CHAPITRE XIV
Difficultés sur divers incidensqui peuvent survenir dans l'action du Sacrifice.
I. Peut-on consacrer de petits pains après V offrande de la grande hostie? II. Trois ques~ lions à ce sujet. III. Doit-on offrir de nouweau le vin qui a d abord été offert sans eau ?\ IV. Règles sur les Oraisons de la Messe , et sur leur nombre. V. Cas oîi il tombe un insecte dans le calice. VI. Cas oii les espèces seraient empoisonnées , ou frappées de la foudre. \ II. Cas oii la parcelle reste au fond du calice. \III. Cas où, r hostie nest pas bien entière. IX. Cas oii riiostie tombe dans le calice. X. Cas oii le vin se congèle. XI. Cas où il tombe quelques gouttes du précieux sang : cinq questions sur ce sujet. XII. Cas où tout le calice serait répandu. AlII. Cas sur le vomissement après la cummunion. XIV. Remarques sur le temps nécessarre pour Valtération des espèces. XV. Cas oii riiostie tombe sur la nappe, à terre , etc. XVI. Défauts causés par V ignorance des Ru" briques. X\ II. Quatre agressions : la première sur le Prêtre qui do/ine une partie de son hostie à un Laïque; XVIIl. la seconde sur les Messes sèches j XIX. la troisième sur les
sur dÎK^ers incidens du Sacrifice. f\oi
ablutions; XX. la quatrième sur deux décrets de Benoît XLV,
JLa plupart des diiricuhés qui peuvent survenir et donner de 1 inquiéuide dans le cours du Sacrifice , soûl détaillées dans la troisième partie des P».ubriques , tit. i o . de dcfectihus. Nous les parcourrons ici le plus rapidejnent qu'il sera possible j et nous y en joindrons quelques autres , que nous n avons point encore examinées.
I. La première concerne les petits pains , qu on ])résenie quelquefois au Prêtre après qu il a fait l'oblation de celui qu il doit consacrer. Il s'agit de savoir s'il peut les offrir après coup.
Presque tout le monde convient qu'on peut quelquefois les offrir , même après Toblalion de la grande hostie. En effet cela n'est défendu , ni par aucun décret de lEglise , ni par la rîature des clioses. L'interruption que cela peut causer dans la Liturgie , e^t si peu de chose , avant le Canon , qu'elle doit être comptée pour rien.
IL Mais comment doit-on alors les offrir ,jusqu'à quel temps , et pour quelles raisons le peut-on faire .^ Ce sont trois petites questions, sur chacune desquelles il est à propos de nous arrêter.
Pour ce qui est de la première , nous estimons qu il vaut mieux les oOrir verbalement. Les Rubriques, que nous allons citer , Tinsiliuent j et il est constant que les prières de
ioi Chap. XIV. Difficuhcs '
l'Eglise sont toujours accompagnées d'une béiiédiciion particulière. Au reste , cette sorte d'oblalion est aisée à faire , quand on présente les petites forjnules dans le cours de 1 oblalion du pain et du vin. Il ne se fait alors aucun dérangement considérable , et dont le peuple , quoiqu'il se irouble aisément , puisse être oiïensé.
Mais cette oblation verbale n'est-elle que de convenance ; et ne serait-elle point absolument nécessaire ? Passérini (i) , célèbre Dominicain , èi professeur au collège de la Sapience , la croit indispensable ; et de là il infère qu on ne peut en sûreté de conscience consacre]- aucune bostie qui n'ait été verbalement offerte en son temps (avec la grande). C% sentiment est bien rigoureux ; et il faut qu'il soit bien insolite cliez les tliéologiens , puisque cet écrivain, qui cite volontiers, nen produit aucun pour l'appuyer. En attendant une décision précise de la part de ceux à qui il appartient d'en donner, nous crovons qu'un Prêtre peut en certains cas consacier des pains q'i'il n'a offerts que mentalement : i**. ])aice que c'est le sentiment ])resque universel des docteurs, et de ceux môme qui ont le mieux écrit sur la Liturgie. Ils peuvent se tromper pour le fond , j'en conviens ^ mais jusqu'à ce qu'il soit solidement prou\é qu'ils se trompent, y aura-t-il du crime à les suivre ? 2". SI
(i) Unde non p'ito secunim parliculas in On'crforio suo tenipoie non oblatas consccrare. Paaserini , de hnnununi iluLiLas et ojjiciis , toni. j?. qucest. jS/. art. i. n. <fù3.
sur divers incîdens du Sucnfice. 4^3
tjne oblaiion mentale siilïit quelquefois pour la grande lioslie , et pour le calice , qui sont irunique matière du Sacriiice , elle peut Lien sufiire pour de jielites formules, qui ne sont qu'une matière accessoire. Oiilest sur, et on le prouve par la Rubrique même, il est sûr que roblaiion mentale suiîii en plusieurs occasions, €t pour 1 hostie principale, et pour le calice. Pour s'en convaincre, il ne faut qu'un coup d'œil sur ces paroles (2) : Si Cclebrans ante consccralioneni advertarit hostiam esse cor-
rupUim , reniotd iîîci hoslici^,, nliarn ponat y
et factd obhtlione saltem M^^TE coiscepta , prosequatur. — Si Ceîehrans anle consecra^ lionem siinguinis , qucwivis post consécration em corporis , aduerîat aut vinujn ^ aut aquani , aut utrunique non esse in calice , débet stalini apponere vinuni cuni aqud, etfacid oblaiione , ut suprà, consecrave , etc.
Il est inutile de nous objecter, avec Pasférini , que la Rubrique approuvée par le Pape Pie V , et cnntîrraée e^n général par le saint Concile de Trente (3) , piescril que les petites hosties soient oiî'erles avec la grande. Nous avouons volontiers que cela doit être ainsi dans le train commun. Mais comme celte loi regarde principalement la grande hostie, qui peut néanmoins en plusieurs cas ne s'oiïrir que mentalement , pourquoi ne nous accordeia-t-on pas qu'il en est de même des petites
(2) Rubric. pari. 3. tit. 3. n. 4. et lit. 4. n. 3.
(3) iSess. "j. can. i3. et ses». 22. Décret- de obseri^. etc. in eelehr. A/issœ,
4o4 Chàp. XIV. Difficultés
formules? C'est-à-dire, qu'à parler en général, il faut les offrir d'une manière verbale avec 1 principale matière du Sacrifice; mais qu'o peut quelquefois , pour de bonnes raisons, n les ofl'rir qu'après coup , et seulement ea esprit.
INous regarderons donc ce dernier sentiment*^ comme très - probable et très - sûr , jusqu'à nouvel ordre. Mais jusqu'à quand peut -on recevoir et offrir menlalenient les pains qui n'ont pas été présentés en leur temps P C'est une seconde question qu'il faut examiner.
Et d'abord il est certain qu'on ne le peut plus faire après la consécration. Ce serait ou faire deux sacrifices , ou donner à un seul et unique sacrifice deux matières distinctes et successives : ce qui ne peut être. 11 ne peut donc Y avoir de diflicullé que sur le temps qui s'écoule entre l'oifertoire et la consécration.
Il paraît encore certain qu il n'y a plus rien à faire quand le Canon est commencé. Toutes ses parties ont tant de rapport à la consécration , et concourent si prochainement à en préparer la matière , qu'à l'exception du cas où le Sacrifice ne pourrait être parfait , il faut regarder comme inepte à ce même Sacrifice toute matière qui n'y aura pas été disposée par les saijites et respectables paroles que l'Eglise a établies à cet eiî'ei. D'ailleurs, il n y aurait que le cas de la plus extrême nécessité qui put dispenser de la règle. Or cette nécessité ne se trouve jamais. La ])lus grande qu'on puisse imaginer , est celle d'uu malade
! sur divers incidens du Sacrifice. f\çt^
jiii mourra sans Viatique. Mais on peut y , :emédier. Il sullit pour cela que le Prèire ï réserve une parcelle de la grande hostie qu il va i:onsacrer, et qu'il en communie le moribond, ; devant ou après qu'il aura lui-même comnm- I nié (4). Si, au lieu d'un intirme^ on en supposait quinze ou vingt, ce qui peut absolument ; arriver en temps de peste, j'aimerais mieux, sauf meilleur avis , répéter ce que j'aurais déjà dit du Canon , que consacrer ce que les prières et les bénédictions dont il est renipli , n'auraient pas sauctitié. Nous avons vu ailleurs que Sainte-Beuve n improuvait pas une seconde Messe en pareille occasion.
Il suit de là qu'on ne peut recevoir et oiTrir
I de nouvelles formules que jusques à la Pré-
I face , et même exclusivement , selon lopiniou
iila plus commune. Cela est d'autant plus juste,
! que , comme l'observe Qunrti (5) , toutes les
prières qui se disent jusque-là, sont une espèce
de complément de l oblaiion, et comme autant
de vœux que fait 1 Eglise, qu il plaise à Dieu
de bénir les dons proposés , et de les avoir
pour agréables.
Mais faut-il de fortes raisons pour qu'un Prêtre puisse offrir, hors du temps précis, les pains dont nous parlons ^ Quarli (6), natureîlemeut facile , croit qu'il n'en faut point
(4"! Vide Quarti, part. -2. fit. 7. sect. 1. dub. 3. in fine. — Gavantiis, part. 3. lit. 10. u. 19. — Mer.iti , part. 2. lit. 7. n. 8.
^^5^ Quarti , part. 2. tit. 7. sect. i. dub. 3.
(6) Idem, ibid. dub. a*
4o6 TnAP. XIV. Dlf cultes
d'autres , que la commodité de celui qui veu* communier , ou la crainte de faire de la peine, soit au Sacristain , soit à tout autre , qui a troj^ difléré à présenter les pains en question. L'au torité de Tamburini est le seul motif qui le détermine à penser ainsi.
Mérati juge, avec plus de raison, que des causes si minces ne suffisent pas , et qu'on ne pourrait y déférer sans péché véniel. En effet une oblalion d'hosties faite à contre-temps , et d'une manière peu conforme aux rits de l'Eglise, ne peut passer pour une chose presque indi(jérente. Il faut donc de vraies et solides raisons pour la justifier. Or personne ne mettra dans Tordre des raisons solides \\ crainie , ou d'affliger légèrement un homme qui a fait nue petite bévue, ou de différer de quelques minutes la communion d'une personne qui peut attendre sans s'incommoder beaucoup. Je voudrais donc quelque motif plus sérieux : et ce motif, je le trouverais tantôt dans la situation d'un pauvre domestique , qui a un besoin pressant du pain des forts , et qui , s'il en est privé aujourd hui , ne pourra de longtemps réparer ses pertes ^ tantôt dans une alHiience de pieux voyageurs qui, gênés par le moment du départ, n'ont à leur disposition que l'instant de la Messe qu'ils entendent ; quelquefois dans la circonstance du Jubilé, ou d'une indulgence qui ne reviendra pas sitôt, etc.
m. La seconde difficrnUé est de savoir si , lorsqu'on a fait l'oblaiioli du vin sans eau, et que, s'en étant aperçu avant la consécration^
IP sur diuers incidens du Sacrifice. 407
on met cltv \\"m\ tlatis le calice , ou est obligé do rolii'ir 'le rioiivcaii.
La Kiibri(|ne srnible l'exiger par res paroles (7) : 6'/ Celchians antc consccratioiietn siingainis ads'ci Lut aut lûniim auL nquant..., ,
7ion esse in calice, débet, slalirn apponere ,
et fiiclii obîulioJie,.. , consecrare. INous croyons copeiidaut que dans ce cas il n'y a point d'oblalioii à faire ^ soit parce que la maiière principale, qui est le vin, a déjà été oH'erfe, soit paire qa il en est d'une petite quantité d'eau mêlée avec du vin sanctifié, conui»e d'une petite portion d'huile cominiine mêlée avec une pins grande quantité dlraile bénite : or Ja première se revêt , par ce mélange , de l'état et des eonditions de la seconde , ainsi que l'a déclaré Inuoceat III (B). C'est pourquoi la Rubrique , <pie nous nous sommes d'abord objectée , doit s entendre du cas où le Prêlre n'aurait mis dans le calice, ni vin pur, ni vin mêlé. Rien de plus précis , et c[ui exclue davantage toute idée d une nouvelle oblation , que ces autres paroles qu'on lit un peu plus bas : Si Celehrans unie consecrationeriL calicis cidvertat non fuisse appositcun aqiuun , statini ponat ecun , et proférai r>erha consecrationis.
\\ . Une troisième difficulté regarde le ton dont les Secrètes doivent être prononcées ; mais cette difficulté , qui concerne encore plus le Canon , est si importante , qu'elle
(7) Rubric. part. 3. tit. 4- ^- 3-
(8) Innocent. III, cap. 6. §. i. de célébrât. Missan lib. 3. tit. 41.
4o8 Chap. XIV. Difficuhcs
mérite un chapitre tout entier {a). Nous nous contenterons de dire pour le présent que le nombre et l'ordre des Secrètes doivent répondre au nombre et à l'ordre des Collectes \ que si l'on avait omis quelques-unes de ces dernières, on pourrait y suppléer dans le temps des Secrètes ; que les Oraisons, lors même qu'elles sont ad libitnui , doivent toujours se prendre du Missel, et jamais d'un autre livre 5 et enfin, que c'est une vieille erreur dans la plupart de ceux qui font TOffice romain , de s'imaginer qu'il faut toujours que dans les Semidoubles et les Simples, les Collectes, et par conséquent les Secrètes et les Postcommunions soient en nombre impair. La première règle est de n'omettre jamais aucune de celles qui sont marquées par la Ptubrique ^ et celles-ci sont en nombre impair, hors le temps de la Passion , lOctave de Pàque et de la Pentecôte, etc. Mais quand on y en ajoute quelques autres , soit par ordre du Supérieur ecclésiastique , soit par le propre mouvement de sa piété , il n'est point nécessaire de garder le nombre impair, ainsi que la décidé la Congrégation des Ptits (9). Seulement il faut avoir
{a) Voyez, sur cette matière, la 1I« Dissertalion du tom. 3.
Cg) Non est omittentla una ex assignalis Orationibus in IMisiiil , veliiti ierlia yl cunctis , si sccimda esict de lesto simplici , ut cjus loco dicatur Oratio imperala , veluti, Deus rrfu^iuin ; sed post terliani Oradonera yt cunctis, potest Cl im})crata dici , cùin in MissJ de Seniiduplici , vel Simplici, vcl Votiv.1 , non sint necessariô dicendaj ColJectae impares , pula 1res , quiuque , vel se2>tem. S. Hil- Corii^r.
soin
sur diu^f^s incidens du Sacrijîce. • 4^9
soin 1°. de ne pas finir par une Oraison pro D?fanctis , parce que ce n'est pas Tusage hors des Messes de Requiem (à) -, 2*'. de ne passer pas le nombre de sept Oraisons , comme faisait cet homme sint^ulier, qui même dans les Doubles en disait neuf, douze, et quelquefois <juinze (10). C'est mal servir sa piété, que d'accabler celle d'autrui.
Au reste , quoique, selon le sentiment le plus commuî) , il n'y ait pas de péché mortel , hors le cas de mépris ou de scandale, à renverser 1 ordre des Oraisons , ni même à dire l'une pour i autre, il y en aurait à renverser €onsidérablement Tordre de l'Epifre ou de rEvangile, à moins que cela ne se fit avec une espèce de bonne foi. Il y en aurait encore plus à substituer un Evangile à un autre qui n'y aurait aucun rapport 5 comme si le jour déjà Passion on disait l'Evangile de Pàque (11).
Pour ne rien omettre de ce qui regarde ces matières détachées, nous allons parcourir les derniers nombres du dixième titre de defecti" bus. Aous les mettons dans la langue du Missel ^
s dece.vh. 1^84. apud MeraH , in Indice, tium. 4"6. Le Directoire des Carmes déchausses dit la même chose et l'on a eu tort de prétendre qu'il se tiompait.
(a) A Paris , et dans beaucoup de Diocèses qui ont de nouveaux Missels , les Oraisons pro Dejunctis se disent toujours les dernières.
(10) Ob id ab astaulibus fastidiosis illis quidem , sed utcumque excasandis, genuum tortor, cerœque tlissipator vulgô nuncupatus, ait Carolus Guyet , in HeorLoloisld , iib. 4. cap. 21. quaist. 23. pag. 532.
(11) Quarti,part. i. tit. 10. ia dubiis.
ijîc^ ' OikV.Xiy, Difficultés
parce qne le détail dans lequel ils descendant semble l'exiger. Nous joindions à chacun d'eux de petites remarques, qui pourront servir dans l'occasion.
V. Rubr. n. 5. Si musca^ vel aranea , veî ah'cjuid ceciderit in calicem ante consecratio- Twin j Sacerdos projiciat vinwii in locum decentem y et aliud ponat in calice , viisceat param aquœ , ojferat ut suprà, et prosequatur Hlissu/n : si pust consecrationeni cecideiit mus» ca , aut aliquid ejusmodi , etfiat nausca Sacej'doti , exlrahat eani et las^et cum vino , finitd ]\Iissd, coniburat y et comhustio ac lotio hujiismodi iji sacrariuni projiciatur. Si auteni non fueril ei nausea , nec ullutn peiiculum timeat.
suniat cum sanguine.
Il n'y a que deux remarques à faire sur ce trxle : l'une, que si un Prêtre d'une imagination vive ne pouvait, sans craindre de vomir, prendre le calice, dont il aurait tiré un insecte, il faudrait faire une nouvelle consécration , et garder dans le tabernacle, ou dans un lieu décent les espèces de la première, jusqu'à ce qu'elles fussent desséchées ou altérées ; 1 iiulre , que quand une mouche imbibée du ])récienx sang, en sort d'elle-même et s'envole, il ne faut point se troubler mal-à-propos. On la prend , si l'on peut: si on ne peut j)ns , on l'abandonne à la Providence. En général , selon les sages principes de saint Thomas (12) , il faut dans toute cette matière pren-
(la) Ubi dilllciillas occurrif , sempcr est acci|ncQdum
sur divers incidens du Sacrifice. 4 1 ^
dre le parti où il y a le moins dinconvéniens. Or il Y en a moins, dans le premier cas, à ne se point exposer a rejeter les saintes espèces ; et dans le second , à ne rien faire qui ait un air de puérilité.
Un homme sage a demandé si on ne pour^ rait pas meure l insecte, quand on l'a prhs , dans un vase plein d'eau, Ty laisser mourir, et jeter Teau dans la piscine. Je le ferais sans scrupule ; parce que la Rubriq'ie, en indiquant le premier moven , n'a pas défendu le second, et que d'ailleurs il est sûr et aisé. Mais je ne jetterais pas sur-îe-cliamp celte eau dans la piscine. Il n'y a point de risque de la garder un ou deux jours dans un lieu décent, et il y en aurait peut-être à la jeter un moment après.
\l. Rubr. num. 6. Si aliquid venenosum ceciderit in ccilicein , zwï qiiod provocaret voruituni, xnnum consecratuni veponendanL est i/i aiio calice , etatiud vinum cuni acjad apponeu'duin , denuo consecrandunt : et finitd Missd , sanguis repositus in panno lineo vel stiippd tandiu sen^eiur, donec species vini faeiïnt desiccatœ , et tune stuppa comburatur, et co7ii' hustio in sacrai'iani piojiciatur.
En supposant que la nouvelle consécration , dont il est parlé dans ce texte, doit être précédée d'une oblalion au moins mentale, il y a trois difficultés à éclaircir sur cette matière.
On demande donc i". si dans le cas d'un
illud qiiod habet minus de periculo. Sanct- Jliom, 3. part, ^uâest. 83. art. 6. ad. 3.
4i^ Chip. XIV. Difficultés
c?lice empoisonné le Célébrant est absolament obligé d en consacrer un autre.
La raison de dooîer est , que d'nn côté les Rubriques de dejectibus ne sout d elles-mêmes que directives (i3} . et que de l'autre la communion sous l espèce du \in ne parait pas absolument néce5>aire . paisqu il est très-probabie que la pariicipation du pain sacré confère toute la grâce du Sacrement.
]Vous crovons cependant . avec saint Thomas (14) et le çros des ihéolog^iens , que la nouTelle consécration, dont il s agit, est de précepte rigonreuï. j»arce que. quoi qu il en soit du fruit et des edèls du Sacrement , la communion sous les deux espèces appartient à I in! c cri lé du Sacrifice
On demande 2*. si. dans ce même cas, il suffit de consacrer le TÏn.
Paludanus, SvKesire Mozolin . et quelques autres . cités par Suarez (i5) , croient qu il faut de plus con>acrer le pa:n , surtout quand le défaut dont nous parlons, ne se découvie
(i3 Vide Qoarti . qnzst. proœmi^. sect. 3. puccf. a. sect. 6. panct, 4-
(i4)Sifluu(a>slara9eain calioeiii po«t oonsccraf ionein ^^tôdr"* ,-- ^ixt animal e»n\i- rapi , et dil^CBter larari , 1.1 romlinri , rt ablalio com aneribos ta sacrarîovi mitH. Si Tcrb TraesiraB îbiase deprefaenderit immissum , aullo modo débet somcre , nec aîh dare, ne calii ritz lertator in mocloa j aed dcbet dili^enter in aliqao Ta^cnio ad boc apto c«ui rdâqoiîs oonserkan- Et ae SacraaieatnBi mn^- Beat îaiperfectaiB , dd>rt ali<id viauBi appoaere ia calic^TB, et deauo rtsnmtxr à onofecratioDe saBgaiat&, et SacrîficîuBi peificcre. S. T%omu ibid. ad 3.
4i5;SiiXTt*;in3-parUdisp.85. «ect, i\ d'ecmm^^TTgaUm"
sur diK^ers incident du Sacrifice. ^i"^
qu'après la coîumunion de 1 hostie. Ils se fondent sur ce qup saint Thomas (i()) enseigne, que h>rsq\ie la matière du calice était impropre à la consécration , par exemple, lorsqu on avait mis de l'ean pour du vin, il faut recommencer k consécration de lune et de Vautre espèce-, ce qne la Rubrique (i^) approuve, à moins qu'on ne célèbre daus un lieu où il y a beaucoup de monde, et par conséquent du scandale à craindre.
iVous ne crovons pas qu'il soit nécessaire d'adhérer h ce sentiment : i"'. parce qu il y a bien de la di(]erence entre le cas où l'Ange de l Ecole demande une nouvelle consécration du pain, et celui que nous examinons. Dans le premier . la matière du calice n'a uulleinent éîé consacrée, parce qu'il n'y avait rien dedans qui pût 1 être : dans le second , les deuj» espèces ont été très-réellement consacrées. Aussi le saint Docteur , quand il parle de ce dernier cas, ne demande point une nouvelle consécration du pain. A oyez son texte dans la note niim. if\\ 2". parce que la plupart des théologiens croient que, quand une des deux espèces a été valablement cousacrée ,
(16 S. Thomas , ibid. art. 6. ad \.
(17' Si ■Sacerdos hoc advertat , scilicet aquain Ir^co vini in calice positamjuisse , post sumptioncm corporis , vel hnjusmocli aqu» , apponat aiiara bostiam iteinim consccrand.im , et vinum cnni aqiiâ in calice, oflerat utrumqne , et sumat — Vel si Missa celehretur in loco publico, ubi pluresadsint, ad evitandiini scandalutn poterit apponere vi'j am ciini aqud , et.... consecriue , ac statim sumere. Ruhnca , puiL. J. lit. 4. n. 5,
4i4 CiiAi-. XIV. DiJIcuhés
il n'en faut jamais répéter la consécration c» jépélant cel!e de l'atitie^ eL cela sur ce principe général du Droit (i8), qu'en lait de Sacremens il faut suppléer avec soin ce qui a été omis inconsidérément 5 et ne jamais réilérer ce qui a été légitimenient exécuté. On peut Toir ce qno nous avons dit sur ce sujet au Chapitre quatrième, ^. I. n. ix.
Enlin on demande* ce que doit faire un Prêtre, lorsqu'il ne s'aperçoit qu'api es la communion, que les espèces étaient empoisonnées. La réponse est que , quand elles seraient encore tout entières, il doit tâcher de s'en décharger; fût-ce en prenant Ihaile de la lampe, comme il est arrivé dans une certaine ville. La raison en est, que comme il n'aurait pu les prendre , s'il eût connu le venin qui y était caché, parce quil n'est pas maitre de sa "vie, il ne peut les retenir, parce qu!> c'est se donner la mort. Il faut au reste, si l'on en a le loisir et la commodité , se servir alors d'un vase propre, y laisser les espèces jusqu'à ce qu'elles soient corrompues , et les jeter ensuite dans la piscine.
Rubr. niim. ^. Si uliquod venenatum contigerît hostiani consecralain , tune alterain con-' secret, et snmat modo quo dictuni est, et illa seiyetur in tabernaculo , loco separato , donec species coniunpanliir, et corritptœ deinde mittantiir in sacrai iuin.
Ce texte s'entend lui-même. Nous y ajou-
(i8j Cap. I et 2. de Sacam, non iterandis , lib. i. lit. iG%
sur divers incidfnis du Sacrifice. f\ i 5
lerons , ddprès Gavanlus, que ce qui est ailocié de la Ibudre , est censé empoisonné : cVst ainsi qini le décidèrent de graves docteuis en 1601, à roccasion du tonnerre qui éiait tombé dans un calice après la consécration. Cette décision aurait pu et du servir , il y a ({uelques années , à un vertueux et respectable ami , que nous ne nommons pas.
VII. Rubr. nu m. 8. Si sumendo sanguiiiem particula rcniunserit in calice , digilo ad labium calicis cain adducat , et siunat ante puri^ ficationcm , vcL infundat viiiuni , et suniat.
^ De ces deux manières de prendre la parcelle, lorsqu'elle s'est altacliée à la coupe intérieure xlu calice, la seconde est le plus en usage , parce qu'elle est plus décente et plus commode. On objectera peut-être qu'elle est opposée au jeune naturel , puisqu'en prenant ce fragment avec l'ablution , on ne peut empêcher qu'une partie de l'ablution ne passe auparavant. Mais cette difficulté n'a rien de solide. La communion , prise en elle-même et dans sa substance , exige un jeûne rigoureux ^ c'est autre cliose quand on la considère dans ses circonstances , et par rapport à la nécessité de l'achever , et de traiter avec le dernier respect toutes les parties qui lui appartiennent. C'est par cette raison que 1 on doit prendre avec soin tous les fragmens qui ne s'aperçoivent qu'après la dernière ablution.
VIII. Rub. num. c). Si hostia ante consecra" iionein inveiiiatur fracta , Jiisi populo evidenferappareuty talis hosiia consecititur : si au-
4i<5 Chap. XIT. Difficuhés
tem scandaJiim populo esse possit , alla acci" piatiir et offeratur : quod si illius hostiœ jnm eratfacta oblaîio , Sacerdos eani post abhiliotionem siimat. Quod si ante oblatîojicm hostia appareat confracta y accipiatur altéra intégra , si citra scandalum aut longani moram jieri poterit.
Cette Rubrique, quoique Irès-claire, donne lieu à deux questions : l'une, si on pourrait consacrer Jiciiement une hostie qui ne serait pas entière ; 1 autre , si, lorsqu'on la change après l'oblation . on est obligé de prendre celle qu'on a mise au rebut, après avoir pris ceîîe qu'on lui a substituée ^ et le précieux 3ang.
Sur quoi , je dis i°. qu'on ne peut excuser de tout péché un IMinistre qui , pour la con- «écralion, se sert d un pain auquel il manque qnelqne chose, soit pour la forme usitée dans l'Eglise, soit pour la couleur, soit pour l'intégrité. La négh'gence , cjui est répréhensible partout , l'est encore plus quand il s'agit de matière du corps et du sang de Jésus-Christ.
J'ajoute que ce péché pourrait devenir mortel à raison des circonstances, comme si ce même pain était rompu si considérablement , qu'on ne pût ou s'en servir sans un grand scandale, ou le diviser selon la coutume pour eu mêler une partie avec respèce du vin.
Je dis 2". qu'un pain que l'on rejette à cause de quelque défaut , après en avoir fait 1 obiatiou , ne doit pas être profané^ qu'il n'est pas cependant nécessaire de le prendre après
sur dwers incidens du Sacrifice. ^tj
la communion , quoiqu'il soit mieux de le faire.
Qu'il ne doive pas être profané , et qu'on. ne pût par exemple le jeter à terre comme une cliose vile ou indilférente, c'est une proposition dont la vérité saule aux 3'eux. Dès qu'il a été oifert à Dieu , et surtout dans une action aussi grande que l'est celle de la IVIesse , il a acquis une espèce d être sacré ^ et il en est de lui comme des ornemens sacerdotaux qui , lorsqu'ils ont été bénis , sortent de l'ordre commun. Qiinre , remarque Quarli sur cet endroit , hostiain illain prujicere concidcandam , esset graue sacrilagiuni.
Qu'il soit mJeux de le prendre après la communion , cela est clair par la Rubrique , à laquelle il est toujours louable de se conformer. D'ailleurs c'est un moven sûr de le traiter avec tout le respect qui est dû à un pain très-spécialement béni.
Mais que cela ne soit pas absolument nécessaire , c'est ce qui paraît, soit parce que les Rubriques de defeclibus ne passent communément pas pour préceptives , soit parce qu'en un autre endroit (19) elles admettent une disjonciive , qui manque dans le texte que nous exanrinons. Elles permettent , au sujet du pain offert , mais non consacré , que le Prêtre, s'il ne le prend pas lui-même , le donne
(19) lilam priorem, Hostiam corrupiam , aut non triticeani.... siuiia! po5t sumptioneiïi corpovis et s.ingiiinis , vel alii sumeiidam tradat , vel alicubi l'oerenter couservet. MabncUf pari. 3. tu. 3- n. 5.
4lS Chap. XIV. Difficultés
à un autre , ou le conserve avec respect. SU le peut donner à un autre , ou le conserver, il n'est pas absolument obligé à le prendre.
IX. Rub. nura. lo. Si propter ff igits , vel negligentiani , hostia consecrata dilabalur m caliceni , propterea nihil est reiterandum ; sed SaceMos Missani pioscquatur, f acier? do cœrenionias et signa consueta ciim résiduel parte: hosliœ , quœ non est madefacta sanguine , si commode potest. Si veto totofuerit madefacta, non extrahat eam; sed omnia dicat , onnttendo signa, et sumat pariter corpus et sanguinein signans se cunt calice , et dicens : Corpus et sanguis Domini nosiri , etc.
Cette Rubrique est fondée sur un principe de saint TItonias (7.0) , avoué par tous les théologiens , c'est qu'il lîe faut renverser l'ordre du Sacrifice que dans la dernière nécessité. Or il n'est pas absolument nécessaire de suppléer des cérémonies qui ne sont qu accidentelles. Cependant , comme elles ne laissent pas d'être d'une grande conséquence, un Prêtre qui , par une négligence considérable, s'exposerait au danger de les omettre, serait coupable de péché mortel.
X. Rub. num. 11. Si in hieme sanguis congeleiur in calice , inv'olvtitur calix pannis i-alejactis. Si id non projiceret , ponatur in
J'crwenti aqud prope aliare , dummodo iji caliceni non iiitret , donec liquéfiât.
Celte Rubri(|ue peut être souvent d'usage
(o>>) S. Thoiu. 3 part, quacsl. 83. art. 6. aj 6.
sur divfers încidens du Sacrifice. 4 ' <)
au Canada , où le froid est commiinëment double de ce qu'il fut en France en '709. Pour résoudre en peu de mots les difficultés qui *>G présentent à son occasion :
Nous disons, 1". qu'on ne peut sans crime consacrer du vin gelé , soit parce que cela est contraire à la pratique universelle de 1 Eglise , laquelle doit avoir , et a en effet force de loi ^ soit parce que d'habiles théologiens souîiennent qu'une telle consécration serait nulle. Et quand même leur opinion serait fausse , ainsi que le prétendent \ asquez , Hurtado , etc. , il y a toujours lieu de douter si elle n'est pas vraie. Or peut-on dans le doute risquer un Sacrement comme celui de 1 Eucharistie ?
Nous disons, 2". que quoique Ion puisse consacrer du vin dégelé, il est beaucoup mieux d'en mettre d'autre-, parce que les v'cissiiudes que le premier a essuyées en gelant, et en revenant ensuite par la chaleur à son premier état , lui font perdre de sa qualité. Et alors, si 1 on avait déjà fait l'oblation, il faudrait en raisonner comme d'une hostie qu'où a rejetée après l'avoir offerte.
Nous disons enfin , que si le Célébrant n'avaitnifeuni lingeschnuds pour liquéfier l'espèce du vin qui se serait gelée après la consécration , il faudrait la mettre avec les doigts en petits morceaux, et les prendre les uns après les autres. C'est le dénouement que donne Suarez, ei Gavantus après lui {(i). Je n eu connais point de meilleur.
[a] Suarez, in 3. part. disp. 83. sccl. i. §. Tertio. — ■ Gavant, ia hàc Uubr.
4^0 Chap. XIV. Difficultés
XI. Rubr. nu m. 12. Si pcr nrgligenliam aJiquid de sanguine Chris ti cccidetit , si quidem super terrain , seu super tabulant , Vinguâ lamhatur y et lotus ipse radatur quanlian satis est j et abrasio coniburatur j cijiis vero in sacrarium recondatur. Si vero super lapidem allai'is ceciderit, sorbeut Saccrdos stillam , et locus bene abluatur , et ablutio in sacrarium projiciatur. Si super lintcum altaris , et ad aliud linteuni stiUa per\^enerit j si usquead tertiuni , linteandna ter ablunntur , ubi slilla ceci" derity calice supposito , et aqua ablutio nis in sacrarium projiciatur. Quod si in ipso soliini corporali , aut si in vestibus ipsis sacerdotalibus ceciderit, debent sindliter ablui , et ablutio in sacrarium projici. Si in substrato pedibus panno y vel tapeto , benè abluatur , ut suprà.
La disposition de celle Ru}>iique se trouve presque toule dans un ancien Canon , que (iraiien (21) attribue au Pape Pie I , et MM. Pithou à Théodore, Archevêque de Cantorbéri , qui florissait vers 680. Les précautions qu'on y prend au sujet de TeOiision du cah'ce , et t;ela près de quatre siècles avant Berenger (5^2) , montrent bien que la Grande-Bretagne n'en pensait pas alors comme elle fait aujourd'hui. Mais , sans nous arrêter à ce funeste et affligeant parallèle , tachons de résoudre unbon nombre de cas qui naissent du texte que nous venons de transcrire.
(c>.i) Cap. Si pcr negîigenLuim . 27. de Consecr. dist. 3, (■11) B€!cn£;f^r commença a do;;mati?er un peu avant le
sur dwers inciâens du Sacrifice. 4^^
PreniièiT question : Un Piètre (|ui , dans le cas de (juelqne efriision du sang, ne i'ait pas les diligences [>resciiles par la Rubrique, est-il coupable de péché mortel ?
K. Quarti , que nous suivons pas à pas sur toute cette matière, répond (^^) qu un homme qui manquerait à tout , qui , par exemple , lie laverait pas même une fois le Jinge sur lequel il serait tombé une goutte du précieux sang, pécherait mortellement^ mais que s il le lavait deux foie, pourvu que ce ne lut pas d'une manière superficielle, il ne ferait qu'un péché véniel , quoique la Rubrique demande qu il soit lavé trois fois. La raison en est que , dans la première supposition , le Sacrement du Fils de Dieu est traité sans respect, et que dans la seconde on fait , quant à la substance , ce qui est nécessaire pour empêcher qu il ne soit profané , quoiqu'on manque un peu à la manière.
Seconde (juestion : Un Prêtre doit-il être à jeun pour prendre une goutte ou deux qui seront tombées du calice après la consécration ?
R. Comme il est de règle de ne prendre 1 Eucharistie qu'à jeun , il faut tâcher de prendre les gouttes dont il s'agit , avant les ablutions. Si on y avait manqué , on pourrait les }3rendre après , comme on le fait par rapport aux parcelles du pain sacré qui ont échappé à une première attention j parce que tout cela
(a) Part. 3. tit. lo. n. 12. dub. i. ♦
4^^ Chap. XIV. Difficultés
appartient au même Sacrifice. Que si on n'avait fait ni l'un ni Taulre , ou par inadvertance , ou par une mauvaise honte, il faudrait avertir un Prêtre qui fut à jeun , d'y suppléer. Si on ne l'avait pas sous la main , il faudiait y suppléer soi-même. La crainte de perdre un sang aussi précieux , qui pourrait s'imbiber dans le bois ou dans la pierre, exclut le délai , et dispense de la sévérité du jeûne.
Suarez (28) et plusieurs autres remarquent, que lorsqu'on a lavé un corporal, ou toute autre chose semblable, qui a été teinte des saintes espèces , quoique le Prêtre puisse décemment prendre l'eau qui a servi à cet usage, il n'y a point de loi qui l'y oblige. L ancien Canon que nous avons cité , se contente de prescrire qu'on la jette dans la piscine^ et la Rubrique, (pii d'ailleurs ne commande pas ici , n'exige rien davantage.
Troisième question : Faut-il jeter au feu les «appes , les lapis , ou autres choses semblables qui ont été pénétrées de l'espèce du vin consacré ?
R. L'ancien usage était de le faire , non à l'égard de la nappe ou du tapis entier, mais à 1 égard de 'a partie imbibée. Ou se conlente aujourd hni de les laver trois fois \ les nouveaiix IMissels ne demaiident rien de plus. Ce serait dommage de perdre une riche chasuble
(iZ Snarcz , in 3. part. disp. 85- scct. i. — Coninck, ijuxst. v^. n. 28^.
sur divers incidens du Sacrifice. 4^3
pour un malheur, qui après tout ne peut être hum réparé.
Quatrième question : Un Prctre qui, par négligence, répatul quelcjues goutles du précieux sang, est-il obligé de subir la péniiencG marquée dans le chapitre Si per negligenlianiy c est-à-dire , selon liuterprélalion commune, de jeûner et de sabstenir de la coniniunioii
Fendant trois jours, si l'effusion se lait sur autel ; pendant quatre jours, si elle se fait sur le corporal , et qu'elle pénètre jusqu'à la première nappe-, pendant neuf ou vingt jours, si elle pénètre jusqu'à la seconde ou la troisième nappe ; et pendant quarante , si elle a été jusqu à terre ?
R. Le sentiment commun est que ces peines sont abrogées par le non-usage ; et au'ainsi , ni le coupable n'est obligé de les subir avant la sentence du juge , ni le juge , de les imposer plutôt que d autres. Si ce dernier trouvait à propos de les décerner, ou d'en décerner de semblables , il est hors de doute qu ou serait tenu d'y obéir. Jusque-là, il suliit de faire une pénitence proportionnée à la faute ; et le Canon qui donne lieu à la question présente , sert du moins a faire voir que celle faute est quelque chose de fort grief au jugement de l'Eglise.
Cintpiième question : Un Prêtre qui répand quelque chose de la première ou de la 'seconde ablution, doit-il, pour réparer cette faute, faire tout ce que prescrit la Ptubrique en cas d'eifusion du sang, c'ed-à-dire lécher
4^4 CiiAP. XIV. Difficultés
la terre , racler le pavé , laver jusqu'à trois ' fois le corporal ou les autres linges ?
R. Quarti dit {a) que d'tiabiles gens, ayant été consultés sur cette difficulté, répondirent qu'il fallait prendre absolument les mêmes mesures dans les deux cas , parce qu'il reste V toujours, surtout dans la première ablution, 1 quelques gouttes du précieux sang. Ce théologien n'est ni entièrement du même avis, ni entièrement d'un avis contraire. Il reconnaît que , de droit naturel , il faut de justes précautions pour parer au terrible inconvénient de la profanation j mais il croit en même tempa qu'il les faut un peu moins grandes. Cependant , quand il vient au détail , il réduit à peu de chose la diflérence qu'il semblait vouloir d'abord établir; puisqu'il veut que le Prêtre qui aura répandu quelque ablution, et surtout la première , racle la table ou le pavé. Que si elle a été répandue sur le corporal , ou sur les nappes, il croit qu'on doit les laver, au moins une fois , quand elles ne sont pas séchées avant la fin de la Messe. Si vero exsiccatœ sint , poursuit-il , non videtur necessaria alia diligeniia j quia nulluni sequitur incouk^eniens; et poliiis mutari debent lintea propter munditiem altaris. Pour moi , je laverais le corporal et les linges de l'autel, soit qu'ils fussent séchés , ou non , avant la fin de la Messe. H y a toujours beaucoup d'inconvéniens à courir les .risques de traiter avec moins de respect ce
(û) Part. 3. lit. lo. n. la. dub. a.
su?" divers incicJens du Sacrifice. ^^5
qui peut, absolument parlant, envelopper le -sang adorable de Jésus-Cbrist.
Que si celte lotion étciit moralement impossible, soit parce qu'on va commencer au même autel un Office public qui ne doit pas élre retardé , soit parce qu'on scandalisera le peuple, en lui apprenant une faute qu'il ignore, etc., j'abandonnerais tout à la Providence : c'est le parti qui pour lors a le moins d'inconvéniens.
XII. Rubr. num. i3. y^t si contingat totuin sanguineni post coji sec ratio fiem eJjuTidi , si quideni aliqiiid vel parunt reinfinsit , iUud suniatur , et de ejjuso reiiquo sanguine Jiat , ut dictuni est. Si vero nihil oninino reniansit , ponat iteriint vinuni et aquani , et cousecret ah eo loco : Simili modo postquàm cœnatum est , facid priiis tanien calicis ohlaiione , ut supra.
Ainsi il faut , dans ces fàclieuses conjonc- ; tures , en venir quelquefois à ur.e nouvelle consécration, et quelquefois s'en abstenir. On s'en abstient , quand il est resté dans le calice, ou hors du calice, quelque peu de sang, quon peut prendre et avaler. Une goutte qui ne mouillerait que la langue , ne suflirait pas ; puisque la communion, en tant que noariiture et breuvage, demande un niouvemeîU qui ]« fasse passer dans Testomac. On consacre de nouveau, quand tout s'est écoulé de manière c[u il ne reste rien qu'on puisse véritablement boire. Et alors il faut olî'rir ^ du moins eu esprit, le nouveau vin qu'où doit consacrer. S'il
426 CflAv. XIV. Difficultés
ïie s en trouvait point dans le lieu, ou (fiTil fallût attendre trop long-temps, on laisserait le Sacrifice imparfait. C est ce que prescrit la Rubrique dans un autre endroit (24) que nous avons déjà cité.
Xlll. Ruhr. nnm. i4. Si Sacerdos euomat Eucharistiam , si species intcgrœ appareant , rcwerenter siunantiir , tiisi nausea fiât : tune enini species consecratœ cautè separentur , et in alicpio loco sacro rcponnntur, donec corrunipaii' ttir, et posteà iîi sdcrariuin projiciantuj\ Quod si species non appai eanl , comburutur vomitus , et cineres in sacrariuni mitlanlur.
On a vu au Mans, dans le dernier siècle, un des plus dignes Curés qu'ait jamais eus l'Eglise (îS) , prendre à terre et consommer lEucharistie qu'un malade avait rejetée par un vomissement involontaire. Des actions qui coûtent tant à la nature , et qui lui seraient souvent impossibles , ne sont pas de précepte. Mais si un Prêtre s'en trouvait capable, soit par rapport à l'hostie qu'il aurait rendue luimême , soit par rapport à celle qu'un autre aurait vomie, je ne crois pas qu'il dût nécessairement être à jeun. Quand il s'agit du corps du Seigneur, la loi du respect va avant toutes les autres. Cette première réflexion est
(24) Si expectando ALiQDAWDTO , liaberi possit , ( materia nova aJ supplendum panis Tel vini defectum) expectaudnin erit , ne Sacrificiuin remuneat imperfectiim. Rubiica , pait^ 3. lit. 4. II. 8,
(oS) Pierre Ragot , Cure de la Paroisse du Crucifix, dans Veglise catliodrale du Mans, mort en odeur de sainteté , \t la niai i(>âJ , ili^e de 73 ans.
sur diuers iucidens du Saciifice. 4^7
contre Quai ti , qui veut qu'un Prêtre soit à jeun dans ce cas, à moins qu'il ne leprenne le Sacrement f^ans le temps même du Sacrifice. Nous serons plus d'accord avec ce même théologien sur quatre questions qu'il se propose à roccasion de la Rubrique que nous examinons {(i).
Il demande donc, en premier lieu, si , lorsque les saintes espèces ne paraissent pas, ou doit aussitôt biûlcr ce qui a été vomi , ou s il faut attendre quelque temps. Sa réponse et la nôlie est qu il ne faut rien jeter au feu, à moins qu'on n'ait lieu de juger que tout ce qui appartient au Sacrement est altéré ou corrompu. Agir auliement , serait s'exposer à livrer aux tlanimes le corps du Sauveur-, ce qui ne pourrait se faire sans indécence et sans crime.
De là on doit inférer, avec saint Thomas (26) , que, si une partie des espèces s'était gâtée dans le tabernacle , ou y avait été rongée par quelque animal , il faudrait ou conserver le reste , jusqu'à ce qu'il fut aussi altéré , ou s'en servir pour la communion. Quant aux corps étran-»' gers qui auraient touché ces mêmes espèces , il faudi ait Qn les purifier , ou les brûler , si
(a) Quarli , part. 3. lit. 10. n. 14.
(26) Observandutn est quod ubicurafjne species integr» inveniiintur , sunt reverenter conservancia? , vel etiaai sunieiula; j quia manentibiis specifbns , manet ibi corpus Christi — ^a vero in qiiibus invcniimtur , si commode lieri potest , sunt combnrenda , cincre in Sacrario recondito , sicut de rasurâ tabuiœ dictum est. 6'. IIiotu. 3. part. q. S3. an. *". ad 7.
4^8 Cr?Ap. XIV. Difficultés
rela était possible , et jeter les cendres dans la piscine.
11 demande, en second lieu, quel péché l'on commet en communiant cimi periculo vountiis. Sa réponse, et ce sera aussi la nôtre, est qu'un homme qui prévoit qu'à cause d'une toux violei3te, ou de quelque autre indisposition , son eslomac ne pourra soufïrir les espèces sacrées, ou même qui en doute avec quelque fondement , ne peut, sans péclié mortel , teuter de tes prendre, parce qu il expose le Sacrement à un danger probable d irrévérence. Un Prêtre chargé de l'administration du saint Viatique se rendrait coupable de la même faute, s il le donnait à un malade qui fût dans la même position. Ce qu'on peut faire de mieux, dans ce dernier cas, c'est d'essayer, en donnant une formule commune, s'il n'y a point trop de risque à en donner une qui soit consacrée (a).
11 ne faut, pour résoudre les deux difficultés précédentes , qu'un peu de sens et d'attention. En voici une troisième, qui se présente d'un air un peu plus embarrassé. Il s'agit de savoir si un Prêtre qui rejette les espèces du
lïien
(a) Qiiarli , que suit ici M. Collet , s'exprime plus claireent. Il dit qu'il faut essayer si le malade peut ])rendre et retenir la sainte hostie , et que pour rela il faut lui donner une hostie non consacrée : s'il la rejette , il n'y a j>as lien à lui donner le \ ialique j s'il la retient , et qu'où aiti respc'iaiire jirobable qtie le vomissement ne le reprendra] pas pendant une heure, on peut lui administrer le Sacrenent ; et il cite à l'appui Diana et l'amburiai. Voyea Quartj , part. J. lit. ^. ieet. a. dub. 3.
siij' divci's incidens du Sacrifice, 4^-9
pain et du vin , peut ou doit en consacrer d autres , en cas qu il ait lieu de croire que 1 accident qui lui est déjà arrive, n arrivera pas une seconde fois.
Quarli croit qu il ne le doit ni ne le peut ; François de Lngo, frère du Cardinal de ce nom,, et Jésuite comme lui, croit qu il le peut, mais ([u il n*v est pas tenu (2^) ; quelqu'un jugera peut-être dans la suite quil ie peut et qu il le doit. Le premier sentiment nous parait indubitable. La raison en est qu'iia tel sacrifice a tout ce qui est ne'cessaire à sou essence et à sou intégrité', personne na imaginé jusqu ici que la rétention des espèces fût requise à sa perfection. D où il résulte que consacrer de nouveau, ce serait offrir nn second sacritice après le premier:, ce qui ne se peut faire qu'eu recommençant la Messe d un bout à Vautre , et jamais dans le cas dont il est question.
Le même Quarti ajoute que l'opinion de Fr. de Lugo est inutile dans la pratique; car enfin , dit-il , ou le vomissement survient au Ministre sacré pendant qu'il est encore à Vautel , ou il n'en est attaqué que lorsqu il est de retour à la sacristie. Dans le premier cas > conviendrait-il de faire une nouvelle tentative , lorsque la première a si mal réussi ? Dans le second , comment se persuader, ou qu on pent dire deux Messes , sans y être autorisé en façon quelconque, ou que 1 ou n'eu dit qu'une,
{i']^ Fr. de Lugo, deSacrana, lib. 5. cap. lo. quaiit. 2. n. a3. — Qdarli , uhl supr^
43o Chàp. XIV. Difficultés
lorsqu'on fait tout ce qui est nécessaire pour deux ?
Ce raisonnement est bon jusqu'à un certain
i)oinl5 mais il ne pourrait servir dans toutes es occasions. Un homme, par exemple, vomit, parce qu'il s'est fait violence pour prendre une araignée qui était tombée dans le calice : n'aurait-il pas lieu de croire q'Tun semblable malhear ne lui arrivera pas , s'il consacre une seconde fois ?
Une dernière question est de savoir si l'on peut quelquefois s'exciter au vomissement après la communion. La réponse unanime est qu'on le peut , lorsqu'on s'apeicoit que les espèces ont été imbibées ou de poison , ou de quelque autre chose capable de faire beaucoup de tort à la santé, comme nous l'avons dit au n. VI de ce même chapitre. Car alors , fussent-elles encore 'en entier et sans altération , on peut s'en décharger dans le lieu le plus propre qu'on pourra trouver sur-le-champ , en prenant au moment même , pour empêcher toute profanation , les précautions que nous avons ci -dessus marquées. Hors de ce cas, qui, grâce à Dieu, est bien rare, il n'est jamais permis de s'exciter à vomir, tant qu'on a lieu de croire que la chaleur naturelle n'a pas encore y>roduit son effet ordinaire. Et comment serait-il permis de le faire , puisqu'on ne peut même cracher sans besoin et sans prendre de justes et de respectueuses
mesures 7