PRÉFACE XI
évidemment, pensa-t-on, un exemple de régénération immécliaie du nerf.
On en entretint l'Inslitut, l'Académie des sciences, l'Académie de médecine, la Société de chirurgie.
La discussion amena de nouveaux faits, entre autres celui de M. Nélaton, présenté par M. Houel, et la doctrine de la régénération nerveuse reçut, une fois encore, des faits et de la discussion, une confirmation éclatante.
On crut à la régénération nerveuse, sinon immédiate, au moins rapide.
La thèse de M. Magnien (1866) vint ajouter à l'énergie des convictions. Aux faits qu'il rechercha sur l'homme, il joignit les résultats de ses vingt-cinq sections pratiquées sur des chevaux ; il avait noté deux fois une régénération nerveuse rapide.
A cette époque de foi robuste, des bhirurgiens donnaient conmie preuve de cette régénération rapide les deux fameuses observations de Paget, dans lesquelles les bouts des nerfs cubital et médian, abandonnés au sein d'une plaie déchirée, trouvaient encore, sans avoir été rapprochés, le moyen de se reconnaître, de s'atteindre, de se souder et de se reconstituer : le tout en treize jours !
Des croyances aussi fantastiques ne devaient pas trouver tous les esprits disposés à les accepter.
M. le professeur Yerneuil, à la Société de chirurgie (1864), s'était, le premier, déclaré non convaincu par tout ce qu'on racontait sur ce sujet. Il n'avait été impressionné ni par le fait de Laugier, ni par celui de M. Houel : il signalait certains cas de Victor von liruns, dans lesquels • on avait vu la sensibilité revenir après quelques lieures dans les parties périphériques, bien qu'on n'eut pratiqué aucune réunion des nerfs.
« Comment et par quel mécanisme se rétablit l'influx
X" PKÉPACli
nerveux » dans ces cas ? Il affirmait qu'on ne savait rien encore sur ce côté de la question.
M. Paulet partageait déjà, sans doute, cette manière de voir, car on ne tarda pas à l'entendre, dans un mémoire très-remarquable lu à la Société de chirurgie (avril 1868), rapporter une observation personnelle et quelques autres faits en complet désaccord avec les lois de la physiologie régnante.
A cette époque, j'avais l'occasion d'observer, moi-même, une section nerveuse importante (section du nerf médian, 22 décembre 1867), qui me conduisit à découvrir et à formuler une nouvelle théorie sur les conséquences des sections nerveuses. (Je rapporte ce fait aux pages 2 et 55 ; les enseignements qu'il inspire aux pages 34 et 41.)
Je communiquais cette observation et la théorie nouvelle dans un mémoire intitùlé : Des sections du nerf médian, remis à la Société de chirurgie au mois de décembre 1868.
J'exposais qu'à la suite de la section du nerf médian, il y a ^une première période pendant laquelle l'opéré conserve une certaine motilité et une certaine sensibilité dans le département du nerf divisé ; que cette motilité et cette sensibilité ne sont pas le résultat de la régénération du nerf médian ; que les mouvements sont le produit de contractions diversement combinées des muscles voisins appartenant aux nerfs non divisés ; que la sensibilité résulte : 1" delà présence, dans le département paralysé, de (ilets nerveux qui y sont constamment et qui proviennent d'anastomoses plus ou moins connues ; 2° de la perception de certaines impressions par les papilles nerveuses voisines de la région paralysée et qui appartiennent à des nerfs sains.
Ce sont donc des muscles, des nerfs, des appareils papillaires voisins qui interviennent pour remplacer, dans leurs fonctions, les appareils dont l'action a été annihilée
PRÉFACE xiii
par la section. J'appelais, pour cela, ces fonctions : Molilité et sensibilité suppléées.
Je démontrais que plusieurs des observations que l'on avait considérées comme des faits de régénération étaient, au contraire, des exemples de suppléances sensitivo-motrices.
L'extension de la nouvelle doctrine à d'autres faits ne devait pas tarder.
Je montrais, l'année suivante, que la section des nerfs cubital ou radial donnait lieu à des phénomènes identiques à ceux observés après la section du médian ^ .
Le travail Sensibilité des ner^fs de la main, publié par MM. Arloiug et Tripier^, avait contribué, à cette date, à augmenter encore le nombre et la valeur de mes arguments.
Enfin, des faits recueillis' pendant les années 1870, 1871 , 1872, me permirent de généraliser la théorie. Elle s'applique : 1" aux sections nerveuses des membres inférieurs comme à celles des membres supérieurs (communication orale au Congrès scientifique de Bordeaux, 1872) ; 2° aux sections nerveuses de la face (communication orale au Congrès médical de Lyon, 1872).
Ces communications diverses ont été reproduites avec bienveillance par la presse en France et à l'étranger ; en outre, des allusions à la nouvelle théorie des suppléances nerveuses ont été faites à Paris, ces dernières années, dans quelques thèses inaugurales. Malgré cela, la croyance aux régénérations fantastiques n'est point éteinte, et, récemment encore, plusieurs journaux reproduisaient un fait étonnant à ce sujet. (Voir page 119 et 130.)
C'est dans le but de vulgariser, par une démonstration
1 Des pkiJnomènes l'hysioLogiques et ■pathologiques consécutifs à la section des nerfs du bras. Lyon, 1869. - Archives de physiologie. 1869.
Létiévant, Sect. nerv.