CHAPITRE yi
Difïîciiltes sur le Ministre.
I. Divers genres de défauts. II. Défaut d'Ordre^ III. Deux difficultés à ce sujet, et leur solution. IV. Rctnarques utiles. V. Défaut d'intention f et ses suites. VI. Défaut de dispO" sition par rapport aux censures et aux irrégularités. A lï. Deux observatioTis importantes, \ III. Dispositions extérieures . Excès à blâmer. Usage de la calotte pendant la célébration des saints Mjstères.
I. Un homme qui célèbre peut avoir des défauts; et de ces défauts, les uus empêclient de célébrer validement , comme le défaut d Ordre ou d inieutiou ^ les autres , sans détruire la substance du Sacrifice , font qu'il n'est pas olfert comme il devrait l'être : et de ce genre sont le défaut des dispositions de 1 Ame , du corps , etc. (i). Reprenons-les par parties j nous le pouvons sans tomber dans la redite.
II. Il n'y a point de défaut aussi capital que celui d Ordre ^ mais il est si rare, si sévère-
(t) Deft'ctus ex parte Ministri possnnt contingere, cpioad «a c[n?e in ipso reperiuntiir. Haec autem sunt : in primis iatenfio , deinde dispositio aniniae , dispc^ifio covporis, uispositio veslimonloruin , dispositi ) in ministerio ipso, qiioad ea q^ias iu ipbo posiiuat occunerc Rubrlc. pari. 3k Ut. t^
2o8 Chai». VI. Difficultés
ment puni par les lois, quand il est volontaire^ qu^il serait inutile de nous y arrêter. 11 ne peut donc, ce me semble, se présenter ici que deux difficultés : l'une , de savoir ce qu'il y aurait à faire, si un malheureux, en contrefaisant le Prêtre , avait mêlé des pains non consacrés avec d'autres qui l'eussent été par un Prêtre véritable; l'autre, quelle conduite devrait garder un liomnie qui commence à douter s'il a été légitimement ordonné.
III. Le premier de ces deux cas se trouve résolu par les principes que nous avons cidessus établis. Il y faut seulement ajouter que, si de pareilles hosties on avait communié un malade en Viatique, ou le peuple à Pâques , il faudrait recommencer , à moins qu'il n'y eût du scandale à craindre \ ce qui est rare , parco que, quand ces sortes de crimes transpirent, ils deviennent bientôt d'une notoriété si publique , qu il n'y a plus rien à ménager.
Pour ce qui est d'un homme qui commence à douter s'il a valab^inent reçu les Ordres, (car c'est le seul cas qu'on puisse proposer ici , sans sortir des bornes de la vraisemblance) il faut d'abord poser pour principe, que la plupart des doutes qui naissent sur cette matière sont de vrais scrupules, et rien de plus. L'Evêque qui ordonne , le INJaître des cérémonies , et les autres Prêtres qui assistent à 1 Ordination, regardent à tout de si près , qu'il est moralement impossible que rien d'essentiel se dérobe à leur attention. Le défaut d'iuteiilion de la part de l'Evêqiie est
su?' le Ministre, "iog
un de ces cas dont il n'y a point d'exemple ^ ce que l'on a débité à ce sujet de M. Lavardi'n , Evoque du Mans, est une fable, et c'est bien mal à propos que tant de gens en ont été alarmés.
Il faut encore observer que l'ignorance fait souvent regarder comme essentielles certaines parties de l'Oidination qui ne le sont pas. Quelqu'un , que je nommerais bien , touclie la patène , et ne touche point ou s'imagine n'avoir point touché le pain qui est dessus : voilà un homme perdu , la tête lui tourne ; il ne sait ni que faire ni que devenir. Mais sans discuter à fond la matière de l'Ordination , il n'y a qu à lui dire qu'on est censé toucher l'hostie en touchant la patène -, comme on est censé toucher le vin, en touchant le calice dans lequel il est renfermé.
Enfin il faut encore remarquer que , plus le doute vient lard , moins il doit être écouté. Quoiqu'un ordinand ne sache pas tout ce que sait un vieux théologien, il en sait assez pour voir comment font les autres , et pour faire comme eux ; ainsi il n'y a point d'apparence qu'il eût été si long-temps à reconnaître son erreur, s'il y en avait eu.
Ces trois principes suffisent plus que moralement pour calmer les inquiétudes dont on est quelquefois atteint au sujet de l'Ordination. Mais , pour prendre les choses dans la dernière rigueur , il faut supposer qu un homme doute , et doute avec fondement s il a été bien ordonné j et alors, quoi qu'en aient
aïo Chap. VI. Difficultés
pensé quelques docteurs (2) , nous croyons qu'il doit s'abstenir de l'exercice de son Ordre. Les suites en sont trop importantes, tant par rapport à la majesté du Sacrement , que par rapport au bien des Fidèles, pour qu'on puisse le risquer impunément.
Que si ce doute survenait à l'autel , il faudrait quitter avant la consécration. Si on i\e le pouvait faire sans un grand scandale , on se borneraft , pour ne point exposer les Fidèles à une fausse communion , à prononcer l5 forme de l'espèce du pain sur la seule hostie qu'on doit prendre. Mais après la consécration il faudrait poursuivre*, il est plus sûr d'achever un Sacritice qui peut être vrai , que de le laisser imparfait.
Si au lieu du simple doute sur la validité de l'Ordination , on supposait une vraie certitude de sa nullité , il faudrait s'arrêter tout court , devant ou après les paroles de la consécration ; parce qu'autrement on usurperait en tout ou en partie un ministère dont on se connaît incapable. Quarti (3) permet en pareil cas l'usage des équivoques , pour se tirer d'affaire^ mais je crois que, sans avoir recours à ce mauvais remède, le trouble et le saisissement d'un homme qui se croyait ce qu'il n'est pas, le mettent, sans qu'il parle, dans un état qui le justifie assez aux yeux du public.