XIV PRÉFACE
plus détaillée, la notion des suppléances sensitivo-motrices que j'ai entrepris la première partie de ce livre.
La Physiologie pathologique comprend six chapitres.
Le premier concerne l'étude des sections du nerf médian. Cinq faits servent à établir la doctrine des suppléances sensitivo-motrices : les autres observations, au nombre de vingt et une, reçoivent une explication plus ou moins facile de la nouvelle théorie.
Une des observations de section du nerf médian est, k une certaine époque, un exemple de régénération nerveuse, après avoir ser.vi à démontrer les suppléances. Ce fait permet ainsi de rendre complètes l'exposition et la démonstration des phénomènes phj^siologiques consécutifs k la section du nerf médian.
Les chapitres II, 111, IV, V et VI comprennent successivement les faits de section des nerfs cubital, radial, de plusieurs nerfs du bras, des nerfs du membre inférieur, de la face. Ils confirment en tous point, pour la plupart, la doctrine des suppléances précédemment établie.
Après cette étude des faits de section nerveuse appartenant aux diverses régions du corps, on peut considérer comme définitivement acquises les propositions générales suivantes :
Malgré la section d'un nerf il reste toujours, dans sa région, de la sensibilité, quand la division a porté sur un nerf sensitif; de la motilité, si c'est sur un nerf moteur ; l'une et l'autre de ces fonctions, s'il s'agit d'un nerf mixte.
Ces fonctions motrices et sensitives, considérablement amoindries, résultent de l'intervention d'agentsétrangersau nerf sectionné : muscles, anastomoses, papilles nerveuses.
Ces fonctions suppléées sont très-imparû\ites, mais, k
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mesure qu'on s'éloigne du moment de la section, elles acquièrent, par l'usage, plus de développement.
On voit cette période de développement coïncider, parfois, avec une remarquable atrophie musculaire.
Ainsi la motilité suppléée coexiste, tantôt avec une paralysie absolue des muscles influencés par le nerf sectionné, tantôt, â une période plus éloignée (deuxième période), avec l'atrophie des mêmes muscles.
Elle n'atteint jamais, dans son développement, le degré de perfection de la motilité normale.
La sensibilité suppléée est relativement plus marquée que la motilité sur la région du nerf divisé, ce qui résulte de l'action combinée du double mode suivant lequel elle se produit. Elle n'atteint non plus jamais aux limites de la perfection.
Elle peut être modifiée par l'influence de conditions pathologiques locales particulières. Ainsi, après certaines divisions nerveuses, pratiquées notamment pour des névralgies, il se produit quelquefois une sorte de stupeur locale qui masque la sensibilité suppléée, les premiers jours de la section . La sensibilité reparaît ensuite graduellement, à mesure que la stupeur se dissipe.
Dans d'autres cas, un engorgement inflammatoire, compliquant les suites de la section, altère la sensibilité suppléée, la fait disparaître même, pendant quelque temps ou pour toujours, en déterminant la compression ou la destruction des éléments de sensibilité appartenant aux nerfs voisins.
La motilité et la sensibilité suppléées ont une durée variable. Temporaires dans quelques cas, elles sont permanentes dans d'autres.
Une troisième période se présente, quelquefois, après les sections nerveuses, celle de la guérison complète. Elle est
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caractérisée par la re^tauralion de la fonction, conséquence de la régénération du nerf,
La motilité et la sensibilité, par régénération nerveuse, apparaissentlongtemps après la section : douze, quinzemois, terme plus long que celui des expériences sur l'animal.
Ces fonctions sont toujours précédées par une période de motilité et de sensibilité suppléées.
Elles se manifestent : la motilité, par le réveil et la reconstitution des muscles paralysés et atrophiés après la section; la sensibilité, parla perfection dans l'état esthésique de la région du nerf jadis divisé.
Les deux théories des suppléances sensitivo-motrices et de la régénération nerveuse sont démontrées exactes par les faits. Elles représentent deux phases de phj^siologie pathologique.
Ces phases s'enchaînent et se suivent.
La connaissance des deux théories jette une lumière très-grande sur de nombreux phénomènes consécutifs aux settions nerveuses, et longtemps obscurs ou malinterprétés.
Les noms de « motilité et sensibilité suppléées » n'ont pas été également agréés. Le premier n'a soulevé aucune objection. Celui de « sensibilité suppléée * n'a pas paru satisfaire certains expérimentateurs qui, ayant observé surtout sur des animaux, ne croient à la perception des sensations, après la section des nerfs, qu'à l'aide des anastomoses nerveuses. Ils voudraient que l'on appela celte persistance sensitive « sensibilité par anastomoses. »
On ne saurait nier, certes, le rôle des anastomoses; il convient même d'insister sur leur importance. Mais, chez l'homme, il y a, déplus, une perception des sensations tactiles par ébranlement des papilles h dislance.
Ce mode de perception existe peut-être chez les animaux ; ceux-ci, à coup sûr, ne s'en rendent pas un compte exact;