‹ Traité des saints mystèresChapitre 24 sur 40 · CHAPITRE yill · texte numérisé non relu

CHAPITRE yill

Difficultés sur TAutel, les Nappes, la Croix, etc.

ï. u4nfiquité des autels. II. Autel fxe et portatif, ill. Nécessité de Vun ou de Vautre. IV. iJn autel doit-il être consacré , et par qui? T. } faut-il des reliques ? VI. Abus à és/iter. vil. Divers cas dans lesquels un autel perd ou retient sa consécration. VIII. Difficultés sur la fraction du sépulcre. IX. Quand l'autel est violé y ï église V est-elle aussi? X. Les nappes d'autel sont-elles de pr^écepte rigoureux pour le nombre ; XI. pour la bénédiction , XII. pour ia matière, XIII. pour la propreté ?li\y . Faut^ il sur l'autel une croix a^'ec l'image du Cruci' fioc? XV. En faut-il une, quand le saint Sacrement est exposé ? XVI. Peut-on en certains cas célébrer sans croix sur l'autel ? X.VII. La lumièie très-nécessaire pendant la célébration du Sacrifice. XVIII. Faut-il de la cite? XIX. Nombre des cierges. XX. Trois observations sur cette matière,

I. oi nous faisions ici un traité général du Sacrifice , nous ne manquerions pas d'observer ^iie les autels de l'Eglise calholicpie sont de la

sur V Autel y les Nappes, etc. 253

plus haute antiquité (i) ^ leur consécration, si odieuse aux Proiestans, a été en usage dans les siècles les plus purs (2) ; et à raison d'euxmêmes ou de leurs accompagneraens , ils ne présentent, à un esprit éclairé, rien qui ne puisse nourrir sa piété et sa religion. En effet , î autel pris en soi rappelle tout naturellement la mémoire, soit de la table sainte sur laquelle Jésus-Cbrist fit sa dernière cène avec ses Disciples ; soit de la croix à laquelle son amour pour nous Tattaclia sur le Calvaire , où il vou-lut bien donner sa vie pour les liommes et pour leur salut Les nappes, dont ce même auiel est couvert, représentent, ou les linges dont il fut enveloppé dans le sépulcre , ou Téclat de son humanité. La croix, placée au milieu de cet autel , est un trophée de la victoire que lAgneau a remportée sur le monde entier, non par le fer, mais par le bois, ainsi que lavaient prédit les Prophètes. La lumière, qui y brille à droite et à gauche , est comme une ombre de ce jour éclatant qui a éclairé les Juifs et les Gentils , et des té-

(t) Non potestis mensoe Domini participes esse , et mensjc dîernonioruin. X. Cor. I. 21. Le mot 7>/e/i5n signifie ici, à iVgard des Chrétiens, ce qu'il sigoitiail à IV-gard des ^ Idoliitres. — Solemnior erit statio tua , si ad arani !)ei steteris. Tenu/, lib. de Orat. n. 14. — INoa apud alfare Dei jnerclur nominari, in Sacerdotum prcce, qui ab altari Sacerdofes et IMinisli<)3 \oluit avocare. C'ypiian. l'.p. 66' — \ idc S. Irenacuni , !ib. 4- a<lv. Havres, cap. 18. aliàs 34- — S. Athanas. in Vitû S. Antonii , etc.

{">.) Athanas. in Apolngil ad (^onstantinm. — Rasilîus , in Ps. 11 5. n. 5. — tiiseb. Hist. eccles. lib. 10. cnp. 3 et 4* De Vita Constantini; lib. 4- — Et iufrà ûot. 3 et 4*

2t54 Chap. VIII. Difficultés

iièbres les a fait passer à l'admirable lumière de TEvangile. Mais ce beau détail est l'iieureux partage d'iui autre genre d'écrivains (a) \ on n'attend de nous que des difficultés pratiques : lâchons d'en proposer, el plus encore d'en résoudre.

II. Avant que d'en venir là, il faut remarquer qu'on dislingue deux sortes d'autels, les uns fixes et stables, les autres portatifs. Ceuxci s'appellent ara dans la Rubrique -, ceux-là altarc : tous deux doivent être de pierre (i).

L autel fixe est attaché à sa base. Sa partie supérieure , c'est-à-dire sa table , n'est que d'une seule pierre. L'autel portatif peut, ainsi que le marque son nom, se transporter d'un, lieu à l'autre. Il doit être assez ample pour contenir l'hosfie , et la plus grande partie du calice, et même quelque chose de plus , c'està-dire le ciboire et les pains qu'on y met pour les consacrer. C'est ce qu'on appelle communéjneni pierre d'autel y ou pierre sacrée. On l'enchâsse ordinairement dans une table de bois

(a) Ceci ne s'applique qu'aux premitres éditions de cet «liivrage. Dans celle de T7G8, ({ue nous suivons , M. Collet a traite celte matière dans les dissertations que renferme le tom. 3.

(3) Altaria nisi lapidea clirismatis unclione non sacrentlir. Conrif. J^paonense , can. 26' Labbe , tom. 4- co'- îS'jg. Il .est ccperdanl s\>r qu'il y a eu autrefois des autels qui «'e'iaienl que de bois 5 et il y en a encore deux à Home de celle sorte. Quelquefois ih ont e'ie de métal, d'autres fois d'or j témoin celui que Pulche'rie, sœur de Theodose le jeune, donua à l'Kglise de Constant inople. S'ozonien. Hist. lib. (). cap. 7. L'aulel de pierre rappelle plus distinctemeot Jcsus-Christ , qui est la pierre angulaire.

Su?' Vy^utct , les Nappes, etc. s 55

Q' disposée à l'usage du Sacrifice , et Tune et Vautre

♦ doiveul èlre parfaileinent de niveau (a) , pour

• obvier au péril de répandre le précieux sang. , Cela posé ,

j m. On demande i*. si un autel est abso- I ]unient nécessaire pour ofïVir le saint Sacrifice? A cela il n'y a qu'iine réponse : Tauiel, COîiinie il est d'usage dans le christianisme, n'est pas nécessaire de nécessité de moyen ; puis{[ue Jésus-Clirist ne s'en est pas servi , et qu il a consacré sur une table commune^ mais il est nécessaire de nécessité de précepte , et de précepte si rigoureux , qu il n'y a ni Evêque ni Pape qui ait jamais osé en dispenser.

IV. On demande 2". si l'autel doit être consacré , et par qui ?

La réponse n'est ni moins aisée ni moins «ûre. Il iaut, pour qu'on puisse célébrer sur un autel , qu'il soit consacré. Si 1 église, qui ne sert au Sacrifice que d'une manière éloignée, doit, pour être élevée à ce haut degré d'honneur, sortir de son premier état, et devenir sainte de profane qu elle était, il est bien juste que l'autel , sur lequel le corps du Fils de Dieu repose presque immédiatement , soit sanctifié autant qu'il est capable de l'être. Et c'est aussi ce que les anciens Conciles ont très-

(a) Gsvantus dit que cette pierre doit être tant soit peu p]us el»n ée qud la lab'e Jcbois , alin ([iie le Préire en connaisse facilement 1 oteridiie. Sed tanien e/nineat atiquanlu^ lient, Ht ejus limites a S ttctrcJoie facile dii^nnsci posstnt* Part. I . lit, 20. litt. P. — Quarti paraît être da même 6entimcat.

^fî6 Chap. VIIL Difficultés

étroitement recommandé dans leurs Canons (4). Ainsi un Prèlre , qui serait assez téméraire pour célébrer sur un autel non consacré , pécherait mortellement. Et même dans le doute , pourvu qu'il fût bien fondé , tel qu'il nous paraîtrait , si une pierre peu ancienne n'avait ni croix gravées , ni sépulcre , il faudrait suspendre son ministère , selon cette règle qui n'est pas nouvelle : Ecclesiœ , vel altaiia , quœ ëiïnbigua sunt de consecratione , consd' crentur, (Can. i8. cïe Consecr. dist. i.)

Cette consécration , qui se fait par l'onction du saint chrême avec les prières marquées dans le Pontifical , est très-spécialement réservée à 1 Evèque (5) , et il ne peut en donner la commission qu'à un Evêque comme lui. Cependant comme cette cérémonie , toute respectable qu'elle est, n'est que de droit ecclésiastique, le Saint Siège en a quelquefois confié les pouvoirs à de simples Prêtres qui , chargés de la pénible culture des pays les plus éloignés , se seraient souvent , faute de cette permission et faute d'Evêques , trouvés dans l'impuissance de faire leurs fonctions.

On sera peut-être bien aise de trouver ici les privilèges dun autel consacré par le Pape, et sur lequel il a célébré. Ils sont détaillés dans

(4' De erclesiis, quolies super earum consocralione haesiiahir , agcntlum est ul sine \\\IX tre|»iclatione consecrentur. C'>nciL Carlhag. f^. cap. b. Labhe , tom. a. col. iii6. Altaria phiciiit non solàm uncfione Chrismatis , sed etiam sacordotali benetUctione sacrari. Concil. ji^ath, KJun. i^. tom. 4. col. i3S5.

(5) Vide cap. a5. de Consecrat. dist. i.

sur V Autel , les Nappes, etc. 25^

lin Bref que Benoît XIV envoya , le i5 janvier 1^4^? ^ J^^" ^ ' ro^ ^^ Portugal , à qui il faisait pre'sent d'un autel, c'est-à-dire d'une pierre d'autel qu'il avait consacrée , et sur laquelle il avait dit la Messe ^ et qui fut placée à Lisbonne, dans l'église de saint Rocli , qui appartenait alors à la maison professe des Jésuites.

Et d'abord, quand le Pape a une fois célébré sur un autel , qui dès-lors s'appelle Porttijicium altare , personne ne peut plus y dire la JNlesse sans sa permission ; et c est l'usage constant de l'Eglisç romaine, comme on le voit dans la Basilique de Latran , dans celle de saint Pierre au Vatican , etc., où les Cardinaux mêmes ne peuvent , en l'absence du Pape^ célébrer sans un Induit particulier; (comme je l'ai vu en lyS^. ) Induit qui doit être renouvelé toutes les fois qu'il s'agit de célébrer sur les mêmes autels-, ce qui ne se peut faire que dans un petit nombre de certaines grandes solennités. Cependant Benoit XIV, par égard pour la piété du Roi de Portugal , et dans la confiance que ses successeurs marcheront sur ses traces; lui permet, et à eux aussi, de faire dire la Messe sur ce même autel, par qui, et toutes les fois qu'ils le jugeront à propos. 2". Il veut que cet aulel soit privilégié à perpétuité, et cela, quand mèaie il y en aurait déjà un autre semblablement privilégié dans la même église. Enfin il accorde à ce religieux prince , à tous ses parens et alliés, jusqu au troisième degré inclusivement, une indulgence plénièie pour tous les jours

258 CnAP. VITI. Difficultés

où , après s'être confessés et avoir reçu !a sainte communion, ils prieront devant ce même autel , pour rexlinciiou des hérésies , la concorde des Princes chrétiens , et rexallaljon de la sainte Eglise (*),

V. On demande -3". s'il faut nécessairement des reliques pour la consécration d'un autel?

Il est constant que l'on n'a pas toujours mis des reliques dans les autels quand on les a consacrés ; et qu'ainsi , à parler dans une certaine précision , on ne pourrait dire qu'un autel où il n'y a point de reliques, n'est pas consacré. Mais il est sûr en même temps , qu'eu égard à l'usage de l'Eglise , usage très-ancien (6) , c'est aujourd'hui relativement au Sacrifice , nioraliter loquendo , n'avoir point d autel , que d'en avoir un où il n'y ait point de relique. Ces paroles , Oranius te per me rila Sanctoriim tuoruniy quorum reliquiœ hic sunty en supposent nécessairement. Il est vrai que quelques anciens Missels ordonnent de les omettre , lorsqu'il n'y en a point. Mais tous les autres , et plus encore ceux qui ont paru dans la suite, ont retranché celte Rubrique , comme contraire à la discipline présente, qui fait loi , et qui la fait très-sévèrement (7) , excepté peut-être le cas de nécessité dont je parlerai plus bas.

(*) RuUarinm T^enedicfi XIV, nnm. 116. tom. i. pag. 481. De Sacrif. JV/issoe , Apjjend. 5.

(6^ Voyez Ste-Reiive, tom. i. éA'xi. in-4". cas 79. et tom. 1. édit. in-8«. de 171 5, cas n88. — Pontas. v. y/ulel , cas i.

(7) Vide Sylvium , ia 3. part, quaest. 83. art. 3. «juaBr. S"»

sur V Alltel, les Nappes , eic, 25c^

TI. Quelques personnes se sont imagin.é qu'au défaut dereli({ues, elles pouvaient mettre dans le sépulcre de Tautel uno parcelle de l'Eucharistie, ou un morceau de quelque corporal sur lequel on aurait célébré. Il y avait dans cette conduite plus de simplicité que de lumières : car, pour ne rien dire du corps de Jésus-Christ, qui sûrement n'est pas lait pour servir d'ornement à une pierre d'autel', il est évident que le corporal, perdant sa bénédiction quand il est déchiré, ne la peut plus communiquer k autre chose. De plus il ne louche pas physiquement le corps du Sauveur, (jui ne peut être ainsi touché dans 1 f^ucharislie : et c'est pour cela (juil y a entre le corporal et le suaire dans lequel le Fils de Dieu fut mis après sa mort , une très-grande didérence. D ailleurs que fera de })lus un morceau de corporal , que le corporal tout entier qui est sur l'autel, lorsqu'on y dit la JMesse .'' Enfin, quand le Ministre prie par les mérites des Saints, il ne parle actuellement, ni de Jésus-Christ , ni de tout ce qui a pu toucher son corps , mais des Martyrs , des Confesseurs et de leurs sacrées dépouilles. Il faut donc avoir des reliques de Saints, et de Saints dûment reconnus par 1 Eglise , à qui il appartient d en juger. En faut-il de plusieurs ? Les paroles , per mérita Sanctorurn tuoruni , quorum reli^ quiœ hic sunt, semblent le définir. Il est d usage d'en mettre de trois.

Ce que disent quelques théologiens, que les reliques authentiques sont trop rares pour

.26o CiiAP. VIII. Difficultés

qu'on soit absolument obligé de s'en servir , 11 est pas conforme à ]a vérité : car outre que la capitale du monde chrétien, si long-temps inondée du sang des Martyrs, en a pour plusieurs siècles, et qu'on peut employer celles qui étaient dans des pierres que la vétusté rend inutiles, Dieu donne chaque année assez de nouveaux Saints à son Eglise , pour en fournir le monde entier j leurs ossemens , leur chair , leurs cheveux , leurs cendres , leurs vétemens même pouvant servir à cet usage , comme le remarque Quarti , dans l'endroit que nous allons citer.

Du reste, ces reliques se mettent ou dans une petite ouverture, que l'on nomme le sépulcre, ou sous la masse entière d'un autel proprement dit. Mais il ne doit y avoir sous ce même autel que des corps saints : et si quelques Fidèles y avaient été enterrés auparavant, on ne pourrait y célébrer, que leurs ossemens n'eussent été transportés ailleurs. C'est ce qu'a décidé en loc^c) la Congrégation des Evêques (*). Je ne sais si la pratique de faire, jusque sous l'autel d'une chapelle, des caveaux pour inhumer certaines fajnilles qui ne sont pas toujours composées de Saints, s'accorde trop bien avec cette décision.

Nous pourrions examiner ici , si un autel est consacré par cela seul qu'un Prêtre y dit la Messe : mais ce que nous dirons sur une question semblable, au sujet du calice, résoudra suffisamment celle-ci.

(*) Quarti, p. i. lit. ao, dub. 3. diflicult, i.

sur V Autel y les Nappes y etc. 261

TII. On demande 4°- quand un aiUel perd sa consécration de manière à ne pouvoir plus servir au Sacrilice ?

R. L'autel stable et l'autel portatif la perdent également et par Teflusion du sang humain , et par les actions , ou impures , ou contraires au respect du à la plus intime présence de Dieu , desquelles nous avons parlé dans le chapitre précédent (B). JMais ils ont outre cela des manières de la perdre , qui sont propres à chacun d eux en particulier.

L autel tise , ou simplement dit, la perd, 1**. lorsque sa table, quoiqu'elle demeure en son entier , est séparée de sa base , ou des pieds sur lesquels on l'avait posée ; 2*". quand celte même table est ou brisée, ou rompue considérablement. C'est la décision d'Innocent m (()) , et elle fait loi partout. La raison en est que dans ces sortes d'autels ce n'est pas la table seule que ron consacre, c'est toute la masse de l'autel ^ ou , si l'on veut, on consacre la table en tant qu'appuyée sur sa base : et c'est pour cela que l'Evèque fait les onc-. lions sur les quatre jointures qui unissent ces deux parties pour nen faire qu'un tout. D'ailleurs ce to'dt, pour bien représenter un seul

(8 Remarquez que dans ce cas l'autel est réconcilie par les nipiues moveus qui réconcilient re'j^lise. Vovez ci- dessus le ciiap. ^ II. n. xvii. et les Canonisles sur le lit. ^o du liv. 3 des Dëcretales.

(9 AUare vcrù in quo tabula , cui conserrationis benedictio poutiticjli ministerio aiihibetur , si moia // itinite suo Yel enormiler fracta i'uerit , deljet non iir.înerito con^ccrari„ Innocent. JJI. cap, 3. de consecrat. eccles. lib. 3. tu, ^.

s63 €hap. VÏII. Difficultés

Jésus-Christ , doit être unique et simple ; et il n'est plus tel , quand il s'y trouve quelque fracture considérable.

Il suit de ce principe , qu'un autel fixe ne perd pas sa consécration , i**. quand on le transporte tout entier d'une chapelle à l'autre 5 '?.". quand le mur auquel il était attaché s'écroule, ou qu'il se détache quelques-unes des pierres qui lui servaient de base ^ pourvu que ce ne soit pas de celles qui touchent immédialement la table , et sur lesquelles s'est faite l'onclion , qui ne fait du haut et du bas qu'un tout moral. C'est que, dans tons ces cas, )a forme de l autel est toujours essentiellement la même, et que la durée de la consécration «e mesure sur celle de la forme. Si la table n'était pas attachée à demeure aux pieds qui la soutiennent, on pourrait l'en séparer sans lui faire perdre sa bénédiction. Ce ne serait alors qu'un autel portatif, mais plus grand qu'on n'a coutume de les faire. Tout ceci est tiré des meilleurs théologiens et des plus savaus canouisles.

Pour ce qui est de l'autel portatif, il perd sa consécration , quand il est tellement brisé, qu'il Ji'eu reste aucune partie assea grande pour contenir Thostie et le calice (10). C'est

(10) IVon cetisetur fraclio notabilis, quan(lo major par» quae reinanot , est sufliciens ut in ill.1 possit calix et. hostia collocari. Si vcrù tVangatur per médium , elîamsi quaecumque pars aiHioc essel sufDciens , nnlla manet consecrata j quia certum est non posse utramque partem manere consecratum^ et uou est major ratio de uaâ quam de altéra.

sur TAutel , les Nappes , etc. ^63

I mi'en ce cas sa forme périt, et par une suite nécessaire, la consécration qui en dépend.

De là il résulte qu'un autel de ce genre peut continuer à servir au Sacrifice, i^. quoiqu il soit écorné dans les quatre coins : il est vrai que la consécration se fait dans les angles -, mais il est vrai aussi que le tout la reçoit à raison de ses parties -, 2*^. lorsque le morceau qui reste , après une fracture , est assez grand pour qu'on y puisse placer ce qui doit y être, c'est-à-dire , le pain et le vin -, et alors il faut èier le peiit fragment qui a été séparé du reste, parce que tout autel ne doit être composé que d'une pierre ^ 3". quand il a été tiré du cadre de bois dans lequel on a coutume de Tencliasser : en eflet ce cadre est étranger à la substance de la pierre sacrée , et il ne sert qu'à l'aifermir.

VIII. C'est une grande question de savoir si n\\ autel perd sa consécration , quand le sépulcre , ou même le sceau du sépulcre est rompu. Sur quoi je dis d'abord que , quoi qu'en aieiit cru quelques théologiens , sur le sentiment desquels Pontas n'a pas jugé à propos de s expliquer, la seule rupture du sceau ne suffit pas à cet etTet. Pour exclure cette opinion , il suffit de dire qu'elle n'est fondée sur rien. Le Droit, d'où il serait de règle d'en tirer la preuve, n'en dit pas un mot. L'usage , qu'on pourrait réclamer, n'est ni certain ni dominant, bien loin d'être universel. Si la

Ku^o , in 3. pan. S Tliomce , q. S3. art, 3. dub. 3. -^ foulai, y^ ^luicl f cas 8.

264 Chap. mil Difficultés

crainte ou l'inquiétude Font établi quelque part , je consens qu'elles l'y conservent : mais qu'on n'en fasse pas une loi. De là je conclus que, quand le sceau qui arrête les reliques est ôté , il en faut mettre un autre, de peur qu'elles ne se perdent, et célébrer à l'ordinaire. Ce l que je vais ajouter confirmera ce sentiment.

Je dis donc encore , qu'il n'est pas sur que îa fraction du sépulcre fasse perdre à un auiel sa consécration. Car i". ce cas, non plus que le précédent , ne se trouve nulle part exprimé dans le Droit. 2*'. Il y a au moins aulaïU de tliéologiens pour un côté que pour Taulre. On en trouvera quelques-uns indiqués chez Quarli (i i) , dont l'ouvrage a éié souvent réimprimé en Italie. 3*^. Si , comme prétend Pontas (12) , le sépulcre d'un autel consacré avec des reliques en est la partie la plus no^ table, ce ne peut être qu'en le considérant ou eu lui-même, ou par rapport aux reliques qui y sont renfermées. Or d'un côté il est constant que le sépulcre , pris en lui-même , est la plus petite chose du monde , et qu'une pierre d autel soutiVe beaucoup moins en le perdant, qu'en perdant un de ses angles sur lequel ou a fait les onctions. Et de lautre côté, il est avoué par Pontas (i3) que l'essence de la

(11) Quarti , part. i. tit. 20. dub. 5. in fine.

(12) Pontas , V. Autel , cas 7.

(i3) Ponlas, ihiJ. cas i. Ce docteur conseille, à la fin de Sa decifinn, de recourir ù celle du Saint Si«;ge, lorsque cela est possible. On aurait bien j)iulùt fait dans ce pa} s-ci d'envoyer un exprès à la ville episcopale , et d'eu faire venir une pierre sacrée.

cousécralioa

sur YAideî ^ les Nappes , etc. i65

consécration crnu autel ne consiste que dans l'onctiou du Chrême , et la bénédiction de i'Evèque : d où ce savant homme ijifère qu'on peut absolunienl cék^brer sur un autel dont la pierre a été consacrée sans reliques. Donc il est très-douteux que la fraclion du sépulcre fasse déchoir un autel de sa consécration. Car dire, cojnme l'insinue ce docteur, que les reliques sont essentielles à un autel, quand on y en a mis en le consacrant, et non dans une supposition contraire^ c'est, ce me semble, donner plus au paradoxe, qu'à la vraie et solide raison.

xMais peut-on donc célébrer sur un aulel qui manque de reliques? Il semble que nos principes mènent là. Cependant nous Jie le croyons ras : i**. parce quil y a lieu de douter si Eglise le permet , au moins d'une manière générale-, et dans le doute il faut prendre le parti le plus sûr-, 2", parce qu'il y a des choses qui, sans être essentielles, sont très-rigoureuseme'U commandées; et les reh'ques paraissent être de ce nombre. Le Poniitical , que j'ai lu et relu exprès , en parle toujours comme d'un rit très-important. 3"^. Il faudrait alors, ou dire faux, ou supprimer les paroles : Per mérita Sanctoriim tuoruin, quorum reïinuice hic suut. Oui oserale faire de sa propre autorité si ce n'est peut-être dans un cas très-piessant ? Si donc on venait à s'apercevoir qu'il n'v a point de reliques dans une pierre d'autef, il faudrait ou y en mettre, si l'on en avait d'authentiques 3 ou , si Ton était pressé , mettre

^6o Chap. VIII. Difficultés

une nouvelle pierre d'autel sur Fancienne •, ou faute de cela s'absienir de célébrer. Si un pareil malheur arrivait la veille d'une grande solennité, je n'oserais, à cause dés autorités contraires, trouver mauvais qu'un Curé , qui I) a qu'un aulel et qu'une église, célébrât sans reliques; et moins encore, s'il en obtenait la permission de 1 Evêque. Si ce Prêtre retrau- J cbait alors quelque chose de la prière Oramiis te ^ etc. il ne le ferait au moins que par une espèce de nécessité. Voilà ce que je sais de mieux sur cette matière. Quelqu'un voudra peut-être b^en m'en apprendre davantage. Un mut de la Congrégation des Rits nous mettrait à l'aise \ mais ce mot , ou n'est pas encore dit , ou n'est pas venu à ma connaissance.

Au reste , il faut supposer ici , comme ailleurs, que hors le cas où un brutal, qui d'ailleurs n'en voudrait point à la Religion, menacerait de mort un Prêtre qui ne voudrait pas lui dire la Messe , il ne peut jamais être permis de célébrer sans aulel. Mais il est temps de reprendre la suite de nos questions : il nous en reste encore plusieurs à résoudre sur celle i matière.

IX. On demande donc , en cinquième lieu , si , quand un autel perd sa consécration ,W l'église perd la sienne. Une petite distinction résoudra la difficulté. Si l'autel est violé per efjiisiorwm hurnani sanguinis , vel seminis , iouie Téglise est profanée : s'il ne lui survient que ce qu'on appelle exccratio , parce que sa • pierre saciée aura élé rompue, le reste dd

sur Y Autel y les Nappes , etc. 267

IVglise ne doit point s'en apercevoir. C/est pourquoi, quand une église tombe en ruine, on peut encore inhumer les Fidèles dans le cimetière.

X. Après avoir parle de Taulel , il est juste de dire un mot des nappes qui le couvrent, de la croix qui l'orne , et des cierges qui rérlairenl.

Quant à ce qui concerne les nappes, la Kubrique veut qu'il y en ait trois, qu'elles soient blanches, qu'elles aient. été bénites par TEvèque , ou par quelqu'autre approuvé à cet clfet^ que du moins la nappe de dessus tombe des deux côlés jusqu'à terre ^ que les deux autres , ou une pliée en deux puissent élrc plus courtes (i4)- ^^ ^*^ petit texte naissent plusieurs difficultés.

La première est de savoir si les Tiappes, et les nappes au nombre de trois , sont de piécepic rigoureux.

Cette question a deux branches -, la première, qui regarde les nappes en elles-mêmes, et indépendamment du nombre , ne peut arrêter. En supposant que la Rubrique , comme nous l'avons dit ailleurs, n'est que directive

RAi\) Altare opcriatiir tribus mappis seu lobaleis mundis , P-Episcopo , vel alio habente potestatein , benedictis, sulinori saltem oblongiî , qure hinc et inde iisqne ad tenatn erJingat, duabus aliis brevioribus , vel uuà duplicata. Jiubnc. 1. part. iit. 20. li sufiit absolument que les deux nappes de dessous couvrant la pierre (i'autel^ parce que celte pierre est proprement «/a. Far la raisou contraire, ces deux nappes , qunicfuo moins longues que celle de dessus, qui doit, toujours aller jis qu'à terre, doivent couvrir d'un bout à l'autie Tautci fiie , aliare.

s6S CiTAp. Ym. Difficulics

dans le cas présent, nous avons d'anciennes ordonnances qui défendent de célébrer sans nappes (i5)-, et ces ordonnances, confirmées par le respect et par la pratique de toutes les églises 5 sont une loi à laquelle tout doit céder. Quant au nombre des nappes, plusieurs prétendent qu'il n'est pas fixé par les Canons. Aussi est-on très-partage sur ce point. Suarcz (16), qui cile pour lui Sylvestre de Prierio, Paludaniis et Innocent III , croit que deux suffisent. Preposilus et Quarti (1-7) n'en demandent qu'une dans le cas de nécessité , tel que serait celui de faire entendre la JMesse à un peuple, comniunitali j dans un jour de fêle. De Lugo , d'après Gavantus (iB), s'en tient à la Rubrique (19) , qui veut absolument trois nappes, et qui met un moindre nombre parmi les défauts quil faut éviter dans la célébralion. 11 est bien vrai que les deux Canons cités par Quarti se contentent de parler des linges qui doivent couvrir l'autel , sans rien dire de précis sur le nombre -, mais il eut pu en citer un autre , dans lequel un Prêtre qui , par jiéMigcnce, répand le précieux sang jusqu'à en

(i5) Cap. 39 et 4o' ^^ Consecr. dist. i. — Conciliuni Afini^f"ï^l- '•^^- i^^5- Lahbe , loni. i J. col. ii/i. — Oiiis fickllum nesclt , in peragcndis Mysieriis ipsa ligna linteapiiiK^ cocperirii* S. Optai, liù. b'. adi eniis Pannenian, an. 3u8.

(16) S'iarez, in 3. part. disp. 81. sect. 6.

(in) Quarti, \rA^\. 1. lit. îo. duh. S.

(18) "Non ergo dnœ mappre tutâ conscicnti^ sufficiunt. Gavant. pKit. i. tit. 20 lut. R.

(19) Ue Lugo, de Eucliar. disp. ao. sect. a. u. j6*

sur' V Autel, les Nappes, etc. 2(^9

teindre le quatrième linge, est condamné à une pénitence de vingt jours (20)^ car c'est une preuve, qu'outre le corporal , il y a\ait trois nappes sur l'autel.

Pour concilier ces savans , nous disons avec les derniers, que, régulièrement parlant, il faut trois nappes pour le Sacrifice. JNous ajoutons , avec les premiers , que dans les pays où la coutume de deux nappes a prévalu, comme en Espagne, au moins du temps de Suarcz, on peut s'en contenter. Enfin -If jus croyons, avec les autres , qu'une seule nappe peut sufllre dans le cas d'une certaine nécessité, comme s'il fallait sans cela priver un malade du saint Viatique, ou une Communauté d'une Messe de précepte. C'est que la loi la plus forte doit l'emporter sur celle qui l'est moins, surtout quand celle-ci est très-dispntée. Au reste, le cas présent devient inutile par la réponse que nous allons faire à la difficulté suivante.

XI. Elle consiste à savoir, non si les nappes doivent être bénites , car l'usage constant ne permet pas d'en douter^ mais si, quand on n'en a point de bénites , on peut en employer de communes. Sur quoi il nous paraît qu'on le peut dans des cas de besoin , semblables à,ceux dont nous venons de parler. Car outre qu'il n'y a dans le Droit commun aucun teste qui prescrive cette bénédiction , le sentiment qui ne la croit pas absolument iiéces-

(20) Si per negiigentiam aliqiiid de sangnîrie Domini stiliaverit. . . nsque ad (fuarinna llnteuni , 3Jinisler vigiûti diebus pœniteal. Can. 27. de Consecr. disi. 2.

saire , dans les occasions pressantes , est sî dominant chez les Rubricaires et cliez les autres Docteurs (21) qui ont parlé du Sacrifice, qu'on ne peui le croire témérairement hasardé. Sur ce principe , à moins qu'on ne suppose tout un canton destitué de nappes, ou de choses équivalentes , il n'y a point de Prêtre qui n'en puisse avoir trois , quand il sera obligé de célébrer.

XII. La dernière difficulté regarde la matière des nappes. La réponse commune est qu'elles doivent être de lin ; et que cependant de la toile de chanvre y suffit, poui\u qu'elle soit assez fine. Azor et d'autres ajoutent que l'on pourrait se servir de coton dans les pays où on le travaille si délicatement , qu'il y tient lieu de toile de lin. Mais tous s'accordent à exclure la soie -, et Quarti qui ne fait des péchés mortels qu'avec peine , en met un à substituer des nappes de soie aux nappes communes (^2).

XIIL Le même écrivain, on plutôt tous les auteurs soutiennent qu'on ne peut sans péché faire servir à l'autel des nappes sales , déchirées , ou indécentes de toute autre manière. Ils disent même que ce péché irait îndubilablement au mortel, si ces excès étaient

(2t) Gavatïtus , ihid. lilt. S. Merali silendo. — Quarti, ibidem. — Sylve.sler, \'. Benedictio , quinto quœridir. -^ Snarez, in 3. part. qu*st. 8i. sect. 6. — Azor, part. i. lib. lo. cap. 28. quaer. S".

(aa) Azor, ihid. — Quarh', ibid. dub. 8. — Voyez la note ai du chap. IX ci-après, pag. 298.

sur YJtitleî, les Nappes , etc, 271

très-considérables au jugement d'une personne prudente- parce que, quand la loi posilive n'aurait jamais rien statué là- dessus, le droit naturel, le respect, le sentiment, font assez entendre qu'on honore bien peu le corps de Jésus-Christ , quand on le traite d'une façon si cavalière. Nimis videtur absurduni , dit Innocent III , in sacris soldes negligere , (juœ dedeccreiit etiani in profanis (23).

XIV. Sur la croix, dont parle la Rubrique, on demande quatre choses : i''. sil en f^mt une^ i'\ s'il y faut une image du Crucifix j 3". s'il la faut, lors même que le saint Sacrement est exposé ^ 4°. s'il la faut sous peine de péché, et de quel péché.

La première et la seconde de ces questions se trouvent décidées dans le Cérémonial des Evêques (^4)' I^ prescrit une croix avec l'image de celui qui y a été atlachc : la Congrégation des Rits a déclaré que celle q^.i se trouve quelquefois plantée sur le haut du tabernacîe , ne suffit pas*, mais qu'il faut une croix placée au milieu des chandeliers, à moins qu'il n'y ait au fond de l'autel un grand crucifix en relief. Plusieurs croient qu'une peinture de môme taille tiendrait lieu de statue. Notre saint Père

(23) Cap. 2. de custodid Eurhnristiie , Chrismatis , et alioium Sacranienloium , lib. 3. tit. 44-

{i\) Criix. . . ciim imagine sanctissiail CriinfiTi versa ad anteriotem altjris faciem. Cœ evion. Episc. lib. i. ca,t la^ p. 64. edit. Parii. i]e mrtne Cérémonial fait ceMe remarifue, ibid. p. 62. « Maxime decens esset , ut in altari ubi ^.anclisj> tissimum Sacramcntura situni esf , >Tissae non celehrareiir > tur , quod antiquitus observatum esse vidcmus. »

tk'jT. ChAp. TIII. Difficultés

Benoît XIV , dans l'endroit qne nous allons citer, semble s'en conienter : dumnwdo tainen Ciucifixiis in niajori tabula vel picUis ^ iwl tœlatus , primum îocum ohlineai prœ cœteris omnibus , quœ eâdem tabula expiimuntur. Ce sont ses termes. 11 remarque qne ce Crucifix ne doit pas être si pelit, qn il soit presque imperreplible. 11 enjoint aux Evèques d'avertir cliarilablement, et ensuite de punir les Pvéguliers, même exempts, qui continueront à ne pas mettre sur Taulel , entre les chandeliers, un Crucifix assez grand pour être commodément vu et du Piètre qui célèbre, et du peuple qui assiste à la Messe Uî).

X\ . On est plus partagé sur la troisième question. Méiati, fondé sur un décret delà sacrée Congrégation des Rits (9,5) , soutient contre Gavantus , qu'il faut une croix nonfeulement sur l'autel, où le saint Sacrement repose dans le tabernacle, mais encore lorsqu'-jl est exposé. Pour appuyer ce sentiment , il cîie quelques docteurs qui Tout embrassé, et surtout Didaque Dias qui , maître des cérémonies dans la métropole de Séville , la possédait en homme éclairé. Il y joint l'autojilé de deux Ordres célèbres (26) , et il conclut

(<7) Lettre aux Archevêques cl aux Ordinaires cîe rKfat cccli'.siastiqne , tlii 16 juillet ir4G- Bullaire , toni. s. pagt 123' De Sooif Missae , Aii])cna. i.

(•25) Sii})er iilfore , in qiio SS. Sacrametifnra expositnm fst , criix de more coUoeuri débet , cum imagine (IruciJixi 0l)])O.sitâ. S. h. Coiigreg. 14 niaii ï/o/. (i])ud IMcnU- in indice Décret or. n. b'04.

(a6; Mcrati io Gavant, i. p. tit. 20. n. 7.

sur VAidel , les Nappes , eic. ?.-?î

qu^il faut s'en tenir nu décret de la sp.ciée Con£;réi^alion : décret d'ailleurs très-coiit'orme à la [lubrique, qui voulant une croix, sans distinction quelconque, est censée la vouloir dans tous les temps.

Si Ton objecte que la figure est inutile en présence de la réaiilé , on peut répliquer , 1°. que si cette objection était solide, elle aurait fait impression sur les Coiisulteurs romains, qui très-3Ûrement ne font pas ignorée ; 2". avec Méraii , qu en cas qu'elle eût lieu, il ne faudrait point de croix à la Messe ^ ou du moins pendant sa partie la plus considérable; puisque, depuis la consécration jusqu'à la communion, Jésus-Cbrist est très-présent sur 1 autel : 3". que la présence sacramentelle n'est que pour les yeux de la foi ^ que 1 Eglise veut , et a raison de vouloir quelque chose qui , eu frappant les yeux du corps , réveille celte même foi qui s'endort aisément: que c'est pour cela que le pied du calice . et le pain même qui doit être consacré, portent lempreinte de la croix. Mérati ajoute que, de l'aveu de Gavantus, les objets qui parlent aux yeux, enchaînent plus puissamment rimaginaiion toujours prête à s'envoler^ et que c'est j)our cette raison qu il exige une croix dans les autels à tabernacle où repose le saint Sacrement. Ces raisons m'avaient touché \ et je connais des Diocèses qui, pleins d'un juste respect pour la sacrée Congrégation, c'est-à-dire, pour nu corps de savans très-ver«!és en ces matières , et qui nepreuDenl leur parti qu'après de longues

^74 Chaî». VIII. Difficultés

€t mûres reflexions , avaient commencé à suivre sa décision. Mais le savant Benoît XIV , dans son Bref du 16 juillet 174^)5 nous apprend ce que Mérati a sans doute ignoré , savoir 1°. que dans la Congrégation du i4 mai 1707, les sulîrages des Consulteurs furent trèspartages -, 2". qu'il fut résolu que son décret ne serait pas rendu public*, S*", qu'après un nouvel examen fait au commencement de son pontificat , le 2 septembre 1741 » la même Congrégation avait enfin réglé que cbaque église eût à s'en tenir à ses anciens usages : lia ut niliil iniinuielur in en Diœcesi ^ ubi crux in altari constitui soient , dinii Missa cclehru" tur, etianisi sacra Eucharislia publicè prostet ; neque nova disciplina ex cite tur in ed Diœcesi , ubi contraria hujusce rei consuetudo jampridem invaluerit.

XVI. Pour ce qui est de la dernière question , quelques auteurs ont pensé qu'on ne peut, sans pécher mortellement, dire la Messe à un aulel où il n'y a point de croix-, tant parce que c est aller contre la coutume universelle qui a force de loi, que parce que la Rubrique prescrit souvent au Prcire de se tourner vers la croix; ce qui ne se peut faire lorsqu'il n'y en a point. D'autres, et en bien plus grand nombre, ont nigé que l'omission de cette cérémonie n'était tout au plus qu'une faute vénielle. La raison qu'ils en rendent , est que d'un cô(é il ne faut pas multiplier les lois qui aillent au mortel, sans en avoir de solides motifs , de peur de tendre mal à pro-

sur VAulel, les Nappes , etc, 2^5

pos des pièges à la vertu (9.^) \ et <]ue de Taiiire, il n'y a point de raison de porter si loin la nécessité d'une croix pendant le temps du Sacrifice. Le droit canonique n'en dit mot ; et l'on ne peut prouver que la coutume qui l'autorise , oh\\s,G s ub gr ni' i. C'est, il est vrai, un usage prescrit par la Rubrique; mais elle prescrit aussi l'usage de deux cierges pendant la Messe , et d'un troisième depuis le Sanclus jusqu'à la communion \ et cependant , dit le Cardinal de Lugo , on n'est pas grièvement coupable pour y manquer (28). Ce sentiment nous parait sage et plausible. Nous y adliéreroJis donc, ainsi que l'ont fait avant nous des docteurs d'un mérite distingué (29) , avec lesquels il ne sera pas inutile de remarquer 1°. que dans le cas de nécessité on pourrait se passer de croix ; 'ï\ qu'au jugement de la Congrégation des Rits (3o) il n'est pas nécessaire de bénir celles qui se mettent sur l'autel, ou qui se portent dans les Processions.

XVII. Il ne nous reste plus, p(nir finir ce chapitre , qu'à parler de la lumière qui doit servir au Sacrifice.

(37) V. QiiarJi , part. i. tit. 20. tlub. îo.

(a8) De Lugo, de Euchar. disp. 20. sect. 2. n. 79.

(29' Siiarez,in 3. part. disp. 81. sect. 6. Vasqucz, disp. 233. cap. 3- — De Lugo, ibid. — Quarti , uhi statim. — Mcrali, part. I. tit. 20. n. 7.

,3o) Cruces altarium , seu Processionura, Bon sunt benedicend-ï de praece[)fo : potest tamen simplex Saceidos eas benedioere privatim , et non solennifer. iS'. Pi. C. u juui 770^. Pignatelli dit la même ciiose des images des Maints que Ton met daas les églises.

^7^5 ' ^ Chap. ^III. Difficultés

Et d'abord on convient qu'elle est si néces- Faire , qu'oa ne peut, même pour donner le ^ ialique à un moribond , célébrer sans en avoir. Le suiirage moralement unanime des ibéoloî^iens , la coutume aussi étroite que constante de FEglise, le foudroyant arrêt du Pape Hojiorius III contre un Prêtre qui avait osé célébrer sans feu et sans eau (3ï) , tout dépose en faveur de ce rigoureux seiitiraent. C est

Î pourquoi si la lumière venait à s'éteindre avant a consécration , et qu'on ne pût en avoir d'autre, il faudrait, fùi-ce un jour solennel, en Tester là. Ce serait autre cbose si la consérralion d une des espèces était déjà faite. L intégrité du Sacrifice l'emporte sur toute loi de cette nature.

XVIÎI. On convient encore qu'on ne doit fe servir à l'autel que de cire. Les Rubriques «'t la coutum.e appuient également cette opiîiion : et elle nous parait si sûre, que nous regarderions comme coupable d'une faute griève quiconque sen écaricrait liors le cas de nércf-silé. Dans ce cas on pourrait se servir de suif ou d'iiuilc; et cela non-seulement à raison du besoin de communier un malade , ou de dire la Messe à un peuple , qui autrement ne

(3i) Invenisli quod Prcshyler sanctœ Brlgidce Bririensis Bmc ignfj sacrifîcabat et aquâ. Cimi igiturvel ex apcrtil malifil. vel nimil de'ipirntià pccrasse ))iobetiir, mandamus cjnatcmi^ offrio et Lcncficio pci'potuù ipsum ])rives. J/onoritis ///. mp. 14. «le cclcbraf. IMissar. IlI. ,1. tit. 41. — Voyez Pontas , \. Messe, cas. 8. — Sylvius, io 3. part, «puesl. 83. arî. 6. cjuar. l"*. — Qiiarfi et ÎVierati , nUi supra. — Bea. XIV dt Sacrif. Misses , lib. 3. cap. 7. n. a.

sur V Alltel y les Nappes ^ etc: 277

pourrait rcntenclre , mais eiicoie pour yainiTC une teiitaiion qui faligue 5 ou inenie, selon quele]iics-uns (.^^>.) , pour se procurer un lionoraire, sans lequel on aurait peine à vivre. S il ne s'agissait que de satisfaire sa dévotion, particulière , je serais plus réservé. La vraie piété se sèvre elle-inême en faveur de la règle \ elle a affaire à un maître qui sait bien la dédommager.

!XIX. A regard du nombre des cierges, la Piubrique en demande deux (33) \ et c'est la pratique de tous les gens de bien. Je ne sais comment Tiisas^e contraire s'est introduit darjs de grands Diocèses. Si c'est la pauvreté , il faut gémir du mallieur des temps : si c'est un vernis d'avarice, il faut gémir encore davantage. Et envers qui serons-nous riclies , si nous lie le sommes pas à l'égard de Dieu ^

XX. Nous finissons par trois petites observations. La première, que quoiqu il soit mieux d allumer un troisième cierge vers le temps de 1 élévation , dans les églises qui font l'Oflice romain , parce qu il est toujours bon de se confoi'mer aux P\.ubriques, personne, que je sache, n'en fait une loi qui oblige suh grasn. On sait que cela n'est d'usage , ni dans le Diocès€ de Paris , ni en plusieurs autres du rojaume.

La seconde, qu'il y a au contraire une trèsétroite obligation d'entretenir nuit et jour une lampe allumée devant l'autel où repose le saint

(32} Quarti, iibi suprà , dub. ii.

(33> Candelabra saltcm duo ciim candelis accensis , hinc et indc iu utroquc cjus iatere. Jiubric. part. i. lit. 30.

278 Chaî». VIII. Diff cultes

Sacrement ; obligaiion si forte , qu'on jwgô coupables de péchë mortel , ou les supérieurs , ou ceux sur lesquels ils se déchargent de ce soin, s'ils y manquent pendant un temps considérable, tel quo serait celui d'un jour entier. Ce serait autre chose , s'ils y étaient forcés par l'indigence et la misère des lieux.

Cette décision a paru trop rigide dans quelques Diocèses. On m'en demande la raison. Quarti , qui n'est point outré , et qu'on peut citer à coup sûr en matière d'usages , va la donner pour moi. Voici ses propres termes : ( Part, i . tit. Q. 0 . diib. 11.)

« Quinta difficulias. An extra lempus Sa- » crificii debeat semper ardere lumen anie » altare ubi servaiur sanctissimum Sacramen- » tu m ?

» R. affirmative ; ut patet ex itîviolabili » co>'SLETiniNE TOTtL'S ECCLESi^ , quam eliaiu » confirma vit Fiituale romanum Pauli V. lit. M de Eucharistid , §. Hoc auteni. Un de te- » nentur Redores ecclesiarum sib peccato » MORT ALI curare ut nunquam desit lumen » an te sanctissimum Sacramentum 5 quia prœ- » dicta consuetudo vim legis obtinuit ex com- » muni consensu Fidelium , et à Prselatis et )) Visitatoribus graviter puniuntur négligentes » hune ritum. Ita Barbosa, de Officio Parochi, » cap. 20. n. 27. Qnintanadvenas , tom. i, » tract. 4- Emmanuel Sa , Victorellus et » alii , quos citât et sequilur Diana , part. » 9. tract. 6. resol. 34^ \ideri eiiam poiest » Durantus , de Riiibus ecclesiae , lib, i- cap.

sur Vudutcl y les Nappes y etc. l'^g

)) 8. (*) Suarcz , tom. 3. part. 3. Jisp. 8i. )) sect. 6.

» Colligiliir i". si ex gravi nrgligenliâ » Recloris ecclesisc, vel Ministri ciii haec cura » coinmissa est , per notabile spaiinm , ex. gr. » per integrurn diem , larnpas non sit accensa )) coiani labernaculo sanclissimi Sacramenti , » cornmitti ab eo peccatum mortaîe ^ et solùm » raîione parviiatis maferice , erit peccatiim » veniale, ex. gr. si per boram circiter maneat

» extincla Coiligitur i"". in aliquibus

» ecclesiis ruralibus , in quibiis ob nimiam » paiipertatem boc servari non polejt, excusari » quidem Paroclios à peccato mortali ob im- )) poieuliam , quanidiu bœc durât; non laraen )) inde seqiii , consuetudinem secnndùm se )) non obîigare snb pecrato niorlali ;.... quia » aliud est legeni non obîigare, quod in casu » nosiro negamus \ aliud est ex<usalionem » adniittere ob impoienliam, qnod concedinuis, » et contingit in aliis prœeepîis communiter, » ex. gr. iji prœcepto audiendi Sacrum, jeju- )) nandi , etc. quia iieino polest ad inipossibile » obligari. »

Me convenait-il d'aller contre des raisons aussi solides , et des autorités d'autant plus co'ichianles , qu'elles sont moins suspectes de rigorisme ? Si je l'avais fait , de quel poids

(*) Jean-Ktienne Duranti, qui fol fait premier pre'siclent du Parlement île Toulouse en k'8i , est celui à qui on doit Fescellent traite de Hiiihus Ecclesiœ. 11 fu!^ \\\é dans une euiolion populaire, le lo Février 1089, à Tâge d<k 55 ans.

a8o Chap. VIII. Difficultés

serait mon suiîVage ? Hélas! après avoir pass^ pendant plus de vingt-cinq ans pour un homme trop sévère , je suis traduit aujourd'hui , par les amis de la vérité et de la charité , en homme d'une morale relâchée.

i\Jais , m'écrivait du Querci un très-hahile lïomme , il y a des pays où la lampe n'est allumée que les jours de fête.

Mais , puis-je dire à mon tour , il est sûr qu il y a des pays où il se trouve de l'abus. L'ignorance , et souvent l'avarice l'introduit ; une espèce de bonne foi , le défaut de réflexion le conservent. iNlais enfin dès qu'où est sûr que ce n'est qu'un abus , ou même dès qu'il y a un doute bien fondé, il faut suivre une route opposée. Un Curé ne cesse de le répéter aux autres j pourquoi ne se le dirait-il pas à lui-même ?

Mais , me disait-on encore , il y a de l'apparence que la coutume d'avoir une lampe allumée dans léglise ne doit son origine qu'au besoin de trouver commodément de la lumière pour la Messe et pour les Offices.

J'admire les ressources de la cupidité*, tout étai lui paraît propre à Tappuyer. Au fond , cette difficulté , si c'en est une , n'est rien moins que décisive : i°. parce que ce n'est qu'une conjecture j 2". parce que celte conjeclure même paraît fausse. Rien communément de plus aisé que de trouver de la lumière pour le service des églises où repose le saint Sacrement -, parce que d'ordinaire elles sont dans des lieux peuplés. Rien de plus difficile .

sur Vyiutcl, les JVappfis , elc, a8i

qne d'eu avoir dans des chapelles , souvent très-isolées \ et néanmoins de tout temps il y a une lampe dans les premières , ei presque jamais dans les secondes , parce que le saint Sacrement n'y est pas. 3^*. La coutume , qui dûment autorisée a force de loi, peut changer la destination des choses. Dom Claude de Vert croit que Tusage des cierges vient primitivement de l'oh-spurité des lieux où l'on était obligé de célébrer les divins Mystères, pour les dérober aux yeux des païens. Ceux qui pensent comme lui oseraient-ils célébrer en plein jour sans lumière? Je continue dune à croire, malgré la déférence que j'ai pour les talens supérieurs de celui qui m écrit , qu il faut s'en tenir au seniiment que j'ai proposé. J'en étais bien éloigné , avant que d avoir la ceux qui ont traité la matière-, mais il ma semblé que leurs raisons doivent faire impression sur tout homme qui craiut Dieu , qui respecte les usages de lEglise , et qui considère que la partie ne va jamais mieux, que quand eile suit la marche du tout. L exemple d'un boïi Curé qui , en sacrifiant cinq ou six pistoles , rendra au Dieu caché une faible portion du culte qui lui est dû , ranimera le zèle de tout un canton. Si la pauvreté d'une fabrique ne lui permet pas d'en venir là, on n'a rien à lui dire. Si la crainte des voleurs arrête, on peut éteindre la lampe à l'entrée de la nuit. Mais la piété , quand elle est vive, trouve h\vn. le secret de parer à cet inconvénient (*). Au (*) La belle église d'Acqui^ui , qui doit son exist^c«

ftSs Chai». VIII. Difficultés

reste , je ne prétends pas que , pour établir une lampe , un Curé doive plaider contre ses habitans, et mettre sa Paroisse en feu. La douceur réussit toujours mieux que la violence. Une instruction mesurée, une association sagement établie, auront plus d'effet que vingt arrêts consécutifs. On a tout , quand on a le cœur de son peuple \ et malgré la froideur des temps, on peut encore le gagner pour Thonneur du Fils de Dieu , et pour la décence de ses auiels.

La troisième observation qui nous reste à faire , c'est que si , dans le nombre des cierges qu'on allume pendant la célébration du Sacrifice , il faut éviter la superstition (34) -, il faut aussi éviter un air de faste et de grandeur. La Congrégation desP\.ils,*à qui rien n'échappe, a décidé (35) qu'un Vicaire général, fût-il Prolonotaire apostolique , n'a droit ni de se faire

et ses ornemens de foute espèce aux pieuses libéralités de l'illustre et \ertucux président de ce nom , a pendant la nuit une lampe qui ne donne à la voûte pas plus de lumirrc qu'un e'cu de six fraucs n'a d'étendue. Les trois autels de celte église sont enrichis de Keliques qui sont venues de Korae , au.ssi-bien que les tableaux qui la de'corent. Faut-il que le zèle de ce di^nc seigneur, <iui, après avoir loge le ^laîfre , a aussi loge ses Ministres , ait si peu d'imitateurs? Plaise au ciel <jue ceux t[ai n'ont pas les mêmes moyens, aient au moins la même volonté' I (Ceci a e'te écrit en 1768.)

(34) Quarumdam Missarum et candelarum certum nutnerum , qui magis à superstifioso cuitu , quiim à verâ religjonc inventus est , omninô ab F.cclesil removeanl F.piscopi. ConciL Trident, sess. 22. in Decreto de obseivandis , €tc.

(35) Die 7 augusti 1627, in Indice Merati , n. ai5*

sur T Autel y les Nappes, etc. 9.83

servir à Vaiiiel par deux Chapelains, ni d'avoir quatre cierges aux Messes basses, si la solennité de la fête ne l'exige. Ce seront là , si on veut , des miniuies -, mais ces mi un lies , qui , quand on les néglige, enfantent le trouble et les murmures , produisent , quand on est fidèle à les suivre, la paix, l'ordre, Funiformilé.

a84 CiïAp. IX. Difficuhcg

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