‹ Traite des sections nerveusesChapitre 18 sur 108 · PHYSIOLOGIE PATHOLOGIQUE APRÈS LA SECTION DU NERF CUBITAL · texte numérisé non relu

PHYSIOLOGIE PATHOLOGIQUE APRÈS LA SECTION DU NERF CUBITAL

En faisant, pour le nerf cubital, une étude semblable à celle qui vient d'être faite au sujet du nerf médian, on arrive aux mêmes conclusions.

§ I". Observations.

Observation XXVII. -Section du oierf cubital.- nécrcncration supposée de ce nerf - Persistance de la paralysie après dirr .ans (Létjévant). - Longtemps ou a considéré cette observation comme un exemple de régénération du nerf cubita . Ln examen^ fait suivant des données plus sûres ne permet plus aujourd'hui d'accepter cette opinion

Sophie d'Lrrex, d'une comploxion délicate, est infirme de son bras gauche; elle vit retirée au couvent dit des Aiguilles a vaise. -'iJbuxin.c,

C8 PHYSIOLOGIE PATHOLOGIQUK

Son infirmité remonte à l'année 1848. A cette époque, elle eut une luxation du coude. Celle-ci fut traitée par des manœuvres de rhabillage. Il en résulta une arthrite qui dura douze ans et donna lieu à une série d'abcès dont quelques ouvertures restèrent fistuleuses.

L'état de la malade s'aggravant de plus en plus, on dut intervenir plus activement. Le 28 avril 1860, Baumer, de Lyon, lui pratiqua la résection du coude. Le procédé opératoire de ce temps s'inquiétait peu des nerfs ; on divisa le cubital pendant llopération.

Diverses complications survinrent, entre autres un érvsipèle. La cicatrisation de la plaie ne pnt être complète qu'après une année.

La malade revint à l'Hôtel-Dieu en 1865, dans la salle Saint- Paul. « A cette époque, la sensibilité est à peu près complètement paralysée dans les deux derniers doigts qui sont mcwués, contractures »

En février 1867, on l'observe de nouveau. « La sensibilité est faible au cinquième doigt et à la face interne du quatrième : elle est obtuse aussi sur la peau de l'éminence hypothénar. Les deux derniers doigts ne sont susceptibles que d'une flexion peu forte, quoique complète en étendue. Ils sont atrophiés légèrement, ainsi que l'éminence hypothénar ; ils sont légèrement rétractés et la dernière phalange n'est pas susceptible de s'étendre complètement ^. »

* Malgré ces caractères, on déclare : que « les fonctions du nerf cubital ne sont rétablies qu'en partie, » mais que « elles se sont rétablies un peu, contrairement à ce qui arrive le plus souvent . »

• "Vivement intéressé au sujet de cette malade, que l'on me signalait comme un exemple de régénération nerveuse, je me transportai près d'elle, accompagné de M. D..., interne, qui l'avait observée un an auparavant et qui avait fourni une partie des documents ci-dessus rapportés.

Celui-ci la trouva dans le même état que l'année précédente.

Elle paraissait jouir des mouvements les plus variés de la main, si ce n'est pourtant à la région interne de cet organe, où les deux derniers doigts gênaient par leur flexion permanente.

1 Thèse de M. Marduel, De la résection du Coude. Paris, 1867, page

2 Ibid.

Malgré cela, elle accomplissait la plupart des actes de préhension avec ses trois premiers doigts.

En explorant attentivement non-seulement les mouvements, mais surtout les muscles innervés par le cubital, voici ce que l'on constatait :

Le cnbital antérieur était absolument paralj'^sé ; il était impossible de sentir la moindre corde formée par son tendon lorsqu'on taisait accomplir l'eifort de flexion de la main ; les palmaires seuls se tendaient alors. Cette expérience, reproduite sur la main saine, donnait, pour le muscle cubital de ce côté, la sensation d'une corde tendineuse très-caractérisée.

Les deux faisceaux internes du fléchisseur profond ne pouvaient être facilement appréciés. Dans l'extension des doigts, ils tenaient la phalangette en flexion légère sur la phalangine.

L'adducteur du pouce ne se retrouvait pas : une dépression correspondant à sa place marquait son atrophie. L'adduction, pour ce'a. ne faisait pas défaut; elle s'opérait avec un peu de rotation du pouce sur son axe, de sorte que ce doigt regardait plus en dedans par sa face palmaire ; pendant cette adduction, on sentait l'opposant se durcir à la région thénar ; c'était lui, évidemment, qui faisait l'adduction.

Les autres mouvements du pouce s'accomplissaient tous. L'opposition, surtout, se faisait mieux même qu'à la main saine ; tous les autres muscles de ce doigt étaient intacts. La flexion de la deuxième phalange sur la première était cependant incomplète.

Les muscles interosseux ne paraissaient nullement agir sur les doigts annulaire et auriculaire : ces muscles ne se durcissaient pas pendant les eftbrts de flexion ; les premières phalanges de ces doigts ne se fléchissaient pas et les deux autres ne pouvaient s'étendre. Pendant l'extension de la main, leur première phalange, se renversant en arrière, faisait saillir la tête des métacarpiens correspondants. Ce côté de la main prenait alors l'aspect d'une grifl"e.

Il était difflcile d'explorer directement les interosseux de l'index et du médius, ces muscles étant recouverts par le paquet des tendons fléchisseurs et des lombricaux. Leur action paraissait assez nettement accusée, puisque les premières phalanges de ces deux doigts se fléchissaient normalement et que les deux autres s'étendaient assez bien ; mais ces mouvements peuvent être produits aussi par les lombricaux, même en 1 absence des interosseux ; et, d'ailleurs, la saillie des tètes

nu'tacarpicnnes produites pendant l'extension forcée de la raain, semblait démontrer l'inaction des interosseujc.

Tous les muscles précédents, paralysés, étaient en même temps atrophiés ; ce qui donnait lieu à une déformation particulièi^e que je décrirai ])ientôt.

Cette paralysie absolue des muscles innervés par le cubital était une preuve évidente de l'interruption persistante dans la continuité du nerf.

Quant à la sensibilité, elle avait les caractères suivants :

La sensibilité tactile était parfaite sur la moitié externe de l'annulaire. On la trouvait diminuée sur la ligne médiane de ce doigt, à la face palmaire surtout, faiblement à la face dorsale: elle s'aifaiblissait de plus en plus à mesure qu'on s'éloignait de cette ligne médiane. Sur toute l'étendue du petit doigt, les sensations tactiles étaient plus obtuses encore que sur l'annulaire. Il en était de même à la peau de la région hypothénar et de la face dorsale correspondante. Le lieu où l'obtusion était la plus complète correspondait au bord de la région hypothénar.

Malgré cette anesthésie, les frôlements légers exercés sur ces paiiies étaient perçus presque normalement.

La sensation simultanée des deux pointes d'un. compas, écartées de un ou de plusieurs centimètres, ne s'obtenait ni dans la direction longitudinale, ni dans le sens transversal, sur les parties anesthésiées.

La piqûre d'épingle était perçue partout, même à la région * la plus anesthésiée ; elle donnait lieu à une douleur sourde rapportée aux tissus profonds. Gomme nuance, cette sensibilité à la douleur offrait les caractères de la sensibilité tactile.

La sensibilité à la température était obtuse, comme les précédentes.

En serrant le petit doigt, on développait une douleur que la malade ressentait dans le coude. La pression, sur la cicatrice du coude, déterminait une sensation de fourmillement exclusivement dans le petit doigt et sur le bord de l'hypothénar.

La main gauche était moins chaude que la di^oite et craignait le froid.

Observation XXVIII. — Section accidentelle et récente du nerf ciobital au poignet. — État de la sensibilité au début (Létiévant). — Bouvier (Jean-Marie), âgé de quarante-cinq ans, domestique à Lyon, se heurte violemment, le 13 juillet 1809, aux débris d'une bouteille qui venait de se briser. Il se

ait au poignet droit une profonde blessure. Il se rend immédiatement à l'Hôtel-Dieu,, où je lui donne les premiers soins.

La plaie était située à la face antérieure et inférieure de l'avant-bras, à trois centimètres au-dessus de l'éminence hypothénar. Elle mesurait, en longueur, cinq ou six centimètres environ : ses bords étaient fortement écartés. Les parties divisées étaient : la peau, le tissu cellulaire, l'aponévrose antibrachiale, le tendon du muscle cubital, un tendon du fléchisseur superficiel, l'artère cubitale et le nerf du même nom.

La section de l'artère donnait lieu à une hémorrhagie que j'arrêtai en liant successivement les deux bouts coupés du vaisseau.

Je trouvai, après quelques recherches, le bout supérieur du nerf cubital qui, à l'exemple de l'artère, s'était rétracté ou avait été refoulé dans la lèvre supérieure de la plaie; je le réunis, par un fil métallique, à l'extrémité du bout inférieur, très-facile à découvrir.

Je rapprocliai de même et maintins par une suture semblable les bouts supérieurs des tendons cubital et fléchisseur avec leur bout inférieur correspondant. Enfin, les deux bords de la plaie furent eux-mêmes ramenés l'un contre l'autre et réunis par une suture à points passés.

La main, placée alors en flexion exagérée sur l'avant-bras, fut maintenue dans cette position par un bandage silicaté.

Le lendemain. 14 juillet, je constatai les troubles de la sensibilité du côté du petit doigt tout entier et de la moitié interne de l'annulaire.

Sur le petit doigt, dans tout son pourtour, la sensibilité à la douleur n'existait pas : la piqûre d'épingle n'était pas sentie, surtout au niveau des deux premières phalanges. Vers la troisième phalange, elle éveillait une sensation vague et pénible.

Sur la moitié interne de l'annulaire, la sensibilité à la douleur était seulement émoussée. La moitié externe de ce doigt était normalement sensible.

Les sensations de froid et de chaleur n'étaient pas perçues sur la plus grande partie du petit doigt et vaguement accusées sur la moitié interne de l'annulaire.

Les sensations de tact, de frottement, étaient perçues partout, sur le petit doigt comme sur la région voisine de l'annulaire, mais plus obtuses sur le premier que sur le second.

Je pus imparfaitement apprécier la sensibilité du reste de la main qu'enveloppait l'appareil silicaté. Je constatai cependant, sur la plus grande partie de l'éminence liypothénar, les mêmes

caractères d'insenyibilit^ imparfaite que j'avais trouvés au petit doigt.

Le blessé ne souffrait pas ; il n'accusait qu'une sensation légère d'engourdissement et de fourmillement s' étendant dans le bras, r avant-bras et la main.

Il eut, le soir du deuxième jour, un léger frisson suivi de chaleur. Une fenêtre pratiquée au bàndage me permit, le troisième jour, de découvrir la plaie et dè constater un commencement de réunion.

La fièvre était très-modérée, le pouls à 90, la température axillaire à 37°. Le soir, le pouls montait à 100, la température à 37», 6.

Les jours suivants, ces phénomènes fébriles diminuèrent. J'enlevai successivement les fils suturant la peau des lèvres de la plaie. Celle-ci ne donnait issue qu'à une légère suppuration qui s'échappait par le trajet des autres fils ; réunis en faisceau, ils remplissaient l'office de mèche émergeant du fond de la solution de continuité.

Le huitième jour, les fils à ligature tombèrent ; une légère traction avait été opérée sur celui qui liait le bout supérieur de l'artère.

Le même jour, il se fit, par la plaie, une hémorrhagie qui fut arrêtée par la compi'ession digitale de l'artère humérale.

Le lendemain, cette hémorrhagie se renouvelait; elle fut arrêtée encore par la même compression artérielle.

Cette complication détermina une augmentation de la suppuration.

J'enlevai, le onzième jour, les fils métalliques suturant les tendons et le nerf. La main était toujours immobilisée en flexion forcée sur l' avant-bras.

A partir du quinzième jour, il n'y eut plus aucun incident.

Je réprimai, par la pierre d'azotate d'argent, quelques bourgeons charnus exubérants, et le 3 août 1869, vingtième jour de l'accident, le malade sortait de l'Hôtel-Dieu. Sa plaie était réduite à une étroite, surface couverte de bourgeons vermeils.

J'explorai de nouveau la sensibilité de la main avant le départ du malade.

L'afl'aiblissement de cette faculté était circonscrit à la région innervée par le cubital.

Cette région comprenait tout le petit doigt, la moitié interne de l'annulaire, la partie la plus interne du creux de la main et la portion correspondant à la région hvpothénar, soit à la face palmaire, soit à la face dorsale.

Sur cette plaque anesthésiée, le lieu où les sensations é. aient . s plus obtuses correspondait au bord de Fhypothénar. A mesure qu'on se rapprochait des bords de la plaque, les

I usations devenaient plus nettes.

Les sensations de douleur et de température n'existaient pas m étaient très-vagues dans la région hypothénar.

Les frottements ou autres sensations tactiles étaient, au l'iitraire, bien appréciées, même dans cette région.

Observation XXIX. — Section ancienne du nerf cu- "tal au poignet. — Persistance de la paralysie (Lètièvwt). — André Thiolier, de Saint-Gliamond (Loire), âgé de cinluante et un ans, est garçon de salle à Lyon. Il y a dix ans, il fut )lessé, dans une chute, par les éclats d'une bouteille qu'il tenait t la main. La plaie produite au poignet fut profonde, donna lieu i une hémorrhagie abondante et à des douleurs excessives. La niérison fut lente à se produire. Aujourd'hui (mars 1869) ce naïade se présente avec les caractères d'une section ancienne lu cubital au poignet.

La cicatrice qui reste de sa blessure est située sur le bord ubital du poignet, à cinq millimètres au-dessus du pisiforme. ".Ile existait, à la fois, sur la région dorsale, sur le bord, et iir la région palmaire du poignet. Elle a trois centimètres de (ligueur, est linéaire, blanche, souple et indolente; en presiiiit sur 'elle, on éveille pourtant une douleur vive à son niveau.

Hn excitant le nerf cubital dans sa gouttière épitrochléenne,

II produit une douleur qui se répand dans le bras et l'avant-

I as, mais ne franchit pas la cicatrice pour envahir la main. Les muscles de la main qui dépendent du nerf cubital sont

;iialysés et atrophiés. L'adducteur de la région thénar ne (iictionne plus; au lieu de la saillie qui lui correspond, on "iistate une profonde dépression. La dépression de la région vpothénar indique l'atrophie de ses muscles. Le creux de la lain augmenté, bien qu'il soit traversé par le faisceau saillant ' - tendons fléchisseurs, et les dépressions intermétacarpiennes

II dos de la main annoncent la destruction des interosseux par nphie.

i a première phalange de l'auriculaire et de l'annulaire ne se liit pas, et les deuxième et troisième des mêmes doigts ne Il vent s'étendre. Dans l'index et le mûlius. ces mouvements ; < complisscnt, bien qu'avec faiblesse.

Les mouvements d'adduction ou d'abduction des doigts sont H|)ossibles. La main, tout entière, est faible.

T'i PHYSIOLOGIE PATHOLOGIQUE

La sensibilité est conservée, mais imparfaite sur la région innervée par le cubital. Les sensations de température y sont obtuses; celles de douleur beaucoup moins vives que dans les parties voisines saines. Les sensations de contact ou de frottement étaient appréciées beaucoup mieux .que les précédentes, quoiqu'elles fussent loin d'être aussi complètes que dans la main du côté sain.

Observation XXX. — Section du nerf cubital au hrds. (Résumé de l'observation de Paulet.) — A. Sk..., âgé de trente ans, est blessé par une balle, au coude gauche, le 20 juin 1863. Le projectile, entré par le côté interne presque immédiatement au-dessous de l'épitrochlée, avait fracturé coraminutivement l'olécrâne et était sorti après un trajet horizontal de quatre centimètres environ.

Immédiatement après la blessure : insensibilité absolue de l'annulaire, de la face interne de l'annulaire, de l'éminence hypothénar et de la face interne de l' avant-bras ; impossibilité de fléchir les deux derniers doigts.

Arthrite traumatique consécutive, guérie après dix mois, avec ankylose du coude.

Pendant les quatre premiers mois, la paralysie avait persisté absolue avec les mêmes caractères qu'au début de l'accident et sur les mêmes points.

Le mouvement de flexion était presque nul dans les deux derniers doigts.

Au bout de quatre mois, et pendant que la plaie articulaire suivait une marche régulière, le coude est devenu le point de départ de douleurs extrêmement A'ives, d'abord localisées au niveau de l'ouvepture d'entrée de la balle, mais bientôt étendues à tout le trajet du nerf cubital.

Un an après l'apparition de la névralgie, A. Sk... entre dans le service de M. Paulet, avec cette même névralgie rebelle à tout traitement, caractérisée par des douleurs aiguës, fulgurantes, revenant par accès, le jour, la nuit, spontanément ou sous l'influence d'un contact. Elles ont pour point de départ la cicatrice du coude, tantôt les deux derniers doigts et le bord cubital de la main, ou tous ces points à la fois.

Poils disparus de la face interne de l'avant-bras. Épidémie aminci, peut-être un peu desséché; pas d'éruption ; rien aux ongles, m aux articulations des doigts.

Les muscles de l'éminence hypothénar et les interosseux

sont très-atropliiés : sur tous les points occupés par ces muscles, les saillies sont remplacées par des dépressions, et les dépressions normales sont exagérées.

Motilité. — Au poignet, tous les mouvements se font : flexion, extension, abduction, adduction; seulement le muscle cubital ne se contracte pas sous le doigt qui l'explore, pendant la production de ces mouvements.

Le mouvement de flexion de l'annulaire et du petit doigt est nul ou à peine perceptible. L'index et le médius se fléchissent et s'étendent sans difficulté, mais les mouvements d'écartement et de 'rapprochement des quatre derniers doigts entre eux sont absolument impossibles.

Le pouce se fléchit sans difficulté; il s'oppose à tous les doigts : il s'écarte de l'axe de la main, mais lorsqu'il est dans cette dernière position, le malade ne peut le rapprocher du doigt indicateur. En un mot, le pouce a perdu le mouvement d'adduction.

En résumé, paralysie de tous les muscles qui reçoivent leurs branches motrices du nerf cubital.

L'emploi de la faradisation démontre que ces muscles ne se contractent plus sous l'influence du courant.

Tous les muscles innervés par le médian et le nerf radial jouissent de leur contractilité normale.

Sensibilité. — En promenant un corps léger sur la face interne de l'annulaire, sur le tégument du petit doigt, sur l'éminence hypothénar et sur le bord cubital de la main, on provoque des douleurs tellement vives que le malade ne se prête à ce genre d'expérimentation qu'avec la plus grande répugnance. Cette hypéresthésie remonte jusqu'à deux centimètres environ au-dessus du pli supérieur du poignet. A partir de cette limite, si l'on continue à s'avancer vers le coude en suivant la face interne du cubitus, toute trace de sensibilité disparaît, et l'on ne rencontre plus qu'un tégument paralysé suivant une bandelette longitudinale s'élevant jusqu'à la cicatrice du coude : celle-ci est due à la division des rameaux du brachial-cutané interne. En pressant le nerf cubital sous cette bandelette paralysée, on provoque une douleur intolérable.

Ces phénomènes firent croire à M. Paulet que le nerf avait repris sa continuité.

Le 16 novembre, il pratiqua la section du nerf cubital audessus do l'épitrochlée.

Immédiatement, toute trace de sensibilité disparaît sur le trajet du nerf cubital, et on peut impunément toucher et com-

primer les parties jusque-là si douloureuses. La paralysie est complète.

Pondant les trois jours qui suivirent l'opération, la paralysie persista ; on n'eut à noter qu'une vive sensibilité .^ur le point où la section du nerf avait été pratiquée : cette sensibilité fut attribuée à l'inflammation du bout supérieur resté à nu dans la plaie.

Le quatrième jour, à la grande surprise de M. Paulet, l'hypéresthésie était revenue comme avant l'opération. Elle durait encore quatre mois et demi plus tard, et les souffrances ne faisaient que devenir un peu plus tolérables.

Le fragment du nerf enlevé, examiné une heure après l'opt^ ration, était visiblement atrophié. 11 n'offrait que les deux tiers du volume ordinaire au nerf cubital.

Au microscope, le tissu conjonctif formait les cinq sixièmes de sa masse totale. Le sixième restant consistait en tubes nerveux à double contour d'apparence normale. C'était une sclérose comparable à celle que l'on observe assez souvent dans les troncs nerveux du moignon des amputés.

Observation XXXI. — Résection du nerf cubital an bras (Alexander, De tumoribus nervorum,ciié par Descot et par Paulet, 1869). — « Tumeur du volume d'un œuf de poule, située à la face inférieure et interne du bras gauche, près de l'articulation huméro-cubitale. Le début de la maladie remonte à six ans. Douleur excessive au plus léger contact, sur tout le trajet du nerf cubital. Engourdissemëiit permanent, mais peu prononcé dans les deux derniers doigts. Tous les muscles de l'avant-bras et de la main fonctionnent à l'ordinaire, et tous les doigts se meuvent librement.

« Reich, qui voyait le malade, appela en consultation Pflug, Sébastien et Brugmann ; tous s'accordèrent à dire que la tumeur avait son siège dans le nerf cubital lui-même et que l'extirpation était le seul remède à employer. Le 8 juillet 1804. ou pratiqua l'ablation de la tumeur, et, avec elle, de quatre 'pouces du nerf cubital. L'opération faite, la di.uleur n'avait pas cessé; mais cependant elle avait diminué et comme changé de caractère, tandis que, en même temps, le sentiment, la chaleur et le mouvement volontaire avaient promptement disparu de toute la raam. Quelques heures après l'opération, la main avait recouvré le mouvement et le sentiment, mais la face externe (c'est probablement interne qu'il faut lire) de l'annulaire et le petit

doigt en totalité étaient restés insensibles et n'obéissaient pas à la volonté.

« Peu de jours après, lo mouvement et la chaleur revinrent, par degrés, dans le doigt annulaire, et, quatorze jours après l'opération, le malade pouvait aussi mouvoir ce doigt; mais la sensibilité manquait encore dans l'auriculaire. Le 6 septembre 1804, lorsque le malade fut renvoyé guéri de l'hôpital, elle commençait déjà à reparaître, mais n'était pas encore tout à fait rétablie. »

Observation XXXII. — Section dunerf cubital à l'avantbras (Fenin, Recueil des méni. de mèd. militaires, 1843, t. LV, et mémoire de Paulet, 1869). — « B..., fourrier au 24* de ligne, a reçu sur la main trois coups de yatagan ayant, donné lieu à des blessures légères dont nous n'avons pas à nous occuper. Un quatrième coup a fait une plaie transversale, longue de cinq ou six centimètres au-dessous de la tubérosité interne de l'humérus, laissant voir les deux bouts du nerf cubital divisé.

« Les symptômes observés ne laissent, du reste, aucun doute sur la réalité de la section du nerf : perte presque complète du mouvement dans les deux derniers doigts ; perte complète de la sensibilité dans le petit doigt et la moitié interne de l'annulaire. Pas de tentative de réunion des deux extrémités nerveuses, qui sont abandonnées à elles-mêmes au fond de la plaie. Pansements simples. La blessure avait eu lieu le 21 novembre. iJès le 8 décembre (dix-septième jour), la sensibilité est complètement rétablie. »

Observation XXXIII. — Résection du nerf cubital. — (riiërison avec retour incomplet des fonctions (Lafargue , fîaz. mèd. de Toulouse, 1854). — « Une femme, âgée de trentequatre ans, souffrait d'une névralgie cubitale rebelle. Lafargue lui résèque quatre centimètres du cubital.

« Vingt jours après, la souffrance avait disparu.

« Les mouvements du bras restèrent douloureux quelque temps, et la malade ressentit une faiblesse dans le bras et la main.

« Au bout de dix mois, guérison avec retour incomplet des fonctions. »

OBSERVATtoN XXXI V. — Résection, pour névràme, du nerf cubital (Hvc.K, cité par .\ronssohn). — « Un jeune homme.

7s PHYSIOLOGIE PATHOLOGIQUE

âgé de dix-neuf ans, portait un névrôme du cubital près de l'articulation huméro-cubitale. On lui réséqua quatre pouces du cubital et on enleva la tumeur.

« Des douleurs violentes suivirent l'opération ; puis elles diminuèrent. Un engourdissement fut constaté dans la main.

« Plus tard, il restait un peu d'insensibilité dans le petit doigt. Le. malade guérit avec le retour presque complet des fonctions. »

Observation XXXV. — Résection du cubital pour névrôme du médian (thèse de Tillaux, 1866). — « Huguier réséqua quatre centimètres du cubital à une femme âgée de trente-neuf ans qui avait eu un névrôme du médian à la base de l'éminence thénar, et chez laquelle les douleurs paraissaient suivre le trajet du cubital.

« Il y eut perte de sensibilité tactile et cessation des douleurs.

« Six mois après, la sensibilité revint et à la même époque les douleurs. »

M. Nélaton lui fit subir, plus tard, l'amputation de l'avantbras.

Observation XXXVI. — Résection du nerf cubital pour tin névrôme (Dupuytren. Thèse de Faucon; Strasbourg, 1869). — « Une femme, âgée de trente ans, souffrait depuis dix ans des douleurs vives sur le trajet du nerf cubital. La cause était un névrôme de ce nerf. Dupuytren lui fit la résection de plus de deux pouces du nerf cubital. On pratiqua deux ligatures.

« Les mouvements des doigts médius et annulaire furent possibles immédiatement. Il se produisit un engourdissement dans le petit doigt qui pouvait à peine être rapproché des autres.

« liC dix-huitième jour, les ligatures tombent et le petit doigt revient brusquement près des autres. — Guérison. »

Observation XXXVII. — Résection du nerf cubital au dessous de i'éintrochlée (thèse de Steinrucu; Berlin, 1838). — « Viedman et Schott ont fait, pour la névralgie des collatéraux de l'annulaire, une résection d'un pouce du nerf cubital au-dessous de l'épilrochlée.

« L'insensibilité fut immédiate. Trois mois après, la sensibilité l'cvint dans les quatrième et cinquième doigls.

« Récidive do la névralgie au bout de six mois. »

Odservation XXX.Yll\ .— Section cho nerf cubital i^ar liga. turc (mémoire de Paulet, 1869). — « Richerand rapporte que pour une plaie de l'artère cubitale, ou appliqua une ligature qui comprenait en même temps le nerf cubital. Vive douleur au moment où l'on serre le fil. Perte de la sensibilité dans les doigts annulaire et auriculaire.

« Retour intégral des fonctions au bout de quinze jours. »

§ 2. Interprétation par la théorie des suppléances sensitivo-motrices.

Les observations XXVII, XXVIII, XXIX, rapportées au paragraphe précédent et recueillies dans mon service serviront : 1° à établir la théorie des suppléances ; £° à juger les neuf autres faits de section du nerf cubital qui les suivent et dont l'interprétation est encore incertaine ou les détails insuffisants.

Page 1