CHAPITRE XII
Difficultés sur le Missel, et sur le Répondant.
I. Nécessité d\in Missel. II. Peut-on quelquefois s'en passer? III. Doit-il toujours être conforme au Brcwiaire ? 1\ . Peut-on toujours suiuie le rit de ceux dont on suit le Missel? V . Ln AuniÔJiier de Religieuses peut-il régler sa Messe sur leur Office parliculier? M. Le Prêtre doit avoir un Servant. VII. Cas où cette règle Jia pas lieu. YIII. Peut-on dans le besoin admettre une femme à servir la Messe? IX. Négligence de bien des Piètres à former des 3Iinistres qui servent bien la Afeise. X. Faute des jeunes Clercs , qui cèdent à des Laïques le droit et l'honneur de la servir.
iNous joignons ici, comme nous avons déjà fait plusieurs fois, deux choses qui pourraient se traiter séparément , niais qui alors ne nous donneraient pas un chapitre d'une juste étendue.
Il y a sur le Missel deux difficultés principales. En faut-il nécessairement un i^ et doitil être conforme à l Office du Bréviaire?
I. On convient daboid <jue, généralement parlant, uu Prêtre ne doit pas célébrer sans
sur le Missel et le Répondant. 369
Missel *, parce qu'il s'exposerait au danger ou de changer souvent les termes de la Lituigie , ou d'en omettre plusieurs : ce qui , dans une matière aussi sérieuse que Test celle du Sacrifice , ne peut être qne d'une très-grande conséquence. Aussi saint Antonin et le commun des docteurs (i) laxeiii-ils de péché mortel celui qui manque à une pratique si légitimement établie.
II. Il y a plus de difficulté à décider si un Prêtre dont la mémoire est extrêmement sûre, peut au moins quelquefois se passer de Missel. Quelques-uns le pensent ainsi , d'autres le nient ; et je crois que l'on doit s'en tenir à cette dernière opinion, surtout lorsqu'on dit la Messe dans uu lieu fort fréquenté : car outre qu'il n'est pas rare de voir broncher ceux qui paraissaient le plus imperturbables, il ne faut souvent que le bruit d une chaise , ou les cris d un enfant , pour dérouler uu homme. Ya de plus combien de gens se trompent parla seule crainte de se tromper ? Je sais qu'il y a bien des Prêtres qui disent le Canon par cœur^ mais outre qu'ils n'en font pas mieux (2), et que d'ailleurs on sait toujours plus parfaitement le Canon, qui revient tous les jours , qne le reste d'une Messe, même de Requiem ou
(i) Vide Ouaifi, part. 2. tit. 1. dub. 2.
(2) S. Charles voulais qu'on lût tout , et qu'on ne se fi;1t pas à sa mémoire. « Propter erroris casum , qui in oajrii parte Miss;ie gravis , in Canone gravior , in ipsâ vero consecralione gravis'.imus est, .Missam legaiit , non menioriter dicaut , aut caoant. » Conc. Mediol, I. part. a. tit. S.
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de Beatd, qu'on ne peut dire sans ces5€ qnc^ par une dispense spéciale; il est constant que îa présence du Missel rassure, el quelle suffit pour parer à bien des inconvéniens. Combien de Prédicateurs, sans se servir de leur cahier, ne manqueraient jamais, s'ils l'avaient à la main ?
Pour ce qui est de la table des Secrètes, c'esl-à-dire de celle carte qui se met au milieu de l'autel , afin que le Prêtre soit moins gène dans quelques-unes de ses actions-, quoique par celle raison même on doive toujours tâcher de n'en manquer point, on peut absolument célébrer sans en avoir , parce que le Missel peut y suppléer.
m. Quant à la seconde difficulté , il est évident que le Missel doit, autant que faire se peut , être conforme au Bréviaire. Dans les voyages on prend ou le Missel romain , qui se trouve presque partout, ouïe Missel du Diocèse par lequel on passe : si ce dernier répond mieux au Bréviaire , il faut le préférer.
IV. Ma^s en suivant un Missel particulier , peut-on toujours suivre le rit des églises à qui ce Missel esi propre ? Un Prêtre, [>ar exemple, passe quelques jours à la grande Chartreuse, pour respirer dans cet afjrtux et charmant désert 1 esprit de saint Bruno, fjue lant de siècles n'y ont point altéré, peut il dire la Messe H la manièie des Chartreux P et si de-là il va à Milan , pounn-l-il suivie le rit Ambiosicn rjui y est en usage? Quarli , <jui se propose
sw le Missel et le Répondant, Byi
ces cliflTicuUés (3), y répond qu'on peut suivre à Milan le rit Ambrosien, mais qu on ne peut ni chez les Chartreux, ni chez les Carmes, suivre le rit qui leur est propre. La raison qu'il en rend, est que les rits, qui sont en usage dans certaines Congrégations particulières, sont des privilèges personnels , qui n affectent que les membres de ces mêmes Congrégations -, au'lieu que le rit Ambrosien est le rit commun d'une grande et nombreuse Eglise; et que ceux qui font assez de séjour dans un territoire, peuvent sans scrupule se conformer à ses lois.
Il suit, ce me semble , de la première partie de cette décision , qu'un étranger qui célébrerait à Tolède dans la chapelle du Cardinal Xiniénès, ne devrait pas y dire la Messe •s^lon le- Missel Mozarabe, dont ce fameux Ministre na rétabli l'usage que pour ce seul endroit (4). Cependant, si la coutume contraire avait prévalu , à quoi il n'y a guère d'apparence , je n'aurais point de peine à la suivre.
V. Ce peu nous suffit sur une difficulté qui ne se présente guère : en voici une qui est plus pratique. Elle consiste à savoir si , lorsque des Religieuses ont un Bréviaire propre, leur Aumônier peut dire la Messe du Saint dont elles célèbrent la mémoire, quand il fait lui-même l'Office d'un autre Saint. On voit du
(3) Qtjarti , part. i. tit. 14. dnb. 2. Il ne parle que des Carmes et des Dominicains j mais ce qu'il en dit, conclut pour les Chartreux.
(4'' Voyez le P. Le Brun , Explication littérale, etc. tom* 2. pag, 398 etsuiv.
37^ Chap. XII. Difficultés
premier coup d'œil, que la Messe d'un Confesseur ne va pas bien avec les iMatines et les Laudes d'un Martyr : cependant la Congrégation des Rits (5) a décidé qu'un Prêtre séculier , Cliapelain ou confesseur de Religieuses cjui ne se servent pas du Bréviaire romain , peut dire la Messe d'un Saint de leur Ordre, duquel elles font 1 Office , mais à deux conditions : l'une, qu'il se servira alors du Missel romain 5 l'autre , qu'il dira une Messe du Commun , quoique l'Ordre en ait une propre. Celle règle ne souOie jusque présent d'excep- -don qu'en faveur des Carmélites , des Bénédiclinos, et des Clianoincsses régulières de Lalran établies dans le Diocèse de Bagnarea ; car il est permis, par diiîérens décrets, à tous ceux qui vont y célébrer par dévotion , de dire la Slesse propre de sainte Thérèse, de saint Benoit et de la sainte Couronne d'épines, qui sont honorés dans ces diflérens lieux d'un culte particulier. Méraii, dont j'emprunte ces
(5^ Capellanisrecularcsin propriis pcclesiis Monialium,qu?e Komano tiou iiîiintiir Breviaiio , diccre possunt Missain de Sancio Ordinis, de qiio Moniales Ofilciiim rerifatit ; sctl cum Missali Romano, ut in proprio de Sanctis , vel de Commiini. S. R. C. ao. noi^. ib'^8. — Facilitas celebrandi mm Missali Romano pro (vaprllanis IMonialium , intelligi débet pro omnibus ef sinsjiilis , f(ni ex débite tenentnr cr\cbrare in ecclcsiis ipsariim Monialium , dummodo celel)rent cnin Mis>ali Romano. E'iU (otii^r. i i.Jel>i\ 170^- — C<infessario et CapeJlanis tant uni f|uaruiTiciiinque Monialium ser- \itio addirfis , licitum est Missas Sanctonim, de quibiis ips.-e rocilant Oflicinm, rclebiare, sed ciiui ^lissali Komano, rt de Ominnni , non veio Missas proi>tias eornmdeni Sanctorum vai ils Ordinibus à sacri) C()pç;rcj;aiiono coucessas. S. Ai. C\ ao noy. i/i7. Vide Merati, iu iud. d. 338 , 5()i ,63^*
siir^ le Missel et Je répondant. S^^
remarques (6), dit, d'après un de ses confrères . que ce qui est accordé pour le jour de la Fèie doit s'étendre à TOctave , quand il Y en a une •, parce que toute lOctave est réputée le nalalice d'un Saint, et le jour de sa Fuie.
On peut encore voir à ce sujet Benoît XIV , de Sacrif. Missœ , 1. 3. c. 23. Il ajoute i°. que les Messes de saint Grégoire bien entendues (7) n'ont point été prohibées par la Congrégation des Rits: 2*. que quoiqu'au rapport de saint Pierre Damien , quelques personnes pieuses aient autrefois dit tous les jours la Messe des Défunts (8), il Y a cependant des jours où il n'est pas permis à en dire. On ne peut en dire, prœsentc etiam corpore , dans les grandes solennités, lelle5 que sont les Fêles de première classe. Régulièrement on n'en peut dire , ah-
1,6: Mcrati , part. 1. tit. i4- in fine. Cet auteur ajoute qn« s'il y a encore quelques autres concessions pareilles, il fAut les excepter des règles rapportées ci-dessus. JEdit.
(-) Saint Grégoire {Lih. 4. Dialng. cap. 55. ) rapporte qu'ayant ordonné au Moine Précieux de célébrer trente jonrs de suite pour le repos d\in autre Religieux nommé Juste , celui-ci apj>arut à son frère , qui était dans le même monastère, et lui dit q-i'au bout de ce terme il avait été de' • livré des supplices du Purgatoire. Cet usage n'a rien que de ■ très -légitime , et le monasfùre de Cluni Ta adopté. Aussi la . Congrégalion des Uits n'a défendu que trente .Messes composées par un Itommesans aveu , et remplies de puérilités , que i'hiers a relevées dans son Traité des Superstitions. ( T'orne 2. //V. 2. chap. 4. )
(8" Ils se fondaient sur ce passage de saint Thomas : ( in 4.
dist. 45. qtiœst. a. art. 3. quœstiiinc. i. ad. 5.) Ex patie
Sacrillcii oblati Missa aequatiter prodest defuocto de (jno-
cura([ue dicatur ;... sed ex parte orafionnra uiagis prodest
. illa f in quâ sunt orationes ad hoc deteruiinatœ.
3^4 Chap. XII. Difficultés
sente corpore , les jours qui ont un Office doii-lî b!e. Cependant si un anniversaire a été exprès- j" sèment stipulé , et que le jour où il tombe soit véritablement celui de la mort du défunt, il a été décidé par la Congrégation des Rits, eu 1664 ^^ ^^ ï^^9? qu'on pourrait alors dire une Messe de Requiem , à moins que cet anniversaire ne tombât à un jour de Dimanche, de 1 Fête chômée, ou dans lequel on ne puisse faire un Office double. Mais ce qui est permis pour un anniversaire , ne l'est pas pour les Messes du trois, du sept et du trente.
Du reste, pour en revenir à notre sujet, en ] France , je ne vois personne qui se fasse scrupule de dire la Messe propre d'une église où il va célébrer par dévotion. C'est que les lois purement positives n'obligent que ceux chez j qui elles sont publiées.
\ I. Le second point que nous devons traiter dans ce Chapitre, regarde le Servant de Messe. On est assez d'accord sur tout ce qui le concerne. Et premièrement on convier.t qu'il en faut un. Les Papes et les Conciles (10) lont ainsi réglé, et ils ont eu raison de le faire. Le Prêtre adresse quchpiefois la parole aux assistans^ il faut donc qu'il y ait au moins une ou deux personnes qui lui répondent au nom des autres. De plus il lave ses mains, il
(10) Deflnivit sanctnm Onrilinm ut niilliis Preshytcr soins pr«'suinat Missani rcl<'h)r;tre. Convil. JVonnet. apud l\-nn- .?. p. c. 70. I\on cnini soins l^rcshvtrr IMissarnin *o- Icninia , \t'l alia tlisina ( Xliciii potest sine Ministri siitlVagu» Cficbiuic. AUx. m, cap. (i. dcjiUis Prabj t, lib. i. lit. 17.
sur le Missel et le répondant. 3^5
prend des ablutions , el il ne peut faire décemment Tun et l'autre sans le ministère de quelqu'un qui le serve. La pratique uniforme de toute l Eglise est un nouveau motif qui l'y engage : elle a force de loi 5 et il est reçu qu'on ne pourrait Sans péché mortel s en écarter, à moins que dt pressantes raisons ne déterminassent au parti contraire.
VU. Or les raisons qu'un Prêtre peut avoir ^e célébrer sans Ministre, sont 1°. la nécessité de consacrer une hostie pour se procurer , ou pour procurer à un autre la participation du saint Viatique (11)', 2**. le cas de faire entendre la JMesse à une Paroisse, qui murmurera , si elle a le malheur de la perdre \, ^^ . lorsque, le Sacrifice étant déjà avancé, celui qui servait le Célébrant se retire , et le laisse seul à l'autel. JNlérati et quelques autres disent qu'il n'est pas nécessaire que le Prêtre soit déjà au Canon {a).
Quelques-uns ont ajouté qu'un Prêtre peut célébrer seul , soit pour ne pas manquer la iMesse un jour de Fête ou de Dimanche^ soit pour n'êire pas privé d'un honoraire dont il a besoin -, soit lorsqu'un attrait particulier le conduit, à 1 exemple du saint Précurseur , dans un désert, "où il n'a de compagnie que celle des oiseaux ou des bêles sauvages. Mais Sylvius doute , et nous doutons comme lui , que la
(1 1) S3'lvius, in 3. p. quaest. 83. art. 5. — Benodicl. XIV, de Saciif. iMisice , lib. 3. cap. y. n. 3.
(« Merali, part. i. tit. 2. u. i. ad litt. b Garanti , n. 5. et apad ip&um Quarti, etc.
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première de ces raisons soit siiflisante (*). La seconde ne pourrait avoir lieu que dans le casi' d'un besoin extraordinaire, dont il n'y a vrai- ' semblablement jamais eu d exemple. La troi-^ sième n'est qu'une belle chimère. La pr-emière loi d'une dévotion solide est de ne se point mettre hors d'état d'obéir aux lois. Ainsi le nouveau solitaire aurait besoin, pour célébrer seul , d'une dispense du Pape^ et je doute fort qu'elle lui fût accordée, quoique la chose ne soit pas sans exemple , ainsi que le remarque le Cardinal Bona (i^).
VlII. Au défaut d'homme on ne pourrait se servir à l'autel du ministère d'une femme. Les Conciles l'ont très-justement défondu (i3). Le tentateur en profiterait pour semer le trouble dans un lieu et dans une action où, s il était possible, la paix et la pureté des Anges ne seraient point de trop. Ainsi , dans les cas pressans dont nous avons fait l'énumération ,
{*) EIlo le serait sans doute , si un Pn-tre était re'Jnit à ne célébrer jamais , parce ([ii'ii est seuJ île Calholiqtic dans sa Paroisse , et qu'il n'a pas le moyen d'avoir chez lui \\r\ Kopondanl de sa religion. Mais dans ce cas , qui se trouve dans le Diocèse d'Usez , je crois , à cause de rcxtrème importance de la chose, mie la dispense du Pape lui serait nc'ccssaire , qtioitfne son Kvc((ue pùl la lui donner jusqu'à ce <{u'ii eiM pu l'ohfeiiir du Saint Siège. Un Prélat respectable a été du lut-me avis.
{Mi) Tîona, lieruni Liturgie, lib. i. cap. i3. — Stephanus Eduensis de Sacr. Altar. cap. i3. et alii, apud ]Nat. Alex. lib. s. de î'iuchar. c. 6". nit. 5. reg. 1 et s.
(i3) K*rohibendum est ul nulla f'œniina ad altare prîesnmal accedere, aut Presbytère niinislrare. Concil. Naim*:tense. Labbe f,lom. ^. col. 4t)i).
SUT' le Missel et le Répondant. 3'jj
îl vaudrait mieux célébrer seul , que de se
1 faire servir par une personne du sexe. Celle-ci pourrait cependant répondre d'un lieu éloigné, puisque les Reli|^ieuses le font dans une grande partie du Sacriiice*, mais il faudrait que le Prêtre ou se servit lui-même, ou se lit servir par un homme : et alors il ne faut pas des raisons aussi fortes pour célébrer , qu il en faut pour le faire sans Répondant , ainsi que 1 ob-
ji serve le Cardinal de Lugo (a).
Il y a deux peiiîes remarques à faire sur ces cas qui sont assez rares , et que je sais cependant être arrivés. La première , qu'un Prêtre à qui une femme répondrait, ne doit rien changer ni dans le Conjitcor , ni à VOrate fratrès : le sens de ces paroles est général , et non limité aux personnes qui répondent. La seconde, que si on craignait le scandale du peuple, il serait bon de l'avertir eu deux ou trois
- mots, qu on ne fait rien qui ne soit permis dans le cas de nécessité ; et surtout qu'on ne fait approcher de Fautel pour le service iminédiat du Prêtre, que ceux à qui il est permis de s'en approcher. Après tout, le Prêtre avec un peu de patience de sa part, et d'ennui du côté des assistans , pourrait suggérer à un jeune homme tout ce qu'il aurait à répondre , ainsi que le remarquent Suarez et Mérati (i4).