‹ Traité des saints mystèresChapitre 26 sur 40 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Difficultés sur les Ornemens sacerdotaux.

I. Nécessité des ornemens pour le Sacrifice, II. jSature du péché de celui qui célèbre sans quelques-uns deux. 111. Cas de Jiécessité. IV. Judicieuse lègle des bons théologiens. V. Les Of /ieniens doivent être bénis. ^ I. Prières à réciter paileJ/iiiisfrequis'en rev'êt. VII. Quand les ornemens peident leur bénédiction. VIII. Suite de la même matière. IX. Un habit sacré peut-il de\>enir profane ? Un .habit profane peut -il devenir sacré? X. Que penser des ornemens timbrés irarmoiiies ? Sage décision de M. de la Paluelle. XI. Chasuble de saint Charles armoiriée au séminaire de Saint-Fir~ min. XII. Couleur des ornemens. XIII. Tout Prêtre peut-il preîidre ses ornemens sur l'autel?

Xjes ornemens que prend un Prêtre pour célébrer les divins Mystères , sont l'amict , l'aube , la ceinture , le manipule. Télole, et la chasuble. Il n'est pas de notre plan de prouver, contre les novateurs du seizième siècle, que l'Eglise , en établissant des habits extraordinaires et majestueux pour le Sacrifice , n'a rien fait qui ne fût digne de sa profonde sagesse. Le concert du monde entier , dès le lejups et avant le lenips de Constantin , la

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venge suffisamment; et quelque idée que noufL ayons de la sagacité de Calvin et de Luther (*) » |] nous ne pouvons la contre-peser dans la balance de tous les siècles , sans la trouver de moindre poids. Entrons donc dans le détail des difficultés qui peuvent arrêter sur la matière des ornemens , et suivons notre méthode ordinaire : si elle ennuie par la répétition , du moins éclaire- t-elle par l'ordre et par la liaison des parties.

I. Je dis donc d'abord qu'il y a péché mortel à célébrer sans les principaux ornemens , dont nous venons de parler \ et cela , quand même on ne les omettrait qu'à raison d'une grande nécessité. Trois raisons courtes , mais péremptoires, appuient celle décision : le consentement unanime des maîtres de l'art , consentement qui ne peut être que d'un trèsgrand poids j la pratique constante de toutes les Eglises , sans en excepter celles que le schisme a séparées de nous j et enfin d'anciens Canons , qui n'ont pu nous transmettre que ce qu'ils avaient reçu, et à la substance desquels] nous n avons rien ajouté (i).

II. J'ai dit, sans les principaux ornemens , tels qaesont l'aube, la chasuble, et, quoi qu'en pense Suarez , l'étole , si sévèrement prescrite

(*) En relisant cet ouvrage , j'apprends (jue les Luthériens se servent, ou au moins se servaient, il y a soixanle-tlix ans, dans (jUfl;[Mes-Mnes «le leurs églises, même de chasubles dans la ct'lehiation de leur pre'tcndue Liturgie. Ceux qui suivent la liiturj^ii' anglicane , sont vêtus à Tautel comme les Prêtres de rtgli.se romaine.

(i) Vide cap. 4'i' et alibi pussim , dist. i. de Consecrat,

sur les Ornemens sacerdotaux. 3o5

par d'anciens Conciles (2). On n'est point d'accord sur la nature du péché dont se rendrait coupable un Prèire qui célébrerait sans manipule ou sans ceinture. Quarti cite plusieurs docteurs qui pensent que ce péché ne serait que véniel. Suarez , Ledesma, Sylvius (3), et plusieurs autres, prétendent qu'il irait au-delà. Dans une matière où les motifs sont à peu près égaux de part et d'autre , il y a un doute raisonnable. Or ce doute donne une décision. C'est aller bien près du péché mortel , que de courir les risques de le commettre. On peut s'en garantir en faisant, selon l'avis de saint Anlonin, une étole d'un long manipule, ou un manipule d'une étole un peu courte , parce qu'il n'y a qu'une même bénédiction pour ces deux ornemens. Par la même raison , on peut , selon le saint Docteur , se servir d'étole au lieu de ceinture. ^ asquez , Layman , Azor , sont du même sentiment ; et Sylvius , qui le rapporte, sans se déclarer contre , paraît l'approuver (4).

III. J'ai ajouté qu'on ne pouvait célébrer sans ces ornemens , même dans le cas d'une très-grande nécessité , tel que serait celui de donner, un jour de Fête, la Messe à un peuple

(2) Quâ ratioTie tempore Sacrificii non assurait Orarium? etc. Concil. Bracar. IK, cap. 4. Labbe , tom. 6- coL 5b'4»

(3) Quarti, part. 2. fit. i. sect. 4- dub. 5. — Suarez, in 3. part. disp. 82. sect. 3. — Letlesma , de Euchar. cap. 20. conclus. 4. quœr. i». — Vasquez , disp. 233. cap. 4- -»- Sylvius , in 3. part. q. 83. art. 6. quœr. 3».

(4) S. Antonin. 3. part. tit. i3 cap. 6. §. 5. — Sylvius, tibi suprà , vers.Jin. «t alii apud ipsum.

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qui ne rentendra pas , ou de procurer à un ^^ moribond la grâce du saint Viatique. C'est r que, comme nous l'avons dit plus d'une fois, P les lois d entendre la Messe , ou de communier à la mort, n'obligent que lorsqu'on peut célébrer selon les règles les plus importantes^ et qu on est estirr^é ne le pouvoir, quand on manque d'aube, d'étole, ou de chasuble. C'est par cette raison que des cas d'une semblable ^ nécessité n'autorisent point un Prêtre latin à p consacrer avec du pain levé, et qu'il ne peut ' célébrer, ni sans autel, ni dans un lieu profane, ni à une heure absolument indue, comme après souper.

Je dirai plus , c'est que , quoique de trèsliabiles gfîns croient , avec Sylvius , que pour éviter la mort intentée par un caprice qui n'aurait point pour objet le mépris de la religion, on peut célébrer dans ses habits ordinaires ; j'aurais , ce me jemble , de la peine à m'y dé- i terminer. Jl y aurait tant de scandale à le faire, 1 et le scandale mis à part, il y a tant d'irrévérence , qu'il semble que la mort serait un moindre mal. C'est le jugement de plusieurs théologiens , que rapporte jMérati 5 j'y souscris bien volonliers {a).

IV. A l'égard des ornemens de moindre importance, comme sont l'amict , la ceinture, et le manipule, les bons théologiens donnent une règle qui nous paraît extrênu^ment sage \ c'est de mettre en parallèle l'indécence et la

{a) Sylvius, ioc mox cit. '— Merati , part. a. lit. i« Ti. 33.

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nécessité, et de donner la préférence à celle des deux qui remportera sur l'autre. Je voudrais bien dire la Messe un jour ouvrier, pour faire plaisir à une pieuse famille , qui sera très-ailiigée de ne lîi pas entendre -, mais je n'ai point de manipule : je ne la dirai point, parce qu'il y a plus d'indécence que de nécessité. Je n'ai point de ceinture un jour de Dimanche^ et si je ne célèbre , je ferai jeter les hauts cris à un peuple intraitable : je la célébrerai avec une ceinture non bénite , ou quelque chose d'équivalent ; parce qu'alors il y a plus de nécessité que d'indécence. Au reste, quand on omet par inadvertance quelques-uns des têtemens dont nous parlons, il y a plus ou moius de péché, selon le degré de la négligence qui est le principe de l'omission. Si ce n'est qu'un oubli involontaire in se et in causa, il n'y en a point du tout.

I V. Je dis , en second lieu , qu'il y a de soi (5) péché mortel de se servir pour la Messe d'ornemens qui ne soient pas bénis. La pratique de lEglise , et le consentement des docteurs en sont une preuve suffisante. Il est vrai que quelques-uns le nient de la ceinture ; parce que, disent-ils,, c'est moins un véritable habit, qu'un lien qui tient les habits en état. Mais la plupart des autres s'élèvent contre cette restriction , et il faut les suivre dans la pratique , tant parce que la ceinture vèt à sa manière ,

(5) Il faut expliquer ce mot par ce que je viens de cjire : si Ton peut queJquelbis ce'léhrer sans manipule , on le peut sans manipule béni.

So8 Chap. X. Difficultés ^^

que parce qu'elle a sa signification mystérieuse; et que d'ailleurs le Missel et le Pontifical veulent qu'elle soit bénite.

Cette bénédiction se fait par l'Evêque , ou L par un Prêtre à qui il en donne la commission. Les Religieux peuvent aussi la faire , mais seulement pour leurs églises , ainsi que l'a décidé la Congrégation des Rits (6). « C'est )) donc sans raison que quelques réguliers » s'ingèrent de bénir les ornemens pour le » service d'autres églises que des leurs. Si les » Evêques en avaient connaissance , ils leur » en feraient défenses sur les peines de droit. » Ce sont les propres termes de l'auteur des I Conférences d'Angers ('y).

Nous pouvons confirmer ce que nous venons de dire par l'autorité de Benoît XIV. Ce savant Pontife, après avoir légèrement effleuré différentes questions qui ont exercé les Scholastiques (8) , \ enseigne d'abord , et prouve par saint Paul , comme nous l'avons fait au Chapitre VIII, que les Apôtres ont célébré sur un autel. Il fait

(6) S.'^R. Congregatio , die a4 aug. an. 1609. Merali, in Ind. n. 100.

(7) Sur le Sacrifice de la Messe , pag. 327.

(8) Ces questions , fort inutiles , sont « \°. Utrùm Missa i) per triduum mortis (]hristi celebrata , rationera ejus 3) Sacrificii habni5set,quod Salvator obtulit^ 3°. Au hosti* M tune consecratae , si post Christi resurrectionetn serval» » fuissent , ipsius corpus exanime , vel aniniae restitutuin » continuissent. » Le Pape penche beaucoup à croire avec le Cardinal Bona , cujus , dit-il , Trnctatiim lilurgi'um nenio satis comme nihwe rit , que 1«8 Apôtres n'ont point cciebrtî avant la Feutecùte»

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iroir, par la Liturgie de saint Jacques, qu'ilg se îout servis d un petit plat ou patène, et par jaint Jérôme, qu'ils avaient à Tautel des habits liirérens de ceux qu'ils portaient ailleurs. Il démontre, contre Hospinien , que les autels, les vases et les ornemens destinés à la grande action du Sacrifice , ont été consacrés ou bénis dès les premiers siècles. Il vient ensuite à la question de savoir si les Evêques peuvent commettre un simple Piètre pour bénir les Ornemens qui ne demandent point l'onction du saint Chrême. Il se déclare très-précisément pour la négative. Càrn illud , dit-il , certuin teneamus injiissu Sedis apostolicœ benedictio" nem vestiiwi , et vasorum consecrationem simplici Sacerdoti conimitti non posse , etc. Comme ceci est inutile en Fraiie , je ne m'y arrêterai pas davantage. Mais je remarquerai que Benoît XIV ne permet aux Abbés les plus privilégiés , ni de donner la Tonsure et les Mineurs à d'autres qu'à leurs propres Religieux , ni de bénir d'au ires Ornemens que ceux de leurs églises. 11 ajoute que les INÏoines de la Congrégation du Mont-Cassin avant représenté à Alexandre VII que le Saint Siège leur avait accordé le droit de consacrer les calices et de bénir les cloches , tant pour leurs églises que pour celles des autres , la sacrée Congrégation qui se tint devant ce Pape, le 20 juillet 1660, leur lit celte réponse \ Ad paragraphuni 1 C) , qiio vetita est Ahhaiihas benedictio sacrœ siipellecLiiis pro usu alienarum eccle" siarunij asserentibus Monaclds , etiampro aiie^^

3to Chap. X. Difficultés

nd ecclesid ex apostolico Indulto eis licitum esse ecclesiasticani supellectileni benedicere , sacra Congregatio mandat it exhiberi Induit uni aulhenticum exarcliivio apostolico desumptum , ac intérim ahslincri. Tout cela confirme parfaitement ce que nous venons de dire , et apprend aux Réguliers que ce n'est point par mauvaise volonté pour eux , mais par le seul désir de de remplir toute justice, qu'on s'oppose à leurs entreprises. Au reste , si leurs Induits étaient contraires à la discipline d'un royaume, ils ne pourraient y servir qu'après avoir été visés par les Evoques (*).

M. Je dis 3^*. que , quoiqu'il ne paraisse pas que les prières , împone , Domine, capiti rtieo galeam salutis , et autres marquées dans la Rubrique •j>our les Ministres qui se revotent des orneinens sacrés , soient de précepte rigoureux, tant parce que cette Rubrique n'est que directive , que parce que les saints Canons n en disent rien \ on ne peut cependant y manquer sans quelque péclié de négligence , ou de paresse spirituelle. Le savant Navarre a cru que ce péché allait au mortel (p), maïs il n'a pas été suivi en ce point \ et même quand on se seit de ces sortes d'ornemens pour Vêpres ou pour le Salut, il n'est marqué nulle part qu'on doive réciter ces Oraisons. Néanmoins il est toujours mieux de le faire j

(*y V. Inslitntiones KcnlesiasiicasProsperi Lanibcrfini, Instit. XXI. pn^ .90. vel Appcml. i ail lih. i. de Sacrif. Missie,

(9. Navarr. Cousil. lib. 3. tit. de cel^ibr. iMissar. couail. 3. n. 4.

sur les Ornement sacerdotaux. 3r t

les bons Ecclésiastiques le font alors comme i\aut la IMesso.

\II. Je dis , en quatrième lieu, que les habits sacerdotaux perdent leur bénédiction , lorsqu'ils perdent la forme sous laquelle ils l'ont reçue ^ ou , ce qui revieni au même , lorsqu'on ne peut plus s'en servir décemment pour les fonctions du saint ministère.

De là il suit;, i°. qu'une aube cesse d'être bénite, si unel es manches vient à être séparée du coips , soit par violence, soit par vétusté. Ce serait une autre chose si elle n j était attachée qu'avec un lacet : car alors il en serait d'elle comme d'un calice à vis, qui se démonte sans devenir profane. Si on recousait une manche avant qu'elle fût séparée du tout , ce tout garderait toujours sa bénédiction , quand même on y mettrait une pièce vieille ou neuve -, parce que l'accessoire suit la condition du principal. Mais comment le corps d'une aube qui reste entier avec l'autre manche, ne bénit-il pas celle qu'on y joint, vu surtout que les murailles d'une église servent bien à consacrer la voûte et lé reste qu'on y ajoute .^ C'est , je l'avoue, ce que je ne saurais bien expliquer : mais je puis encore moins disputer contre l'usage, et le sentiment commun.

Du même principe il suit encore , au moins est-ce l'opinion la plus suivie, que la ceinture perd sa bénédiction, quand elle est rompue, de manière qu'aucun de ses deux bouts n'est propre à ceindre le Minisire de l'autel.

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Si l'un ou l'autre restait de longueur à pouvoir ceindre , on pourrait continuer à s'en ser-J vir. On pourrait même , pour plus grande commodité , y joindre la partie détachée. Si lorsqu'une ceinture est près de se rompre, on la répare avec du fil , ou qu'on la fortifie d'un nœud, elle reste toujours bénite, parce qu'elle continue de former un tout , dont les parties n'ont point été séparées.

Enfin , il suit encore de notre premier prin» cipe , que l'étole et la chasuble perdent leur bénédiction , lorsque , pour les réparer , on y met tant de nouvelles pièces , que le neuf l'emporte sur le vieux. Il n'en serait pas ainsi , si on ne les raccommodait que peu à peu. Les premières parties feraient sur les dernières ce que fait de l'eau bénite sur celle qu'on y ajoute en moindre quantité.

Si le même ornement était double, c'est-àdire blanc en dessus , et rouge en dedans , comme le sont assez souvent ceux des Evêques, on pourrait détacher l'un de l'autre sans préjudice de la bénédiction -, parce que chacun d'eux garde toute sa forme , et qu'il a été béni des deux côtés. Quand il n'y a que la doublure déchirée , on peut n'y avoir point d'égard : mais si elle était bonne , et que le dessus fût enlevé, ou en lambeaux, je ne croirais pas qu'on pût s'en servir. Il y a quelque chose dans Habert (a) à ce sujet , que je n'euteuds pas bien. Peut-être est-ce ma faute.

ia) De £uchïr. ut 5acrif. c. i5. q. 4**

vm.

sur les Orncmeiis sacerctofai?!' ^ ^ ^ YIII. Mais que dire, si d'une ëtole on~'fîir^ > nn manipule, ou d'un manipule une éiole V Nous pensons d'abord que , si en pliant une ëlole, sans y rien changer autrement, ou eu fait un manipule, il u'y a rien à craindre pour sa bénédlclion ; parce que celle-ci étant la même pour tous les ornemens sacerdotaux , ils ne la perdent que quand ils perdent essentiellement leur forme : ce qui n'arrive point dans le cas présent. Il en serait de même, si d'un long manipule on pouvait faire une étole. Mais si , en retranchant une très-grande partie d'une étole , Ion en faisait un manipule, je n'oserais, quoi qu'en pensent Azor, et quelques autres avec lui (rt) , m'en servir â cet usage , sans le faire préalablement bénir \ ' j^arce qu'il passe pour constant en ces matière* que la bénédiction disparait avec la forme. 11 faudrait raisonner de la même façon , si pour faire une étole d'un manipule , on y ajoutait plusieurs morceaux bénis ou non bénis , qui l'emportassent notablement sur la substance primitive de ce manipule. Autrement une ceinture faite de plusieurs morceaux d autres ceintures bénites, et dont chacun en particulier ne suffirait pas pour faire le tour du corps , n'auVait pas besoin de bénédiction : ce qui ne s accorde ni avec le sentiment des docteurs, ni avec la pratique de l'église.

IX. On a coutume d examiner ici ce qu'on doit faire des ornemens de i église , lorsqu ils

{a) Azor, part, i.lib. lo. Câp. 2S. JYo/io qiicer. et apuA ipsum Palud. et Sylvest.

3i4 Chap. X. Difficultés

sont usés de manière à ne pouvoir plus y servir. Un ancien Canon (lo) ordonne que tout ce qui a servi dans le temple du Seigneur , soit consumé par le feu ^ et que les cendres en soient jetées dans le baptistère , ou autre lieu qui ne soit pas foulé aux pieds par les passans. Linges d'autel, chaire, chandeliers, rien n'est excepté. L'usage a dérogé à cette loi, quant aux ustensiles de métal. Le feu, qui les met en fusion , les change tellement, qu'ils ne sont plus réputés les mêmes. Pour ce qui est des ornemens et des linges d'église , on ne pourrait , sans une très-grande indécence , s'en servir à des usages profanes.

Mais ce qui a servi à des usages profanes ne peut-il pas se convertir en ornemens sacrés? Il faut que quelques personnes s'en soient fait autrefois du scrupule, puisque les Frères Mineurs obtinrent à cet effet un privilège de Sixte IV. C'était une giâre de surérogaiion. La pratique , soit des Fidèles qui donnent volontiers les étcU'es précieuses dont ils se sont servis pendant un temps, soit des églises qui les reçoivent avec action de grâces , suffit pour lever les scrupules qu'on pourrait se faire làdessus. Dieu agréa dans l'ancienne loi les bracelets , les pendans d'oreille , l'hyacinthe , la pourpre , que les hommes et les femmes offrirent

(lo) Altaris palla , cathedra, candclabrum , et vélum , si fiierinl vefusfufc consnmpta , incemlio clcntur.... Cinercs quoqiie eonim in Raptisterinm iniiiantur , iihi nullus transittim habeal i ant in paricte, aut in lossis pavimontarum jactentnr, ne intioenotiiini pedibus inqulueutur. Cap. Ji». de Conseciat. dist, z.

sur les Omemcns sacerdotaux, 3 1 5

à Tcnvi pour la décoration de son tabernacle , et pour les liabits sacrés de ses Lévites (ii)', pourquoi n'agréerait - il pas aujourd'hui de riches étoffes, dont la vanité lui fait le sacrifice ? Aussi le Pape jMarcel consacra- 1- il à Dieu un temple de Lucine, et Boniface IV le célèbre Panthéon. Un habit n'est pas plus impur que des lieux où un encens abominable a mille fois fumé devant les démons.

X. C'est une question de savoir si un Curé , ou toute autre personne en place , peut recevoir des ornememens ou des calices sur lesquels le donateur a fait mettre ses armes. Le Père Alexandre (12), elWwlQWT des Ou ligalions ecclésiastiques le nient. Quelques autres l'ont fait devant et après eux 5 et il s'en est trouvé d'un zèle plus ardent , qui ont dit sans détour que les armoiries d'un seigneur vont bien sur la housse d'un mulet, et très-mal sur la chasuble d'un Prêtre. Il 3' a en tout cela plus de feu que de raison. Ecoulons ce qu'en dit un homme qui fut à la fois très-pieux et très - éclairé ; je ne ferai que transcrire ses termes. « Je demeure d'accord de trois choses, » que le Père Alexandre, et l'auteur des Obli' » gâtions ecclésiastiques ont fort bien remar- » quées. La première , que ceux qui font sans » éclat et en secret des libéralités aux églises, )) par un véiitable esprit d'humilité, en rece- » vront de grandes récompenses devant Dieu ,

(11) Exod. XXXV.

(1*2) Nat. Aletander, lib. 2. de Euchar. cap. 7. art. 3.

3i6 Chap. X. Difficultés

) et c'est à quoi l'Ecriture nous exhorte, quand I) elle nous dit de caclier notre aumône dan» le sein du pauvre : Conclude elecmosyjiaîn ) in corde pauperis. ( Eccli. xxix. i6. ) La ) seconde, que ceux qui par vanité font mettre leurs armes sur les ornemens qu'ils oiFrejit à Dieu , sont des imitateurs de Gain : et ) qu'on peut dire d'eux ce que saint Amw broise a dit de lui , et ce que le Père Alexandre leur a appliqué : Benc ohtulenint, sed nialè diuiserimt ; et en ce cas il est vrai , selon l'oracle prononcé par Jésus-Christ , qu'ils ont reçu leur récompense en ce monde : lieceperunt mercedem suam. Enfin je conviens qu'il y a plusieurs personnes qui font mettre leur? armes dans les églises, sur les vases sacrés et sur les ornemens , d'une manière ridicule et tout- à -fait indécente; et c'est pourquoi il est juste de s'y opposer , comme je le (lirai dans la suite.

)) Mais comme le même Evangile, qui nous défend de faire le bien par ostentalion et ) par vanité , nous exhorte aussi de faire éclater notre justice devant les hommes , afin que Dieu soit glorifié , et que notre exemple ) extiie les autres à nous imiter ; j'estime ) qu'un donateur peut a>oir de très - bons I) motifs pour faire mettre ses armes ^ur les ) ornenums qu'il donne à l'église, et qu'on ne ) peut sans témérité condamner cette action , ) puisqu'elle peut être bonne o\i mauvaise, » selon les diJfércnles intentions qu'on se ) propose

sur les Ornemens sacerdotaux. 3ï7

» On ne saurait donc trop blâmer le zèle D outré À-e certains Ecclésiastiques, qui arra- )) cKv.nt lf:S armoiries des ornemens qui ont » été donnés à Téçlise. Car les Prélats les " )) plus sévères ont permis par leurs Statuts y) l'usage des anciens ornemens timbrés des » armes des donateurs, et ont seulement dé- » fendu d'en accepter de pareils à Ta venir. » Ces Ecclésiastiques n'éviteraient pas sans » doute la punition d'an tel emportement , V s'ils étaient entrepris pour ce sujet, comme y> il fut jugé contre le siçur de Bacqueville, » seigneur en pariie de la paroisse de G^rgG )) près Saint-Denis en France , par arrêt du » Parlement de Paris du 21 mars t652. Ce » seigneur ayant ôté par violence les armoiries )) qui étaient sur une bannière que M. Hust , » secrétaire du Roi , avait donnée à cette )) église, fut condamné par corps de la restituer » en Tétat où elle était, lorsqu'elle avait été » donnée.

» Je connais une famille , où il y a plus M de deux cents ans que l'on s'est fait une )) loi d'entretenir d'ornemens une église pa-f » roissiale. Les enfiins de cette maison , voyant » les armes de leurs ancêtres sur les ornemens » et sur les chandeliers d'argent qui sont dans » cette église , se diseiit les uns aux autres : )) Voiià ce que notre bisaïeul , ce que noire )) aïeul , et ce que notre père ont donné h )) Dieu : suivons leur exemple, et inspirons )) les mêmes sentimens à nos enfans. »

» Pour moi , comme je ne pénètre point

3i8 CiiAp. X, Difficultés

)) dans le secret des cœnis , je crois que les )) seigneurs de celte famille ont fait mettre D) leurs armes sur les ornemens qu'ils ont donnés » à celle église , comme une marque de la » protestation intérieure qu'ils ont faite, en » les donnant, que leur famille, leur noblesse, » leurs biens et leur autorité viennent de Dieu, » et lui sont entièrement soumis. »

Quoiqu'on ne se lasse point d'entendre un écrivain si sage, si judicieux, nous dirons, pour abréger , qu'après avoir solidement répondu aux objections , il fait quelques remarques qui méritent de trouver place ici. La première , que devant Dieu il n'y a point de diilerence enUe les armes d'un prince et celles d'un simple gentilhomme 5 d'où il laisse à conclure qu'on ne voit pas pourquoi le Catéchisme de Montpellier, en permettant les unes, a défendu les autres. La seconde , qu'il y a beaucoup d'armoiries indécentes , qu'on aurait honte de voir sur les ornemens sacrés, telles que sont celles d'une femme échevelée , d'un Bacchus nu , d'un pourceau , d'une chauvesouris. La troisième, qu'il y a des seigneurs qui placent leurs armes dans des lieux où l'on a horicur de les voir , par exemple au-dessus du tabernacle et des images des Saints. « Elles » doivent, dit notre auteur, être placées d'une )) manière simple et mofleste au bas des cha- )) subies et des autres ornemens, sous les pieds )) des imagos des saints Patrons des églises. )) On ne doit point les gra\{*r sur le pied des )) calices par dehors , mais par dessous , parce

sur les Ornemens sacerdotaux. 3rQ )) qu'il ne doit y avoir rien de gravé dessus )) qu'une croix, au lieu de laquelle, dit Ter- » luUien , ou mettait auHefois l'image d'uu )) bon Pasteur portant une brebis sur ses )) épaule*» (i3). ))

XI. De tout cela il suit deux choses : l'une qu'il est plus louable à un seigneur de s'abstenir de mettre ses armes sur les ornemens qu'il donne à l'église, que de les y mettre; 1 autre qu'un Curé peut absolument recevoir des ornemens timbrés d'armoiries, lorsqu'elles n'ont rien d'indécent, et que les Statuts du Diocèse ne le défendent pas. L'auteur que nous avons suivi jusqu'ici, le prouve par le fait d'un bon nombre d'Evêques d'un mérite distingué : il n'eût pas manqué d'ajouter , s'il l'eût su, que dans le séminaire de Saint-Firmin , où féciis, il y a , grâce à la pieuse libéralité de l'illustre et respectable Cardinal DenliofF (i4) 5 ^ï"® chasuble de saint Charles Borromée , sur le bas de laquelle sont ses armes. Et quel homme sut jamais mieux les bonnes règles, et aima moins à s'en écarter ? Je prie qu'on me pardonne cette espèce de digression : je reviens à mon sujet.

XII. Le Prêtre qui se dispose à célébrer doit porter les marques de son état, ainsi que nous l'avons dit ailleurs. Il doit aussi prendre

(i3) Résolutions de plusieurs cas de conscience , etc. par messire André Pioger de la Palueile, etc. part. 2. lettre 6. p. 241. édit. de 1714.

(i4'! Jean-Casimir, Cardinal DenhofT, Evéque de Césène dans la Romagne , mort en 1697,

Sao ChAp. X. Difficultés

des ornemens d'une couleur qui convienne à 1 Oflice , du rouge pour un Martyr, du blanc pour un Confesseur , etc. Cependant , pour éviter la bii,^arrure qui blesse les yeux du public , lorsqu'on dit la Messe dans une église qui fait d'un Saint dont ou ne fait pas soimême , il vaut mieux prendre la couleur dont on se sert dans celte même église , que celle dont on se servirait dans son Diocèse. Cela est même ordonné , quand l'Office de cette église est double (i5). Ainsi c'est mal à propos que l'on dérange tout dans une «acristie , pour avoir du violet , pendant que tous les autres mettent du vert. La Rubrique (16), qui d'ailleurs dirige, et ne com-

(i5) Je ne trouve clans Me'rati , sur cette matière, que les deux De'crets siuTans, qui viennent de la (Congrégation «les Rits « Sacerdotes , etiam fiegiilares , dicbiis qiiibus a» propria Ollirii» récitant suh rilu dii]>lici , célébrantes » in alienis ecclesiis , quando peragitur Festum cuna so- •» lemnitate et conciirsu popidi , drbent celebrare Missas * conformando se ritiii et colori earumdeni ecclesiarum. » In aliis vero diebus possnnt ; sed qtiando probibentur î) Mi>-Sce volivie vel defunctoriim , debent se iiniformare 3} saltem qiioad colorem. S. C. R. die 11 junii ijoi. In 7> Indice , n. 5S8.

•» In Kcclesiis Regniarinm diebns Dominicis, quihiis tam i) Remdares qnàra c;eteri célébrant de Doniinicâ , possunt » exteri nti coloribns Parameutorum , (fuibiis utnntur » Kegulares ralione aliciijns Octav.T; et Regniares celey> branJes in alienis ecclesiis uli coloribus juxta ritiim » earumdem ecclesianim. S. H. C eddcm die. Ibid. » n. 5t>o.

Tt

{\6l\ Paramenta alta-is, Celebrantiset Ministrorum debent esse coloris convenientis Oflicio ef IVlissie dici, etc. Hiiùricn , part. 7. tit. 18. n. 1. Vide Qiiavti et Merati in hun« Uitulum.

sur les Omemens sacerdotaux , 821

mande pas dans le cas présent , doit s'entendre avec épikie , c'est-à-dire , avec ce juste tempérament qni modère la loi , sans la détruire. Ajoutons ici , i'\ qu'un ornement de toutes couleurs n'est proprement d'aucune \ et cpi ainsi on ne doit s'en servir que quand on n'en a point d'autres. Cependant rien de plus commun , surtout dans les chapelles des plus riches seigneurs , que ces sortes d'ornemens bigarrés. 2''. Quand la Messe ne répond pas à rOffico , comme il arrive quelquefois le mardi des Rogations , et dans les Vigiles qui surviennent pen~ dant le cours d'une Octave , la couleur de lauiel doit, dans les Messes privées , suivie la couleur de 1 Office , et la couleur des habits sacerdotaux, suivre celle de la Messe {^).

Si cependant un Prêtre, par négligence , ou par quelquv^ autre semblable motif, pienaic une couleur pour l'autre dans sa propre église , il pécherait vénieliement \ parce cfue la négligence , daus ce qui regarde le culîe de Dieu , est toujours une faute. Il est même sur que sa faute irait au mortel , si , à raison des circonstances , il en résultait un grand scandale. Terrait-on, sans être justement iiidii:;né , un Prêtre se servir , le jour de Pâqiie , dus ornemens qui ne sont en usage que pour les Morts ?

Dans une église pauvre, on peut absolument mettre une chasuble d'une couleur, avec une étole de Tauire. Cependant, dit Quarti ,

(*) Gavantiis, part. i. tit. 18, num. G.

322 Ch A p. X. Difficultés sur les Ornent, etc.

pour ohM'er au scandale, il est bon d'avertir le peuple qu'on ne le fait ainsi que parce qu'on ne peut mieux faire.

Un simple Prêtre doit prendre les ornemens à la sacristie : il n appartient qu'aux Cardinaux et aux Evêqnes de les prendre sur l'autel, ainsi que l'a sîalué, le ^ juillet 1612 , la Congrégation des Rits , par un" décret qu'Urbain \ III fit mettre à la tête du Missel qu'il publia. Toutefois, sauf le mépris ou le scandale, il n'y aurait pas un péché ijrief à violer celte loi. Il n'y en a même point du tout, quand on célèbre dans un lieu où il n'y a ni sacristie ni crédence. Mais alors il faut les prendre, non au milieu, mais au coin de l'autel , du côté de l'Evangile, comme l'ont remarqué Gavantus et Quarti (17). Les Prébits inférieurs aux Evoques, peuvent , lorsqu'ils doivent oflicier pontificalement , les prendre comme eux au inilieu de l'autel , mais non dans un autre temps. Ainsi le décida en i65ç) la Congrégation des Kits (18).

(17^ Gavantus, part. a. lit. 1. u. 2. — Quarti, part. a. lit. 2. dub. 4-

(18) Prœlati Kpiscofis infenorcs sacras vestes ex alfari sumere non possuni , nisi pontiliraliler ilivinis vacatiiri. «.V. /{. C convi yl'ejLtniiIro Fil. 27 sept. i(j5$. a|>utl Merali , in Indice , u. 3-j8.

Difficultés sur le temps du Sacrifice. 323

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