XIII. On demande enfin ce que doit faire
(28) Vide Conirck , q. 83. art. 6. ii. a8o. — ^>iiar»?m> sn 3. parf. disp. 85. secl. i. — Aversa, de Ilucliar. Sa-» ciillcio ^ qiucst. II, sect. i6^
sur la matière du Sacrifice. i53
Un homme qui doute avec fondement si la matière présente est ou n'est pas propre li la consécration.
La réponse est aisée. S'il doute avant que d'avoir prononcé les paroles de la consécration , il doit ou se faire a2:)porter une matière incontestable, ou, si cela ne se peut, en de« meurer là j parce qu'on ne peut, sans un énorme sacrilège , exposer le Sacrement et le Sacrifice au danger de nullité. S'il ne commence à douter qu'après les paroles de la consécraiion , il doit encore, si cela est possible, consacrer, mais sous condition , une matière sûre, parce que c'est le seul moyen qu'il ait de remédier à l'inconvénient de la nullité du Sacrifice. En ce cas il pourra prendre à la fois les deux hosties , ou l'une après l'autre , sans avoir égard au jeune naturel , dont l'observation exacte ne lui est pas possible.
Il y aurait plus d'embarras, si le doute -tombait sur la matière du sang, et qu'on n'eût qu'un calice. Je ne verrais pour lors rien de mieux à faire, que de prendre d'abord la matière douteuse , d'en consacrer une sûre sous condition , et de la prendre comme la première.
Si l'on n'était pas à portée de substituer une matière certaine à celle qui est douteuse , il faudrait toujours continuer l'action du Sacrifice ; parce que, dans la supposition du dou le, il n est pas sûr que la matière ofî'erte ne soit pas valablement consacrée. Du reste, en tout ceci nous parlons d'un doute probable et lé-
i54 Chap. IV. Difficultés
gîiime. Il faut compter pour rien des inquiétudes mal fondées^ il eu est qu'on peut déposer par le jîjgement de quelqu'un de ceux qui entendent la I\[esse, par exemple, en leur faisant goûier une formule, ou du vin semblable à celui qu'on a consacré.
Deux théologiens éclairés , l'un d'Anvers (*) , l'autre de Paris, ont attaqué la décision que je donne ici : ils prétendent que la nouvelle consécration se doit faire absolument, et non sous condition. Les raisons du dernier sont si fortes , que bien des gens en ont été frappés. Les voici : mon dessein , je le répète , n'est pas d'en imposer dans un ouvrage qui n'a pour but que la gloire de Dieu, la dignité et la certitude du plus grand de nos Mystères, l'instruction solide des Ministres de Jésus - Christ.
On dit donc, et le lecteur verra que l'amour-propre ne m'a rien fait retrancher : on dit que (( cette condition est une nouveauté » sans autorité, puisque je n'en cite aucune \ » sans utilité, parce qu'elle ne remédie à au- » cun mal : opposée à la Rubrique , qui sa- » vait fort bien qu'il peut y avoir du doute » sur la matière inepte qu'elle prescrit de » remplacer^ et inséparable d'un très -grand » mal , savoir , l'adoration , la fraction , le
(*) Le premier est le R. P. H. Jansens , Re'coJlel j le second est l'Auonyme que j'ai si souvent cite', et qui dans l'oblif^eante Lefhe qu'il m'écrivit sans la signer , me ])ria de ne le point deviner. J'ai cru que ce pouvait être le savant et vertueux ^1. Dos llibes. INîais ce n'est qu'un soupçon j et je ne Tai commuui^ue à per;»oxme avant sa mort.
sur la matière du Sacrijîce. 1 5S
» mélange dans le précieux sang, la corn-
» niuuion , avant ce sang adorable , d'une
» hostie douteuse, qui n'est peut-êlre que
» de pur pc\in profane, et rompant le jeûne.
» Car, moyennant celte belle invention, je
)) ne suis pas plus sûr de la consécralion de
)) la seconde matière que de celle de la pre-
» mière, puisque celle-là n'est point consa-
» crée, si celle-ci Tétait.
» Une nouvelle preuve que cela est opposé
» à la Rubrique, c'est quelle a voulu, par
» ses sages avis , que j'exerçasse sûrement
» toute la suite du Sacrifice sur une hostie
)) certainement consacrée. Or sur laquelle
» l'exerccrai-je , supposé que je ne (consacre
» la seconde que sous condition ? Que ce soit
)) la preniièie ou la seconde , j'adore et je
» fais adorer , j'ofî're tanquatn pmieni vitas
)) œternœ , je prends comme viatique de la
)) vie éternelle ce qui peut-être n'est que du
» pain. Ensuite je prends le sang précieux,
)) et l'autre hostie , q»ii est peut-être le corps
)) adorable, seule victime... Affreuse consé-
» quence I Qu on ôîe donc celle condition,
)) et qu'on nous prescrive de consacrer absO"
» lutè la matière substituée à une matière dou-
)) teusenient consacrée , afin que nous avons
» un objet déterminé, sur quoi exercer ce que
)) le droit naturel , divin, ecclésiastique me dé-
)) fend rigoureusement d exercer sur du pain. »
Quoique la leçon soit un peu forte (*^ , je
(*) EJle est tempérée par iio préarflbulc si obligeant, t^ue j'ai cru devoir le supprimer.
56" Chap. IV. Difficultés
rends mille actions de grâces à celui qui a daigné me la faire. Je me crois cependant obligé d'avertir que je n'ai pas pris au hasard le sentiment d'une seconde consécration conditionnelle. Car i". je le trouvais dans Quarti. Voici ses paroles, que j'avais déjà citées dans ma réponse au P. Jansens : Si dubium negatii^um y c'est-à-dire, comme il s'explique un peu auparavant , dubium in quo pro neutrâ pai^te possit ferri judiciuni detenninatuni , occurrat post consecrationein , an materia consecrata fuerit apia , necne , Sacerdos débet iterum consecrare noi^am mateiiam. . . non absolutè , sed siib conditione. . . Uœc sententia videtur coînmunis. Et à la fin : Ncc obstat f radio jejunii j quia magis uiget , et prœferri débet prœceptuin integritalis , utcum D. Tliomâ docent communiter doctores (*). Or , en fait de Rubriques , l'autorité de Quarti est grande , et plus encore quand il n'est que l'écho du sentiment commun. Ainsi, le parti que je prenais n'était ni nouveau ni sans autorité.
2°. J'y voyais un très-grand avantage, qui est l'unité du Sacrifice. En effet, si la première consécration est valide , comme elle peut l'être , puisque sa nullité n'est que douteuse, le Sacrifice est déjà parfait, il a toute sa matière. Et n'est-ce rien , que d'oser de son propre mouvement lui en donner une autre ? La condition que j'exigeais remédiait donc à un grand mal , et dès-lors elle ne pou»
{*) Quarlî, part. 3. lit- 3. sect. a. dub. 5»
sur la matière du Sacrifice» i Sj
Tait être sans milité. J'aurais souhaité que Fauteur des Observations , qui sans doute a prévu que je ne manquerais pas de lui donner cette réponse, l'eût refutée par avance-, parce que j'aurais su à quoi m'en tenir. 11 ne l'a pas fait: peut-être le ferai-je pour lui dans la suite. I 3°. Je n'y voyais rien de contraire à la Rubrique ^ parce qu'elle ne parle point du cas du doute , ainsi que le remarque le même auteur (*) , et que d'ailleurs on pourrait l'expliquer, puisqu'on explique bien l'Evangile. Et comment peut-on mieux l'expliquer, qu*eii suivant ceux qui ont le mieux étudié la matière, et qui vous disent tout uniment : Ilœc sententia videtur communis ?
4*. Je n'y voyais rien de mal dans le principe, rien à^aj^'reux dans les conséquences. Mais au fond , c'est que je partais d'un point de vue très-différent de celui dont part le vertueux anonyme. Il suppose qu'un Prêtre s'aperçoit , presque aussitôt après les paroles de la consécration , que la matière sur laquelle il les a prononcées , est douteuse-, et de là sa mortelle inauiétude sur l'adoration, sur la fraction, sur le mélange dans le calice, etc. Je supposais au contraire, ce qui est démontré par l'expérience , que de cent Prêtres qui auraient prononcé la forme sur une matière nulle ou douteuse , et principalement quand il s'agit du pain , à peine y eu a-t-il un seul qui s'en aperçoive avant l'usage. Or alors il n'y a
(*) Hic casus ( de dubio defectûs substan'.îalis panis yel y'vûÀ ) omissus est ia ruhricis de Maleriâ. Quarti^ ibiU*
. i58 Ghaï, IV. Difficultés
pins lieu aux inconvéniens que ce saint Prêtre appréhende. Tout le mal est lait, et fait sans remède. 11 n'y a tout au plus que le jeûne naturel qui puisse e.nibarrasser ^ mais on dit tout simplement avec Quarû : Nec obstat fractio jejunii , elc,
5\ Quand même on supposerait que le Ministre reconnaît immédiatement après la consécration du vin que la matière est douteuse, je ne verrais pas encore qu'il fût nécessaiie d'en consacrer a/ÀÇo/wme/zf une seconde. Et alors si on ne voulait pas dire , comme Quarti , qu'il suffit de faire les cérémonies avec une des deux, on pourrait les faire avec les deux ensemble : de même qu'on peut, selon lui , les prendre toutes deux à lafois(*). Si cela paraît affreux à quelques personnes, cela pourra paraîire raisonnable à d'autres. Ce ne serait sûrement pas la première fois qu'il serait arrivé quelque chose de semblable. Il se trouve par méprise dans un ciboire deux Formules dont 1 une est consacrée , et l'autre ne 1 est pas. Avant d en communier un moribond , je lais devant l'une et l'autre la génuflexion : je dis, en les tenant en main, Ecce Agnus I)ei : j'ajoute , en les présentant au malade , jàccipe f" ialicuni eorpus DonUiii nostri Jesu Chiisti. Où est le mal en tout cela? Et s'il n'y en a point dans ce cas, pourquoi en trouver
(*) Ad rafionemdnbitandi resooiuletiir , salis esse si scia- Inr al'er;mi ex iluabus li'xfii'* esse conserrafani , et rilus exercfri priiss-f ciini aiN'iA e\ illis ad lihiliini Sarenlotis, et <^uo4d sua^itiouem sumiposse ulraïuquebimul. Quaiti^ ibié.
sur la matière du Sacrifice, 1 59
dans un antre qui a tant de rapport avec lui ? Qui douie qu'en Italie, où le fameux Ilubiicaire, dont j'ai pris le sentiment , est si accrédité, on ne Tait suivi quand l'occasion s'en est présentée ? Ceux qui Tout fait , n'avaientils ni estime pour les Rubriques, ni respect pour îe corps du Fils de Dieu ?
Voilà ce que je puis dire de mieux sur cette matière. Comme la maladie d'esprit décisif et tranchant ne me tourmente point, je laisse au lecteur à faire , dans ces fâcheuses conjonctures, ce qu'il croira de plus agréable à Dieu. Pour moi je ne vois rien qui m'oblige à changer. Cependant, comme je marche droit , j'avoue que la preuve que je tire de 1 unité du Sacrifice, peut être fort afïaiblie par la Rubrique qui se trouve , part. o. lit. o. n. 6 . Que cela confirme Fauteur dans son sentiment, je ne le trouverai pas mauvais, pourvu qu'il trouve bon que dans une matière très-difticile je n'argumente point à pari.
La difficulté qui m'a été proposée par le Père Jansens , et qui attaquait aussi ma consécration conditionnelle, était conçue en ces termes : Non possum videre ciir debeat ^ et ^cur possit materia certa consecrari siib condition e j quia, secundiim theologos , in consecrando corpore vel sanguine Christi non possu' mus uti intentione conditionafd , nisi quando , . facto dehilo examine , dubitamus an hostia vel vinuni sint consecraia'^ quod non habet locum in casu à me proposiio.
Pardonne* - xiici 5 c'est ce qui a lieu dans
t6o Chap. IV. Difficultés
ma supposition. J'ai consacré du pain : quand il faut le rompre , on qu'il faut communier , je doute s'il est de froment ou de seigle. J'en fais examiner de semblable par celui qui me sert la Messe : il en doute comme moi. Je crois donc qu'il peut être consacré , et qu'il peut ne l'être pas. Or pnis-je alors , ou n'en pas consacrer un autre, ou le consacrer purement et simplement , comme si j'étais sûr que la première consécration fût tout-à-fait nulle ? Non sans doute. Quel parti prendre donc en ce cas ? Je n'en vois point d'autre que celui d'une consécration condiiionnelle. Nous avons vu Quarti l'exiger d'après le gros des théologiens : Hœc sententiavidetur communis. Qu'un fade dénonciateur ne souiî're de pareilles conditions que dans le Sacrement de Bapiême , à lui permis ; il peut à son aise raisonner aussi mal sur cet article que sur celui du péché originel, et sur une infinité d'autres. Mais il est né pour ne pas tirer à conséquence.
On m'a proposé depuis peu plusieurs questions qui ont du rapport à cette matière. La première est de savoir si , lorsqu'à cause du doute ou de la nullité on consacre une autre hostie après V^gnus Dei, il faat en mettre une partie dans le calice avec la prière Ilœc commixtio. La seconde, si un Prêtre qui n'a que de petits pains peut s'en servir pour célébrer. La troisième, si l'on doit consommer une hostie qui a servi pour l'exposition du saint Sacrement, avec ceiie q^u'on a consacrée, ou
sur la matière du Sacrifice, i6r
immédialeraent après , ou seulement après avoir pris le précieux saug.
^d I. Je ne le ferais pas, parce que la Rubrique , c|ui sans doute a prévu ce cas , ne l'exige point, et qu'elle semble même prescrire le contraire. Quod si îioc continuât post suniptionem sajiguinis y dh-e\\e ^ (Part. 3. lit. 3. n. 6. ) apponi débet mrsiis no^us panis et vinum cum aquâ , et factd priiis ohlatione ut suprà , Saccrdos consecret ac statini sumat uti unique. Si statini y il ne doit point y avoir de milieu entre l'un et l'autre. Je connais cependant des personnes éclairées qui feraient volontiers ce mélange , si cela se pouvait sans que le peuple en fut troublé^ parce qu'outre que la Rubrique ne le défend pas expressément,, la réunion des deux espèces nous représente, ciuoîque dans un sens moins littérai , qu en communiant nous recevons Jesus- Christ mort et ressuscité.
y^d 2. Je ne me servirais point pour une Messe de dévotion de petites formules ^ parce que cela est opposé à 1 usage de 1 Eglise , duquel il ne faut jamais s'éloigner que quand il y a de bonnes raisons qui autorisent à le faire. Je penserais différemment, s'il s'agissait d'une Messe d'obligation , sauf à instruire le peuple, si je prévoyais qu'il dût être alarmé. Cela se peut même faire, sans qu'il s'en aperçoive.
^d 3. Il est de l'ordre, et c'fst la pratique générale , de ne prendre une hostie présanotiiiée qu'après avoir pris le précieux sang , afin de ne pas couper ractioii du Sacrifice par
i62 Chap. IV. Difficultés
Tusage d'une matière qui n'y* appartient pas." XIV. Si l'hostie consacrée disparait, ou par accident , ou par miracle , et qu'on ne puisse la trouver , il faut eu offrir une autre , et la consacrer , en commençant à ces paroles , Qui pridie {iQJ). Gavantus, dans le cas d'une disparition miraculeuse, ne regarde une seconde consécration que comme un conseil , et c'est ainsi qu'en parle saint Thomas (3o). D'autres prétendent qu'il vaudrait mieux s'en abstenir , non-seulement parce que Dieu dispense de la communion , quand il en soustrait la matière, mais encore parce qu'il semble alors ne la vouloir pas. Ici comme ailleurs je suivrais la lettre des Rubriques, sauf à n'en pas venir à une troisième consécration , si le miracle opéré sur la première formule recommençait sur la seconde. Si 1 hostie se changeait en chair , ' ou qu'elle présentât la forme d'un enfant , comme il est quelquefois arrivé , ou ne devrait pas la prendre en cet état, mais la conserver : c'est encore la doctrine de saint Thomas (3i). Ces cas sont si rares, qu'il serait inutile de s'y arrêter plus long-temps. On peut lire sur celte
(09) Si hostia consecrata dispareat, vel casu aliquo , ut ▼euto , aut uiiracnlo , vel ab aliquo aniaiali accepta , et iie(|upat reperiri- tune altéra consecretiir, ab eo loco incipicndo , Qui pfiche quh/n paieretur, faclâ ejus priùs oblatione , ut suprà. Hubrica, ibid. n. 7.
(3oj Si miraculosè corpus Chrisli in altari sub vspecie car-
nisappareal , aMt sangiiis sub specie sanguinis , non est suluendum. . . Cousulcnduin fam»'n esjet Sarerdoti, quùd itérai o corpus et saugiiineni Domini consecraret et sumeret. il. Thomas , 3 p. q. bj. ail. 4. éidj.
CSi) Id.ibid.
sur la matière du Sacrifice. i63
matière les auteurs que nous citons dans les notes (32).
Du vin eucharistique.
I. Le vin matière du calice, II. Conséquences de ce principe. 111. Le vin doux inalière suffisante , mais impropre de la consécration. IV. Remarques sur les vins étrangers ^ Y. et sur le vin gelé. VI. Le vin qui sert au Sacrifice, doit être mêlé d'eau ; de quelle eau , et en quelle quantité? VII. Ce mélange se doit-il faire à l'autel ^ et par qui ? VïlI. Conduite à garder quand on s'aperçoit quon a manqué de mettre , ou de l'eau , ou du vin , ou l'un et l'autre dans le calice. IX. Belle Rubrique du Missel de Paris. X. Réponse à des dijfficultés. XI. Deux autres règles proposées par la Rubrique. XII. Décisions sur la présence de la matière. XIII. JJn prêtre aveugla peut-il célébrer ; et qui peut le lui permettre i^ XIV. La matière eucharistique doit êti^ déterminée, XV. Cas importait s. XM. Les gouttes de vin séparées du tout sont-elles consacrées P
I. Le vin qui naît de la vigne , est indubitablement la matière du calice. L'Eglise Ta cent fois défini contre les Ebionites , et sur^ tout contie les Manicliéens qui, par un étour-
(33} Quarti , part. 3. fit. 3. sect. 3. — Sylvius, Suarez , iu cit. q. D. Xiiouic£ , etc.
i64 Chap. ÏV. Difficultés
dissement que l'hérésie seule connaît , attribuaient au mauvais Principe la production de cette liqueur, et la traitaient d^ fiel du dragon.
II. Il suit de ce principe, qu*on ne peut se servir , pour la consécration , ni du suc qui se tire des pommes , des poires , des cerises , des grenades ; ni de vin cuit , ni de verjus , ni même de la grappe entière du raisin , tant que le jus n'en est pas exprimé. C'est que rien de tout cela n'est du vin naturel et proprement dit. Il en est de même du vinaigre , qui n'est tout au plus qu'un vin corrompu (i).
III. Il n'en serait pas ainsi du moût , ou du vin doux; il est réputé vin, et dans l'Ecriture (2) et dans le langage commun , dès qu'il a été exprimé du grain qui le renfermait. Aussi s'en sert-on dans plusieurs Eglises le 6 d'août, jour de la Transfiguration. Mais on. n'en prend que quelques gouttes •, et la Rubrique (3) taxe d'un péché grief ceux qui s'en
(1) Sicut tle pane totaliter corrnpto non potest confiri hoc Sacramentura , ila nec de acelo \ ( quod ex vino fit per corriiplionem : ) potest taraen confici de -vino acescenti , «icut et de pane <{ui est in viî\ ad corruptionem^ licet peccet confîciens. S. TUom. 3. part. q. 74. art 5. ad a.
8i vinum sit iaclum j)enitùs aceturn , vel penitùs putridum , vel de uvis acerbis, seu non matuvis expressum , vel ei admixtum tantiim aquîe , ut vinum sit corruptam , non conficitiir Sacramentura. Ruhric. p. 3. tit. 4. n. 1.
(i) Vinum de lorcularibus sustuii. Jerem, xlviii. 33. V^ide Tm,c. v. 3^. et notam seq.
(3) Si vinum cœperit accscerc, vcl corrumpi , vel fuerit aliquanlùm inre, vel ntustum de uvis tune exprcssum , vel IQioa i'ucrit aUuii&tu «iqua , vel iuerit admiita aqua losacea
Sur la matière du Sacrifice. i65
serviraient en entier, aussi -bien que du vin qui commencerait à s'aigrir , ou à se gâter de quelque aulre manière. Il n'y aurait que de fortes raisons qui permissent d'eu agir autrement (4).
IV. Quoique les vins étrangers , comme ceux de Syracuse et d'Espagne , soient par eux-mêmes très-bons pour ia consécration , il n'est pas à propos d en user -, parce que les marchands y mêlent , pour les multiplier, différentes drogues , qui quelquefois les altèreni considérablement. Si Ion mêlait du vin de France avec du vin étranger, qu'on eût lieu de croire n'être point falsifié , la consécration n'en soulfrirait point 5 quoiqu elle puisse souiTrir du mélange des différens grains dont on ferait un même pain^C'est que de différens vins mêlés ensemble il ne résulte que du vin proprement dit ; et que ce qui résulte du froment et du seigle mêlés en égale mesure , ne s'appelle nulle part proprement et simplement du pain.
V. On dispute si l'on peut consacrer du vin gelé. Les uns le pensent ainsi , les autres le nient. Ce partage d'opinions montre que la chose est douteuse, a Mais ne voyez-vous pas , » me dit-on .j qu'on ne peut consacrer du vin V qui n'est pas potable? » Nen^ je vois pour le
seu alterius distiilationis , couficitiir Sacramentum , sed eondciens graviter peccat. Ruhrlc. ibid. n, 3.
(4) Si neoesse sit , botrus in calicera compranatur , et aqiw misceatuf, Can, Cùm omae crimen. /. dàt. 2. de Coasecr^it.
i66 Chap. ÏV. Dijficidtef;
luoirw autant , comme l'ont vu beaucoup d'autres , qu'on peut consacrer du vin , tant qu'il est vrai vin. S'il n'est pas potable, pendant qu'il est congelé, il peut le devenir un moment après. Et quand cela ne se pourrait pas, j'aurais encore du douie. Pourquoi le corps du Sauveur ne pourrait - il se mettre où il pourrait se conserver.'^ Or dans le doute on ne peut risquer le Sacrement. Il faut donc ou ne pas consacrer, ou substituer d'autre vin à celui qui s'est changé en g^ace, ou du moins le rendre à sa première iorme en échauffant le calice *, comme on le doit faire , lorsque les espèces ne se sont gelées qu'après la consécration. Ceux qui , comme Mérati et Quarli , croient que le vin , quoique gelé, peut être la matière du Sacrifice, avouent qu il y aurait péché m^rlel à le consacrer tant qu'il est dans cet étal. Mais si un Prêtre aveugle avait prononcé les paroles de la consécration sur du vin glacé , il faudrait bien se donner de garde de le traiter comme du vin ordinaire.
\ 1. Le vin eucharistique doit être mêlé d eau. C'est une loi de l Eglise , qui est aussi ancienne que l'Eglise même. Chaque province du monde chrétien dépose en sa faveur (5). Il n'appartenait qu'aux Luthériens de préférer en ce point, à la praiicjue du reste de l'univers , celle des Arméniens si souvent et si justement réprouvée (6).
(5; A Domino admonili et insfructi Rumns nt ralirem Dominicum vino mixtum, scciaulMm quod Dominus obtulit , nffi'ramu*. S . (^yprion. Kpiitt. 63. ad Cœcil. Vide Bellarmin. île fînrhnr. lih. 4- c. lo.
{(i) i>i 4ui« Fpiscopus vel Presbjter.... ac[uain vino uoa
sur la matière du Sacrifice. 16^
Co mélange de vin et d'eau est quelque cliose de si cousidéiable au juf^enient de l'Eglise, que , du commun aveu de ses docteurs , il n'est pas plus permis de l'omettre pour donner le Viatique à un malade, qu'il ne 1 est de célébrer pour la même lin sans ornemens sacerdotaux (^). C'est pour cela que les Canons menacent de peines très - rigoureuses ceux qui contreviennent à une loi si sagement établie^ et Ton convient qu'on ne peut la violer sans péclié mortel (8).
C'est de leau naturelle ou élémentaire qu'il faut mêler avec le vin. De l'eau de rose ou toute autre eau arlificielie ne vaudrait rien , ni en tout , ni en partie. L'usage est de la mettre froide: on pourrait cependant la mettre chaude , si 1 on ne pouvait en avoir d autre assez tôt ; ou que , sous une zone presque glacée , cela fût nécessaire pour empêcher le vin de se congeler.
On convient qu'il faut mettre beaucoup moins d'eau que de vin dans le calice. Je ne connais qu'un auteur, et cet auteur est trèsrécent , qui ait cru qu'on ne risque rien à mettre l'un et l'autre en égale quantité (9).
miscens offert Sacrificium , deponalur. Concil. Tnullan. an. 603. can. 32. Labbe , toin. 6. col. 1167.
(7) Vide Sua!-era, in 3- part. disp. 45- sect. 2. — Vasq. disp. 177. c. 2. — Quarti, 2. part. tit. 7. sect. 2. dub. 4-
(8) Concil. Tnillan. ubi statjni. Aqiiae adiuiscendœ ita graves rationes sunt , at eam sine peccato mortali praeterluitteie non liceat. Catech. Rom. part. 2. de f\uchaiist. n. 17.
(9) De re Sacranaenlariâ , contra perdueiles haertlicos,
i68 Chap. IV. Difficultés ^li
Quoique nous vivions dans un temps ou la seule nouveauté d'une opinion est un passe* port pour elle, j ai peine à croire que celle-ci s'établisse contre l'autorité des Canons (lo), et du Concile de Florence. Ce dernier ne veut
libri decera. f^enetiis , 'i^'^']' L'auteur de cet ouvrage, qui est fort bon , est un Dominicain (le Père Drouin) docteur àti Paris.
Les expressions de M. Collet pourraient faire croire que le Père Drouin permet de mettre autant d'eau que de vin : mais on se tromperait. Voici le vrai sentiment de cet auteur, lib. 4. quœst. 2. cap. 3. §. 3. n. 2. (t. 3. 3. part. p. bo. et seq. edit. Paris. 177S.J II cite d'abord les autorités qui établissent la pratique de l'Eglise , entr'autres celle da Concile de Florence, d'où il tire cette conclusion : Constat itaque in latind Ecclesid , more antiquo , niodicani aquce quantitotem vdno consecrando adniisceri : neque miniis hoc de orienialibus Ecclesils certuni esse ostendit Renaudotius. Ensuite il discute plusieurs questions qui ont rapport à cette matière. Dans la première il demande pourquoi l'eau doit être en moindre quantité que le vin, et il répond qua c'est parce que le vin est la matière essentielle de la consécration du sang de Je'sns-Christ, tandis que i'eau n'appartient à l'essence ni du Sacrement ni du Sacrifice. Son but, dans la seconde, est d'examiner si la consécration serait nulle dans le cas où l'on mettrait plus d'eau que de vin dans le calice ; et il décide que , quoi qu'en pensent la plupart des docteurs , elle ne serait pas nulle , à moins qu'on n'ait rais une telle quantité d'eau , que l'on ait corrompu la nature du vin. Après avoir donné les preuves de son sentiment, il conclut : lîaque si plus in calice esset aquce quant vini , peccaret quidem gravtsstmè minister qui consulta sic ageret ;.... sed propterea.... non puiamus ô'acramenluni irrituni nullunique fore. On voit par là que le P. Drouin est loin de croire qu'o/î ne risque rien à mettre l'eau et le vin dans le calice en égale quantité. Edit.
(10) Perniciosus in tuis partibus inolevit abusus , videlicet quod in majori quantitate de aquâ ponitur in Sacriticio , tfuàm de vino^ cùm secundùm rationabilem consuetudinem iLcclesicC generalis , plus in ipso sit de vioo , quàra de aqui ponendum. lionorius Hl, cujj. i3, de célébrât. Missar.
qu'une
sur la matière du Saa^îjice. i6g
qu\ine liès-petitc quanti lé d'eau dans le calice (ii)î et la plupart des lliéologiens l'enleudent tout au plus d'un cinquième (12). Un Concile tenu à Tribur ou Trébur près Mayence vers 8^5 , en permet un tiers (i3) -, et le Père Le Brun dit (\\xon ne doit point avoir de scrupule, lorsqu'on a suivi celle règle (i4)j ce qui est plus sûr encore , quand le vin est bon , et qu'on a lieu de croire qu'il n'a pas été bap' tisé (i5). Il serait à souhaiter, pour éviter tout embarras dans une action où il n'en faudrait jamais avoir, qu'on introduisit chez nous, comme je lai vu à Saint-Omer et ailleurs, 1 usage de certaines petites cuillers d'argent, iuec lesquelles on ne prend à coup sûr qu'autant d'eau qu'il en faut : les Chartreux et les Minimes s'en servent, et font bien. La mesure du vin pour la Messe n'est pas réglée : il n'en
(lî) Vino ante consecrationern aqua modicissima admisceri debeh. Décret, ad Annenos.
(12) Vid. Quarti, iihi sup. dub. 6.
(i3' Diiœ parles sint vini, quia major est majestas san- |,guinis Chrisfi, qnàin fragiiitas popuH^ Icrtia aquœ , per quani inleiiigitur infirmitas humanae nalnrae. Concil. Tri-' bui: an. 8^5. can. ig. Lahhe , tom. g. col. 4>z.
(i4) Le Brun, Explication littérale, etc. lom. i.pa^. 3r3. — Pontas , V. Messe, cas to. trouve là du pêche- et îl prétend qa''on ne peut rien conclure du Concile de Tribur , parce que le vin du Rhin , dont on use dans ce pays-là , est d'une force extraordinaire. Il avoue cependant , et il prouve par les Vovat^es Liturgiqties de M. Moieon , que dans l'Eglise d'Orient on met un tiers d'eau.
!' (i5) C'est l'expression de Henri de Saint-Ignace j de Eu^ char. cap. 6. n. 71. Si elle n'est pas noble , elk-estiutel- > ligible,
fo Cnkv. IV. Difficultés
faut ni trop , ce qui aurait Tair d'une sensualité très-déplacée (i6) ^ ni trop peu , parce qu'on ne remplirait pas exactement le sens du mot Bibite j qui dit plus que Giistate.
YII. C'est à Tautel, et dans le temps du Sacrifice, que le mélange d'eau avec le vin se doit faire; parce que c'est une cérémonie mainte et pleine de mystère (17). L'usage est de le fiiire avant Toblation du calice, quoique les Carmes et les Dominicains le fassent avant que de commencer la Messe. Il faut que ce soit le Plâtre, ou un Ministre autorisé à cet effet par TEglise, qui fasse cette mixtion. Si on ne l'avait pas faite en son leinps , il faudrait la snppléer, et on le peut jusqu'à la consécration du calice^ passé ce temps, il n'y a plus rien à faire : c'est ce que dit la Rubrique (18) ; et il est aisé d'en inférer que lorsqu'on remet après coup de l'eau dans le calice après roblation , il ne faut pas Toflrir ■une seconde fois. Il est dérègle, que le principal communique sa bénédiction à l'accessoire. Si l'eau se change au sang de Jésus- Christ immédiatement ou non, c'est une de
(16) Certum est non ilebere esse nimiam quantitatem vini, praesertiin ad sati.-facicnclum guliu et ventri^ quod énorme csset in hoc saerosimcto Mjsterio. ^uartj, part a. iit. 7. sect. I. <îub. 6'.
(17) Vid. S. Thoni. 3. part. q. r.\. art. 8. ad. 3. — S«arem , disp. 45. sect. 3. §. 3. — Le Brun, ibid. p. 309.
(18) Sicelebraos anleconfierrationom caliots adverlat D«^n fnisse appositam aquam , staliiu pon?.l 4?am , et protcrat. Trrlîa consccrationic ; oi id advertat ir>.s| coiisecraliiurni cîdicis, nullo modo apponat ^ quia non est de neccsMliitf tîacraïueoti- Huhric- yiut. 3. til. 4- «• /•
sur la malîcre du Sacrifice* i^r
ces questions dont rexamen ne jegardc pas un ouvrage comme celui-ci.
Il ne nous reste plus qu'à parcourir ce que nous n'avons pas encore expliqué de la Rubrique au sujet du défaut du vin. Après ce que nous avons dit dans l'article précédent , il n'y a rien qui puisse nous arrêter beaucoup.
VIII. 1°. Si le Célébrant, avant la consécration du sang, quoiqu'après la consécration du corps, s'aperçoit que dans le calice il n'y a point de vin , ou point d'eau , ou ni l'un ni l'autre, il doit aussitôt y mettre ce qui y manque 5 l'offrir au moins mentalement , et consacrer, en commençant à Simili modo (19). S'il ne pouvait avoir d'eau , ni même ae vin , il faudrait poursuivre de la manière que nous 1 avons déjà dit.
2". S'il ne s'aperçoit qu'on lui a servi de l'eau pour du vin , qu'après avoir prononcé les paroles de la consécration, il doit mettre cette eau dans un vase, en remettre d'autre avec du vin en la manière accoutumée , et consacrer en reprenant aux mêmes paroles (20).
tK, Le Missel de Paris fait ici une distinc-
(19) Si Celebrans ante consecrationera sanguinis , guamvis post consecraliouem corporis , advertal , aut vinuin , aul aquara , aut utriiniqiie non c^se in calice , débet sfatiui apponcT-e viniira cum ^juâ, et factA oblatione , ut siiprà , consecrare , incipicndo ab iliis verbis , Simili viodo , etc. ibid. «. 3.
(30) Si post verba consecralionis advertat viniim non fuisse positura , sed at[na!n ; depositâ aquâ in aliquod vas , iteruai vinum ciiQi aqiul ponat in calice, et consecrel , resumendo à verbis piaedictis, Simili modo , etc. Ibid. n. 4.
1^2 ChAp. IV. Difficultés
tioii qui me paraît exlrèmement juste. Il prescrit bien , avec la Rubrique romaine, que dftns le cas précédent ou verse l'eau dans un vase, lorsqu on n'a pas encore mis dans le calice la portion de Ilioslie qu'on y met avant 1'^grius Dei : mais i) veut en même temps que si cette action est déjà faite, on laisse dans le calice l'eau qui est avec cette même parcelle , et qu'on y mette du vin autant qu'il en faut pour la consécralion (21). C'est ce que j'ai fait en semblable cas, et ce dont je ne vois guère qu'on puisse se dispenser, surtout quand on n'a qu'un calice.
Cependant on a attaqué cette Rubrique parisienne , q'fti ne s'attendait à rien moins. Voici en substance les inconvéniens qu'on trouve à la siïivre.
(( 1°. Il ne faut dans le calice avec le vin » que très -peu d'eau , modicissima aqua , dit )) le Concile de Florence : et le sentiment da » Père Le Brun , qui croit qu'on peut en mettre » un tiers , est fort peu sur. Donc , en sui- » vaut le Parisien , il me faudra uieltre cinq » fois autant de vin que j'ai mis d'eau par » méprise. Je serai donc obligé de consacrer
(21) Si post verba consecrationis , sedante comtnixlionera parlic'jlfie , advertat viniim non fuisse positum , sed aquam { dcpositti aqiiiî in aliquod vas, etc. ut stoiini. Si post commixtionera id advcrtat , aquara nou efl'undat, sed vinura itpponat in niajoii quantita<e,ofi"erat, consecret iitsupr;'', et piosequalni-. Si )'Obt sii!n))Iione.Ti cojporis, similiter faciat. fei in sumptione hnjiismodi aqnac , sorbeat (fiiod in ore hab(;t , ab nlieriori sumpliono ccsset, \jniini superimponat in ç dice j oflerat , consecret et siimat, ut suprà. Rubric. Paris, de dejeciu vini, n. 4 et 5,
sur la matière du Sacrifice, i^3
* un volume assez indécent , très-clan gereii:^ ** pour la têie ou pour l'effusion. Et que *' faire , si je suis dans un lieu où je n'aie » qu'un petit calice ?
)) Cette consécration sera douteuse , à cause y) des autorités qui ont été jusqu'à penser que » l'eau se changeait en vin. Mais eu deux » mots , transeat que celte consécration est ». valide; il est du moins certain qu'à cause )) du rit insolite , elle est grai^iter illicite , hors » le cas d'une grande nécessité. Ainsi i**. si » j'ai uif' autre calice où consacrer le vin , ou )> même un simple ciboire où je déposerai )) très-licitement cette eau mêlée de la par- )) celle consacrée, je ne puis point en cons- )> cience pratiquer ce qu'enseigne la Rubri- » que parisienne. 2°. En cas môme que je » ne puisse avoir ni calice ni ciboire pouc )) verser l'eau et la parcelle consacrée, je )) vous propose les grandes difficultés de con- » sacrer avec un tiers d'eau une quantité si )) énorme , qui commence par effrayer tout » Prêtre qui remplira le calice avec danger , )) et qui demandera une ablution proportion- » née, capable d'offenser la tête à jeun; outre » l'inconvénient de mêler, contre vos prin- )) cipes , ce qu'on va consacrer avec ce qui » Test déjà. Je vous en demande quelques )) résolutions. -»
Voici celles que j'ai à donner. S'il s'agissait d'une personne moins respectable, je dir.'âs qu'il y a pour le moins beaucoup de témérité à regarder comme inûaimenl dangereuse , tant
%'74 Chap. IV. Difficultés
du côté de Vini^alide^ que du côté de Villicîie} une Rubrique dressée par des gens sages et éclairés, confirmée par l'autorité légitime, adoptée par plusieurs églises , nommément par celles de Cluni et de Meaux, qui sont les seules dout je puisse actuellement consulter les Missels , et très-probablement par un grand nombre d'autres (a),
2". Après avoir fait malgré moi , et avec beaucoup de facilité, l'essai de la Rubrique de Paris, une fois que je me trouvai dans le cas , j'en ai fait l'expérience avec trois F#clésiasli* ques. J ai mis en deux calices différens , l'un moyen , l'autre petit, plus d'eau qu'on ne met ordinairement de vin à la Messe. J'y ai ajouté quatre fois autant de vin : j'aurais pu, sans aucun risque, en ajouter encore une cinquième partie; il ne s'est trouvé aucun péril d'effusion : et il y en a encore beaucoup moins , quand on communie immédiatement après avoir consacré; et qu'on a déjà par la sornption ^ qui fait apercevoir l'erreur , diminué le volume d eau, comme il arrive presque toujours.
3". Si l'on continue à croire que le sentiment t^n se contente de quatre ou cinq gouttes de via contre une goutte d'eau est trop Idche , je ne saurais qu'v faire. Pour moi , à moins que le vin ne fût bien faible , je suivrais sans peine l'opinion du Père Le Brun, ou plutôt celle du Concile de Tribur, qui passe un tiers d'eau.
{à^ Los Missels de Reims , de Sens , de Soissons , de Laon , de TîeimvaU, et de Chartres, ont aussi adopta cette l\ubriqiic. '
sur la matière du Sacrifice, 175
Dire avec Gonet , que ce Concile a été réformé là -dessus par celni de Florence, c'est se faire illusion à soi-même. Plaisante réforme, qui dans un point aussi capital ne serait venuG que plusieurs siècles après l'abus Ç*). Si je souhaite qu'à la JMesse on ait en France de petites cuillers pour prendre l'eau et la mettre dans le calice, comme on fait en Flandre et ailleurs-, c'est qu'à moins d'une attention gênante , on n'est pas toujours maître d'une certaine quantité, avec des yeux faibles et dos burettes trop évasées. Il y en a d'argent , et même de verre, qui avec un goulot ne donnent de l'eau précisétnent que ce qu on veut eu mettre : il serait à souhaiter qu elles fussent plus communes.
4". Je regarde comme frivole, comme incapable de donner aucune inquiétude , l'opinion qui prétend que l'eau se change en vin. D habiles Dominicains, et entr'auires le Père Drouin (d) la combattent aujourd hui. En serait-elle plus vraie, quand ils ne la combattraient pas ?
5". Les dangers dont on veut me faire un ëpouvantail, sont, à j>arlcr moralement, trèschimériques. Il n'y en a point pour l'effusion , j'en ai fait l'épreuve. 11 n'y en a point poîir la tête, à moins qu'on ne l'eût extrêmement faible. 11 n'est point nécessaire que la première
(*) Le Concile de Tribur , prés de Mayence , est de 8g5 ou 897. Celui de Florence est de i^^ç)-
(a) De re Sacraraent. lib. 4- de Euchar. rjnaest, 3. cap. 3,
€7^ Chap. IV. Difficultés
abhuion soit proportionnée à la quantité du vin consacré. Il y aurait même du mal de le faire dans une occasion comme celle-ci. Quand Pie V Ta prescrit, ou plutôt quand il l'a conseillé, il parlait pour les cas ordinaires, non pour ceux qui n'arrivent , comme à moi , qu'une fois en quarante ans , et jamais à une infinité d'autres. On peut , en conduisant bien une ablution médiocre , purifier le calice comme il faut; et pour prévenir tout danger, mettre à la seconde une grande quantité d'eau.
6*^. Si un Prêtre n'avait qu'un très-petit calice, ou qu'il fût presque abstêmCy il pourrait verser dans un vase propre une partie de l'eau sanctifiée , mettre du vin sur celle qui resterait dans le calice avec la particule, et le consacrer. L'inconvénient de mêler une chose non consacrée avec une autre qui l'est , ne doit point arrêter , quand on ue peut faire autrement. C'est ce qui arrive toujours à la seconde Messe de Noël, où, quelque attention qu'on puisse avoir, il reste de vraies gouttes du précieux sang, qui ne peuvent que très-mal s'appeler une simple humidité.
Yoilà ce que je pratiquerais, non-seulement dans le Diocèse de Paris, et dans tous ceux qui ont le même règlement, mais en Italie comme ailleurs. Une Rubrique ne défend pas ce qu'elle n'a pas pensé ou jugé à propos de prescrire. Si la conscience de l'anonyme lui interdit cette conduite , c'est son afl'aire , et non pas la mienne. J'ajoute seulement que, h\ l'on mettait dans un autre vase une partie
sur la matière du Saaifice. 17^
de l'eau sanctitiée par le contact de la parcelle de Ihosiie, cotntne je Tai dit plus haut , il faudrait pieiidre celle eau immédiatement après la première ablution.
X. 3^. Si le Prèrre ne s'aperçoit de la méprise qji'après avoir pris le corps du Sa'iveur, ou même encore l'eau qu'on lui a donnée pour du vin , la Ptubrique marque qu'il consacrera une nouvelle hostie, du vin avec de l'eau, après en avoir fait l oblalion ^ et qu'il se communiera de Tun et de l'autre, quoiqu'il ne soit plus à jeun. Que s'il célèbre dans un lieu où il y a beaucoup de monde, il pourra, ditelle, pour éviter le scandale, se contenter d'oifrir et de consacrer du viu avec de î'eau (52).
Nous avons remarqué ci-dessus , que des écrivains qui ont de la réputation au-delà des Monts , trouvent de Tinconvénient à cette nouvelle consécration du pain et du vin. Le Missel de Paris ne la prescrit point comme fait celui de Romcj il dit seulement, et cela mérite d être observé, que lorsque le Prêtre ne reconnaît qu'au goût ou à l'usage, qu'on lui a donné de l'eau pour du viu , il doit avaler ce
quil en a dans la bouclie, s'arrêter au mo-
(22) Si hoc aclvertat post siiniptionem corporis , rel hujusmodi aqiK^, apponat aliain hosîiam iterimi consecrandam , et vinum cmii aqui in calice ; offerah utî-iitnqiie , et coTisecref , et sumat, qiiamvis non sit jejuniis. Vel, si Missa celebretur in loco puhlico , nbi pîures atlslnî. ad evitandum scandalurn, poferit apponere ^inum ctini a({viâ , et fact.1 ol>latione ^ ut suprà , consecrare , ac statim sunieri , et prosequi caetera. Kuùnc. Rovi, ibid n. S.
178 Chap. IV. Difficultés
ment même, et n'en pas avaler davanlagCf mettre du vin sur ce qui reste d'eau, rofîVir , )e consacrer elle prendre {1^). Cette remarque est judicieuse , et les Piubricaires romains l'ont ajoutée au texte dans lequel ils ne la trouvaient pas. Il y aurait en ell'et du danger qu en rejetant ce que l'on a dans la bouche , on ne rejetât en même temps quelque particule de Thostie qu'on vient de prendre. Ajoutez qu il j a de 1 indécence à cracher ainsi ce qu'où 11 a pas encore avalé ; et que de plus il est presque impossible alors de ne pas rompre le jeûne : ce qui serait néanmoins la seule raison qu'on pourrait avoir de ne pas avaler ce qu'on a déjà dans la bouche.
XI. La Rubrique ajoute encore deux articles aux précédcns. Le premier, que quand au lieu de vrai vin on a mis dans le calice du vinaigre ou du vin corrompu , il faut se conduire comme si on avait mis de l'eau (24). Le second, que quand on s'aperçoit avant la consécration de 1 hostie qu'on manque de vin , et qu'on ne peut s'en procurer, il ne faut pas passer outre; mais que si l'on ne s'aperçoit du défaut d une espèce qu après la consécration de l'autre, il faut, si on ne peut se la procurer, ou absolument,* ou sans trop faire
(ol^ Rnbrica Pnris. ^ihi sitprh.
''^'{\Si <|ii?s pprripi.it ;iv.!o ron«;prrationcm , vrl posf rr>-n«crrationcin , toi uni >iniini r-scTcrtiim , vol ali;;s rorrnpfum , iilrni sorvi't iir (piod siiprà , ut si drpi cIk inirrrt non esse pi s'Uim \inuni , \ cl sol»in ;u|iiain fui&beupj^oiiitaiu in caltct. lOul. n- 6".
sw la matière du Sacrijice. Tygr
attendre le peuple, continuer la INIesse , en oniettant les paroles cl les signes qui regardent l'espèce qu on ne peut avoir (^S). Nous ra>ions déjà dit, et nous ne le répétons que pour suivre pas à pas les règles du Missel.
XII. C est ici le lieu d'examiner, si et comment la matière de la consécration doit être présente au Célébrant.
Pour résoudre celte difficulté, dont la décision peut être de quelque usage dans la pratique , il laut distinguer deux sortes de présences : l'une ph^si(|ue , quand un objet est à portée de quelqu'un des sens: l'autre morale, quand ce même objet, quoiqu il ne puisse acinellement tomber sous les sens , est dans un lieu où il peut ê:re montré, uon en lui-même , mais à raison de quelque cliose qui est destiné à le contenir et à le représenter. Un vaisseau que je vois à dix lieues sur la mer, est physiquement présent à mes yeux, parce qu'il les ati'ecie : du vin renfermé dans un vase, ou de lardent dans une bourse , n'ont pour moi qu'une présence morale . parce que je ne puis les montrer qu'à raison de rinstrumenl qui les renferme.
fa5 Si materia quœ cssel appoîicnda . TatîoTie defecfûs Tfl panis , vfl vini , non posset iillo mocîô haberi : si id sit ante conserraîionein corpori^ , ulteriùs procedi non ilehet -. si posi ronstxra'ionem corporis , aut eliara Tini , dfprehenilitur flefechis alterius speciei , alter.1 jatn con^ecratit ; tune si niillo moilo haberi p;issif , procedendom prit , et ^îis-.a absolvenda , itatanaen nt pranlermittantur vciba et signa i[\\x j>erlintnt ad speciem deficicntera. Quùd si e\pectaado alujnanfliù hiberi pos-it , expeciandiim erit , ne &<ieiixicium remaneal iispeL'kckum. Ibiù n. S.
i8o Chap. IV. Difficultés
Cela pose , je dis , en premier lieu , que la matière de la consécration doit être au moins en quelque sens présente au Ministre sacré. Cela se prouve , et par la pratique du Fils de Dieu , qui prit en ses mains le pain et le vin pour les changer en son corps el en son sang;, et par i'usnge de 1 Eglise, qui ne prononce jamais les paroles de rinsiitution , que sur une maiière présente; et enfin par la nature de la forme vsacramentelle : le mot Ceci deux fois répété marque quelque chose de très-présent.
Je dis 5 en second lieu , que la présence phj'sique de la matière de rÉucharistie n'est ni nécessaire, ni suffisante pour la consécration. Elle n'est pas nécessaire, puisqu'on peut consacrer des pains enfermés dans le ciboire , quoiqu'on ne puisse ni les voir ni les toucher ; ce qui exclut la présence physique, telle que nous l'entendons ici. Elle n'est pas suffisante, parce qu'on ne peut consacrer que ce qui peut être désigné par le pronom Ceci-^ et qu'on ne pourrait désigner par là un objet extrêmement éloigné, quoiqu'il fût sensible à raison de sa masse, ou par le moyen d'un instrument.
Et de-là on peut conclure, avec de graves théologiens , qu'il n'est point du tout sûr qu'un mauvais Prêtre pût consacrer tous les pains qui se trouvent au marché, ainsi que nous l'objectent les Proteslans. Mais quand cela serait ainsi, qu'en pourraient-ils conclure? Le Fils de Dieu a-t-il fiut sa religion de manière à ne pouvoir être profanée ? Ne
sur la mnlîère du Sacrifice, i8i
croira-t-on ni la Trinité , parce que Servet l'aura sacrilégeinont comparée à un monstre (*) : ni le Baptême, parce qu'un impie l'aura appliqué à une bêle ? Âa resle , en portant les choses au plus fort, il y aurait un mo^en d'arrêter les mauvais elFets d'un pareil attentat : ce serait de donner à de petits enfans le pain qu'on soupçonnerait avoir été consacré 5 il faudrait faire la même chose d'une pièce de vin , dans laquelle un insensé aurait mis quelques gouttes du précieux sang («). On m'objecte là-dessus que ces gouttes , perdant leur subsistance, perdraient leur consécralion* On se trompe, si par subsistuTicc on entend , comme on le doit faire, la nature, l'entité. Car 1°. l'eau ne perd pas la sienne quand on la mêle avec du vin , puisqu'on peut len séparer long-temps après. 2". Pourquoi une goutte de \in , ou ce qui en a les accidens, la perdraitil plutôt qu'une autre goutte de vin qu'on mêle avec elle ? Mais c'en est assez pour des cas dont la bonté de Dieu sanra bien garantir son Eglise. Je dis, en troisième lieu, qu'une présence
(*) iVlicbel Servet. on Rêves , Espagnol , fat brûle à Genève le 27 octobre t553, à Tinstigation de Calvin. Ce novaleur , qui jetait les hauts cris , quand on regardait de travers un Calviniste en France , j orsr se disculper du supplice de Servet , fit l'année suivante un livre , pour prouver que le magistrat a droit de punir de mort les hérétiques.
{à) LeCard.de Lugodit, avec plusieurs autres, que dans le cas d'une gouUe de pre'cieux sang melee avec une quantité' de vin , il faudrait garder tout ce vin pour le saint ministère, aiin de le consacrer peu n peu. De Eiicharist. disp. 4. sect. 7. a. iSq , injirie ; et il cite Suiirez , disp. 07. tect. 4- injinen
i8^ Chàp. IV, Difficultés
morale est suffisante et nécessaire. Cela snît des deux principes que nous venons de poser : il faut que la matière soit présente; il n'est pas nécessaire, et il ne suffit pas qu'elle soit présente physiquement \ la conséquence n'est pas difficile à tirer.
De-là il suit i". qu'il n'est pas nécessaire que la matière de la consécration tombe sous les sens; c'est pourquoi l'on consacrerait validement et le vin dans le calice , sans l'avoir découvert, et les pains dans le ciboire, quoiqu'on n'eût pas pensé à l'ouvrir comme en doit le faire pour obéir à la Rubrique.
Mais, pour que cette consécration ait lieu, il faut que le pain et le vin soient enfermés dans un corps qui , par sa destination et Testime commune , ait tant de rapport îi eux > qu'en montrant l un y on soit censé montrer Tautre. C est pourquoi s'il y avait du pain ou du vin, soit derrière l'autel, soit dans le tabernacle , soit sous le corporal , ou sous tout autre corps , où l'on n'a pas coutume de les mettre relativement à la consécration , ils ne seraient point consacrés; parce qu'ils ne seraient sensibles, ni en eux-mêmes, ni à raison de leur contenant ; et que d'ailleurs le Ministre, n'a ni ne doit avoir l'intention de les consacrer.
XIll. 11 suit i"*, qu'un Prêtre aveugle peut absolument célébrer. Jean VllI le permit par glace à lliucmar de Laoïi (a) , daus uu Concile
(rt) Labb. toni, 9 col. 329,
sur la matière du Sacrifice. 1 83
de Troyes; et le savant Père Alexandre Ta fait de nos jours.
Le saint Siège s'est si précisément réservé le pouvoir d'accorder la permission de dire la Messe à un Prèlre que Dieu prive de l'usage de ses yeux , qu il ne permet pas aux Congrégations qui travaillent sous ses ordres, de dispenser en ce point. On le voit par un décret de la Congrégation chargée d'expliquer le Concile de Trente, lequel je rapporte tout entier dans les notes (26), pour faire sentir à ceux qui demandent de pareilles dispenses aux Evèques, qu'ils ne doivent pas trouver mauvais , ou qu'on ne les leur accorde qu'avec poids et mesure, on qu'on les renvoie au Père commun des Fidèles ; parce qu'il s'agit d'une loi publique de l'Eglise , et d'une loi qui regarde une matière très-iniportanle. Au reste ,
(26^ Die if)Julii, an. i^^9 Sacra Coogre«;atio Em. S- Ji. E. Cardinalinni , Concilii J'rid. Interprehini , benii^nè commisit Ordinario , lit ve ris exisleDlibus candis narratis , e\ djjninrjodô Orator non sit omnino c.Tecns , ni/^moriler nort reciiet , ceiebret in Oralorio privato , ac etiam in puhlicâ eorlesi;1 , hor<^ tamcn à popuîn minus frequent.itâ , et cum alio assistente Sacerdote , (fiiateniis eo indigere videatiir, pelitam liccntiam celebrandi diebns ft'sîis et diiplicibns JMissara votivam SS- Virginis , diebus '^ erù ferialihns Missam Defunctornm per triennium proximani : si tamen diù Tnnntiatus defectiis perduraverit , pro siio arbitrio et consrientil Oratori gratis imperfiatur cnm faculfafe biijusmodi lirentiim prorogi<nd^ac renovandi foties (jnoties >pus inerif, si facto e\penmcnto cognoverit Oratorem in e.'ldcm visivae potenfiae débilitât e perd urare;vicec[ue versf^pra^fatam liceniiam denegandi , si Orator in Sacre peragendo defecerit , aut omnino caccus eva'^erit : super quihus ipsius ()rdinarii et Oratoris conscienlia onerata rexuaiieal. A. Cardinalis Praefcclus, de.
i84 . ChAp. ÎV. Difficultés
quoique des personnes de piéié croient qu*uil Prêtre qui est devenu entièrement aveugle , fait mieux de ne penser plus à dire la Messe, soit parce que la Providence semble le vouloir ainsi, puisqu'elle n'ôte pas les moj^ens, quand elle veut la fin -, soit parce qu'il est à craindre qu'il ne purifie pas la patène comme il faut j soit enfin parce que cette privation peut être compensée, tant par la résignation avec laquelle on la souifre , que par la communion de chaque jour, qui a si souvent été la seule ressource des plus saints Prêtres : nous continuons à croire que cette dispense peut s'accorder à des personnes d'une piété distinguée 5 et qu'à moins qu'il n'y ait une coutume contraire dans le lieu, l'Evêque peut, absolument parlant , l'accorder. Nous en connaissoîis cependant, et du premier ordre, qui, sur l'avis de plusieurs théologiens, ont mieux aimé ne dispenser que par intérim , ei jusqu'à ce que les supplians se fussent pourvus à Rome. Cette digression paraîtra peut-être un peu longue ^ mais les plus longues ne sont pas toujours les plus inutiles.
Il suit encore, du même principe ci-dessus établi , qu'il n'est point du tout nécessaire que l'haleine et le son de la voix frappent physiquement la matière qu'on veut consacrer. C'est pourquoi , quelque envie que nous ayons de ne faire de procès à personne , nous ne pouvons que condamner la pratique de ceux qui mettent en quelque sorte sur le bout de leurs lèvres les dons proposés j et qui soufflent dessus
sur la matière du Sacrifice, t85
avec autant d'indécence que d'opposition à la Rubrique , qui veut que Je Prêtre , la lêle inclinée , prononce les saintes paroles d'un ton distinct, secret, respectueux. Encore un mot, et nous finissons cet article.
XIV. La matière eucharistique doit être déterminée par l'intention do celui qui veut la consacrer. Ainsi , comme on ne baptise pas quelqu'un sans vouloir le baptiser, on ne consacre pas tel ou tel pain sans le vouloir consacrer. Cette parole, Ceci , marque par ellemême quelque chose de fixe ; et ce qui est lixe ne peut être totalement indéterminé.
Il résulte de là qu'un Prêtre qui , de dix pains qu'il a sous les yeux , n'en voudrait consacrer que neuf, sans désigner celui qu'il prétend exclure , n'en consacrerait aucun (^y) ^ et il y a toute apparence qu'il ne réussirait pas mieux , s'il laissait à Dieu celte détermination à faire : Dieu est trop sage pour entrer dans les bizarreries d'un homme qui l'offense.
av. Mais que faire donc , si par hasard on mêlait avec plusieurs hosties consacrées un pain qui ne le fût pas , et qui ne pût plus en être distingué ? Ce cas, qui n'est pas nouveau, embarrasse nos maîtres. Quelques-uns veulent qu'on donne alors deux hosties à chacun de ceux qui se présenteront à la sainte table ;
(27) Si quis habeat coram se imdecim hostias , et intendat consecrare solùm decera , non determinans quas deceru intendit ,.... non consecrat , quia requiritur intealio. Hubric. p. J. m. 7. rt. 2,
i86 Chap. rV. Difficultés
parce qu'il y en aura toujours une île consacrée : voilà ce qu'a trouvé de mieux le Cardinal de Lugo. Que si au lieu d'un pain non consacré, on en avait mêlé quinze ou vingt avec autant de pains consacrés , Henri de S. Ignace pense que le Prêtre devrait chaque jour, après avoir pris le précieux sang, en prendre cinq ou six jusqu'à ce qu'il eût tout consommé (a8.) Un théologien de Paris (29) y va plus uniment. Il dit , en deux mots , que , pour consacrer un pain qu'on ne peut plus distinguer des autres, il suffit que le Prêtre prononce siir la totalité de la matière présente les paroles sacrées , avec intention de ne consacrer que ce qui ne l'est pas encore \ et pour aller au devant d'une objection qui s'offre d'abord à l'esprit , il ajoute que la matière du Sacrifice ne demande pas à être déterminée jusqu'à la dernière précision-, que la nuit de Noël, le Célébrant consacre très-bien le vin qu'il met à la seconde et à la troisième Messe , quoiqu'il se mêle avec cette petite portion du précieux sang qui reste dans le calice, et dont il n'est pas possible de le distinguer -, et qu'après tout une telle hostie est dcsignahle par elle-même , quoique par accident le Prêtre ne la puisse désigner. Ce sentiment me parait sûr^ et quoiqu'il ait déplu à quelqu'un , je n'aurais point
(c»8^ De Liigo , de Euchar. disp. 4- sect. 7. n. i3g. — £)tliica amoris , de Euchar, cap. 9. n. gr , 92 et 98.
(29) Martin Grandin , rpii enseigna en Sf^rbonne a%ec re'ptifafinn , pendant p!us de .'ïn ans, et mourut le 16 no- "Vembre iGgi , à 87 aoi. De Euchar. p. 14*
sur îa matière du Sacrifice. 187
de peine h le suivre dans la pratique. Quelqu'un , pour se tirer de la preuve qui résulte de ce qui se passe à la seconde et à la troisième IVIesse de Noël, laquelle est sans réplique, traite cette portion adorable d'humidité restante. Qu'il l'examine bien à Noël prochain ; et malgré tous les eilorls que sa piété lui fera faire pour la diminuer, il verra que c est un tout bien plus considérable que ne sont pour l'ordinaire les
F lus grandes parcelles qui se détachent de hostie.
Mai<f f dit notre respectable censeur, fai intention de consacrer ce corps de vin déter^ mine. Oui , reprends-je ^ et c'est-à-dire que vous avez intention de consacrer tout ce qui est dans le calice, et qui n'a point encore été consacré. Et moi je veux consacrer tout ce qui est dans le ciboire, et n'a point encore él<î l'objet des paroles de la consécration.
Il faut cependant éviter , autant qu'on le peut, de mêler le sacré avec ce qui ne Test pas : et c'est à quoi manquent ceux qui, sans avoir exactement purifjé le ciboire, y mettent sans scrupule de nou v eaux pains pour la consécration .
Une détermination virtuelle suffit pour consacrer validement , et elle est censée faite par lintention générale, que le Prètle doit avoir, de consacrer tout ce qui lui est présenté selon la règle (3o). Si donc il a deux pains à la
(So"» Quilibet Sacerdos talem seraper intentionem habere delieret , ( Missat. Paris, dobet , ) scilicct consecrandi ras onwic^hnstias , qnas ante se ad coas€cranduin posita*haht'i* Hubric. part. 3. lit. 7. n. i.
i88 Chap. IV. Difficultés
main, et qu'il croie n'en avoir qu'un , il consacre l'un et l'autre (3i). S'il pense n'avoir mis que cinq ou six petites formules , et qu'il en ait mis sept ou huit, toutes seront consacrées. Son erreur , qui n'est que de spéculation , ne nuit point à son intention pratique. Il en est de même, lorsqu'il a mis sur l'autel un ciboire avec des pains à coçisacrer , et qu'il n'a pas pensé à l'ouvrir.
Mais que dire , si l'on avait mis plusieurs petits pains sur le corporal à l'insu du Prêtre , ou hors le corporal , de manière qu'il s'en fût aperçu dans le moment, mais qu'il n'y eût plus pensé dans la suite de l'action ?
Je penche beaucoup à croire , avec le célèbre Gamache , (3. part. q. 'j^, art. 40 T^^ dans l'un et l'autre cas la consécration aurait lieu : et la Rubrique que je cite à la note 3o y conduit naturellement {a). Cependant comme
(3i) Si Sacerdos piilans se tencre iinano hosti.im , post consecrationem invenerit fuisse duas simul jiinctas , in sumptione sumat simul utranique. Ruhrica , ibid. n. a.
(n) Ce sentiment paraît pen admissible: caries the'ologiens qui le sniifionnent , ne s'appuient que sur la Rubrique. Or la Rubrique leur semble contraire ; car voici comme elle s'expli(|ne quelques lignes avant le texte cite' à la note 3o : « Si aliqnae hosliae ex oblivione remaneant in altare , vcl » ali(|ua hostia ^ateat, cUm (Sacerdos) non intentât con^ J) secrare quas non videt, non consecrat. » Ce texte semble, formel contre M. Collet et les autres.
Que veut donc dire la Rubrique par le passage cite' à la note 3o .'* C'est que le Prêtre doit avoir intention de consacrer "ton les les hosties ((u'il voit placées à cet efl'et sur le corporal , sans restreindre son intention à un certain nombre, [.e contexte indique ce sens évidemment.
Opendant comme le moindre doute en pareille matière euûlt pour commuader les plus grandes précautions. Il
sur la malicre du Sacrifice. 1 8o
la chose n'est pas sans difficulié , je ferais trois choses où personne ne pourrait trouver à redire. 1°. Je traiterais avec tout le respect possible ces sortes d'hosties , comme pouvant renfermer le corps et le sang de mon Seigneur et mon Dieu. 2". Je ne les donnerais pas aux simples Fidèles , mais bien à un moribond , si je n'en avais point d'autres \ parce qu'il vaut mieux donner un Sacrement douteux , que \\en point donner du tout. 3". Je les prendrais après le précieux sang-, ou , s'il y en avait un trop grand nombre , je les consacrerais le lendemain , ou les ferais consacrer par un autre, spus condition.
Sur cela on m'a proposé quelques difficultés. « Si le' Prêtre ne refuse pas intérieurement » de les consacrer dans le premier cas, ils le » sont. Mais dans le second , on voit bien w qu'il n'a pas voulu les consacrer , puiqu'au- » trement il les aurait amenées sur le corporal. )) Cependant vous ne risquez rien à prendre » certaines précautions. Mais voire consécra- » tion sous condition en ce cas me paraît une » nouveauté. Je voudrais que votre sentiment » fût appuvé de bonnes autorités. Prouvez-nous » que l'Eglise l'a usité. )>
La chose du mojide que j'ambitionnerais le plus , ce serait de pouvoir convenir d idées avec l'Observateur. Je ne sais par quelle fatalité je trouve obscur ce qui lui paraît clair,
COnTÎent de traiter ces hosties avec respect , et de les consacrer W lendemain, oy\ de les prendre le jour même apréi le précieux sang. Edit.
i()9 CriAP. IV. Diff cultes
et vrai ou très -probable ce qui lui par.nît faux. C'est un fâcheux préjugé contre moi. Ce qui me rassure, c'est que j'ai toujours des I autorités que son humilité lui fera croire plus grandes que la sienne : et que la justice ne m'empêchera point de trouver équivalentes, surtout dans une matière qui était de leur ressort, et qu'ils ont très -particulièrement étudiée.
Dans le second cas , dit-il , « on voit bien » que le Prêtre na pas voulu consacrer ; » puisquautrejn^it il au? ait amené les pains » sur le corporal. » Or voilà précisément ce que je ne vois point jusqu'à ce degré de certitude qui exclut tout doute raisonnable. Et je me croirais le plus malheureux des homjnes , si , à la sombre lueur d'une raison aussi fait)le , je traitais comme un pain profane ce qui peut être le corps du Fils de Dieu, il est bien vrai que j'aurais amené ces pains sur le corporal , si j'y avais pensé \ comme j'aurais ouvert un ciboire que j'ai laissé fermé, si une distraction ne m'en eût empêché. Mais il est vrai aussi qu'il y a de la ditierence entre exclure l'intention de consacrer , et ne l'avoir pas actuellement. Il est vrai que quand on place , moi le voyant , un ciboire à côté et hors du corporal , mon premier dessein , €omme celui de tous les autres, est de consacrer les pains qui sont dedans. Il est vrai, ce me senible , que ce premier dessein doit toujours persévérer virtuellement jusqu'à ce qu'il soit révoqué par iiu acte posilivemenl
sur la matière du Sncrifce. ic)r
enniraire. Enfin , il est Trai que , si tout cela ji'est pas inconieslablement vrai , cela n'est pas inconieslablement faux. Il est donc au moins vrai qu'il y a du doute ', et dans le doute puis-je prendre un meilleur parti que celui d'une consécration conditionnelle ? Ce parti , l'auteur le traite de nouveauté : il a pu voir ci-dessus, n. x. qu'il se trompe en ce point.
Ce qu'il me demande, de prouver que l'Eglise l'a usité , n'est pas raisonnable. De deux mille cas que j'ai résolus dans ce Traité, et que je n'ai ordinairement résolus que d'après les meilleurs tliéologiens , il n'y en a pas le tiers qu'on puisse résoudre par des autorités de cette nature. Pour prendre son parti dans des questions épineuses , il suffit à un homme , d'ailleurs timide, de n'aller ni contre la raison , ni contre l'avis des plus sages docteurs , ni contre les décisions de l'Eglise. Si on se trompe , et qu'elle parle , on est prêt à réformer son jugement sur le sien. C'est tout ce qu'elle demande ; et plût à Dieu qu'elle pût l'obtenir I
XVI. On est quelquefois si embarrassé à l'occasion des gouttes de vin qui ne font pas corps avec celles qui sont dans le calice , qu'il est à propos d'en dire un mot ici.
Nous croyons i°. que celles qui sont hors du calice , ne sont point consacrées \ parce qu'un Prêtre n'a , ni ne pourrait sans crime avoir rintenlion de les consacrer. Ce seiait en pure perte s'exposer au danger de les profahcr.
A résrard Je celles qui sont attachées à la
ïQi ChAp. IV. Difficultés
coupe intérieure, on est plus partagé; parce qu'on ne sait trop si on doit avoir ou n'avoir pas intention de les consacrer. Sur quoi nous dirons en deux, mots, i°. que le Prêtre doit lâcher , mais sans scrupule , d'essuyer avec le purificatoire tout ce qui est séparé du continu : et il doit faire la même chose avant îa Messe , par rapport à la grande hostie , en y passant légèrement la main , pour en ôter toutes les particules qui n'y sont pas bien attachées *, 2°. qu'il doit être dans le dessein de consacrer les gouttes qui seront réunies ait tout , avant qu'il communie \ 3°. que par rapport aux autres , il lui suffit de vouloir ce que l'instituteur du Sacrement exige qu'il veuille. Or comme , selon cette méthode , il y a toujours lieu de douter si" celles des gouttes qui doivent rester détachées, sont consacrées, ou ne le sont pas, il faut bien se donner de garde de les essuyer : on doit donc les prendre avec le précieux sang , sans trop s'embarrasser du jeûne naturel , dont l'infraction est alors beaur coup moins à craindre que le danger de manquer au respect si légitimement dû à tout ce qui peut être le corps et le sang de Jésus- Christ. Ainsi raisonne un théologien que nous avons déjà plus d'une fois cité (^i). Un autre, dont l'ouvrage a été imprimé à Ferrare , dit que si ces gouttes ont rejailli sur la coupe , lorsque le Prêtre mettait le vin dans le calice , comme il arrive d'ordinaire , elles ne
(fc) Henricus à S. Iguitlio, de Euchar, cap. g. n. 102.
§OUC
sur la matière du Sacrifice. 193
flont point consacrées ^ parce qu'aucun Prêtre n'a intention de consacrer du vin qui ne soit pas mêlé d'eau (33). Cette remarque est judicieuse : mais comme on est toujours en doute sur l'origine de ces sortes de gouttes , le plus sûr parti est celui que uous avons d abord indiqué.
(33) Casus conscienliae , de mandato.... Benedicti XIV ,
propositi Ferrariae 1758. V. Celebrans , cas. i5. à la
fin du tome 1. du Dictionnaire abrégé des Cas de Conscience , par M. Collet.
194 Chap. V. Diff cultes