‹ Traité des saints mystèresChapitre 17 sur 40 · VIII. On demande, en second lieu, s'il suffit · texte numérisé non relu

VIII. On demande, en second lieu, s'il suffit

apponi débet rnrsùs novus panis et \inura cum aquâj et laclû piiÎK ol)latione lit su})rà , Sace rdos consecret , incipieudo ab illis veibi« , Qui pridie ; ac slalim siimut ulriiinfiue , et proseqiiatur "Missainj ne Sacramenttim remuneat iujperfectum , et ut dcbitiis scivetur ordo. Jhid. h. 6.

d'oiirir

suî* la matière du Sacrifice^ 1^5

d'offrir mentalement le pain ou le vin, dont on remplace celui qu'on n'avait offert verbalement que par erreur.

La Rubrique , en prescrivant qu'on ofTre au moins i en esprit, oblatione saltem mente couceptdy la matière au sujet de laquelle on s'est trompé , insinue qu il serait mieux de répéter rOraison Suscipe, sancte Pater, ou VOfferi^ mus ; le mot saltem ne peut avoir d'autre sens ; et c'est à quoi on doit s'en tenir , quand rien n'oblige au contraire. Cependant il est clair , par le texte môme , que cette offrande verbale n'est pas absolument nécessaire ^ et Gavantus en conclut , qu'on n'est tenu ni à mettre la nouvelle hostie sur la patène , ni à faire avec elle et sur elle les signes de croix prescrits dans le Missel (19). On se contente de cette dernière sorte d'oblation, quand on ne peut aisément revenir à l'autre , soit parce que Ton récite déjà certaines parties du Canon , qu'on ne peut couper , soit parce que l'on dotinerait de Tinquiéiude au peuple, qui se trouble lorsqu'il voit le Prêtre quitter sou chemin et revenir sur ses pas. Nous examinerons ailleurs s'il est permis de recevoir ^ après l'oblation de la grande hostie, de petites formules qu'on présente quelquefois pour la communion des Fidèles.

IX. On demande, eu troisième lieu, si , au lieu de recommencer à ces paroles, Quipridie , la consécration du paiu ; et à celles-ci , Simili

(19) Gavantus, 3. part» tit. 3. n. 4- litt. d.

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modo y la consécration du vin , que Ton subliiue à une matière viciée, il ne serait pas à propos de recommencer l'une et Tautre à la prière , Qiiam ohîationcin, par laquelle le Prêtre demande que le pain soit changé au corps , et le vin au sang de Jésus-Christ notre Seigneur : ut nabis corpus et sanguis Jîat dilecttS" simi Filii tui , etc.

La solution de celte difficulté dépend d'une question , qui fut agitée dans le dernier siècle, avec autant de force que de politesse , entre le père Le Brun Prêtre de l'Oratoire , et le père Bougeant Jésuite. Le premier soutenait que les paroles de l'institution , Hoc est cor^ pus : Hic est sanguis , ne sont qu'une partie de la forme de la consécration, et qu'afin qu'elles aient leur eiïet, il faut y joindre la prière qui demande le changement du pain et du vin : prière qui dans la Liturgie latine se fait avant qu'on récite les paroles de l'institution , mais qui daiis les Liturgies orientales ne se dit qu'un peu de temps après. Cette question , que nous avons traitée avec étendue dans un de nos derniers ouvrages (^o), n'entre point dans le plan de celui-ci. jNous nous contenterons donc de dire en deux mots , qu'il faut s'en tenir à la Rubrique, et que l'opinion de ceux qui regardent ViTivocation comme nécessaire à la validité de la consécration, nous paraît aussi contraire au Concile de Florence, qu'elle est opposée au sentiment commun des

(ao) Conlin. Praelect. Tourneli , tora. 8. p. 77^.

sur la matière du Sacrifice, j^j

tîicologiens (21). On a si foiiemcnt enlevé au Père Le Brun , Claude de Saintes et Nicolas Isambert, qu'il n'y a pas d'apparence qu'on ose jamais nous les contester ('i'?').

X. On demande , en quatrième lieu , à qui le Prêtre peut donner une formule corrompue, qu'il ne prendrait pas, ainsi que le lui periiiet la Rubrique parcelle disjonctive ^ Sumnl , y^el alii sutiiendam tradat , vel alicuhi ra^erenler conseruet.

Il me semble qu'il ne la pourrait donner qu'à des enfans ou à des personnes qui fussent en état de gràre , parce que , quoiqu'une matière substantiellement gâtée ne change pas de nature en vertu des paroles de la consécration , on peut sou%ent douter si elle est tellement corrompue , qu'elle ne puisse du tout être consacrée ; et ce doute, qui, quand il est bien fondé , suffit pour lui en substituer une autre, parce que l'on ne peut se contenter d'une matière douteuse , ne suffit pas pour la traiter comme un pain commun. Le meilleur et le plus sûr en pareil cas est de s'en tenir à la première partie de la Rubrique ; c est-à-dire 5 de consommer soi-même les espèces douteuses , après avoir pris le précieux sang : c'est pourquoi le Missel de Paris dit

(21) Voyez le Cardinal Cessarion , Léon Allalius , Arcudius , Beliarmia , Bona, Goar, M&biîlon , tom. i. part. 2. Miisa^i Ifaiici , p. i^3. et Meiati qui les cite avec plus d'étendue, pai't. 3. tit. 3. ad nuni. 6.

(•2-2) Voyez TApologie àe?, anciens Docteurs de la Faculté de Théologie de Paris, Claude de Saintes e\ ÔNicolas isambert , pur le P. Hoigaan , Clianoiue Heg. Paris 1 728.

i4B ChAp. TV, Difficultés

simplement et sans alternative : Illam autejn prioreni liosliam corruptam si non suwpsit, siimat post suwptionein sanguinis. Si aiitem sumpserat , elc. (a^).

XI. On demande, en cinquième lieu, si ce qne prescrit la Rubrique par ces paroles, Qiiod Si hoc contingat , nimirum ut detegalur hostiae corruptio , post sumptionem sànguinis y apponi débet rurshs novus punis et viniim cum aquâ, etc, emporte une loi étroite , dont on ne puisse s'écarler -, en sorte qu il laille absolument consacrer i espèce même qui était légitimement consacrée.

Nous ci^oyons d'abord avec Suarez , Gavantus ('î4) et le torrent des docteurs, que cette nouvelle consécration des deux espèces n'est pas nécessaire à Tessence du Sacrifice; il se trouve tout entier partout où se trouve le sang eéparé, autant qu'il le peut être, du corps de Jésus-Christ. Or , que le sang soit consacré avant ou après le corps, il n'est pas moins séparé de lui par le glaive de la parole. Donc une telle consécration, quoique Tordre en soit i'enversé , ne nuit point à l'essence du Sacrifice ; et cela est encore indubitable dans le sentiïnent de ceux qni prétendent que la substance du Sacrifice ne demande que la consécration d'une seule espèce ; sentiment qui nous paraît Je plus vrai , et que nous avons suivi dans ua autre ouvrage (2 5).

(a3) Rubricœ Miisalis Parisiensis aan. i^SS. p. 3o.

(-14) Suarez, in 3" part. dlsp. 85. sect. ï. -«'Gavantm obi suprà , n. 6. titt. 1.

(aS) Continuât. Tournel. toia. 9. p. 545*

sur la matière du Sacrifice. i49

Reste donc à savoir si cctle nouvelle consécration n'est pas de îiécessilé de précepte; et c est sur quoi Ton est partagé. Saint Thomas , Suarez, Gavantus tiennent l'affirmative : 1°. parce que si Ton ne consacrait que le pain , on renverserait l'ordre qui doit èire dans la consécration des deux espèces -, ordre qui demande que le corps soit consacré avant le sang, puisque le sang doit être représenté comme séparé du corps , ce qtvi suppose îa préexistence de ce même corps -, 2". parce que la Rubrique exige formellement qu'eu ^ pareil cas on consacre une seconde fois le corps et le sang : or la Rubrique oblige en conscience.

Malgré ces raisons , des auteurs de nom , et qui sont estimés en Italie, où la force des Rubriques n'est pas ignorée, soutiennent, non» seulement qu'il n'est pas nécessaire de recommencer la consécration du vin , mais encore qu'il est mieux de l'omettre. Ils le prouvent, i''. parce que le Droit veut, qu en fait de Sucremens ou se contente de suppléer ce qui a été omis inconsidérément (Qt6) , sans réitère rce qui a été bien fait. Or , disent-ils , dans le cas dont il est question , le calice a été bien et dûment consacré ; et il n y a que le pain qui ne l'ait pu être : donc. 1°. Parce qu'en, consacrant une seconde fois les deux espèces , on n'acliève pas le premier Sacrifice, mais on.

(aô'* In talibus non est aliquid iterr.O'.lum , sed cautè supplendum quod incautè faerat prxîerinissum. Innocent JII* cap. 1. de 6acrâm. non iterandiâ, Ub. z. iù> kT.

.i5o Chàp. IV. Difficultés

en offre un nouveau qui est entièrement distingué du premier. Rien en effet ne lui maui^ue de ce qui peut faire un Sacrifice complet : il a sa double oblaiion , 3a double consécration, sa double communion. Donc il n'y a rien qui l'unisse avec la consécration du premier vin 5 et par conséquent celle-ci n'est pas complétée, mais elle demeure imparfaite. Or quelle apparence que l'Eglise veuille laisser imparfait un Sacrifice qui se peut achever sans inconvénient ? 3". Parce qu'une nouvelle consécration du pain et du vin doit naturellement surprendre et troubler le peuple : inconvénient toujours fâcheux , et qu'il faut éviter autant qu'il est possible. Ainsi raisonnent plusieurs théologiens , que suit Quarti dans un ouvrage imprimé à Rome et à Venise (27). Et les raisons de saint Thomas , sur lesquelles se sont fondés les Rubricaires , ne l'élonnnent point. Il répond à la première, qu'il n'est pas de l'essence du Sacrifice que le corps soit consacré avant le sang ; qu'à la vériié on ne pourrait sans péché mortel renverser gratuitement cet ordre établi par Jésus -Christ mèmej mais qu'il n'y a aucun mal à le faire, quand on ne peut autrement suppléer ce qui mancpie à la perfection du Sacrifice \ qu'après tout, ce même ordre est renversé, quand on s'aperçoit du défaut de 1 hostie , avant c|ue d'avoir pris le précieux sang, puisqu'en ce cas la Rubrique oblige bien à consacrer de nou-

(37) Quarti, part. 3. lit. 3. stct. a. dub. a.

Isur la matière du Sacrifice, i5i

veau pain , mais non pas à consacrer de nouveau vin.

Quant à la seconde raison , il prétend que les Rubriques renfermées sous le titre de defcctibus ne sont que de pures instructions, et non pas des lois qui obligent. Il le prouve par lautorilé de Suarez lui-même. Enfin il remarque que , dans le nouveau Missel , lit. de defcctu vini , la Rubrique, après avoir pro» posé au Prêtre qui par mégarde n a mis que de l'eau daus le calice, de consacrer de nouveau le pain et le vin , lui permet de ne consacrer que le vin , supposé qu'il célèbre devant plusieurs personnes à qui cette double consécralion pourrait donner de l'inquiétude.

Ces raisons me paraissent si solides , que je ne puis condamner ceux qui s'y rendent. Cependant un juste respect , fe ne dis pas pour les ordres , mais pour les plus légères insinuations de l'Eglise , me porterait à suivre la Rubrique , bien persuadé que tous les termes ea ont été pesés à un poids rigoureux. Je ne m'en éloignerais donc que dans le cas où je ne pourrais la suivre, sans trop alarmer la multitude , ou sans l'arrêter trop longtemps.

XII. On demande, en sixième lieu, ce que doit faire le Prêtre , quand il ne s'aperçoit du défaut de la matière , que quelque temps après la communion.

R. Ou le défaut de la matière tombe à la fois sur le pain et sur le vin , ou il ne tombe que sur l'un des deux. Daus ce dernier cas ,

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le Prêtre doit y suppléer tant qu'il n'a pas quitté l'autel. S'il en est déjà sorti , il ne doit pas y retourner pour faire une nouvelle consécration. Ce ne serait plus là continuer son premier Sacrifice , ce serait en commencer un second 5 et c'est ce qui n'est pas permis à un Prêtre qui n'est plus à jeun.

Dans le premier cas , c'est-à-dire , lorsqu'il y a eu de l'erreur sur le pain et sur le vin, le Prêtre n'est point tenu de consacrer une vraie matière , et même il ne le peut pas. Il n'y est pas tenu , parce qu'il n'y a point de Sacrifice commencé, que l'on soit obligé de parfaire. Il ne le peut pas, parce qu'il n'est plus à jeun , et qu'il n'y a point de nécessité qui le dispense d'y être.

Ce serait antre chose , si avant la consécration il s'apercevait du double défaut dont nous parlons : car alors il serait obligé de se procurer la matière compétente , s'il le pouvait sans attendre trop long-temps. S'il ne s'a- Î>erçoit de son erreur qu'après avoir prononcé es paroles de la consécration , j'aimerais beaucoup mieux le voir consacrer de nouveau , que quitter l'autel , à moins que le trouble et Ja confusion , qui ne sont que trop ordinaires dans des cas si frappans , ne le missent hors d'état de poursuivre comme il faut. Tout ceci est fondé sur le sentiment commun des docteurs (28).

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