‹ Traité des saints mystèresChapitre 25 sur 40 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Difficultés 5iir le Calice, le Corporal, le Purificatoire , etc.

I. 3Iatiere du calice. II. Nccessité de sa consécration , et de celle de la patène.. Hl. Un calice n'est pas consacré par l usage. IV. Cas ail il perd sa consécration. V. La perd-il en perdant sa dorure? \'I. Faut-il le coJisacrer de nouveau, quand on Va redore? \'II. Matière et bénédiction du saint ciboire et du croissant, etc. Mil. Est-il pernds à tout le inonde de toucher les vases sacrés ? IX . Nécessité du corporal, et ses conditions. X. Petit corporal des Théatins. XI. Purificfrfoire et ses circonstances. Xil. Pale : ce que c était autrefois , et ce que c'est aujourd'hui,

X uisQiE le Sacrifice de la Messe demande esscnlielleiucnt du vin oflfert, consacré, et répandu à sa manière , il est sûr qu'on ne peut célébrer sans coupe et. sans calice. Mais toute coupe est-elle bonne à cet usage? et celle qui y a servi une fois , peut-elle y servir dans tous les temps ? c'est ce que nous allons examiner. Pour le faire avec quelque ordre, nous parlerons i**. de la matière du calice -, ?.''. de sa cunséciaiioa j 3". des accideus qui la lui font

suj' le Calice f le Corporaly clc, ■^85

perdre j 4*'' du. respect avec lequel il doit être louché. Ces questions principales pourrout en amener d'iucidenies , mais jamais (Finuliles.

I. Pour commencer par la matière de la coupe, deux Conciles nous apprennent qu'autrefois les Prêtres étaient d'or, et se servaient de calices de bois \ mais qu'aujourd'hui ils sont de bois , et se servent de calices d'or. Quoi qu'il en soit de cette assertion , que je ne voudrais pas garantir en ce qui concerne les calices, il y a long-temps qu'il est ordonné, et les mêmes Pères nous le disent encore , que le calice et sa paiène soient d'or, ou au moins d'argent. Tout cab'ce d'airain, de cuivre, de bois , de verre, est absolument interdit : l'airain et le cuivre , paice qu'ils se rouillent; le bois, parce qu'il a des pores, dont la pierre mcnic n'est pas exempte \ le verre , parce qu'il est trop fragile , et qu'il exposerait à un danger continuel. On permet cependant un calice d'étain à ces lieux misérables où l'exiicme pauvreté ne permet pas d'en avoir d'autres (i). Ceux qui , sans être à leur aise,

(i) Qiiondani SaccrJotes atirci ligueis calicihus utebantur : nanc è contrario lignei Sacenlotes anreis utunfur caiicil^MS. StatniiTïUJ — ut calix Doiiiini cmu pafenâ, si uon ex auvo , omninô ex argtiito fiât. Si qv.is aiileoi tam paiippr e^t , salteiB vel s^anneum ca.liceiu habeat. De aère aut aiiriclialco non !iat calix , qnia ob vini \iitutem oeruginem parlt, qune voraitum provocat. JNiillus aufrm in ligneo aut vifreo calice praesumat Missani cantare. Concil. Tnbur. an. 8^jS. cnn. i8. el Rheniense , cap. b'. apud Graiiun. c. 4^ el 40, ile Consecr. di.si. i.

Unnsquisqiie *sacerclos in niireo , vel argenteo solùm , ant salitm stannoo calice sacriiicet. Innocent. î f^, in Bullil 5ab Câtholicce. 26 mail. i254' Loin. i. BuUarii , pag- iiiG,

2iB6 Chap. IX. Difficultés

sont un peu moins à Vétroit , peuvent enter une coupe d'argent sur un pied d'une matière moins précieuse , c'est-à-dire , sur le cuivre ou sur l'airain. Le dedans de la coupe et le dessus de la paiène doivent ôtre dorés , il n'appartient qu'à l'indigence de dispenser en ce point. II. On ne peut sans péché mortel se servir pour la iMesse d'un calice ou d'une patène qui ne soient pas consacrés. La loi est précise (2) , et la matière grave ; c'en est assez pour notre décision. C'est à l'Evêque à consacrer l'un et l'autre \ et il ne peut en donner la commission à personne. Il y a des Abbés qui tiennent ce pouvoir du Saint Siège : mais ils ne l'ont d'ordinaire que pour leurs propres églises. Ainsi les Curés voisins ne peuvent avoir recours à eux , s'ils ne sont très-sùrs de leurs privilèges; et bien des gens soutiennent qu'il n'y en a t)oint de cette espèce. L'auteur des Remarques sur la Théologie de Bonal (3) , à l'occasioa de ces paroles : « L.cà Religieux ne peuvent îî bénir les ornemeus sacerdotaux que pour » leurs églises » , ajoute qu'ils « ne peuvent )) pas même bénir les ornemens sacei dotaux » })our ies monastères des Religieuses, sans » une grande nécessité, comme il a été déclaié )» par une Congrégation des Cardinaux , le 1^ » août iGof). »

(a) Ungitiir prœterea seciindùm ecclpsiasticiim morem , cùm con>ecratiir allare , cùm tledicatur templimi , cùm bcnetîii-.itiir calix. Iiinoce/U. 111, cap. unie, de sacra Unciione , lib. i. lit. i5.

(3J Kemarque a. pag. 33o.

sur le Caîicr, le Corporal , etc. a^j

ni. Il se présente ici une difficulté importante j et comme sa décision en résout plusieurs autres semblables , il est juste de l'exairiiner avec attention. Elle consiste à savoir si un calice est consacré par cela seul que quelqu'un s'en est servi pour le Sacrifice. Sainte- Beuve est pour l'aflirmative , et Pontas l'a suivi (4). Tous deux se. fondent sur un texte de saint Augustin , que nous examinerons tout

(4) Sainte-Beuve , tome 2. e'dit. in-4*. cas 79. et tome i. éiUf. in -8». cas 289. — Ponfas, v. Calice, cas. 3.

11 y a quelque difl'erenco entre le cas de Pontas , et celui que discute ici M, CoIU't. Au mot calick , cas 2 , Pontas t'sl d'avis, d'après S- An ton in , etc., qu'un calice redoié doit être consacre' de nouveau. ]\T. Collet traite cette matière ci après, n. vi , et combat le sentiment de Pontas. Celui-ci, dans le cas 3, examine si un calice redore, qui, d'après ses principes , a besoin d'ime nouvelle consécration , est consacré par l'usage même qu'on en fait au saint Sacrifice. Il se décide pour l'alUrmalive, et cite à l'apjiui de son opinion Sainte-Beuve j mais je crois mal à propos 5 car le cas de ce dernier n'est pas le même que celui de Pontas , comme il est aisé de le montrer. Sainte-Beuve , examinant; « si un autel fixe, ayant été oté de sa base, sur lequel w depuis ou a célébré de bonne foi , sans savoir qu'il eût w peidu sa consécration , doit être censé consacré par la w célébration de la sainte Messe , n se décide pour la négative , et en passant il parle du calice. « J'ai fotidemenf , V ajotite-t-il , de dire qu'un calice est consacré précisément , » quand , n'étaiit que profane- , on s^en est servi peur » consacrer le sang de Jésus-Christ, » et il s'appuie du texte de saint Augustin , cité plus bas par M. Collet Par où l'on voit que ce passage delSainte-Beuve a rapport à la question traitée au n. iv , et non pas à celle-ci. Ouant au texte du saint Docteur, il serait bien long , et peut-être inutile de le discuter, jiarce qu'il n'éclaircirait pas beaucoup la matière. J'observecepeudant qu'il y a quelques variantes, dans l'édition des Bénédictins , où iî se termine ainsi ; {^uce ipso iiunlsterio consecrata sancLa dicantur ^ et non diciinlur) , in ejus honorent, qui pro salute nosiid inds sen'itur. Edit.

"1^8 Cnkv.lX. Dijïciiltes

à riieure. En attendant , npus croyons devoît embrasser l'opinion contraire : i**. parce qu'une consécration établie par l'Eglise ne peut se faire que par les cérémonies prescrites par l'Eglise , ou du moi»is que par quelques autres qu'elle ait jugées équivalentes. Or l'usage d'uix calice , relativement à sa consécration , n'est ni du premier ni du second ordre. 2°. Parce q(ie le corps de Jésus-Christ, quoique d'une dignité inliiiie, ne produit d'autres elTets que ceux pour lesquels l'Eucharistie a été instituée. Or il est très -constant qu'elle n'a été instituée, ni pour consacrer les calices et les patènes, ni pour bénir les nappes et les corporaux. 3'\ Parce que si un calice était consacré par la seule union du sang de Jésus- Christ pendant la Messe, il le serait aussi par une parcelle de son corps sacré qui y serait mise hors le temps du Sacrifice : conséquence insoutenable , et qui elîectivenient n'a jamais été admise par personne. /["". Enfin , parce que le texte de saint Augustin, qui fait toute la ressource de Sainte-Beuve , est trop obscur pour nous décider dans une atî'aire aussi imporianle. Voici les paroles du saint Docteur (5) : JYos pleraque instrumenta et vasa ex hiijusmodi maleiid vel métallo habenius in usuni cclcbrancloviun Saciamentorutn , quœ ifso fiiiMSTi:nio consccrata sancta dlcuntiir. Sur cela , voici comme je raisonne. S. Augustin parle indubitablement d'une manière do cou-

(5) Aiigust. eaarr. iu Psalm. ii3. Serm. 2. n. 6.

sacrer j

sur le Calice, le Corporal , etc^ 28^

sacrer , qui était en usage de son temps , au moins en Afrique : donc il entend par Je ministère qui consacre, ou une action distinguée du contact des espèces eucharistiques , sens dont ses paroles sont très-capables , et alors il fait pour nous ; ou il entend le même contact , et alors il ne fait rien contre nous ; parce qu'il y a des lois , postérieures à son temps , qui prescrivent une autre forme de consécration , et qu il n'y en a aucune qui déclare que ce qui suffisait alors suffise encore aujourd'hui. Ce sentiment nous parait plus sûr et plus probable que l'autre \ et nous en concluons , par identité de raison , que si on avait célébré dans une église non consacrée, (et il en est de même de l autel et de tout le reste) il faudrait la consacrer, ou la bénir, comme si on n'y avait jamais célébré. Aussi est-ce la pratique constante , et cette pratique , tant soit peu approfondie , forme une preuve trèssolide en faveur du sentiment que nous embrassons ici.

IV. Un calice perd sa consécration , j®. par les mêmes ordures qui la font perdre à un autel ; 2*". quand il y survient une fracture , ou tel autre changement qui le rend inepte au Sacrifice, comme s il y avait un trou vers le fond , quelque petit qu'il pût être ; ou que le pied fût par fraction séparé de sa coupe. Si la coupe ne tenait au pied que par une vis , la séparation qu'on pourrait en faire ne changeant rien à la substance, ne changerait rien pour la consécration. Il en serait de même ,

ftCjO CnAP. IX. Difficultés

1°. si pour redresser un calice il fallait lui don-» lier quelques coups de marteau, ou même le lîieilre au feu^ 2". si des impies s'en servaient à des usages profanes 5 parce qu'il n'y a point alors de changement dans le fond des choses (rt).

V. C'est une question si un calice , en perdant sa dorure, perd sa consécration. L'auteur des Conférences d'Angers s'en explique en ces termes (6) : « Un. calice a perdu sa consécra- » tion , quand toute la dorure du dedans en 5) estôtée; mais s il n'a perdu que peu de sa )) dorure , il n'a pas besoin d'être consacré de » nouveau ^ cependant on ne doit pas être » négligent à le faire redorer. )> Sylvius n'est pas toul-A-fait du même avis. Selon lui, pour qu un calice doré perde sa consécration , il iaut que lout 1 or s'en détache à la fois, simul et senwl : s'il ne s'en va que peu à peu, il en j^sie toujours, ou du moins il en reste longtemps quelques parcelles, qui suffisent pour maintenir la consécration (7).

{à} C'est le sentiment commun des docteurs 5 mais ils remarquent qu'il faudrait alors laver le calice avec de Teau bcnife , ou au moins Ten asperger avant de aue s'en servir jiour le saint Sacrifice j à peu près comme l'on purifierait des églises employées à des usages profanes , ou qui auraient servi soit à la superstition , soit à rherésie.

(G) Confer. sur le Sacrifice de la Messe , tom. 3. e'dition de 1778. pag. SGi.

(•j) Caîîx. . . indiget novû consecratione, ... si, cùm es!*ct deauratus , lotum aurum simul et semel décidât , non autem si paulalim dcteratur j quia non sic deleritur quia udJutreant alifjuaj auri paiticulie. Sj It'ius , in J. p. 7. W, an. 3' (jucei. Q'^.

sw le Calice, le Corjjoral , etc^. 591

Nous pensons, au contraire, qu'un calice dans tous ces cas demeure toujours consacré. En eiîet , quoique Tonction par laquelle on le consacre ne louche plij^siquemeni que sa parlie extérieure , toute sa masse est cependant consacrée. Or la masse subsiste , quoique l'accident s'en aille -, comme il parait à l'égard d'une église bien peinte , ou bien blanchie , qui garde toujours sa consécration , quoique la peinture ou la blancheur disparaissent. Aussi , quoi qu'en dise Sylvius , ce sentiment est-il le plus commun ; et on le trouvera dans Sylvestre JMozolin , Ange de Clavasio , et la plupart des autres Sommisles , sans parler deSuarez, Layman , Quarti (8) , etc. Ceux qui n'oseraient le suivre , feront bîen de prendre celui des Conférences d'Angers-. Et même, en suivant le îiôtre , on ne doit point, pour faire redoier un calice , attendre qu'il n'y reste presque plus de trace de sa première dorure. Mais eîjGn ce qui est mieux ne doit pas par cela seul être absolument pigé nécessaire.

M. Il y a plus de diiliculté à savoir si un calice , quand il est redoré , a besoin d'une nouvelle consécration. La plupart des théologiens , et de ceux même que ]ious avons suivis dans la décision précédente , le pensent ainsi. Leur raison est que le calice et la patène sont principalement consacrés par rapport au contact du corps et du sang de Jésus-

(8 Sylvester et alii , v. CaUx. — Saarez , in 3. part. iTisp. 81. soct. 7. — Lajman, I. 5. tr. 5. c 6. n. 6. — Quarti, j>art, 2. tit. i. sect. 1. dub. 5.

29* Chap. IX. Difficultés

Christ. Or ce contact ne se fait que dans la superficie ; et celle-ci , dans la supposition présente, n'est point consacrée , puisque l'or, qui la forme toute entière , ne l'a point été. Cet or, dit finement Suarez , est comme un nouveau vase extrêmement délié qu'on ajoute à l'ancienne coupe. Or un vase nouveau ne peut servir au Sacrifice, si de profane il ne devient , sacré. C'est autre cliose , conlinue-t-il , quand la dorure se perd par l'usage : alors si le calice perd quelque cliose, au moins n'acquiert-il rien de commun , qui puisse le profaner.

Il y a cependant des docteurs qui croient qu'en ce cas un calice ne perd point sa consécra'ion; et je pense comme eux. Leurs raisons et les miennes se tirent de deux principes de Droit, dont l'un établit que de 1 huile non consacrée acquiert la consécration qu'elle n'avait pas , par le mélange qu'on en fait avec une plus grande quantité d'huile qui l'avait reçue (j^). L'autre déclare que quand les murs d'une église demeurent en entier , elle n'a pas besoin d'une nouvelle consécration, quoiqu'on y ajoute un toit , et tout ce qui manque à un édifice dont il ne reste que les quatre muraiU les (lo). Or la masse, et pour ainsi dire le tout du calice, est , par rapport à la dorure qu'on

(q) Nec negamus quin olcum non consecratum consecrato possil oleo coinmisceri. Innocent. III. cap. 3. de consecr. ecclcs. etc. lih. 3. lit. 40,

(10) Cùm parietes in suâ integritale permanerent, . . . , ob causain pncdictam , nec ççcltsia, , ^ . dçbct dcnuo coasfiçrari. Jclcm , ibids cap, S%

sur le Calice, le Corporal^ etc. 298 T ajoute 5 ce qu'est une notable quantité d'huile par rapport à une beaucoup plus petite qu oa y mêle -, ou ce que sont les murailles d'ua temple par rapport au reste de l'édifice : donc en supposant, ce qui est très-vrai, que le Droit ne résiste point dans le cas présent , il faut dire que la consécration passe du calice à la dorure qu'on y ajoute, comme d'une partie beaucoup plus considérable à une qui l'est beaucoup moins.

A cette raison, qui paraît solide, s'en joint une autre qui n'est pas méprisable. Le calice dont il s'agit ne peut avoir besoin d'une nouvelle consécration, ni pour avoir été retait, puisque c'est le même^ et qu'on n'en a cliangé que la superficie ; ni pour le changement qui y a été fait , puisqu'il n'est qu'accidentel , et qu'un pur accident ne détruit point la substance ^ ni enfin pour avoir été profané , puisqu'il ne l'a été ni par l'ouvrier ni par le feu ; vu qu'on fait tous les jours passer par l'un et par l'autre des vases sacrés , dont la consécration ne donne point d'inquiétude. Si on dit qu'il l'a été par l'addition de la dorure , qu'on nous dise donc pourquoi^ quand on blanchit , on dore, ou on peint un église , elle ne perd point sa consécration. Ainsi raisonne le célèbre Gibert (i i) , et je ne vois rien de solide à à lui répliquer.

On nous dit, il est vrai, que dans cette matière le principal se doit définir , non par

(11) Gibert , Consultât, cauoniq. sur l'Eucbarist. tom. 3^ Consult. 53. p. 492.

îxg4 CriAP. IX. Difficultés

la quantité de la chose, mais par son usage ^ et que l'usage afl'ecte principalement la sur- j face intérieure de la coupe, puisque c'est elle ! qui touche immédiatement le sang du Sci- | gneur. Mais il n'y a de beau , dans cette réflexion, que les termes qui l'énoncent {a) ; car, en examinant les choses avec quelque attention, il est évident que l'usage regarde, non la simple surface , mais la substance du calice i tout entier; et cela est si vrai, que quand le pied est rompu , il perd sa consécration , quoi- ' qu'il fût aisé de le poser sur un autre pied, ou semblable, ou équivalent.

Cependant comme la pratique des Diocèses fait une espèce de loi, il ne faut pas s'en écarter aisément. IN'os preuves bien méditées ouvriront peut-être peu à peu la porte à une nouvelle coutume. C'est toujours beaucoup que de tirer d embarras dans le cas de la nécessité.

On m'a demandé si un calice, dont la coupe est montée sur un pied à vis , a perdu sa consécration , quand on a fondu ce pied qui était trop léger , et qu'on y a joint quatre onces , d argent.^ Deux personnes éclairées soutenaient que oui \ plusieursautressoutenaient lecojitraire. J'ai pensé comme les premiers. En ejQ'et, ce n est pas la coupe seule qui forme un calice^

[a) Le Pastoral de Paris , t. t. p. 3oi , apporte cepondant celte raison : quoi qu'on en pense, puisque M. (follet convient qu'on doit suivre l'usage des Diocèses , noiTS cniyons devoir observer que l'usage de celui de Paris est de coûsucrtr de nouveau ces vases , lorsqu'ils sout jfdor«3.

sur le Calice , le Corporal, etc. ^.Ç)b

tel qu'il est d'usage daus TEglise. Ce n'est pas celte coupe seule qui est consacrée, c'est la totalité de rinstrument (a).

Yll. Le saint ciboire ayant tant de rapport avec le calice, il est jnsie d'en dire un mot. Nous disons donc , î". qu'il est très à souhaiter cpie sa coupe soit d'argent doré en dedans, quoique TEglise ait toujours plus aisément toléré les ciboires d'élain , que les calices de même matière \ 2". qu'on se contente de bénir les ciboires , au lieu que Ton consacre les calices avec le saint Clirème. Il y a même des

(a) Il est probable cpie l'auteur , en rédigeant ceci , n'avait pas présent ce qu'il avait dit , soit dans ce cliap. IX , n. Vf. (ci-dessus pag. 289. ^, soit dans son Ahrégé du Dictionnairtî des Cas lif. cnnscience , au mot calice , où il est d'un sentiment oppose à celui qu'il adople ici. Le principe sur lequel il se fonde , c'est que ce calice n'a rien perdu de sa foruirt essentielle; et c'est-là aujourd'hui, ajoute-t-il , le sentiment de tous les théologiens. Quarli, cjiii est du tnt'me avis, {pari, o, fit. 7. 5?c.'. p. dub. J. } cite à l'appui , .Suarcz . Bonacina , Layman, de Lugo, Aversa^ etc. On peut y joiudie, parmi les modernes . Plahert , de Euchar. ut Sacrif. cap. j/f. — Antoine, de Euchar. cap. 3. qiiœst. 5 . — Eilluart,-<7e Euchar. dissert. 8. art. 20. — Ligiiori , de Eucliar. ut Sacrif. n. 3yo. — Le Pastoral de Paris , de Sacrif. Euchar. cap. 3- tom. 1 . pag. 3ot .

Ces auteurs font une distinction , que ^l. Collet aurait dil se rappeler : c'est que la totalife de rinstrument n'es^ consacrée que qtiand le calice est tout d'une pirce , et alors il devient exècre' par la séparation du pied : mais que la consécration se fait sur la coupe seule , lorsque le pieii est à vis j de sorte qu'on peut consacrer la coupe, ( et je l'ai vu faire ) même avant que le pied ne soit achevé. Il est bien vrai f[u'on ne pourra se ser\ ir d'un pareil calic'e^fanl que le pied en sera sépare j mais il n'est pas moins certain que, suivant M. Collet , la séparation ne changeant rien à la substance , ce calice n'aura /v>m perdu de sa forme essentielle , puisqu'il sera toujours possible de le réunir à son pied. Edit.

^9^ Chap. IX. Difficiiliés

docteurs qui croient qu'un ciboire n'a pas be* «oin de bénédiction , parce que le Droit n'en parle pas*, mais, au défaut du Droit, la coutume et les solides raisons qui l'appuient, parlent suffisamment. Car i*. le respect qui est dû au plus auguste de nos Sacremens, exige que tout ce qui le touche soit sanctifié à sa manière (12). 1°. Si le corporal , sur lequel le corps du Fils de Dieu ne repose que trèspeu de temps , doit être béni , n'est-il pas juste que le ciboire , où son amour pour nous le retient des jours et des semaines entières , le soit aussi ? 3". Le Droit veut très-expressément que les habits qui servent au saint ministère soient bénis-^ à raison du grand usage auquel ils sont destinés (i3) : or ce principe" et son motif sont concluans pour le ciboire. Aussi la Rubrique suppose-t-elle , comme une chose certaine, qu'il doit être béni (i4)-

Il en est de même , et pour les mêmes raisons , du croissant qui touche le saint Sacrement, quand on l'expose. Au reste ces bénédictions se doivent faire par l'Evèque, ou par ceux qui ont droit de bénir les corporaux. C'est ainsi que le disent Gavantus et Sylvius {a) ,

(12) In reverenliarn hiijus Sacramenti à nuîlâ re contingitur, nisi consecralâ. H. JViom. 3. p. q. 8j. art. 3.

(i3) Vestimenta ecclesiaslica, qiiibus Domino ministratur, sacrata debent esse, C. 42. de Consecr. d^t. i.

{i4) Si Sacerilos est consecraturiis plnreshostias ,... lorat eas super corporale ante calicem , aut in alicjuo calice consecrato , Ycl vase mundo benedicto. Ruhrico , p. a. tit. 2- n. 3.

(a) Gavantus, part. 2. tit. a. n. 3. iitt. p. — Sjlvius,ia 3. part, quacst. 83. art. 3. quxr. 6^. ^. Si qucerui*

3W' îe Calice y le Corporal , etc. 297

dont le premier surtout devait le savoir mieux qu'un autre.

VIII. Il n'est permis qu'à ceux qui sont dans les Ordres sacrés de toucher le calice , et le corporal dont le Prêtre s'est déjà servi pour le Sacrifice. Un ancien Canon (i5) le défend aux Reli£;ieuses , à qui la sain le lé de leur état semblerait devoir donner plus de privilège. Un autre l'interdit aux simples Lecteurs (16), et il fait loi chez nous. Il en est de même des purificatoires qui ont servi à l'autel. Cependant quand ils ont été une fois lavés par un Diacre ou un Sous-Diacre , qui , pour le dire en passant, doivent jeter l'eau dans la piscine ou dans un autre lieu saint (i ^), on peut les faire blanchir ou raccommoder par des personnes du sexe , et surtout par des vierges.

L'opinion la plus commune est qu'une per-

(i5) I. part. disl. a3. cap. uS. L'indulgence , fondée sur une espèce de besoin , a déroge a cette règle en plusieurs endroits. Cependant il ne convient pas qu'une fille de Communauté régulière ou séculière porte le calice sur Fautel , et l'arrange à peu près comme ferait un Sous-Diacie. Un homme de bien , qui le vit faire , en fut choque. Quarti , {part. a. tit. i. sect. a. duh. 6. ) dit , d'après Suarez , que les Frères lais , et ceux surtout qui sont députes pour servir les blesses , et avoir soin de là sacristie, peuvent , en vertu d'un privilège accorde aux Ordres religieux, toucher les vases sao'és.

(16; !!Non licet cuilibct ex Lectoribus sacra alîaris Ya«;a porlare, niai his quiab Episcopo siibdiaconi fuc! int ordinali, Conc. Biacar. 2. cap. 10. Lahbe , tom. 5. col. 841.

(i^) On peut aussi jeter cette eau dans le feu , dit l'auteur des Conférences d'Angers : sur le Sacritice de la IMesse , page 365.

29^ CnAp. IX. DiJJÎciihcs

soîine qui , sans permission de droit ou de fait , lor.clie ces sortes de choses saintes , ne pe'clie (fue véniellemenl, à moins cprelle ne le fasse avec mépris, ou avec scandale, ou pendant fjue le sang du Seigneur serait dans le calice. En général , tout ce c[ui sert immédiatement au Sacrifice ne doit être touché qu'avec respect ; et ce qui est consacré avec le saint Chrême, comme 1 autel et le calice , en mérite encore davantage. C'est pourquoi Quarti (i8) prétend que Tun et l'autre, avant même qu'on s'en soit servi pour la célébration des saints Mystères, ne peuvent être touchés par les séculiers sans quelque nécessité. Il dit la même chose des ^gniis de cire , parce que le saint Père les consacre de la même façon.

IX. Le corporal est absolument nécessaire pour la ^Messe , ainsi que l'enseigne saint Thomas (19) , et tous les théologiens avec lui. Les Canons veulent qu'il soit de lin (20) , et la Rubrique défend de le faire d'une autre matière (21). Il faut qu'il soit béni, ou par

(i8) Quarti, part. 2. tit. i. sect. a. dub. 6.

(19) S. Thom. ibid. qnaest. 83. art. 3. ad 7.

(ao) Consulto omnium staluinins , ut Sacrifîcium alfaris , non in serico panne , aut tinato , quisquam ctlebrare praesumat ; sed in puro lintco ab t'piscopo consecrato , tcrreno sciJicet lino procreato , atque conlexlo. Cup. 46. de Consecrat. dis t. ï.

(•st) Corporale ex lino lanfùra esse débet, nec serico , vel anro in m»;dio iolextum j sed tof uni album , et ab î^piscopo, vel aiio halnnte facultatem , siinul ciim palU bencdicl.«m. Biihnc. part. s. lit. ï. n. i. Ces mots, nec serico, rel aura in vietlio in'exdim , ont tait conclure que le corporal pouvuil 4'trc trav^iilie à Teivtour et dans Us coUts.

sur le Calice j le Corporal , etc. igg

l'Evèque ou par ceux qui en ont le pouvoir, comme les Réguliers Tout pour leurs églises. Il ne l'est pas par cela seul qu'un Piètre s'en est servi de bonne ou de mauvaise foi 5 c'est une conséquence des principes que nous avons établis ci-dessus. Il perd sa bénédiction lorsqu il est si déchiré qu'il ne resie plus aucuno de ses parties assez ample pour contenir avec décence le calice et la patène. Tout cela s'entend assez ; mais il serait à souhaiter qu'où entendît aussi qu'on ne peut , sans péché mortel, se servir d un corporal sale et rebutant, comme j'en ai vu quelquefois ^ et que si l'on ne condamne pas un Prêtre qui , obligé de célébrer dans une église où il se trouve eu passant, se sert de celui-là, parce qu'il n'en a point d'autre, on ne peut ext:user un indigne Passeur qui met le corps de Jésus-Christ sur un

Les théologiens , et surtout les Rubricaires , sont d'accord qu'à défaut de toile de lin, ou peut faire un corporal de toile de chanvre , pourvu qu'elle soit assez fine et assez serrée j parce que la toile faite de fin chanvre sert aux raeineS usages que celle de lin. Cest le sentiment de Gavautus » i Part. 2. lit. 7. n. i. lut. P. ) de Quarfi , {IbiJ. sect. 3' dub. I. ) d'Azor, ( Part. 1. lih. 10. cap. 28. ) etc Quelquesuns même assurent qu'on peut faire un corporal de toile de coton j mais , hors le cas de necessife , il ne paraît pas qu'on puisse s'en servir parce que les parcelles peuvent plus aisément s'attacher aux fiiamens du coton, il faudrait pour cela une autorisation du Saint Siège , ou au moins de rKvtvfue. On s'accorde à exclure la soie. Cependant la Congre,<ïa» ion de la Propagande en a quelquefois permis l'usage. Voici les termes d'un de ses décrets, du 1 3 décembre 1*629. «Sacra 3) Congreg. pro fîde propagand.l concessit quibusdam Sy- )> n;ie Missionariis facuUatem adhibendi telas bomhy- » cinas kl coaficienais aibis, umictu et corporalibus. »

3oo ■ Cnip. ÎX. Difficultés !

linge quil n'oserait présenter à tableau dernier paysan de son village.

X. Outre le grand corporal qui est en usage dans toute TEglise , les pères Théatins en ont un petit sur lequel ils mettent la sainte liostie. Quarti prétend qu'un étranger , qui célèbre chez eux, ne peut s'en servir , parce que c'est un privilège que Clément \1I a accordé, non aux lieux , mais aux personnes. Mérati est d'un avis contraire. Baronius était très-persuaclé que tous ceux qui font l'Office romain, ont le même droit dans leurs églises ; et on pourrait 1 étendre à celles même qui ont un Bréviaire particulier (?a).

Le purificatoire n'est qu'un linge propre à essuyer le calice et les doigts du Célébrant. Il lie doit point être trop lin, parce que cela le rend inutile. 11 n'est pas nécessaire qu'il soit béni, et on ne le bénit point efreclivement en plusieurs Diocèses \ parce que ni le Droit ni la Rubrique ne le demandent , et que les Rituels ne marquent aucune bénédiction qui lui soit propre. Il est cependant très-convenable qu'il soit béni : i°. parce que. comme nous le disait ci-dessus saint Thomas, le Sacrement ne doit eue touché que par des clioses saintes i et ce n'est que pour cette raison qu on bénit le corporal , le ciboire , etc. 2". parce que les Rubiiques veulent qu'on bénisse les nappes d'autel, qui cependant ne touchent presque jamais 1 Eucharistie : pourquoi donc

(a'2^ Vide pnarli, part. 2. tit 1. sect. 3- tliib. 4- !— Merali , part. a. tit. 1. n. i3.

sur le Calice y le Corpofal, etc. 3oi

le purificatoire ne le sera-t-il pas , \n\ qui ne touche peut-être que trop souvent les restes du sang précieux de Jésus-Christ ? y. parce qu'on pourrait dire que la Rubrique, en prescrivant la bénédiction des linges de l'autel , paraît en quelque sorte prescrire celle du purificatoire. Au reste on peut le bénir en général avec les autres linges qui servent au Sacrifice. Si on le bénit en particulier , il faudra, dit Mérati , changer dans la seconde Oraison le mot aîtare en celui de calix.

La pale n'était autrefois que le corporal , qui étant aussi long et aussi large que le dessus de Tautel , se repliait sur le calice , pour le couvrir, comme il se pratique encore dans le saiiU Ordre des Chartreux (^S). De-là il suit, 1°. que la pale est nécessaire siib gravi pour la célébration des Mystères. Et qui oserait laisser le calice décou>ert , et par-là exposé à tous les inconvéniens qui peuvent en naître ? 2". Que la pale doit être de lin dans sa partie inférieure qui regarde le calice. C^r dès quelle n'est en quelque sorte qu'un petit corporal détaché du premier, il faut qu'elle en suive la nature et les conditions. J aurais cru que le dessus pouvait être brodé en or ou en soie ; et en elfet j'en ai vu plusieurs de cette espèce : mais la Congrégation des Rits Fa défendu en 1^01 (24). H s'ensuit encore ,

(23) Le Brun , Explication litt. hist. etc. tom. 1. p. 3oi. Cela se fait auosi au grand autel de Lyon.

va]) Ib Saciificjo >lissee non est adiùbeada palla à parte

3o2 Ch- IX. Difficultés sur le Calice, etcl

qu'on ne peut ni célébrer sans pale , ni en employer une qui ne soit pas bénite, ou qui ne soit pas de lin. Suarez et Quarti font uu péché mortel de T usage opposé , et Vasquez traite de non probable Topinion contraire (^S).

STiperiori drappo serico cooperla. S. R. C die 32 januar. 1701. jMerati, in Indice, n. 552.

L'usage contraire a prévalu en France, où l'on se sert pavtout indilléremment de pales dont le dessus est en ëtofFe de soie, et souvent même brodé en or, en argent , ou en soie. Edii.

(25) Suar. in 3. part. dist. 81. sect. 6. conclus, i. — Vasquez , in 3. part. disp. 233. cap. 3. n, 23 et 24. — Quarti, part. 2. tit. !• sect. 3. dub. 2. et alii apud ipsum.

Chat. X. Difficultés sur les Ornem. etc. 3o3

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