‹ Traité des saints mystèresChapitre 16 sur 40 · II. Mais tout pain peut-il être la matière de · texte numérisé non relu

II. Mais tout pain peut-il être la matière de

(i) Accepit Jésus panem , et benedixil , ae fregit , deditqiie Discîpjilis suis , et ait : Accipite , et comedif e : hoc est corpus menm. Mailh. xxti. a6. Marc. xiv. 2a. etc.

(3) In Sacramentis corporis et sangiiinis Doiiiini niliil amplitis oficratur, qiiàm ipse Dorainus tradidit , hoc est, panis et %inum aquae niixlum. Concit. Cailhaîf. 111. an. 3^7. cap. •j4. Labbe , toni. a. col. nyo. Vide Concil. Flo- \ jrcnl. in Decreîo Eugenii IV ad Armenos j Lateran. IV. cap. Ftrmiier ; l'rid. scss. i3. i\. aa. etc.

(3) Il Ta ete par Jes Gnosticpies, \ers l'anaiS, par les (^alaphryges , vers Q17. etc. Vo^ezi». Epiphaue , hœies.^6. S- Auguslio, hœreS' â6 et :)b-

sur la matière du Sacrifice. f3î

la Consécration ? Cesl la première difficulté qui se présente ici.

Et d'abord il n'y a personne qui ne donne l'exclusion au pain ^i se fait ou de légumes , comme de pois et de fèves ^ ou de fruits , comme de noix et de châtaignes ; ou de racines , comme de celle qu'on nomme cassave dans TAmérique.

Il n'y a donc que ce qui croît en épis y qu'on puisse avec quelque sorte de vraisemblance' prendre pour la matière de l'Eucharistie; mais il faut encore en retrancher l'orge, l'avoine ^ et tout ce qui se peut rapporter à l'un ou à l'autre. Ainsi il n'y a guère que le froment et le seigle dont on puisse disputer.

Que le pain de froment sujfïise pour la consécration , c'est une vérité que personne ne conteste', mais qu'il en soit la matière nécessaire, en sorte que le pain de seigle n'y puisse suppléer, c est de quoi l'on ne convient pas. Saint Thomas , dont le seul nom fait un argument , met en ce genre le seigle au niveau du froment (4). Sa raison est que le premier naît du second dans les mauvaises terres, et qu'ainsi ils sont l'un et l'autre de la même espèce. M. d'Argentré (5) pense et parle comme le saint

(^) Si qira frumenta s«nt, quae ex setuine tritici generari possunt ( sicut ex grano trifici , seminato in maJis terris , nascitur siiigo ) ex talifrumento panis eonfectus, polest esse materia Eucharistia:. S. Tïiom. 3. part. q.'^4. art. 3.

(5) D'Argentré j Expîic. des Sacrera. De l'Eiicliar. cli. n. tom. 1. pag. 206-. — Tournel. de Euehar. quœst. 4- art. 4coucL a- pag. 36i,

i32 Chai». IV. Difficultés

Docteur ; et le savant Tournéii se range du

même côté.

Nous croyons néanmoins , avec plusieurs célèbres Thomistes (6) , que le sentiment conîraiie est le seul qu'on puisse suivre dans la pratique. Nos molifs sont, que la matière de l'Eucliaristie est du pain simplement dit : or cette dénomination dans l'usage commun, ne marque que le pain de froment. Tout pain d'un ordre inférieur s'exprime avec une addition qui caractérise son espèce. C'est, dit-on, du pain d'orge , du pain de seigle. Comme donc , lorsqu'on dit simplement que l'huile est la matière de la Confirmation , on entend par-là l'huile d'olives , à l'exclusion de toute autre-, de même,, quand l'Ecriture et la Tradition assignent le pain pour la matière de VEueharisiie , on ne doit entendre l'une et l'autre que du pain de froment.

Il y a plus : c'est que pour lever l'équivoque , qui n'était pas bien à craindre, l'Eglise , quand l'occasion s'en est présentée , a spécifié le pain dont elle veut qu'on se serve pour la consécration. On le voit dans ses Conciles, dans ses Rubriques , dans ses Catéchismes (7).

(6) Drouin , de re S acramentariâ , contra perduelles hae- Tcticos , lib. 4- ffuaest. 2. cap. i. cdit. Venet. 1756. tom. i. p. 349. — Catechism. Rom. infr.T.

(7) Papa. Qnotl azymum et fermentatum indifferentia sint j dnnfhiodù oit ex liiîico. Gniïici. Jllud de azymo et fermentato recipiraus indiiJerenler. ConciL. Florent, sess. j'i. ( Lahl). lom. i3. col. 49-f- ^ J'ertiiim est Eucharisfine Sacramenlum , ciijiis materia estpanis trilicetis, et \inuni de vile. Lugenius i/^. tùid, in Uvcrelo ad Aimenos> •*

sur la matière du Sacrifice. i3?

Qui peut sans danger tenir ferme contre de si respectables autorités ?

J'ajoute que la raison sur laquelle se fonde saint Thomas n'est rien moins que concluante; puisque bien des gens soutiennent que le froment dans les mauvais fonds dégénère en ivraie et en avoine •, graines dont le saint Docleur n'aurait pas voulu faire la matière de l'Eucharistie. Les nouveaux naturalistes n'admettent aucune conversion d'une semence en Vautre ; et par-là ils ôtent toute probabilité .à l'opinion de saint Thomas. Ainsi la bonne physique sert quelquefois à la théologie.

Le pain fait avec du froment qui n'est pas bien pur, mais où il n'y a que peu de grains de seigle, d'orge, ou autres semblables, ne laisse pas d'être propre à la consécration. Il est toujours réputé pain , comme le vin mêlé de quelques gouttes d'eau est toujours réputé vin. Cependant le respect infini qui est dû au Sacrement , exige qu'on n'emploie pour sa matière que ce qu'il y a de plus pur et de plus blanc. On peut voir dans les Coutumes de Cluni avec quel soin on préparait , dans cette

Ruhric. part. 3. tit. 3. — Salvatoris verba ostendiint panem Euchaiisùcuni ex tritico confici oporlere; com- Tïjuni enim loquendi coiîsiietudine , cnm panis absolutè dicitur , pauem ex tritico inteliigi satis constat. Catechism. tJoncil. Tria. part. a. de Euchar. n. 12. Le Catéchisme du Concile de Trente est en grande partie l'ouvrage de plusieurs savans Dominicains. Il a été approuve par Pie y , par Grégoire Xlll, par S. Charles , par le Clergé de France assemble à IMelun , etc. Voyez l'Apparat qui est àia ttte du liyre , art. 2 et 3,

r34 Chap. IV. Difficultés

illustre et sainte Abbaye, les pains qui devaient servir à Faulel (8).

m. 11 suit du principe que nous venons d'établir,, qu'il ne serait permis de consacrer du pain de seigle, ni pour procurer le Viatique' à lin malade, ni pour faire entendre la Messe à une Paroisse, qui la perdra un jour de Fête ou de Dimanche. C'est qu'il n'est jamais permis de se servir d'une matière irès-douteuse, hors le cas de la dernière nécessité : et qu'il n'y en a aucune d'entendre la Messe, ou de communier à l'article de la mort , quand on ne peut ni l'un ni l'autre, sans exposer un Sacrement au danger de nullité. Dans ce cas la loi de Dieu et celle de l'Eglise cessent également. On peut même dire qu'il en faut beaucoup moins pour arrêter l'obligation qu'elles imposent. Cela est évident en France, où Ton refuse le \iatique à ceux qui sont condamnés .a,u dernier supplice.

Comme le pain^ pour être de vrai pain, doit être pétri avec de l'eau naturelle , et cuit au feu d'une certaine manière , tout ce qui se fait sans lun ou sans 1 autre, ne peut servir à l'autel. De l'eau de la mer suffirait au défaut d'autre^ de 1 eau de rose ne ferait qu'une matière douteuse (9). Le lait et le miel feraient

(8) Voyez Anliq. cf>nsjiet. Cluniac. monast. Irb. 3. cap. l3. in Sfuci/egio , tnni i. in-J'of. et loin. 4. in-4^. — Hisf. ne rKglise g;>llicane, p;ir le P. Longueval. liv. î»3. an 1109. lom. 8. in-4*'- pag- 233.

(f)) Si partis sif confccfus fie .irful rosace.1 vcl alterins iltslillationis , (Itibiiiin est an coaticiatur Sacraïuenlum. Huhi'ic. part. 3. ÙL. J. n. u.

sur la matière du Sacrifice. i35

une maîière absolument nul'e. Mais que le pain soit cuii au four, sous la cendre, ou entre des iers chauds cela est inditrérent pour la substance du Sacrifice. Je dis, pour la substance ; car, pour la malière, chacun doit s'en tenir à rasage de son Eglise.

IV. Les Grecs se servent de pain levé pour l'Eucharistie , les Latins de pain azvme ou sans levain. Ce n'est pas ici le lieu d'examiner laquelle de ces deux pratiques l'emporte sur laulre. Si , comme nous le croyons, Jésus- Christ n'a inslilué l'Eucharistie qu'après la Cène paschale, c'esl-à-diie, dans un temps où il était détendu sous peine de mort de manger ©u même d'avoir à la maison du pain levé , lEglise latine a l'avaniage de suivre le plus ancien et le plus parfait modèle de consécration qu on puisse imaginer. Mais , après tout , 1 une et l'autre malière suffit à ressence du Sacrifice. Nous ne faisons point de procès aux Orientaux sur leur usage ^ et ce n'est que depuis que le démon du schisme et de l'erreur s'est emparé d'eux , qu'ils ont tâché de lépandre des doutes sur le nôtre. Les Calvinistes semblent s'èire unis à eux (lo) j mais les Luthériens nous ont vengés (ii).

11 faut cependant observer, qu'un Latin j

(lo) Wendelin , Chris tianœ TheoJogiae lib. i. cap. aS. Thés. i3. pag. 5o4.

(il) Fridem. Rechmanni Theologia Polemica , loco xiv. de saci\1 Çœnâ, conlrov. 4- An placentoe orbiculares . quae >nlgô Hosli;? , vel Oblafœ dicunlur , iu S- Cîeiia adhibentui ^ ^iut yeius paais ? />«^- ioo6.

i36 ChAp. IV. Difficultés

qui chez les Latins consacrerait avec du paîn levé \ et un Grec , qui chez les Grecs consacrerait avec des azymes , feraient , chacun de son côté, une faute considérable; parce qu'aucun particulier n'a droit de s'écarter d'un rit important , et moins encore, quand cela lui est défendu par une autorité légitime, comme il arrive ici (12).

Ce serait autre chose, si un Grec voyageait chez les Latins , ou un Latin chez les Grecs \ car il peut alors se conformer à l'usage du pays dans lequel il célèbre , à moins que ceux de sa nation n'eussent une église dans le lieu où il se rencontre, et qu'iln'aimât mieux y célébrer, comme il est à propos; parce qu'on est long-temps novice dans un rit étranger.

Si un Latin devenait membre d'une Eglise grecque , ou un Grec d'une Eglise latine , Quarti prétend que ni l'un ni l'autre ne pourraient retenir leur ancien usage ; et qu'ainsile Grec serait tenu de célébrer avec du pain azyme, et le Latin avec du pain levé. Mérali est d'un autre avis (i3) , et il se fonde sur l'usage où sont les Grecs domiciliés à Rome de célébrer à la grecque, même dans les églises des Latins. Mais ne pourrait-on pas dire, qu'il y a dans ce cas , ou une dispense du Supérieur, ou une coutume, qui dûment ap-

(12) Unusqiiisque jnxta Fxclesifc siiae , sive Occidcnlalis , sîve Oricnlalis consueiudinem consectet. Concil. l^Horent. in Lilteris unionis. Labb. tom. i3.

(i3) Quarli, part. 3. lit. 3. sect. i. dub, 10. — M«rali, |)arl, 'i, tit. 3. ad n. 3^ Gavaati.

sur lu matière du Sacnyice, 1^7

prouvée, équivaut à la dispense? Quoi qu'il en soit, en posant pour principe avec saint Augustin , qu\iu lionime sage n'a rien de mieux à faire que de se conformer à la discipline des lieux où il se trouve (i/j), j établirais volontiers qu'un Prêtre Latin , qui se (ixe dans l'Eglise des Grecs , fait bien de suivre leur rit en entier, à moins qu'il ne soit d'usage, dans le lieu où il est, qu'il suive le rit des Latins; comme il est d'usage à Rome et ailleurs, que les Grecs suivent le rit qui leur est propre.

Mais un Prêtre du rit latin ne peut-il en aucun cas célébrer avec du pain commun , quand il se trouve tout-à-coup dans l'impuissance d'en avoir d'autre? Il s'agira par exemple de dire la Messe, ou pour un peuple nombreux qui ne l'entendra pas dans une grande solennité, ou pour communier un malade qui s'en va à grands pas , ou pour achever la Messe que n'a pu finir un Prêtre , qui a prononcé les paroles de la consécration sur une formule corrompue, ou sur une autre qui a disparu. On n'a que du pain levé, quid juris?

Nous estimons qu'on ne peut dans les deux premiers cas se servir de pain levé : comme on ne pourrait , dans les mêmes cas , célébrer sans calice ou sans ornemens. L'usage du pain sans levain est quelque chose de si sacré dans l'Eglise d'Occident, qu'elle ne s'en départ

(i4) Nec disciplina ulla est melior gravi prudentiqiie rhrisliano , quàm ut eo modo agat , que agere viderit Kcclesiam , ad quamcumque forte deveuerit. yiugiiat. Epist* 64. aliàs ii8. ad Januar. n- 2.

i38 Chaf. IV. Difficultés

qu'à la dernière exlrémité , c'est-à-dire , lorsque ceia est nécessaire pour la perfection du Sacrifice : d'où il suit que dans le troisième cas un Prêtre pourrait, et même serait obligé de se servir de pain ordinaire, s'il n'en trouvait point d'autre.

Il résulte de tout ceci qu'un Séculier du rit Latin ne peut communier qu'avec du pain azyme, et un Grec qu'avec du pain levé-, et que paj- conséquent l'un et l'autre ne doivent s'approcher de la sainte table que dans les églises qui suivent l'usage de leur nation , quand il y en a des deux sortes dans le lieu où ils se trouvent. On convient cependant assez qu'un Grec , pour gagner l'indulgence accordée à une Eglise latine, pourrait y communier à la manière des Romains^ quoiqu'un Prêire n'y pût célébrer pour la même raison ; parce que la loi de l'Eglise est bien plus rigoureuse par rapport à la célébration du Sacrifice, qu'elle ne l'est pour la communion des simples Fidèles. Ou peut lire sur celle matière les auteurs que nous indiquons dans la note (i5).

[ On voit que M. Collet (^) permet aux Prêtres et aux Laïques , soit Grecs, soit Latins , qui voyagent hors de leur pays, de quitter le rit de leur Eglise, pour se conformer à celui de l'Eglise où ils se trouvent^ il regarde même ce parti comme le plus convenable pour ceux qui se fixent dans une Eglise où l'ou suit un rit

(i5) Qnarfi, part. 3. tit. 3. sect. ^. tlub. îo. et fusius ïatnburin. Opnsc. de communiotie, caj>. a. ^. 9. n. 10.

(*; Ce qui est ici entre deux crochets est de i'editeur.

su7^ In matière du Sacrijîce. 1 3g

dififérent de celui qu'ils avaient d'abord pratiqué. Mais cette décision est en opposition manifeste avec plusieurs Constitutions des souverains Pontifes , qui paraissent avoir été inconnues aux théologiens dont M. Collet embrasse le sentiment; et il est étonnant que celui-ci , qui a connu la Conslilution de Benoît A IV , £fsi pastoralis, dont il rapporte les principales dispositions à la fin du tome 2 , n'ait pas réformé ce qu'il avait dit à ce sujet dans les premières éditions de son Traité des saints Mystères.

On pourra s'en convaincre par la lecture du chapitre Vlil du traité tie sacris Ritihus , inséré dans la Théologie morale au P. Antoine. (Tom. IV. édit. d'Avignon. 1818.) L'auteur de ce traité prouve que 1 Eglise , par l'organe des souverains Pontifes, a fait une loi expresse aux Latins et aux Grecs de conserver , en quelque lieu qu'ils se trouvent, le rit de l'Eglise à laquelle ils ont d'abord été attachés. 11 cite , à l'appui decettedoclrine, une Conslilution d'Innocent IV , au sujet des Grecs qui étaient soumis à des Evêques latins dans le rovaume de Chvpre -, les Constitutions des Papes Léon X, Clément VII, Paules m, Jules lil , Pie IV , Pie V, Giégoire III , Clément VIII et Benoît XIV , au sujet des Grecs fixés en plusieurs diocèses d'Italie. Benoît XIV surtout s'explique de la manière la plus formelle dans sa Bulle Eisi pastoralis (*) , dans laquelle il confirme et explique les décrets de ses prédécesseurs. Le savant Pape

(*) Bullarium Eencd. XIV. Tom. 1. Const. J7. §. 2. 6.

i4o Chap. rv. DîffiGuités

y déclare que les Grecs fixés en Italie ou ailleurs, sous la juiidictiou des E\êqiies latins, ne peuvent quitter leur rit sans une permission expresse du saint Siège, s'ils sont ecclésiastiques, et de l'Evêque diocésain , s'ils sont laïques. Pour les Latins, il leur est encore plus expressément défendu de quitter leur rit, à cause du respect dû à la discipline de l'Eglise romaine , la mère et la maîtresse de toutes les Eglises. On permet bien à une femme grecque de suivre, si elle le désire, le rit latin , pour sç conformer à l'usagie de son mari ^ mais on ne permet pas à une femme du rit latin de se conformer à l'usage de son mari pour le rit grec : encore dans le premier cas , est-il défendu à la femme de retourner au rit grec après la mort de son mari. ( De sacr. Rit. ubi suprà , cap. viii. §. 2. n. i. et -j.) A ces règles générales , qui regardent également tous les rits dont se compose le culte religieux , il faut ajouter celles qui regardent en particulier la célébration des saints Mystères , et qui sont rapportées par le même auteur dans son Appendix au Traité de l'Eucharistie, §. i. (Tom. V. édit. Cit. ) On y voit que Benoît XIV, dans la Constitution déjà citée, {Etsi pastoralis, §. VI. n. 12.) expliquant les Constitutions de ses prédécesseurs, et le décret du Concile de Florence, défend absolument , et sous peine de suspense perpétuelle à divinis , aux Prêtres grecs de célébrer selon le rit latin , et aux latins de célébrer selon le rit gi'cc. Il défend déplus aux Prêtres, tant grecs que latins » de donner la communion aux Fidèles avec un rit diiTéreut

sur la matière du Sacrifice, i^r

de celui où ils célèbrent, et aux Laïques de recevoir la communion avec un rit diliérent de celui dans lequel ils ont été élevés , par exemple, sous respèce du pain azyme , s'ils ont été élevés dans l'Eglise grecque : il est seulement permis aux Lanjucs grecs de recevoir la communion selon le rit latin, dans les lieux où il n'y a pas d'Eglise de leur rit.

11 est à remarquer que ces règles , quoiqu'elles n'aient été données par les souverains Pontifes qu'à l'occasion des Grecs répandus en diverses parties de l'Italie, ou des contrées voisines, s'appliquent également aux autres jiariies de l'Eglise, parce qu'elles ne sont que l'explication du décret de Florence, cité plus haut par M. Collet , et dont tous les théologiens reconnaissent l'autorité en cette matière.

Quant à la maxime de saint Augustin , que ]M. Collet, après un grand nombre d'autres théologiens, applique à la question présente, elle n'ébranle aucunement notre décision. Celte maxime s'entend des points de discipline sur Lesquels l'Eglise n'a rien statué : mais le saint Docteur n'a pas prétendu que les particuliers eussent droit de seconformer aux usages des lieux où ils se trouvent , dans le cas même où l Eglise leur ferait une loi de conserver leur première discipline.]

V. Si le pain dont on se sert pour le Sacrifice commence à se gâter, et qu'il ne le soit pas encore jusqu'à cesser d'être du pain, la consécration subsiste : mais le Prêtre qui se seft d'une madère si altérée, pèche moriel-

ï/p Chap. IV. Difficultés

lement, ainsi que le disent les B.ubiîques (t6). De ce principe nous conclurons , en passant , qu'on ne pourrait consacrer avec du pain fait d'amidon: parce que celle pâte, quoique faite avec du froment , est si allérée par la longue fermeniaiion que lui cause l'eau dont on la trempe presque continuellement, qu'on ne peut plus la regarder comme de vraie farine : aussi n'en a-t-elle plus ni le goût , ni l'odeur , ni les antres propriétés ; et c'est pour cela que saint Thomas et la plus grande partie des théologiens la regardent comme une matière impropre au Sacrifice.

Vl. Mais que doit faire le Prêtre, quand il s'aperçoit que la formule qu'on lui a donnée , ou qu'il a mise pour la consécration, est corrompue, ou n'est pas de froment ?

La Rubrique, qui entre ici dans un assez grand détail , lève une partie des difficultés qui se présentent sur ce sujet : mais elle en fiut naître d'autres qui méritent d'être discutées. Elle dit donc d'abord que si le Célébrant s'aperçoit de sa méprise avant la consécration , il doit ôier la mauvaise formule qu'il a blièrle , lui en substituer une autre, l'oifrir au moins mentalement, puis reprendre et poursuivre de l'endroit où il éiiiit resté (17).

(16) Si pnnis cœperit cornimpi, seti non sit corrnptii» ; sîrrilifer si non sit azynius, sccundùin luorenj Ecclesioe lahnnp, cnnfîcitur Sncrameninni; sed couiiciens graviter pecCtit. RubiLc. p. 3. iii. 3. n. 3.

(!■;;) SiC^eJebrans anie consecvationem adverterit hostinm e«su COI! u|>lani , aut non ess« triticfiiin , remotA ill.'l liostiil , ahaïQpoQut, et facli oblaliouc , sallciu mtutc coact(|>tii ,

sur la matière du Sacrifice. i43

File ttit, en second lieu, que s'il ne découvre son erreur uu après la consécralion , ou que lorsqu'il a déjà pris celle lioslie corrouiiiue , il doii s'en faire apporier une aulre , îoirrir comme on vieni de le dire, la consacrer en commençant par les paroles, Qui pridie quàm pateretur y et s en communier, quoiqu'il ne soit plus à jeun , parce que le précepte de l'inlégrité du Sacrifice l'emporte sur ]<î pre'ceple du jeune. Que s il n'avait pas encore pris la formule dont il s'agit , il devrait ou la prendre après la communion du corps el du sang, ou la donner à quelqu'un des asfiistans , ou enfin la garder quelque part avec respect.

Enfin la même Rubrique ajoute que , si le Prêtre ne s'aperçoit du défaut de sa matière , qu'après qu'il a pris le précieux sang , il doit ofî'rir , comme il est dit ci-dessus , de nouveau pain et de nouveau vin avec de l'eau ; consacrer l'un et l'autre, en commençant à Qui pridie, s'en communier, et continuer la iMesse, Cl cela partie pour rendre le Sacrifice complet, partie pour garder l'ordre (iB) , qui veut que

prosequatur ah eo loco nbi desivit. huhric. ibid. n. 4. Si i\l adverterit pnst consecrationeai , etiam post illius Iiostia; suuiptioneui , po^itii a\'ù\ , faciat oljUitioriem ut siiprà , et à const.'cratione inci]>iat , sciiicet ab illis verhis : Qui pridie (furmi palei'-lur ; et illaui priorem , si non sumpsit , snmat po5t suiupfionem corporis et sanguinis, vel alii sumendam tradat , vei alicubi reverenter conservet. Si autem suinpserat, nihiiominus suinat quara coasecravit , quia praeceptum de jjerfectione Sacrainenti, majoris est ponderis , quàm C[uôd à jejuuis sumatur. Ibid. n. 5.

j[i<5) Quôd si hoc coatingat poàt sumptionem sanguinii, •

i44 Chàp. IV. Difficultés

le corps existe avant que son sang soit répandu dans le calice. Tout cela paraît juste et précis : il en naît cependant des difficullés qu'il est à propos d'éclaircir.

\ II. On demande donc, en premier lieu, quelle conduite doit tenir un Prêtre qui ne peut remédier au défaut essentiel de sa matière, parce qu'il n'a point d'hostie qu'il puisse substituer à celle qu'on lui a présentée.

Il faut distinguer : ou ce Prêtre s'aperçoit de cet accident avant la consécration du calice, ou il ne s'en aperçoit qu'après. Dans la première supposition , il doit sortir de l'autel , et ne pas consacrer une matière qui n'est pas capable d'être consacrée. Dans le second cas , s'il ne peut trouver de pain levé , il doit continuer la Messe , et omettre les paroles et les signes qui répondent aux espèces du pain. Il faudrait suivre la même méthode, si après la consécration de l'hoslie on reconnaissait qu'on a pris pour du vin ce qui nan élait pas , et qu'on ne pût en avoir d'autre. Il est bien vrai que dans ces deux hypothèses le Sacrifice sera iniparffut j mais il est vrai aussi que c'est un malheur , que le Célébrant ne peut plus empêcher. S'il y a eu de la négligence de sa part , il doit s'en humilier devant Dieu le pluiôt qu'il lui sera possible.

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