‹ Traité des saints mystèresChapitre 19 sur 40 · CHAPITRE Y · texte numérisé non relu

CHAPITRE Y

Difficultés sur la forme de l'Eucharistie.

I. Forme de la consécration du pain. II. ' Forme de la consécration du calice', toutes les ■paroles nen sont pas essentielles, III. Fraies et fausses conséquences de ces principes. IV. paroles dont il nest pas nécessaire de suppléer Vonnssion. Y. Tout changement dans laforme en produit-il la nullité? \I. Quid des additions qu'on pourrait j faire ? \ 11. Conduite à garde*' , quand on doute si Von a prononcé les paroles sacramentelles . Mil. Par oii faut-il rccou.mencer la conséci^ation ? IX . Cas *oii Von aurait prononcé sur le pain laforme du calice. X. Faut-il toujours répéter la consécration , quand on s'aperçoit quon ne Va pas faite? XI. Cornvient doit-on prononcer les paroles sacrées? Deux défauts à éditer,

X)r nous voulions traiter dans toule son étendue la question de la loi me de l'Eacliaristie , un volume semblable à celui-ci ne nous suffirait pas. Les paroles de l'institution suffisent^ elles pour le cliangement des dons ? La prière par laquelle le Piètre demande à Dieu le miracle de la transsubstantiation , n'est-elle pas esseniiLliemenl nécessaire pour Tojilcnir ? Les

sw^ la forme de V Eucharistie. iq5

Eglises d'Orient le croient-elles ainsi ? Le Concile de Florence a-l-il mis ce seuliment au nombre des opinions libres? Ce sont autant de difficultés, qui demandent un long ei pénible examen. Nous Tavons fait autant qu'il a été en nous (i) ^ et il n'a servi qu'à nous convaincre de plus en plus, que c'est la parole de Jésus-Christ dûment prononcée en son nom , qui change le pain au corps et le vin au sang de notre divin Médiateur.

Mais toutes les paroles qu'a proférées le Fils de Dieu en instituant 1 Eucharistie, ou que l'Eglise fait prononcer à ses Ministres, sontelles essentielles à la consécration.^ C'est la première difficulté qui se présente ici , et l'on sent d'abord qu'elle n'est pas de spéculation.

L Pour la résoudre, il faut commencer par la forme qui opère le changement du pain. Nous disons donc que tout y est essentiel , à l'exception de la particule enim. En effet le Seigneur s'est servi des quatre autres paroles , et non de celte pariicule, quand il a voulu apprendre à ses Apôtres ce qu'ils devaient faire en mémoire de lui : d'ailleurs ces mêmes paroles, comme pratiques ^ opèrent ce qu'elles signifient, et elles signitient très-parfaitement le changement d'une substance en une autre.

II. Pour ce qui est de la forme du calice , on convient d'abord que ces paroles , Hic est calix sanguinis niei , ou celles-ci qui re\iennent au même, Hic est sajiguis meus , sont

(i) Conlinualio Praelection. l'ourneli , tom. 8, in-8'*. pag. 774- Ejuidem Operis eompendium, t. 4- p- 434*

ic)6 Chap. V. Dlffj cultes

de la plus indipensable nécessité ^ et cela pour les mêmes raisons que nous v.enons d'alléguer en parlant de la forme du pain. Mais on dispute si les paroles suivantes, novi et œterni T'estanienti y etc. in remissioncin peccatoriim , sont, également nécessaires. D'anciens Thomistes l'ont cru ainsi ^ et il faut avouer que les termes du saint et savant Docteur qui leur sert de guide (2) , y vont naturellement. Néanmoins celte opinion n'a presque plus de défenseurs aujourd hui : on prétend même (3) qu'elle n'a point été soutenue par l'Ange da l'Ecole. Ce qui nous paraît très-sûr, c'est qu'elle r^'a pas du l'être: tant parce que les saints Pèi'^s (4) n'ont insisté que sur les premières paroles que nous avons rapportées , que parce que les Liturgies orientales, qu'on n'a jamais regardées comme défectueuses d^ns ce qui concerne la substance de la consécration , omettent, les unes nos^i TesLamenti , les autres, qui pro vobis effundetur -, et toutes mjjicriujn fidci. C'est sur quoi on peut consulter le Cardinal de Lugo , le Père Le Brun , etc. (5).

- (2) Omiiia sequcntia has voces , Hic est calix sangiiinis viei , sunt de substantiii f'nrmac , usque ad lioc quod postca sequilnr, //n?c qnntifiscunique , etc. S- Thomas, 3. part, qiiaest. 78. art. 3. in corpore.

(3) Voyez Drouin , fis re S n crament aria , lib. 4- q. 3. c. 3. y 1. où il explique S. Thomas d'une nécessite non d'essence , mais d'integrile.

(4) Vide Merati, part. 3. iit. 5. num. i. — Quarti, qucest. proœm. sect. 3. punct. 4- difîic. 3. "•

(5'. De Lugo , de Kiirhar. dis]>. ii. srct. 4- n. 61. — Le J3run, to». i. J> 4^^ ®^ 4^^- ^^^ auteur dit, ù l'endroit cité,

sur la forme de l Eucharistie. iç)y

III. Il suit de là pour la pratique, qu'un liomme qui s'aperçoit après coup, que dans l'une ou l'autre forme il a omis par inadvertance la particule enirît , ne doit pas revenic sur ses pas : il n'a manqué à rien de ce qu a fait le Sauveur dans linslituiion \ et il ne pourrait sans crime, sauf la bonne foi , consacrer de nouveau ce qui l'est déjà.

Mais puisque ce petit mot n'est pas essentiel, ne pourrait-on pas l'ometlre ? jNon, sans doute, lEgiise en a fait une loi; et celle loi regarde une partie trop in!éres^arJle du Sacrifice , pour être négligée. Il est vrai qu'on dispute sur la nature de cette négligence : les uns croient qu'elle \a au mortel , les autres qu'elle n'est que vénielle, à moins qu'il n'y ait du mépris : je le croirais volontiers ainsi ; mais, et je l'ai déjà dit, j aurais peine à concevoir que, dans une matière aussi importante, on pût , sans une espèce de mépris , aller de sang froid contre la loi et l'usage de toute l'Eglise.

A plus forte raison , et c'est le sentiment commuji ((3) , on ne pourrait, sans un péché très-giief , omettre dans la consécration du calice, ni les mots , no^i et ceterni Testamenti , ni ceux de mjsterium Jidei , etc. (j). Ils ont

qu'il a trouvé les mots mystevium fiJei diiTss tous les anciens Sac»'ilmentairesj mais il ne parle point des Liturgies orientales. Edit.

(6; Suarez, iu 3. part. disp. 60. secl. i. (•^ Defectiis ex parte formae possunt contingere , si quitl desit ex iis qu» ad integritateiu verboruiji ia ipsâ coa-

198 ChAp. y. Dijffîcuhés

un sens si sublime, ils sont consacrés par une tradiiion si suivie, si respectable, que l'irréligion seule est capable de les compter pour peu de chose.

IV. Mais faudrait-il les répéter, si par inadvertance ou autrement on les avait omis.'*

On convient d'abord qu'il le faudrait faire, si Ion s'apercevait de cette omission assez à temps pour la réparer , sans déranger considérablement l'ordre du Sacrifice. Un bruit imprévu me coupe la parole et l'attention : je passe , sans m'en apercevoir, de novi et œterni Tcstmnejiti , à Hœc quotiescumque fecerilis. Rendu à moi-même dans la minute, je reprends ce même no^'i et œtenii Teslamenti ^ et supplée ce que la distraction et le trouble m'avaient enlevé : tout cela paraît juste -, il n'y a là ni désordre ni vraie interruption.

La question est donc de savoir s'il faut ré-

secratione requiruntur. Verba autera consecrationis, quae sunt forma hujus Sacramcnli, sunt haec; Hoe est enim , etc.

et Uic est enini calix in remisiioneni peccatonim. Si

quis antem aliquid dlminueret , vel imtnutaret <le formîl consecrationis corporis et sanguinis , et in ipsâ verboruni immutationc, verba idem non significarent , non conficeret Sacramentum. Si veio aliquid adderet, qiiod significationcoi non mutarct , conficeret quideai , seu gravissimè peccaret. Buhric. pari. 3. lit. .•>. n. i.

Si (^elebrans non recordetur se dixisse ea qnae in conse- ■crahone commiiniter dicnnhir, non débet propterea turbari. Si tamen cerfo ei cnnstel se omisisse aliqiiid eoriina quae sunt de neressitate Sacramenli , id est formam consecrationis , seu parteni , résumât ij)>am formam, et c»tera proseqiialur per ordinen». Si verô valdè probabilifer dupilat se alicjuid essentiale omisisse , iferct formam , salteta Sul» tacit;1 conditione. Si autem non sunt de necessitate Sacrumeuli, non résumât; sed proceJat ulteriùs. Ibid. n. a-

sur lajorme de V Eucharistie. 199.

peter ces mômes paroles, quand on ne s'aperçoit de les avoir passées que quelque temps après. Les anciens Thomistes , qui les regardent comme essenlielles, ne manquent pas de dire qu'il faut les répéter, ou plutôt répéter la forme toute entière, afin de donner à toutes ses parties la liaison qu'elles doivent avoir entr'elles. La Rubrique, au litre de defectu formœ y semble leur être favorable^ puisque d'un côté elle veut qu'on répète tout ce que l'on a omis d'essentâel à la forme, et que de l'autre elle paraît regarder comme appartenant à la forme toutes les paroles que le Prêtre a coutume de réciter dans la consécration.

Les principes que nous avons établis cîdessus, ne nous permettent pas de souscrire à cette opinion (a). Nous ne croyons pas non plus qu'elle soit autorisée par la Rubrique, qui par le nom de forme entend tout ce que le Prêtre a coutume de prononcer , soit qu'il soit, ou qu'il ne soit pas nécessaire à l'essence du Sacrement : on le voit par le mot enim qui s'y trouve prescrit comme les autres , et que personne n'a jamais regardé comme essentiel. Il y a plus : c'est que ces dernières paroles de la

(a) Peut-être cependant serait-il plus conforme aux principes d'y souscrire au moins pour la pratique^ car en malitre de Sacrement , il n^esl pas permis de suivre le sentiment lo plus probable , s''il n*'est en même temps le plus sûr : or le sentiment qui tient que ces paroles doivent être repc'te'es comme essentielles est plus sûr , et il est au moins probable , efant soutenu par de très-graves Théologiens 5 ainsi pensent IVocl Alexandre, et plusieurs autres cités et suivis par Liguori. L. 6. i^. a'aS,

300 ChAp. V. Difficultés

Rubrique , Si autetn non sunt de nécessitât^ Sacjamenti, non resiiniat , sont absolument pour nous. Serait-ce pour le seul mot enim , qui n'a jamais fait de difficulté, qu'on aurait ■voulu faire une loi ? Et celte loi , pour un mot unique, serait-elle bien exprimée par un ternie qui en marque plusieurs ?

La même Rubrique , quoique comprise en deux aiiiclcs assez courts, a donné naissance à plusieurs doutes , sur chacun desquels nous ne dirons qu'un mot , parce qu îl en est qui n'auront jamais lieu dans la pratique, et que les autres peuvent se résoudre aisément.

V. On demande donc en premier lieu , s'il pourrait arriver qu'on changeât l'ordre des paroles , ou les paroles mêmes de la forme du Sacrement, sans faire tort à sa validité.

Nous le croyons ainsi, et c'est de quoi personne ne doute ; parce qu'on peut changer l'ordre des termes , sans en altérer le sens , ou leur en substituer qui signifient absolument la même chose, et qui par une suite nécessaire produisent le même eilét : ainsi on consacrerait par ces paroles. Hoc est meuni corpus. Jste est sanguinis mei calix j parce qu'elles conviennent quant à la substance avec celles dont le Fils de Dieu s'est servi. Cependant ou ne pourrait sans crime faire ces sortes de changemcns, qui ne seraient propres qu'à marquer un esprit novateur , et à rompre Tuniformilé dans une matière où l'on ne peut trop en gar* " ;der. Ajoutez que souvent on prendrait pour synonymes des expressions qui ne le seraient

sur la forme de V Eucharistie. 201

pas. Combien de gens s'imagineraient que Alenm est hue corpus vaudrait bien ffoc est corpus meum. Je ne parle point de Nœc est caro mea , que de très -habiles théologiens rejettent-, parce que corpus semble dire beaucoup plus que cai'o (S) , mais que d'autres , à Tabri de quelques Liturgies, ne manqueraient pas d'admettre (9) : et dès-là que de troubles , que de perplexité dans la chose du monde où il y en doit le moins avoir î

VI. Ou demande, en second lieu, si toute addition faite à la forme est capable de 1 annul 1er.

Il est bien sûr que non. Qui dirait , Hoc est corpus meum , quod pro vohis tradetur , ne pourrait anéantir le Sacrement : il parlerait d après son Mnitre , et ne donnerait à ses paroles que le sens qu'il leur a lui-même donné dans linstituiion. Ce serait autre chose si l'addition tendait à tirer les paroles du Sauveur de leur sens propre, pour leur en donner un qui leur fût contraire. Ainsi un ^ alentinien qui , dans la seule vue d'exprimer sou erreur , dirait , Hoc est corpus meum ciëreum ^ ne ferait rien -, parce que son épilhète ôterait au mot corpus le sens dans lequel Jésus-Christ

(8^ Sylviiis , in 3. part, qnaest. 78. aj*^- 3- quaer. 3<^. — Habert , de Euchar. cap. 8. qur^r. 5*^. el plusieurs autres.

v'g^ Voyez le Ca'dinal de Lugo , de Euchar. disp. îi. sect. ^. TJ.61. où il r;ipporfe une" 'Lituri;ip qu^un savant IMaionitt? l-à comnidniqua , el on la foricp de la consécration ne coTisisIe qu'en ce peu de paroles : Hoc caro mea est. Hoc sanguis meus.

50*1 ChAp. V. Difficultés

l'a entendu (lo). Au reste, la Rubrique déclare indistinctement coupable d'un péché très-grief quiconque oserait ajouter aux paroles de la consécration.

\I1. On demande, en troisième lieu, quel parti doit prendre un homme abstrait, qui ne se souvient pas s'il a prononcé les paroles de la forme.

La première chose qu'exige de lui la Rubrique, c'est qu'il ne se trouble point -, parce que le trouble est un mal qui n'en guérit point lin autre. Malheureusement l'avis est plus aisé à donner qu'à suivre.

La seconde chose est de répéter la forme, supposé qu'il soit sûr de l'avoir manquée en tout , ou en partie essentielle : après quoi il recommencera à l'endroit où il en était quand ïl s'est aperçu de son erreur^ à moins qu'il ne fallût reprendre un peu plus haut, pour donner du sens à ses paroles.

La troisième, c'est de répéter encore, lorsque , sans être absolument certain de son omission , il a de justes raisons de douter s'il ne l'a pas faite, si valdè probahiliter dubitat , et alors il ne doit reconsacrer ([ue sous condition ; mais cette condition , il n'est pas absolument nécessaire de l'exprimer. Que si son doute n'est fondé que sur l'oubli , sur l'idée d'une distraction , sur quelques autres motifs

(lo) On peut lire stir celte maiitio, gr;kc à Dieu , peu iililo, le Cardinal <le Ln^o, fit- Sacntrnentis in î^enfic , fîisp. 1. n i2'>, laG, ou la (jouUuualiou^dc Tournclij tom, 7. in-S^. p. '277. ^<5^

siw la forme de V Eucharistie. 5oS

peu concluans , il doit se niellrp au-dessus , et se bien persuader que dans le iraiu commua d'une action qu'on est accoutumé à faire de suite , on ne saule pas d'un feuillet à 1 autre sans s'en apercevoir. Cela esc encore plus vraisemblable, quand on a fait tout ce qui précède et suit la même action ; qu'on a par exemple fait rélévalion de l'hostie ou du calice, et c'est ce qu'on peut savoir de celui qui sert la Messe. Si le tout balancé, autant qu'on le peut faire en pareil cas , il y avait de part et d'autre égalité de raisons , ou que les raisons du pour' ne remportassent pas de beaucoup sur les raisons du contre, il faudrait aller au plus sur , et répéter une action qui peut servir , et ne peut nuire.

Ylll. On demande, en quatrième lieu, par où le Prêtre doit recommencer Tune ou Tautre consécration , quand il a sujet de croire qu'elle n'a pas été bien faite.

On a été autrefois plus partagé sur ce point, qu'on ne Test de nos jours. Le sentiment commun est aujourd liui , qu'à la rigueur il suffirait de répéter les paroles de la forme ^ mais qu'il vaut mieux commencer à Qui pridie , s'il s'agit de la consécration du pain -, et à Si^ tnili modo , s'il est question de celle du vin; parce que ces paroles rappellent, d'une manière plus distincte , l'ordre et la suite de la grande action dont le Fils de Dieu a voulu que ses iMinistres célébrassent la mémoire (ii).

(il) Vide Suarem, io 3- part, disp. 85. sect. i. §. Sed quœres.

îiiCî4 ChAp. V. Difficultés

IX. On demande, en cinquième lieu, si lin Prêtre, qui , peu présent à lui-même, a prononcé sur le pain la forme de la consécration du calice , est obligé de recommencer celte dernière sur le vin, après avoir suppléé le défaut de celle du pain.

Nojs ne doutons pas qu'il ne faille répéter, au moins sous condition mentale (*) , les paroles de la consécration du vin. La raison en est, qu'il n'a pu être consacré sans l'intention du Ministre, et que le Ministre n'est pas censé avoir Tou'u renverser l'ordre du Sacrifice, en commençant par où il faut finir. J'ajoute, avec le théologien qui me fournit cette décision (12) , que si on avaii déjà fait l'élévation deFliostie, il ne faudrait pas la faire une seconde fois , de peur de donner une espèce de scandale aux Fidèles, et de les alarmer nial-à-propos. /

X. On demande encore si un Prêtre, qui s'aperçoit qu'il n'a consacré validement ni le pain ni le vin, est toujours obligé de recommencer la consécration de l'un et de l'autre.

{*) On m'a prie d'ôfcr absolument cette rondilion ; « parce » qu'il est clrir , comme le jour , qi:e le vin n'a pu être couw sacre , piùsqvi'on n'en a point eti l'interlion j et comme i) on se fixait alors an pain , le vin nV'tait pas une matière i> plus présente au Célébrant , que s'il n'avait point été sur w rantel. »

Puisc|ne cela est rlair comme le jour , j'aurais tort Je n'y pas (b'férer. O qui m'aA ait porté à (.lemaiuler en ce cas une condition mentitlc, c'est i«>. qu'elle coûte peu; a» qu'elle ne ])en! faire aiîonn mal ; 3". cpieQuarli l'a j)rcscrife comme moi daU' l'endroit que j'en ai cité : Débet er/rn , dil-il, /c- ■ptlere prœ'iulam fnnuam , saltcm siib coiuhtionc mentalix

<ia) Quarti , l'art. 3. tit. 5. scct. a. dub. I^

sur la forme de V Eucharistie. ao5

Il faut dislînguer. Ou ce Prelre ne reconnaît son erreur qu'après avoir pris le pain , ou l'une et Faulre espèce -, ou bien il la reconnaît auparavant. S'il ne la reconnaît qu'après , il ne peut ni ne doit consacrer, parce que d'un côté, il n'est plus à jeun, et que de l'autre il n'y a point de Sacrifice à finir, puisqu'il n'y en a point de commencé. Cependant , pour éviter le scandale, il doit lire les prières qui terminent la Messe, avec la précaution d'en retrancher tout ce qui serait relatif à une communion qu'il n'a pas faite.

Que s il reconnaît sa méprise avant d'avoir rien pris, il doit consacrer-, i". parce qu'il n'est pas permis de prendre comme vrai Sacrement des espèces qui ne sont pas consacrées-, 2'\ parce qu'on ne peut, sans péché, donner aux Fidèles occasion d'adorer Jésus-Christ comme présent sous des symboles qui ne le renferment pas. Ainsi raisonnent Suarez et Quarti (i3).

La secondé partie de celle décision me paraît sans difficulté : la première en souffrirait , si le Prêtre s'était mépris, non-seulement sur le pain dont il devait communier, mais sur une multitude d'autres qui devaient servir à la communion d un grand peuple. Ce nouveau cas doit se résoudre par les principes que nous avons établis en parlant de la loi du jeûne eucharistique.

XI. On demande enfin comment il faut prononcer les paroles de la consécration.

(i3) Suarez et Quarti, ubislatim.

2o6 Chap. V. Difficultés sur lafbrme, etc,

La réponse est toute simple : il faut les prononcer d'une voix distincte , respectueuse , suivie , naturelle , comme on le fait dans un discours commun, mais grave et sérieux. Ainsi l'on a raison de blâmer des Ministres , d'ailleurs estimables, dont les uns font entre chaque parole une pause considérable, qui semble en couper le sens et la liaison ; les autres prononcent chaque mot avec de si violens efforts , ■qu'on les croirait agités de mouvemens convulsifs. On les voit trembler de la tête et d'une partie du corps. Pour ne manquer à rien, ils pervertissent tout : chez eux hoc se change en hoc(jue, mcum en meumme, et ainsi du reste. Nous n'avons qu'une grâce à leur demander , c'est de se demander à eux-mêmes, s'ils croient que Jésus-Chrit parla de la sorte, quand il institua lEucharistie. Ce qui est sûr, c'est que ce ton forcé afflige les gens de bien, étonne les simples, et fait rire les libertins.

Mais après avoir fait la leçon à des personnes dont nous la recevrions volontiers en toute autre occasion, il serait de l'ordre, si l'on ne craignait de travailler en pure perte, d'en faire une plus fâcheuse à ces Minisires précipités, qui parlent au nom du Fils de Dieu, comme ils n'oseraient parler au nom d'un Prince de la terre, et dont le ton libre et familier pour ne rien dire de plus, semble n'appeler Jésus- Chrit que pour leur propre jugement.

Chap. VI. Diff cultes sur le Ministre. 207

%»IVVUVVV\^/VVVVV\VVVVVVVVV'V'KVVVVVVVVVVVVVVVVVV\/V««VVVVVVVV«A/VVVVVW

Page 1