. — rienno, de Euchar. disp. 8. quoest. 1. art. 1. n. 6. — Paulus à Lugduno, Capucinus, àc Euchar. qusest. 6. tom. 5. pag. 232.
sur la Préparation exténeiire. C)i
nier? Il n'y a pas d'apparence. Pourquoi donc le faire dans un cas dont la diflerence n'est pas assez marquée pour rassurer parfaitement ?
Je ne sais si ces sortes de choses ne dépendent point de la constitution des organes , ou do la vigilance sur soi -môme. Sans dotite qu'il y a des personnes moralement sûres de ne rien avaler. Si cela est , il n'y a rien à craindre pour elles. J'en dis autant de celles à qui , dans cette occasion, il n'arrive rien de plus, que lorsque après s'être rincé la bouche , elles avalent quelques gouttes d'eau sans le vouloir. C'est sur ce fondement que Pontas (19) décide en général que les feuilles de tabac, dont ou use en machicatoîre , ne rompent pas le jeune naturel , non plus que celui qui se prend en poudre. « Nous avouons néanmoins, con- )) tinue cet auteur , qu'un Prêtre qui pren- » drait du tabac de celte manière , sous pré- » texte de se purger le cerveau par l'évacua- » tion des eaux , serait très-blâmable: et une )) telle indécence serait pins pardonnable à un. » soldat qu à un Ecclésiastique qui ^ va rece- » voir le corps et le sang de Jésus-Christ. » Ce docteur eût apparemment excepté le cas de ces besoins réels qui bannissent l'indécence. Il y a des gens que la pituite étouffe, et qui lie peuvent dire la Messe de bonne heure.
IX. Avant que de passer outre, nous croj'^ons devoir observer en peu de mots, i"*. que le jeûne naturel peut être rompu par une actioa
(19) Pontas, V. if/e«e, oa&6.
9^ ChAp. m. Difficultés
forcée et involontaire. Car , quoique l'Eglise n'ait pas dû interdire la communion à ceux qui, malgré qu'ils en aient, avalent quelquesuns de ces petits corps qui nagent dans l'air , et qui le suivent naturellement partout où il entre , comme un flocon de neige , une petite paille, un moucheron; elle a pu défendre ce qui ne vient pas de l'air , mais d'une cause toute différente Aussi ne dira- 1- on jamais qu'un homme soit à jeun , parce qu'il a pris un bouillon malgré lui. Si cela était , une personne à qui on aurait entonné une bouteille de vin , pourrait communier : ce qui révolte. Ainsi pense le Cardinal de Lugo (^o) -, et Henri de saint Ignace aurait bien fait de penser comme lui,
2°. Ceux qui , avant que de se coucher , mettent dans leur bouche du sucre , de la réglisse , ou quelque autre chose qui peu à peu se fond et se résout par la chaleur naturelle , ne peuvent communier le lendemain , s'ils ne sont moralement sûrs qu'il n'en a rien passé depuis minuit. Ce qui serait entré dans l'estomac depuis ce temps-là , ne serait pas un de ces restes de nourriture , qui se cachent sans qu'on en soit maître 5 ce serait une vraie partie d'un aliment proprement dit , qui se prend à mesure qu'il se dissout dans la bouche. Aussi n'y a-t-il guère qu'une voix sur cet article. Diana et Quarti se sont récriés contre le sentiment opposé (a),
(20) De Lugo , de Euchar. tlisp. i5. secl. 1. n. 35.
la) Diana , part. 6. tract. 7. res, i5. et part. 7. tract, la.
sur la Préparation ex lé rieur e. 98
3". Il est à souhaiter que ceux qui se disposent à la communion du lendemain , soupent plus sobrement qu'à l'ordinaire , s'ils n'ont pas la force ou le courage de pousser la mortification jusqu'au jeûne-, ce qui serait plus difficile à un Prêtre qui célèbre souvent. Au reste , c'est une erreur de croire que , pour communier , il faille avoir dormi depuis le dernier repas , ou avoir fait digestion. Si quelque chose, dans ces occasions , devait faire différer Faction sainte qu'on voulait faire , ce serait une pesanteur de tête et d'esprit, qui ne s'allient pas bien avec la ferveur que demande l'Eucharistie.
11 nous faut maintenant entrer dans un long et pénible examen de plusieurs difficultés qui se présentent tous les jours sur le sujet que nous traitons.
X. La première est de savoir si la transgression de la loi du jeûne naturel peut n'être que vénielle , soit à raison de la légèreté de la matière , comme si une personne ne mangeait avant la communion qu'une amande ; soit à raison de la brièveté du temps, comme si on buvait un verre d'eau pendant que minuit sonne, ou quelques minutes après. Ces questions primitives en amèneront souvent d'autres : celle qu'on vient de proposer a deux parties j discutons-les l'une après 1 autre.
Pour commencer par la première, j'avouerai
res. 8. cité par Quarti, part. 3. tit. 9. scct. i. dub. 3. difiic. 2.
g4 ChAp. m. Difficultés
d'abord que je fus extrêmement surprîs ,' pour ne pas dire scandalisé, de voir un homme aussi célèbre que le fut M. Gibert , décider nettement et sans détour (^i) , que ceux qui vont à la communion , après a^oir mangé quel' que dragée , ou pomme, ou noisette , ou autj^e petite bagatelle , ne pèchent pas mortellement. Cette idée , abstraction faite de la bonne foi , et par conséquent d'une ignorance invincible , qu'on ne peut guère supposer , eu égard aux instructions sans nombre qui se font sur cette matière -, cette idée , dis-je , est absolument insoutenable. Et i**. il faut tomber d'accord qu'elle heurte de front le commun sentiment des Fidèles. Tous , dit le savant Sylvius , sont persuadés que , quelque peu de chose qu'ils aient pris, ne fût-ce que par inadvertance, ils ne peuvent sans crime s'approcher de la sainte table. Or cette persuasion intime ne peut être un simple préjugé , puisqu'elle naît de l'instruction au»si constante qu'unanime des Pasleurs du premier et du second ordre.
2°. Il est de principe , et nous le répéterons plus d'une fois, qu'on ne menace point pour une faute légère des plus rigoureuses peines de l'Eglise, telles que sont la suspense indélinie , l'excommunication majeure, et la déposition. Or c'est de ces peines terribles que l'Eglise dans ses Conciles a menacé, et peutêtre frappé en partie , ceux qui oseraient célébrer après avoir mangé ou bu , en quelque
(^i) Gibert, Con^iultat. sur r£ucharistie , consultât. i4>
sur la Préparation extérieure. 95
petite quantité qu'ils l'eussent fait (^2). Et iri vous n'avez ni Conciles à opposer à d'autres , ni usages à contrebalancer par des usages dilFérens , ni distinction établie , insinuée même entre le Ministre de l'autel et le simple Fidèle. Ce qui s est dit de l'un , quant à la substance du précepte , s'est toujours entendu de l'autre ^ et le casuiste à qui tout était probable , n'a pas pensé autrement que le théologien exact ('>3). Donc.
6'\ Quoiqu'une chose légère en elle-même ne puisse être précisément , comme telle , la madère dune loi qui oblige sub gravi, elle le peut néanmoins à raison de la tin que se propose le législateur, de la signification inystérieuse qu'il a eue en vue , et des autres
(22^^ Si qnis Presbyter post hoc edictum nostrum araplius in h^c vesaniâ fnerit deprehensus , id est , ut noa jejunus , sed quoccmque ja.m cibo percepto oblationeia cousecravei'it , continua ab officio suo privatus , à propri» depouaturEpiscopo. Concil. Bracar. III. an. 57a. Can. lo. JLabbe , toni. 5. coL 8i)8. jNullus post cibi potûsve quam- LiRET MiMMUM suMPTUM , Missas faccrc praesumat ouinino. Si quis hœc tentare pr*sumpserit , excommunicaUonis st-nlenliamsustinebit. Concil. Tolet. KIl. an. 6^b. Can. 2. Il/id. col. i83q. Prohibemus sub pœnâ suspensionis , ne uUus post cibum potumque mimmum suraptum , audeat c^lehrare. Sy'Jiod. JVemausensis an. 12S4. supra. Or M. Gibert , expliquant p. 7 J7. le deuxième Canon du Concile de Tolède , raisonne du simple Fidèle comme du Prêtre, et du Prêtre comme du simple Fidèle. Donc.
(23) Censeo cum Suario et Diana contrariam sententiam non esse practicè probabilem. Quarti , p. 3. lit. q. sect. i. club. i. \ ide Suarem , in 3. part. disp. 68. sect. 4- — De Lugo , disp. i5 sect- 2. n. 22. — Sylvium , in 3. part, quoest. 80. art. 8. — Nat. Alexand. Tneolog. Dogmat. lib. 2. tract. 4 ^e Euchar. cap. 5. art. 2. §. 2.
çj/d Chap. III. Difficultés
circonstances. C'est très-peu de chose en soi qu'une ou deux gouttes d'eau mêlées avec le vin pour la consécration : mais le mystère que ce mélange signifie, est aux yeux de l'Eglise quelque chose de si grand , qu'on ne peut y manquer sans péché mortel. C'est encore assez peu de chose qu'un verre de vin pris au cabaret par un Ecclésiastique in sacris ; et cependant le plus grand nombre des Evèques l'ont défendu, et très-justement défendu, sous peine de censure , à cause des conséquences. Or ces deux motifs , je veux dire celui de la tin et celui de la signification se trouvent ici. D'un côté , on a voulu prévenir jusqu'à l'ombre du scandale qu'auraient insensiblement donné des gens qui , en fait de boisson , comptent peu pour rien , et beaucoup pour peu (^4)- ^^ l'autre, on a voulu apprendre aux Fidèles, que Jésus-Christ est leur principal aliment , et qu'ils doivent avant toutes choses chercher cette nourriture céleste qui donne la vie , et la donne avec abondance (^S). Concluons donc, sans hésiter, qu'en fait de jeûne naturel il n'y a point de légèreté de matière , et qu'un Evèque sage eut raison de condamner à trois mois, de retraite un homme qui, dans ce cas, avait abusé de la maxime, Parum pi o nihilo reputatur.
(24) On le voit par ces paroles du sixième Canon du Concile de M.lcon , tenu en 585 , et qui apparemment n'ont pas été dites à jiropos de rien : w J)ecernimus ut nulius » Prcsl'V ter coul'erlus cibo , aut crapulatus vino , INIissas » concelebrare proL'stimat. » Can. S- Labb. tom. 5. col. ^82.
(25) Vide S. rUora. 3. part, quaest. 80. art. 8.
J'ajoute
sur la Préparation extérieure^ gj
Tajoute qu'il n'y en a point non plus du c6té du lemps. C'est encore le sentiment commun des Fidèles, qui n'aiment même pas à entendre disputer contre. D'ailleurs, pour peu qu'on se donnât la liberté de franchir la règle , bientôt on ne garderait plus de rriesure •; c'est de quoi l'exiDerience répond. Depuis qu on a commencé à mettre cet article en question , les uns ont étendu la liberté de manger jusqu'au dernier coup de minuit , d'autres jusqu'au temps d'un j4ve , Maria j quelques-uns à un demi-quart d'heure ^ d'autres plus hardis , à tout espace au-dessous d'une heure. Et qui doute qu'à force d'opiner , on n'eût bientôt été plus loin ? La probabilité féconde en conséquences ne s'arrête pas aisément, quand une fois elle est en train.
Mais , nous dira-t-on peut-être , un homme de la trempe de feu M. Gibert , homme qui ne fut jamais suspect de relâchement , ne s'est pas roidi contre la multitude sans de bonnes raisons. Je conviens que c'est la première pensée qui se présente à l'esprit : mais il s'en présente en même temps une autre , c'est qu'il est difficile que l'univers entier ait , sans de bonnes raisons , adopté un sentiment contraire à l'opinion de ce canoniste. Quelque habile que soit un homme, le préjugé n'est pas pour lui , quand il est lui-même contre le reste des hommes. Mais enfin examinons au moins quelques-unes de ces raisons.
XL La première est que le jeûne spirituel , qui consiste dans l'abstinence du péché , est
ç)8 CfiAP. m. Dif<cuhés
plus nécessaire à la communion que le jeûne matériel qui consiste dans l'abstinence des alimens ; parce qu'il est de droit divin, sans aucune exception, et que l'autre n'est que de droit ecclésiastique , qui a eu autrefois une exception pour le Jeudi saint, comme nous 1 avons dit ci-dessus. Or il est certain qu'on ne pèche que véniellement , lorsqu'avant la communion on n'a violé le jeûne spirituel qu'en matière légère. Donc par la raison des semblables, etc.
Mais qui ne voit que la première de ces trois propositions est absolument fausse dans le sens de l'auteur? parce que TEgb'se, en vertu de l'autorité que Dieu lui en a donnée, peut faire des lois qui obligent sous des peines plus gi lèves, que plusieurs lois de Dieu même. Qne répondrait M. Gibert, si on lui disait en raisonnant sur ses principes : Le jeûne spirituel est plus nécessaire à la célébration du Sacrifice , que les ornemens sacerdotaux , puisqu'il est de droit divin , et que ceux-ci n'en sont pas : donc il n'y a point ou il n'y a que peu de péché à célébrer sans ornemens sacerdotaux ? Et encore en le serrant de plus près : Le jeûne spirituel est plus nécessaire à la communion, que le jeûne matériel : or il n'y a point de loi qui défende de célébrer à un Prêtre qui n'a qu'un ou deux péchés véniels sur sa conscience ; donc il n'y en a point qui le défende à un Piètre qui n'aura bu qu'un ou deux coups de vin. Je laisse à tirer de plus fâcheuses conséquences , à ceux qui se sont
sur la Préparation extérieure» 99
accoutumés à croire que le liquide et le jeûne ne vont pas mal ensemble.
La seconde des raisons de M. Giberl , c'est qu'il n'y a point d'autorités assez expresses pour établir le rigoureux sentiment que nous avons embrassé. Mais ce savant homme se trompe en ce point (26). D'ailleurs la coutume et le jugement du monde entier ne suffiraient-ils pas pour l'établir ?
Enfin il argumente par comparaison du jeûne à la simonie , et il prétend que puisque celle-ci peut n'être que vénielle , à cause de la légèreté de la matière , il doit en être de mênie de celui-là. INlais nous ne lui passerons , ni le principe dont nous avons prouvé la fausseté dans un autre ouvrage ('^7), ni la conséquence qui ne peut être juste dans des matières aussi disparates.
XII. La seconde question , que l'on propose ici, regarde la manière de se conduire, quand on doute si 1 on n'a rien pris depuis minuit. A cela la plus juste réponse est que si l'on ne peut prudemment déposer son doute, il faut «'abstenir de célébrer, à moins qu'on ne fût dans quelqu'un des cas , dont nous allons parler tout-à-l'heure. La raison en est , que dans un vrai doute, si telle ou telle action n'est pas défendue , il faut prendre le parti qui expose
(26^ Voyez les Canons cités note 23 , et remarquez encore «ne fois que Oibert fait la loi égale pour le Prêtre et pour le peuple.
(37) Gouliouat. Xourneli, tom. 2. Tract, de Simoriâ , cap. 3.
ïoo ChAp. m. Difficultés
le moins, ou plutôt qui soustrait à tout danger. C'est une maxime contre laquelle les fausses subtilités ne prévaudront jamais.
Quand il y a dans un lieu plusieurs horloges qui ne s'accordent pas, il est de Tordre de s'en tenir à celle qui passe pour aller mieux. Il n'en est pas moins vrai devant Dieu qu'il est déjà minuit, parce que votre hoiloge ne sonne minuit que dans un quart d'heure. Dès que le premier coup sonne, il n'est plus permis de manger , pas même d'avaler le morceau que vous auriez dans la bouche. Au reste un homme sage ne s'expose point à toutes ces discussions ; et elles ne lui serviront tout au plus que dans les voyages. Si à l'inspection des étoiles un astronome qui en connaît le cours , jugeait que les horloges sont en défaut, il pourrait laisser celles-ci , et se régler sur celles-là.
La dernière 'question , mais qui se partage en plusieurs branches , est de savoir en quel cas on peut célébrer sans être à jeun. Car, qu'on le puisse en certaines occasions , c'est ce dont l'autorité du Concile de Constance ne permet pas de douter (^8).
Il y a de ces cas sur lesquels tout le monde est d'accord, d'autres sur lesquels on est partagé. Nous allons les parcourir l'un après l'au-
(cj8) Sa<^forura Canonum auctoritas laudabilis , et approbala cousuetuJo llrclesi.r servavit et servat quùJ nujusipoili Sacramenhim non dubetconfici posl cœnam , neque à Fidclibus vecipi non jej unis , nisi in casu infirmitatis , aut alterius nécessitât is , à jure vei Kcclesiil concesso, vel adnàsso. Concil. Constant, an. i^iS.seas. i3< LaUbe ft»m»
lu. col. 100.
sur la Préparation exténeure, lOï
tre; et en dire notre sentiment, sans préjudice de celui de nos maîtres. Ils savent de tout temps le profond respect que nous avons pour eux.
XITI. Le premier cas est celui où l'on ne peut empêcher la profanation du Sacrement, si on ne le prend au moment même , quoiqu'on ait déjà mangé. Un juif, un magicien > un calviniste forcené s avancent pour outrager la sainte hostie, la jeter au feu, la faire servir à des opérations damnables : il n'y a ni Prêtre , ni laïque à jeun , qui puisse parer le coup : tout homme, s'il ne peut autrement soustraire le corps du Sauveur aux insultes qu'on veut lui faire, peut après dîner, comme auparavant, le toucher , s'en communier soi-même , et le consommer. Il en serait de même , si dans un. lieu écarté, ou dans un pays infidèle , un Prêtre, après la consécration des espèces, tombait en défaillance , de manière à ne pouvoir achever le Sacrifice ; et qu'il v eût , faute de Ministre capable de suppléer , un danger réel que les espèces ne se corrompissent , etc. Le motif de cette décision , au^si solide qu'il est court, c'est que la loi du jeûne n'a été établie que par respect pour le Sacrement de nos autels : or le bon sens veut que ce qui n'a été introduit que pour procurer du respect , ne subsiste pas quand il produirait un effet tout contraire. Oa peut en quelque sorte appliquer ici cette maxime du Droit : Quod oh gratiam alicujus conceditur, non est in ejus dispendium retor* quendum, (Reg. Juris 62. in 6.)
7 02 Chap. ni. Difficultés
XIV. Le second cas est celui où un Prêtre ne peut achever à jeun le Sacrifice qu'il a commencé. Cela arrive , i"*. quand il ne s'aperçoit que lui, ou le Diacre qui le sert , a mis dans le calice de l'eau pour du vin , qu'après en avoir goûté dans le temps de la communion : et alors il ne doit ni en prendre davantage , dès qu'il a connu sa méprise , ni rejeter ce qu'il a dans la bouche , de peur qu'il ne rejette en même temps quelque particule de la sainte hostie \ i". quand après la consécration d'une des espèces , ou de toutes les deux, il se souvient qu'il n'est pas à jeun; eût-il commencé la Messe de mauvaise foi , il faudrait la continuer, après s être profondément humilié devant Dien.
XV. Mais que faire, quand on se rappelle, avant la consécration , qu'on a pris quelque chose le matin P Précisément tout ce que nous avons marqué ci-dessus pour le cas où 1 on se lappelle qu'on a encouru, quelque censure ecclésiastique-, c'esi-à-dire , se retirer, si on le peut sans scandale, et continuer, si on ne le peut pas. C'est la dccil^n du Docteur Angélique (29). Mais quoiqu'elle soit plus praticable en fait de jeÛJie rompu , qu en fait de censure encourue, parce que 1 aveu du premier ne déshonore pas, ce que fait l'aveu de l'r.utre , nous estimons qu'elle ne peut servir qu'à uu
(ag) J'utlus repiilarem (maxime in rasu mantlucationis et excouiniiinicationis "1 (|uôil Missam inooptan» de>tieift, iiisi çirave scaiij;îlum tiaici'vlur. S» l'Iiom, Z% p^rt. q. S3. art. 6. aU. 2.
sur la Préparation extérieure. ïo3 Prêtre dont la réputation est bien établie , et qui est aimé de ceux devant qui il célèbre. Tout autre s'exposeriiit au muiinure, et souvent à la calomnie.
XVL Si le Prêtre , après avoir pris les ablutions , aperçoit sur le corporal ou ailleurs quelques particules, grandes ou petites, d'une ou de plusieurs hosties qu'il a consacrées , il doit les prendre , quoiqu'il ne soit plus à jeun , parce qu'elles appartiennent au même Sacrifice (3o). Il péchera, s'il y manque; et soa péché irait au mortel , s'il en résultait quelque profanation de ces mêmes particules : ce qui peut arriver en bien des occasions , et surtout quand on célèbre sur un autel où il n'y a point de tabernacle, et sur lequel on ne célébrera de long-temps. S'il restait une hostie toute entière, la Rubrique veut, ou qu'on la mette dans le ciboire , ou qu'on la laisse au Prêtre qui doit célébrer après. Que si on ne peut ftiire ni l'un ni l'autre, il faut la conserver décemment dans le calice, ou sur la patène. Mais si ce dernier parti n'était pas possible , comme il arrive aisément dans de petites chapelles, le Célébrant devrait la prendre (3i).
(3o) Si Sacenlos deprehcntlat post sumptiotiem corporis et sanguinis , aut eliam post ablutionem , icii(|uias aliquas reJictas consecratas , eas snmat , sive parvje sint , sive magaae , quia aJ idem Sacri£icium spectant. Ruhiicn , 3. p. tit. 7. Ji. s.
(3i) Si vero relicta sit hoslia intégra consecraja, eam in ^ tabernaculo cura aliis reponat : si hoc fîeri necjuit , sequenfi ;^9$acerdoti ibi celebraiuro , in altari su}>ra corporale Joceater opertam , sumendam uuà cum aiterâ quam est coa-
io4 ChAp. in. Difficultés
XVII. Il se présente ici plusieurs difficultés incidentes , sur chacune desquelles il est à propos de nous arrêter un moment.
On demande donc d'abord, si un Prêtre peut , après l'ablution , consommer les fragmens qui restent de la Messe d'un autre , comme il peut consommer ceux qui restent de la sienne. Je suis presque sûr que cette difficulté n'arrête personne : elle est cependant sérieuse , ,et si sérieuse , que Cajetan , Sylvestre Mozolin , Navarre , Suarez (<^), et le plus grand nombre des théologiens tiennent la négative. La raison qu'ils en donnent , est que la Rubrique ne permet à un Minisire , qui n'est plus à jeun , de prendre les parcelles qu'il découvre après coup , que parce qu'elles appartiennent au même Sacrifice, et à l'intégrité delà même communion. Or les fragmens de l'hostie consacrée par Titius n'appartiennent en rien au Sacrifice que j'ai offert après lui : donc j'en dois juger , comme fait la Rubrique d'une hostie toute •entière j' c'est-à-dire, ou les mettre dans le tabernacle, s'il y en a un, ou les conserver d'une manière décente sur la patène ou sur le corporal , ou enfin ne les prendre que quand tous ces expédiens me sont impossibles.
ftecraturus , reliquat ; Tel si neutrum horum ficri possit , in ipso calice, son patenâ decenter conservet , quousque ■?cl in tabernaculo reponatur , vel ab allero sumatur : quod si non halM;at quomodo honestè conservetur , potest «am ipseniet sumere. Ibid. n. 3.
\a) S}lT€sler ,et alii; apud buarem ,in 3. part. disp. 6d4 «cet. 6.
sur la Préparation extérieure* io5 Malgré cela , je crois, avec quelques autres docteurs , qu'on peut très-bien suivre l'opinion, contraire; i". parce qu'il est difficile, et souvent impossible de discerner si une ou deux parcelles que j'ai devant les yeux, viennent de ma Messe , ou de celle dun autre. Or quel trouble , quel embarras dans une conjoncture où un Prêtre a besoin d'être tout à soi , pour être tout à celui qu'il vient de recevoir ! 2°. Parce que les parcelles du premier Sacrifice appartiennent de plein droit au Sacrifice suivant ; puisque le Ministre de celui-ci doit suppléer aux défauts de celui qui l'a précédé. Donc ce que la Rubrique a réglé distinctement pour l'un, est censé implicitement avoir été réglé pourlautre. 3°. Parce qu'un Prêtre , quipuritîe le ciboire, ne pourrait prendre avec une ou deux ablutions les fragmens qui y sont contenus ; puisque de ces fragmens il n'y en a souvent aucun qui appartienne à la Messe qu'il dit actuellement , et que d'ailleurs il cesse d'être à jeun , aussitôt qu'il a pris la^ première goutte d'ablution. Concluons donc que ce dernier sentiment est beaucoup plus probable que le premier. J'ajoute qu'il est plus sûr , en ce sens qu'il pourvoit mieux aux inconvéniens , qui ne peuvent être que très-considérables quand il s'agit du corps et du sang de Jésus-Clirist ; puisqu'on ne sait souvent ce que deviennent les parcelles qui n'ont pas été aperçues à temps. Aussi, dit un théologien étranger (32), ai-je
(33) Marciiini. tract. 3, p. 3. cap. 3. n. 19.
io6 Chap. m. Dlfflcidtés
appris que des Ordres , célèbres parleur science et par leur piélé , ont pour pratique de consommer sur-le-cliamp toutes les particules qu'il» découvrent devant ou après l'ablution.
On demande , en second lieu , jusques à quand un Prêtie peut prendre les parcelles qu'il n'a pas aperçues dans le temps de la communion ? 11 est sûr qu'il le peut tant qu'il est à l'autel , parce que sa fonction n'est censée finie, qu'après qu'il en est sorti ^ et cela serait vrai, quand il aurait p»assé une demi-lieure à donner la Communion. Mais le peut-il encore , quand il est rentré dans la sacristie ? C'est sur quoi on n'est pas d'accord. Plusieurs croient que quand même il serait encore revêtu de tons tes ornemens, il ne pourrait, ni là ni ailleurs, prendre les fragmens qu'il a découverts ; parce que ce serait in rei verilate une nouvelle communion, qui lui est sévèrement défendue^ si ce n'est, ajoutent-ils, qu'il ne put conserver avec décence ces précieuses partelles : car alors il peut ou les prendre, même après avoir quitté ses habits sacerdotaux , ou les donner à quelqu'un qui soit en état de communier : et c'est, dit Quarti (33), ce dont tout le monde convient. Néanmoins Benoît XIV pense, , avec le Clergé de Padouc, qu'un Prêtre qui n'est pas encore déshabillé peut prendi e dan.s la sacristie ces particules , comme un CiHuplément du Sacrifice qu'il vient d'ofï'rir. Voici ses paroles : Sumplio hanim re-
(31^ Quarti, part. ?.. <il. lo. sert. •2. dub. /j. — • licûricus à S. Igùut. «le iuicUar. c 55. n- 726,
sur la Préparation extérieure, Toj
iiquiarnm post Missani relictarum est compte^ mentuni ipsiiis acLÎonis et Sacrificii , quod moraliter censetur durare , donec conciutant hœc duo, et quod adsint talia fragmenta ex ipso inad^ertenter relicta , et nondurn sac ris vestibus Sacerdos exutus sit , dummudo non studiosè, aut aliquo iîipediniento detentus diii distulerit eas exuere y sed unico contextu , ut Jieri soîet , ab al tari ad sacrisliam recta per-^ rexerit , et ibi sacrœ niensœ reliquias , para" tnenta Missœ depositurus , ingéniât (34)' Cette raison paraît faible. Si un Prêtre ne commence pas le Sacrifice pour avoir déjà pris ses ornemens , pourquoi le continuera-t-il pour ne les avoir pas encore quittés ? Si donc quelque chose m'engageait à suivre ce sentiment, ce ne serait guère que la crainte de la perte de ces paj celles , qui se dérobent facilement aux yeux, ou que des Prêtres peu précautionnés enlèvent avec les franges du voile. Jamais, pour le dire en passant , le voile ne doit porter sur le dedans du corporal : pour cela le plus sûr est de ne le déplier qu'à l'OiTertoire. Que si on le déplie d'abord , il faut replier le bas jusque sous le pied du calice , de sorte que le voile ne louche que la nappe.
On demande encore si un Prêtre, qui , après les ablutions communes , aurait pris quelque chose pour se fortifier, parce (pi'il tombait en faiblesse, pourrait prendre ensuite les parcelles que le Diacre lui ferait apercevoir sur la patène 5
(3}) Resol. Oeri Patav. apud Beoed. XIV, de Sacriit, Misàse, lib. 3. cap. 17. û. 5.
lo8 ChAp. III. Difficultés
îfavarre, de Lugo et un très-grand nombre d^autres , cités par Quarli (a) , soutiennent , et ont raison de soutenir, qu'il ne le pourrait sans péché mortel. En effet l'Eglise ne permet de prendre après l'ablution ce qui reste du Sacrement , que parce que Tabluiion , avec laquelle SI se mêle nécessairement quelque chose du sang de Jésus-Christ, est regardée comme faisant une espèce de tout moral avec la commu- 3\ion : et c'est par cette raison que le Prêtre est censé à jeun dans toute la suite de l'action de la communion : Kigorosè quideni in princi' pio y disent les théologiens, et in progressa moraliter. Or ce que prend un Prêtre pour se fortifier, est si étranger à la communion , qu'il ne peut être regardé comme faisant un tout moral avec elle. Donc ce même Prêtre ne peut plus alors être censé à jeun , ni dans un sens étroit , ni dans un sens moral. Donc il ne peut en ce cas prendre les fragmens qu'il aperçoit si tard; à moins qu'il ne pût les conserver, ainsi que nous l'avons dit plus haut. Reprenons ia suite des causes où l'Eglise a dû suspendre , quant au jeûue naturel , la rigueur de se« lois.
XVIII. Le troisième cas est celui où Ton BC peut autrement éviter un scandale , ou une perte considérable. La raison en est , que les lois humaines , et assez souvent même les lois positives de Dieu, n'obligent pas dans de paxeilies circonstances. C est le sentiment de saial
(«) Quarti, part. â. lit. lo. sect. a. dub, i«
sur la Préparation extérieure, log
Tliomas , et il est reçu communément (35). De là on a j^oulume d'inférer qu'un Prêtre peut célébrer sans être à jeun , lorsqu'en y manquant, contre son ordinaire , il se fera soupçonner ^'un crime qui s'est commis la veille , ou qu'il donnera à son peuple un grand scandale. Plusieurs étendent cette décision à un séculier, qui ne se souvient d'avoir pris quelque chose , que quand il est déjà à la sainte table 9 et qui craint le scandale et l'infamie, s'il se relire sans communier. Quoique ce cas ne soit pas absolument impossible , on doit le regarder comme très-rare , et par conséquent arrêter , dans la pratique , les conséquences que l'amour-propre et la crainte d'un scandale imaginaire en tireraient indubitablement. En eifet rien de phis commun que de voir des Laïques de toute espèce quitter la table de la communion pour quelques momens , ou même toutà-fait, à cause de leurs scrupules. D'ailleurs on y voit toujours bien des personnes , dont les unes ont déjà communié, et les autres n'y pensent pas , mais cherchent uniquement la propreté et la commodité du lieu. Enfin quand un séculier qui est à l'abri du soupçon dirait à tous ceux qui voudraient l'entendre , qu'il s'est souvenu d'avoir mangé après minuit, risquerait-il beaucoup ^ et la communion du lendemain ne pourrait-elle pas suppléer à celle dont il se prive aujourd'hui.^
(35) S. Thora. 3. part. q. 83. art. 6. ad 1. — Suarcz j'i» 3. part. disp. 68, sect. 5. utjîne* — De Lugo 7 disp. i5. sect, 3. n. 70. «t€»
iro Cnkv. VI. Difficultés
AIX. Le quatrième cas est celui d'un ma- Jade qui doit recevoir le saint Viatique. Il n'y a qu'une voix sur cet article. Il faut seulement observer que dans les pays où il est d'usage de communier les criminels avant le dernier supplice , on les regarde comme on fait en France les malades qui tendent à la mort. Au reste, quoique certains théologiens (36) fassent à ceux qui sont chargés d'administrer les derniers Sacremens , une loi étroite de prendre , pour communier un moribond , le temps où j ij n'a encore rien pris, quand ils le peuvent \ sans se déranger considérablement \ je ne vois pas , même dans les Communautés , où de l'église aux inlSrmeries il n'y a qu'un pas à faire, qu'on se gêne pour cela. Surtout on aurait grand tort , en attendant une ou deux A heures après minuit , d'exposer un malade à 1 mourir sans communion , ou à ne la recevoir " que dans un état d'accablement et d'aliénation commencée, où l'esprit ne connaît presque pins la grandeur du don de Dieu.
XX. C'est ici le lieu d'examiner une question fort débattue parmi les casuistes. Il s'agit de savoir si un Prêtre , qui n'est plus à jeun , peut célébrer pour consacrer une hostie , faute de laquelle un malade mourra sans Viatique.
Le plus grand nombre des docteurs prétend qu'il ne le peut pas : i°. Parce que le respect et la dignité infinie du Sacrement exigent qu'on
(36) Zambranus apiul Quarti , part. 3. til. 9 sect, i» dub. 6. TeiCia cauiu.
sur la Préparation cxténeure. lit
ne le consacre q\i'avec les rits marqués par i l'Eglise , hors le cas de la dernière nécessité, I Or, poursnivenl-ils , ce genre de nécessité ne se trouve point dans le cas présent ; puisque ^ j de l'aveu de tout le monde , la communion n'est pas absolument nécessaire au salut , et moins encore, quand il ne dépend pas de nous de la recevoir. 2°. Parce qu'il n'est pas plus permis de célébrer sans élre à jeun , pour communier un moribond , qu'il n'est permis de le faire, pour la même fin, sans autel, sans orncmens , sans calice consacré, en un mot, sans pouvoir suivre ces rits principaux, dont lEgiise a fait autant de lois inviolables. Or l'on convient que cela serait défendu dans tous ces cas : donc. 3°. Parce que , pour célébrer après avoir rompu le jeûne , il faut une dispense de TEglise , comme il en faut une pour communier en pareil cas. Or l'on ne trouve ni trace ni vestige d'une semblable dispense. Il faut donc s'en tenir à la loi générale , et ne s'exposer pas à faire un mal , pour procurer du bien à un autre. Ainsi pense saint Anionia ♦, plusieurs habiles théologiens l'ont suivi (3^) , et Benoît XIV s'y est joint d'une manière trèsdécidée.
Cependant il y en a d'autres , et de ceuxméines qui marchent le plus à pas comptés (38) ,
(37) Paludanus , Sato , Ledesma , Navarr. apud Suarem , in 3. pari. disp. 6S. sect. 5. — Sjlviiis , in 3. part, quaest. 80. art. 8. — BoTjacina , de Euciiar. disp. 4- punct. 2. n. 24. — Habert , de Euchar. cap. 20. qua^r. 3». etc. — Benedictns XIV, de Sacrificio Missae , lib. 3. c- 12. u. 8.
(38) £tiùca atnoris , de Euchur. c. S5. n. ;23. : — JMajor,
lia Chap. III. Difficultés
qui embrassent le sentiment contraire. Ils disent pour leurs raisons, i*'. que si l'Eglise faisait du jeûne eucharistique un précepte aussi rigoureux que l'est celui de ne pas célébrer sans autel ou sans calice, elle ne permettrait pas même à un malade de communier sans être à jeun: elle le lui permet néanmoins, et plusieurs fois dans la même maladie , comme nous pourrons le dire ailleurs 5 2°. que plusieurs de ceux qui ne veulent pas qu'on célèbre alors pour donner le Viatique à un moribond , permettent qu'on célèbre pour soi-même , comme si un Prêtre n'apprenait qu'après dîner qu'il va être la victime d'une main ennemie et barbare. Or , disent-ils , la charité veut que je fasse pour un autre ce qu'elle me prescrit pour moi-même. Quelques-uns ajoutent, avec Quarli (89) , que l'Eglise dans ces sortes d'occasions adoucit la rigueur de ses autres ordonnances \ qu'elle permet par exemple qu'on célèbre sans s'être réconcilié, ou sans avoir de Répondant, ou à une heure prohibée , ou enfin deux fois dans un jour.
Après avoir ainsi* étayé leur opinion , ils tâchent de réfuter les preuves de l'opinion contraire. Ils répliquent à la première , que la loi du jeûne n'est pas du nombre de celles dont l'omission emporte, dans un cas aussi pressant, une vraie irrévérence.
Ils disent à la seconde , qu'il y a dans
in 4- Senten. dist. 9. quaest. 3. — ■ Granaclo, çtc. apud Avers, de Euchar. qn;cst. 8. sect. 9. in Jine*
(3^) Quarti, p. 3. tit. 9. «cet. 2. dub. 7^
sur la Préparation extérieure. ii3
l'Eglise , relativement à la célébrAlion de la Messe , deux sortes de rits : les uns qui ont pour objet la majesté du Sacrifice , et Tobligation d'inspirer au peuple, par un appareil frappant , le juste respect qui est dû à une action si sainte : les autres qui ne regardent que le Prêtre , et qui tendent uniquement à le mettre en état de recevoir en odeur de vie un Sacrement établi pour la donner. Ils mettent dans le premier rang de ces cérémonies , lautel , le calice , le pain azyme , la lumière, etc. Ils placent dans le second le jeune et la confession. D'où ils concluent que les rits de la première espèce ne peuvent être omis dans aucun cas ; et que ceux de la seconde le peuvent être , quand, on ne peut les garder sans faire tort à soi ou à son prochain. Et cela , disentils , est d'autant plus raisonnable , que ce qui manque ici d'un côté peut en quelque sorte se suppléer de l'autre. Une contrition sincère tient lieu de confession ; quelque mortification sagement entendue peut tenir lieu de jeune : et ce jeune n'est-il pas déjà bien compensé par la charité qu on exerce envers un pauvre moribond .^
Enfin ils répondent à la dernière raison , que , puisque TEglise dispense de sa loi les malades qu'on pourrait souvent communier à jeun , on a lieu de présumer qu'elle dispense aussi les Prêtres en faveur de ces malades , à qui elle permet de recevoir , dans ces derniers moraens , l'absolution dun excommunié , et d'un hérétique dénoncé. Que si elle ue s'est
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point expliqué sur l'un , comme elle a fait sur l'autre, c'est qu'il n arrive presque jamais qu'un Prêtre, pour communier un infirme, soit obligé de célébrer après avoir mangé ou bu; et que l'on ne fait pas de lois pour des cas qui n'arrivent presque jamais. Fro raid contingentibus non constituuntur leges.
\oilà ce que j'ai pu découvrir de plus fort de part et d'autre. Mais puisqu'on m'a fait donner parole de dire mon sentiment , bon ou mauvais, je dirai en deux mots, i**. que, régulièrement parlant, je suivrais, tant pour moi que pour tout autre malade, l'opinion de saint Antonin, parce qu'elle a des garans plus sûrs : ce qui est un grand point en morale , où il faut souvent voir par les yeux d'autrui , et trouver bon ce que les plus sages ont trouvé tel ^ surtout quand ils ont approfondi la matière , et que leurs raisons valent bien celles qui leur sont opposées \ 2**. que je ne condamnerais point du tout ceux qui , après y avoir bien pensé devant Dieu , croiraient devoir faire autrement : le maitre que nous servons est trop bon pour improuver une action qui n'a d'autre principe que la charité; 3". qu'il y a des conjonctures où je prendrais ce dernier parti , comme si un malade mis aux plus violentes épreuves, soit par la force des douleurs , soit par une espèce d'obsession de l'ennemi du salut , n'avait de ressource que dans l'Eucharistie.
On demande pourquoi je permets de célébrer, vmissd confesjiione , pour donner le Vialiq^ue ,
sur la Prc'paration exténeiirc. ii5
et cjue je le défends à un homme qui n'est plus à jeun.
Ma réponse , qui ne satisfera pas beaucoup , et que j'avais déjà insinuée , c est que les plus graves autorités permettent le premier, et défendent le second^ quoique, eu égard au danger du sacrilège, elles eussent, ce me semble, dû permettre le second , et défendre le premier. Quid dicendum de Sacerdote , dit Benoît XIV, gui, conscius se non esse jéjunum , ad Missani accersitur celebrandam , ut irijiimo yiaiicum po'^olt ministrari? Eine licebit Missani célébrai e? Quœstioni propositœ fidenter
respondenduni neganda Quod si quis ob"
jiciat passe Sacerdoteni gravis peccati reum sine prœuid confessione Missani celebrare , solo elicilo contrilionis actu, ut possit injirnio } ia-ticum prœbeji ,• respondenius prœcepto se expiandi per sacr amentale ni confcssionem tune Sacerdotem obligari, cUm ei copia sit ConfeS' sarii-^,., prœceptum verô jcjunii indiscriminU" fini obligat Sacerdoteni , nisi Pontifex euni dispensaverit ob giauissimam causam vitandi scandalum , etc. (*) C'est-à-dire, si je l'entends, que la loi du jeûne est générale , et qu'elle oblige en tout cas , hormis celui de la dispense ; et que celle de se confesser n'a lieu que quand on peut la suivre , et cela principalement , parce qu'on peut y suppléer par ua bon acte de contriiion.
(*) Bcned. XIV , de Sacrijîcio Missœ , lib. 3. cap. ïa« n. 8. Ce Pontife cite pour lui Bici» iXavarre , Paludunu*, Sjlvius, Cabassut, etc.
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XXI. Le cinquième cas où l'on peut communier sans être à jeun, est celui où ilfaut continuer la Messe d'un Prêtre qui meurt , ou qui tombe en défaillance après la consécration : car alors , si l'on ne trouve personne qui soit à jeun , comme cela peut aisément arriver par rapport aux Messes qui se disent tard j un Prêtre qui a mangé ou bu , peut et doit achever le Sacrifice. C'est la décision d'un Concile de Tolède (4o) , et il n'y a qu'une voix làdessus ; parce que, de droit divin, le Sacrifice doit être fini , quand il a été commencé.
XXII. Le sixième et dernier cas est celui où l'on aurait obtenu dispense pour célébrer ou pour communier , après avoir pris quelque peu de nourriture. Je ne sache pas qu'une pareille dispense s'accorde hors le cas de maladie, dont nous avons parlé , si ce n'est la veille de Noël à Rome dans la chapelle du Pape , où il est d'usage qu'un Cardinal commence et finisse avant minuit la première des trois Messes qui se disent dans cette grande solennité \ ce qui s'observe aussi à Venise dans 1 église de saint Marc. Ce fait donne lieu à bien des discussions , dont je m'abstiendrai , parce qu'elles seraient inutiles en France (*). J examinerai seulement une difficulté qui s'est présentée autrefois, et qui pourrait encore revenir.