II. — Névrotomie du nerf dentaire inférieur
Observation LY. — Section du dentaire inférieur (W An- REN ; Boston médical and chîrurg. Journal. 1830. et tabl. de Faucon). —Warren a fait la section du dentaire int^îrieur pour une névralgie, du trijumeau, datant de dix ans, sur un vieillard de soixante-dix ans. Après avoir appliqué une couronne de trépan sur le maxillaire, au-dessous de l'échancrure svgmoïde. il enleva douze millimètres du nerf; la plaie se réunit par première intention et le malade guérit le neuvième jour.
1 Sur une femme de soixante-quatre ans, atteinte depuis six mois d'une névralgie du .lentaire supérieur droit, Wapner fit la section de l'areade alvéolaire supérieure droite. II trouva une nfropliie .les racines des (l<n(« dans los réséqué et un polype muqueux dans lanlre .rHii-hmor. Le .soulagement fut immédiat et il n y avait pas de récidive .lenx moi., apre.. - Ce cas ne doit pa.s être mis au nomlire des névrotoniles. ainsi qu-> celi a été fait. '
Warren rappelle ce fait vingt-trois ans après et en parle ,. unimo d'une guérison définitive.
Observation LVI. — Résection dtc dentaire inférieur- (BcROKr'L; tabl. de Faucon). — La résection d'nn à deux cenitimètres du nerf dentaire inférieur, à l'entrée supérieure du canal, fut pratiquée par Bœckel, sur un homme âgé de cinquante ans et atteint d'une névralgie de ce nerf.
Le soulagement fut immédiat. Après deux ans, il n'y avait -pas eu de récidive, sauf quelques légers tiraillements dans I0 ! lingual.
Observation LVIL — Section du dentaire inférieur (Sédillot: Gaz. des hôp., obs. de Cochu et Bœckel, 1853, 1854). — Deux fois M. Sédillot a fait la section du dentaire inférieur, ■procédé Beau, avec un succès qui se maintint plus d'une année, dans des névralgies rebelles et désespérées.
La première fois,lenerf fut aisément reconnu, divisé, extrait. La seconde fois, il fut impossible de l'apercevoir dans le canal ■'dentaire rempli de sang. M. Scdillot le rompit avec un petit : crochet d'acier recourbé, l'enleva par le trou moutonnier, et "cautérisa énergiquement le fond de la plaie.
Les douleurs persistèrent les premiers jours, mais disparu- I- rent bientôt définitivement et les malades dont la vie était menacée par l'ancienneté et l'intensité des douleurs recouvrèrent une parfaite santé.
Observation LYllï.— Résection du mentonnier (Pontoire; Union médicale, 1854, et thèse de Faucon). — Pontoire fit la résection dequatre centimètres du nerf mentonnier, à unhomme, de quarante-sept ans, afi'ecté, depuis quatre ans, de névralgie trifaciale avec point douloureux, surtout au trou mentonnier.
Le soulagement se fit graduellement et fut complet après la guérison de l'inflammation traumatique.
Il n'y avait pas de récidive trois mois après.
Observation LIX. — Résection du dentaire inférieur (DENrcÉ ; Mémoires et Bulletins de la Société de méd. et de chir. de Bordeaux, t. IV, p. 123, 1869).— « Dans les premiers jours du mois d'octobre 1868, le malade se présenta au docteur Benucé, dans son service, à l'hôpital Saint-André...
« A peine avait-il prononcé quelques paroles que nous le voyons, non sans étonnemcnt, changer de figure ; il se tait,
saisit l)ni8quomont son mouclinir. l'applique, de la main droite, sur la région auriculaire droite, tandis que. de la main gauche! il frictionne vigoureusement toute la région maxillaire du -même côté. En. même temps, tous les muscles de cette moitié delà lace sont le siège de violentes contractions; et le malade fait entendre une sorte de grognement, interrompu par ti-ois ou quati^e claquements de langue produits par de vigoureux mouvements de succion. Enlln un mouvement brusque de toute la tête termine la scène; le malade nous regarde avec de gros veux hébétés et s'écrie aussitôt: «C'est fini.» Quelques secomles avaient suffi pour la production de ces phénomènes. Le malade nous raconte alors sa singulière histoire.
« Il y a une A-ingtaine d'années, après l'avulsion delà première grosse molaire inférieure droite, pratiquée brutalement par un charlatan, survint une vive douleur dans tout le trajet du maxillaire inférieur. Cette douleur alla toujours croissant et prit bientôt le caractère intermittent : elle venait brusque, fulgurante, et disparaissait, au bout de quelques secondes, aussi rapidement qu'elle arrivait, mais pour revenir après quelque.* minutes. Depuis vingt ans, cet état n'a pas changé. C'est en vain que ce malheureux s'est fait successivement arracher toutes les dents du côté droit; c'est en vain qu'il a employé tous les moyens thérapeutiques légaux; c'est en vain qu'il s'e.st livré à l'empirisme de tous les devins rebouteurs et sorciers du pays. Une seule fois il a été débarrassé, pendant un mois, de sa terrible maladie : le docteur Chaumel lui avait pratiqué la résection du nerf moutonnier * ; mais, après quelques jours d'esjioir. la douieur reparut aussi vive et aussi tenace qu'avant l'opération.
«Au moment où le malade se présente au docteur Denucé.des accès, semblables à celui que j'ai décrit plus haut, se présentent toutes les deux ou trois minutes, de sorte que le malade ne peut se livrer à aucun travail et se trouve même gêné dans l'accomplissement des actes les plus indispensables de la vie commune. C'est ainsi qu'il ne mange qu'avec la plus grande difficulté et ne peut dormir qu'à de rares et courts intervalles. Un phénomène surprend, cependant, dans la scène décrite plus haut, c'est l'intervention volontaire du malade. Interrogé pour savoir si les frictions énergiques qu'il exerce sur sa joue droite et qui ont donné à celle-ci un aspect corné, et si les succions auxquelles
1 Des détails autlienliquos, confirmant ce i)ivniier fait opératoire, frrail classer cette observation dans la section des polynévrotoniies successives.
NÉVROTOiMIR DANS LES NÉVRALGIES 2(17
il soumet son maxillaire inférieur sont de quelque nécessité, il prétend arrêter ainsi son accès. Le docteur Demicé veut l'empêcher de se livrer à ces manœuvres. Le malade essaye, en efl'et. de demeurer tranquille ; mîiis bientôt la douleur devient trop vive, et, dégageant violemment ses mains retenues par deux aides, il reprend avec une sorte de fureur ses singuliers mouvements. Il demeure avéré que ceux-ci, ainsi que le Itiit remarquer M. le docteur Denucé, font, pour ainsi dire, partie intégrante de l'accès.
« La région maxillaire ne présente rien de particulier. L'os ; n'est le siège d'aucune tuméfaction; la gencive est saine; seule, ;;la peau présente, par suite des frictions exagérées, un épaississement corné, déjà signalé. Notons cependant que le maxillaire supérieur du même côté est atteint d'atrophie congénitale.
« Le docteur Denucé diagnostique une névralgie épileptiforme. survenue à la suite de la blessure du nerf dentaire inférieur, pendant l'avulsion d'une dent, et propose dès lors au malade, la résection du nerf blessé. Le malheureux saisit avec empressement ce nouvel espoir deguérison et déclare se soumettre à tout.
« Le 25 octobre, le docteur Denucé pratique l'opération de la manière suivante :
« Une incision de dix centimètres de long est conduite suivant le bord inférieur du maxillaire; elle va jusqu'à l'os. Les parties molles sont alors disséquées en respectant le périoste. Une sonde cannelée est passée en dedans du maxillaire, et au moyen de la scie de Martin, le docteur Denucé enlève une portion du maxillaire inférieur, ayant cinq centimètres sur son bord supérieur et quatre sur son bord inférieur. Quatre ligatures sont posées, la principale sur la face intéressée nécessairement dès la première incision, La plaie ne communique pas avec la cavité buccale.
« Dès que la première section a été faite, la névralgie a disparu, plus d'accès. Toute la région innervée par le trifacial devient en même temps le siège d'une hypéresthésie; de sorte que le pansement devient douloureux, principalement sur la région sous-orbitaire.
« Un drain est placé au fond de la plaie et les points de suture ontorlillés maintiennent la portion moyenne et les lèvres. Le malade est tranquille pendant toute la journée qui suit l'opération; il dort quelques heures.
« L'hypéresthésie de la face disparaît au bout de quelques jours.
« Les ligatures tombent après une Imitaine de jours, le drain
INDICATIONS GHIRrRGICALES
est enlevé le dix-huitiôrne, et la f^uéri.son, complète quand le malade quitte l'hôpital le 19 novembre 1868, s'est maintenue parfaitement.
« L'examen du canal dentaire a démontré que ce conduit présentait, au niveau de la première molaire, un coude qui rétrécissait son calibre et exerçait ainsi, sur le nerf, une compression constante ; motif bien suffisant de la singulière affection dont nous venons de parler. »
Observation LX. — Résection du nerf dentaire inférieur. (GheRini ; Soc. chirurg., 1864). — Névralgie du nerf dentaire inférieur. — Cautérisation au fer rouge. — Guérison pendant un an. — Retour des accidents. — Résection du nerf. — C^wî^ rison partielle.
Observation LXI. — Résection du nerf dentaire inférieur (Nèlaton; Soc. de chir., 1865). — Nélaton a fait la résection du nerf dentaire inférieur, pour une névralgie. 11 obtint un soulagement momentané seulement.
Observation LXII. — Résection du nerf mentonnier (Manuel de méd. opérât, de Malgaigne, 1861). — Malgaigne pratiqua une fois la résection du nerf mentonnier, à sa sortie du canal dentaire; les douleurs semblaient remonter si loin, qu'il craignait fort d'être obligé de couper le nerf dentaire avant son entrée dans le canal. Il eut l'idée, pour empêcher mieux encore la réunion, de diviser à plusieurs reprises la membrane inodulaire au fond de la plaie, à la manière d'Amussat. La névralgie, guérie en ce point, se transporta ailleurs.
Ainsi, sur les huit cas de mononévrotomie du dentaire inférieur on trouve six succès, dont quatre suivis plus d'un an, deux suivis seulement de un à trois mois ; un demi succès (Gherini) ; deux récidives après un temps assez court, mais indéterminé (Nélaton, Malgaigne).