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CHAPITRE XIII

Difficultés sur l'iiitëgrité et sur la continuité du Sacrifice.

I. On ne doit rien omettre dans le Sacrifice. II. Il fout le continuer jusqu'à la fin. m. // n'y a cependant point de censure contre ceux (jid y niancpiei aient. IV. N'y a-t-il aucun cas oïL un Prêtre puisse ^laisser le Sacrifice imparfait ? V. Il doit être continué sans interruption. \ 1. Dii'erses exceptions. \ II. Oii doit reprendre un Prêtre qui a coupé l'action du Sacrifce ? Mil. Est-on obligé de suppléer po*ur un Prêtre qui jie peut ache'^er la Messe? IX. Qui doit le faire? 1^. Trois questions sur cette matière. XL En quels cas un Prêtre^ est-il tenu de célébrer pour un autre? XII. Quel parti prendre , quand on ne sait oit en est resté le Prêtre qui manque? XIII. En quel intervalle de temps doit-on continuer la Messe qu'un autre n'a pu finir? XIV. Lorsqu'un Prêtre tombe en faiblesse , faut-il le communier de la même hostie qu'il a consacrée?

I. Ij'iNT^.GKiTÉ ctii Sacrifice demande deux ekoses : riuic , qu'on n'omette rien de ce qnl est piescrit par î Eglise, soit pour les cérémonies, soit pour les paroles- l autre, que quand on a une fois coniniencc la Mcisc , ou

sur lintégrité du Sacrifice. 38 1

la continue jusqu à la fin. Toute omission , en fait de cérémonies ou de paroles , est un péché mortel ou véniel , selon que les choses omises sont plus ou moins considérables. Nous avons, dès rentrée de cet ouvrage, donné des règles , au moyen desquelles on peut évaluer ce qui pst ou ce qui n'est pas de la dernière importance dans la Liturgie. Nous nous bornerons donc ici à discuter, i'\ si le Prêtre peut quelquefois laisser la Messe impari^aite ; 2"*. s'il ne lui est jamais permis de l'interrompre.

II. Pour ce qui est du premier article , il est hors de doute qu'un Ministre, qui, sans causes valables et proportionnées , ne finit pas le Sacrifice après l'avoir commencé, pèche très-grièvemeul. Le Droit la décidé; la seule raison le déciderait suffisamment au défaut des lois. Le Prêtre monte à Tautel , chargé des intérêts de l'Eglise, des siens propres , de ceux de quelques Fidèles à qui il a promis de s'employer pour eux. 11 commence sa négociation •, le moment d'après il se retire brusquement, et se livre à la bagatelle. Un procédé si injurieux à Dieu , si défavorable au prochain, si scandaleux pour ceux qui en sont témoins , est au-dessus de toutes les qualifications.

m. Mais un Prêtre qui s'en rendrait coupable , encourrait- il les censures ? C'est sur c^uoi l'on n'est pas d'accord. Nous n'avons dans ie corps du Droit que deux Canons qui concernent ceite matière. Le premier , qui est tiré du septième Concile de Tolède ^ s'explique

3^'x Chap. XIII. Difficultés-

en ces termes : Nulhis ahsque proventw p«tenlîs niolpstiœ Minister vel Sacerdos y ciim cœpf^rit , iniperfecta Officia (Missœ) prœsumat ontnino relinquere. Si quis hœc tcmerare prœsutripserit , excominunicationis sentenliam sus~ tincbit (i). Le second , qui est d'un Concile tenu à RoDie en "jX^ -, sous le Pape Zacharie, s'exprime ainsi : Ckrn ingiessusfaerit Episco^ pus aut Presbyter ad Missarum solemnia c<?iehranda, nisi passio aliqua intej'wenerit , nullo

modo audeat recedere.... Si quis vcro prcB"

surtfpscrit prœter quod posuimus agere , à sacro eorpoie et sanguine D. N, J. C. sit suspen^ sus (^). Le premier de ces deux décrets n'est que comminatoire ^ parce que le mot sustinebit exige une sentence. Le second est plus embarrassant. Alterius, dans son traité des Censures, y trouve une peine encourue par le seul fait , et il n est pas le seul de son avis. Quoi qu il en soit, il n'y a rien à craindre en France de ce côté-là: parce que le décret de Zacharie n'y fait pas loi, ainsi que nous l'avons remarqué ailleurs, d'après 1 auteur des Conférences d Angers (3). Par la même raison, un Prêtre assez malheureux pour ne pas communier à sa propre Messe , ne tomberait pas dans la sus- Ci) Conril. 'l'olefan. VII. an- 6|fi. can. a. Labhe , tom. S. col. i8J<). ef referturà Gratiano, ciip. i6. caus. 7. quxst. i.

(a Concil. Roman, cap. i3 et ij. Labbe , tom. 6. col. XS41). el apuil Gratian. cap. S^. de Consecr. dist. i.

(."î^ (]onfiu. Toiirn. tom. 4- |>art. t. de Censiiris , cap. a. paç. 171. — (^)nter. sur les Ccasuieâ, toia. t). cJil. de 1778. pag. 48.'.

sur V infect ité du Scicnjice. 383

pen-^e, quoiquil rnériiàt fort d'en être frappé. IV. Nous avons supposé (jii'ini Prèlie"]ieut en cerlains cas laisser le Sacrifice impaiYait, Ces cas sont i**. lorsqu'avant la consécration il se souvient qii il n est pas à jeun ; qu il a encouru quelque censure on quelque irrégularité 5 qu'il ne s'est pas purifié d'une faute mortelle , et qu'il n'a personne qui puisse l'en absoudre. Mais alors il faut voir et juger par les circonstances s il peut quitter l'aulel sans scandale, et sans péiil de se diffamer, ainsi que nous l'avons remarqué au chapitre 11, §. i . 2". Lorsqu'un excommunié dénoncé , qui ne cède ni à la force , ni aux exhortations , veut assister au Sacrifice. Dans celle tiiste conjoncture , un Prêtre , s'il n'en est déjà aux paroles Qui pi idie , ou du moins au Canon (4), doit se retirer, et cela sous peine de péché . mortel , d'excommunication mineure , et d'interdit de l'entrée de 1 Esilise. Que s il a conimencé le Canon , il doit poursuivre jusqu'aux ablutions , ensuite se retirer dans la Sacristie, V réciter la Postcommunion et les antres jMÎères qu il aurait dites à l'autel. Tout cela est ibndé sur le Droit (5) , et sur un usage constant.

3^. Lorsque l'église vient à être profanée dans le ten)ps même qu'un Piètre célèbre , et avant qu il ait commencé le Canon. Les

(4) Pontas , V. Ej communication, cas 36. 3^. 38. et t«

Intiiilu , cas 20.

(5, Vide cap. 8. de Prwileg. in 6. lib. 5. tit. 7.

384 ChAp. XIII. Difficultés

Rubriques (6) et la coutume sont expresses sur ce point. Il faut seulement observer que, si léglise n'est que bénite , le Prêtre peut sur-le-champ la réconcilier selon la forme prescrite dans le Rituel. Il devrait même le faire par lui-même, ou par un aune Prêtre t après avoir commencé le Canon , s'il le pouvai sans attendre Irop long-temps. Si cela ne se peut commodément, il doit continuer comme si Féglise n'avait point été violée : ainsi renseignent Suarez , de Lugo , Quarli (j) , et plusieurs autres.

4°. Quand l'église est interdite : et en ce cas, il faut encore cesser, à moins qu'on n'ait commencé le Canon. D'autres disent , à moins qu'on n'ait déjà consacré une des deux espèces. Je crois qu'on peut s'en tenir au premier sentiment. La matière est pénale ; le Droit n'est pas exprès , le partage des théologiens forme un doute ; et la comparaison tirée du violement de l'église est favorable au parti de la célébration.

5"". Lorsque le Ministre , en continuant le Sacrifice, expose, ou le Sacrement à une sorte d'irrévérence, ou sa propre personne à un dangt^r considérable. Ainsi lorsqu'un lieîi saint

(6) Si Sacerdofe cclebranle violet ur ecclesia anio Cano- . nciu , diuiitlatur IMissu; si jiost Canoncin , non iliniitfiilnr. 8i tiiiiejttiir inonrsus hosfium , vcl alluAionis , vel ruina loci iil)i orlt.hial ur , ante couserralioneiu tliuiittatur IMissa , post consrcralioncm \eiù Sarcrtlos accrierare j^oterit ass.miptiouem Sacramcnti , omissis omuihus aliis. liubnca , jKtil. J. tu. 10. n. p.

(7) Quaiii, part. 2. lit. 3. sect. 2, ilub. 5. .

est

sur r intégrité du Sacrifice. 385

est înenacé , ou de rennemi , ou d'un torrent débordé , ou d'un incendie qui s'avance à pas précipités, le Prêtre peut et doit tout quiller, s'il n'a pas consacré. S'il n'a consacré qu'une espèce, il doit la prendre, en cas que hi proximité du péril ne lui permeile pas de consacrer l'autre. Il pourrait même , si le feu gagnait déjà , se retirer avec l'espèce du pain enveloppée dans le corporal , et s'en communier dans un lieu plus tranquille. Que si un instant de délai devait lui coûter la vie, et qu'ainsi il n'eût pas le loisir de prendre le précieux sang , Sylvius croit , après Tolet , qu'il peut laisser tout là, et prendre la fuite [ti). Je le pense comme eux; parce que, tout bien examiné, en se livrant aux flammes, on ne remédie à rien. Après tout, la bonne foi vient aisément au secours de liniirmité humaine dans des cas si propres à bouleverser l'esprit et l'imagination : et il est difficile qu'un homme pèche, lorsqu'il n'a pas un moment libre pour se décider, \oyez Pontas , v. Messe , cas li.

V. Disons présentement un mot de 1 interruption de la Messe. Personne ne doute que le Sacrifice ne soit une action entière et totale , dont toutes les parties doivent , régulièrement parlant, être liées les unes avec les autres. De ce principe , constaté par les Dé-

{a) Syhius , in 3. p. quœst. S3 , art. 6. qucer. 2». et J'olet , lib. a. cap. s- n S. exceptent le cas où Ton voudrait melire à raorf ce Prêtre , à moins qu'au me'pvis de la foi , il ne cessAt W Sacrifiocj car il serait alors tenu de le continuer, et de subir la mort.

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crets (8), et par la pratique de toute l'Ei^lise, il résulte qu'on ne peut inleriompre la Àlesse «ans péché j et que ce péché, mortel de sa nature, est d'autant plus grief, que Tinterruption est plus longue et moins fondée en raison : et je crois ibrt cju'il le serait bien plus , si un Prêtre quittait ses ornemens , pour vacjuer à la bagatelle, comme il arriva à Théophyiacte , Patriarche de Constantinople, que si par une complaisance mal entendue, il restait à l'autel une demi-heure ou plus, pour attendre un seigneur ou un ami. Au reste, <|uoique Sylvius dise assez nettement , qne l interruption de la Messe ne va jusguau mortel , que quand elle dure des heures entières (9) , il y aurait de Timprudence à se lier 'à sa décision. Des théologiens moins exacts qu'il ne 1 est ordinairement, ne deniajident qu'un quart d'heure -, et ce terme paraîtra assez long à quiconque voudra réfléchir sur l'importance de la matière, et sur l'indécence qu'il y a à quitter, pour une occupation étrangère , la plus sainte occupation qu'on puisse imaginer (10).

M. 11 y a cependant des occasions où l'on peut saintement inlcrronipre le Sacrilice \ coîimie s'il fallait baptiser un enfant qui se meurt-, donner l'absolution et le Viatiques uu homme près d'expirer , ou l'Extreme-Onc-

;S) Contil. Rom. mox. cit. Vùl. si'.prà. n. nt. et not. a.

(<)) Svlvlus. in iil. ([Uîcst. 8j. art. 6. f|iinpr. 3». (10; Vid.'Oii.irti. parL J. lit. 3. set t. 3. Jiib. it

sur Vintégrite du Sacrifice. 387

lîon à quelqu'un qui n'a pu recevoir les autres Sacremons (*). Il en est de même par rapport à rEvêque qui doit conférer les saints Ordres ^ au Curé ([ui doit faire son instruction , ou publier les ordonnances de l'Eglise; au Supérieur qui doit recevoir les vœux de Religion. Ce serait encore la môme chose , s'il s'agissait de sauver la vie à un malheureux qui va succomber sous les coups d\ia assassin, si un Pasteur ne lui tend une maia secourable. Sylvius ajoute, d'après Navarre, lin aulre cas, que je mets dans les notes (11)» Mais, en l'admettant avec lui, je ne voudrais pas admettre avec d'autres , qu'un Prêtre qui n'en est pas encore à l'OfFertoire, puisse recommencer la Messe en faveur d'un Evêque ou d'un P«<ince, dont on lui annonce l'arrivée. Ni l'un ni l'autre ne péchera en manquant, la Messe qn il ne peut entendre : mais un Prêtre pourrait bien pécher, en s'écartant, de sa propre autorité, d'une loi universellement observée. Je trouverais moins de mal à dire deux Messes sans prendre d'ablutions, qu'à en couper une au quart, pour la

Cj Pontas , V. Messe , cas aS. dit qu'ijprès la conse'-' cration ou ne peut iiilenoaipre le Sacrifice , même four peu de temps, sous quelque préTexte que ce soit. Mais il le dit sans ombre de preuve. Quarti soutient le contraire ; et après avoir cité sept théologiens, il ajoute ([ue c'est le sentiment commun. Je me garderais bitm d'en suivre un aulre.

(11) Navarras , de Orat. cap. t6. n. 6g. ait se inferrogatum respondisse ol) exonerationem omninô necessa riam , Nissam nou illicite iuteirumpi , si nullateuus usque ad finem ditlerri potcst. ô'rl^'ius ^ ibid.

388 Chap. XIII. Difficultés

recommencer. Si Ton m'oppose l'autorité de INavarre . d'Azor et de Gavaiitus (12), j'opposerai à mon tour Ledesma , Salzedo et Gavantus lui-même qui , dans son Manuel des Evèques (i 3) , cite un Décret du premier Concile provincial de Milan , lequel défend absolument de répéter la Messe , quand une fois elle a été commencée. Un Concile de Séville a aussi défendu , sous peine d'excommunication , de recommencer la Messe , peractd confessiojie , de quelque dignité que puisse être la personne cjui survient pour l'entendre (^). Après tout, dans ces sortes de cas, la coutume des lieux , dûment approuvée, résout bien des difficultés.

YII. Un Prêtre qui, pour de légitimes raisons , a interrompu 1 action du Saciifi^, doit , après la consécration , reprendre où u en est demeuré , lorsque l'interruption n'a pas éîé assez longue pour rompre l'unité morale de l'action. Or l'on regarde comme capable de rompre cette unité, toute interruption qui dure deux heures , ou plus 5 d'où il suit que , si une faiblesse ou une aifaire pressante séparait le Prêtre de rauicl pendant tout ce temps, il faudrait garder les espèces pour être con-

(13) IXavarr. de Orat. cap. i(>. n. 55. — Azor, part. I. lib. 10. quo-T 3. — Gavantus , part. 3. tit. 10. n. 1;.

(i3) Lfcle.-ma , deE'icb;ir. cap. u j. conclus. 7. — Salzedo, Pract. crirn. cap. 4'^- — Missaiu incohalam iicmo reprf.it. Coiicil. MedioL. apud Gamuitum in iMaiiual. l''/Hic >p. V. ÎVÏissa; rit us , n. i5. — Vide et Quaili, tibi su/Jià , dub. 4.

(*) Gianado, tract, i-j. disp. 10. u. 4*

sur rintegrité du Sacrifice. 38()

sommées le lendemain; à moins qu'on n eût prévenu cet inconvénient en laisanl aclieverà temps le Sacrifice par un autre Prêtre , ainsi que nous Talions dire dans un mojnent.

Que si on a été obligé de quitter Tautel avant la consécration , et qu'on revienne dans l'espace d'une henre, on doit reprendre où Ton a quitté. Mais si on revient plus lard, il vaut mieux , si 1 heure le permet encore , commencer une nouvelle Messe , que de tenter d unir , sans une vraie nécessité , des parties trop séparées pour faire sûrement un louC moral (i4)' ^^ nous donnons à l'espace qui précède la consécration moins d'étendue qu'à celui qui la suit , c'est qu'on permet plus , pour éviter un défaut substantiel , que pour en éviter un autre qui ne regarde que des cérémonies accidentelles et préparatoires.

Nous supposions tout à Tlieure que , quand un Prêtre ne peut finir la Messe , un autre doit le faire pour lui. Cette maxime générale étant enseignée dans la Rubrique (i5) ne

(i4) Vide Quarti , îLid. dub. 3.

(i5) Si Sacerdos anteconsecrationem graviter infîrmetnr, Tel iu sjncopen inciderit , aut moriatnr , preeferniiltitur Glissa : si post consecrationem corporis tantùra , aute consecrationem sangiiinis , Tel ulroc{ue consecrato id accidit , Alissa per alium Sacerdotem expleatur ab eo loco nbi ille desiit , et in casa necessitatis etiam per noa jéjunum. Si aufem non obierit , sed fuerit iulirmiis , adeo tamen ut possil coramunicare . et non adsit alia hosîia consecrata , Sacerdos cfui Missam supplel , dividat hostiam , et unaai parteni praebeat infirrno , aliani ipse sumat. Si autem seminvolatû forraîl corporis obiil: Sacerdos , quia aoQ est facta ÇQûsecratio , non est necesse ut Missa per

Zç)0 CiiAjp. XIII. Difficultés

soii/Tre aucune difficulté : mais son application peut en soullrir quelques-unes qu'il est bon d éclaircir.

\'1II. On demande donc d'abord si un Prêtre est obligé en conscience à suppléer au défaut d'un autre. Le sen liment le plus commun , le plus siir . le plus probable est pour l'aflirmaiive. L'imperfection du Sacrifice est un des plus fâcheux inconvéniens qui puissent se trouver dans la célébration de la Messe. Comment donc un Prêtre , qui a du zèle pour la gloire de Dieu et pour la religion, n'y remédiera-t-il point , lorsqu'il est en son pouvoir de le faire ? Ainsi pensent saint Thomas , Suarez (16), et les meilleurs théologiens, qui croient pour la plupart qu'on ne pourrait y ïnan(juer sans péché morfel.

IX. On demande, en second lieu, quel Piètre est tenu de suppléer au délaut d un autj-e. 11 est constant que si celui qui est tombé en défaillance reprenait ses esprits, ce serait à lui à finir ce qu'il a commencé. Mais, en supposant que ses forces présentes ne le lui permettent pas , il faut diie que le Prêtre le

alium suppleatur. Si verù obierif scniiprolat;1 formA «îangiiinis , timr alfer proscquafiir IMisi^am, et suj er eumdem cjliceiTi répétai inli'f^rani lorinam ab eo loco : Simi/i Ttwiln , etc. \(;1 posset super alium talicem praparalnm inlt^ram fonnam proferre, et liosllam ]iiinù Sae«rJ(»lis ac satifi^iiineni à se consecraf mu siirner»' , ac tleinde ralicem jclictiiui senûconsecralinn. Rnbiit:. finit. J- lit. 10. /*. ..?. (16! S. 'l'hom. lik q. 83. art. 6. ad i. — vSuarez , in 3 part. disp. 8f). seci . i. — Quarli, in Ilubr. mox cii. pari. i. tit. 10. «. 3. stct- J.

sur Vintcgviîé du Sacrifice. Spt

plus voisin , ol n son défaut tout a^itre qui sera le moins éloigné, est tenu solidairement à le faire. 11 est revendant de l'ordre de préférer ceux qui peuvent faire celte sainte acuon avec plus de décence. Ainsi un Prêtre qui n a pas encore célébré , remportera sur celui qui a déjà dit la Messe-, et celui-ci sur un autre qui aurait déjà déjeuné. I\Iais ce choix ne peut t^'.ière, ce nie semble, avoir lieu que dans les villes. A force de chercher à droite et à gauche dans les campagnes un homme mieux disposé, on pourrait, par une longue interruption 5 se mettre hors d'étal d'achever le Sacriiice.

X. Si le seul Prêtre qu'on peut trouver pour le supplément dont nous parlons, avait sur sa conscience quelque chose qui lui fit une peine sérieuse, il devrait se réconcilier, ou par le ministère d'un Confesseur , s'il en avait un sous la main, ou par le moyen d'un bon acte de contrition. Un excommunié, qui ne pourrait se faire absoudre, devrait faiie la même chose j car l'intégrité du Sacrifice étant de droit divin , doit , au jugement de plusieurs bons docteurs, l'emporter sur les lois humaines, et et sur les liens par elle ijnposés.

Sil ne se trouvait personne pour achever le Sacrifice, il faudrait réserver les saintes espèces dans un lieu décent-, et le lendemain le même Prêtre , ou un autre , s'en communierait , après avoir pris celles qii'il aurait consacrées à sa Messe. Si cette ressource manquait absolument, un «impie séculier pour-

39^ Chap. Xm. Difficultés

rait prendre les espèces consacrées, ainsi que nous l'avons insinné ailleurs-, mais il faudrait qu'il fît tous ses efiorts pour se mettre eu élat de grâce , s'il n'y était pas.

C'est une question de savoir si dans le cas d'une Mcise coramencée par un Prêtre, et achevée par un autre, l'application du second prévaut , ou si c'est celle du premier.

Pour éviter toute difficulté, il faudrait que le second se chargeât de l'intention de celui qu il remplace. IMais comme bien des gens , et entr'aulres Quarti, ne l'y croient pas obligé , il. faut prendre un parti. Aversa donne la préférence à l'application du second (a). Je pense bien ditîéremment , parce que je suis persuadé que l'essence du Sacrifice se trouve toute entière dans la consécration : et qui plus est , dans la consécration d'une seule espèce (17). Mais comme il y a du danger à se régler dans la pratique sur des opinions très-conlestées , et peut-être très -contestables , ie me ferais une loi , dans le cas présent , de n'avoir d'autre intention spéciale, que celle du Prêtre au défaut duquel je serais obligé de suppléer , sauf à le prier de faire quelques jours après , à ma décharge , ce que j'aurais fait à la sienne.

XI. On demande , en troisième lieu , quand un Prêtre est obligé de suppléer pour un autre.

Nous cr oyons qu'il n'y est tenu , que lorsque ce dernier a manqué dans quelque action

(a) De Sacrificjo Eiichar. (j. 11. sect. 16. §. 10. (17) Contin. ïourncli, toin. 9. pag. 5j6 cl 545.

sur V intégrité du Sacrifice, 893

clepuis la consécration entière du pain jusqu'à la communion entière du précieux sang^ parce que c'est le seul cas où le Sacrifice soit prive de quelques-unes de ses parties essentielles ou intégrantes.

De ce principe il suit i". contre Fumus^ que si le premier Prêtre n'a fait que commencer le Canon , ou même les paroles de la consécration du pain , il n'est pas permis da continuer sa Messe. Ce qu'on peut alors faire de mieux , selon Suarez , c'est de commencer une nouvelle Messe, d'y employer la même matière dont le premier Prêtre avait déjà fait 1 oblalion et de l'offrir de nouveau.

Il suit 2°. contre Bonacina et Henriquez (a) , que quoique le Prêtre, lorsqu'il manque, ait déjà communié sous l'espèce du pain, il faut qu'un autre Prêtre acliève la communion sous 1 espèce du vin-, parce que la communion sous les deux espèces appartient , sinon à l'essence, au moins à l intégrité substantielle du Sacrifice.

Il suit Z". que si le Prêtre ne tombe qu'après la communion du corps et du sang , il n'y a rien à suppléer -, parce que ce qui manque alors n'est qu'accidentel. Ces conséquences , et les principes dont elles sortent , sont admis par les meilleurs théologiens. On peut consulter Quarti, qui traite très-bien toute cette matière (18).

{a^ Bonacina, c!e Enchar. cli?p. 4- qnsest. ult. punct. lo. n. 22. — Henriquez , lib. 9. cap. \o. n. 3.

(18; Quarli , part. 3. cit. 10. n. 3. sect. i.

394 Chap. XIII. Difficultés

XII. On demande 4"*. quel parti il faut prendre , quand on ne sait pas précisément en quel endroit le Prêtre s'est arrêté ; quand on ignore, par exemple, s'il avait déjà consacré le pain, ou non, etc. Noas résoudrons celte diflicullé par deux petites règles.

Règle i. Quand on doute si le Prêtre a consacré le pain ou le vin , il faut les consacrer, mais sous conrlition.

La raison de la première partie est que , si on ne les consacre pas , on court risque de n'avoir qu'un Sacrifice imparfait; parce qu'il peut arriver que le Prêtre n'en ait pas fait la consécration.

La raison de la seconde partie est que, si cm les consacre purement et simplement, ou s'expose à consacrer une seconde fois ce qui Test déjà. Il faut donc ne le faire que sous condiiion, et il suffit que cette condition soit mentale. Suarez (19) , qui donne cette décision , r.joule que quand on ne peut Lien savoir si un Prêtre avait déjà consacré l'espèce du pain , il est plus à propos de répéter à capile Canonis , que de reprendre seulement à Qui pridie. Le même théologien conseille aussi de consacrer alors une nouvelle hostie, et de prendre celle cjui est l'objet du doute, après la communion du précieux sang. Mais pourquoi s'exposer, par une nouvelle consécration, à faire un nouveau Sacrifie e ?

RiiGLE Ji. Quand on est sûr que le Prêtre a

(tç)) Suarez, in 3. jart. disp. 85. sccl. i. §. *5't deni^ue*

fur Vintcgrîté du Sacrifice. 3^5

consacré les deux espèces, parce qu'il n'est mort, ou n'est tombé en défaillance, qu'après avoir fait l'élévation du calice, mais qu'on ne peut savoir ce quil a dit ou fait depuis ce lenips-là ^ celui qui supplée pour lui , doit recommencer à Unde etnieniorcs. Par la même raison, s'il a manqué après le Pater ^ il faut reprendre en entier 1 Oraison Libéra nos , qui vient après. C'est le vrai moyen de n'omettre aucun de ces rits, qui, sans être absolument essentiels, sont néanmoins dune grande conséquence.

XIII. On demande 5'\ en quel temps on doit continuer la Messe d'un Prêtre qui n'a pu "1 achever.

Il est sûr qu'on le doit faire aussitôt qu'il est possible , parce que le Sacrifice n étant qu'une action totale, plus on diffère, moins ses parties ont de liaison: et Ion pourrait enfin ditférer si long-temps , qu'elles n'en seraient plus susceptibles. JMais combien de temps faudrait-il dilîerer pour rompre le nœud d'union jusqu'à ne pouvoir le rétablir.^ C'est sur quoi on est fort partagé. Quelques-uns ont cru avec Henriquez (a) , qu'il n y a rien de trop dans l'espace de vingt-quatre heures \ et qu'ainsi un Prêtre pourrait achever le lundi matin une jNIesse que lui-même ou un autre aurait laissée imparfaite le dimanche d auparavant. Quelques autres ont renfermé cet intervalle dans le courant de la journée eaiière^

{a) HeuriqueZ; lib. 9. cap. ^o.

Sç)^ Chàp. XIII. Difficultés

de sorte qu'on peut , selon eux , finir a six heures du soir une Messe interrompue dès quatre heures du matin; c'est le sentiment d'Azor («). D autres excluent seulement le temps d'après midi , en sorte qu'on peut toujours , tant qu'il n'est pas encore midi, et qu'on doit même continuer la Messe d'un Prêtre qui n'a pu l'achever , et Quarti semble être de ce sentiment , ainsi que Benoît XIV (b). Enfin la plupart des autres ont borné cet espace à une heure ou deux ^ et c'est le parti que je prendrais. Les trois autres ont quelque chose qui répugne. Ils sont même contraires à la Ru})rique, qui, en prescrivant qu'un Prêtre , à qui la matière du calice manque après la consécration du pain , attende quelque temps qu'on lui apporte du vin (20) , suppose qu-'il ne doit attendre, ni les vingt-quatre heures, ni même une demi-journée entière.

XIV. Enfin on demande si le Prêtre , qui finit la Messe pour un autre à qui une faiblesse subite n'a pas permis de l'achever , doitlui donner une partie de Ihoslie qu'il avait consacrée.

(a) Azor, part. t. lib. to. cap. 33. quîer. !<>.

{h) Ouarli, part. 3. lit. 10. n. 3. scct. 1 dub. 5. — Be» Bcd. XlV , de Sticrif. Missce , li'o. 3. c;ip. i4- n. 8.

(•20) .Si post coiiscciatioueni corporis, aiit eliam vlni , de»pielicndilur defcctiis aiteriiis .specici, alttr;! jam constcralfJ , lune si millo modo hal)eri possit , jiroci'dcudum crit , et Mis>;a al)S()l\enda, ita lamon iit ])rœfcrnnltaiilur \crba et signa ({iiiK iicrtinent ad spccifQi dciicicnteni Qiiod si expectando ALU^uANDiu , liabiri possit , cxpccfaniliim eiil , n« ^>ac^ilic^um itiuaucal. impeilcctuui. Kubiu. part. 3. lil. 4* /*. S.

^ur Vinlcgrité du Sacrifice. 897

Un écrivain dont le nom sonne assez mal parmi les théologiens, le croit ainsi. La raison quil en rend, est que le sacrificateur doit, selon les Canons, participer à la victime de son sacrifice (21). Or le Prêtre infirme dont il s'agit , a lait en grande et très-grande partie rotlice de sacrificateur ^ c'est donc à la propre hostie par lui consacrée qu'il doit participer.

Gavantus ne va pas toul-à-fait si loin. Selon lui , il convient que le malade communie sous les mêmes symboles dont il a fait la consécration {il) ; mais cela n est pas absolument nécessaire. Ce tempérament parait assez mal imaginé. Car enfin , ou le moribond est encore regardé comme Minisire du Sacrifice , ou non. S il est regardé comme tel . non-seulement il convient , mais il est absolument nécessaire qu il communie de la même hostie qu il a consacrée. Si au contraire il n'est plus réputé tel , il doit communier comme les autres Fidèles, c'est-à-dire, ne recevoir qu'une petite formule , soit qu il l'ait lui-même consacrée à la Messe qu'il n'a pu finir, soit qu elle ait été consacrée antécédemment par lui ou par un autre.

Or c'est à cette dernière opinion que nous croyons nous devoir attacher^ 1". parce qu'elle est très-conforme à la lettre de la Rubrique,

^11^ Qiiale erit illud Sacriticium , cui nec ipse sacrificans particeps esse cognoscilur? Concil. Totel. XII. cap. 5. Lobbe , toni. t\ col. isJo jet apud Grat, cap. ii. d« Consecr. dis t. 2.

{a) Part. 3. til. 10. n. 3. iitt. a.

398 Chap. XIII. Difficultés

que nous avons ci-dessus citée : j'en remeta les paroles sous les yeux du lecteur; elles ne deFnandeni ni ne souffrent de commentaire : Si Sacerdos non ohierit , sedfuerit infirifiUS , adeo tainen ut possit comniunîcare , et >on

ADSIT ALIA HOSTIA COINSECRATÀ , SaCCrdoS qui

Missam supplet , div^idat hostiam , et unam parlent prœheat injirnio , etc. Donc s'il y a d'autres hosties que la grande , c'est de celles-là, et non de celle-ci qu'on doit le communier. 2°. Parce que la communion du Célébrant, considérée comme telle, doit, de l'aveu de tout le monde, se faire sous les deux espèces. Or il est contre tout usage de comjnunier sous les deux espèces un Prêtre qui tombe malade après les avoir consacrées toutes deux. Donc il n'est plus regardé comme Célébrant, mais comme simple Fidèle.

Ces raisons, auxquelles Quarti (22) en ajoute encore d'autres qii on peut voir chez lui , me paraissent si justes, que je ne voudrais point du tout m'écarter du sentiment commun, l/objection tirée du Concile de Tolède, qui veut qu'un Preue ne dise aucune Messe sans y communiei", ne regarde ni de près ni de loin ie cas dont il s agit. Le Concile, en censurant de malheureux Ministres , qui disaient plusieurs Messes , et ne communiaient qu'à la dernière, parle de gens qui , se portant bien , commençaient et finissaient la Messe d'un bout à l'autre : et nous parlons ici d'un Prêtre

(m) Quarti, part. 3. lit. 10. n. 3. sccL 1. dub. C.

qui Ta commencée et poursuivie jusques à la consécraiion , mais à qui une faiblesse imprévue n'a pas permis de lacliever. C est de ce dernier que nous prétendons qu'il ne doit pas plus communier de la grande liostie qu'il a consacrée, que du calice, en supposant qu'il Tait aussi consacré.

Nous ne parlons point du péché que commettrait un Prêtre qui ne communierait point à sa Messe, ou qui n'y communierait que sous une espèce, ou enfin qui, communiant sous toules les deux, n'en prendrait qu'une partie , ei laisserait l'autre sans nécessité. La Rubrique dit qu'il pécherait très-grièvement (^3). Saint Thomas , et avant lui le XIP Concile de Tolède, l'avaient dit d'une manière bien précise ('^4)' La chose parle d elle-même. 11 n'est pas plus permis de mutiler la communion , que la consécration. L'un et 1 autre est injurieux, et au Sacrifice , et à celui à qui le Sacrifice est offert.

(23' Si qiiis extra hiijii<mocii casn^ necessitatis , intégra Sacramenta non sumpserit , gravissiaié peccat. Rubrica, jmrt. 3. tit. lo. n. 4.

(24) S. Thoni. 3. part, qnaest. 80. art. 13. et quïest. 83. art. 4 -^Concil. Tolet. ubi supra.

4oo ChAp. XIV. Difficultés

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