NÉVROTOMIE DANS LES SECTIONS COMPLETES DES NERFS
Il ne saurait être question de pratiquer la névrotomie pour des contusions, des piqûres, des sections incomplètes j (les nerfs, lorsque ces lésions existent sans complication, k Conserver l'état simple de la blessure , empêcher, par des \ applications émollientes, qu'elle ne s'enflamme ; par des i' calmants, qu'elle ne devienne le siège de douleurs exagé- ! rées, c'est tout ce que doit rechercher la pratique. Si des ! complications surviennent, le tétanos, par exemple, la ! névrotomie est indiquée, mais c'est alors la complication, 1 nf)n la lésion du nerf, qui la réclame.
Lorsque la section du nerf est complète, deux conditions IK.'Uvent .se présenter.
La blessure est récente ou ancienne.
INDICATIONS CHIRIIRGICALKS
Article I. — Sections récentes i>es nkrfs.
A. Si la surface de section des deux bouts nerveux divisés est régulière, nette, résultant de l'action d'un instrument bien tranchant, la névrotomie n'a aucune raison d'être pratiquée. Il faut se borner à réunir, par suture, les deux bouts du nerf divisé.
On a pu, dans quelques circonstances, ne pas s'en inquiéter et croire à leur réunion quand même. J'ai dit, à propos des deux Observations de M.Paget, p. 60, ce qu'il fallait penser de cetté opinion. Le prudence exige, dans ces cas, le maintien en contact des deux bouts nerveux.
M. Nélaton a agi de cette sorte après l'extirpation d'un névrôme du médian au bras (Obs. VII, p. 16). Laugier, après lui, pour une section accidentelle du médian à l'avantr. bras (Obs. VI, p. 14).
J'ai pratiqué pareillement une suture nerveuse sur une branche du radial au dos du poignet.
La suture, dans ces faits, n'a causé aucun accident, premier point à noter. Elle paraît avoir agi avec efficacité sur l'opéré de M. Nélaton, si l'on en croit les affirmations de M. Houel « la malade, au bout d'un an, avait récupéré tous les mouvements de la main et des doigts.»
Les affirmations de Laugier, tout en offrant moins de certitude, relativement au succès, n'en sont pas moins dignes d'être prises en considération.
Dans le fait qui m'est personnel, je ne suis pas parvenu encore à retrouver le blessé sur lequel je n'ai pu suivre que les conséquences primitives delà suture.
Néanmoins, le fait de M. Nélaton, joint aux expériences sur les animaux, impose, dans ces cas, la suture nerveuse comme règle de conduite à suivre.
NEVRoTOMIE DANS LES SECTIONS DES NERFS 'il3
('e n'est encore là que de la suture nerveuse et non de lanêvrotomie. ■ '
B. Celle-ci doit intervenir dans quelques sections complètes des nerfs comme un adjuvant de la suture nerveuse.
Les conditions qui la réclament sont signalées dans les lignes et les faits suivants :
« Si une division complète d'un nerf existe avec une forte contusion des deux bouts, comme dans les plaies d'armes il feu, s'il n'y a pas de désordre, si le nerf est accessible à la vue , il n'y aurait aucun inconvénient à réséquer une faible portion des deux extrémités et à les mettre ensuite fin contact.» (Tillaux, thèse d'agrégation).
Cette idée de M. Tillaux a reçu une première application dans le fait de M. Richet (Obs. XXV de la première partie de ce volume): Le bout inférieur du médian divisé, ayant paru irrégulier à ce chirurgien, il en excisa une petite partie pour le rendre net et pratiqua ensuite la suture.
J'ai agi de la même manière sur le blessé par éclat de fusil à l'avant-bras (Obs. XLII, première partie de cet ouvrage, p. 115).
Ayant excisé les deux bouts supérieurs et les deux bouts inférieurs des nerfs médian et cubital, irrégulièrement divisés, il me fut ensuite simple et facile de réunir par suture.
Ce mode opératoire a été innocent dans tous ces cas. Les résultats éloignés qu'il donne ne sont pas encore démontrés par des faits directs. Le malade de M. Richet ' n'a pas été vu à une époque éloignée ; mon blessé, dans un accès de délire nerveux, rompit ses sutures nerveuses^ quelques jours après l'opération.
On peut inférer seulement de ces tentatives, que l'exci- ■ sion nerveuse suivie de suture, dans ces cas, n'ajoute rien à la gravité de la lésion primitive ; que, par conséquent,
AiA INDICATIONS C H 1 R U RO I C A I.RS
cette méthode, déjà recommandée par les expérimentation sur les animaux, mérite de rester dans la pratique chirui gicale.
G. Une autre condition peut se présenter dans un. section récente d'un nerf. Le bout supérieur peut être tro élevé pour qu'on puisse en rapprocher le boutpéripliériqu' fraîchement divisé.
Que faire alors?
Abandonuera-t-on la suture nerveuse en raison de l'impossibilité de rapprocher les liouts nerveux?
Il serait préférable d'entraîner et de fixer ce l)0ut périphérique sur une surface d'avivement pratiquée au nerf le plus proche, comme cela a été fait souvent chez les animaux ; ce qui constitue le procédé de greffe nerveuse.
Je donne toutefois la préférence au procédé d'autoplastie nerveuse à lambeaux, que je décrirai bientôt, et par lequel on ne s'expose nullement à compromettre le rôle d'un nerl voisin, les lambeaux étant empruntés au nerf lésé lui-même.
Article II. — Sections anciennes des nerfs.
Après une division ancienne, un nerf a perdu ses usages : les deux bouts se sont cicatrisés isolément ; un trouble notable fonctionnel en est la conséquence.
Tout espoir de rétablir la continuité du tronc nerA eux n'est pas perdu,
A. L'étude des travaux expérimentaux' récents sur les nerfs a fait naître l'idée de découvrir ces derniers, d'enlever, par excision, leur extrémité cicatrisée et de réunir par suture ces deux bouts fraîchement avivés.
J'ai, le premier, je crois , pratiqué cette opération, sur André Moulliu (Obs. XXXIX, p. 9U, première partie de