‹ Traité des saints mystèresChapitre 27 sur 40 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Diff cultes sur le temps, V heure ^ le jour, et la répétition du Sacrifice.

IMoTUE dessein est d'examiner, dans ce cliapiire , quand un Prêtre doit célébrer, à quelle heure il peut le faire, quels jours de Tannée il est obligé de s'en abstenir, et s'il le peut faire plus d'une fois dans un jour.

De Tobliiiation de célébrer en certain

temps,

I. Principes généraux sur la célébration' Règle I. // est plus louable de célébrer souvent, II. Règle II. // n'y a point de loi qui oblige un Prêtre de célébrer tous les jours ; et cela a lieu pour les Pasteurs. IIÏ. Règle m. Un Prêtre ne peut sans péché s'abstenir toujours de célébrer. IV. Combien de fois le doit-il faire clans une année? V. Règle iv. Les Pasteurs doivent célébrer plus souvent que les simples Prêtres. VI. Règle v. pour les Chapitres, VU. Règle VT. Un bénéficier doit s'en tenir aux tenues de la fondatioji pour le lieu des Messes , VllI. pour V autel , IX. pour le nom--

3^4 CiiAp. XI. Difficultés

hî^e. X. Questions importantes sur cette ma* iière. XI. Peut-on changer le jour stipulé par les fondateurs ? XII. Une Messe omise le J en." dredi saint doit-elle être suppléée ?

La première des quatre questions qiii se présentent ici, est sans doute la piusimportanle, et celle qui demande à être traitée avec plus de précaution. Pour le faire autant qu'il me sera possible, et sans vouloir ni plaire ni déplaire à personne , j'établirai un petit nombre de règles -, et je tàclierai de n'en proposer aucune qui ne soit bien appuyée.

I. Rf.gle I. En général il est plus louable de célébrer souvent , que de le faire rareraenî.

La raison en est, qu'un Prêtre qui célèbre souvent, et qui, comme nous le sous-entendons, célèbre d'une manière digne de Dieu, doit vivre en vrai Ministre de Jésus-Christ , c'est-à-!iire, craindre toutes ses œuvres, s'abstenir de l'apparence du mal, gémir de ses chutes connues et inconnues , recourir souvent au Sacrement de Pénitence, se maintenir dans cet esprit de ferveur, qui exclut la routine d une action où elle ne peut être que fort dangereuse ^ bannir de son cœur lailection au péché véniel (l) *, aimer l'oraison, s'en faire un degré pour approcher de Taulel , etc. Que Ton compme une conduite si sainte avec celle de la p!u[)art des Ecclésiastiques qui ne cé-

(0 .ViM fxplifiue tout cela plus au long Jaus mon Traité l.>:in de rLucUiiiisUe.

sur le temps du Sacrifice. 3^5

lèbrent presque jamais , il ne sera pas difficile de juger à laquelle des deux se doit la préférence. Etudier peu , prier encore moins : aimer le monde , et souvent le plus dangereux ; être insensible à la plaie cruelle qui frappe la Reli£^ion ; n'oser ouvrir la bouche pour la défendre j s'unir quelquefois à ceux qui l'attaquent, parce qu'on ne veut pas rester muet , et qu'on ne peut venger ce que l'on n'a jamais bien étudié; se confessera tout le plus une fois Tan , etc. voilà, pour nous tenir dans des bornes très-modérées , le train commua de ces hommes , quuiic sainte frajeur éloigne des autels. Nous ne les exhorierons pas à s'en approcher, tant qu'ils seront dans une si funeste disposition. Nous demandons seulement si cet état est comparable à celui dont nous avons d'abord ébauché le portrait.

On nous répliquera peut-être que plusieurs de ceux qui sont dans le second cas célèbrent aussi hardiment que ceux qui sont dans le premier. Mais une pareille réponse est tout-àfait étrangère à la question. Nous ne proposons pas à un mauvais Ministre de ressembler à un autre qui vaut encore moins que lui. Nous lui demandons s'il n'esl pas vrai que , pour célébrer saintement et fréquemment , il en coule beaucoup, et si l'étal d'un homme à qui il en coûte beaucoup pour être toujours intimement uni à Dieu , n'est pas plus louable que celui d'un homme qui ne s'éloigne du terme , que parce que le chemin qui y conduit rebute sa mollesse et fatigue son indolence.

326 Chap. XT. Difficultés

A ce premier motif l'on peut en joindre im antre qui . pour être rebattu , n'est pas moins solide. C'est qu'un Prêtre qui célèbre rarement, prive, autant qu'il est en lui, la sainte Trinité de la gloire et des louanges qui lui re- \iennent de l'auguste Sacrifice de nos autels \ les Anges , de la joie sainte qu'il leur procure \ les pécheurs et les justes, des grâces qui obtiendraient aux uns le pardon de leurs péchés , aux autres la fermeié dans le bien; les âmes qui souflVent dans \ç^s flammes du Purgatoire, de la consolation et du rafraîchissement dont elles ont besoin \ l'Eglise toute entière, de ces secours puissans qui cécoulent abondamment de la victime immolée; et enfin il se prive lui-même du remède qjii le soutiendrait contre les faiblesses de chaque jour. Tels sont , au jugement du vénérable Bede et de saint Bonaventure ('i), ou plutôt du monde chrétien , les pertes que soutire , et que fait souflrir un Prêtre que sa langueur écarte de la participation des diviuô Mystères : et par où pcurra-t-il les compenser?

La pratique de presque tous les Saints , et l'exemple de ceux qui ont fait plus d'hon-

{i^ Cùm Sacerdos , non habens leoitimiim impeiliraentuni,... ex riff^li^cnti.1 c«'l»'brai« omiftit, tiiiic, qiiatitnui ia ipso est , privât l'rinihifem liuulft't f;;loii.1, Anf;el'>s la'fili;1 , j)ecrHfnies vrni:l , jusfos subsitlio of i;)ati.i , in Piii{:;itlorio exisfrntcs rcfi ij^orio , Kccle^iam (]lnisli .s|)irif iiali bcnttirio , ef seipsiim nicnirin.l ef renu-dÏM ronfra (|iioliili;jna |ierc;«ta et inlirmilafcs. ^ . finrmt^entura , Ith. Je inœparat. nd Alissnvi , cap. Si. — Hed. in cap. 14. Marc. Év. — Vide et î>. Anlonin. 3. part. lit. i3. c. 6. §. i5.

su?' le temps du Sacrifice, 3 2^

neur à l'ordre sacerdotal , vient à l'appui de noire décision. Quoiqu'il y en ail eu quelquesuns qui, saisis, à la vue de l'autel, d'une religieuse terreur, n'y sont montés que rare- » ment , et cela dans le temps même ([u ils s'en « rendaient dignes par leurs larmes, leur pénitence, leurs travaux pour l'Eglise, il est constant que tous les autres , et ceux principalement qui ont le plus fait de ces sortes de biens qu on ne peut attribuer qu'à l'opération de la grâce, ont célébré autant qu'ils l'ont pu. Tels ont été les Xavier, les Charles Borromée, les François de Sales , les Vincent de Paul , et les Bérulle. Tout le monde sait que ce dernier mourut à l'autel, et qu'il acheva , comme victime de son zèle , le Sacrifice que l'épuisement de ses forces ne lui permit pas d'achever comme Prùire. Comme notre dessein est de décider en peu de mots , nous renvoyons à Ponias sur celte matière : à quelque chose près il l'a trèsbien traitée, v. Messe , cas 5o.

W. RiîGLE II. Il n'y a point de loi qui oblige un Prêtre à dire la Messe tous les jours.

La raison en est , que cette loi ne se trouve ni dans l Ecriture, ni dans les Canons ecclésiastiques , qui sont la grande source où les ÎVIinistres du Fils de Dieu doivent puiser la connaissance de leurs obligations. Aussi les Prêtres les plus vertueux , bien loin de se faire une règle inviolable de ne manquer jamais à célébrer , s'en sont quehfnefois fait une d'y manquer de temps en temps. Doni Barthelenii des Martyrs, à qui l'on ne veprochera pas d a-

328 CnAP. XL Difficultés

voir ignoré ses devoirs, s'abstenait de monter à TaïUel une fois par semaine, de crainte que l'usage trop suivi ne dégénérât en familiarité,, et que celle-ci ne produisît le dégoût, la négligence et ce défaut de reconnaissance qui tarit la source des grâces. Nous pourrions citer de pareils exemples, s'il en était besoin; mais on a tant écrit de nos jours sur cette matière , qu'il serait inutile de s'y arrêter plus long-temps.

Ce que nous venons de dire d'un simple Prêtre, doit s'étendre aux Curés. Leur faire une obligation étroite de dire la Messe tous les jours, ce serait outrer les choses en purej perte, et les exposer de temps en temps à faire! plus de mal que de bien. On convient cependant qu'un Pasteur, à raison de sa charge, doit célébrer plus souvent qu'un autre: lors même que son peuple occupé aux travaux des campagnes, ne peut s'unir à lui que de cœur et d'affection. Plus ses enfans souffrent le poids cuisant de la chaleur et de l'indigence , plus , à l'exemple du Fils de Dieu, il doit se sanctifier pour eux (*), et leur obtenir, par l'application du sang de Jésus-Christ, l'esprit de paix et de patience dont ils ont besoin. Aussi un théologien, que je ne me lasse point d'admirer, dit que régulièrement un Pasteur ne peut, sans quelque cause raisonnable , omettre l'o- Llation du Sacrifice (3). Une maxime aussi

(*) Pro cis ego sanclifico meipsuin. Jnan. xvii. 19. (3; Suarez , in 3. j»a»l. tlisp. 80. sccl. 2.

sur le temps (ïu Sacrifice. 829

sage, aussi conforme à l'équité, pourrait donner occasion à une sortie vive : peut-être qu'un silence modéré fera plus d'eiVet ; la douleui a son langage, et il plaît quelquefois à Dieu de le bénir.

III. Règle m. On ne peut excuser de péché un Prêtre qui , de son propre mouvement (4) } ne célèbre jamais , ou presque jamais.

En général , qui prend un emploi doit en acquitter les charges ; et il y est tenu suh gravi, lorsque la matière est importante. Or Tobligaiiou de célébrer, au moins de temps en temps , est la première de celles dont un Prêtre se charge dans son ordination. C'est , dit saint Paul (5), pour offrir des sacrifices, que le Pontife est établi. Et quelle force auront ces paroles précises du Législateur : Faite& ceci en niënwire de moi (*) , s'il est permis à un Prêtre de n'y avoir aucun égard ? Le Concile

(4' Je dis , de son propre mouvement , parce qne je n'cxamiue point ici les voies t'xtraortlinaires. S. Thomas après a\r'<nr dit : « Quia secandnm Gregotium , cùm crescunt doj) na , rationes crescunt douorum : cùm Sacerdoli sit data )) potestas Tiobilissima , reus negligenliîf erit , nisi ill.1 ulaj) tnr ad houorem Dei , et salutem suam et aliorum , vIto- » mm et mortuorum , a la précaution d'ajouter : iiisi forte M aliquis ex familiari SpiriUls sancti insfinctu dimittat ce- 3) /eZ>/Y»e , sicnt legitur de quotlam sancto Pâtre, in Vitis 3) Patrum , ffui ordinatus nun(|uam postea celebravit. » S. Thoia. in 4. dist. îJ. q. i. art. 2. quœstiiinc. i. in corpore.

(5) Omnis PontifeT.... pro hominihus constil uitur in ils qiiœ sunt adDeiim, ut offerat dona et sacritîcia pro peccatis. Hebr. V. I.

(*; Hoc facile in meam commemorationem. Luc. xxii. 19.

o3o ChAp. XI. Difficultés

de Trente, qui en connaissait bien la valeur, ' ]es a regardées comme une loi faite non-seulement pour les chefs de la communauté, mais généralement et indistinctement pour ceux qui i devaient leur succéder dans le sacerdoce (6).

Cette doctrine des Pères de Trente n'était pas nouvelle dans l'Eglise. Il y avait longtemps que l'Ange de l'Ecole (^) l'avait soutenue contre quelques particuliers qui prétendaient "mal à propos , qu'un Prêtre sans charge d'àraes peut toute sa vie s'abstenir de célébrer. Cajetan n'osa pas aller si loin que ces téméraires écrivains : il jugea bien qu'un homme qui ne célèbre jamais, pèche véritablement *, mais il crut que ce péché n'était que véniel. Pie V, qui joignait à une sainteté éminente des lumières supérieures, fut affligé de voir donner sitôt atteinte aux décrets du dernier Concile général ; et quoiqu'il honorât la vertu et la science de Cajetan son ancien confrère , il fit raver de ses Commentaires la glose qu'il avait si mal à propos cousue au texte de saint Thomas.

(6^ Aposfolis eonintiffue in sacerdotio siiccessoribus , nt oflitTrent praccepit per naec verba : Hoc facile, etc. Concil. Triihni. stss. S2. cap. i.

(7) Quiilam- dixerunt quod Sacerdos potest omnino à consecratiane licite abstinere , nisi tenoatiir ex cura sibi coiiimiss.1 celel>rare , et populo Sacramcnla praebere : scd hoc irrationabiliter dicitur, quia iinusquisciue tenefur ufi

grali.1 sibi dalA , cùm fuerit opporfunum Opportunitas

autcm Sacrificium oflerendi non solùm attentliUir per coniparalionera ad fidèles Christi , ({uibiis oporfef Sacramenfa niinistrari , srd principaliter per contparationcro ad Heuin , cui consecralione biijjis Sacramenfi Sacrificium oflértuf. é'. Thoni. 3, pari, qutest» Sst. art, 10. in corpoif.

sur le temps du Sacrifice. 33 1

IV. A la bonne heure, nous dira-t-on , un Prêtre doit célébrer : mais quand et combien de fois dôit-il le faire dans une année, pour se mettre à Tabri du péché ?

Nous n'avons rien de mieux à dire sur celle malière , que ce que TEglise a bien voulu nous en apprendre. Elle enjoint aux Evèques d'avoir soin ([ue les Prêtres disent la Messe au moins les Dimanches et les Fêtes solennelles (8). Prétendre , comme ont f^iit quelques théologiens , que ce décret n'a été fait qu eu vue des Fidèles, à qui Ton a voulu procurer la facilité d'enlendre la blesse , c'est une illusion des plus marquées. Outre qu'il n'y a rien dans le texte qui conduise à un sens si peu naturel , il est évident que si l'Eglise n'avait envisagé que la commodité des peuples , elle ne se fut pas coutentée de prescrire à chaque Prêtre doffiir le Sacrifice les Dimanches et les Fêtés solennelles. Il y a en Italie, comme en France, plusieurs Fêtes, auxquelles, quoique de beaucoup inférieures à celles de Pàque , de la Pentecôte, etc. tout chrétien est obligé d'entendre la Messe. Pourquoi donc le décret de Trente n'en parle-t-il pas. et laisse-t-il en quelque sorte aux Ministres de l'autel la liberté de n'y monter pas ces jours-là ?

Aussi les Conciles postérieurs à celui de Trente lui ont-ils donné le sens que nous lui

(8) Curet Epi.ecopus , ut Sacerdotes , saltem diebus Dominicis et Festis solemnibus ,... Missas célèbrent. ConcU. TfiUent. sea. 23. de lej'orrn. cap. 14.

332 Chap. XI. Difficultés

donnons; et si quelques-uns (9) ont éK<iduîa loi à toutes les Fêtes sans exception , ce que d'autres n'ont pas fait (le) , aucun n"a allégué pour motif de ses ordonnances la commodité dos peuples. Certainement quaire ou cinq JMe ses bien distribuées suffiraient à une nombreuse paroisse , sur laquelle il y aura quelqueTois plus de vingt Piètres tant Religieux que séculiers. Ce n'est donc pas le peuple seul, c'est le Prèfre et les devoirs de son sacerdoce ^ que l Eglise a eu eu vue dans ses décrets.

De tout ceci 1 on peut et Ton doit conclure, qu il y a beaucoup à craindre pour le salut de tant de Prêtres qui célèbrent régulièrement une fois par an , savoir , à Pàque , c'est-à-dire, dans un temps où les Laïques, qui n'ont pas encore perdu toute idée de Religion , font un elTurt pour s'approclier des Sacremeus. Si à ce prix, avec un ou plusieurs bénéfices, ils gagnent le ciel , il faut que le chemin qui y mène se soit élargi dans les derniers temps.

Au reste , la maladie d'un respect alVecté pour les saints Mystères n est pas nouvelle. Mais aussi les remèdes violens qu on a employés pour la guérir, font voir qu'on l'a toujours regardée comme sérieuse. « Nous avons » appris avec beaucoup de douleur , disait

iç)) Concil. Mediolan. I.aeu ir>'3r>- i>î<rt. 3. tit. 1^^ — '^oloiian. an. jSgo. pari. i. cap. 4- ^' '• Labbe,,^dtn. i5. col. 1387.

fio^ Sacertlotes non tliebii*; tnntùm solemnibns , secl etiam Pominicis , sœpiusque , si lierinotest, saciificent. Concil. Jihemense an. i383. lit. de L'ncnar. n. 8. Labbe f tom. i5« col. 8if3.

sur le lernps du Sacrifice, 333

» Innocent III dans le Concile général de La- » Iran , qu'il y a des Piètres qui disent à » peine la Messe quatre fois dans l'année , et » qui , ce qui est encore pis , négligent d'y » assister. Nous défendons ces excès et autres » semblables, sous peine de suspense (ii). » Or, dit Merbes (12), la menace d'une peine aussi griève , que l'est la suspense indéfiniment prise, suppose un pécbé mortel. 11 ne faut donc point douter, continue ce théologien, que pour éviter ce genre de faute , un Prêtre , qui n'a aucun empêchement légitime , ne soit obligé de célébrer les Dimanches et les Fêtes , principalement les plus solennelles, telles que sont la Nativité de Notre-Seigneur , Pâques, l'Ascension , la Pentecôte , la Fête-Dieu , la Toussaint, et les principales solennités de la. Vierge , comme FAnnoncialion , la Purilicalion, l'Assomption et la Nativité. Juéuin , un peu moins sé^ ère , n'ose pas décider qu'il y ait péché mortel « à tous Prêtres d'omettre, )) quelques Dimanches et cpielques Fêles non )) solennelles de Tannée, la célébration des » saints ^Mystères 1) : mais enfin il adopte ces paroles de saint Thomas : Sac'erdotij etiamsi Jion liaheai ciuam aniinaruni , non licst om- Jiino à celehralione cessarej sed saltem videtur

(11) Sux\\ dXxi EccJi'sianan Prœlali et Sacerdotes , qui Missarum célébrant soleuinia vis quater in anno j et , qiio.l tleteiius est, interesse contemaiint. Haec igitur et similia siib pœnâ suspcnsionis inliibemus. Innocent. IJI. cap. g. de celebr. Missar. lib. 3. t'a. 41. cap. 17. Conc'd. Laleran, an. laiS.

(lî) Suoima... Boni Merbesii , 3. p. q. 21, p. 427,

334 Chàp. XL Difficultés

qubd celehrare teneatlr in prœcipuis Fes' tis y et tnaximè in illis diebus in quibus Fidèles communicare consueverunt (a). El c'est sur ce principe qu'il veut « que les Prêtres qui de- » meurent dans les cours des Princes, ou qui » sont Officiers dans les Parlemens , s'exa- » minent pour juger si la négligence où ils » sont de se mettre en état, par une vie sainte, M de s'acquitter du devoir que leur impose » leur caractère , n'est pas une faute très- » considérable. »

Pontas (i3) , qui est assez faible sur cet article , où il n'entre dans aucun détail , nous apprend au moins qu'un Prêtre qui, par un motif d'humilité , passe trois ou quatre ans sans célébrer, ne peut être excusé d'un péché grief. Le Père Alexandre est du même avis (i4) : car quoiqu il dise simplement dans sa Règle qu'il n'est pas permis à celui même qui n'a point de bénénce à charge d'àmes, de ne célébrer jamais, il cite plusieurs Canons qui, décernant une peine griève contre cette omission , la supposent véritablement criminelle. Ces docleurs, il est vrai , passent pour être d'une morale assez serrée. Mais que diraient ceux à qui j'en veux , si je ne leur citais que Diana et Caramuel ?

Peut-être répliqueront-ils qu'il y a eu des

(a) Thëorie et prat- des Sacrera, tom. ï. ch. 8. dePEu^ char, comme Sacrifice , q, 5. et suiw. — S. Thom. ubi suprh.

(i3) Pontas, V. Messe, cas 5i.

(i4) INat. Alexanil. de Jïïuchar. lib. 2. cap. 4. reg. 4.

sur le temps du Sacrifice. 335

Saints, et mùme de grands Saints, qui n'ont jamais (*) ou presque jamais célébré, IVlais outre que l'Eglise, en voyant le fréquent abus qu'on faisait d un petit nombre d'exemples mal entendus, a fait des lois qui doivent être observées ^ léminente vertu de ces hommes extraordinaires forme un préjugé en leur faveur , et nous fait croire avec saint Thomas (i5) qu'ils ne sont sortis de Tordre commun que par une inspiration particulière. Il y a eu des Saintes qui se sont elles-mêmes précipitées dans les llammes : la contagion de l'exemple n'est pas beaucoup à craindre j mais un grand cœur oserait-il le suivre de son propre mouvement? Après tout, disait saint Bernard (i6) , que ceux qui s'étayentde 1 autorité des Saints , leur ressemblent en tout; et alors si nous ne jugeons pas comme eux, il ne sera pas difficile de les faire juger comme nous.

\. Règle iv. Les Pasteurs sont obligés en conscience de célébrer plus souvent que les simples Prêtres.

La raison en est, qu'à parler moralement, ils sont obligés de célébrer toutes les fois que leur peuple est obligé d entendre la Messe. C'est ainsi que la décidé l Eglise dans son

{*) On met saint Jérôme au nombre de ceux qui n'ont jamais célèbre. Surins, dans sa vie, prouve le contraire , num. 23. Voyez le tome 9 de ma Morale , page 633.

(i5) S- Thomas , suprà , num. III.

(16) Si sanctis et bonœ memoriai Pafribus gloriantiir 1 imitentur certè sanctitatcm , quorum inJnlgentias dispeufiatiouesque pro lege defendunt. d. Bein. £pUt. yi. n. J.

336 Cmap. XI. Difficultés

dernier Concile (17), et la voix de la nature Tavait suffisamment décidé avant lui. Si les Fidèles sont obligés d'entendre la Messe toutes les Fêles, grandes et petites , il faut que quelqu'un soii obligé de la leur dire : et sur qui une pareille charge peut-elle mieux tomber , que sur ceux à qui ces mêmes Fidèles donnent , autant qu'il est en eux , un honoraire convenable , et ne le donnent que sous cette condition ? D'ailleurs le simple Prêtre n'est pas , de droit commun , absolument obligé de célébrer à toutes les Fêtes sans exception : il faut donc que cette charge tombe sur uii autre.

Mais il ne suffit pas à un Curé de célébrer tous les Dimanches et toutes les Fêtes ^ on peut dire qu'il ne remplit son devoir que d'une manière bien imparfaite, quand il s'en tient là. Saint Charles Borromée , qui ne fit jamais de lois que la balance à la main , voulait que tous les Curés de son Diocèse célébrassent au moins trois fois par semaine (18) : et l'oo.

(17) Curet Episcopus ut Sacerdotes , saltcm clicbus Dominicis et Feslis solt-mnibus , si aiitein curam habuerint animarum , lum frrqiienfer , ut suo muneri satislaciant , IVIissas célèbrent. Concit. 2'rid. sess. sJ. de rejorm. cap. 14.

(j8; Ki)iscnpus Dominicis et reli<-fuis feslis diebus , nisi jure impedialnr, Missiini celcbret. 'l'ridenliiii etiam Con- ^ ciliiaucloritateni seciili , pra''ci[)imus Sacerdolibns relitjuis , cujiiscumqiie grades , conditii>nis et dig^ifatis illi sint , ut iisdeni diebns Missam celcbrare ne omittant : (^uralis verô , lit. j)ru>t«'reA ter iii hebdomadiî , aiit tôeham saji.is, »[u<» vei Inci consuotudo , vel iit-cessiîas nebriorcni divini Sacriticii usiiui postulubit. Conc. âivdiolan. 1. an. iSSS. pari. a. tU. iS%

peut

sur le temps du Sacrifice^ 35 7

peut dire qu'un règlement si snge ne peut déplaire aux vrais Pasleu;'S. Car i"'. ils sont obligés d entendre leurs paroissiens, lors même qu'ils ne se confessent que j)ar dévotion ^ pourquoi ce même motif de dévoiion ne suiîira-t-il pas pour les obliger de dire quelquefois là Messe les jours ouvriers ? ^°. Un liomme qui est à la lete d'une paroisse , fait rofllce de médiateur entre Dieu et le troupean qui lui est confié. Or, je le demande , rempiil-on ce devoir capital avec bien de la tendresse et du zèle , quand on n'offre le sacrilice de la médiation, que lorsqu'on ne peut y manquer sans scandale ? 5", Si Dieu voulut que la Synagogue eût son sacrifice perpétuel , n'est-il pas juste que l'Eglise ait au moins quelque chose d'approchant dans ses principaux temples, tels que sont ceux des paroisses ? L'antiquité la plus éclairée en a jugé ainsi : et sans donner la torture aux impressions des Irénée et des Cyprien (19), il est aisé d'en conclure qu'un Pasteur dont la vie eût été, à mesures égales, l^artagée entre l'action et l'omission des divins Mystères , se serait fait auprès de ces grands Saints une très-faible réputation.

\1. RizGLE v. Il doit y avoir chaque jour une Messe solennelle dans toutes les églises, soit cathédrales, soit collégiales. C'est la dis-

(19) Nos Deus offerre vult munus ad aîtare fréquenter, imo , sine interinissione. Irenœus , lib. 4. adv, hœres. c. z8. alias 34. — Tanquara Heciraas- ex fVnctihus accipientee y Clericl , ab allari et sacrificiis uon recédant. Cfp. Ep. S(f. Vide et Epist. 54.

33B Chap. XI. Bifficuhés

position rlu Droit (^io) \ et elle o\i\\%<^ suh gravi ^ tant qu'il n'y a p.oint d'enipecliemenl canonique , tel qne serait la maladie ou la désertion de presque tons les Chanoines. Cette matière faisant un objet qui mérite d être traité à part, et qui Ta été plusieurs fois , nous ne nous y arrêterons pas davantage. Nous remarquerons seulenieni avec messieurs Lamet et Fromageau , que la Messe collégiale d'un Chapitre, même très-pauvre , ne peut jamais se dire pour acquitter des fondations particulières, auxquelles les Chanoines sont obligés d'un autre côté. On peut voir la résolution de ces deux savans docteurs, ou dans le Dictionnaire publié sous leur nom, v. Messe ^ cas i4î ou dans le livre qui a pour titre , Obligations des Chanoines , chapitre XI, n. 3. La Congiégation chargée d'interpréter le Concile de Trente a plusieurs fois décidé la même chose , comme on le voit dans Mérafi (^-i).

Nous ne ])arlerons pas non plus de la Messe de chœur des Héguliers : sa nécessité dépend de leurs statuts, ou d'une coutume c]ui , confirmée par un lon^ usage, ait la force de loi.

(20) Ville cap. ii. Je cefchrat. Ji/issar. lib. 3. tit. 4'-

(ij) [n tcclesiis CHMietlratibus et Collrj;ia!is Missa convenlualis apjtlicut-i ilebel quotltlie pio Rouetacloribiis, (illis eti:im tlichus , quilms jiixia taln'llam Mi-isa conventiudis non iial)fl rums cerfie v\ parliciilaris applicationis ) non obslanle tiMuiilale rrclJituiiiu , e\ coutrari.'l consiictiicline , eliam inuncnioralîili. Cnfi^rfesf. i'onciL tttc 7. on:^. if)b3. et 2il junu i/o^.. opuJ iVlcrati, paît. 3. lit. u. nuiu. a.

3iir le temps du Sacrifice. 33^

Dans <ela cette Messe sera bien de décence , mais elle ne sera pas d'obligation (12).

Ml. TvT.r^LE Vf. Un Bénélicier est obligé de suivre les clauses de la fondation de son bénéfice , pour le lieu , et le nombre des Messes. La raison en est aussi péreniptoire , qu'elle est simple-, c'est que de droit naturel , comme de droit ecclésiastique, il faut exécuter à pur et à plein les justes et pieuses dispositions des lestaieurs (20).

C'est sur ce principe que M. de Sainte- Beuve obligea à un nou> cl acquit de Messes un Prèlre qui , tenu par le titre de son bénéfice à les dire dans un lieu marqué , les avait dites davjs un autre : sans quoi , dit ce savant casiîisle , rintention des bienfaiteurs périt peu à peu ; ce que le Concile de Trente regarde avec raison comme une plaie faite à la justice et à îa reconnaissance (tî4) 5 ^^ ^^*s Fidèles sont scandalisés , quand ils voient compter pour yien des conventions stipulées et acceptées.

11 faut néanmoins avouer que tout le monde Ti'est pas aussi rigide que Sainte-Beuve. Pos- «evin et Bonacina (^a) dispensent celui dont il «agit, de toute restitution. De Graffiis , Bé-

(a'î> Vericelli , tract. 8 q. 3o. Quaest. moral, et légal. — ■ àSiiarcz, iii 3. part. disj). 80. sect. 2. Ronacina, rfe Le^ibus^ *]is]). I. qiidust. i.punct. ^. jj 4* ^^- '^•

(2^)) Xecesse est ut defuncti Jispositio raodis omnibu» conservetur. S. Grcg. Kplst. a6. llh. iz.

(^f) Sainte-Beuve , tom. 3. édit. in-4'>. cas 77.

(a'' Bonacina de Kuchar. disp. ^. quœst. ult.punct. *;. §»

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